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Espagnols. Jamais Tartillerie n'avait été employée d'une manière aussi meurtrière qu'elle le fut dans cette bataille. L'infanterie française demeura exposée à un feu si terrible , que de quarante de ses capitaines il y en eut trente-huit de tues. Mais en même temps l'artillerie du duc de Ferrare,
2ui coihbattait pour les Français, enlait toute la ligne de l'armée espagnole , et plusieurs de ses boulets la traversèrent tout entière. Les troupes espagnoles étaient commandées par Pietro de Navarra, froid tacticien , qui de simple palefrenier était devenu général. Cet homme avait imaginé de sacrifier ses alliés italiens qu'ifméprisait, et pendant qu'il les laissait &udrpyer par l'artillerie française , il fit coucher ses Espagnols à plat ventre, pour les mettre à l'abri des boulets. II supposait que les Français ne souffraient pas moins, et il comptait, avec son infanterie espagnole, remporter sur eux une victoire certaine, lorsqu'ils auraient été décimés par le canon. Mais à la fin la patience, échappa aux Italiens, et malgré les ordres de Pietro de Navarra , ils s'élancèrent de l'enceinte du camp et commencèrent l'attaque. Ils furent repoussés et mis en fuite par la cavalerie française. Restait cette redoutable infanterie espagnole qui se retirait lentement et en bon ordre , et dont les bataillons serrés et intacts semblaient défier le vainqueur. Yves d'Allègre, en conduisant une charge contre ces bataillons , vit tuer sous ses yeux le seul fils qui lui restait; il voulut le venger, et il fut tué. Gaston de Foix s'élança à son tour pour charger ces redoutables fantassins. Il fut renversé par un Espagnol qui lui plongea son épée dans le sein (lôl2).
Dès ce moment la fortune abandonna les Français. Ils n'avaient plus de chef assez intelligent et assez intrépide pour recueillir les fruits de la victoire de Ravenne. Les Suisses , appelés par Jules II , entrèrent dans Crémone et Pavie , et forcèrent l'armée française à évacuer le Milanais. Gênes recouvra son indépendance ; le duc de
Ferrare vint implorer le ptardon du pape; la Toscane fut envahie par le vice-roi de Naples, Raymond de Cardone, et le 16 septembre 1512 , la république de Florence fut replacée sous le joug des Médicis. Bientôt Brescia ouvrit ses portes aux Espagnols , Lignano aux Allemands, Crème aux Vénitiens ; et les Français ne conservèrent plus en Italie que les citadelles de Milan , de Novarre et de Crémone.
Louis XII en fut réduit à solliciter l'appui des Suisses auxquels il avait adressé des paroles outrageantes à son avènement au trône. Mais les Suisses, enorgueillis de leurs victoires récentes, refusèrent de recevoir ses ambassadeurs, et exigeaient non-seulement que Louis XII renonçât .à l'Italie, mais qu'il fit serment de n'y rentrer jamais, et que déplus il obéît au monitoire du pape, gui venait d'abolir les libertés de l'Église gallicane.
Les négociations furent aussitôt rompues, et une armée française passa de nouveau les Alpes et s'avança jusqu'à Firenzuola (1613). Maximilien Sforza, que la sainte ligue avait placé sUr le trône ducal du Milanais, fut effrayé des soulèvements qui éclataient de toutes parts à l'approche des Français, et vint se mettre sous la protection des Suisses qui étaient arrivés à Bellinzona, au nombre de huit mille.
Ils allèrent occuper la ville de Novarre avec Maximilien Sforza, qui était ainsi protégé par ces mêmes Suisses qui avaient trahi et livré son père. Le général français, la Trémoilie, ne désespérait pas de renouveler la scène honteuse de la premièrejournée de Novarre, et déjà il avait écrit à LouisXlI qu'il lui livrerait le fils, comme il lui avait livré le père. Mais il échoua dans toutes ses tentatives de corruption. Les Suisses, assiégés dans Novarre , montrèrent le courage opiniâtre qui avait valu tant de victoires à leurs ancêtres. L'artillerie ayant fait une brèche aux murailles, ils envoyèrent dire à la Fayette , grand maître de l'artillerie, d'épargner sa poudre et d'entrer dans la ville par les portes. En effet, ils cessèrent de les fermer , et se conten-
ne
i;UNlVERS.
tèrent de tendre des rideaux devant chacune d'elles et devant la brèche. La Trémoille, averti qu'une grande armée suisse avait passé les montagnes , ne crut pas prudent de donner Tassant auquel les Suisses le provoquaient par leurs insultantes bravades. Il se retira à une lieue de Novarre, et vint prendre position dans un lieu marécageux, défendu de tous côtés par des canaux et des digues. Les Suisses qui se trouvaient a Novarre ne voulurent pas attendre l'arrivée de leurs coi^patriotes qui venaient les secourir , et ils résolurent d'attaquer l'armée française surle-champ, pour ne pas partager avec d'autres la gloire et le butin. La Trémoille , qui croyait sa position inexpugnable, s'attendait si peu à un tel excès d'audace, qu'il avait négligé les précautions les plus simples. Son armée fut surprise , et il s'en fallut de bien peu qu'elle ne pérît sans avoir trouve le temps de combattre. On parl^int cependant à diriger Tartillerie contre la colonne des Suisses, et le sire de la Fayette ouvrit contre eux un feu meurtrier qui emportait des files entières. Mais les Suisses serraient les rangs et continuaient d'avancer d'un pas égal) la pique basse. Ils marchaient droit sur les batteries , et les ayant emportées d'assaut, ils écrasèrent les canonniers qui les servaient , et tournèrent aussitôt les canons contre le camp français. La cavalerie française, après une cnarge brillante mais inutile, s enfuit en désordre , abandonnant l'infanterie qui périt presque tout entière. Les Suisses, par rivalité de métier, ne firent aucun quartier aux mercenaires allemands.
Quelques jours après cette défaite, il ne restait pas un Français en Italie. La France elle-même ' fut bientôt attaquée, envahie de toutes parts , et elle expia alors la faute de ses rois, qui n'employaient que des mercenai* res et qui n avaient point d'infanterie nationale. Elle était désarmée, pendant ^ue les Espagnols, les Anglais et les Suisses l'entamaient à la fois par nés trois frontières. Les Espagnols avaient conquis la Navarre et s'avan-
çaient au midi,pendant que Henri VIII, renouvelant les prétentions surannées d'Edouard III et de Henri V, se réunissait à Maximilren et aux Flamands pour envahir le nord de la France.Un ; corps de gendarmes, en proie à une j terreur panique, fut défait à Guine-
§ate, sans avoir même essayé de se éfendre, et les capitaines Longueville, la Palisse, Bayard, la Fayette, j Clermont d'Anjou et BuSsy d'Amboise, furent faits prisonniers (1513).
Cette bataille, flétrie du nom de Jour* née des éperons, fut une tache pour la noblesse française. Mais elle n'eut pas les suites désastreuses des batailles de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt, parce que Henri VIÏI et Maximilien ne surent pas profiter de !
leur victoire, et perdirent leur temps à faire le siège de quelques places fortes. Les Suisses, cédant à l'impulsion de Jnleslt. et se regardant toujours comme les défenseurs du saint-slége , vinrent mettre le comble aux dangers de la France en envahissant la Bourgogne. Dix-huit/mille de leurs guerriers, cnoisis avec soin dans tous les cantons, traversèrent toute la Franche-Comté, et parurent le 7 septembre devant Dijon.
Ils creusèrent sur-le-champ une tranchée, et mirent leurs canons en batterie. Heureusement pour la France, la Trémoille, qui commandait à Dijon, parvint à gagner leurs capitaines, qui avaient autrefois servi sous lui. Les Suisses se retirèrent, à la condition que Louis XII renoncerait à l'Italie. Ce prince trouva merveilleusement étrarh gfc le traité qu'on avait signé en son nom ; mais ce n'en fut pas moins ce traité qui sauva la France. On eut le temps de respirer , et Louis XII s'efforça de séparer ses ennemis, en concluant avec eux des traités particuliers. 11 y réussit : les Espagnols repassèrent les Pyrénées, sur la promesse que la France ne ferait plus aucune tentative en Italie , où les Vénitiens et le nouveau pî'pe Léon X, qui venait de succéder à Jules II, avaient déjà repris les armes. Restait le roi Henri YIII, qui signa la paix moyennant le payement d'un
ANNALES DE UHISrrOIEE DE FRANCE.
million d'écus (15t4).LouisXIT épousa une sœur du roi d'Angleterre, la belle Marie, mais ce mariage lui devint funeste. Il mourut d'épuisement, le !•" janvier 1516, après avoir recommandé ses sujets à son successeur, François
$ n. Fin des guerres ^ItaHe, — Commencement de la rivalité des maisons de France et d'Aviriche.
