‹ France (volume 2)Chapitre 34 sur 45 · JE4IV LE BON · texte numérisé non relu

JE4IV LE BON

L'idée des droits de la royauté avait tellement grandi en France depuis saint Louis et Philippe le Bel , que le roi lie prenait même plus la peme de créer des commissions judiciaires pour se défaire de ceux qui lui dé-

plaisaient. C'est ainsi que Jean , aussitôt après la mort de son père , condamna et fit exécuter, de sa propre autorité, le connétable d'Eu, soupçonné d'intelligence avec Edouard III, de même que plus tard û fit décapiter le comte d'Harcourt et emprisonner le roi de Navarre, Charles le Mauvais.

Dans les siècles précédents , toute la noblesse se serait révoltée contre cette violation de ses droits et privilèges; mais à l'époque où nous sommes parvenus, les puissants comtes ou ducs avaient presque tous disparu, et avaient été remplacés par une loule de petits seigneurs, de chevaliers, si pauvres qu'il leur fallait une solde pour faire la guerre, et même pour entrer en campaçne. Philippe VI avait fixé la solde d'un banneret à vingt sous par jour; Jean la doubla; mais la noblesse qui se vendait ainsi au roi perdait nécessairement son indépendance et sa dignité. Le roi chercha toutefois à fortifier l'esprit dé la chevalerie , qu'il ne faut pas confondre avec l'ancien esprit féodal. Edouard avait institué l'ordre de la Jarretière; Jean fonda celui de l'Étoile, qui ne lui survécut pas; et, à cette occasion, il donna des fêtes somptueuses, car il aimait la magnificence, plus encore que son père, et la prodigalité lui semblait une vertu royale.

Mais il fallait de grandes sommes pour faire face à toutes ces dépenses ; aussi les ordonnances financières ce succédèrent -elles, sous son règne, avec une effrayante rapidité. La première qu'il publia fut pour altérer les monnaies; puis il traita pour de l'argent avec les députés de chaque province, et accorda tous les privilèges qui lui furent demandés, moyennant finances. Les biens des banquiers italiens confisqués en 1353, servirent aussi à l'entretien de sa cour et aux dépenses de ses tournois. Malgré toutes ces ressources, Jean se trouva bientôt, faute d'argent, réduit aux expédients, et lorsquela guerre recommença entre lui et l'Angleterre , il fut obligé de suspendre le payement de ses dettes, déclarant que si ses trésoriers obéis-

t'UNIVEIlS.

mmX mi ordres qui pourraient lui être surpris, il les en rendrait respon» sables, aussi bien ^ue les secrétaires . qui les auraient écrits ou le chancelier qui les aurait scellés.

Enfin , il sentit la nécessité d'appeler la nation à son aide, et convoqua à Paris les états généraux de la langue d'oïl pour leur demander un subside. Alors il arriva ce que personne n'avait prévu , c'est que du moment que la roj^auté fut frappée et affaiblie par une main étrangère, lorsqull ne lui fut plus possible de résister aux attaques extérieure^ qu'en demandaut l'assistance de ses sujets, ceux-ci, sentant leur irapor' tance, élevèrent la voix pour faire en*' tendre les plaintes du peuple , et ne payèrent qu'en retour de concessions importantes. D's^bord ils réglèrent euxmêmes la valeur de la monnaie pour être tenue perpétuellement ferme et stable au taux fixé par eux; ils supprimèrent le droit de prise (*); restreignirent la juridiction des ofGciers de la maison dfu roi, et abolirent les monopoles que s'étaient fait attribuer les gens en place. A ces conditions ils s'engagèrent à fournir au roi trente mille gendarmes et cinq millions de livres parisis ; mais cette somme dut demeurer , jusqu'à son emploi , entre les mains des receveurs particuliers des états , qur devaient justifier envers les états que la totalité de cette somme ~ aurait été employée à la guerre. Personne ne fut exempté de cet impôt :

les prélats, les nobles , le roi et les princes du sang payèrent comme le bourgeois; enfin, il fut convenu que les états seraient assemblés de nouveau le premier mars de l'année suivante, pour recevoir le compte de leurs trésoriers , et pour voter, s1l y avait lieu , la continuation du subside. Ainsi s'établissait la périodicité des assemblées publiques. L'ordonnance porte encore : « £t ne seront pas lesdites « aides distribuées par nos officiers, « mais par bonnes gens commis et dé-

(*) «Nos suje1;s pourront résister de fait « et pourront appeler ceux du bourg ou de « la ville voisine contre les preneurs. »

« pûtes par les trois états , lesquels « ne distribueront pas Targent à nous, « mais à nos gens d'armes. — Les dé- « pûtes des trois états seront présents « aux monstres.— La potence pour le « pillard. — Nous ne donrons trêves « si nous n'en sommes bien conseillez « et par plusieurs personnes des trois f( états. — Que toutes gens soient dx* « mées, chacun selon son état. »

Ainsi , désormais , personne ne pouvait être distrait de son juge naturel ; l'intervention des états dans l'organisation de l'armée était acceptée; leur avis pour la levée de l'arrière-ban de* mandé; la soumission des officiers du roi aux règlements du droit commun reconnue ; le droit de défense armée et d'association établi; c'est-à-dire, que les grands principes d'ordre politique et administratif venaient d'être posés par les états.

Par malheur les états , appelés tout à coup à fournir de l'argent au roi , ne surent trouver d'autre moyen que la gabelle et un impôt sur toutes les marchandises vendues (*). C'étaient deux taxes désastreuses ; aussi y eut- il des révoltes en beaucoup de lieux , et il fallut que l'assemblée suivante changeât cet impôt en une cotisation personnelle dix livres durent donner quarante sous; quarante livres, quatre livres ; quatre cents livres, dix livres ; mille livres, vingt-deux livres. Toutefois cet impôt dut être levé par des collecteurs et des répartiteurs élus par les habitants des communes.

Bataille de Poitiers» — Tandis que les états essayaient de conquérir des droits politiques et compromettaient leurs succès par leur inexpérience, Edouard III ravageait la Picardie, et son fils, le prince Noir, dévastait les provinces d'au delà de la Loire. Avec l'arçent fourni par les états, Jean réunit enfin une armée, et mar-

(*) Cetle dernière taxe n*étail autre chose que IWcapa/a d'Espagne, que, depuis i343, les Valois s'efforçaient d'introduire en France.

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dia oux Anglais à la tête de cinquante ou soixante mille hommes. Il les rencontra près de Poitiers, postés sur une colline couverte de vignes ; à peine le prince Noir eut>il je temps de ranger ses hommes en bataille et de lier avec des cordes les haies qui Tentouraient, pour les mettre en état de rompre le premier choc de la cavalerie. Croyant déjà les huit mille hommes du prince anglais prisonniers , Jean ne voulut écouter aucune proposition, et fit charger sa gendarmerie, qui fut reçue à coups de flèches lancées pardessus et à travers les haies. Cette lourde cavalerie , criblée de traits sans pouvoir répondre, se rejeta sur les trouperqui la suivaient et les entraîna dans sa déroute. Longtemps les rangs qui tombaient furent remplacés par de nouveaux soldats , mais enfin il fallut céder, et les Français prirent la fuite, quoique bien supérieurs encore aux Anglais par le nombre. Le carnage fiit affreux. Le dauphin s'enfuit un des premiers , et laissa son père au milieu des Anglais; mais Jean fut défendu vaillamment par Philippe , son quatrième flls , âge de quinze ans , à qui cet exploit valut le surnom de Hardi.

Néanmoins, Jean fut fait prisonnier.

Le prince Noir et Edouard adoucirent autant que possible la captivité du roi. Le soir de la bataille , il fut servi à table par le vainqueur, qui le consolait en lui disant qu^il avait été le mieux faisant des deux armées. A son entrée à Londres, le prince de Galles n'avait qu'un petit cheval noir, tandis que Jean montait un magnifique coursier blanc, et semblait être le véritable triomphateur.

États généraiix, — Tentatives pour opérer une révolution politique. — Pendant que l'imprudence et la lâcheté des chevaliers livraient la France aux Anglais, le dauphin , depuis Charles V , investi de la régence , imitait le gouvernement de son père, et cherchait à remplir le trésor en altérant les monnaies. Mais si la royauté per-* sévérait dans les mêmes voies , le peuple trouva aussi d'ardents défenseurs;

et , pour la première fois depuis saint Louis , le pouvoir dut s'humilier ûe- •vant les hardies réclamations des états généraux.

Les communes des onzième et douzième siècles avaient perdu peu à peu leurs droits primitifs ; le pouvoir royal , qui avait favorisé leur établissement sur les terres des seigneurs , ne voulait plus , maintenant que ces terres étaient entre ses maips, conserver de petites républiques au milieu de ses possessions : la plupart des villes n'eurent donc plus le droit de haute et basse justice; elles reçurent du roi un prévôt qui décida toutes les affaires judiciaires. Néanmoins les bourgeois, derrière leurs murailles et leurs fossés , conservaient encore des privilèges qui attiraient dans leur sein une populatioa nombreuse , active , industrieuse , organisée en corporations , armée et capable de défendre leurs remparts , ou même de combattre en plaine contre les chevaliers, comme ces sept mille bourgeois de Saint-Quentin qui rencontrèrent Edouard après sa victoire de Crécy, et se firent tous tuer sur la place.

La classe bourgeoise , dont la force et les richesses allaient ainsi toujours croissant, avait cependant beaucoup souffert, car c'était sur elle que pesaient les aides et le& nombreux nnpôts inventés depuis Philippe IV; c'était sur elle que la falsification des monnaies frappait de la manière la plus désastreuse, car elle ruinait le commerce , et le commerce était enVe ses mains. Sous le règne des Yalois, les souffrances de la bourgeoisie augmentèrent en proportion des dépenses toujours croissantes de ces princes qui vivaient au milieu d'un luxe insultant.

Enfin , quand il fallut des aides nouvelles pour la guerre , l'oppression fut portée à son comble, et les plaintes éclatèrent sitôt que la royauté leur en eut fourni le moven. Nous avons vu les réclamations des états généraux de 1355; mais, après la bataille de Poitiers, les maux furent accrus encore par cette grande défaite , où dix mille seigneurs avaient été mi^ à rançon;

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aussi il y eut presque une révolution.

