HENRI I
Robert eut pour successeur son fils Henri P'. Constance poursuivit ses intrigues pour le supplanter et mettre à sa place son plus jeune fils; mais Henri implora la protection du duc de Normandie , et ce puissant vassal chargea un de ses parents de remettre le roi de France sur son trône. Le comte de Champagne, allié de Constance, fut trois fois battu (*). Ce succès et la mort
(*) Voyez page n8.
lee
L'UNIVERS
de la reine mère (1032) facilitèrent une négociation qui subsista jusqu'en 1041 entre les deux frères. Le prince rebelle , Robert^ obtint en dédommagement le duché de Bourgogne, et devint la tige de la mremière maison de Bourgogne.
Mais Henri dut céder au duc de Normandie, pour prix de ses secours, les villes de Gisors , de Chaumont , de Pontoise et tout le Vexin français. Cette révolte fut suivie de celle d Eudes, ce frère atné du roi que son imbécillité avait écarté du trône, et dont les mécontents se servaient. Henri marcha contre lui et le fit prisonnier. Il en coûta au comte de Meulan, qui avait ^utenu^udes, son comté, que le roi réunit pour quelque temps a la couronne (1041).
Une troisième guerre , mais beaucoup moins honorable, occupa pres- Que tout le reste de son règne. Le me de Normandie, Robert le Magnifique, que nous venons de voir raffermir Henri sur son trône, étant mort en revenant d'un pèlerinage à Jérusalem, laissait pour fils et pour successeur Guillaume le Bâtard, le même qui devait plus tard conquérir l'Angleterre. Robert, avant son départ, avait fait reconnaître son fils pour son successeur; mais Henri voulut profiter de la minorité du jeune prince pour l'affaiblir, et secourut tantôt le duc contre ses vassaux révoltés, tantôt ces mêmes vassaux rebelles contre leur souverain. Parvenu à l'âge d'homme, Guillaume fut trois fois vainqueur de Henri , qui cessa dès lors ses intrigues. Le mariage de ce prince est un des événements les plus singuliers de son règne : il épousa une fille d'Iaroslaf P% grai)d-ducdeRussie(1051). C'est la première fois que nous voyonsde ces alliances lointaines. Ce qui engagea le jeune rx)ide France à la contracter, ce fut la (mainte que toute autre princesse de l'Europe ne se trouvât sa parente à un degré défendu par l'Ëglise. Anne descendait du côté maternel des empereurs d'Orient de la race macédonienne, et ces empereurs prétendaient eux-
mêmes faire remonter leor ori]gfne à Philippe et à Alexandre le Grand. C'est par suite de cette prétention que Henri donna au fils qu'il eut de son épouse le nom de Philip{>e. Henri mourut en 1060, après avoir assuré la couronne à ce même Philippe, son fils aîné, âgé de sept ans ; il avait régné trente ans. L'an 1055 , il avait réuni à la couronne le comté de Sens, après la mort du comte Renaud, le roi des Juifs (*).
PHILIPPB !•'.
Henri avait laissé la tutelle de son fils encore enfant à Baudouin Y, comte de Flandre, son beau-frère. A la mort de ce prince, Philippe prit l'administration de ses domames , et compromit bientôt l'autorité royale dans une entreprise contre Robert le Frison , qui s'était emparé de la Flandre. Vaincu par lui, Philippe se vit forcé de lui donner l'investiture de ce comté. Sa jalousie contre Guillaume le Bâtard qui venait de conquérir l'Angleterre, les intrigues auxquelles il se mêla contre ce prince, lui attirèrent une guerre qui aurait pu lui devenir funeste. Ayant comparé le roi d'Angleterre à une femme grosse pour se moquer de son embonpoint, celui-ci répondit qu'il irait bientôt faire à Notre-Dame de Paris ses relevailles avec dix mille lances en guise de cierges, et il commençait à exécuter cette menace quand la mort le surprit (1087) après le sac de Mantes.
