‹ France (volume 2)Chapitre 25 sur 45 · ROBERT II · texte numérisé non relu

ROBERT II

Robert, déjà associé au trône par son père Hugues Capet, lui succéda sans opposition; mais le nouveau roi eut un règne plus orageux. Il avait épousé Berthe , sa cousine au quatrième degré, et avait de plus tenu sur les fonts de baptême un enfant du premier lit de Berthe : ce dernier mariage fut, pour ces deux raisons, regardé comme illégitime. Le pape Grégoire V, parent de l'empereur Olton IIÏ , excommunia Robert et mit son royaume en interdit.

Les conséquences de l'interdit étaient alors terribles : on ne pouvait dire la messe ni administrer les sacrements; les morts restaient sans sépulture, les mariages ne pouvaient être célébrés.

Le roi , particulièrement frappé de la sentence de l'Ëglise , vit ses plus fidèles serviteurs s'éloigner de lui , et détruire par le feu tout ce qu'il avait touché. On publia que l'enfant né de la reine, et qui ne vécut point, était un monstre

au'il avait fallu étouffer. Robert , obligé e répudier Berthe , épousa Constance, fille (lu comte de Toulouse (1000), Le caractère de cette femme violente faisait un singulier contraste avec la douceur du roi , et les chevaliers (j[u'elle avait amenés à sa suite introduisirent à la cour de Robert des mœurs nouvelles

et frivoles qui indignèrent les habitants du nord de la France.

Croyance générale à la On du monde vers l'an 1000, d'après une prophétie de saint Jean. Pour sauver leurs âmes, à ce dernier soir du monde , adventante vespere mundiy les grands prodiguent au clergé les donations de terres et les privilèges.

Hugues de Beauvais, vassal de Robert, avait sur Tesprit de ce prince le plus grand empire; Constance, qui voulait le gouverner seule, fit massacrer le favori de son époux par ses Aquitains. La suite du règne de Constance répondit à de tels commencements, et des querelles domestiques, des guerres étrangères ne cessèrent de fatiguer le roi de France, naturellement très-pacifique. Henri, dufc de Bourgogne, oncle du roi, avait nommé son beau-fils Otton héritier de son duché; Robert voulut s'en emparer, mais la Bourgogne repoussa pendant cinq ans tous ses efforts, quoiqu'il fût appuyé par Richard , duc de Normandie.

La seule ville d'Auxerre résista deux années. Cependant Robert finit par chasser son compétiteur au delà de la Loire.

Apres cette victoire, il associa à la couronne Hugues , son fils aîné, qui ne tarda pas à s^armer contre lui-même, pousse à la révolte par la dureté de Constance, qui exigeait de son fils, devenu roi, une obéissance aveugle.

Robert vainquit ce fils rebelle et lui pardonna. Le jeune prince étant mort peu de temps après, et son second frère Eudes étant imbécile, Robert s'associa le troisième, nommé Henri.

Constance préférait le plus jeune, Robert; et , par ses mauvais traitements, elle for^ Henri à se révolter, comme avait fait précédemment l'atné. Mais le jeune Robert, loin de seconder les projets de sa mère, se réunit à son frère contre la tyrannie de Constance.

Ils rentrèrent dans le devoir quelque temps avant la mort de leur père, qui

mourut à Melun, dans la soixante et unième année de son âge et la quarante-cinquième de son règne (1031).

Sa dévotion et sa bonté, seules vertus qu'on pût louer en lui, étaient peu éclairées. Sa principale occupation fut de fonder des églises, de chanter avec les prêtres et de corriger les livres de prières. Pour éviter à ses vassaux de se damner par des parjures alors trop-fréquents, il les faisait jurer sur un reliquaire d'où il avait pris la précaution d'ôter secrètement leâ reliques. Mais cette piété mal entendue était accompagnée d'une charité ardente qui doit rendre respectable la mémoire de ce bon roi. Les pauvres étaient ses amis : il en nourrissait tous les jours trois cents , quelquefois mille ; le jeudi saint, il les servait à genoux, et leur lavait les pieds, revêtu d'un cilice.

Sous le règne de Robert, l'Église commença à sévir contre les hérétiques qui s'élevaient en grand nombre : les uns prétendaient changer les dogmes, d'autres voulurent réformer les mœurs; ils furent tous également persécutés.

Dans un concile que l'on assembla à Orléans, en 1022, une foule de ces malheureux furent condamnés au feu. Le roi Robert assista à leur supplice avec son épouse ; et Constance , remarquant parmi les victimes un ecclésiastique qui avait été son confesseur, s'approcha de lui et lui creva un œil avec une baguette de fer qu'elle tenait à la main.

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