Les états devaient se réunir à la Saint- André de 1356 (30 novenobre); le dauphin , âgé de dix-neuf ans , et reconnu coname Fieu tenant général du royaume , rapprocha la convocation et la fixa au 17 octobre, dix-huit jours après la bataille. Pour rendre le travail plus facile, on élut quatre-vingt-dix membres qui furent chargés de préparer les affaires. Puis, quand ils eurent fait leur rapport, les états demandèrent au dauphin une conférence secrète, et Parchevêque de Reims, au nom des trois états , dit : « Nécessaire est que « soient déclarés tous les défauts qui « sont au royaume de France , tant au « fait de justice comme au fait du gou- « vernement du prince , de son hôtel , « de ses monnaies , de la guerre. » Ensuite il proposa des réformes qui mettaient toute l'autorité aux mains d'un conseil élu par les députés des états.

La royauté ne pouvait ainsi abdiquer tous ses pouvoirs sans chercher quelque moyen d'éluder ces demandes; aussi Charles renvoya les états , et altéra les monnaies pour trouver l'argent que les députés n'accordaient au roi qu'à de si dures conditions. Alors parurent des hommes qui souillèrent eur conduite par la violence, mais n'en furent pas moims les premiers défenseurs des libertés du peuple. Parmi eux se trouva au premier rang Etienne Marcel , prévôt des marchands de Paris , le même qui avait conseillé au dauphin la convocation des états, et qui, a l'approche des Anglais, avait fait achever les murs de Paris , tendre des chaînes de fer dans les rues , et pris toutes les précautions nécessaires avec courage et activité. L'autre champion du peuple était Robert le Coq, employé par le roi Jean dans des ambassades , et élevé en récompense à l'évéché de Laon. Ces deux hommes se chargèrent de porter au dauphin les doléances des états convoqués de nouveau en 1367. Il promit d'y faire droit, et s'engagea d'abord à ne plus détourner l'argent fourni pour les besoins de la guerre , défendit à ses officiers de lui obéir s'il leur donnait des ordres

contraires aux engagements qu'il avait pris, renonça au droit depourvoierie{*)

f)endant toute la durée de l'aide que ui accordaient les états , promit encore de ne plus donner de lettres d'absolution pour des crimes atroces , de tenir la main à ce que la justice ne fât plus différée , et de ne plus vendre les offices de judicature; enfin il exclut de son conseil vingt-deux membres gui avaient participé aux abus. Il défendit toute leveie d'approvisionnement , et autorisa chacun a se défendre contre cette injuste mesure ; il soumit les percepteurs à rendre compte de leur gestion ; abolit les garennes, qui étaient un des moyens de tyrannie les plus révoltants , et autorisa les députés à porter des armes pour se défendre contre les violences oe leurs ennemis. Enfin il accepta les articles suivants :

« Des trois états , monsieur le duc « élira un certain nombre de personnes a notables qui seront résidantes à Pa- « ris pour le grand et petit conseil , et « qui seront souveraines de tous les « officiers du royaume. Pour expédier « et décider sur le fait des guerres , se- « ront aussi certaines personnes des « trois états.

« Le chancelier et nos officiers jurent ront de ne jamais rien nous deman- « der en particulier, mais toujours en « présence du grand conseil élu par ks « états.

«Promettons de mettre économie « au gouvernement de notre personne, « et ainsi le jureront nos bien-airaés « frères. » En marge de cette ordonnance était écrit : « Vu par le grand « conseil » dont le chef était Jean le Coq, Dès lors toutes les ordonnances portèrent cette formule : « De l'avis de « notre grand conseil des états et des « hommes des bonnes villes. »

Le gouvernement était enfin passe dans des mains populaires. Aussi le régent essaya-t-il bientôt de ressaisir

(*) Droit qui permettait aux officiers du roi dans les voyages de saisir tout ce qui était à leur convenance , sous le prétexte de satisfaire aux besoins du' service de la table et du logis du prince.

ANNALES DE L'mSTOIRE DE FRANCE.

l'autorité. D'abord vinrent des lettres du roi Jean, qui cassèrent tous les actes des états , et défendirent de payer Taide votée par eux ; puis Charles fît venir Marcel et les échevins pour leur défendre de se mêler désormais du gouvernement du rovaume, leur an* nonçant qu'il ne voulait plus avoir de curateur. Le parti des bourgeois était encore trop fort pour avoir rien à craindre : le clergé faisait cause commune avec eux , et la noblesse ne s'était pas encore tournée du côté du daupnin. Néanmoins ils sentirent le besoin d'avoir un chef influent; des bourgeois d'Amiens délivrèrent de prison le roi de Navarre et le conduisirent à Paris , où le dauphin fut contraint par son conseil de lui jurer loyal amour et de lui faire de grandes concessions.

Pendant crue le roi de Navarre allait en Normanaie s'assurer de Rouen et reprendre ses villes et châteaux , Charles réveillait à Paris les craintes des bourgeois en réunissant des hommes d'armes autour de la ville. L'exaspération croissait. Un maître des Jacobins lui dit : a Monseigneur , ceux que vous « voyez devant vous ont été réunis en « conseil , et ont décidé que le roi de « Navarre vous présenterait ses griefs « en une seule requête , et aussitôt a vous serez tenu, sire^ de lui faire « rendre toutes ses possessions. » Un rooinede Saint-Denis continua : « Frère, « tu n'as pas tout dit : sire, nous avons a tous délibéré que npus prendrions « ouvertement parti contre vous si « vous refusiez d'exécuter ce que vous « avez promis. » Enfîn Marcel jugea qu'il était indispensable de tuer quelques-uns des conseillers du régent, et fit massacrer le sire de Conflaus , maréchal de Champagne, et Robert de Clermont, maréchal de Normandie.

Ce meurtre excita d'implacables ressentiments parmi la noblesse ; elle se sépara dès lors complètement des états, qui, toujours réunis à Paris, mais ne se composant plus que de clercs et de bourgeois , étaient sous l'influence de la municipalité de cette ville , et ratifiaient sans hésiter tous les actes du

14« Livraison. (Annales de l'hist. de Frange.)

prévôt. Celui-ci , pour augmenter son

f)arti, envoyait aux bourgeois de la angue d'oil le chaperon bleu et rouge que portaient ceux de Paris comme signe de ralliement, et beaucoup de villes l'acceptèrent. Malheureusement elles étaient trop éloignées les unes des autres pour se prêter un appui mutuel dans le moment même du danger.

Ce fut là ce qui perdit le parti des bourgeois , dont la cause fut d'ailleurs confondue avec celle des paysans révoltés sous le nom de Jacques (13 mai 1358). Paris se trouva isolé, et la noblesse réunie contre lui arrêta tous les arrivages de vivres , et força ainsi les bourgeois, abandonnés à eux-mêmes, de se soumettre. Ceux-ci espérèrenir quelque temps que les Jacques occuperaient assez la noblesse pour que la campagne autour de Pans fût libre ; mais les Jacques et les bourgeois de Paris, leurs alliés, furent défaits à Meauxpar la chevalerie (9 juin). D'autre part , le roi de Navarre , que les bourgeois prenaient pour chef, entendait Dien ne travailler que pour luimême ; aussi excita-t-ii la défiance du parti modéré , et il en coûta la vie à Marcel pour avoir voulu l'introduire dans la ville en lui livrant la Bastille. La mort de ce chef et le massacre de ses partisans amena une réaction royaliste , après laquelle le régent se retrouva plus absolu qu'auparavant (3 août). Alors le roi de Navarre lui déclare la guerre. Après des succès divers, la paix dePontoise(21 août 1359) met un terme aux hostilités. Ce fut vers cette époque qu'arriva de Londres une honteuse proposition de paix que le roi Jean avait acceptée. Le roi d'Angleterre ne demandait pas moins d'un tiers de la France. On rejeta tout d'une voix ce honteux traité ; et Edouard reparut en France ; mais on le laissa se consumer en vains efforts contre les places fortes sans hasarder une nouvelle bataille.

Paix de BréUgny. — Bientôt les Anglais , fatigués de ces guerres lointaines et inutiles à l'Angleterre , se décidèrent à traiter, et on signa la

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^aix de Brétîgny (1860). Les Anglais conservaient Calais , Guines , et toutes !es provinces de l'ancien duché d'Aquitaine en pleine souveraineté , d'esl-à-dire, le Poitou, la Saintonge, TAunis, TAgénois, le Périgord, le Quercy, le Limousin,* le Bigorre, l*Angouniois et le Rouergue; de plus ©n promit pour la rançon du roi Ténorme somme de trois millions d'écus.

Jean , de retour en France , fit peu pour se faire pardonner tant de malheurs ; mais la générosité avec laquelle il retourna en captivité , quand il aj)-

Ï»rit que l'un des otages qu'il y avait aisséis s'était enfui , fit oublier ses imprudences. Il mourut à Londres en 1864, et son fils Charles iui succéda.

Jean, dont le règne fut si funeste à la France , fonda , peu de temps avant de mourfr, la seconde maison de Bourgogne, qui faillit pjm tard renverser la monarchie : il donna , en 36S, à son fils Philippe le Hardi, le duché de Bourgogne qui avait été réuni au domaine en 136t.

CHARLES V LE SAGB.

Le règne de Charles V s'ouvrit sous d'heureux auspices. A l'époque même du sacre, du Guesclin vainquit à Cocherel les troupes du roi de Navarre, et parut relever par cette victoire les armes de France, abattues et malheureuses depuis Çrécv. L*année suivante, le traité de Guérande mit fin à la guerre de Bretagne, et Charles, en paix avec tous ses voisins, put cicatriser les plaies de la France et préparer les sucâs des dernières années de son règne. Avant de se commettre de nouveau avec l'Angleterre, il l'attaqua indirectement en renversant du trône de Castille son allié don Pèdre le Cruel , pour y placer Henri de Transtamare.