Dégoûté de la guerre par ces mauvais succès, Philippe laissa désormais tous ses voisins batailler les uns contre les autres sans se mêler de leurs querelles, et ne songea plus qu'à ses plaisirs; mais il s'y vit troublé bientôt par une nouvelle guerre que lui suscita l'Église. Ayant répudié la reine Berthe dont il avait eu plusieurs enfants, et enlevé Bertrade de Montfort, femme
(*) Yoyez plus haut, p. ii6.
de Foulque le Rechiu , comte d'Anjou , il lîit excommunié par le pape Urbain H; mais tint bon contre la colère du comte, aussi bien que .contre les sentences de TÉglise; et, opposant À tout une force dlnertie qui ne laissait de prise-à aucune attaque, il vécut excommunié jusqu'au moment où la crainte de la mort le fit aller pieds nus et en costume de pénitent solliciter son pardon d'un concile tenu. à Paris. U mourut l'an 1108. Quelque temps auparavant , il avait a(£eté la vicomte de Bourges.
§ II. Actioité de la nation /rançaUe sous les premiers Capétiens,
Il y a dans l'histoire peu de règuos aussi longs et aussi peu remplis que ceux des premiers Capétiens. Hugues Capet meurt, il est vrai , en 996 , après un règne de neuf ans, mais Robert occupe le trône de 996 à 1031; Henri P% de 1031 à 1060; Philippe enfin, de 1060 à 1108. A l'exception des règnes de Clotaire V et de Louis XIV, celui de Philippe V est le plus long de tous ceux que présentent les annales de la France« Mais les détails de ces règnes appartiennent plutôt à la biographie qu'à l'histoire. Comme hommes privés, ces princes peuvent inspirer de l'intérêt par quelques vertus; comme rois, leur vie et leur rôle sont sans importance. Qu'importent en effet, au milieu de tant de grands événements, la piété et la charité quelquefois trop indulgentes de Robert, l'indolence de Henri I''', la torpeur de son fils Philippe qui voit, sans y prendre part, la querelle des investitures, la conquête de l'Italie méridionale par les Normands, celle de l'Andeterre par le duc Guillaume le Bâtara, et enfim la première croisade à Jérusalem? car tout se remue et s'agite autour de ces rois immobiles : la nation oublie son chef pour courir les aventures glorieuses; un membre de la famille de Bourgogne s'en va conquérir un royaume dans la péninsule espagnole (Geli4 de Portugal); d'autres «htrali^rsfran^ combattenteogrand
nombre t au delà des Pyrénées, l.es Maures de Cordoue et de Séville; cinquante Normands , revenant de la Palestine, arrachent Salerne aux mains des Sarrasins, et reçoivent en récompense, de ces italiens dégénérés qui ont besoin d'hommes braves pour les défendre, des terres, des châteaux, un comté, qu'ils échangent bientôt, soiis la conduite de l'habile Robert Guiscard , contre le duché de Pouille et la possession de la Sicile. Pendant que ces aventuriers normands fondent dans l'Italie méridionale un royaume qui devient la terreur des Sarrasins et de l'empire ffrec , leur duc , Guillaume le Bâtard, fait une conquête plus belle encore : il prend l'Angleterre, et Philippe de France voit parmi ses vassaux un roi couronné. Enfin, Pierre l'Ermite vient ébranler l'Europe de ses prédications : la France entière se lève pour le suivre à Jérusalem ; Philippe seul échappe à cet enthousiasme religieux. Mais, des murailles de sa vieille vjUe, il bat des mains au départ de ce^ hardis barons qui ont tant de fois pillé les marchands sur ses routes royales ; il se réjouit de voir silencieux ces bruyants manoirs si redoutés des paysans et des bourgeois; et, de loin, il montre à son fils Louis la sombre forteresse de Montihéry, vide alors de son seigneur, parti pour la guerre sainte : «J'ai vieilli, beau fils, des' « chagrins que m'a donnés cette tour ; « aie toujours l'œil sur elle et sur sort « odieux possesseuir. » Mais le roi n'a plus besoin de veiller sur le château maudit ; le seigneur se (Jéshonore à la croisade. Plus de fierté maintenant,
{)lus d'insolent orgueil ; il faut baisser a tête , aller cacher sa honte dans un couvent, et laisser au roi son héritage. Ainsi grandit dans l'ombre ce pouvoir mystérieux à qui tout profite , qui gagne en n'allant point à la croisade, qui gagne encore quand 11 se met à la tête des croisés ^ et qui assouplit à la discipline militaire, pour les soumettre plus tard à son joug po« litique, ces chevaliers si indépendante et si farouches avant que la guerre sainte les eût tirés de leurs châteaux
