‹ France (volume 2)Chapitre 33 sur 45 · PHILIPPE VI · texte numérisé non relu

PHILIPPE VI

Charles IV en mourant ne laissait point de frère, et ses plus proches héritiers étaient une sœur, Isabelle , mère d'Edouard III, et un cousin germain, Philippe de Valois. Ce dernier, qui n'avait pour rivaux que les enfants d'une princesse mariée dans un royaume étranger, qui d'ailleurs avait été nommé régent par Charles IV, se trouvant avoir ainsi en main l'autorité royale, prit, sans rencontrer d'opposition , le titre de roi, lorsque Jeanne d'Évreux, veuve de Charles IV, eut accouché d'une fille.

Cependant , pour faire taire toute réclamation. il donna le royaume de Navarre à Philippe d'Évreux , qui avait épousé Jeanne, fille de Louis X. Quant aux autres concurrents, ils étaient trop faibles ou trop occupés pour lui disputer la couronne. Edouard III, mal affermi en Angleterre, dut même, après quelques inutiles protestations , rendre hommage à Philippe VI. Bientôt après , celui-ci , pour se montrer en roi à toute la nation , accueillit la demande de Louis, comte de Flandre, réunit une nombreuse armée et battit les Gantois à Cassel. Dès lors il put compter que la nation se regarderait comme obligée à défendre son titre.

A l'époque de Philippe VI , les romans de cnevalerie étaient encore en grande vogue. C'est même le temps où Ton cherche plus que jamais à reproduire toutes les cérémonies et toutes les fêtes qu'avait pu inventer l'imagination des romanciers. La cour de France, surtout, voulait briller par sa magnificence aux yeux des rois de

Bohême, de Navarre et de Majorque, qui y faisaient leur résidence habituelle. Mais pour satisfaire aux dépenses de toutes ces fêtes, il fallait chercher l'argent par mille moyens dont Tillégalité et la violence montrent que la royauté approchait chaque fois davantage du pîouvoir absolu. Toutefois, cette royauté prenait un caractère moins sombfe que celui qu'elle avait sous Philippe le Bel : le roi de France prétendait au titre de premier chevalier du royaume ; et , avec l'esprit chevaleresque, revinrent aussi les idées de croisades , de guerre contre les infidèles. Mais , depuis que le roi ne pouvait plus faire la guerre avec des armées féodales , il fallait d^immenses trésors pour payer les vingt sous tournois qu un chevalier banneret demandait pour chaque jour de service; aussi Philippe VI voulut-il que le pape lui accordât , pour son expédition d'outremer, les décimes de toute la chrétienté , pendant dix ans. Une pareille concession aurait livré l'Europe au roi de France : le pape la refusa ; et d'ailleurs Philippe fut bientôt assez occupé chez lui pour oublier ses projets de conquêtes lointaines.

Après avoir fait au roi de France hommage de la Guyenne , dans la cour plénière d'Amiens, Edouard avait voulu contraindre les Écossais à prendre un roi de sa main (1331) ; leur prince indigène, David Bruce , fut , il est vrai , chassé du pays par les armées anglaises; mais le protégé d'Edouard , le fils de Bailliol, ne put se maintenir, malgré trois expéditions du roi anglais en Ecosse.

Dans le même temps où Edouard échouait contre l'Ecosse, les Flamands , dirigés par le brasseur Artevelle , se soulevaient contre Philippe VI. Des relations de commerce unissaient d'intérêt la Flandre et l'Angleterre; aussi Artevelle jeta les yeux sur Edouard pour le soutenir dans sa ré* voite.

Commencement de la guerre de cent ans. — D^à un princedu sang, Robert d'Artois, prosont par le roi de France ,

s'était retiré en Angleterre; et Philippe avait , à cette occasion , publié un manifeste qu'Edouard regarda comme une insulte à sa personne. Dès ce moment , la guerre avait été imminente , et le roi d'Angleterre avait envoyé dans les Pays-Bas quelques chevaliers pour engager dans sa cause les Flamands , les Brabançons , l'archevêque de Cologne et plusieurs autres princes de l'Empire, voisins jaloux de la France. " Toutes ces négociations parurent d'abord réussir; et Edouard put un instant compter, comme autrefois Jean sans Terre , sur l'assistance de l'empereur et des seigneurs des Pays-Bas; mais la mésintelligence éclata bientôt entre les confédérés ; et Edouard n'aurait pu commencer la guerre avec avantage, si le brasseur Artevelle ne lui avait donné le conseil de prendre le titre de roi de France, pour que les Flamands pussent se joindre à lui sanâ violer la loi féodale. Les premières opérations furent peu favorables à Edouard, qui, malgré la défaite de la flotte française, dans le port de l'Écluse , ne put prendre Tournai , et vit un corps nombreux de ses troupes battu à Saint-Omer par le duc de Bourgogne. Une trêve d'un an mît fin à ces hostilités ruineuses, ot permit à Edouard de marcher contre les Ecossais, qui venaient de chasser son protégé (1340). Quand la guerre recommença , en 1341 , elle eut la Bretagne oour théâtre.

Guerre de Bretagne. — Jean III, duc de Bretagne, avait laissé en mourant son duché à sa nièce, épouse d'un prince de la famille royale de France, Charles, comte de Biois, neveu de Philippe de Valois. Mais le comte de Montfort, frère du dernier duc, était le candidat national de la Bretagne. Philippe envoya une armée pour installer le nouveau prince.

Montfort, fait prisonnier à Nantes, ne put profiter des secours que Robert d'Artois lui amena d'Angleterre; et, après une trêve de deux ans^ signée en 1345, son compétiteur, Charles de Blois, ayant été fait prisonnier à la

L'UNIVERS

Roche - Derien , tout le poids de la guerre retomba sur les deux Jeanne , épouses des deux prétendants captifs.