Guerre de CastUle. — Un des fléaux les plus terribles pour la France à cette époque, c'étaient les bandes de soldats qui l'infestaient de leurs brigandages ; ua des premiers soins de Charles

fut d'en délivrer le royaume. On songeait alors aux croisades, et les grau" des compagnies furent encouragées à prendre la croix; elles se dirigèrient du côté de l'Allemagne, où l'empereur Charles IV se montrait favorable à cette entreprise. Mais, ayant voulu continuer le pillage dans les pays qu'elles traversaient , elles rencontrèrent la masse du corps germani({ue qu'elles ne purent entamer et refluèrent vers l'Espagne et l'Italie. Du côté de l'Italie ces aventuriers furent pris au service du pape qui voulait reconquérir le domaine de saint Pierre, et au service des villes de Toscane, qui avaient formé une ligue contre Milan. C'est alors que leurs chefs reçurent en Italie le nom de condottieri. En Espagne ils furent attirés par les guerres de la succession de Castille, et passèrent les Pyrénées sous la conduite de du Guesclin. Cette expédition aventureuse fut doublement utile à la France : elle la délivra des grandes compagnies , et Henri de Transtamare , que du Guesclin établit sur le trône , devint pour le roi de France un utile auxiliaire et l'aida efficacement à vaincre les Anglais.

Première expulsion des Jnalais. — Ce fut en 1370 que l'alliance du roi de Castille et la prospérité renaissante du pays encouragèrent Charles V à recommencer les hostilités. Il reçut les plaintes des Gascons, irrités des exactions du prince Noir , et le cita à comparaître par-devant la cour des pairs, en déclarant que l'Aquitaine était toujours un fief relevant de sa couronne , et qu'en qualité de suzerain , le roi de France avait le droit de recevoir les plaintes des Gascons. C'était une violation évidente du traité de Brétigny; aussi le prince Noir répondit avec ét'onnement : « On nous mande à « Paris ; nous irons le casque en tête , « avec soixante mille hommes. » C'était une menace plus focile à faire qu'à réaliser: le prince était déjà en proie à une maladie cruelle qui l'enleva peu de temps après ; et l'Angleterre , épui-

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fiéo pir tant d'années de guerre, ne

pouvait plus fournir de troupes; d'ailleurs elle considérait l'Aquitaine comme un royaume à part, qui devait se suffire à lui-même.

Aussi la guerre commença avec bon* heur pour la France ; et ee qui en per* pétua le succès , ce fut Taveuglement d'Edouard qui se fit un ennemi irré« coDciliable du roi de Casttlle, en élisant marier deux de ses fils à deux filles de Pierre le Cruel. Edouard avait conçu l'espoir de conquérir la France et rEspagne; et, entraîné par cette idée , il ne craignit pas de diviser ses forces; mais l'intervention de Henri de Transtamare ne tarda pas à se faire sentir d'une manière dé&vOrable pour l'Angleterre. Une flotte castillane détruisit une flotte anglaise auprès de la Rochelle (23 et 24 juin 1372).

Pendant qu'Edouard yoyait ternir l'éclat de ses premiers succès, et que le prince Noir se mourpit à Bordeaux, Saint*Pol s'emprait du Ponthieu , le duc d'Anjou du Quercy, du Rouergue et du Limousm ; le duc de Lancastre lui-même était arrêté en Picardie par le duc de Bourgogne ; enfin du Gueslin, nommé connétable, procura à Charles Y l'assistance de la chevalerie bretonne, qui s'empressa de venir se ranger autour de lui. Aidé de cet utile renfort, il battit les Anglais, ui traversèrent deux fois la France \e Calais à Bordeaux, sans pouvoir entamer le royaume.

Charles ne s'arrêta point dans ses succès : cinq armées furent mises sur pied en 1377; l'Angleterre elle-même souffrit à son tour tes maux de l'invasion ; ses côtes furent ravagées par la marine française, tandis que du Guesdin achevait la conquête delà Guienne.

Les Anglais allaient être entièrement expulsés de France, où ils ne tenaient plus que les villes de Bordeaux, Rayonne, la Rochelle, Brest et Calais, lorsque du Guesclin , et bientôt après Charles V, moururent avant d'avoir complètement achevé leur ouvrage.

Administration de Otaries V, — Ainsi cette première période de la guerre de cent ans se terminait à^lV

vantage de la France. Tontefois t*An« gleterre avait gagné en libertés publia ouesce qu'elle avait perdu en conquêtes dispendieuses et inutiles. Edouard avait vingt fols confirmé la grande charte \ le parlement, divisé en chambre haute^ ou des lords, et en chambre basse , ou des communes, s'était déclaré, en 1348^ e&rps légi$latiff avait obtenu sa convocation annuelle, le droit de juger léi ministres déclarés responsables, et restreint le nombre des délits qui pouvaient ê^ qualifiés de eHmes de haute trahison. Enfin, pour effacer le souvi&i nir de la conquête normande et la distinction entre les descendants des vainffueurs et ceux des vaincus , la langue française avait été interdite dans les actes publics. Le commerce de la nation , son industrie , sa navigation avaient aussi pris un grand essor, grâce à ralliance de la Flandre et au^^ troubles continuels qui chassaient de ce pays une foule d'ouvriers industrieux par lesquels l'Angleterre apprit à tirer parti elle-même de ses lames.

Ainsi l'Angleterre profitait de l'ambition de ses rois, et ceux-ci lui payaient en privilèges politiques la vaine gloire qu'elle leur laissait acquérir sur le continent avec les soldats et les subsides qu'elle leur fournissait.

La France, au contraire, victorieuse, mais fatiguée de ses longs troubles , laissa, après une vaine tentative, la royauté ressaisir sous Charles V le pouvoir absolu.

Charles, faible de corps et de santé, savant et lettré, étranger à l'esprit et aux moeurs chevaleresques, ne se montra plus aux armées après la bataille de Poitiers. Renfermé dans son hôtel , il vécut éloigné de sa famille qui ne l'aimait pas , mais entouré de ministres habiles qu'il sut choisir et conserver.

Pour arriver au but qu'il se proposait d'atteindre, il respectait peu les promesses et les traites les plus solennels; mais, hardi dans ses desseins , il n'osait en poursuivre l'exécution avec fermeté et d'une manière honorable, car peu lui importait que l'honneur de la France fût blessé, lorsque les Anglais la traversaient impunément de Calais

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à Bordeaux; il s'inquiétait tout aussi peu que les campagnes fussent [pillées et brûlées : a Toutes ces fumeries ne TOUS feront pas perdre votre héritage, » disait Glisson ; et Charles laissait in* cendier les chaumières des paysans.

Cette politique impitoyable lui nt re-

Î gagner toutes les provinces cédées par e traité de Brétigny , excepté Calais et la Guienne.

Les circonstances , il faut Tavouer , Faidèrent beaucoup. Edouard m et le prince Noir, arrêtés par l'âge ou la maladie y ne pouvaient plus se mettre eux-mêmes à la tête de leurs armées ; d'autre {)art les révolutions de Castille lui donnèrent un utile allié; enfin les grandes compagnies s'écoulèrent vers rltalie et l'Espagne, et la France put respirer quelques instants. Mais il sut profiter habilement de ces circonstances ou même les faire naître, et il faut lui en savoir gré. « Sous son règne, Tordre public et un certain degré de sécurité renaquirent. La guerre, la peste et la famine avaient diminué, de plus de moitié, la population. Dès que quel- ]ue relâche lut apporté à ces fléaux , le besoin du travail se fit sentir ; pour réparer tant d'édifices détruits , pour remonter tant d'ateliers déserts, pour remettre en culture tant de champs abandonnés , la main - d'oeuvre augmenta rapidement de prix, et quiconque voulut travailler trouva par son travail une subsistance assurée. Si le gouvernement de Charles Y ne fit pas de grands efforts pour ranimer directement, par ses ordonnances et ses encouragements, la vie éteinte dans la nation, il préparait du moins le retour de la prospérité en éloignant les causes de trouble et de destruction. Il faut lui tenir compte aussi du mal qu'il n'a pas fait : Charles est le premier roi, depuis saint Louis , qui n ait pas altéré les monnaies. Quel que fût son besoin d'argent, il ne chercha point à s'en procurer par ce moyen désastreux ; il ne multiplia point les taxes ruineuses pour le commerce, maisii s'adressa aux juifs, qui seuls possédaient de erands capitaux, et, en retour de leurs avances, il leur accorda une pro-

tection efficace , même contre les ecclésiastiques (*). »

Il favorisa le commerce maritime, et dans une charte», concédée aux Castillans commerçant à Harfleur, se trouvent l'origine et les principes des tribunaux spéciaux pour les -matières commerciales, la protection dueà la pro- priété privée, en cas de guerre entre les gouvernements , la sûreté des personnes, le droit successorial en faveur des étrangers, et, par conséquent, l'abolition du droit o'aubaine.

Charles ne recourut pas une seule fois, durant tout son règne, aux états généraux. Il lui était resté dans l'esprit un souvenir pénible des troubles qui avaient agité sa régence; aussi, aux états généraux, librement élus, il substitua des assemblées de notables, désignés par ses propres officiers ; et, aux formes d'élection municipale; il

1 préféra le système des prévôtés royaes. C'est à lui que remontent plusieurs des lois fondamentales de la monarchie. Ainsi , par l'édit de Yincennes (1374), il réêla définitivement Tâge de la majorité des rois , qu'il fixa à quatorze ans, la régence, la tutelle et la garde de l'enfant royal , presque toujours confondues jusqu^alors avec la régence. En cas de minorité du roi , la régence devait appartenir au plus

S roche parent aîné et majeur. Les roits du résent s'étendaient à tous les actes d'administration, à l'exercice plein et entier de l'autorité royale ; mais, quant au domaine, il ne pouvait en rien aliéner, et il devait tout conserver, pour en rendre compte à la majorité du suzerain. La garde de l'enfant roi était confiée à sa mère, et la tutelle était soumise à un conseil composé des parents, de presque tous les officiers au palais , des membres du parlement et de la cour des comptes, et au inoins de dix bourgeois de Paris; enfin , il fixa les apanages dé chacun de ses enfants : aux filles, il donna soixante mille livres, avec telsjoyatuc comme U appartient à filles de roi; aux fils , douze mille livres de terres

(*} Sismondi,

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tournois avec le titre de comte, et Quarante mille livres en deniers 'pmir tes mettre en état Ainsi des sommes d'argent et de simples titres étaient substitués aux concessions de grands fiefs qui morcelaient Tunité territoriale du domaine.

Dans les autres parties du gouvernement se remarque le même esprit monarchique : les communes reçoivent des prévôts ; Roye , Meulan demandent elles-mêmes à se remettre aux mains royales; la liberté individuelle, la propriété étaient assurées car la bourgeoisie : aussi aimait-on mieux être bourf^eois que communaux , parce que, dans e dernier cas , il fallait supporter des dépenses dont le roi se chargeait lorsqu il tenait une ville en bourgeoisie.

