‹ France (volume 2)Chapitre 32 sur 45 · PHILIPPE III, LE HABDI · texte numérisé non relu

PHILIPPE III, LE HABDI

Saint Louis était mort devant Tunis avec la plus grande partie de son armée et des princes de sa famille ; son fils , Philippe le Hardi , revint , conduisant , à travers l'Italie et la France , cinq cercueils : celui de son père , de son frère le comte de Nevers , de sa femme Isabelle d'Aragon , de son fils , et enfin de son beau-frère Thibaut II , comte de Champagne et roi de Navarre. Ce règne, commencé sous d'aussi tristes auspices , eut peu d'éclat , et engagea la France dans une suite de guerres inutiles au delà des Pyrénées.

La mort de Conradin , fils de Frédéric II , qui était venu revendiquer le royaume de Naples, occupé par les • Provençaux de Charles d'Anjou , avait été , comme nous l'avons vu , vengée par les Vêpres siciliennes , et la Sicile s'était donnée à l'Aragon ; cependant le pape , fidèle allié de la maison d'Anjou , excommunia les deux peuples , et conféra à Charles de Valois , frère de Philippe le Hardi , la couronne d'Aragon (1283). Mais il fallait la conquérir. Pour favoriser ses projets, le pape promit des indulgences a tous ceux qui

serviraient sa cause. Le roî de Mi« norque ouvrit aux troupes françaises son comté de Roussilion; mais elles ne purent avancer au delà de Girone, et leur flotte fut trois fois battue sur les côtes de la Catalogne. Philippe III qui avait voulu conduire lui-même 1 expédition qui devait assurer une couronne à son frère , revint en France malade et presque seul , et mourut à Perpignan dans le commencement de l'année 1285.

Une intervention de la France dans les affaires de la Castille, et qui aurait eu pour résultat de placer sur le trône de ce pays un prince soumis à l'influence française , n'avait pas réussi davantage ; mais Philippe put compenser ce double échec en faisant épouser à son fils l'héritière du royaume de Navarre et du comté de Champagne (1284).

PHILIPPE lY, LE BEL.

Philippe le Bel , qui succéda à son père, en 1285 , se hâta de se débarrasser,, par des traités, de toutes ces guerres lointaines et inutiles. Dès 1288, il signa un traité d'alliance offensive et défensive avec la Castille; deux autres traités avec l'Aragon (1291 et 1293) amenèrent une paix définitive, consolidée par les cessions réciproques de divers prétendants. Ainsi le roi d'Ara-

fon renonça à la Sicile , qu'on abanonnaà elle-même, Charles de Valois à l'Aragon, et Charles II de Naples au ducné d'Anjou , qui fut donné comme dédommagement à Charles de Valois.

Première guerre avec VÂngleierre»

— Cette paix laissait à Philippe la liberté d'attaquer le roi d'Andeterre, auquel il voulait enlever le duché de Guyenne, pour réunir tout le midi de la France au domaine royal. Profitant d'une querelle survenue entre des mar telots normands et anglais, et des hostilités qui en furent la suite entre les

L'UNIVERS

bâtiments des deux nations , Philippe oita Edouard à comparaître par-devant la cour des pairs, et, sur son refus, confisqua la Guyenne , seule province

?ue les Anglais occupassent encore en rance*

Le comte de Valois et le connétable de Nesle, chargés d'exécuter la sentence de la cour des pairs, enlevèrent, sans rencontrer une vive résistance, toutes les places de la Guyenne et de la Gascogne. Edouard, occupé contre les Écossais, ne put venir défendre ses possessions continentales, mais il menaça le roi de France d'une ligue formidable, en s*unissant au comte de Bar, au duc de Brabant, au comte de Gueldre , à l'archevêque de Cologne et au roi de Germanie, AdoU phe de Nassau. C'était, comme au temps de Philippe-Auguste, la réunion de toutes les puissances féodales du nord-est de la France contre la royauté, qui , venant de mettre fin à l'indépendance des Etats du midi, pouvait être tentée d'attaquer aussi celle des États du nord-est. L'intervention de Boniface VIII, et la défaite des Flamands h Fumes , suspendit la lutte. Par le traité de Montreuil-sur-Mer, Edouard épousa, le 8 septembre 1299^ la sœur de Philippe le Bel, et son fils fut fiancé à la fille du roi de France Isabelle , qui porta dans la maison d'Angleterre ses prétendus droits à la couronne de France.

