‹ France (volume 2)Chapitre 23 sur 45 · XVIII .....'. 4 Lorsgue la voix de Pierre l'Hermite · texte numérisé non relu

XVIII .....'. 4 Lorsgue la voix de Pierre l'Hermite

fit sortir tous les nobles de leurs châ-

Total... a577 tcaux, pour entreprendre la guerre

/^uâni'Fnv tir Sainte, il leuc fallut de bonnes armu-

LHAPiTHis III. j.^g^ de bons destriers; il leur fallut

DES YiLLBS. aussî de l'argent pour ce long voyage.

iKTRODucTioif. 9^ '«? ^otuncrs purent seuls alors

fournir aux besoins de leurs anciens

Nous venons de passer en revue les maîtres, car parmi eux seulement se

principales dynasties féodales qui se trouvait quelque industrie, et déjà le

partagèrent, au moyen âge, le territoire commerce avait mis un peu d'or dans

de la France, et formèrent presque au* la bourse des bourgeois. Quand les che-

tant d'États indépendants qu'il y avait valiers leur en demandèrent, ils finan-

de grands fiefs; nous avons vu égale- cèrent volontiers; ils donnèrent argent

ment les possessions et les droits sei- et denrées, armes et harnais > tout ce

gneuriaux du clergé. Mais , en dehors qu'il fallait enfin pour que le noble

et au-dessous de la société féodale, croisé pût paraître avec honneur sous

s'en formait lentement une autre des- sa bannière; mais, en retour, ils reçu-

tinée à la combattre et à la renverser : rent des terres , ou plus souvent des

c'était le peuple des villes et des bourgs, privilèges , des chartes de commune ,

les bourgeois et les paysans , le tiers- manière de payer qui paraissait aux

état enfin. seigneurs moins onéreuse, mais dont

Lorsque la féodalité se fut étendue ils eurent plus tard à se repentir, sur la France, quand les anciens offi- La commune est une ville, qui, pour ciers des rois, les propriétaires de son gouvernement intérieur, et même vastes domaines, se furent déclarés par pour certains droits rentiers, jouit droit héréditaire maîtres du territoire, d'une complète indépendance. Ce mot, tous ceux qui ne purent se faire rece- qui n'exprime plus dans notre langue voir dans cette société nouvelle, en qu'une simple circonscription rurale prenant un fief de quelque suzerain, sous des autorités dépendantes d'un turent placés, à l'exception des habi- pouvoir central, eut dans le moyen âge tants libres des villes municipales, sous un sens bien autrement étendu , et sila domination des seigneurs à titre de gnifiait un ordre de choses qui donserfs , et dans une condition presque nait à chaque ville affranchie une maaussi déplorable que celle des anciens gistrature élective ayant une juridiction esclaves. Cependant avec le temps, à particulière, la sûreté des personnes force de travail et d'industrie, les ma- et des propriétés, le droit de paix et nants accrurent leur mince pécule et de guerre, enfin tous les droits des anachetèrent des droits et des privilé- ciennes républiques. Les historiens du-

L'UNIVERS

moyen âge ne s'y trompent pas, et quelques-uns d'entre eux emploient souvent le mot respublica au lieu de l'expression barbare communio. Dès

2ue la commune a payé la redevance xéc par sa charte, elle ferme ses portes et s'organise comme elle l'entend.

Si le comte ou Tévêque veulent porter atteinte à ses privilèges , si les sei- 'gneurs approchent en armes, celui qui veille dans la tour de Téglise sonne la doche du beffroi; et à l'instant toute ]a ville est sur pied , les remparts se couvrent d'hommes qui combattront avec courage, car ils ont la force et la fierté des hommes libres. Les portes pourront rester ouvertes, et l'ennemi pourra pénétrer en dedanç des murailles; mais malheur à lui. s'il s'aventure dans les rues sombres et tortueuses! Des chaînes tendues l'arrêteront à chaque pas, et, tandis qu'il s'efforcera de ]es rompre, il sera de toutes parts assailli du haut des fenêtres et des toits des maisons changées en autant de forteresses. Les hommes des communes sont ennemis du comte, et souvent de l'évêque, qui veulent les traiter en gens taiilables et corvéables à merci ; mais ils aiment le roi , qui^ lui aussi ,

J)ressé et comme assiégé par la féodaité, voudraitrepousser le joug, et ne le peut avec ses seules forces. Aussi le roi et les bourgeois, qui s'habituaient du haut de leurs rempartsji regarder en face ces nobles tout bardés de fer, s'unirent contre l'ennemi commun et finirent par en triompher.

A côté des communes, nées pour la

|)lupart d'une réaction violente contre a féodalité, et qui avaient tontes leurs droits écrits dans des chartes précises, s'élevaient des cités moins turbulentes , plus riches et plus industrieuses : c'étaient celles qui avaient su conserver quelques débris de l'ancienne organisation municipale de l'empire romain.

Enfin les seigneurs féodaux avaient eux-n^êmes concédé à certaines villes des privilèges, qui, sans les ériger en communes proprement dites , sans leur donner cette indépendance , cette demisouveraineté qui caractérise les communes véritables, leur pe^rmettaient

cependant d'arriver à une assez grande importance sociale.

Mais , en même temps que les habitants des villes obtenaient à divers titres des privilèges <^ui les affranchissaient de la domination des seigneurs, les manants des campagnes augmentaient aussi chaque jour leur mince pécule et achetaient quelques privilèges. Grâce à l'influence de l'Église, aux progrès des idées de charité et de bienfaisance, au besoin nouveau que le luxe naissant créait pour les seigneurs , les serfs participaient au mouvement ascensionnel des classes inférieures; par mille causes enfin les affranchissements se multipliaient. A chaque grande circonstance de sa vie , pour son mariage, pour la naissance d'un fils , à sa mort, pour que cette libéralité lui fût comptée dans l'autre vie, le seigneur mettait Quelques serfs en liberté. La terreur aont tous les esprits furent frappés vers l'an 1000 , à l'approche de cette époque qui devait , disait-on , être marquée par la fin du monde , porta les seigneurs à faire un grand nombre de donations et d'affranchissements. Puis vinrent les croisades, oui forcèrentles seigneurs à faireargent de tout, même de la liberté d'un grand nombre de paysans qui allèrent grossir la classe naissante des hommes libres. Celle-ci, formée des habitants des cités municipales, des bourgeois affranchis des villes féodales, des habitants révolutionnaires des communes, des serfs émancipés des campagnes^ reçut du pouvoir royal, auquel elle prêta assistance contre la féodalité, une unité qui lui révéla sa force. Les officiers royaux pris dans son sein l'initièrent aux affaires publiques; les juristes qu'elle fournit au parlement du roi lui montrèrent les chefs de la féodalité humiliés,- dégradés et condamnés par des vilains; les clercs enfin qui, nés du peuple, allèrent s'asseoir au-dessus dés princes et des rois dans les chaires, épiscopales ou sur le saintsiège; les professeurs et les légistes roturiers, oui discutèrent dans leurs écoles les droits du fO\, du pape et des barons, élevèrent son oi^ueil et