— Influence de ritalie sur la France. — Renaissance des arts et des lettres,
FBÀNÇOIS I".
Avènement de François I". — Son caractère. — Situation de la France.
— Bataiiïe de Marignan, — ta France semblait avoir renonoé à ses conquêtes ; on la croyait ruinée. Les funestes traités de Grenade et de Cambrai avaient porté lears fruits.
Les Espagnols étaient établis à Naples; les Allemands en Lombardie.
Les Sforza étaient rentrés à Milan, les Médicis à Florence.
Louis XII, comme Charies VIII, était mort sans laisser de fils. Le trône appartenait,par droit d^hérédlté, à François, duc d'Angouléme. Ce prince, oui avait épousé Claude de France, fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne, descendait, comme Louis XII, du duc d'Orléans qui avait , été assassiné par ordre de Jean sans Peur; seulement la brandie d'Angouléme ne descendait que du troisième fils de ce prince, tandis que la branche d'Orléans était issue de son fils atné. François I'*" avait donc les mêmes prétentions à faire valoir sur le Milanais que Louis XII.
Le nouveau roi était fait pour devenir populaire à une époque encore presque barbare. D'abord c'était un géant, et l'on en peut juger par l'énorme cuirasse qu'il porta à la bataille de Marignan, et que Pon conserve dans le Musée d'aptillerie. Ensuite sa jeunesse, sa <belle figive, sa li-
béralité, le faisaient aimer. II n'y avait pas 'jusqu'à ses vices, jusqu'à son goût pour les plaisirs, qui ne cdBtribuassent a lui attacher un peuple dont les mœurs commençaient à se corrompre. Dans les premières années de son règne, il se piqua d'imiter les héros de l'ancienne chevalerie : il voulait être un Amadis ou un Roland. II eut besoin de l'éducation du malheur pour renoncer à ses rêves. Au contraire, Qiarles d'Autriche, qui allait réunir l'Espagne et les Pays-Bas et parvenir à l'empire, malgré les intrigues de son rival, était un prince des temps modernes, froid, calculateur, ne paraissant guère sur les diamps de bataille, mais agissant du fond de son cabinet.
François I" et Charles-Quint, voilà les deux rivaux qui vont se combattre. Avant de les voir aux prises, examinons les forces de chacun d'eux.
Charles-Quint s'appuie sur l'Espagne, qui le seconde avec toute la vigueur héroïque d'un État qui sort de la vie barbare , et qui en sort victorieux des ennemis de sa foi et de son indépendance politique. Pendant tout le cours du seizième siècle, l'Espagne domine en Europe, non-seulement par les armes, mais aussi par la littérature, par le génie. Ensuite, Charles a pour iui la riche Flandre, la masse de l'Autriche, et les forces imposantes mais dispersées de l'Empire. Enfin il possède dans le nouveau monde les mines du Pérou, qui le rendront peut-être l'arbitre des destinées de l'Europe,
François I*"" avait sur lui l'avantage de gouverner un royaume qui formait un seul tout; car, maigre quelques différences entre ses nombreuses provinces , la France était parvenue à i*unité nationale qui devait faire sa force. Le roi n'avait plus besoin , comme au tenips de Louis XI, de la violence pour se faire obéir. Aucun personnage, aucun corps, aucune classe, n'avaient plus assez de puissance pour faire prévaloir leurs intérêts ou leurs prétentions, et faire contre-poids à I au^ torité royale, cette personnification de l'unité du pays.
U faudrait bien sq garder de CQn-
UUNIVERS.
fbndre la monarchie française au seizième siècle avec ce que nous appelons aujourd'hui une monarchie représentative. En effet, bien que les états généraux fussent les représentants des trois ordres de k nation, le clergé, la noblesse, et le peuple ou tiers état, ils n'avaient qu'une part bien indirecte au [pouvoir législatif.
Ils ne faisaient la loi qu'en matière de subsides, qu'ils pouvaient accorder ou refuser. Mais les impôts étaient établis ordinairement pour une période illimitée, et il arrivait souvent que, sous prétexte d'urgence, on se passait provisoirement et quelquefois entièrement du consentement des trois ordres. Sur toutes les autres questions, ils n'avaient que le droit de doléance, c'est-à-dire,le droit de remontrance et de pétition. Ils étaient, en un mot , juges, et non point législateurs; ils étaient les organes, les interprètes de la volonté nationale, mais ils n'avaient point d'initiative en matière de législation. Au-dessus des états généraux et de la nation, dont ils étaient les représentants, il y avait le roi, représentant du droit divin, image de Dieu sur la terre, ne relevant que de Dieu et de son épée, source de toute justice et suprême directeur de toutes les forces nationales.
Au milieu de ses préoccupations exclusives pour la conquête du Milanais, François I*"^ comprit que le danger dont il fallait triompner avant tout était la Suisse. Mais pour vaincre les Suisses, qui régnaient en Lombardie sous le nom de Maximilien Sforza, il fallait gagner ou du moins neutraliser les autres puissances. De là, les négociations par lesquelles commença le nouveau règne. iJn traité d'alliance fut d'abord conclu avec Charles d'Autriche , auquel François If promit en mariage sa belle-sœur Renée, fille de Louis XII, avec le Berry pour apanage. D'autres traités d'alliance furent signés avec les Vénitiens, le roi d'Angleterre, Henri Vin, et les Génois.
fe En même temps, François V avait porté des ordonnances nouvelles pour rorganisation de l'armée; et, pour se
créer des ressources financières, il avait eu recours à une déplorable mesure. Le chancelier Duprat lui avait conseillé de ne pas augmenter les impôts, source inévitable de mécontentement, mais de se procurer de l'argent par un moyen dont Louis XII avait déjà usé quelquefois. Des charges nouvelles furent créées dans les parlements, les sénéchaussées et les bailliages,et toutes ces charges furent vendues au profit da roi. C'était substituer une aristocratie d'argent à l'aristocratie de naissance, qui avait perdu toute influence depuis
Sue Louis XI lui avait porté de si rues coups. En effet, vendre des charges, c'était nécessairement les déclarer transmissibles et héréditaires, et par suite, organiser une sorte de féodalité judiciaire et pécunaire; c'était par conséquent substituer la forlune au mérite. La résistance du parlement de Paris fut vaine. Le roi tint pour la première fois un lit de justice, et le nouvel édit fut enregistré de Vexprès commandement du roi.
Cependant une armée, la plus forte que la France eût réunie jusqu'alors, avait été dirigée vers les Alpes, et François P', après avoir laissé la régence'du royaume à sa mère, s'était rendu à Lyon pour se mettre lui-même à la tête de ses troupes. Cette armée obtint d'abord des succès brillants.
Les Suisses gardaient tous les passages des Alpes et se croyaient en sûreté; ils pensaient que les Français avaient besoin d'ailes pour parvenir en Italie. Les Français profitèrent de leur sécurité. Ils passèrent par le col de l'Argentière, où vingt hommes déterminés auraient pu arrêter une armée. C'était une route nouvelle, où aucune armée n'avait encore passé, et qui n'avait été pratiquée jusque-là aue par les chasseurs de chamois. On ut sauter les rochers, on jeta des ponts sur les abîmes, on construisit des galeries eu bois le long des pentes les plus escarpées, on combla des vallées. Pionniers, soldats, officiers, tous se mirent à l'œuvre à l'en vi; et après des effoits inouïs, l'armée passa le col de l'Argentière avec soixante et deuze
ANNALES DE L'fllStOIRE DE FRANCE.
pièces d'artillerie. Cette entreprise fut exécutée dans un si grand secret et avec tant de rapidité, que les Fran* çais arrivèrent en Italie lorsqu^on les croyait encore dans le Daupmné. Le général italien, Prosper Colonna, ne fut instruit de leur arrivée que par le chevalier Bayard, qui le fit prisonnier au moment où il allait se mettre à table avec ses officiers. L*armée française s'avança jusqu'à Marignan, sur la grande route qui conduisait à Milan. Déjà les Suisses acceptaient de l'argent pour se retirer, lorsque vingt mille de leurs compatriotes, descendus de leurs montagnes à la sollicitation du cardinal Schinner, firent rompre les négociations.
L'Europe entière avait en ce moment les yeux tournés vers ce jeune roi, qui montrait tant de courage et de résolution : vers cette armée qui allait lutter contre la première infanterie du monde. Aussi la bataille de Marignan ne fut-elle pas l'affaire de quelques heures, ni même celle d'un jour.
Le combat se soutint deux jours entiers avec un acharnement tel, que le maréchal Trivulzio, qui avait assisté à dix-sept batailles ranimées, disait que ce n'étaient que des jeux d'enfants à côté de cette terrible bataille de Marignan, qu'il appelait un combat de géants.
