CROISADE DS JERUSALEM
Depuis lon^mps la dirétienté s'indignait que Jérusalem , \€ berceau de
]a religion , fût aux mains des infidèles. Déjà, vers Tan 1000 , Gerbert , le premier pape français , avait écrit, au nom de Jérusalem éplorée, une lettre à tous les chrétiens , pour implorer leur secours. Grégoire VU, Tancien moine de Cluny, avait eu la même pensée; et , sans la querelle des investitures , il serait parti, comme il le disait 9 à la tête de cinquante mille chevaliers pour délivrer le saint sçpulcre; mais ce que deux papes n'avaient pu faire , un pauvre moine picard Fexécuta. Indigné des outrages que les Turcs faisaient subir aux pèlerins, Pierre l'Ermite, de retour en Europe, raconta leurs misères , et obtint du pape français Urbain II la permission de prêcher partout la guerre sainte contre les infidèles. Le pape lui-même, sollicité par le patriarche de Jérusalem et par l'empereur de Gonstantinople , convoqua un premier concile à Plaisance, puis un autre à Clermont en Auvergne dans Tannée 1095. Là, en présence d'une foule immense de clercs et de laïques accourus de toutes les parties de la France , la guerre sainte fut résolue , et tous les assistants , en signe qu'ils se dévouaient à la croisade , placèrent sur leurs vêtements une croix rouge; puis ils se dispersèrent pour aller faire leurs préparatifs.
Tandis que les chevaliers s'armaient, le peuple, moins lent , partit sans rien attendre, plein de confiance dans la protection divine. Une troupe nomnreuse , conduite par un pauvre che- Talier nommé Gauthier sans avoir, traversa d'abord l'Allemagne , mais fiit presque entièrement détruite dans la Bulgarie. Pierre , qui voulut lui-même se mettre à la tête de la foule que ses prédications avaient réunie autour de lui , ne fut guère plus heureux. Quand les siens, arrivés dans la Hongrie, Tirent suspendues aux murailles d'une ville les armes des compagnons de Gauthier, rien ne put les retenir, ils les vengèrent cruellement, et Pierre lui-même , oubliant son caractère , fit massacrer sous ses yeux les prisonniers qu'on lui amenait. Mais bientôt rignorance des chemins , le manque
de vivres et riudiseipline les livrèrent sans défense, au milieu des marais de la Hongrie , aux coups de ceux qu'ils avaient si vivement offensés , et ce ne fut qu'avec peine que l'Ermite put conduire les débris de ses troupes jusqu^à Gonstantinople.
Les bandes qui suivirent furent plus malheureuses encore. Un prêtre, nommé Gottschalk, perdit aussi quinze ou vingt mille homuies qu'il avait rassemblés sur les bords du Rhin, et ^ui iîirent massacrés par les Hongrois. Une quatrième troupe , qui commença par massacrer les juifs établis en grand nombre sur les bords du Rhin , n'alla pas plus loin que la Hongrie; presque tous périrent auprès de la forteresse de Mesebourg qu'ils avaient voulu enlever.
Ges premiers croisés n'étaient que l'avant -garde de la grande armée.
Gelle-ci parut bientôt ; elle ne comptait pas moins de cent mille chevaliers , derrière lesquels se pressait un peuple de six cent mille âmes : jeunes , vieux, femmes , enfants , tous avaient voulu suivre l'étendard du Ghrist (*). A la tête de cette foule , il n'y avait poinjt de rois, mais des chefs illustres et puissants, parmi lesquels bVillait Godefroi de Bouillon , duc de la basse Lorraine. Les autres étaient Hugues le Grand , frère du roi de France, Robert de Normandie, fils de Guillaume le Conquérant, Robert, comte de Flandre , Etienne de Blois, depuis roi
(*) Le zèle pour la croisade fut entretenu par les privilèges accordés aux croisés. Ils ne pouvaient être poursuivis par leurs débiteurs jusqu'à leur retour de Jérusalem; rintérêt de Targent qu'ils avaient emprunté ne courait point tant qu'ils étaient occupés à la guerre sainte. Ils étaient exemptés de tailles et de collectes, lis avaient permission de donner en gage aux églises , aux ecclésiastiques , ou à tout autre fidèle, leurs terres et leurs possessions , sans avoir besoin d'obtenir l'autorisation de teur seigneur. Sitôt qu*ils avaient pris la croix , leurs biens et leurs personnes étaient sous la protection de saint Pierre , du souverain pontife et de tous les prélats. Leurs procès étaient jugés par le juge ecclésiastique.