son ambition. Après être restés longtemps, pour ainsi dire, en dehors de l'État sous le nom de manants, de gens depœste, les roturiers formèrent enfin une classe, puis un ordre, et en Tannée 1254, ils parurent en France aux parlements du roi , qui prirent plus tard le nom d'états généraux.

S P". f^les municipales.

Sous la domination romaine, il y avait dans les Gaules cent treize ou cent quinze cités, c'est-à-dire, cent quinze villes qui avaient une organisation municipale et étendaient leur juridiction sur une certaine étendue de pays (cité, évêché et pagus ou pays, dit Scaliger, sont synonymes). La plupart d'entre elles conservèrent, sous les Mérovingiens, les Carlovin^iens et les premiers Capétiens, le privilège de s'administrer elles-mêmes avec tous les droits de la juridiction civile et criminelle. Les provinces méridionales, plus habituées que celles du nord aux formes de lacivilisation romaine, renfermaient un çrand nombre de cités qui se maintinrent, jusqu'après la chute de la féodalité, dans la possession de leurs anciens droits municipaux. Mais au «ord de la Loire, les villes moins nombreuses , qui d'ailleurs avaient eu plus à souffrir durant l'invasion , et dont le territoire avait été de bonne heure usurpé par les seigneurs féodaux, perdirent peu à peu leurs vieilles prérogatives, ou les ressaisirent violemment par une insurrection. Aussi la Loire, ou plutôt la limite entre les pays de Langue-d'Oc et ceux de Langue-cTOil , peut être aussi donnée pour la ligne ae démarcation entre Tancien régime municipal des cités de l'Aquitaine et de la Narbonnaise et le régime communal des petites républiques du nord de la France.

Les villes du domaine royal et de quelques grands fiefs, qui' n'avaient pu conserver intacte leur organisation primitive ni s'élever au rang de communes, formaient la liaison entre les deux systèmes.

Si nous voulions donner la liste exacte de toutes les villes municipales,

il nous faudrait nommer presque toutes celles du Languedoc et de la Provence : nous nous contenterons d'indiquer les plus importantes.

Toulouse, qui avait dès les temps les plus anciens son capitole et son sénat, les conserva durant tout le moyen c^ge. Sur les monnaies des comtes de Toulouse, on trouve en effet d'une part le nom du comte, et de l'autre celui de la ville. Souvent on voit cette ville faire la paix ou la guerre sans l'assistance du comte, ses consuls commander l'armée communale, stipuler des traités, en arrêter et en signer les conditions. Ainsi, en 1202, les Toulousains allèrent en corps d'armée attaquer les seigneurs de Rabastens; et ceux-ci, ayant sollicité la médiation du comte de Toulouse, les consuls l'acceptèrent, et signèrent une convention avec leurs adversaires.

L'année suivante, les mêmes consuls assiégèrent le château d'Auvillars, et conclurent en leur nom un traité avec les habitants.

N A.RB0NNE fut la première colonie romaine établie dans les Gaules. Lorsque Pépin laTeprit, au huitième siècle, sur les Sarrasins qui l'occupaient, ses habitants obtinrent le droit de se gouverner eux-mêmes, et divers actes prouvent que cette ville conserva le droit, reconnu par Pépin, d'avoir une organisation municipale. Entre autres faits qui le démontrent, on peut citer le traité conclu avec les Génois , par les comtes de Narbonne, au nom de la commune et de tout le peuple de la cité.

Nîmes. Des titres nombreux ne laissent aucun doute sur l'existence de l'autorité municioale dans cette ville; nous citerons seulement un traité d'alliance conclu, en 1213 , entre Mmes et Arles.

PÉRiGUEux. Plus qu'aucune autre cité, Périgueux conserva au moyen âge le dépôt fidèle des institutions romaines. Jamais les comtes de Péri-

i;UNlVERS.

ques , ges consuls se maintinrent en possession de la haute et basse justice. Leur titre était celui de citoyens-seigneurs de Périgueux , et , lorsqu'ils rendaient hommagja au roi pour la ville, c'était dans les termes mêmes dont le comte se servait pour Thommage de son comté. « Comme la cité, est-il dit dans un acte de 1240, est libre et n'est sujette à la juridiction de personne..., ce sera à la volonté des consuls que l'armée de l'universalité marchera. »

BouBGES. Le premier article de l'ancienne coutume de Bourges portait:

« Les habitants de la ville et septaine de Bourges sont libres. » £n effet, la ville était gouvernée par quatre prud'hommes qui étaient élus par les bourgeois, et auxquels, dit la Thaumasstère, ils passaient le jour de l'élection procuration pour le gouvernement de la ville et des affaires communes.

Dans. la confirmation des coutumes de Bourges par Louis VU, il est dit à l'article 5 que le hauban ne sera ordonné que trois fois dans l'année, à l'époque convenable, et en prenant l'avis des bo7is hommes de la cité.

L'article 9 porte : « Et s'ils font quelque tort dans la ville, ils le répareront selon l'évaluation des barons de la cité (c'est-à-dire, desofficiers municipaux).»

Enfin un arrêt de 1261 maintint les droits municipaux de la ville de Bourges , et déclara que la justice s'exerçait par les bourgeois et par les clercs et chevaliers de la septaine.

Mabseille. Bien que soumise à des vicomtes, Marseille conserva au moyen âge son organisation administrative ; elle agissait comme corps municipal et d^une manière tout à fait indépendante, faisait des traités, par exemple avec Gaëte, Pise, Gênes, etc.; se confédérait avec la république d'Arles, traitait avec les comtes de Provence, et achetait même les droits du vicomte de Marseille. Grâce à son indépendance , cette ville conserva au moyen âge l'éclat qu'elle avait déjà sous la domination romaine, et même avant la conquête de la Gaule par César. Elle était redevenue, comme avant notre ère, une grande puissance maritime.