Le 13 septembre 1515, les deux armées se trouvèrent en présence sur la grande route, à Marignan, à dix milles de la capitale du Milanais. Les Suisses n'attendirent pas qu'on vînt les attaquer. Ils se jetèrent, tête baissée et la lance en avant, contre l'artillerie française dont ils voulaient s'emparer. En vain les lansquenets, |)ostés à droite et à gauche dans les fossés qui bordaient la chaussée, harcclaient-il s leurs flancs ; en vain étaient-ils chargés tour à tour par la gendarmerie française ,
{)uis foudroyés par TartiHerie derrière aquelle se retiraient les gendarmes après chacune de leurs charges: les Suisses avançaient toujours, serrant leurs rangs a mesure que le canon y opérait de nouvelles trouées. La nuit même ne mit pas fin au combat.
On se battit pendant auatre heures au clair de lune; mais lorsque la lune eut cess^de luire sur le champ de ba* taille, l'obscuritédevintsi profonde que le combat fut enfin interrompu. Les deux armées s'arrêtèrent confondues.
Les Français restèrent toute la nuit le cul sur la selle y la lance au poing ^ rarmet à la tête. Le roi était resté à cheval pendant toute cette journée. li passa la nuit sur l'affût d'un canon ; et quand il demanda un peu d'eau pour se rafraîchir, celle qu'on lui apporta dans un casque se trouva être mêlée de sang. Un bataillon suisse était si rapproché de lui qu'il fit éteindre les feux, afin que ses ennemis ne vissent pas combien il était exposé. Le combat recommença le lendemain, 14 sep* tembre. Mais cette fois, les Suisses, qui étaient plus acharnés encore que la veille, essuyèrent de grandes pertes. « Sans point de fautes, ditFIeuranges, ils trouvèrent le roi avec les lansquenets qui les reçurent, et leur fit l'artillerie et la haquebutterie des Fran* çais un grand mai, et en purent sup* porter le faix ; et commençoient à aller autour du camp d'un côte et d'autre, pour voir s'ils pouvoient assaillir, mais ils ne venoient pas au point, fors une bande qui vinrent ruer sur ces lansquenets ; mais quand ce^ vint à baisser des piques, ils glissèrent outre, sans les oser enfoncer. » Le combat durait encore, lorscju'on entendit les cris mille fois répètes de : Saint-Marc! Saint -Marc! C'étaient les Vénitiens conduits par l'Alviano, qui venaient au secours de l'armée française. Les Suisses, effrayés, se retirèrent devant l'armée française, mais dans un si bon ordre et avec une contenance si fière, qu'on n'osa pas les poursuivre. François I*' oceupa le Milanais pendant qu'ils regagnaient lentement leurs montagnes. Cette dé* faite les découragea pour toujours, et depuis ce temps ils ne prirent plus une part active aux guerres d'Italie.
Le soir même du combat, François r% oubliant que les rois de France naissaient chevaliers, voulut se faire donner l'ordre de chevalerie par le plus
19* Uoraism. (Annales de l'uist. de Fiunge.)
MO
bra?e de Tarmée, et toutes les voix furtnt unaDÎmes pour designer Bayard.
« Le bon chevalier, dit un de ses his* lorienSf donna Taccolade au, roi, et irais après, par manière de jeu, eria bavtement Fépée en la main dextre:
« Tu es heureuse d*avoir aujourd'hui, « à un ai vertueux ^ si puissant roi , m donné Tordre de la chevalerie. €er- « tes, ma bonne épée, vous serez moult «t bien condine refique gardée, et sur « toutes autres honorée : et ne vous «porterai jamais, si ce n'est contre «Turcs,* Sarrasins ou Maures.» Cest pour avoir voulu rétablir cette vieille association de la bravoure, de la piété, de la loyauté et de la galanterie , qui avait produit tant de merveilles au tmytn âge, que François I'''' a reçu le surnom m roi-chevaher.
Après la victoire de Marignan, les Français s'avancèrent vers Milan.
Maximiljea Sforza essaya en vain de m défendre; il fut forcé de capituler après un siège de vingt jours, et conduit prisonnier en France. On réorgani^ m parlement fondé par Louis XII, el pour affermir la domination française en Lomharéie, on traita âvea ies Suisses et avec le pape Léon X.
Les Suisses, découragés depuis leur défaite, signèrent à Frtbourg la paix perpétuelle; et cette paix mérita ce noQci» car depuis cette époque la Stuisse est restée Tatiiée fidèle et le boulevard de la France. £n même temps, François I""' conclut avec le pape Léon X un traité célèbre sous le m>ak de concordat.
Concordat avec le pape. — Origine de la rivalité entre François /•''' et Charles-QuirU.— Défaite He Lawtrec à la Bicocque, — Les Français éva^ euent le Milanais, — Par le concordat de 1516, la pragmatique" sanction de Bourges, déjà aboJie en partie par Louis XI, fut abolie de nouveau et pour toujours. Le roi de France obtint le droit de désigner les évéqiies, les chanoines et les abbés ; le pape, celui de préiever les annates. C était là un singulier renv^nsement des cho-
ses : le roi se faisait donner un droit qui n'eut dû appartenir qu'an pouvoir spirituel; et te pape se contentait d'exercé le drmt tout temporel de lever un impôt sur les bénéfices ecclésiastiques. C'était anéantir d'un trait de plume 1^ antiques libertés de réélise gallicane, et armer la royauté et le saint - siège d'un pouvoir exorbitant. Aussi le parlement, le clergé et l'université s'opposèrent-ils vivement au cofvcordat, et le chancelier Duprat, qui l'avait fait conclure, fut voue à la naine. Mais le roi tint un lit de justice, et le parlement fut obligé de céder. Depuis cette époque, les rois de France ont constamment exercé le droit de désigner les évéques et les archevêques, à l'exclusion du clergé et du peuple, comme cela se faisait dans la primitive Église. Ce droit a pu donner Heu à des abus, quelquefois même à des scandales; mais ces scandales furent moindres, à coup sûr, que ceux auxquels le concordat a mis fin, et dont Brantôme a tracé un si curieux tableau: « Les moines, dit-il, élisoient le plus souvent celui qui étoit le meilleur compagnon, qui aimoit le plus les chiens et les oiseaux, qui étoit le meilleur biberon; bref, qui étoit le plus débauché, afin que l'ay^ant fait leur abbé ou prieur, pr après il leur permit toutes pareilles débauches, dissolutions et plaisirs Le pis étoit
quand ils ne se pouvoient accorder en leur élection, le plus souvent s'entrebattojent, se gourmoient à coups de poings, s'entre-blessoient, voire s'entre-tuoient... Aucuns éUsoient quelque bon homme simple de moine qui n'eût osé gronder ni commander... D'autres élisoient quelque pauvre hère de moine qui en cachette les déroboit...
Les évéques, pour avoir les voix des chanoines, les ga^noient ou les achetoient à purs deniers... Bien souvent fa i soient en leurs chapitres des tumultes, séditions, ligues et brigues jusqu'à s'entre-frapper et s'entre-tuer...
caries chanoines étoieut mauvais garçons, et s'aidoient aussi bien de Tépée que du bréviaire. Les évéques parve»
BUS à ces grandes dignités, Dieu sait
celles vies ils menoient. Certes ils etoient bien plus assidus en leurs dio* cèses qu'ils n'ont été depuis, car ils n'en bougeoient. Mais quoi ! c'étoit pour mener une vie toute dissolue après cbiens, oiseaux, fêtes, banquets, noces... J'en dirois davantage, mais je ne veux pas scandaliser (*). »
Pendant aue se négociaient le concordat et la paix perpétuelle, Ferdinand le Catnoiique mourut, laissant les trônes d'Espagne et de Naples à son petit-fils Charles d'Autrîcbe^ On pouvait craindre un instant une rupture entre les deux princes; mais bientôt un traité signé a Noyon mit fin à tous les différends entre la France et l'Espagne. En même temps François I*' eut l'art de gagner Wolsey, ^ui persuada au roi d'Angleterre, Henri VIII, de restituer Tournai à la France pour une somme d'argent.
Ainsi l'Europe put jouir d'une paix générale qui clura trois ans(i516-1âl9).
François V employa ces trois années à triompher de la résistance que le parlement et l'université opposaient enopre à l'exécution du concordat.
Tout partage de son autorité avec le parlement ou avec l'université lui semblait un outrage à la majesté rovale.