Le roi favorisait ce système , car tout homme qui abandonnait la terre d*un seigneur pour se faire bourgeois d'une ville devenait par là homme du roi.

Toutefois , depuis la mort de Marcel , les libertés municipales ne furent pas toujours respectées; le roi intervenait souvent , et il fallait se soumettre à sa volonté; il réglait les métiers, permettait ou défendait les établissements publics, et cela, non-seulement à Paris, mais dans toutes les villes.

L'organisation financière reçut des formes régulières et des principes fixes : il y eut des généraux, des conseillers, des trésoriers des guerres , des receveurs, des contrôleurs, etc. Ces officiers ne pouvaient, par eux ou par autrui, exercer aucun commerce; les receveurs de province devaient diriger vers Paris les sommes provenant de la recette dont ils pouvaient disposer, et qui devaient rester entre les mains du receveur général . Tout don fait par le roi devait contenir ses motifs , examinés par la chambre des comptes. Les lettres devaient être signées par trois , au moins , des secrétaires du roi ; et les généraux ne faisaient plus aucune délivrance de deniers, si ce n'est par l'ordre de la chambre des comptes. L'organisation financière du royaume doit aussi à Charles l'établissement de plusieurs hôtels des monnaies dans les provinces, et, dans tous, des gardes spé-

ciaux durent veiller à ce que les monnaies fussent de bon aloi. Plusieurg seigneurs conservaient encore le droit d'émettre de la monnaie. On en voit un sous Charles, l'abbé de Saint-Claude, dont les biens furent saisis , sur l'ordre du roi , par le bailli de Mâcon , en re« présaille de ce qu'il contrefaisait la monnaie royale.

L'organisation judiciaire changea peu. Les ordonnances de Charles ne furent que des développements des chartes précédentes. Sous le rapport des institutions militaires , son règne vit commencer une nouvelle école de tactique, un nouvel esprit tout contraire à l'esprit chevaleresque des deux règnes précédents, mais peu d' innovai tions dans l'organisation *de l'armée; les grandes réformes datent du règne de Charles VIL

Ce furent les rois Jean et Charles Y oui rassemblèrent dans une des tours au Louvre une collection de plus de neuf cents manuscrits, qu'on a regardée à tort comme le premier noyau de la bibliothèque royale.

Charles Y donna une puissante impulsion aux arts. Il fit bâtir les châteaux de Saint-Germain, Beauté, Creil, Montar^is, l'hôtel Saint-Paul à Paris, etc. , qui furent décorés par les artistes les plus habiles de l'époque sous la direction de Jean de Saint-Romain et de François d'Orléans. C'est à Charles Y ou'est due la fondation de l'Académie oe peinture, dite de Saint- Luc, définitivement organisée en 1391*

§ Y. Troubles intérieurs de la France jusqu'à la bataille d'Âzincourt, — Renouvellement de la guerre avec V Angleterre. — Défaite d'Azincourt. — Détresse, de la France. — Expulsion définitive des Anglais,

GHABLES YI.

Le successeur de Charles Y était un enfant âgé de onze ans et quelques mois. Les ducs d'Anjou , de Berry et de Bourgogne, frères de son père, et

su

L'UNIVERS

le duc de Bourbon , son oncle mater* nd , se disputèrent sa tutelle et la régence , qui resta au duc d* Anjou ; mais C8 prince , adopté par Jeanne de Naples

S dur son héritier, n'eut d'autre soin que e réunir tout l'argent nécessaire pour aUer conquérit sa couronne , et se sai« lit f avant de partir, de seize millions amassés par son frère (*) , pour ache* ▼er l'expulsion des Anglais. Une taxe , qu'il imposa sur les vivres, excita à Paris l'émeuteu formidable des Maillon tins. Les princes effrayés cédèrent; l'impôt fut retiré ; mais la cour fit sai* sir durant la -nuit quelques-uns des ehefs de la populace > qui furent jetés à la Seine dans des sacs cousus. Rouetl fut encore plus sévèrement puni. Dans le même temps , le duc de Berry

Soursuivait les révoltés du Langueoc, qui , cachés dans les ibréts ou les montagnes, restèrent longtemps encore , sous lé nom de Tachins , la terreur de la province. Enfin , tandis que les contrées du sud et du centre du royaume étaient désolées par les exactions des princes et les révoltes du peuple, la Flandre se soulevait aussi contre son comte Louis , gendre du duc de Boui^ogne.

Aujourd'hui la révolte de la Flandre nous paraîtrait peu importante, car la Flandre n'est plus qu'une province dé la Bélgiaue; mais alors c'était, avec lltalie, le seul pays industrieux de l'Europe. La population et la richesse y allaient toujours croissant. La seule ville de Êrand pouvait, selon Frois-

(*) Pendant Tagonie de son frère, le due d'Anjou se tenait dans la chambre voisine, attendant qu'il eût rendu le dernier soupir pour meUre la main sur ses trésors. On lui oit, quand il en futmaiti'e, que cela n'était qu'une faible partie des richesses qu'avait amassées le roi. Il fit venir alors le bourreau et le trésorier. Celui-ci, qui avait juré de ne pas découvrir l'endroit où étaient cachées ces richesses , céda enfin aux tortures et dît au duc d'Anjou que la plus grande partie des trésors du roi se trouvait au château de Me- Ittn- On y trouva en effet des lingots d'or et d'argent scellés dans les murs comme des ^rres. Les maçons employés à ce travail avaient tous disparu.

sard, mettre sur pied ^atrè- vingt , mille combattants, ce qui indique une population de quatre cent mille âmes.

Cette ville est aujourd'hui presque dépeuplée. Il en est de même de Venise, dont la mer se retire peu à peu , et qui sera bientôt déserte et silencieuse au milieu de ses lagunes: car les villes meurent aussi.

I^ous ne parlons pas ici de la Flandre française , mais de ce qu'on appelait alors Flandre Flammigante, et où l'on parlait un dialecte de l'allemand. Il était naturel que ces hommes n'obéissent point volontiers à des hommes d'origine française , surtout quand le comte de Flandre venait de marier sa fille au duc de Bourgogne , oncle de Charles VI.

Pierre Dubois, chef des révoltés flamands , sentit que sod nom n'était pas assez illustre pour, réunir les villes voisines à la conrédération flamande ; il s'adi*essa au fils du fameux Arte«> velle, çui vivait dans la richesse et au milieu des jouissances de la vie.

Celui-ci sacrifia tout à son pays; et quand Pierre Dubois vint lui proposer le commandement , il lui tint un discours rapporté par les contemporains « qui peint son caractère. « Sais-tu être « cruel ? lui ditil ; sais-tu couper des « têtes ? c^est ainsi que des Flamande a doivent être menés, v Cette politique barbare n'eut pourtant pas l'effet qu^on en avait attendu; les peuples se lassèrent d'un gouvernement si dur, et les défections devitirent de jour en Jour plus nombreuses; elles étaient encore augmentées par la crainte du comte, qut ,. maître de Bruges ^ pnsssait la ville de Gand , et affamait son im-^ mense population. Un jo4ir, après un dernier effort pour obtenir la paix.

Comme Artevelfe rentrait dans la ville , le peuple se pressa autour de lui , et demanda ce qu'il devait attendre. Il les invita à se réunir le lendemain sur la placQ du Marché. Là il leur dit t « II « ne vous reste plus que trois choses «à faire: ou de vous confesser, de « communier, de vous renfermer dans « une église, et de vous y tuer tous; . «ou d'aller au-devant du comte ^ la

« eordà au cou ; ou de me suivre « et « d'aller lui présenter la bataille aux « portes de Bruges. » Il n'y avait pas à bésiter ; ou s'arme , on emmène deux tonneaux de vin , deux ou trois chariots de pain , et Ton part. Six ou Bept mille vaillants Gantois suivirent Artevelle , faisant avancer devant eux leurs ribauguiers , espèce de petits canons dont ils faisaient usage. On ne les attendait pas, et les soldats du comte étaient dispersés. Ils fondirent à Fimproviste sur la ville, en répétant leur cri de guerre : Gand ! Gand ! Le comte , qui n'était point préparé à une pareille visite , «uivait alors une procession. Il n'eut que le temps de se cacher chez une vieille femme où il resta deux jours , pendant lesquels on massacra dans la ville. Enfin on déclara que les dbux villes seraient désormais amies « et on remplit de vivres des bateaux, qui , avant descendu la rivière ^ furent reçus â Gand avec avidité*

Le comte de Flandre demanda des cecours à la France , où tout lé monde désirait la guerre. La richesse du pays était un puissant attrait pour les Bre- • tons , qui , depuis du Guesclin , faisaient la principale force de l'armée. D'ailleurs le roi , qui n'avait pas quinze ans , saisit l'occasion de déployer l'oriflamme , et de prendre le puéril plaisir de la guerre , dont les princes se montrent d'autant plus avides qu'ils y sont moins exposés.

Toute la gendarmerie du centre de là France se reporta sur la Flandre , et rencontra les révoltés près de Rosebecque. Se souvenant de la bataille de Bruges , Philippe Artevelle avait rangé ses troupes en bataillon carré. Les Flamands avaient, pour la plupart, une armure de tête, une cotte de mailles , faite de différents tissus , et des gants de peau de baleine : ils étaient tous vêtus de couleurs uniformes , et armés de longues piques. La pluie , oui tombait par torrents , ne les empécnait pas de demander le combat avec ardeur.

Artevelle céda malgré lui ; il se plaça au centre , et fondit sur lés Français. Geux^i avaient un front biefi plus large ^e cette lourde masse rangée en carré ;

il leur fut facile d'envelopper les Fkimands et de percer ce lourd bataillon. Les Flamands , ne pouvant faire usage de leurs armes , furent plutôt étouffés que vaincus. Neuf mille Gantois restèrent sur le champ de bataille : perte irréparable, si l'on son^e que c'étaient les hommes les plus mdustrieux de l'univers. Après la bataille, on releva vingt-six mille morts : c'était presque toute l'armée flamande (138â).