Dès le sixième siècle, elle commerçait avec l'Egypte. Au neuvième siècle, les marchands de Marseille , Avignon , Lyon , allaient deux fois par an chercher à Alexandrie les denrées de l'Arabie et de l'Inde. Ces marchandises remontaient le Rhône jusqu'à la Saône, jusqu'au Doubs, et de là descendaient par la Moselle jusqu'à Aix-la- Chapelle et dans toute l'Allemagne du nord-ouest.

Ables. Colonie romaine et métropole des Gaules au cinquième siècle, Arles conserva son gouvernement municipal, dont l'existence est attestée au moyen âge par de nombreux documents. Dès l'année 962, on trouve un traité conclu entre le comte d'Arles et le monastère de Saint-Victor de Marseille , en présence , y est-il dit , de tous les hommes d'Arles, des sages et des chefs de la cité. Lorsque Conrad III investit, en 1144, l'arclievéque d'Arles de tous les droits réealiens, il réserva tacitement tous les oroits municipaux aux citoyens en n'accordant l'exercice d'aucun d'entre eux à l'archevêque. En 12.51, Arles se soumit au comte de Provence et à ses successeurs , à titre de donation gratuite et en conservant son organisation intérieure.

Metz. Ville municipale sous l'empire, Metz conserva ses institutions durant le moyen âge; là, comme dans toutes les villes du nord , les officiers municipaux ne portaient pas le nom romain de consuls qu'ils avaient dans le midi de la France, mais le titre germanique d'écheyins. Ainsi, en 11 26, Etienne de Bar, évêque de Metz , ayant fait certaines concessions à l'abbaye de Saint- Arnould , la charte fut soumise à l'âpprobatioh de trois des principaux magistrats de la ville,du premier échevin et des notables, qui renoncèrent à tous les droits qu'ils pouvaient faire valoir sur les concessions de l'évéque. Mais , en 1179 ou 1180, l'évéque Bertram publia une nouvelle charte, qui rendit annuelle la charge du premier échevin , et établit qu'il ne serait plus nommé par le clergé et le peuple réunis , afin , dit ^la charte , d'éviter les

occasions de querelles et de dissensions qui éclatent d'ordinaire dans les élections tumultueuses faites par la tnultitude.

Reims. Au douzième siècle, Reims, jadis la capitale de la Belgique romaine, prétendait que ses institutions municipales étaient antérieures à Tépiscopat de saint Rémi ; mais les archevêques diminuèrent par leurs em-r piétements successifs les prérogatives des magistrats populaires, et transformèrent peu à peu leur titre de défenseurs de la cité et leur patronage désintéressé en une véritable seigneurie féodale. Après avoir enlevé aux échevîns presque tous les droits que les lois romaines accordaient aux curies , ils voulurent encore leur 6ter la justice D3unicipale; mais cette dernière usurpation ne put s'opérer, et les bourgeois, excités par l'exemple de quelgues villes voisines, échangèrent les faibles débris d'institutions municipales qu'ils avaient pu sauver, contre une charte de commune.

Pàbis. Sous les trois dynasties, Paris conserva son titre municipal de cité, qui n'appartenait qu'aux villes ayant une organisation administrative indépendante de l'autorité des agents, impériaux; on voit même sur l'une des faces d'une ancienne monnaie le nom de Hugues, duc par la grâce de Dieu, et de 1 autre les mots : cité de Paris ; «de sorte, dit M. Renouard, que le duc qui usurpait les droits du roi respectait ceux de la cité. » Les prévôts des marchands de l'eau , titre qui désignait les magistrats municipaux de la ville, avaient le droit d'établir des impôts sur les denrées qui entraient dans la ville, d'exercer la police, d'administrer la basse justice , de percevoir des droits d'étalonage, d'acheter des biens communaux, de vendre des droits de seigneurie, de propriété , de cens, etc. ; ils prononçaient sur les contestations relatives aux héritages, interprétaient et appliquaient les dispositions de la coutume de Paris , etc. Mais après la sédition des maillotins, en 1382, Charles YI mit sous sa main la prévôté des marchands, l'échevinage de Paris et

sa juridiction; il abolit les maîtrises et communautésde métiers, et fit enlever les titres et les papiers de la maj^istrature municipale. Toutefois Pans, capitale de l'ancien iief royal et de toute la France, quand la France entière fut entrée dans le domaine du roi, était trop important pour être à toujours privé de ses droits municipaux; mais sa population était aussi trop nombreuse, ses richesses trop grandes, pour qu'il ne fût pas surveillé de près par Tautorité royale : aussi , quand son administration lui fut rendue, ce ne fut pas avec tous les privilèges dont il avait joui autrefois.

Agde, Amiens, Angouléme, Arras, Aucn, Auxonne, Autun, Auxerre, Bavai, Bayeux, Beauvais, Besançon, Bordeaux, Boulogne, Bourges, Cahors. Cambrai, Châlons-sur-Marne et Châlons-sur-Saône, Chartres, Clermont, Die, Embrun, Évreux, Langres, Laon, Limoges, Lyon, Maçon (*) , Maguelone , le Mans , Meaux , Nantes, Nevers, Noyon, Orange, Poitiers, le Puy, Rennes, Rouen, Seez, Sentis, Sens , Strasbourg , Térouenne, Toul, Tours, Tournay, Trois-Châteaux , Troyes , Usez ^ Vence , Verdun , yienne,conservèrent avec plus oujnoins de bonheur le régime des municipalités romaines, dont le principal caractère était de faire elles-mêmes leurs affaires intérieures sans qu'aucun pouvoir étranger vînt s'en occuper. Nous pourrions grossir cette liste d'une foule d'autres cités, cardans le Languedoc seulement on compte cinguante-deux députationsde villes municipales qui parurent à rassemblée de Carcassonne.

en 12G9, et vingt ans plus tôt à celle de 1249, où l'on prêta serment de fidélité au nouveau comte de Toulouse, Alphonse , frère de saint Louis. Mais il