Il s'applaudissait d'avoir secoue ces entraves, et c'est ce qu'il appelait avoir mis les rois de France hors de pages, François V employa ensuite ces années de loisir à parcourir son royaume, à visiter les ports de mer , les forteresses qu'il faisait réparer, pour ne pas être ()ris à l'improviste. Il séjournait à peine quelques mois à Paris, pendant l'hiver, préférant conduire sa cour de châteaux en châteaux , au gré de sa fantaisie. Ses ordonnances et ses lettres sont datées, pendant ces trois années, de Baugé, de Blois, de Saint- Germain en L8ye,d'Amboise, d'Ancenis , du Verger près d'Angers , un des plus beaux lieux qu'il y ait au monde. Partout il voulait retrouver la même magnifieence. « Quant à sa maison , dit Brantôme , jamais les
n Bnmlômc, Œuvres complètes , 1. 1,
ordinaires, ni salles, ni tables, n'en approchèrent ; car il y avoit sa table . celle du grand maître , celle du grand chambellan et des chambellans , des gentilshommes de la cliambre, des gentilshommes servans , des valeta de chambre, et tant d'autres; et très-bien servies que rien n'y manquoit; et ce qui étoit très-rare , c'est que dans un village , dans des forêts , en l'assemblée, 1 on y étoit traité comme si l'on avoit été à Paris. • S'étant épris d'un amour subit pour la comtesse de Chateaubriand , François P"^ révoqua le connétable de Bourbon du gouvernement du Milanais , pour le donner à Lautrec, frère de sa maîtresse. C'était, dit Brantôme , « un homme trop sévère , et malpropre pour un tel gouvernement. D'être hardi , brave et vaillant, étoit-il, et pour combattre en guerre , et frapper comme un sourd ; mais pour gouverner un État , il n'y étoit pas bon. » Lautrec ne songea qu'à s^assurer son pouvoir aux dépens de celui de ses rivaux. Il persécuta surtout le vieux maréchal Jean- Jacques Trivulzio , qui partageait avec lui le gouvernement du Milanais, sa patrie, et qui avait rendu d'immenses services à Charles VIII et à Louis XIL Trivulzio, c^ui avait alors quatre-vingtdeux ans, vint en France pour demander justice. Il eut de la peme à obtenir une audience du roi, qui lui adressa à peine quelques paroles et l'évita le lendemain. Trivulzio sollicita en vain une nouvelle audience. Enfin , apprenant que le roi devait traverser achevai le village de la Châtre, il se fit porter sur sa chaise au milieu de la rue. Mais le roi passa en détournant la tête et sans écouter le cri de Trivulzio :
« Sire, ah! sire, au moins un motd'au- « dience ! » Le brave Milanais en mourut de douleur (1518).
La cour se préoccupait gravement de toutes ces intrigues, lorsque la mort inattendue de l'empereur Maximilien vint entraîner la France et l'Europe dans des guerres nouvelles.
Ce prinœ, frappé de l'idée de sa mort prochaine, ne voyageait point depuis phisicurs aonôeBySana que i'oo poftàt
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L'UNIVERS
derrière lui son cercueil , que tout le inonde croyait être son trésor. Il avait obtenu, avant de mourir, la promesse de quatre électeurs, qu'ils donneraient leurs voix à son petit-fils Charles , roi d'Espagne et de Naples. Le trône d'Allemagne était électif, et la maison d'Autriche avait déjà fourni six empereurs, dont les trois derniers avaient occupé le trône pendant quatre-vingts ans, comme par une succession héréditaire. L'Empire commençait à se lasser d'être, depuis un siècle, inféodé à la maison d'Autriche. Des chances pour arriver au trône impérial s'offraient à quiconque saurait les exploiter. Henri VIII en conçut le projet , mais il n'obtint pas une voix. Une concurrence véritable ne pouvait s'établir qu'entre Charles d'Autriche, qui avait pour lui sa naissance, et François r*", le vainqueur de Warignau.
les électeurs offrirent d'abord la couronne impériale à l'électeur de Saxe , Frédéric le Sage. Mais ce prince refusa ce dangereux honneur, parce qu'il ne se croyait pas assez puissant pour repousser les Turcs qui menaçaient l'Allemagne. Il fallait pour la défendre un nouveau Charlemagne , et celui-là seul pouvait jouer ce rôle dont les provinces héréditaires, l'Autriche et la Hongrie , confinaient à la Turquie , et dont l'intérêt personnel était lié à l'intérêt général ; qui pouvait consacr«»r en outre à la défense de la chrétienté les forces des Pays-Bas, de Naples et de l'Espagne, et les immenses trésors que lui rapportaient les mines du nouveau monde.
C'est pourquoi Frédéric le Sage engagea les électeurs à reporter leurs suftrages sur Charles d'Autriche , qui fut élu empereur sous le nom de Charles- Quint fl519).
François V avait dit aux ambassadeursduroi deCastille : «Nous sommes «deux amants prétendant à la même a maîtresse; lequel des deux qu'elle pré- « fère, l'autre doit se soumettre et ne « pas en garder deressentiment. » Toute l'Europe n'en comprit pas moins qu'uue lutte adiarnée allait éclater entre deux princes, qui étaient égale-
ment jeunes, ardents et ambitieux.
Les deux rivaux recherchèrent l'alliance du roi d'Angleterre, comprenant dès lors la vérité de son orgueilleuse devise : Çnije dé/ends est maître. Charles-Quint prévint le roi de France. II se rendit lui-même à Calais, où il eut une entrevue avec Henri YIII, et il gagna son ministre, le cardinal Wolsey,en lui promettant la tiare après la mort de Léon Xr. Ce fut en vain que François P'fit des dépenses folles à l'entrevue qu'il eut à son tour avec le roi d'Angleterre, et qu'on appelle l'entrevue du camp du Drap d Or. Il ne réussit par sa magnificence qu'à exciter la jalousie du prince qu'il voulait gagner, et dès l'année suivante, un traité d'alliance fut conclu entre le roi d'Angleterre et l'empereur (1520).
Ce fut la première faute de François I*^ Il laissa échapper une seconde occasion que la fortune lui offrait , la révolte des villes d'Espagne ou des communeros. Charles-Qumt n'avait alors que dix-neuf ans, et dans son inexpérience il avait accumulé fautes sur fautes. L'Espagne parut un moment sur le point de lui échapper.
Mais les villes , enivrées de leurs succès, voulurent compléter la victoire en détruisant les privilèges delà noblesse.
Il en résulta que les nobles renoncèrent à garder la neutralité et Orent cause commune avec le roi contre les communeros. La guerre était terminée à l'avantage de Charles-Quint, lorsque François P' lui fit déclarer la guerre par deux petits princes allemands qui étaient à sa solde, les ducs de Bouillon et de Gueldre (1521). Il prenait- cette voie détournée pour ne pas paraître ouvertement l'agresseur.
Mais il avait pris la ferme resolution d'assister ces deux princes avec toutes les forces de son royaume. Lorsque Charles-Quint apprit cette nouvelle, il s'écria dans un transport de joie :
« Dieu soit loué de ce que le roi de « France veut me faire plus grand que « ie ne suis ! car je ne veux être qu un « bien pauvre empereur, si je ne le rends « bientôt un pauvre roi de France. »
La guerre éclata à la fois aux Pyré-
nées , en Allemagne et en Italie. François V envoya une armée en Espagne, pour rétablir Jean d'Albret sur le trône de Navarre , et iburnit des secours à Robert de la Marck , qui avait commencé la guerre contre l'empereur par une attaque sur le Luxembourg. Quant à ritalie, la guerre y avait pris un caractère bien plus grave. Lautrec, gouverneur du Milanais , y soutenait tout Teffort de Tarmée impériale et de celle du pape Léon X, qui faisait cause commune avec l'empereur. 11 se rendit à la cour pour réclamer l'argent nécessaire à la solde des troupes qui n'avaient pas été payées depuis une année entière, et vivaient aux dépens des habitants que leurs exactions poussaient à la révolte, dans un moment où le général de l'empereur, Prosper Colonna, réunissait aux soldats qu'on lui envoyait d'Allemagne, les redoutables oandes espagnoles qui arrivaient de Naples. Lautrec déclara à François I" qu'il ne pouvait défendre le Milanais , s'il n'y rapportait quatre cent mille écus pour payer la solde arriérée de la gendarmerie française, et pour lever huit mille Suisses. En ce moment, les caisses étaient vides; mais le surintendant des finances, Semblançay, déclara que Tardent serait fourni par les caisses provmciales du Midi , et le roi s'engagea par serment, envers Lautrec, qu'à son arrivée à Milan il y trouverait les quatre cent mille écus. Lautrec partit sur cette assurance, mais il ne trouva pas l'argent. La mère du roi , Louise de Savoie, avait détourné cet argent, par haine contre le général qui commandait l'armée d'Italie. Cette trahison fut la cause de nos premiers revers.