L'UNIVERS
]a nation française et de l'Église latine furent adoptés dans ces colonies d'outre -mer. Selon la jurisprudence féodale , les principaux États et les baronnies subordonnées passèrent aux héritiers mâles ou femelles ; mais le luxe et le climat de TAsie anéantirent la race mélangée et dégénérée des premiers conquérants , et Varri vée de nouveaux croisés d'Europe était un événement incertain sur lequel on ne pouvait compter. Le nombre des vassaux tepus au service militaire se montait à six cent soixante-six chevaliers , qui pouvaient espérer le secours de deux cents de plus sous la bannière du comte de Tripoli ;* chaque chevalier marchait au combat accompagné de quatre écuyers ou archers à cneval ; les églises et les villes fournissaient cinq mille soixante et quinze sergents, probablement des solaats d'infanterie , et la totalité des forces régulières du royaume n'excédait pas le nombre de onze mille hommes : faible défense contre les troupes innombrables des Turcs ou des Sarrasins. Mais la sâreté de Jérusalem se fondait principalement sur les chevaliers de l'Hôpital de Saint-Jean et du Temple de Salomon , sur cette étrange association de la vie monastique et de la vie militaire , suggérée sans doute par le fanatisme, mais que dut approuver la politique. La fleur de la noblesse d'Europe aspirait à porter la croix et à prononcer les vœux de ces ordres respectables dont la discipline et la valeur ne se sont pas démenties, et la donation de vingt-huit mille fermes ou . manoirs dont ils furent promptement enrichis les mit en état d'entretenir des troupes régulières de cavalerie et d'infanterie pour la défense de la Palestine. L'austérité du couvent se dissipa bientôt dans l'exercice des armes.
L avarice , l'orgueil , la corruption de ces moines militaires scandalisèrent bientôt le monde chrétien ; leurs prétentions d'immunité et de juridiction troublèrent l'harmonie de l'Église et de l'État , et la jalousie de leur émula-
furent rédigées en français sous le titre ^Assises de Jérusalem,
tion menaçait sans cesse la tranquîl»
lité publique. Mais , dans le fort de leurs désordres , les chevaliers de l'Hôpital et du Temple conservèrent leur jcaractère de fanatisme et d'intrépidité ^ ils négligeaient de vivre suivant les lois du Christ , mais ils étaient toujours prêts à mourir pour son service; et »cette institutioQ transporta du saint sépulcre dans l'île de Malte l'esprit de la chevalerie , cause et effet des croisades (*). »
Ainsi le nom français était partout porté avec gloire ; comme au temps de Charlemagne, il remplissait encore l'Europe et l'Asie, depuis l'extrémité de l'Angleterre jusqu^aux bords du Tigre. Les musulmans ne se trompèrent pas sur leur plus terrible adversaire.
Ils ne connurent jamais gue la France; et aujourd'hui encore , à Constantinople , a Smyrne et à Alexandrie , c'est par le nom de Francs que sont désignés tous les Européens, comme s'il n'y avait pas en Europe d'autre peuple.
5 in. Réveil de la royauté. Accroissements de ses domaines et de son p(mvoir depuis LoiUs FI jusqu'à la consolidation du pouvoir monarchique smis Philippe le Bel et ses fils.