(*) En 1346 , le roi de France reconnaissait encore la juridiction de Mâcon. «c Li larron, est-il dit à l'article 4 d'une ordonnance de Philippe VI , et li murtriers et tout inalfaiteurdoiirent eslre jugiez par li citoiens; et H bien des malfaiteurs demeurent à leurs procbieiis liunis , el li sires n*a rien es biens, exceptez les cas qui sont en droit, par qnoy le roy doit avoir les biens. ». 1

L'UNIVERS

suffit au but que nous nous proposons, d'avoir sommairement indique le caractère et l'importance des villes municipales de Tancienne France. Leurs privilèges, respectés par les rois des trois dynasties, subsistèrent, maleré les usurpations et les vexations des seigneurs féodaux, jusqu'aux temps modernes. Intéressés, en effet, à se concilier la faveur des bourgeois, pour être plus forts contre l'aristocratie, les rois capétiens surtout protégèrent le droit municipal des villes. « A différentes époques, dit M. Renouard(*), lors de la réunion successive de plusieurs pays à la France, ou lors des paciGcatiôns qui terminèrent les discordes civiles, divers traités, de nombreuses capitulations, assurèrent expressément à plusieurs cités l'exercice de leurs franchises primitives, de leurs libertés accoutumées ; des contrats synallagmatiques , entre les princes et les sujets , établirent et fixèrent leurs rapports présents et les rapports des

§enérations futures; je veux dire les roits et les devoirs qui d'avance liaient nécessairement les successeurs des princes et les enfants des sujets.

« Par respect pour les obligations expresses ou tacites , qui exigeaient que les franchises et les coutumes , soit des anciens pa^s de la France, soit des pays réunis, fussent conservées et maintenues , les princes de la troisième dynastie ordonnèrent la rédaction de ces franchises et coutumes, afin qu'elles devinssent la loi commune. Cette vaste et heureuse entreprise législative fut exécutée avec solennité : l'autorité royale, en sanctionnant des psages locaux, leur imprima le caractère de la loi; non-seulement elle constata et confirma ainsi les titres d'un grand nombre de villes, qui avaient l'usage et le droit de nommer leurs maires, échevins , jurats , officiers municipaux , etc. , mais elle consacra les avantages de la juridiction que ces magistrats , exerçaient dans plusieurs pays.

« Enfin la législation générale rela-^

tive aux droits municipaux des cités et villes de France, les avait constamment reconnus et protégés , jusques en des moments désastreux où la néces- ^sité de recourir à des expédients financiers donna, en 1692., la malheureuse idée d'appliquer au réj^ime municipal un spteme de vénalité. »

Des lors les derniers restes des privilèges'municipaux disparurent, et il n'y eut plus en face d'une royauté devenue absolue que les amers souvenirs des anciennes libertés. Non contente d'avoir réduit au silence ou fait tomber en désuétude les grands pouvoirs politiques de la nation, le parlement et les états généraux, la royauté voulut encore supprimer à son profit des privilèges inoffensifs et cependant précieux; mais ce fut la dernière de ses usurpations. Un résultat heureux en sortit même, car la France se trouva au jour de sa révolution nivelée par le despotisme, et toute prête à recevoir une organisation nouvelle qui pût être identique d'un bout à l'autre du royaume.

§ IL Communes,

«Toutes les révolutions modernes, dit M. Augustin Thierry (*) , prennent leur source dans un débat entre le peuple et la puissance royale : celle des communes, au douzième siècle, ne pouvait avoir ce caractère. Il y avait alors peu de villes qui appartinssent immédiatement au roi : la plupart des bourgs étaient la propriété des barons ou des églises, et les villes métropolitaines se trouvaient, en totalité ou en partie, sous la seigneurie de leurs évéques. Quelquefois un seigneur laïque, maître de l'ancienne citadelle et du quartier voisin, disputait au prélat la suzeraineté et le gouvernement du reste de la ville ; quelquefois le roi avait une tour où son prévôt se cantonnait militairement, pour lever sur les bourgeois certains subsides, en sus des tailles que l'évêque et le seigneur laïque exigeaient chacun de son côté. Heu-

(*) Histoire du droit municipal en France, t. U, p. 365,

(*) Leitres siirThistoiredeFrance^p. a63 et suiv. , 5" édition.

reusement pour Ja bourgeoisie, ces trois puissances s'accordaient mal entre elles. L'insurrection d'un des quartiers de la ville trouvait souvent un appui dans le seigneur du quartier voisin; et si la population tout entière s'associait en corps politique, il était rare que l'un des seigneurs, gagné par des offres d'argent, ne confirmât pas cette révolte. C'est ainsi que la commune d'Auxerre s'établit du consentement du comte, malgré l'évéque, et qu'a Amiens Tévêque se rangea contre le comte, du côté de la. bourgeoisie. Dans le midi de la France actuelle, pays situé alors en dehors du royaume, les évéques se montrèrent en général amis des libertés bourgeoises et protecteurs des communes; mais dans la France proprement dite, en Bourgogne et en Flandre , tantôt protégés par les rois, tantôt seuls, à l'aide des armes et de l'anathème, ils soutinrent contre les communes uncî çuerre qui ne se termina qu'après trois siècles, par la ruine simultanée des droits politiques des villes et des privilèges seigneuriaux.

« Cette différence remarquable provient de ce que dans le midi de là Gaule , où la conquête franque ne pénétra jamais à fond, l'autorité temporelle des évéques avait moins que dans le nord perdu son caractère de magistrature, pour s'assimiler au pouvoir des barons ou gens de la race conquérante. A mesure qu'on approchait du Rhin-, l'on trouvait les traces de l'invasion germanique plus visiblement marquées. L'abus de la force était plus grand , le pouvoir seigneurial plus despotique; tout homme qui ne pouvait pas se dire chevalier était traité en serf, et ce titre humiliant était celui dont les évéques , du haut de leurs palais crénelés, qualinaient les habitants des villes métropolitaines. Mais cette dénomination exprimait en général une

E rétention plutôt qu'un tait; et les ourgeois, par leurs fréquentes émeutes, par leurs ligues défensives, prouvaient <\ue le servage des, campagnes n'était pas fait pour les villes. De temporaires qu'elles étaient d'abord, ces

associations de défense mutuelle , i ommimions ou communes, comme en les appelait, devinrent permanentes; on s avisa de les garantir par une organisation administrative et judiciaire, et la révolution fut accomplie. « Cornac niune, dit un auteur ecclésiastique « du douzième siècle, est un mot nou- « veau et détestable, et voici ce qu'on R entend par ce mot : les gens tailiables « ne payent plus qu'une fois Tan à leur « seigneur la rente qu'ils lui doivent; « s'ils commettent quelque délit , ils en « sont quittes pour une amende léga- «lement fixée; et, quant aux levées « d'argent qu'on a coutume d'infliger « aux serfs, ils en sont entièrement a exempts. »

« Ainsi le mot de commune exprimait, il y a sept cents ans, ui^ système de garantie analogue, pour l'époque, à ce qu'aujourd'hui n us comprenons sous le mot constitution. Comme les constitutions de nos jours, les communes s'élevaient à la lile, et les dernières en date imitaient de point en point Torganisation des anciennes. »

C'est dans la dernière moitié du onzième siècle que les documents historiques présentent pour la première fois des villes constituées en communes.