Lautrec se vit obligé de lever des contributions sur les plus riches habitants du Milanais, et- il se les aliéna au moment où il aurait fallu les gagner à tout prix. Un grand nombre de ses soldats désertèrent, et il ne lui en resta que quatre mille avec lesquels il ne put tenir tête à Prosper Colonna. Ce général avait passé le Pô le 1" octobre; le 19, il força le passage de l'Adda, et^ le même jour, les Gibelins de Milan lui
ouvrirent une des portes de la ville.
Lautrec n'essaya pas de se défendre dans les rues,; il se retira à Como , et de là dans l'État vénitien, où il établit ses quartiers d'hiver.
Lautrec essaya de prendre sa revanche l'année suivante (1522). Il avait fait sa jonction avec l'armée vénitienne , passé l'Adda , et réuni à son armée un corps nombreux de Suisses.
Jean de Médicis vint le joindre, à deux lieues de Milan, avec les fameuses bandes noires qu'il avait lui-même for* mées^Cependant, Prosper Colonna et Alphonse d'Avalos, mar(]uis de Pescaire , qui commandait l'infanterie espagnole , avaient reçu de leur côté de nombreux renforts.' Les deux armées étaient à peu près égales ; mais la situation de Lautrec devenait de jour en jour plus difficile , parce que les Vénitiens se refusaient a toutes les actions hasardeuses, tandis que les Suisses demandaient leur solde ou la bataille.
Il aurait voulu traîner la guerre en longueur , parce que Prosper Colonna n'avait pas assez d'argent pour solder longtemps les lansquenets allemands. Il savait, d'ailleurs, que l'armée impériale était garantie sur les flancs par de profonds canaux d'arrosement , et en face par un chemin creux garni d'artillerie. Un pont de pierre formait la seule entrée de cette position formidable, qui prenait son nom de la maison de campagne d'un noble milanais. Ce fut en vain que Lautrec s'efforça de faire comprendre aux Suisses que l'attaque de h Bicocque présentait peu de chances de succès. Ils répondirent que leurs hallebardes les rendraient bientôt maîtres des positions ennemies, et ils s'assemblèreut tumultueusement en criant: <• Argent, congé, ou bataille! » Lautrec manquait d'argent , et la retraite des Suisses équivalait pour lui à une défaite. Il permit le combat. Les Suisses s'élancèrent aussitôt avec impétuosité, et, doublant le pas , ils arrivèrent en un instant au bord du chemin creux qui couvrait le front de Prosper Colonna. Déjà mille de leurs plus braves étaient tombés sous la mitraille; les survivants s'élan-
L'UNIVERS
eèrent dans Fe chemin creux , mais ils le trouvèrent plus profond qu'ils n'avaient pensé. Leurs hallebardes pouvaient à peine atteindre aux pieds de l'infanterie espagnole qui le bordait.
Vingt-deux de leurs capitaines et trois mille soldats y trouvèrent leur tombeau. Le lendemain de cette défaite, les Suisses retournèrent dans leurs montagnes , et les Français évacuèrent le Milanais. Toute la cour accusa Lautrec; mais il prouva qu'il n'avait pas reçu les fonds destinés à la solde des Suisses. Les réclamations s'élevèrent alors contre le surintendant des finances, Semblançay, qui répondit que l'argent avait été retenu par Louise de Savoie. Quelques années après, la reine mère, qui voulait le perdre de-
Euis qu'il avait fait connaître sa traison au roi, lui fit faire son procès. Le malheureux Semblançay fut condamné à mort, après une procédure scandaleuse, et pendu au gibet de Montfaucon.
( 15âM525. }
Trahison du connétable de Bourbon, — ExpéâUion de Bonnivet dans le Milanais,— Entrée de Bourbon en Provence.— Retour des Français en Italie.— Bataille de Pavie.— Captivité du roz.— Après la défaite de la Bicocque, les Français avaient évacué l'Itahe ; et la jalousie absurde de l'Europe, qui croyait toujours avoir à se délier de la France , tandis que Charles-Quint marchait à la monarchie universelle, les empêcha dase relever. En 1523, le nouveau pape Adrien VI, qui avait été le précepteur de Charles d'Autriche et ui lui devait la tiare , se mit à la tête 'une ligue générale contre les Français , et détacha les Vénitiens de leur alliance. François F'' assembla une armée et se prépara à passer les Alpes. C'est alors que le connétable de Bourbon trahit la France.
Il paraît que la reine mère avait conçu pour le connétable de Bourbon une' passion malheureuse. Se voyant repoussée, elle résolut de perdre le connétable , et lui intenta un procès , par suite duquelil devait perdre la plus
grande partie des apanages que le mariage d'Anne de Beau|eu, fille de Louis XI, avait procurés a sa maison.
Le connétable de Bourbon était petitfils d'Anne de Beaujeu. Il appartenait à une branche très-pauvre de la famille royale, mais qui était devenue riche par un mariage avec Suzanne, fille d'Anne de Beaujeu. Par elle, le connétable avait réuni les biens de toutes les branches de la maison de Bourbon.
Il était devenu une espèce de roi, et il excitait la ialousie de François I**'. On raconte qu^en 1517, lorsqu'fl lui naquit un fils, ayant invité François P'à en être le parrain, il l'avait reçu à Moulins avec toute la cour, en déployant une pompe royale. Il s'était fait servir par cinq cents gentilshommes en habit de velours , qui portaient des chaînes d'or faisant trois tours autour de leur cou. Louise de Savoie fit attaquer, par-devant le parlement de Paris, la donation que Suzanne avait faite à son époux, « comme contraire aux lois du « royaume, et l'avocat général conclut à « ce que cette grande succession appar- « tînttout entière au roi. «Endroit commun, le parlement avait tort; mais, au point de vue politique , il avait raison , car il n'était pas bon qu'un sujet fût aussi puissant que le roi.
Le connétable de Bourbon fut indigné. Il était orgueilleux, et regardait la vengeance comme un devoir. Il se plaisait à répéter la réponse d'un chevalier gascon à Charles VII, qui lui demandait si quelque chose au monde pourrait le déterminer à lui manquer de foi: « Non pas l'offre de votre royaume, mais bien un affront de votre part. M I! fît alliance avec les ennemis de la France, et conclut avec eux des traités pour Je partage du royaume. Le connétable devait avoir la Provence et le Dauphiné, qu'il aurait joints au Bourbonnais et à l'Auvergne, pour en former un royaume.
Charles-Quint aurait eu pour sa part le Languedoc, la Bourgogne, laCha^^ pagne et la Picardie, et Henri VIII le reste du royaume, avec le titre de roi de France.
François P", informé de ce traité,
ANNALES DE L'HtSfOmË DE FRANCE.
alla trouver le connétable à Moulins.
On lui dit qu'il était au lit, malade ou feignant de Tétre. Le roi alla le voir dans sa chambre, dit du Bellay, « et après Favoir reconforté sur sa maladie, il lui ditqull était averti des pratiques que faisoit faire l'empereur, par le seigneur de Rocun, pour l'attirer à son service et le divertin^de la bonne affection qu'il étoit assuré qu'il portoit h la couronne de France; et qu'il pensoit bien qu'il n'avoit écouté les dits propos pour mauvaise volonté qu'il portât à lui ni au royaume, étant sorti de sa maison dont il étoit si proche : mais que désespoir et crainte de perdre un État lui pouvoient avoir troublé la bonne amitié et affection qu'il avoit toujours portée envers son prince et seigneur; et qu'il eût à mettre hors de sa fantaisie telles choses qui le troubloient, l'assurant qu'au cas qu'il perdit son procès contre lui et contre Madame, sa mère, de lui restituer tous ses biens, et qu'il se tînt préparé pour l'accompagner en son voyage d'Italie (*). » Le connétable de Bourbon jura, à la prière du roi, qu'il n'avait signé aucun traité avec rempereur;mais la nuit même il s'enfuit déguisé avec un seul serviteur, et alla rejoindre l'empereur en Italie.
Cette défection fit manquer la cam-
{)agne projetée. Les soldats de Chares-Quint commencèrent les hostilités sur toutes les frontières, en Guyenne, en Picardie, en Bourgogne, et ils pénétrèrent jusqu'à onze lieues de Paris. Il fallut bien que le roi restât en France. L'amiral feonnivet reçut le commandement de l'armée d'Italie. II n'avait aucun talent militaire, et il ne devait ce haut rang qu'à son titre de favori du roi. Il lui eût été facile de s'emparer de Milan : la garnison était peu nombreuse, et les larges brèches que l'artillerie avait faites aux murailles dans les dernières guerres n'avaient pas été réparées; mais il répon* dait à ceux qui le pressaient d'avancer^ qu'il ne voulait rien donner au hasard en s'abandonnant à h/uria/rance$e*
(*> De Bellay, lîv. n, p, à66.
Pendant qu'il attendait tranquillement sur les bords du Tésin, que Prosper Colon na évacuât la capitale de la Lombardie, ce général eut le temps de rassembler des troupes et d'appeler à son secours Lannoy, le marquis de Pescaire et le connétable de Bourbon.