L'UNIVERS
I. COHQUÂTB DS l'iTALIX MKRIDIOlTALX BT DE LA 8ICXLS PAR t.U XOaMAHDI.
Depuis le huitième siècle, le tombeau du Christ , qui , ayant la grande invasion , était déjà un lieu de fréquents pèlerinages, attirait chaque année une roule de pieux voyageurs. Quarante
S^lerins étapt ainsi partis des c6tes de ormandie, pour aller à Jérusalem dans les premières années du onzième siècle, passèrent à leur retour par l'Italie , et arrivèrent à Salerne dans le tenops que cette ville assiégée par les Sarrasins venait de se racheter à prix d'argent; ils trouvèrent les Salernitains occupés à rassembler le prix de leur rançon , et les vainqueurs livrés à la sécurité dans leur camp. Cette poignée d'étrangers reproche aux assiégés la lâcheté de leur soumission : ils les excitent à reprendre les armes , et s'offrent à les guider. Au milieu de la nuit Us fondent sur le camp des barbares , les étomient, les mettent en fuite, les forcent de remonter sur leurs vaisseaux, et ajoutent les dépouilles de leurs ennemis aux^ trésors de Salerne qui sont recouvrés.^Enrichis par la reconnaissance des Italiens, ils racontèrent , au retour , à leurs compatriotes, qu'il V avait du butin et derhonneur à conquârir au delà des Alpes. Ces rédts furent bien accueillis.
Cinq Normands, Drengot et ses quatre frères , suivis de quelques serviteurs, passèrent en Italie et furent Êris à la solde d'un riche négociant de lari, nommé Mélo, qui voulait délivrer l'Italie du joug des Grecs. Trois fois vainqueur , Mélo fut battu dans les plaines de Cannes (1019), et partit pour solliciter les secours de l'empereur Henri XL L'expédition de l'em- .
pereur fut inutile ; mais , pendant ce temps , les affaires des Normands prospéraient. Ils ne tardèrent pas à former un établissement. Ayaiit délivré Naples, surprise et assiégée par le prince de Capoue, ils furent confirmés dans la possession du château et du territoire d'Aversa par le duc de Naples , qui érigea ce district en comté en faveur de Rainulf , l'un des quatre
frères de Drengot (1036). Peu après, l'empereur Conrad II le Salique lui en donna l'investiture. Tel fut le berceau de li^ monarchie des Deux-Siciles.