La première en date est celle du Mans.

Le Mans. Lorsque Guillaume le Bâtard partit pour la conquête de l'Angleterre (1066), les Manceaux, qui avaient été contraints de le reconnaître pour seigneur, profitèrent de son absence pour chasser ses garnisons de leur pays. Encouragés par le succès, les habitants du Mans se soulevèrent aussi contre leur comte, et formèrent une association qui prit des chefs électifs et le nom de. commune. Le comte du Mans, l'évéque et les nobles de la ville jurèrent d^obéir aux nouvelles lois de la cité. Les gentilshommes des environs montrant des dispositions moins favorables, les bourgeois résolurent de les y forcer.

« Il arriva que l'un des barons du pays, nommé Hugues de Sillé, attira sur lui la colère des membres de la commune, en s'opposant aux institutions qu'ils avaient promulguées. Ceux-

rtJNiVËRS.

ci envoyèrent aussitôt des messagers dans tous les cantons d*aIentour, et rassemblèrent une armée qui se porta -avec beaucoup d'ardeur contre le château de Sillé; l'évéque du Mans et les prêtres de chaque paroisse marchaient en tête avec les croix et les bannières. L'armée s'arrêta pour^ camper à quelque distance du château, tandis que Geoffroy de Mayenne, venu de son côté avec ses hommes d'armes , prenait son quartier séparément. Il faisait semblant de vouloir aider la commune dans son expédition j mais il eut, dès la nuit même, des mtelligences.avec l'ennemi , et ne s'occupa d'autre chose que de faire échouer l'entreprise des bourgeois.

« A peine fut-il jour que la garnison du château Gt une sortie avec de grands cris ; et au moment où les gens de la commune, pris audépourvu, se levaient et s'armaient pour combattre dans toutes lesparties du camp, des cens apostés répanclirentqu'on étaittrahi, que la ville du Mans venait d'être livrée au parti ennemi. Cette fausse nouvelle, jointe à une attaque imprévue, produisit une terreur générale : les bourgeois et leurs auxiliaires prirent la fuite en jetant leurs armes; beaucoup furent tués, tant nobles que vilains , et l'évéque luimême se trouva parmi les prisonniers.

« Geoffroy de Mayenne, de plus en plus suspect aux gens de la commune, et craignant leur ressentiment, abandonna Ta tutelle du jeune comte, et se retira hors de la ville, dans un château nommé la Géole. Mais la mère de l'enfant, Guersande, fille du comte Herbert, qui entretenait avec Geoffroy un commerce illicite , s'ennuya bientôt de son absence, et ourdit sous main un complot pour lui livrer la ville. Un dimanche, par la connivence de quelques traîtres, il entra avec quatrevingts chevaliers dans un des forts de la cité, voisin de la principale église, et de là se mit à guerroyer contre les habitants. Ceux-ci , appelant à leur aide les barons du pays, assiégèrent la forteresse. L'attaque était diflîcile, parce que, outre le château, Geoffroy de

Mayenne et ses gens occupaient deut maisons flanquées de tourelles. Les bourgeois n'hésitèrent pas à mettre le feu à ces maisons, quoiqu'elles fussent tout près de l'église, qu'on eut peine à préserver de l'mcendie. Ensuite l'attaque du fort commença, à l'aide des machines, si vivement, que Geoffroy, perdant courage, s'échappa de nuit, disant aux siens qu'il allait chercher du secours. Les autres ne tardèrent pas à se rendre; et les bourgeois, rentrés eh possession de la forteresse, en rasèrent les murailles intérieures jusqu'à la hauteur du mur de ville, ne laissant subsister en entier que les remparts tournés vers la campagne. (*} »

Mais, en 1073, Guillaume revint d'Angleterre avec une nombreuse armée, et les bourgeois du Mans , incapables de lui résister, durent renoncer a leur commune et venir apporter au roi les clefs de leur ville.

Cambrai. Dès le dixième siècle, il y eut de hardies tentatives faites par les Cambrésiens pour établir une commune. Dès l'année 957, ils fermèrent leurs portes à leur évêque, et songeaient déjà à s'organiser d'une manière républicaine, quand l'évéque reparut avec une armée d'Allemands et de Flamands, qui entrèrent par composition dans la ville, et n'en firent pas moins main basse sur une partie des bourgeois. Ce massacre laissa des souvenirs qui portèrent leurs fruits. En 1024, les bourgeois chassèrent les chanoines et tout le clergé, déniolirent leurs maisons , et emprisonnèrent plusieurs prêtres. Une armée impériale rétablit encore à Cambrai l'autorité de l'évéque. En 1064, nouvelle tentative, qui ne put être étouffée que par trois armées; mais, en 1076, les bourgeois furent enfin plus heureux. « Comme le clergé et tout le peuple, dit la chronique (Je Cambrai (**), étoient en grande

(*) Scrtptorea rerum Franc, , f. XII « r. SSg et suiv. , traduit par M. Augustin Thierry dans ses Lettres sur Tbist. de France, p. 27 1 ei suiv. ,i'' édition.