La lutte dura vingt ans encore, jusqu'en 1365, époque où le traité de Guérande assura le duché à la maison de Montfort. Pendant ces vingt-cinq années de guerre , la Bretagne fut le rendez-vous des plus renommés chevaliers et le théâtre des plus brillants.exploits. C'est là que Bertrand du Guesclin fit ses premières armes.

Bataille de Crécy, — Cependant les deux rois ne se contentèrent pas longtemps de se combattre indirectement dans la Bretagne : Philippe de Valois, ayant attire à sa cour, en 1346, et jfait mettre à mort 01i« vier Clisson et douze chevaliers bretons, qu'il soupçonnait d'intelligence avec les Anglais*, Edouard rompit la trêve, et, par le conseil du traître Geoffroy d'Harcourt , débarqua subitement en Normandie. De là il pénétra sans s'arrêter jusqu'à Paris, brûla Saint-Cloud , et répandit partout la désolation. Bientôt les Français accoururent au nombre de soixante mille.

Edouard songea alors à la retraite, repassa difficilement la Seine, la Somme, et fut joint par les Français près de Crécy. Edouard ne demandait qu'à se retirer; on le força à vaincre contre toutes les probabilités. Les Anglais, il est vrai, avaient une brillante cavalerie, mais celle des Français l'emportait en nombre et en courage ; car le roi de France ét*it le roi des preux , et Paris, le séjour de tout ce qu'il y avait de princes fameux par leur courage en Europe. Toutefois l'armée française n'avait point d'infanterie, et c'était là sa faiblesse. On avait, il est vrai, acheté le service de quinze mille arbalétriers génois; mais ces mercenaires étaient méprisés des rois qui les employaient et des sens d'armes qui servaient avec eux; (Tailleurs, la pluie qui avait détendu les cordes de leurs arcs, les rendait inutiles.

On rivalisa, dans l'armée française, de courage, mais aussi d'imprudence et d'indiscipline. Les Anglais, postés

sur unecollinefortifiée à la hâte , tn'om-

f)hèrent, à l'aide de l'artillerie dont 'invention était toute récente , d'une masse d'hommes qui arrivaient sur eux en désordre : trente mille Français, et parmi eux deux rois , onze princes et douze cents seigneurs ou cnevaliers , restèrent sur le champ de bataille.

C'étaient les rois de Bohême et de Majorque, les ducs de Lorraine et de Bourgogne , le comte d'Alençon , frère de Philippe VI, le comte de Blois, son neveu, le comte de Flandre, celui d'Harcourt et ses deux fils, les comtes d'Aumale', de Nevers, de Sancerre, d'Auxerre, de Savoie etc. L'archevêque de Sens et celui de Nîmes, etc.

Prise de Calais. — Vainqueur à Crécy, en 1346, Edouard s'empare, l'année suivante, de la ville qui lui ouvrait la France entière , de Calais ,- conquête importante et difGcile.

La ville n'était accessible que par deux larges chaussées venant rune du nord, l'autre du midi, et traversant les vastes marais qui l'entourent, ce qui fit dire plus tard à l'amiral de Coligny que Calais n'était prenable qu'en hiver. Edouard III renonça au projet de prendre Calais par force et résolut de la dompter par la famine , qui en effet s'y fit bientôt sentir. Une ville de bois fut construite autour de Calais et l'armée anglaise y passa l'-hiver, dans une position si forte que Philippe, venu au secours des assiégés , désespéra de la forcer, et les habitants eurent la douleur de voir une armée de trente à quarante mille hommes s'avancer sous leurs murs ^t se retirer sans combat. Bientôt la ville fut contrainte de se rendre. Edouard, ftirieux contre les audacieux qui avaient troublé si longtemps son commerce et résisté à ses armes, voulut d'abord exterminer tous les habitants et brûler leur ville; mais il se laissa fléchir, et demanda que six bourgeois vinssent lui remettre les clefs et se rendre à sa discrétion. La fureur du roi d'Angleterre céda aux larmes et aux prières de la reine son épouse. Ces hommes

AjmALES DE L'HISTOIRE DE FRANCE.

. généreux furent épargnés et se retirèrent dans les villes environnantes, ainsi que toute la population de Calais remplacée par une colonie anglaise.

Dans la suite il fallait parler anglais pour y pouvoir séjourner plus de trois jours, et depuis cette époque jusqu'en 1ÔS8, où Guise la reprit, Calais appartint aux Anglais. La perte leur en fut très-sensible , car tant qu'ils possédèrent cette position ils conservèrent l'espoir de faire des conquêtes en France.

T^ reine Marie, qui mourut peu après la reprise de cette ville, disait que si Ton ouvrait son cœur on y verrait écrit le nom de Calais.

Peste de 1349. — Deux ans après la prise de Calais par Edouard, une peste affreuse ravagea l'Europe entière et fit périr un tiers des habitants, selon Froissard , Villani et Bocace , à qui cette épidémie inspira l'admirable tableau de la peste de Florence, et, tel est le pouvoir du talent, qu'on a oublié les malheurs du reste de l'Europe pour ne se rappeler que ceux de cette ville.

rrére.—Cependant Edouard accepta une trêve d'un an , proposée par Pnilippe VI , et qui se continua jusqu'en 1355. Dès l'année 1350, Philippe mourut à l'âge de cinquante-huit ans. Peu auparavant le domaine royal s'était accru de Montpellier, acheté pour 200,000 écus au roi de Majorque, et du Dauphiné , cédé par Humbert II. Dès lors , le fils aîné du roi de France porta le nom de Dauphin.

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