Guerre de Flandre. — La paix conclue en 1299 permettait aux deux rois de poursuivre le but de leur ambition, Edouard la conquête de l'Ecosse , Philippe l'asservissement de la Flandre.

Il tenait déjà prisonnier le comte de Flandre, Gui de Dampierre, et Jacques de Çhâtillon accablait les Flamands de vexations et d'injustices.

Mais les tisserands de Bruges se soulevèrent, massacrèrent les Français, et marchèrent hardiment au-devant de l'armée royale. Celle-ci s'avançait vers Courtray, presque sans ordre' et sûre de vaincre dès qu'elle paraîtrait. En vain le sage Raoul de Nesle les exhortait à m j^ê attaquer imprudemment

une armée de quarante mille hommes, armés de longues piques , fiers de leur nombre, de leur vigueur, de leur habileté dans les combats, et retranchés derrière un fossé peu large , mais profond. Telle était la loUe confiance des Français, qu'ils n'envoyèrent même pas d'éclaireurs pour reconnaître le terrain.

Comme de Nesle les suppliait de ne

Sas commettre d'imprudence, ils lui emandèrent s'ilavait peur. « Je vous *i mènerai si loin , leur répondit-il, que « vous ne me ferez plus ce reprocÂe. » Aussitôt il part avec impétuosité : la cavalerie française s'élance sur ses pas ; ils arrivent sur le bord du fossé , et, dans l'impossibilité de traverser ou de reculer, le premier rang s'y précipite, les autres suivent, et les Flamands n'ont que la peine de les tuer avec leurs longues piques. Ainsi périt l'élite de la chevalerie française dans ce désastre d'autant plus honteux , qu'il attestait un profond mépris de la discipline militaire (1302).

Edouard , vers le même temps , perdait trois armées. Le terrible Wallace, ce guide intrépide des montagnards écossais, avait arrêté et vaincu les Anglais. Battus tous les deux , Philippe et Edouard firent la paix, dont le garant fut le mariage du jeune Edouard II avec Isabelle, fille (te Philippe le Bel, union qui devait se termmer d'une manière si tragique (1303).

Cependant les Français songeaient à réparer la défaite de Courtray. Ils retournèrent en Flandre, o\ï ils gagnèrent la bataille de Mons en Puelle. Un aveuglement pareil à celui qui avait fait perdre la bataille de Courtray aux Français causa la perte des Flamands; mais, loin d'être découragés par ce revers, ils reparurent au bout de quelques jours au nombre de soixante mille hommes. Désespérant de les réduire, Philippe reconnut leur indépendance en 1305. C'est vers ce temps que commença la longue querelle de ce prince avec Boniface VIII.

Querelle du roi avec Bonyuce yilL *- Boniface VIII,dignehéritter de Gré^

ANIfALES DE L'HISTOIRE DE FRANCE.

goire VU , s'était à peine assis sur le trône de saint Pierre, quMl avait résolu de maintenir et d'étendre les privilèges de la tiare ; mais il trouva dans le roi de France un adversaire qui avait pour lui la force matérielle, et qui ne craignait pas d'en user pour défendre et accroître les récentes conquêtes du pouvoir royal. Cependant , Bonîface ne montra d abord que des intentions bienveillantes pour la maison de France; mais, ayant voulu intervenir à titre de médiateur dans la querelle de la France et de l'Angleterre , il le fit avec des paroles qui blessèrent l'orgueil du roi. Quelque temps après, Philippe imposa à tous ses si^ets une taxe, dont les prêtres eux-mêmes ne furent pas exempts. Toutefois cette mesure ne fit pas encore éclater la querelle; Boniface sentait qu'il avait affaire à un redoutable adversaire : mais le roi ayant fait enfermer, en 1301 , Ëernard Saisset , évéque turbulent qui prétendait n'avoir d'autre seigneur que Boniface , celui-ci lança la fameuse bulle

AmcvUa, Mi ( Écoutez -moi , mon fils ) , qui tut accompagnée d'une autre bulle plus courte , mais qui n'était

que k résumé de la première : elle était conçue en ces termes : « Boni- «face, évéque, serviteur des servi- « teurs de Dieu , à Philippe , roi des « Français. Craignez le Seigneur et « gardez ses commandements. Nous « voulons que vous sachiez que vousf « nous êtes soumis dans le temporel « comme dans le spirituel ; que la col- « lation des bénéfices et la prébende « ne vous appartiennent en aucune « manière, et que, si vous avez la « garde des églises pendant la vacance, « ce n'est que pour en réserver les « fruits à ceux qui seront élus. Si « vous avez conféré quelque bénéfice, « nous déclarons cette collation nulle « par le droit et par le fait; nous révo- « quons tout ce qui s'est passé dans « ce genre : ceux qui croiront autre- « ment seront réputés hérétiques (*].»