(**)Exlraii fait par M. Augustin Tbieny, ouvrage cilc, pag. 278.

paix, s'en alla l'évéque Gérard à Tempèreur. Mais ne fut pas très-éloigné, quand les bourgeois de Cambrai , par mauvais conseil, jurèrent une commune , et firent ensemble une conspiration que de long-temps avoient murmurée, et s*allièrent ensemble par serment , ^ue si révêque n*octroyoit cette commune, ils lui dféfendroient l'entrée en la cité. Cependant Tévêque étoit à Lobbes, et lui fut dit le mal que le peuple avoit fait , et aussitôt il quitta sa route, et pour ce qu'il n'avoit gens pour le venger de ses bourgeois , il prit avec lui son bon ami Baudoin, le comte de Mons, et ainsi vinrent à la cité avec grande chevalerie. Lors eurent les bourgeois leurs portes closes, et mandèrent à l'évéque qu'ils ne laisseroient entrer que lui et sa maison, et l'évéque répondit qu'il n'entreroit pas sans le comte et sa chevalerie, et les bourgeois le refusèrent. Quand l'évéque vit la folie de ses sujets, il lui prit grande pitié, et il désiroit plus faire miséricorde que justice. Alors leur manda qu'il traîteroit des choses devant dites, en sa cour, en bonne manière, et ainsi les apaisa. Alors l'évéque fut laissé entrer , et les bourgeois entrèrent en leurs maisons, à grande joie, et tout fût oublié de ce qui avoit été fait. Mais il 3*0 vint, après un peu de temps, par aventure, sans le su et le consentement'de; l'évéque et contre sa volonté, que grand nombre de chevaliers les assaillirent en leurs hôtels , en occirent aucuns et plusieurs blessèrent. Dont furent les bourgeois très-ébahis ef fuirent à l'église Saint-Gery, enfin furent pris et menés devant l'évéque. Ainsi fut cette conjuration et la commune défaite, et jurèrent désormais féauté à l'évéque. »

Mais bientôt la commune fut rétablie et l'évéque forcé d'y souscrire. « Ni révêque, ni l'empereur, dit un ancien écrivain , ne peuvent y asseoir de taxe; aucun tribut n'y est exigé; on n'en peut faire sortir la milice, si ce n'est pour la défense de la ville, et encore à cette condition que les bourgeois puissent, le jour même, être de retour dans leurs maisons.» Les quatre-

vingts jurés qui composaient le coriMs électif de la magistrature étaient obligés d'entretenir un valet et un cheval toujours sellé , afin d'être prêts à se rendre partout où les appelaient les devoirs souvent dangereux de leurs charges. Abolie encore en 1138 et en 1 187, la commune de Cambrai se releva toujours , et subsista jusqu'au quatorzième isiècle, malgré les excommunications deises évêques, qu'elle chassait avec tout leur clergé quand ils refusaient de la reconnaître.

NoYON, en 11^8. Ce fut l'évéque même de Noyon qui , de son propre mouvement, concéda, en 1178, une charte , qui constituait le corps des bourgeois en association perpétuelle, et garantissait aux* membres de la commune l'entière propriété de leurs biens, avec le droit cle ne pouvoir être jugés que par leurs.propres magistrats. L'évéque jura lui-même cette charte, et prononça l'anathème contre quiconque la transgresserait ou la violerait ; enfin , il invita le roi de France à la sanctionner de son autorité royale. En 1181 , Philippe- Auguste confirma de nouveau cette commune.

Beauvais. C'est en 1099 que coins mencèrent les démêlés de l'évéque de Beauvais avec les bourgeois de cette ville, qui, depuis longtemps, avait déjà des coutumes passées en droits, et ordinairement confirmées par l'évéque, seigneur suzerain de la cité.

Louis le Gros, appelé à plusieurs'reprises , prit parti pour les bourgeois, et leur délivra de sa pleine autorité une charte de commune. Jusqu'à Philippe-Auguste, la ville, malgré cette charte , lut souvent troublée par les juridictions rivales des pairs , ou du maire des bourgeois, et de l'official de l'évéque ; et cette longue querelle allait être décidée, vers 1214, par un duel judiciaire entre le champion de l'évéque et celui des habitants , quand Philippe-Auguste survint, et sollicita les secours des deux partis contre l'ennemi commun du royaume. L'empereur Otton envahissait alors la France', à la tête d'une armée allemande, et le.

roi réunissait toutes ses forces pour

L'UNIVERS-

résister à CfiXe redoutable invasion.

Répondant au ban royal, Tévéque et les bourgeois de Beauvais suivirent l!oriflamnie , et scellèrent leur réconciliation sur le champ de bataille de Bovine, où seize légions de communes combattirent vaillamment à jcôté des troupes féodales du roi. Mais, en 1232, la guerre febommença , et dura, sauf de courts intervalles de paix , jusqu'en 1 306. A cette époque commence pour Beauvais , comme pour toutes les communes de France, un ordre nouveau.

Dès lors il faut cesser de part et d'autre de recourir à la force; tout se termine par voie de justice. La commune subsiste, ses privilèges mêmes sont augmentés , en récompense de sa bonne conduite dans la guerre contre lef anglais; mafs TeSprit républicain a disparu, comme l'arrogance féodale de Tevéque , et lé prélat , malgré son titre de comte, les bourgeois, malgré leurs chartes, sont les fidèles sujets d'un maître tout-puissant.

Saint-Quentin, 1102. Ce fut de sa libre volonté que le comte Raoul de Yermandois octroya , comme l'évéque de Noyon, une charte de commune aux habitants de Saint-Quentin , afin de prévenir les troubles que pouvait faire éclater l'exemple contagieux des communes voisines. Par cette charte, la commune obtint le droit d'abattre les châteaux des seigneurs qui lui feraient quelque tort, et la promesse, de la part du comte, de l'aider dans ses guerres contre les seigneurs voisins, ses ennemis.

Laon, vers 1112. « Placés (*) presque à égale distance de Saint-Quentin et de Noyon, les bourgeois de Laon ne pouvaient s'empêcher de tourner les yeux vers ces deux villes. Peut-être la commune de Beauvais leur plaisait-elle moins que les deux autres, à cause de la répugnance qu'éprouvent les masses d hommes à s'engager de sang-froid dans une révolution violente. Mais une . sorte de fatalité les entraîna , malgré eux, dans d'autres voies. Ils commen-

(*) Augustin Thierry, Lettres sur Thistoire de France , pag. 296 , 5* édition.

cèrent par des demandes de Yéforme, adressées avec cdlme, et finirent par un soulèvement accompagné de ce que les guerres civiles peuvent offrir de plus atroce. L'histoire de la commune de Laon a cela de remarquable, qu'elle reproduit de la manière la plus exacte le type des révolutions modernes. Au moment où l'action révolutionnaire est parvenue au dernier degré de violence, la réaction arrive, suivie d'une nouvelle série de désordres et d'excès commis en sens contraire. Enfin, quand les partis opposés sont las de s'entredétruire, vient le grand acte de pacification , reçu avec joie des deux côtés , mais qui, au fond , n'est qu'une trêve, parce que les intérêts opposés subsistent et ne i)euvent s'accorder. » Ce fut en J331 que fut rendue l'ordonnance

Sui abolit définitivement la commune e Laon. Elle avait existé plus de deux siècles.