En retournant dans ses États, Charles VI entra dans Courtray ; il y trouva des lettres des Maillotins de Paris , et

iura de brûler la ville. Après l'avoir labitée quinze jours et avoir contracté toutes les liaisons qu'entraîne l'hospitalité, il y mit le feu , et l'armée française en massacra la population {*), Dételles cruautés n'étaient pas extraordinaires à cette époque. On vit à Nivelle six mille habitants, femmes et enfants, périr au milieu des flamnaes, et repoussés par les soldats quand ils cherchaient à s'échapper.

La Flandre seule ne fut pas vaincue à Rosebecque; toutes les communes de France , qui s'étaient réjouies du feuccès des Flamands, en furent cruellement punies. A Rouen, le prévôt avait désigné deux cents bourgeois pour victimes; le peuple l'avait forcé de. les laisser vivre ; il différa l'exécution , et les fit précipiter de nuit dans la Seine.

En rentrant à Paris , le roi trouva trente mille bourgeois qui étaient venus au-devant de lui pour, lui faire honneur; il envoya un officier leur dire que la meilleure manière de le recevoir était de déposer leurs armes. Plusieurs jours se passèrent dans ube attente cruelle. Enfin il ordonna que les chaînes des rues fussent ôtées et les portes des quartiers enlevées pour faciliter les mouvements de la cavalerie. Alors commencèrent les perquisitions : ijn gtand nombre de bourgeois furent jetés en

{*) Le duc de Bourgogne s'empara de l'horloge et du carillon de cette ville , ouvrages qui passaient pour des chefs^'ocuvre , et les fit transporter à Dijou«

5ie L'UNIVERS.

prison; cent des plus riches , et parmi « eux Tavocat Desmarets , furent exécutés , et quand le roi consentit à pardonner au reste , dans un lit de justice, ce ne fut qu'en rétablissant l'impôt qui avait excité la révolte , et en ôtant aux Parisiens le droit d'élire leur corps municipal. Les principales villes du royaume, Rouen, Reims, Châlons, Troyes, Sens, Orléans, etc., furent traitées de même, et une violente persécution comprima partout le mouvement révolutionnaire , qui s'annonçait avec plus d'ensemble et de force qu'en

Ces succès encouragèrent le roi a tourner ses armes contre l'Angleterre, qui venait d'être le théâtre d'événements presque semblables à ceux qui s'étaient passés en France. Là, un roi mineur, Richard II, fils du prince Noir, monté sur le trône trois ans avant Charles VI (1377), avait dû laisser la régence à ses trois oncles qui , comme les ducs d'Anjou , de Rerry et de Bourgogne, abusèrent de leur pouvoir pour ruiner le peuple par leurs exactions , et amenèrent une révolte formidable.

Cent mille paysans, conduits par le forgeron Walt-Tyler et le prêtre John Bull, marchèrent sur Londres, dont les bourgeois leur ouvrirent les portes; mais, dans une entrevue. avec le roi , Walt-Tyler fut massacré par les seigneurs de sa suite. Cependant Richard promit aux paysans amnistie et abolition d'impôts; mais quand il eut, par ses promesses trompeuses , donne le temps aux nobles de s'armer, il fit massacrer toute cette foule, restée sans chef (1382). Pour faire oublier cette victoire remportée sur des Anglais, et jeter quelque éclat sur son règne par ^ des succès sur les ennemis du royaume, il reprit les projets de son aïeul sur l'Ecosse ; mais Robert , secouru par la France, repoussa l'invasion anglaise, et la guerre se borna à des ravages mutuels ; Charles VI avait été plus heureux en Flandre (1386).

Ce fut à cette époque que la France arma une flotte de douze cents voiles

pour faire une descente en Angleterre; mais les lenteurs du duc de Berry et les soinsjqui retenaient le duc de Bourgogne dans la Flandre, dont il venait d'hériter à la mort de son beau-père, Louis de Merle , firent perdre le moment favorable. Les débris de la flotte, qu'une tempête avait presque détruite, turent brûlés par les Anglais, dans le

r)rt de l'Écluse, les vivres, amassés grands frais , abandonnés au pillage, et trois millions dépensés sans avantages pour le roi ou la nation. Une trêve, signée en 1389 et renouvelée en 1395, suspendit pour vingt-huit ans les hostilités.

Croisade de JSicopolis. — Qui aurait cru que cette époque aurait encore vu une croisade? Elle eut lieu cependant. Charles VI pensait sérieusement à attaquer les Turcs, mais l'expédition ne fut exécutée que par le fils du duc de Bourgogne, Jean sans Peur. On reprit la route de terre abandonnée depuis longtemps , on traversa • l'Allemagne dont une partie était ennemie des croisés, puis la Hongrie dont on ravagea le territoire et dfont le peuple exerça de cruelles représailles. Les croises parvinrent enfin dans la Thrace, à Nicopolis, où ils rencontrèrent Bajazet, sultan des Turcs (26 septembre 1396). Ne consultant que leur courage , les croisés osèrent, malgré leur petit nombre, charger en aveufles le centre de l'armée ennemie, mais ientôt entourés de touscôtés ils eurent à lutter contre l'infanterie turque , la meilleure de l'Europe à cette époque.

On ne fit quartier qu'à ceux qui étaient en état de payer une rançon. De ce nombre fut le fils du duc de Bourgogne. Plusieurs Français combattirent en cette occasion sous le drapeau des Turcs. On reconnaît bien la l'esprit aventureux qui animait tous les chevaliers à cette époque, et qui les faisait errer de toutes parts dans l'espoir de trouver des combats et delà gloire. Le roi de France racheta les captifs et envoya à Bajazet des présents magnifiques, des tapisseries d^ArraSfdesfour-

2ir

rares d'Italie et des faucons de Norwëçe. Quand Jean sans Peur recouvra sa liberté, Bajazet lui dit : « Jeune hom- « me, Tenviepeutte reprendre de te bat- « tre contre moi , je ne te demande pas « de serment , mais aie soin d'amener «une armée plus nombreuse. » C'était ce même Bajazet , surnommé l'Éclair, qui avait juré défaire manger l'avoine à son cheval sur l'autel de Saint-Pierre de Rome. Timour le dispensa de tenir son serment.

Dans les années qui précédèrent cette croisade aussi honteuse que dispendieuse, les germes de la guerre civile se développaient lentement ; Ja rivalité des pnnces s'augmentait , Jes haines s'envenimaient, et le peuple, conduit par les régents euxmêmes, dirigeait sa défiance et ses soupçons contre la jeune et vertueuse éi>ouse du duc d'Orléans , Yalentine de Visconti. Son père , allié de la France, avait payé des sommes immenses en échange de l'honneur de marier ses enfants à la première dynastie européenne. On l'accusait de sorcellerie parce Qu'elle était la seule personne instruite ans cette cour grossière et barbare ; on disait même que son fils avait été empoisonné par une pomme qu'elle avait préparée pour le dauphin. Plus tard on remarqua qu'elle était la seule personne pour laquelle Charles VI en démence conservât des égards , et on ne manqua pas de l'attribuer à un pouvoir magique.

Les hames étaient près d'éclater, lorsque la démence du roi ouvrit un champ libre aux adversaires (1392).

Démence de Charles f^L— Pierre de Craon haïssait mortellement le connétable Olivier de Clisson, qui, tout-puissant sous Charles VI, s'était attiré la haine de plusieurs seigneurs et entre autres du duc de Bretagne. Une parole imprudente de ce duc engage Pierre de Craon à se défaire de Clisson. Il part pour Paris , suivi de quelques-uns de ses gens et attaque la nuit dans une rue, le connétable qui fut laissé pour mort.

Le roi, irrité de l'outrage fait à son connétable, demanda au duc deBretagne de lui livrer Pierre de Craon. Sur son refus, \Y leva une armée contre lui. Pendant qu'il traversait une forêt près du Mans, par une chaleur excessive, l'apparition d'un grand homme vêtu de blanc et la maladresse d'un de ses pages l'effrayèrent tellement, qu'il lut saisi tout à coup d'une fureur frénétique, et perdit l'esprit : il ne fut plus question alors de l'expédition , et on ramena à Paris le roi devenu incapable de gouverner. Ses oncles , les ducs de Berry et de Bourgogne , se saisirent aussitôt de la régence. L'autorité que Charles VI avait donnée à des conseillers obscurs, mais qui promettaient un gouvernement meilleur que celui des nobles, rentra ainsi dans la main des princes, gui écartèrent aussitôt les anciens ministres de leur neveu. Dès lors, l'Ëtat fut comme mis au pillage, et la tranquillité publique sans cesse troublée par des intrigues de cour. Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, ayant éloigné le duc de Berry en abandonnant le Languedoc à son avidité, se trouva d'abord seul maître du pouvoir. Mais le duc d'Orléans, frère du roi, chercha à le sup[)lanter ; la régence lui appartenait, disait-il, par le droit de sa naissance. Un autre compétiteur, Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, demandait aussi à en être investie , comme l'avait été Blanche de Castille. De toutes ces prétentions rivales naquirent l'anarchie, puis la guerre civile, enfin la guerre étrangère.

La mort du duc de Bourgogne accrut les dangers de la France , car ce prince, modéré encore dans son ambition, fut remplacé (1404) par son fils Jean sans Peur, qui, violent et emporté, ne recula m devant le meurtre ni devant la guerre civile. Dès 1405 elle aurait éclaté, si le duc de Bourbon et les princes du sang ne s'étaient interposes , et n'avaient fait signer aux ducs 'd'Orléans et de Bourgogne le traité de Yincennes.

Assassinat du duc d^OrUam^ -^

L'UNIVERS

Le traité de Vincennes ne fut qu'une trêve qui se termina d'une manière tra-

§i(|ue : le 28 novembre 1407 ^ le duc 'Orléans fut assassiné à Paris , dans la rue Barbette, par des agents du duc de Bourgogne , qui ne se retirèrent

Îtu'après lui avoir écrasé latéte et coupé a main (1407). Juvénal des Ursins, prévôt des marchands, fit faire une enquête, et, avec la permission des oncles du roi, il fit des perquisitions dans les maisons de tous les seigneurs. Le duc de Bourgogne, saisi de crainte, prit ses oncles à part et leur dit : « Le « diable m'a tenté : c'est moi qui l'ai « tué. » Bientôt , encouragé par les siens et par la populace qui l'aimait, il avoua hautement son crime, et, dans une assemblée où siégeait l'Université, ainsi que toutes les autorités de la nation , Il produisit un cordelier , Jean Petit, qui s'attacha à prouver que, dans certains cas , le meurtre est permis. Juvénal des Ursins repoussa, ainsi que tous les membres vertueux de l'assemblée, cette horrible doctrine; toutefois on ne put punir le meurtrier, et malgré les efforts des gens de bien, on n'écouta pas les plaintes éloquentes de la duchesse d'Orléans. Jean sans Peur, plus puissant que jamais, uni avec la reine, le duc d'Anjou, le roi de Navarre, etc., régnait alors dans Paris, où il fit mettre a mort, pour hériter de ses dépouilles, Montaigu, grand mattre de la maison du roi.