(*) On a contesté Tauthenticité de cette bulle, mais tous les auteurs français Tadmettent. J^n André de Bologne , qui ré-

Le roi «répondit : « Philippe , par la « grâce de Dieu , roi des Francis, à « Boniface, prétendu pape, peu ou « point de salut. Que ta très^grandd « fatuité sache que nous ne sommes « soumis à personne pour le temporel; « que la collation des bénéfices, les « sièges vacants, nous appartiennent * par le droit de notre couronne ; que R les revenus des églises qui vaquent « en régale sont à nous.; que les pro- « visions que nous donnerons sont « valides pour le passé etpour Pavenir, R et que nous maintiendrons tant qu'il « sera en notre pouvoir ceux que nous « avons pourvus et que nous pourvoi- « rons. Ceux qui croiront autrement « seront réputés fous et insensés. *

La querelle engagée en ces termes ne pouvait se terminer que par la violence. Un avocat, Guillaume de Nogaret, fut envo3[é à Anagni, où le pape s'était réfugié, pour se saisir de sa personne et le conduire par-devant le concile de Lyon , convoqué par le roi. Là eurent lieu des scènes indécentes. Sciarra Colonna , d'une famille de Rome proscrite par le pape , accompagnait Nogaret. Leurs soldats enfioncèrent les portes du palais papal , pillèrent les trésors de Boniface, et outragèrent de leurs grossières injure^ le vieux pontife , qui , assis, sur son trône, couvert de ses habits pontificaux , la crosse et les clefs à la main , disait : « Puisque je suis trahi comme « le Sauveur du monde, et livré in- « dignement entre les mains de mes « ennemis pour être mis à mort, au « moins je mourrai pape. » Sciarra s'emporta même au point de frapper de son gantelet de fer le pontife au visage; il l'aurait tué, si Nogaret ne l'eût arrêté. « O toi , chétif pape , disait « celui-ci, considère et regarde de mon « seigneur le roi de France la bonté ^ « qui, tant loin est de toi son » royaume, te garde par moi et dé- « fend de tes ennemis , ainsi que seâ « prédécesseurs ont toujours gardé les « tiens. »

digea vers le milieu du seizième siècle la glose des décréiales de Boniface 'VIII., n'a pas hésité à Tinsérer parmi ses autres bulles.

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L'UNIVERS

Boniface ne put survivre à tant d'outrages; il mourut d'une fièvre violente le 11 octobre 1303. Son successeur, Benoit XI, homme de probité et de modération , mourut malheureusement peu de mois après son exaltation. Dès lors commença la captivité de Babylone. La translation du saintsiége à Avignon , opérée par le successeur de Benoît , Clément V, que Philippe était parvenu à faire nommer par rmfluence qu'il exerçait sur le conclave , fut un événement funeste pour la papauté; car avec son indépendance elle perdit aussi une partie de sa considération.

AhoUtion de Vordre des templiers.

Quand la translation du saint-siége à Avignon eut mis le pape dans la dépendance du roi de France , celui-ci demanda et obtint Tabolition de Tordre des templiers, dont les richesses devaient grossir ses trésors toujours épuisés. Les chevaliers du Temple étaient répandus, au nombre de quinze mlMe , dans tous les États de la chrétienté. On les accusait d'être livrés à tous les vices qui accompagnent d'ordinaire des richesses immenses et la liberté de l'état militaire. Ils étaient les plus fiers des hommes, et portaient dans les guerres d'Europe toute la barbarie qu'ils déployaient ailleurs contre les mfidèles. Cet ordre religieux et militaire devait son institution aux croisades, et comme depuis longtemps il n'était plus question de ces guerres, si ce n'est pour donner un prétexte à la rapacité des rois, les templiers étaient plus onéreux qu'utiles à l'Europe. Cependant il eût été dangereux d'attaquer de front des chevaliers