Peu dé temps après arrivèrent en Italie les trois nls de Tancrède de Hauteviile, du territoire de Coutances, savoir : Guillaume Fier à bras ou Bras de fer, Dro^on et Humfroi; ces trois vaillants frères, aidés des Normands d'Aversa , accompagnèrent le patrice ou capitan Maniacès , qui voulait ramener la Sicile sous le joug des Grecs. Là , Guillaume Bras-de-fer tua le général arabe en combat singulier, et donna la victoire aux Grecs. La Sicile aurait été recouvrée pour l'empereur d'Orient, si les Grecs ne se fussent montrés ingrats. Leur général refusa de partager le butin avec les Normands. Or ces derniers n'avaient pour combattre aucun autre mobile que le désir de s'enrichir ; c'était dans ce but qu'ils avaient quitté leur patrie, et qu'ils servaient sous les drapeaux des Grecs. Indignés de la perfidie^de Maniacès, ils tournèrent leurs armes contre lui. Ils étaient peu nombreux, cependant, car ils n'avaient que sept cents cavaliers et cinq cents fantassins : ils n'en battirent pas moins dans les plaines de Cannes l'armée grecque , forte, dit -on , de soixante mille hommes (1040). La Pouille, devenue la conquête des vainqueurs, fut divisée en douze comtés, qu'ils soumirent au système féodal tel qu'il existait dans leur pays. Le centre de cette république militaire était Melfi. C'était là que les chefs se rassemblaient, et Guillaume Bras de fer, malgré son titre de comte de Pouille, n'était que le général de la ligue.
Quelque temps après, Guillaume mourut, et Drogon son frère lui succéda (1046); mais celui-ci ayant été assassiné dans une église, le troisième fils de Tanerède, nommé Humfroi, devint le chef des Normands (1047-1057). Cependant les Grecs eurent l'adresse de former une ligue contre ces usurpateurs aved Henri III, empereur d'Ailemagne ^ et le pape
ANNALES DE L'fflSTOIRE DE FRANCE.
Léon IX. Ainsi la papauté et les deux empires d'Orient et d'Occident s'unissaient contre une poignée d'aventuriers. Le pape, dévoué à l'empereur d'Allemagne, qui lui avait promis la ville de Benévent, excommunia les Normands et marcha contre eux. L'armée allemande était considérable; Léon IX y joignit encore des troupes italiennes, qui s'enrôlèrent conime pour une guerre sainte, et qui avaient parmi leurs chefs un grand nombre d'évéques.
Les Normands étaient quatre fois moins nonobreux que leurs ennemis.
Cependant Robert Guiscard , frère de Humfroi , et Richard , comte d'A versa, chacun à la tête d'un escadron, taillèrent en pièces l'armée allemande et mirent en fuite les troupes italiennes. Le pape, effrayé, s'enfuit dans la ville la plus voisine ; les Normands l'y suivirent , le firent prisonnier, et le menèrent dans cette même ville de Bénévent qui avait été le premier motif de la guerre. Les Normands saisirent cette occasion pour se créer aux yeux du peuple un droit qui pût contre-bajancer celui des empereurs d'Orient et d'Occident. Prosternés devant le pape, leur prisonnier, ils le conjurèrent de leur accorder, comme fief de l'Église, tout ce qu'ils avaient conquis , et tout ce qu'ils pourraient conquérir par la suite dans la Fouille, dans la Calabre et la Sicile , ajoutant cette formule : par la grâce de Dieu.
Léon, étonné de se voir, dans sa position , chargé de distribuer des royaumes, accorda et acquit ainsi au saintsiége la suzeraineté du royaume de Naples.
Humfroi mourut en 1057, et eut pour successeur son frère, Robert Guiscard, que les historiens ont caractérisé d'un mot en l'appelant l'Achille et l'Ulysse de son siècle.
^ Robert Guiscard ne se contenta pas, comme ses frères , du commandement militaire; il se fit déclarer, par le
{)ape Nicolas II , duc de la Fouille, de a Calabre et de la Sicile, et il ajouta à ces titres, par la grâce de Dieit, témoignant par là qu il ne se regardait ^omme dépendant d'aucun souverain.
Cette usurpation excita des révoltes ; les neveux de Robert Guiscard, fils de son frère Humfroi , et les autres * barons, essayèrent en vain de secouer ce joug nouveau. Après avoir apaisé tous les troubles, Robert s'occupa de subjuguer ce que l'on appelle aujourd'hui royaume de Naples ; mais , mal secondé par les chevaliers normands ùui s'indignaient d'obéir à leur égal , il ne poursuivit cette conquête qu'avec lenteur. Pendant ce temps arriva de Normandie le plus jeune fils de Tancrède de Haqjeville, le célèbre Roger, dont la réputation de bravoure excita la jalousie de Robert Guiscard. Aussi Roger, laissé sans ressources par son frère, fut-il obligé, pour subsister, de faire le métier de bj^igand dans les États de Robert, jusqu^u moment où il fut appelé en Sicile.