Cependant les fils du duc d'Orléans grandissaient et songeaient à venger leur père. L'atné, Charles, avait épousé la fille du comte d'Armagnac, qui devint le chef des Orléanistes, et commença la euerre civile en dévastant les environs de Paris. Pour rester maître de cette ville, le duc de Bourgogne y organisa (1411) la faction des bouchers.

Cependant les princes du sang, indignés de l'attentat commis par Jean sans Peur sur la personne de l'un d'eux, se liguent contre lui sous le commandement du comte d*Armas;nac, beaupère du duc d'Orléans (1411); mais,

se sentant trop faibles parce que les bourgeois étaient dévoués au duc de Bourgogne; ils recherchèrent l'alliance et la protection de l'Angleterre. Ils promirent aux Anglais l'exécution du traité de Brétigny, et soulevèrent contre eux toute la nation par ce honteux abandon des conquêtes de Charles V,

Aussi le duc de Bourgogne eut peu de peine à le faire déclarer ennemi de l'État. Pour être maître dans Paris , il y organisa , avons-nous dit , la faction des bouchers. Us étaient armés de massues et de coutelas : le principal d'entre eux se nommait Caboche, d'où vint à ses partisans le nom de Cabochiens. Ce parti fit plus d'une fois de vigoureuses sorties contre les maraudeurs ^ui infestaient les environs de la ville ; ils poussèrent un jour jusqu'à Bicêtre, et rapportèrent en triomphe les châssis vitrés qu'ils enlevèrent du château.

Averti du pouvoir que le peuple venait de recouvrer à Paris, Gand reprit le chaperon blanc, et envoya dans toutes les villes des députés pour engager le peuple à arborer ce signe de liberté et de fraternité. Mais cette tentative ne pouvait pas être plus heureuse que les précédentes ; à Paris , parmi les bourgeois, il y avait beaucoup de gens modérés et sages : à leur tête était Juvénal des Ursins , qui , pour arrêter ces désordres, imagina d'opposer la faction des charpentiers à celle des bouchers, comme à Gand les tisserands étaient opposés aux foulons.

Des succès encouragèrent les bourgeois, et le prévôt empêcha le duc de Bourgogne d'emmener le roi, qui prit, ainsi que le peuple de Paris, la bande blanche des Armagnacs. '

Mais la crainte d'une invasion étrangère réconcilia un instant les deux partis. Le roi d'Angleterre , Henri V, voulait en effet faire valoir de nouveau les prétentions de ses prédécesseurs sur plusieurs provmces de France.

Bataille d'Jzincourt. — Sur le

refus des princes français . alors pour un moment réconciliés, d exécuter le traité de Brétigny, Henri, qui avait obtenu de son parlement des subsides pour armer 50,000 hommes, descendit en Normandie, s'empara d'Harfleur, et chercha à se frayer un chemin jusqu'à Calais à travers la Picardie. Ici nous retrouvons l'histoire d'Edouard III, la même imprudence et le même bonheur. Pour arriver à Calais , il fallait laisser derrière soi des fleuves et des places fortes ; aussi aurait-il péri mille fois, s'il avait eu affaire à un ennemi quelque peu habile ; mais, dans les Français, se retrouvaient aussi le même mépris pour la discipline , dans les chefs la même im-

Séritie, qu'à Crécy et à Poitiers; aussi^ s furent encore battus. Azincourt porta au comble la gloire militaire des Anslais. Mais ils ne surent pas profiter de leur victoire. On croyait les voir se précipiter au centre du royaume , et ce ne fut que trois -ans plus tard, lorsqu'ils virent la France déchirée par les dissensions, qu'ils surprirent Rouen, oii le roi Henri Y fit trancher la tête aux bourgeois qui lui avaient livré la ville. Nous insistons sur ce fait pour restreindre dans de justes bornes l'admiration que l'on conçoit ordinairement pour les rois anglais de cette épHoque. A toute sa valeur, Henri V joignait beaucoup d'imprudence et de cruauté, ainsi que ses deux frères, dépeints si souvent comme des héros.

Le duc de Bedford , celui qui avait le plus de talent , fut celui qui fit brûler Jeanne d'Arc ; le duc de Glocester fut appelé le bon duc , parce qu'il voulait toujours la guerre contre la France ; mais sa conduite légère et un amour insensé contribuèrent puissamment à faire perdre la France à l'Angleterre.

Mct$$cbcre des Armagnacs, — La bataille d' Azincourt avait été perdue par le connétable d'Albret , et principalement par le parti des Armagnacs ; ce fut contre lui qu'éclata le mécontentement public au profit du parti bourguignon. L'indignation s'accrut

encore lorsque le comte d'Armagnac , beau-père du dauphin, fut nommé connétable. Paris, qui était plus foulé par la cour parce ({ue ses habitants étaient un peu plus aisés que ceux du reste de la France, prit une part active à la ré* volte. Quand Périnet le Clerc eut livré cette ville à l'Isle-Adam, l'un des chefs des Bourguignons, les partisans du duc de Bourgogne coururent aux armes et firent un affreux massacre des Armagnacs. En peu de jours, 1,600 personnes périrent : parmi elles, on comptait six evéques, le connétable et le chance' lier. Le roi lui-même fut fait prisonnier. Le duc de Bourgogne revint à Paris et sembla approuver tout ce qui avait été fait ; il vit publiquement les chefs des révoltés et présenta la main au bourreau Capeluche , principal agent des massacres.

Meurtre du duc de Bourgogne, — Cette cruauté des Bourguignons n'était pas compensée par leur activité et leur valeur. Le duc laissa prendre la petite ville de Hain , à queli^ues lieues de Paris ^ et Pontoîse , d'où les Anglais affamaient la capitale. Aussi vit-il tomber de jour en jour sa popularité. D'ailleurs il avait déshonoré sa cause par un traité criminel conclu avec les Anglais , de concert avec la reine mère, Isabeau de Bavière, qui ne craignait point de sacrifier les droits de son propre fils, le dauphin Charles VII, au profit du roi d'Angleterre.

Cependant le duc de Bourgogne, blessé de l'indocilité des villes qui soutenaient sa cause , du mépris des Parisiens et de l'orgueil des Anglais, ses nouveaux alHés , eut quelque désir de se réconcilier avec le dauphin, qui l'attira à une entrevue sur le pont de Montereau, où il fut assassiné par les gens qui entouraient le dauphin.

lYaité de Troyes. — Le dauphin, par ce crime , recula ses affaires. Plusieurs villes qui étaient prêtes à abandonner le parti des Anglais et des Bourguignons, le soutinrent avec plus d'ardeur, de sorte que bientôt Cnar^

L'UNIVERS

les se trouva rejeté par la majorité de la nation , et trouva encore un puissant ennemi dans Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, qui succéda aux vastes et riches possessions de son père, auxquelles il ajouta même bientôt après le Hainaut. Le nouveau duc s'unissant plus intimement à Isabeau et à Henri V, fit signer au roi de France le honteux traité de Troyes, par lequel Henri V, épousant Catherine, fille de Charles VI, fut déclaré régent du royaume, et dut, à la mort de son beau-père, hériter du trône, nonobstant les prétentions de Charles, soidisant dauphin. La France fut alors plus nettement divisée : les Bourguignons et les Anglais étaient maîtres du nord de la Loire ; le reste était encore au dauphin.

Mort de Henri F et de Charles VI.

— Mais au milieu de sa gloire, et lorsqu'il se croyait sûr de conquérir tout le royaume , Henri V mourut au château de Vincennes ; et , la même année , Charles VI termina sa malheureuse carrière au milieu d'un abandon qu'on ne peut concevoir. Le dauphin Charles VII se fit aussitôt couronner à Poitiers, où il organisa un parlement et une université avec les membres de ces deux corps, qui avaient fui de Paris, devenu la capitale d'un roi anglais. Charles eut même une cour, et 11 y oubliait gaiement la perte de ses provinces dans les bals qui épuisaient le peu d'argent que le roi avait encore dans ses coffres.

Revers de Charles Fil, — Pendant ces fêtes, le duc de Bretagne se déclarait pour les Anglais, et, malgré la victoire du maréchal de la Fayette à Baugé (1421), les Écossais, venus au secours de Charles VH, furent battus à Crevant, et, plus tard encore, à Verneuil (1424) ; enfin Orléans, qui défendait le passage de la Loire et couvrait le petit royaume de Bourses, était déjà serré de près par les Anglais ; et le roi se proposait déjà de se retirer dans les

provinces du Midi , lorsgue plusieurs événements inattendus vinrent donner une meilleure tournure à ses affaires.

Jeanne d^Arc, Levée du siège d'Orléans, — A la mort de Henri V, son fils, Henri VI, avait reçu pour tuteurs ses deux oncles, les ducs de Bedford et de Glocester, avec le gouvernement, l'un de la France , l'autre de l'Angleterre; mais bientôt Glocester mécontenta le duc de Bourgogne et prépara sa défection en revendiquant le Hainaut. Dans le même temps, le connétable de Richèmond rendit à Charles l'alliance de la Bretagne, et les chevaliers français Dunois, la Trémouille, Lahire, Aaintrailles, Barbazan, etc., blessés de l'orgueil dés Anglais, vinrent en foule se ranger sous l'étendard royal; enfin parut alors, pour le salut de la France , une jeune héroïne dont le nom doit être sacré, Jeanne d'Arc.