Amiens, 1113. Au douzième siècle, elle était partagée entre quatre dominations : le comte , qui possédait une partie de la ville ; le vidame , ancien officier de Tévêque , qui en avait une autre partie ; un châtelain, propriétaire de la grosse tour, dite le petit château, le ChàtiUon; enfin Tévêque maître du reste. Les bourgeois surent intéresser les deux plus faibles de leurs quatre maîtres , l'évéque et le vidame , au projet de l'établissement d'une commune ; mais le comte Enguerrand de Boves , sire de Goucy, s'y refusa constamment; et bien que Louis le Gros eût sanctionné l'érection de la commune, au prix d'une assez forte somme , Enguerrand marcha contre les bourgeois d'Amiens avec tous les chevaliers de ses terres. Les domaines de l'évéque, allié des bourgeois, furent impitoyablement dévastés. En un seul jour, Thomas de Marie, fils d'Enguerrand , tua de sa main trente hommes de l'évéque ; mais , attiré dans une embuscade, il fut blessé, et contraint de laisser pour (Quelque temps la ville en repos. Toutefois les troupes qu'il avait placées dans la grosse tour continuèrent la lutte; et l'évéque, découragé de voir sa ville épiscopale désolée par

ane guerre civile, et attribuant tous. « ces maux à sa condescendance, ren- « voya à rarchevéque de Reims son an- « neau avec son bâton pastoral, et se « retira, simple moine, dans l'abbaye « de Cluny, puis à la grande Chartreuse. « Cependant, Louis YI, déterminé par les plaintes du clergé à faire la guerre « à Tnomas de Marie , ramena Tévéque « dans Amiens. Mais la forteresse était « toujours au pouvoir des soldats du « comte : le roi, se mettant à la tête des « bourgeois , l'attaqua en personne , et « quatre-vingts femmes de la ville montèrent dans les tours roulantes qu'on « approcha de la forteresse pour lancer « des pierres sur les assiégés. Tous ces « efforts furent inutiles, et le roi, découragé, partit. Ce ne fut qu'au « bout d'un blocus de deux années que « les bourgeois prirent enfin le Châtiilon , « et le rasèrent. Dès lors ils furent en « libre possession de leur commune qui subsista jusqu'à Philippe IV. Suppri- « mée par ce prince, elle fut rétablie en « 1307 au prix d'une forte somme, et « paya encore, quelques années plus tard» « 60,000 livres et une rente annuelle de « 600 livres pour le rachat de tous ses « droits. Malgré cette convention, les « anciens droits des comtes que possédait la commune, lui furent successive- « ment, enlevés avec la plus grande par- « tie de ses revenus, et la juridiction de « ses échevins fut bornée au petit cri- « minel, malgré les deux glaives qu'ils « faisaient porter devant eux aux jours « de grandes cérémonies , comme insi- « gnes de haute justice, en souvenir du « droit de vie et de mort anciennement « exercé par eux.

SoissoNS, vers 1116. L'établisse- «

ment de cette commune se fit d'une «

manière pacifique car le consentement «

du comte et de l'évêque ; le roi lui- «

même en confirma la charte : « Tous les «

« hommes , » dit cette charte ( * ) , qui «

devint celle de plusieurs v illes en Picar- «

die, en Champagne et jusqu'en Bour- «

gogne, «tous les hommes habitant « « dans l'enceinte des murs de la ville

(*) Traduite par M. Aug. Thierry, ouvrage cité,^. 36 X.

11'' Livraison. (Annàlbs db l'hist. de Frange.)

de Soissons et en dehors dans le faubourg, sur quelque seigneurie qu'ils demeurent, jureront la commune j si quelqu'un s'y refuse, ceux qui l'auront jurée feront justice de sa maison et de son argent.

ft Dans les limites de la commune , tous les hommes s'aideront mutuellement, selon leur pouvoir, et ne souffriront en nulle manière que qui que ce soit enlève quelque chose ou tasse payer des tailles à l'un d'entre eux.

« Quand la cloche sonnera pour assembler la commune, si quelqu'un ne se rend pas à l'assemblée, il payera douze deniers d'amende.

« Si quelqu'un de la commune a forfait en quelque chose et refuse de donner satisfaction devant les jurés, les hommes de la commune en feront justice.

« Les membres de cette commune prendront pour épouses les femmes qu'ils voudront, après en avoir demandé permission aux seigneurs ; et si les seigneurs refusent, et que quel-

?|u'un prenne sans leur aveu une emme d'une autre seigneurie, il payera cinq sous d'amende.

« Si un étranger apporte son pain ou son vin dans la ville pour les y mettre en sûreté, et qu'ensuite un différend survienne entre son seigneur et les hommes de cette commune, il aura quinze jours pour vendre son pain et son vin dans la ville et emporter l'argent , à moins qu'il n'ait forfait ou ne soit complice de quelque forfaiture.

« Si l'évêque de Soissons amène par mégarde dans la ville un homme qui ait forfait envers un, membre de cette commune, après qu'on lui aura remontré que c'est l'un des ennemis de la commune , il pourra l'emmener cette fois ; mais il ne le ramènera en aucune manière, si ce n'est avec l'aveu de ceux qui ont charge de maintenir la commune.

« Toute forfaiture, hormis l'infraction de commune et la vieille haine , sera punie d'une amende de cinq sous. »

L'UNIVERS

Mais bientôt des plaintes s'élevèrent de toutes parts contre cette charte librement consentie. L'évôaue se plaignit qu'on eût fait de la granae salle de son palais une prison publique, et de son promenoir le lieu où se tenaient les assemblées de la commune : tous les seigneurs voisins prétendirent que la ville devenait un asile où se réfugiaient leurs serfs, et se récrièrent contre rimpôt mis par les bourgeois sur les marchandises apportées dans la ville.

Une intervention de Louis le Gros fut défavorable aux habitants. Cependant ils sauvèrent cette fois leur charte, qu'ils conservèrent encore deux siècles ; mais, en 1325, ruinés par d'interminables procès intentés contre eux par l'évêque et les chanoines , ils vendirent leur commune à Charles IV, à la condition que ce prince prendrait leur dette publique à sa charge.