Ce fut alors seulement que Bonnivet mit le siège devant Milan, espérant affamer la ville ; mais il fut repoussé et obligé de commencer une retraite désastreuse (1524). Les Impériaux, commandés par Pescaire et Bourbooi le poursuivaient de près. Bonnivet s'é* tait p'Iacé à Tarrière-garde, devenue le poste d'honneur. Il reculait lentement et combattait toujours, lorsqu'il fut blessé d'une balle au bras gauche et forcé à se retirer au centre du bataillon. Un frère de la Palisse, qui le remplaça, fut blessé mortellement, Bayard, qui leur succéda, îu\ frappé à son tour dans les reins d'une balle qui lui rompit l'épine du dos. Il s'é* cria: « Jésus, mon Dieu! je suis mort ! » Son écuyer le descendit de cheval et le coucna mourant au pied d'un arbre. Il récitait ses prières devant la poignée de son épée, qui était en forme de croix, lorsque le connétable de Bourbon vint à passer, et s'étant arrêté un instant pour lui exprimer sa pitié, « Il n'y a point de pitié c( à avoir sur moi, lui répondit Bavard, « car je meurs en homme de bien ; « mais j'ai pitié de vous, de vous voi^ « servir contre votre prince, votre pa- « trie et votre serment. » Les Espagnols élevèrent une tente à l'endroit même où il était déposé; il y mourut au bout de trois heures, et fut pleuré par U France entière. Le marquis de Pescaire, qui l'avait visité dans ses derniers moments, et toute l'armée ennemie, joignirent leurs regrets à ceux des Français. Aucun homme n'avait obtenu à* un si haut degré l'admiration des deux armées, et aucun ne \é méritait autant par une touchante réunion de bravoure et de bonté, et par toutes ces quiilités qui avaient lait la gloire des anciens chevaliers.
Les Impériaux continuaient à harceler t'arrière-garde, 4uf n'était pluâ
LTJNIVERS.
guidée par Bayard, lorsque tout à coup quatre cents Suisses firent volte-face et chargèrent si vigoureusement l*ennemi, qu'ils parvinrent à le repousser à une grande distance. Mais alors ils se trouvèrent entièrement séparés de Tarmée française, et les Impériaux s'étant aperçus de leur petit nombre, Ils les entourèrent et les massacrèrent tous jusqu'au dernier. Toutefois leur résistance héroïque donna le temps au reste de Tarmée d'arriver à Ivree, et peu de jours après elle passa le Saint- Bernard, sans avoir de nouveau combat à livrer.
Ce succès fit concevoir au connétable de Bourbon les plus hautes espérances. Il résolut de rentrer en France, les armes à la main, pour reconquérir ses États; et il paraissait convaincu qu'à son arrivée toute la noblesse de France se déclarerait en sa faveur. Charles-Quint autorisa en teffet le connétable et le marquis de Pescaire à passer les Alpes. L'armée impériale envahit la Provehce (1524), et tout sembla justifier d'abord les promesses du connétable. Les villes devant lesquelles il se présenta se rendirent sans résistance. Saint-Laurent, Antibes, Villeneuve et Grasse ouvrirent leurs portes, et prêtèrent serinent de fidélité à l'empereur. Fréjus, Draguiçnan, Hières, Toulon, se soumirent a leur tour. Le 9 août, la capitale de la Provence, Ajx, admit les impériaux, et le 19 du même mois ils mirent le siège devant Marseille. Le connétable avait annoncé qu'il lui suf- . firait de se montrer aux Marseillais pour que ces timides bourgeois vinssent, au premier coup de canon, lui demander grâce, la corde au cou, et lui présenter les clefs de leur ville.
Cette fanfaronnade reçut un terrible démenti. Les assiégés o'pposèrent une énergique résistance au traître qui venait pour démembrer la France. Le 10 septembre, un prêtre qui disait la messe dans la tente du marquis de Pescaire y fut tué par un boulet de canon. Pescaire fit ramasser le boulet et l'envoya au connétable, en lui demandant si c'étaient là les clefs que
lui présentaient les bourgeois de Marseille. Les femmes mêmes prirent part à la défense de Marseille : le canon ayant fait brèche au rempart, elles travaillèrent toutes à en élever un nouveau, qu'on nomma le rempart des Dames. Les Impériaux 'iiyant livré un assaut, furent repoussés, et bientôt aorès Pescaire nt décider la retraite^e l'armée, qui rentra en Italie, décimée par les maladies et par les combats.
Cependant le roi s'était avancé jusqu'à huit lieues de Marseille avec une armée nombreuse, et son approche avait hâté la retraite de l'ennemi. Il résolut, pendant que les maréchaux de Chabannes et de MontmorencA^ suivraient de loin l'armée impériale, de tourner rapidement vers les montagnes du Dauphiné, de passer en Piémont, et de s'emparer du Milanais avant que le connétable et le marquis de Pescaire y fussent de retour avec leurs troupes fugitives. Sa marche fut si rapide qu'il prévint l'armée ennemie. L'avant-garde française pénétra même dans un faubourg de Milan.
Malheureusement le roi commit des, fautes. Au lieu de réunir toutes sesforces pour s'emparer de la capitale de la Lombardie, il détacha une partie de ses troupes pour aller tenter la conquête du royaume de Naples, et lui-même, avec le resté de son armée, mit le siège âevànt Pavie. Les murailles de Pavie n'étaient point entourées de fossés, et l'artillerie française y eut bientôt ouvert une large brèche. Mais lorsqu'on donna l'assaut, on trouva qu'au delà du mur Antonio de Leyva avait creusé un fossé profond, et qu'il avait fait percer de meurtrières toutes les maisons des rues aboutissantes. Les Français furent repoussés, et le siège fut converti en blocus. Pendant que le roi attendait patiemment que la famine contraignit les assiégés à se rendre, le connétable de Bourbon leva des troupes en Allemagne, et avec ces renforts il alla rejoindre Pescaire et Lannoy. Le 25 janvier 1525, l'armée impériale se dirigea vers Pavie, pour
ANNALES DE L'mSTOIRE DE FRANCE.
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forcer les Français à lever le siège.
François V tint un conseil de fi;uerre: ses plus vieux généraux, la Palisse, la Trémoille, Lescuns, conseillaient la retraite. Mais Bonnivet et les autres courtisans insistèrent pour que le roi livrât la bataille : « Un roi de France, tt disaient-ils, ne recule pas devant ses « ennemis; il ne renonce pas, à cause « d*eux, aux places qu'il a résolu de « prendre ; il ne change pas ses projets « d'après leurs caprices. » Leur avis l'emporta.
« Le 24 février 1525, Pescaire résolut de pénétrer dans le. parc de Mirebel , de le traverser pour arriver à Pavie, et de dégager ainsi la garnison, ou, s'il était attaqué tandis qu'il tournerait ainsi les Français par leur gauche, de les attirer du moins hors de leurs retranchements , dans le terrain ouvert du parc. Il fit abattre , à une grande distance du camp français , le mur de ce parc avec le bélier et la sape, dont les coups n'étaient point entendus au loin. Il fît revêtir aux troupes impériales des chemises blanches, pour qu'elles pussent se reconnaître dans l'obscurité , et iUesfît entrer par cette brèche, deux heures avant le jour.
Toutefois les Français étaient sur leurs gardes ; ils s!etgjent rangés en bataille, et une forfinidable artillerie couvrait leur front. :
« Lorsque l'avant-garde impériale , commandée par Alphonse d'Avalos , marquis de Guasto , eut commencé à passer , à portée du canon français , dans une plaine tout unie, les décharges de l'artillerie firent dans ce corps d'épouvantables trouées. Le corps de bataille , conduit par Pescaire , l'arrière-garde, sous les ordres de Lan- Doy et de Bourbon, devaient, à leur tour, se soumettre à ce feu meurtrier, avant d'atteindre un petit vallon où un pli de terrain pouvait les mettre à couvert. Guasto fit éparpiller ses soldats, et prendre la course , pour qu'ils souffrissent moins dans cette traversée. A cette vue , le roi s'écria : ft Les voilà qui fuient, chargeons ! »— Chargeons , chargeons ! /epjétèrent Bonnivet, Chabot et Saiht-Jilarsault,
et les autres jeunes courtisans qui l'accompagnaient. A l'instant, toute la gendarmerie s'élance de ses lignes, passe devant la tête de l'artillerie française, et en suspend le feu. Toutefois ces fuyards que François I*' croyait trouver en désordre, s étaient de nouveau rangés en bataille. La cavalerie ennemie était entremêlée d'arquebusiers espagnols ; et ceux-ci reçurent la charge des lances françaises avec un feu bien nourri. Beaucoup de vaillants chevaliers furent abattus , et les chevaux s'arrêtèrent dans leur course.