Elle naquit dans le petit village de Domremi, de parents pauvres, mais libres. Ils cultivaient un champ et possédaient des bestiaux. Jeanne montra daltis ses premières années une candeur singulière et une extrême compassion pour les souffrances des autres. Personne , dans le pays , ne distribuait, selon son pouvoir, de plus abondantes aumônes , et le métier même des armes ne put endurcir son cœur. « Le cœur me saigne , disait-elle , toutes les fois que je vois couler le sang d'un Français. » Jeune encore, elle avait une grande dévotion pour sainte Catherine et sainte Marguerite. A treize ans , elle prétendait déjà avoir avec ces saintes des communications régulières, et, dans la suite, elle disait ne se jamais conduire que d'après leurs conseils.

Un jour, pendant son oraison , elle crut entendre des voix lui ordonner de prendre les armes pour délivrer Orléans , et aller faire sacrer le roi à Reims. Le sire de Baudricourt , auquel elle parla de sa mission, lui donna deux gentilshommes et quelques soldats qui l'accompagnèrent. Elle partit aussitôt pour traverser 150

lîeucs ;de pays couvert par les ennemis ou infesté par les brigands. Les ponts étaient presque partout rompus, et ia plus grande misère régnait dans les campagnes. Elle fit route avec son escorte, à qui elle inàposa tant de respect, que les soldats dirent qu*il ne leur était jamais venu dans la pensée que ce fût une femme qu'ils avaient sous les yeux. Ne sachant à quoi attribuer tant d'assurance, et l'influence qu'elle exerçait sur eux, ils la crurent sorcière, et furent plus d'une fois tentés, en passant près d'une carrière , de l'y précipiter. Elle arriva enfin auprès au roi, et sut fort bien le distinguer au milieu de la foule des courtisans. Après avoir été examinée sur la loi par le$ théologiens de Tours, et lorsqu'on vit qu'elle ne répondait rien que de raisonnable, on lui donna un état , c'est-à-dire un écuyer et quelques troupes, sur lesquels elle eut nientôt pris le même ascendant que sur son escorte. Elle dut surtout ses succès à une sorte de réforme morale qui ne pouvait avoir lieu dans les troupes qu'au moyen de la religion. En s'armant contre les hommes , elle ne prétendait pas donner la mort, et ne portait dans les combats que son étendard ; et quand on lui demandait comment elle enfonçait les bataillons anglais, elle répondait : « J'y entre avec mon étendard, et tous les soldats me suivent. » Elle insistait beaucoup pour qu'on allât droit à Orléans. « Je ne durerai qu'un an, disait-elle, il faut qu'il soit bien employé. » Sous les murs d'Orléans , elle déploya un grand courage et fut blessée. A ia première vue de son sang elle redevint femme et elle pleura, car la blessure était profonde ; mais bientôt elle arracha elle-même le fer de ia plaie , et reparut au milieu des Anglais, qui bientôt levèrent le siège d'Orléans. L'armée anglaise renfermait pourtant alors de braves guerriers : dans ses rangs combattait le fameux Taibot , non moins -brave que les Dunois et les Richemond de rarmée française.

Orléans sauvée Taibot vaincu de

nouveau à Patay, Jeanne insista pour que le roi fût sacré à Reims. Il fallait^ pour arriver à cette ville, traverser une grande étendue de pays occupé par les Anglais et les Bourguignons.

On hésitait; mais l'événement prouva

Î[ue ravis de Jeanne avait été le meileur. Il fallait que le roi s'entourât aux yeux de la France de toutes les sanctions que la religion pouvait donner à son autorité. Jeanne d'Arc l'accompagna; et elle fut présente au sacre, tenant de la main sa bannière.

Prise et mort de Jeanne â!Arc, — Sa mission était accomplie; elle voulait alors retourner dans ses champs aimés de Vaucouleurs ; mais on ne le lui permit pas. Il lui fallut aller au siège de Compiègne; et là, ayant été abandonnée des siens dans une sortie, elle fut prise par les Anglais, condamnée au feu comme sorcière par des juges ecclésiastiques, et brûlée à Rouen. Mais cette sentence infâme ne put relever la fortune de l'Angleterre.

Revers des jonglais, — Cependant le parti de Charles se relevait , et les Anglais, battus à Gerberoi , virent Farmée rovale s'approcher de Paris.

Enfin , le àuc de Bourgogne , Jean le Bon, que Bedford avait nommé régent de France, pour l'attacher davantage à l'Angleterre, commença à reconnaître que la France avait éprouvé assez de malheurs pour qu'il regardât sa vengeance comme satisfaite, et, à l'instigation de Richemond, il consentit à entamer des négociations avec Charles VIL La mort de Bedford accéléra la conclusion de la paix , que Charles acheta par la cession des comtés d'Auxerre et de Mâcon , celle des villes de la Somme , du Boulonnais, etc. (Traité d'Arras, 1435).

Dès lors tout réussit aux armes du roi. Ses troupes rentrèrent dans Paris (1436), et dans Montereau (1437); et si les Anglais gardèrent encore quelques places, ils le durent aux

L'UNIVERS

troubles exeités par quelques seigneurs mécontents.

Praguerie, — Les états généraux , réunis à Orléans en 1489 , ayant ae-* cordé au roi les subsides nécessaires pour la levée de cinq cents lances , ce prince, qui commençait enfin à sortir de son indolence , se servit de cette armée régulière pour mettre fin aux briganda-

Ses des seigneurs , qui , sous prétexte ele servir, entretenaient des trpupes nombreuses avec lesquelles ils désolaient les provinces. Indisposés par cette utile réforme qui mettait fin à leurs brigandages , les seigneurs for* mèrent une ligue , à la tête de laquelle se mit le dauphin lui-même^ depuis roi sous le nom de Louis XI. Cette révolte , qui fut appelée Praguerie en souvenir des troubles que les hussites venaient de faire éclater à Prague en Bohême, fut promptement dissipée; car Tautorité royale, qui ramenait Tordre et le repos dans le royaume , était trop forte de l'appui de tous les gens de bien, pour n'avoir pas promptement raison de quelques ambitieux mécontents; ils rentrèrent bientôt dans le devoir, et Charles put continuer la guerre contre l'étranger.

Expulsion définitive des Anglais.-^ En 1441, la Champagne fut délivrée des aventuriers qui la pillaient ; Pontoîse, Creil et plusieurs antres places voisines de Paris furent prises, malgré les efforts du nouveau régent de France , le duc d'York. Le Poitou, l'Anjou et la Saintonge furent pacifiés , et les Anglais, pressés de toutes parts, se virent contraints à leur tour de solliciter une trêve. Affaiblis par la rivalité du duc de Glocester et du cardinal de Winchester, qui se disputaient le gouvernement de l'Angleterre, par l'incapacité du duc d'York , qui laissait les armées anglaises de France sans direction et sans unité d'action , transformait une guerre d'invasion en une guerre de sièges et de surprises, ils voyaient toniber l'une après l'autre

toutes les places où ils tenaient garnison. La suspension des hostilités, conclue à Tours , en 1443 , leur sauva plusieurs villes pour quelques années encore. Mais Charles profita de ce moment de repos pour préparer de nouveaux succès, en donnant à ses armées une organisation meilleure, en envoyant le dauphin Louis faire tuer , par les Suisses , à ia ba« taille de Saint- Jacques , une foule de gens d'armes, aussi dangereux au prince qu'ils servaient, par leur indiscipline et leur avidité, qu'à celui qu'ils combattaient. Il négocia aussi , en 1444 , le mariage de Henri YI avec Marguerite d'Anjou , fille du roi René : union fatale à l'Angleterre et qui lui coûta d'abord la perte de ses provinces de France, puis un demisiècle de guerres civiles.

Marguerite n'avait point apporté de dot à son jeune époux qui, couronné à son berceau roi de France et d'Angleterre, devait mourir détrôné. Le duc de Suffolk, fils d'un marchand , et parvenu aux plus hautes charges du royaume par la faveur du roi , avait besoin, pour tse soutenir contre le favori de la multitude^ le duc de Glocester, d'avoir la paix avec la France; aussi, loin de demander une dot, il avait renoncé , en obtenant , pour Henri VI, la main de Marguerite , au Maine et à l'Anjou; mais n'osaot avouer publiquement ce honteux traité, il conservait encore des gariusons anglaises dans ces deux provinces , quand Charles, qui ne pouvait entrer dans les ménagements politi* ques du due de Suffolk , recommença les hostilités en 1448. Dunois enleva le Mans et conquit toute la Normandie , tandis que Ricbemond détruisait à Formigny la seule armée anglaise qui pût arrêter les progrès du roi. La prise de Rouen, de Cherbourg, d'Harfleur (1450) : celle de Rayonne et de Rordeaux (1451), ne laissèrent plus aux Anglais, dans tout le rovaumc, que la ville de Calais , qu'ils devaient conserver encore pendant un siècle.

Aussi, au milieu du quinzième siècle, la France se trouva délivrée de

la guerre étrangère, et la royauté n'avait plus , pour redevenir toute-puissante, qu'a abattre quelques grands vassaux, derniers débris de Tancleane féodalité, et à compléter l'organisation administrative du rovaume. Ce sera là Toeuvre de Louis XÎ,

Mort de Charles f^IL — Les dernières années de Charles VII le Victorieux furent attristées par une nouvelle révolte de son ûls le dauphin Louis, qui troubla, par ses intrigues ambitieuses, la cour de son père. Retiré depuis quinze ans dans le Dauphiné, il se Ût justice à lui-même, en 1456, en quittant furtivement cette province pour se réfugier sur les terres du duc de Bourgogne. // y fut reçu et nourri dix o/i5, dit Comines, ayant deniers du duc pour son vivre. Charles prit aussitôt possession du Dauphiné, et somma son Gis , pour obtenir son retour, de lui demander grâce; mais Louis refusa de se remettre aux mains de son père: il craignait d'éprouver le sort du duc d'Alençon qui , bien que prince du sang, venait d'être condamné à mort et enfermé pour le reste de ses jours dans la tour du Louvre. De la cour du duc de Bourgogne il continua ses intrigues, et le vieux roi, se cro^aM entouré d'embûches et menacé à'^t^ empoisonné f)ar les émissaires de'; son fils, se aissa mourir de faim. Ir expira le 22 juillet 1461 dans sa cinquante-huitième année.

5 VI. Triomphe de la royauté et ruine définitive du régime féodal,

LOUIS XT.

La féodalité , ce régime qui , au onzième , au douzième et au treizième siècle , couvrait la France de seigneurs indépendants , avait été en partie détruite par saint Louis et Philippe le Bel. Mais , durant les guerres des Valois , il s'était formé comme une seconde féodalité, celle des princes du

sang. Ne tenant aucun compte du passé, les rois avaient recommencé à donner à leurs fils puînés de grands apanages, qui avaient séparé du corps de la mo* narchie d'importantes provinces.