Î pleins de bravoure, qui dans toutes es provinces avaient des châteaux forts et de nombreux serviteurs. Le seul moyen sûr pour les perdre, c'était le secret et la ruse. Ce fut aussi celui que Philippe employa. Les templiers turent tous arrêtés avant d'avoir même prévu cet événement , et plongés dans des prisons où on les laissa lan-

guir pendant six ou sept ans. Dès Tannée 1310, Philippe voulut éprouver quelle était l'opinion de l'Europe à leur égard , et en fit brûler ime cinquantaine, les uns près la porte Saint- Antoine,Jes autres à l'extrémité des Champs-Elysées, dans l'île des Cygnes.

L'atrocité des tortures auxquelles ils avaient été soumis leur avait fait avouer la plupart des crimes qui leur étaient imputés; sur le bûcher ils se rétractèrent , et jusqu'à la mort protestèrent de leur innocence.

Lorsque enfin ^ en 1314 , Clément V eut prononcé l'abolition de l'ordre , le grand maître Jacques de Molay et les principaux dignitaires subirent à leur tour le supplice du feu. On dit que sur le bûcher Jacques de Molav ajourna le pape et le roi à comparaître avant la fin de l'année devant le tribunal de Dieu. Quoi qu'il en soit de la prédiction , Clément et Philippe moururent en effet en 1314.

Ainsi disparurent les nobles et derniers restes des croisades. Telle est la marche inflexible et impitoyable du genre humain : dès qu'une institution n'est plus soutenue par le besoin qui l'a fait naître, elle tombe , de quelques grands services qu'on lui soit redevable.

La féodalité , elle aussi , acheva de succomber sous les coups de Philippe le Bel. Par ses ordonnances multipliées, par le nombre toujours croissant de ses agents il chercha à mettre un terme à l'anarchie féodale, non dans l'intérêt de ses peuples, mais dans celui de son prop»e pouvoir. Toutefois, pour atteindre ce Dut , pour soudoyer l'armée si nombreuse des agents de l'autorité absolue , il lui fallait de l'or, et rien ne lui coûta pour s'en procurer. Voilà le secret de ses exactions, de sa lutte contre le saint-siége , et de son acharnement contre les templiers. Il trouva d'ailleurs un secours puissant dans les légistes dont il s'entoura. « Ces légistes furent sous lui les tyrans de la France ; les Pandectes étaient leur loi suprême, et ils procédèrent avec une froide et impassible persévérance à l'imitation du droit romain et de la fiscalité impériale; ils démolirent avec

des textes et des citations Tordre social, tel qu'il avait été créé par le catholicisme romain et la féodalité.

Ce furent eux cependant qui organisèrent la centralisation monarchique, et qui devinrent les véritables fondateurs de l'ordre civil aux temps modernes ; ils battirent en ruine le droit ecclésiastique et les juridictions féodales ; ils étendirent la leur sur les monnaies , sur les forêts, sur les prévôtés ; le parlement, fixé à Paris en 1302, devint le siège de leur puissance. C'est là que toute autorité vint peu à peu s'amortir et se fondre sous l'autorité royale. Les légistes appelèrent à eux le tiers état, la bourgeoisie, et cherchèrent à se faire un appui de cet ordre , qui leur doit en srande partie l'accroissement de son influence. Pour soutenir cette nouvelle forme de gouvernement, pour faire respecter et exécuter les arrêts des hommes de loi, il fallait une force imposante ; le roi eut à solder une armée judiciaire et administrative : le seul entretien des sergents à pied et à cheval coûtait des sommes immenses. L'industrie était à peine née , et il fallait arracher cet argent par la violence à une population malheureuse; de là le despotisme, de là de longues et cruelles misères , qui balancèrent longtemps les avantages de la substitution du pouvoir central et monarchique, au régime barbare établi par le gouvernement féodal (*). »

LOUIS X dit LE HUTIN.

