CHAPITRE IV
LA BOYAUTB.
§ L Obscurité et inertie des premiers rois capétiens.
HUGUES CAPBT.
A la mort de Louis V, le dernier roi de la race de Charlemagne , le domaine royal consistait presque dans la seule ville de Laon; mais Hugues Capet, qui fut alors proclamé roi(*), le rendit tout à cou[) considérable. Son avènement au trône, en ^réunissant au domaine l'importante ville de Paris , et ce qu'on nommait le duché de France, releva l'autorité avilie des rois. Leur pouvoir égala du moins , dès ce nioment, celui des plus puissants vassaux, et la royauté , grâce à cette usurpation , fut alors sauvée d'une ruine entière.
Ce grand événement fut cependant à peine remarqué des contemporains, car il y en avait peu qui s'inquiétassent d'un changement qui faisait passer à une nouvelle famille un titre sans force réelle. Le clergé seul y prit quelque
(*) Voyez ci -dessus, page 43 et suiv. , les efforts de sa famille pendant un siècle pour usurper la couronne des Carlovingieni, et page 127, l'étendue de ses possessions.
L'UNIVERS
part. Pour le gagner, Hugues . qui possédait un grand nombre d'abbayes, les rendit aux raoines , avec la liberté au'ils avaient eue autrefois d'élire eux-mêmes leurs abbés. Les ecclésiastiques, que l'ancienne race des rois cariovingiens avait laissé dépouiller par les grands, consentirent avec empressement à élever sur le trône un prince qui s'était montré si généreux et si bien disposé à leur égard.
Pendant tout le cours de la première année, il ne s'éleva aucune plainte, aucune réclamation contre l'usurpation de Hugues Capet; mais, en 988, Charles de Lorraine, oncle du dernier roi et fils de Louis IV, revendiqua le trône de sa famille. Il obtint d'abord quelques avantages , s'empara de la ville de Laon et battit les troupes de son rival. Soit par ruse, soit de vive force, il se rendit maître des villes de Reims et de Soissons ; mais la trahison livra la première de ces deux villes à Hugues Capet, qui ne tarda pas à reprendre .aussi la place de Laon (2 avril 991). La personne même de son adversaire tomba en soii pouvoir, et Charles de Lorraine, emprisonné comme Charles le Simple, mourut misérablement deux ans après dans la tour d'Orléans. Il laissait deux fils qui n'eurent point de postérité, et deux filles, dont la plus jeune fut, dit-on , la souche de la famille des ducs actuels de Hesse.
Délivré de ce danger, Hugues s'occupa de poursuivre Arnould , archevêque de Reims et fils naturel du roi Lothaire, qui avait livré cette ville à son oncle Charles de Lorraine. Arnould fut déposé (991) dans un concile que fit assembler Hugues Capet, et son trône archiépiscopal fut donné au moine ■Gerbert, qui devint, dans la suite, précepteur d'Otton lil , archevêque de Ravenne , et eulin pape sous le nom de Sylvestre II (*). Un second concile, appuyé par le pape, voulut rétablir Arnould; Gerbert aima mieux abdiquer que de causer un schisme, et se retira auprès de Fempereur.
(*) Ce fut le premier Français qui s'assit dans la chaire de saint Pierre.
Dans la guerre contre Charles, Hugues avait été attaqué au sud par Guillaume, duc d'Aquitaine; mais il le battit dans plusieurs rencontres, et le for<^a à se retirer au delà de la Loire, après avoir reconnu pour souverain le seigneur de TIle-de-France. Hugues mourut après ce dernier avantage, à rage de cinquante-cinq ans. Ce personnage si important nous est cependant presque tout à fait inconnu; et, de tous les usurpateurs, Hugues est peut-être le seul dont le règne ait jeté aussi peu d'éclat. Il semble qu'il ait voulu a force d'obscurité faire oublier qu'il avait acquis par une usurpation sa couronne de roi.