« Les deux armées se trouvèrent alors en entier engagées ; elles étaient à peu près égales en forces; chacune comptait environ quinze mille hommes de pied et quinze cents chevaux., Mais dé)à le mouvement imprudent du roi avait donné l'avantage a ses ennemis ; il avait arrêté le feu de son artillerie, fort supérieure à celle des Impériaux , et il avait dégarni les flancs de ses Suisses et de ses lansquenets en se portant en avant. Pescaire profita aussitôt de cette imprudence : il fit avancer huit cents fusiliers espagnols sur les flancs de la gendarmerie française, en même temps que le marquis'der Guasto, avec toute l'avantgarde, se jetait dans le vide qu avait laissé cette gendarmerie , et attaquait l'aile droite française, commandée par Anne de Montmorency. De toutes parts l'acharnement était extrême, et si l'armée française avait manqué à la tactique , elle rachetait cette faute par la plus brillante valeur. Les Suisses cependant, qui se trouvaient a l'aile droite , :déconcertés par l'attaque de flanc qu'ils n'avaient pas dû attendre, ne soutinrent point leur antique réputation : leur capitaine, Jean de Diesbach , fut tué , et dans ce moment ils prirent la fuite, abandonnant Montmorency et Fleurangps, qui furent faits prisonniers. A côté d'eux était
Elacé le duc de Suffolk de la Rose lanche , avec sa légion de lansquenets : il y fut tué. . . .Les lansquenets furent presque tous massacrés sur la place. En même temps le roi , avec sa gendarmerie, se voyait attaqué en face,
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en flanc et par derrière. Bonnivet, qui était auprès de lui , reconnaissant que la bataille était perdue , et qu'elle rétait par sa faute, courut, la visière haute, au plus épais des ennemis, et y fut tué. La Palisse , maréchal de Chabannes , Lescuns, maréchal de Foix , le vieux la Trémoiile, le grand écuyer Galeaz de San-Sévérioo, Aubigny, le eomte de Tonnerre et beaucoup d'autres grands seigneurs furent aussi tués auprès du roi. De toutes les parties de rarmée les chevaliers se diri« geaient vers Tend roi t où ils savaient î roi en pîéri! : Bussy d'Amboise luimême , qui était chargé de contenir la garnison de Pavie, abandonna son poste pour venir au secours du roi, et
fut tué en arrivant
« François avait montré une grande valeur personnelle; on assure qu'il avait tué de sa main le chevalier de Saint- Ange, dernier descendant de Scanderbeg. Autant il était brave, autant il était hors d'état de faire les fonctions d'un général d'armée. Quand il vit sa troupe en déroute, il poussa son cheval au gabp pour passer le pont du Tésin , ne sachant pas que les fuyards l'avaient eoupé derrière eux. D^ailleurs , avant d'y arriver , il rencontra quatre fusiliers espagnols qui l'arrêtèrent; leurs fusils étaient déchargés , mais l'un d'eux abattit le cheval du roi d'un coup de crosse' qu'il lui donna à la tête. Deux chevau - légers espagnols arrivèrent sur ces entrefaites, sans reconnaître le roi, qui n'avait pas dit une parole , et qui était tombé dans un fossé, sous son cheval ; ils remarquèrent la richesse de ses habits et le cordon de Saint-Michel dont il était décoré, et ils menacèrent les fusiliers de le tuer s'ils n'étaient pas admis au partage de sa rançon. Dans ce moment, un gentilhomme du duc de Bourbon arriva et reconnut le roi : il courut au vice-roi Lannoj; , oui le suivait de près. . . On le tira ae dessous le cheval , qui l'accablait ; on lui dit que le vice-roi était près de lui ; alors , pour h première fois, il parla , il conressa ' qu il était le roi , et il se rendit (*}. » (*) Sitmondi.
Suite de la captivité de François /•'. — Traités de Madrid et de Cambrai. — Le soir même de la bataille , François I" écrivit à sa mère ce billet laconique : « Tout est nerdu, fors l'honneur. » Il accusa les suisses de l'avoir trahi , lorsqu'il soupa avec les généraux autrichiens. Au reste, sa captivité même le rehaussa aux yeux de l'Europe. C'est ainsi que le roi Jean avait gagné en considération , lorsque le prince Noir l'eut fait prisonnier.
François 1*' croyait qu'il n'aurait qu'à parler à son vainqueur pour obtenir sa liberté. Il se fit conduire en Espagne, mais il vit bientôt qu'il s'était trompé. Toutefois Charles- Quîift marchanda trop longtemps pour ses intérêts. Il inspira des craintes, et une ligue se forma contre lui. Le cardinal Wolsey, à qui Charles-Quint avait deux fois manqué de parole, en laissant élire Adrien VI et Clément VII , fut gagné par Louise de Savoie, qui avait pris en main la régence du royaume.
Il fit comprendre à Henri VIII que son intérêt était de maintenir l'équilibre entre les deux souverafns qui se disputaient la suprématie en Europe.
En effet, un traité d'alliance fut conclu entre la France et l'Angleterre.
Cette alliance fit réflédiîr l'empereur.
Il savait d'ailleurs que François I®"" était grièvement malade, et sa mort ou son abdication volontaire pouvaient lui faire perdre tous les avantages de la victoire de Pavie. Pour la première fois il alla visiter son prisonnier, s'entretint amicalement avec lui , et au mois de mars 1526, les deux princes signèrent le traité de Madrid.
Par ce traité, François P' cédait à l'empereur le duché de Bourgogne, le comté de Charolais, les seigneuries de Noyers et de Château-Chinon, pour les posséder en toute souveraineté. 11 renonçait à toutes ses prétentions sur le Milanais et le royaume de Naples; il s'cnçageait à épouser Éléonore, soeur de 1 empereur et reine douairière du Portugal; à pardonner au connétable de Bourbon, et à le rétablir dans wb
honneurs et dignités; enfin il promettait de payer au roi d'Angleterre la somme de trois cent mille écus que lui devait Charles-Quint. Ce traité reçut un commencement d'exécution. Le 21 février, le roi fut échangé contre ses deux fils, qu'il livrait comme otages, dans une barque amarrée au milieu de la rivière de la Bidassoa, entre Fontarabîe et Andaye. Au moment où il toucha le sol français, il s'élança sur un cheval turc qui l'attendait sur la rive gauche du fleuve, et courut tout d'un trait jusqu'à Saint- Jean de Luz, où il arriva tout joyeux, et s'écriant à plusieurs reprises : « Je suis encore roi ! »
François 1" était sorti de sa prison ; mais il n*en était pas sorti tout entier : il y avait laissé cette bonne foi , cette loyauté, tous ces sentiments chevaleresques qui avaient été jusqu'alors les mobiles de ses actions. Déjà a Bayonne , il déclara à l'officier de Charles-Quint qui l'accompagnait, qu'il était prêta exécuter toutes les conditions du traité de Madrid, excepté une seule, la cession de la Bourgogne. « Cette province, disait-il, ne pouvait être démembrée du royaume que de son consentement. » Il convoqua à Cognac une assemblée des députés de la noblesse, du tiers état et du clergé de la Bourgogne.
Tous déclarèrent qu'ils voulaient rester Français , et la liberté de leur langage ne déplut point au roi. Il fit proposer à Charles-Quint deux millions d-écus d'or pour la rançon de ses fils. L'empereur le fit sommer d'aller reprendre ses fers , mais François P' ne se montra pas disposé à imiter l'exemple de Régulus. ^
Ainsi la lutte allait recommencer.
François I" rechercha l'alliance de tous les souverains de l'Europe : celle des Suisses, des Vénitiens, des petits princes de Fltalie , du pape Clément VU ; celle même du duc de Milan , François Sforza , fils de Maximilien. Henri VIII , que le roi avait remercié de sa coopération dans une lettre affectueuse, se déclara le protecteur de cette ligue, qui fut appelée sainte, parce que le pape en faisait partie. Mais FraBçois I*%
tout occupé de ses amours, négligea d'envoyer des secours à ses alliés d'Italie. Au reste, il faut bien le dire, François l*' n'était pas sincère avec ses nouveaux confédérés. Il voulait seulement effrayer l'empereur, l'amener à un traité moins onéreux que celui de Madrid , et il ne lui répugnait pas d'abandonner ensuite ses alliés. Ceux-ci agirent faiblement et furent écrasés.
Une armée impériale , commandée par le vice-roi de Naples , Lannoy, attaqua par le sud les États de l'Église, pen- . dant qu'une seconde armée, commandée par le connétable de Bourbon , se portait contre le Milanais. Le connétable avait recruté cette armée en Allemagne, et il n*avait pas hésité à y admettre douze à quinze mille lansquenets , presque tous luthériens. Cette armée victorieuse et mal payée errait en Italie, et y faisait à peu près ce qu'elle voulait. C'était une guerre de pillage, de meurtre, hideuse comme celle des mercenaires dans Tantiquité.