A Philippe IV, dit le Bel , succéda Louis X , qui réunit à la couronne de France celle de Navarre, dont il hérita du chef de sa mère. Sous son règne, il y eut une réaction violente contre le despotisme royal , de date si récente et cependant déjà si fort. Louis le Uutin, lui n'avait point l'énergie de son père , ut obligé de remettre aux seigneurs du nord et du centre de la France les droits de régale, c'est-à-dire les droits

(*) Em. de Bonnechose, Histoire de tfrance, liv. II, ch. r.

appartenant à la royauté, et de défaire pièce à pièce l'ouvragfî de ses prédécesseurs. Il reconnut même les libertés dont jouissaient un grand nombre de villes municipales. Enfin il rappela les juifs expulsés par son père,et rendit cette ordonnance smgulière par laquelle, déclarant que tous les Français devaient être libres , il permit aux serfs du domaine royal de se racheter. Le surintendant des finances sous Philippe avait été Enguerrand de Marigny, qui, le premier, avait demandé aux états

f;énéraux des secours d'argent qu'on ui avait accordés. Sous le nouveau roi, il fut pendu , et le peuple vit dans sa mort l'expiation des vexations du règne précédent.

PHILIPPB V.

GHABLES IV.

Louis X mourut en 1316, après une expédition inutile en Flandre. Il laissait sa veuve enceinte ; mais le fils qu'elle mit au monde mourut presque aussitôt, et il ne resta de Louis X

Su'une fille en bas âge. Le parlement ébattit la question de savoir si les femmes pouvaient succéder à la couronne , et répondit négativement , en appliquant à la dignité royale les dispositions de la loi salique a l'égard des alleux. Le sceptre passa donc aux mains de Philippe V, le Long , frère du roi mort , et qui lui-même mourut en 1322 , sans laisser d'enfants mâles.

Ses filles furent frustrées de la couronne, comme en avait été frustrée celle de Louis X, et sou frère Charles IV, dit le Bel , lui succéda, mais ne régna que six années.

Ainsi, dans l'espace de quatorze ans (1314 à 1328), la France fut gouvernée par trois rois, qui tous trois moururent sans postérité mâle, et sans avoir signalé leurs règnes par aucun fait remarquable, si ce n'est Philippe V, par une violente persécution des juifs et des lépreux, ainsi que par quelques sages ordonnances ; Charles IV, par une intervention pa-

oifique en Flandre , et une guerre inutile avec l'Angleterre. Mais le prince gui leur succéda commença une maison nouvelle : la branche des Valois, qui, montée sur le trône avec Philippe VI^ s'éteignit à la un du seizième siècle, dans la personne de Henri IIL

Examinons quelle était, au moment où s'éteignit la nranche aînée des Capétiens , la situation de la royauté française? Depuis saint Louis, elle avait suivi une marche ascendante sans jamais reculer d'un pas. Philippe le Bel avait surtout porté à la féodalité les coups les plus sensibles^ concentré entre ses mains toute l'autorité publique, organisé l'administration, couvert la France de ses agents , et montré que la royauté voulait désormais agir avec un pouvoir absolu en matière de lois et d impôts , ainsi que dans l'administration de la justice. Aussi , grâce à cette centralisation du pouvoir, le royaume se trouva tout d'un Coup puissant et redoutable sous les fils de Philippe le Bel. Tandis, en effet, que ae tragiques événements agitaient l'Angleterre, tandis que l'Italie et l'Allemagne étaient en proie à la plus déplorable anarchie, la France, réunie presque tout entière sous la main du roi, restait calme et tranquille, formidable par son unité et menaçant déjà l'indépendance de l'Europe ; car Charles IV, tenant le pape comme prisonnier dans Avignon , l'avait forcé d'excommunier l'empereur Louis de Bavière, et avait failli luimême s'asseoir sur le trône impérial.

Un siècle avait suffi pour opérer cette transformation ; mais la révolution avait été trop rapide pour renverser à jamais tout ce qui faisait obstacle à la puissance royale. Si elle avait beaucoup détruit, elle avait peu édifié encore , et le temps comme la science lui avaient manqué pour créer les institutions qui devaient assurer son pouvoir. Aussi la verrons-nous prête a succomber devant des disgrâces extérieures et des dissensions intestines. Elle se relèvera cependant plus absolue que Jamais , parc« que la féo-

dalité a été irrévocablement détruite par les successeurs de Philippe-Auguste , et que le peuple ne veut plus d'autre chet que le roi.

§ IV. Guerre de cent ans avec r Angleterre. — Défaites de Crécy et de Poitiers, — Révolution de 1357. — Première expulsion des Anglais,

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