Cette île , alors en proie à des discordes civiles, était occupée par une fouJe d'émirs ou gouverneurs qui ne reconnaissaient plus l'autorité de leurs souverains d'Afrique, et qui avaient partagé le pays en petites principautés. Roger n'avait que trois cents chevaux, dont une partie lui était fournie par son frère. Il prit d'abord la ville de Messine; mais les troupes de Robert Guiscard s'étant retirées, il fut forcé de s'enfermer dans Trani, où il se maintint plusieurs mois contre une armée innombrable de Sarrasins, et même contre les habitants de la ville, qui s'étaient révoltés. Les exploits de Roger durant ce siège furent romanesques : réduit à un seul manteau , il tut obligé d'employer sa femme a préparer les vivres de ses troupes. Un jour se trouvant seul au milieu d'un bataillon ennemi, et ayant eu un cheval tué sous lui , il finit par se dégager, et rapporta sur ses épaules la selle de son cheval, plutôt que de la laisser comme un trophée entre les mains de l'ennemi. Une autre fois il combattit contre une armée de cinquante mille Sarrasins, avec cent trente chevaliers seulement, suivis chacun de cinq ou six soldats. Plus d'une fois les Arabes d'Afrique secondèrent ceux de Sicile ; mais Robert Guiscard se-
L'UJVIVÊRS.
courut aussi Roger, et les galères da la réi}ublique de Pise facilitèrent aux deux frères la prise de Païenne.
ïl fallut pourtant trente ans pour soumettre la Sicile entière. (1060-1090).
Rof^er prit alors le titre de grand-comte de Sicile. Pour affermir son pouvoir, il se montra tolérant envers les vaincus, et les musulmans n'eurent pas à se plaindre d'avoir changé de maîtra Aussi habile politique que vaillant guerrier, Roger eut l'adresse de faire tourner à son profit les prétentions du pape; et pour conserver le droit de donner les bénéfices ecclésiastiques; il fît .déclarer les princes de Sicile légats perpétuels et héréditaires du samtsiége. "
Cependant, de son côté, Robert achevait la conquête du royaume de ISaples. Il restait encore à cette époque des princes de Salerne qui avaient les premiers attiré les Normands en Ita?
lie. Robert parvint à les chasser. Le dernier duc se réfugia à Rome sous la protection de Grégoire VII. Robert le poursuivit jusque sur les terres du pape. Son suzerain Grégoire Texcommtrnia d'abord; mais il lui donna bientôt l'absolution en échange de la ville de Bénévent. D'ailleurs les papes avaientintérêt à s'attacher les princes normands , pour pouvoir les opposer aux empereurs d'Allemagne.
Les derniers efforts de la liberté italienne furent inutiles contre la valeur de Robert. La ville de Bari se défendit pendant quatre ans ; plusieurs autres villes suivirent cet exemple; enfin la réduction d'Otrante et de Tarente détermina celle des provinces grecques de l'Italie méridionale. Robert conçut alors le projet d'attaquer, dans l'empire d'Orient, les Grecs qu'il venait de dépouiller en Italie. Il était allié à la maison impériale de Ducas : la chute de cette famille lui fournit un prétexte de guerre. Pour soutenir un imposteur qui avait pris le nom de Michel Ducas, il passa d'Otrante à Durazzo; mais cette dernière ville lui offrit une vive résistance. La garnison était composée, non de Grecs, mais de belliqueujt Macédoniens. Les Nor-
mands battus par la tempête, affligés d'une maladie coiitagieuse, semblaient avoir perdu tout espoir; le nouvel empereur Alexis , habile homme de guerre et bon politique, marchî^ contre eux. Robert prit un parti désespéré, il fit briller ses vaisseaux, afin d'ôter< aux siens tout espoir de retourner jamais en Italie s'ils n'étaient vainqueurs : ils le furent en effet.