Sens (1146). Sens adopta, vers le milieu du douzième siècle, la charte detk)issons ; mais les plaintes des clercs, surtout celles des religieux de Saint- Pierre le Vif , qui allèrent jusqu'à Invoquer l'assistance du pape, amenèrent la ruine de la commune; toutefois les bourgeois ne laissèrent ^înt passer cet acte sans une protestation violente. L'abbé de Saint-Pierre le Vif étant revenu peu de temps après dans la vjlle, au retour de son ambassade près du pape, fut tué par les bourgeois, avec son neveu , qui chercha vainement à le défendre. Cependant la commune de Sens fijt rétablie par Phi lippe-Auguste; mais elle ne put jamais s'élever à un grand éclat, et périt obscurément par les empiétements successifs des officiers royaux.

Reims (1 158), que nous connaissons déjà comme ville municipale, voulut, au milieu du douzième siècle , échanger ses institutions sans garanties contre une charte decommunequi précisaitses droits. Profitant d'une vacance du siège archiépiscopal, les Rémois établirent une commune à l'instar de Laon , dont lis prirent la diarte. Mais à Reims, l'archevêque, comte de la ville et de son territoire, métropolitain d'une grande partie de la France du nord-est, investi

enfin du droit de sacrer les rois, était trop puissant pour que la commune pût subsister sans de grands troubl»; il y en eut en effet oui durèrent' un siècle, et dans lesauels les bourgeois ngontrèrent une auqace et une énergie qui prouvent combien les passions révolutionnaires étaient vives aussi durant ce moyen âge, qu'on représente si souvent comme servilement soumis aux lois hiérarchic|ues du régime féodal. Avec saint Xouis commença Pintervention directe et fréquente des rois dans les affaires de la commune; et cette intervention, il est inutile de le dire, fut fatale aux bourgeois , car la royauté n'en était déjà plus aux mauvais jours de Louis VI , où il fallait chercher appui partout, même dans de pauvres cités. Saint Louis jugea non pas comme arbitre, mais comme maître, et la lutte du privilège seigneurial contre les libertes^ bourgeoises cessant d'avoir le caractère d'une guerre civile, se transforma en d'interminables procès par-devant le parlement, qui finit par déclarer, sans respect pour les prétentions contraires de rarcnevéque et des bourgeois, que la garde et le gouvernement de la ville appartenaient an roi seul , et à ceux qu*il lui plairait d'y commettre.

« Au quatorzième siècle, dit M. Augustin Thierry (*), la commune dé Reims cesse entièrement de jouer un rôle politique. Elle ne fut point abolie, ilnais s'éteignit sans violence et sans éclat sous la pression de l'autorité royale. L'échevinage subsista jusqu'à une époque récente, comme un simulacre de l'ancienne existence républicaine et le signe d'une liberté qui n'était plus. Durant les siècles de subordination paisible qui succédèrent aux tumultes du moyen âge, l'oubli éleva comme une sorte de carrière entre la bourgeoisie des temps modernes et l'antique bourgeoisie si flère et si indépendante. Le seul grand événement local , pour un habitant de Reims , fut la oéreinonie du sacre; et les enfanta

(*) liOttres sur rhûtoire dt France, pag.

426 , 5* édition. »

AimALES DE L'HISTOIRE DE FRANCE.

jouèrent au pied du vfeux château des archeyêques, sans se douter que jamais ces murs en ruine eussent été raauditis par leurs aVeux. Toutes les villes de France sont tombées depuis quatre sièeles dans la même nullité politique; mais on se figure trop aisément qu'il en a été toujours ainsi. Pour chercher des exemples de courage civique, nous remontons jusqu'à l'antiquité, tandis que nous n*aunons besoin que d'étudier à fond notre histoire; car, parmi nos villes les plus obscures, il n'en est peut-être pas une qui n'ait eu ses jours d'énergie. Vézelay, dans le département de l'Yonne, n'est pas même un chef-lieu de sous-préfecture, et cette simple bourgade eut , il y a près de sept cents ans, raudace de laire une révolution pour son compte (*). »

Ces communes furent les plus glorieuses, celles dont la réputation s'étendit le plus loin et dura le plus longtemps, mais elles ne furent pas les seules. Abbeville, vers 1100, Corbie, ^ous Louis VI, Chaumont, en 1182, Roye et Dijon, en 1183, Cerny, Chamouilles, Beaune, Chevy, Cortone, Verneuil , Bourg, Comin et Crespy, en 1184, Tournai, en 1185, Bois-Commun en Gatinais et Lorris, en 1186, Voisines, en 1187, Saint-André près Mâcon, Montreuil et Pontoise, en 1188,Saînt-Riquier,enll89,Dimont, en 1190, les bourgs dépendants de l'église de Saint- Jean de Laon, en 1196, Cléry, en 1201, Pont-Audemer, en 1204, Ferrières, en 1205, Bray, en 1210, Athyes, en 1212, Chaulny, en 1213, Crespy en Valois, en 1215, les bourgs dépendants de Tabbaye d'Auri-

fny dans le diocèse de Laon , en 1216 , oissy, Triel, Saint-Léger, vers la même époque, Niort, en 1230, Aigues- Mortes, en 1246, Figeac, en 1318, Saint-Rome en Rouergue, en 1322, Compiègne, etc., etc., obtinrent aux dates indiquées ci-dessus une charte de commune, ou la confirmation d'anciennes chartes perdues où détruites.

Quant à la troisième espèce de villes, dont nous avons parlé , ceUes qui ne

(*) Voyez plus haut, p. i68.

furent ni cités municipales ni communes , leur nombre est trop grand, leurs privilèges et leurs charges trop divers pour que nous puissions les énumérer ici. C'était presque tout le reste des villes de France. Toutes en effet avaient obtenu de leurs seigneurs des d roi ts plus ou moins étendus qui n'étaient pas sans doute toujours re^ectes , et qui manquaient des garanties nécessaires, mais qui n'en contribuaient pas moins à accroître leur prospérité et leur force.

Quelques-unes d'elles comptaient parmi les plus importantes cités du royaume, comme Orléans, par exemple, et la capitale même , Paris , qui n'avait pu conserver dans toute sa pureté son ancienne organisation municipale.

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