En 1461, il y avait encore trois grandes maisons féodales : 1^ celle d'An-* jou , qui possédait la Lorraine, la Pro-» vence et l'Anjou, mais> dont les do-^ maines étaient trop isolés, et qui tournait d'ailleurs les yeux vers Tltalie, où elle revendiquait le royaume de Naples, et vers l'Espagne, oîi elle dis-» putait l'Aragon à Jean II; T celle de Bretagne , dont les États , plus compacts et moins riches, étaient couverts d'une population belliqueuse ; S» celle de Bourgogne , la plus riche et la plus puissante, mais dont les provinces n'étaient ni contiguës ni homogènes.

Le duc de Bourgogne , prince à la fois allemand et français , ayant une autorité illimitée dans quelques-unes de ses provinces, forcé de respecter dans d'autres le privilège des bourgeois, ne put former de ses possessions si nombreuses et si différentes un État puissant par son unité.

Outre les ducs de Bretagne, de Bourgogne et d'Anjou , au milieu des-»

quels le domaine royal se trouvait resserré , il y avait encore le comte de Saint-Pol en Picardie , qui , b<^u-frère du roi de France et parent du duc de Bourgogne, aurait voulu tenir la balance entre eux , et se former sur les frontières de la Flandre une souverain neté indépendante. Du coté de la Bretagne, le roi avait encore un autre ennemi , le comte d'Alençon , que Charles VII fit condamner à mort. Enfin , au centre se trouvait le duc de Bourbon. Plus au sud, Bordeaux restait anglaise. Les seigneurs des Pyrénées de la maison d'Armagnac, qui avaient eu une si grande influence sous Charles VI et Cnarles VII, désiraient vivement réformer dans la Guienne une puissance qui limitât de ce côté l'exercice'de Tautorité royale. Au-dessous de cette haute noblesse, se trouvait encore la foule de petits seigneurs qui prétendaient plus ou moins à l'indépendance, et se croyaient rois sur

L'irt^IVERS,

leurs terres. « Que jchacun cherche à se pourvoir, » avait dit le comte de Dunois à la mort de Charles VII , et tous , répondant à cet appel , se préparaient à reconquérir sur la royauté leurs anciens droits.

Le règne de Louis XI se passa tout entier à lutter contre ce aémembrement de la France ; et le nouveau roi mit à cette œuvre tout ce qu'il avait d'habileté et d'astuce, employant tous les moyens , souvent même la cruauté et la perGdie; se servant de toutes gens , surtout des hommes de bas lieu ,

Elus souples et quelquefois plus hailes, de son barbier, Olivier le Diable; du petit clerc La Balue, qu'il fît évêquc et cardinal ; de Pierre des tïçibiletez ; du médecin Fumée , etc. Sans livrer aucune bataille il réunit au rojraume seize provinces , ruina à jamais la féodalité princière , arma l'autorité absolue de la royauté de puissants instruments d'action; institua les postes pour porter rapidement sa volonté d'une extrémité à l'autre du royaume, et établit trois nouveaux parlements à Grenoble (1451) , à Bordeaux (1462), à Dijon (1477), pour mettre ses conquêtes sous l'active surveillance des légistes. Tout plia sous sa volonté souveraine , les privilèges aristocratiques , comme les franchises plébéiennes ; et la royauté sortit de ses mains couverte de sang et odieuse, mais crainte des grands à cause de sa force, respectée du peuple, parce qu'elle était enfin en état de maintenir la paix publique, et redoutée de l'étranger, parce que sous lui la France avait été reconstituée , si je puis dire , territorialement. A la lin de la guerre contre l'Angleterre, la nationalité française s'était éveillée. Sous Louis XI , Tunité monarchique donna à ce sentiment nouveau une force qu'il n'avait pas encore eue, et dont ses successeurs devaient bientôt profiter.

Les premiers actes de Louis devenu roi furent le renvoi des anciens ministres de son père , l'abolition de la pragmaUque- sanction, publiée par

son père en 1438 et qui donnait aux seigneurs une grande influence sur la nomination des évêques et des abbés , et le retrait du droit de chasse dont jouissaient les nobles. Ces mesures , qui blessaient les intérêts et les plaisirs de la noblesse , excitèrent parmi elle un mécontentement général. Pour prévenir l'union menaçante du duc de Bretagne et du comte de Charolais , fiis du duc de Bretagne , il donna au second le gouvernement de la Normandie, et nomma le premier son lieutenant dans la même province. Il espérait les mettre tous deux aux prises ; mais ils s'unirent contre celui qui les jouait, et formèrent, avec Dunois, Dammartin, Tanneguy du Châtel^ Saint-Pol et le duc de Bourbon , la ligiie du bien public. Dans l'espérance d'épouser la fille et l'héritière du comte de Charolais, le duc de Guienne, frère du roi , s'y joignit , et Louis XI put craindre qu'il ne s'agît plus seulement d'être contraint à redresser quelques griefs , mais de voir passer sa couronne sur la tête de son irère. Reconnaissant promptement d'où venait le danger , il chercha appui dans les bourgeois contre les princes , s'assura de toutes les villes , prévint ou arrêta, par une attaque hardie , la marche du duc de Bourbon, et livra la bataille de Montlhéry pour rentrer dans Paris.

L'importance qu'il attachait à la possession de cette ville montre qu elle était bien réellement alors la capitale de la France. Pour la gagner à ses intérêts , il abolit la plupart des impôts çu'on y prélevait , admit des Parisiens à sa table , en fit entrer six dans son conseil d'État , avec un nombre égal de membres de l'université et du parle^ ment. Souvent on le vit dîner à l'hôtel de ville ou chez les échevins , tenir leurs enfants sur les fonts de baptême , et dire à ses compères que Paris était la ville qu'il aimait le mieux au monde. Tous ces moyens réussirent. Paris résista aux attaques comme aux offres des princes , et Louis eut le temps de semer parmi eux une mésintelligence dont il sut tirer parti. Il n'épargna rien, ni argent, ni terres, ni pro-

hiesses. Dans une entrevue qu'il eutavec le comte de Saint -Pol, il lui ût des

{>ropositîons d'accommodement; mais es demandes des princes étaient si exagérées , que le roi fut forcé de les rejeter. €es grands seigneurs, qui s'étaient ligués sous prétexte de bien public, et qui promettaient la réforme des abus dont se plaignait le peuple, ne demandaient rien moins que le partage du royaume.

Traité de Conflans. — Peu de jours après la rupture des négociations, Louis XI apprit que le gouverneur de Pontoise avait livré cette ville au duc de Bretagne, à ce prince qui avait dit, en plaisantant^ qu'il aimait tant la France , qu'au lieu d'un roi il lui en souhaitait six. En même temps Rouen s'était livré au duc de Bourbon, et cette nouvelle trahison avait été mé^ nagée par la veuve du sire de Brezé , sénéchal de I^ormandie, qui s'était fait tuer à la bataille de Montlhéry en combattant pour son roi. A la nouvelle de la perte de Rouen, Louis XI se hâta de consentir à toutes les demandes des princes, et de leur faire des concessions qu'il se proposait bien de révoquer lors(^ue le moment du danger serait

Sasse. Dans les conférences de Conans et de Saint-Maur, il discuta luimême avec le comte de Charolais les principales conditions du traité qu'il était sur le point de conclure. Il accorda au duc de Berry , son frère , le duché de Normandie, pour être transmis en héritage à ses enfants, de mâle en mâle. Il restitua au comte de Charolais les villes de la Somme qu'il avait rachetées à son avènement au trône, parce qu'elles étaient nécessaires à la sûreté de la France, dont elles couvraient la capitale. Il lui cédait de I»lus, à perpétuité, Montdidier, Bouogne, Gumes, Roye et Péronne.

Le duc de Calabre reçut une somme de cent mille écus et plusieurs places fortes sur les confins de la Lorraine et de la Champagne. Il abandonna au duc de Bretagne la régale 2u'il lui avait contestée jusque-là. Il onna au duc de Bourbon de l'argent comptant et des terres en Auvergne ;

15* Uvraism. (Annales db l'hist. db Faangb.)

au duc de Nemours \f gouvernement de Paris et de l'Ile-de-France. Les comtes d'Armagnac, de Saint-Pol, de Dunois, le sire d'Albret, le sire de Lohéac, Tanneguy du Châtel , deBeuil , en un mot, tous les seigneurs qui s'étaient ligués contre le roi, reçurent da lui de l'argent, des terres, des gouvernements, des places fortes. Ainsi se termina par le démembrement de la France cette ligue qui avait été entreprise sous le prétexte du bien public. Toutefois, Qu'on ne s'y trompe point, ce nom seul de ligue du bien public indique un progrès immense : ou sent que derrière ces seigneurs qui se battent pour de misérables intérêts personnels, il y a un peuple qui grandit et qui n'attend plus que le moment favorable pour agir à son tour et pour invoquer ses droits si longtemps méconnus. C'est en vain que les seigneurs s'efforceront de lui persuader qu'ils ont des intérêts communs , et que la royauté est leur ennemie commune. Le peuple s'attachera par instinct au roi , il le soutiendra contre les nobles, il l'aidera à triompher de cette féodalité princière qui déjà fait renaître tous les abus de l'ancienne féodalité ; puis le roi et le peuple grandiront ensemble, jusqu'à ce qu'enfin l'oeuvre glorieuse de l'unité nationale soit entièrement accomplie.

Rupture du traité de Conflans. — Louis XI avait promis aux nrinces tout ce qu'ils lui avaient demandé, et ainsi s'était trouvée dissoute cette ligue qui menaçait d'être si funeste à la France. Débarrassé de ses ennemis , Louis n'eut rien de plus pressé que de faire annuler le traité de Conflans, et de reprendre en détail ce qu'il avait cédé aux princes lorsqu'ils étaient réunis. La condition la plus dure, la plus onéreuse à laquelle on 1 avait forcé de souscrire, était sans aucun doute la cession de la Normandie , car la Normandie était la province la plus riche de la France : elle payait à elle seule la neuvième partie des impôts qu'on percevait dans tout le royaume. Le roi pouvait-il permettre

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