Durazzo fut pris ( 1081 ) , et quelque temps après, dans une nouvelle expédition , les Normands pénétrèrent jusqu'à Thessalonioue. Constantinople tremblait; mais la nouvelle d'une irruption de l'empereur d'Allemagne rappela Gùiscard en Italie. Bohémond| son fils naturel, qu'il chargea de continuer la guerre , fut repoussé par les Grecs, et chassé bientôt après de tout le pays. L'empereur d'Orient Alexis avait déterminé l'empereur d'Allemagne Henri IV à faire en sa faveur une puissante diversion , et Henri IV assiégeait dans Rome le pane Grégoire VII ^ allié des Normands; Robert vola a son secours, et l'empire d'Orient put respirer.
Après avoir délivré le pape , qui mourut dans son camp, après avoir pillé et brûlé Rome en grande partie , Robert Gùiscard se tourna de nouveau contre la Grèce. Vaincu deux fois sur mer, devant Corfou, par les Vénitiens et les Grecs réunis, il remporta enfin sur eux une victoire décisive, et treize mille Grecs, dit-on^ périrent dans le combat naval où les Normands obtinrent l'avantage. Dans la campagne suivante, il se dirigea vers les côtes de la Grèce et vers les îles de l'Archipel qu'il voulait piller ; mais une malaclie contagieuse l'arrêta dans la ville de Céphalonie , où il mourut âgé de soixante-dix ans (1085).
Son fils Roger (1085-1101), qu'il ne faut pas confondre avec le conquérant de la Sicile, lui succéda, au nié- 8 ris des prétentions de Bohémond son Is naturel. Mais la première croisade commençait alors , et Bohémond , qui avait bien d'autres espérances, se contenta de la principauté de ïarente.
Nous ne savons presque rien sur le,
ANNALES DE L'fflSTOIRE DE FRANCE.
petit-fils de Robert Guiscard , Guillaume II. Ce prince étant mort sans postérité (1127), Roger II, comte de Sicile, fils du conquérant de cette île, Roger r**, réunit à ses possessions le duché de Fouille et de Calabre. Le pape Anaclet 11, qui n'était reconnu qu'à Rome, tandis que son compétiteur, Innocent II, avait Tobédience de toute la chrétienté , saisit cette occasion de s'assurer de l'amitié de Roger : il lui accorda le titre de roi de l'Italie méridionale et de la Sicile.
Ainsi fut foi>dé par des Français ce royaume de Naples, qui, reconquis par Charles d'Anjou an treizième siècle , puis occupé par les Espagnols , fut , au quinzième et au seizième, un sujet d'éternelles discordes entre la France et l'Espagne , jusqu'à ce qu'il vînt aux mains de la maison de Bourbon qui le possède encore maintenant.
L'Italie méridionale avait en partie échappié à Charlemagne ; mais Napoléon qui, comme lui , domina des bouches de l'Elbe à celles du Tibre, donna le royaume de Naples à l'un de ses lieutenants : c'est donc par l'histoire, sinon par la langue et la civilisation, une province presque française. Les deux empereurs et les plus grands rois de la France y ont dominé : Charlemagne , en rendant le duché de Bénévent tributaire; saint Louis, par son frère ; Louis XIV, par son petit-fils ; Napoléon , par son frère Joseph et par son beau-fréfe Murât. Mais aujourd'nui les Bourbons de Naples se détournent, dons l'intérêt de leur pouvoir, de la France démocratique, pour subir l'influence de l'Autriche qui protège toutes les royautés absolues ; et , malgré les plaintes de leurs peuples, l'exil des aînés de leur maison, cette menace qui s'est maintenant attachée à toutes les vieilles couronnes, est un exemple perdu pour eux.