En 1527, cette armée s'empara de Milan, et procéda à l'entière spoliation des habitants. Les Espagnols, plus féroces encore et plus avares que les Allemands, se signalaient par une opiniâtreté horrible dans les tourments qu'ils infligeaient aux prisonniers. Cette armée était une force brutale qui n'obéissait à personne et qui faisait la loi à ses chefs. Ce fut, sans doute, pour le connétable la plus dure expiation de sa trahison, d*étre obligé de conduira de pareils soldats. Lorsqu'il ne resta plus rien à prendre à Milan , ces troupes quittèrent cette ville, et le connétable leur demanda où elles voulaient aller. On crut un instant que le torrent allait fondre sur Florence. Ce furent les luthériens qui firent décider que l'on marcherait sur Rome. Leur chef, Frundsberg , montrait avec affectation une chaîne d'or destinée, disait-il, à étrangler le pape. Celui-ci, homme délié, mais peu résolu, négociait avec tout le monde , comme autrefois Alexandre VI à l'approche des Français. Il demanda même Tavis des politiques, et s'adressa à Machiavel , qui lui conseilla de créer roi d'Italie le chef des
L'UNIVERS
bandes noires, Jean deMédicis. G^était là , en effet, le seul moyen de sauver Ja patrie. Jean de Médicis était un homme très-brave; il était lettré et aimé des Italiens. Mais Tavis parut trop hardi à Clément VU : il recula, et pendant ce temps le connétable continua sa marche sur Rome. Le duc d'Urbin était trop faible nour lui résister avec l'armée pontificale, et Rome fut prise d*assaut (1527). On sait que le connétable fut frappé d'une balle au moment où il dressait une échelle contre la muraille. Alors recommencèrent les effroyables scènes de Milan. La rage religieuse ajoutait encore à la soif du pillage. Le pape, qui s'était enfermé dans le château de Saint-Ange, fut fait prisonnier, et obligé de payer une rançon npur se racheter. Pendant sa captivité, Charles-Quint avait fait faire des prières dans toutes les églises de ses Etats pour demander sa délivrance ; et peut-être ne faudrait-il pas Taccuser d'hypocrisie, car il n'eût pas dépendu de lui de tirer le pape des mains des mercenaires qui le tenaient en leur pouvoir.
Pendant ce temps, François I'"* et Henri VIII avaient resserré leur alliance, et Lautrec fut envoyé en Italie (1528) avec une armée. Il ne s'agissait de rien moins que de conquérir le royaume de Naples. En même temps nue Lautrec y pénétrait par terre, la flotte génoise, commandée par le fameux Doria , soumettait le littoral. Malheureusement François V se brouilla avec l'amiral génois , qqi passa au service de l'empereur. Dès lors, les Français n'essuyèrent plus ^ue des revers. Lautrec, qui tenait déjà Naples assiégée, succomba à la peste; son armée fut anéantie dans sa retraite, et l'Italie échappa défmitivement à la France. Ces revers découragèrentFrancois P% et il ne désira plus que la paix. Charles-Quint ne la désirait pas moins , car il était menacé d'une invasion formidable. Les Turcs, commandés par Soliman , s'étaient emparés de la Hongrie et marchaient sur Vienne; ce n'était pas trop de toutes les forces de l'Empire pour les repousser. Aussi
Louise de Savoie , mère de François T", et Marguerite d'Autriche, sœur de Charles-Quint, purent-elles facilement s'entendre. Elles signèrent à Cambrai h paix des Dames (1529), qui n'était qu une modification de celle de Madrid. Toutes les dispositions de la paix de Madrid furent ratifiées , sauf une seule , la cession de la Bourgogne. Le roi, au lieu de céder cette province, donnait deux mil Ions d'écus pour la rançon de ses deux fils , et épousait Éléonore de Portugal, sœur de Charles-Quint.
Ainsi François I*'' renonça pour toujours à l'Italie, et la dommation espagnole s'y établit solidement. En 1530, Charles-Quînt fut couronné roi d'Italie à Bologne. Il était alors paisible [>ossesseur de l'Italie; Naples et Milan étaient entre ses mains ; l'État de l'Église et la Toscane n'agissaient que d'après ses ordres; il semblait toutpuissant.
Renouvellement de la guerre entre François I*' et Charles - Quint. — Charles-Quint en Provence. — Sa retraite,— Trêve de Mce.— -La. paix de Cambrai fut suivie de cinq années de paix, pendant lesquelles la puissance de l'empereur parvint au plus haut degré. Quant a François F", il s'efforça durant cet intervalle de faire oublier à la France les désastres des dernières guerres. Il donna des pensions aux savants, et créa de nombreux établissements littéraires qui témoignaient des progrès que la France avait faits dans les arts , les sciences et les lettres. Il essaya aussi de créer, sous le nom de légions , une armée régulière. Ces légions étaient au nombre de sept, composées chacune de six mille hommes. Toutefois , ce nouveau système d'organiser une armée fut abandonné au bout de quelques années, et l'on en revint au système des francs archers de Charles VII. Pour donner à la justice un cours plus rapide, François l®*" envoya successivement dans les diverses provinces des membres du parlement de Paris , chargés de régler toutes les affaires pendantes. C'est ce qu'on appela les grands jours. Enfin >
ANNALES DE L'HÏSTOlAË DE FRANCE-
François T' fut assez heureux pour faire prononcer par les étals de Bre-.
tagne , réunis à Vannes, la réunion définitive de cette province à la couronne de France (1533).
Cependant , un grand intérêt occupait l'Europe entière. La réforme agitait tous les esprits , une conflagration générale était imminente, et François T"" devait, dans la prévision d'une rupture prochaine, se décider soit pour les protestants , soit pour les catholiques. Charles-Quint s'était déclaré le champion du catholicisme ; il semblait donc naturel que le roi , ami de Marot, protecteur de Rabelais et de Henri Estienne, l'allié de Henri VIII, se fît le défenseur des doctrines nouvelles.
Il n'en fut rien. Mais François P*^ attendit longtemps avant de se décider , et louvoya entre les deux partis. En même temps qu'il faisait épouser à son second fils Henri, duc d'Orléans, une nièce du pape, Catherine de Médicis, il resserrait son alliance avec Henri VIII, ennemi déclaré du pontife romain , et négociait secrètement avec les princes luthériens d'Allemagne qui venaient de former une ligue à Smalkalde contre l'empereur.
Dans sa haine contre ce dernier, François r*" alla jusqu'à s'allier avec les Turcs qui menaçaient à cette époque , non-seulement l'Allemagne et rltalie, mais l'Europe tout entière. Cette alliance, dont François P"" rougissait lui-même, fut teniîe secrète. Il eût paru trop honteux de s'allier aux infidèles, au moment où Charifs-Quint entreprenait l'expédition de Tunis et brisait les fers de vingt mille chrétiens qui y étaient retenus dans l'esclavage.
Lorsque Charles-Quint revint 'de l'expédition de Tunis qui l'avait cou^ert de gloire, il songea le premier à recommencer la guerre ( 1535). Déjà, en 1533, il avait fait mettre à mort, comme espion, un gentilhomme milanais, vendu à la France. Pendant près d'un an , les deux rivaux échangèrent des notes diplomatiques au sujet du Milanais , dont le roi réclamait l'investiture pour son second fils. Mais Charles-QuiQt ne songeait qu'à gagner du
temps pour achever ses préparatifs.
Lorsque tout fut prêt , il se rendit à Rome, et là, en présence du nouveau pontife, Paul III, qui venait de succéder à Clément VII , en présence de tous les cardinaux et des ambassadeurs de toutes les puissances de l'Europe, l'empereur, enivré par ses récentes victoires, prononça un long discours pour prouver que la rupture de la paix n'était pas son ouvrage. Puis, ayant fait rénumération de ses forces et de celles de son rWal , il termina par ces mots : « Si mes ressources n'étaient « pas plus solides et mes espérances de « vaincre plus fondées que celles du roi « de France , j'irais dans l'instant, les « bras liés et la corde au cou , me jeter « à ses pieds et implorer sa pitié. »
L'armée de Charles-Quint était la plus belle et la plus nombreuse qu'on eût encore vue rassemblée sous un même chef : aussi espérait-il con(]uérir la France et en unir avec son rival. Le 25 juillet 1536, anniversaire de la prise de Tunis , il passa le Var, et vint planter ses enseignes sur le territoire français. Le maréchal de Montmorency, gouverneur de la Provence , se décida à un douloureux sacrifice pour sauver la patrie : c'était de ravager tellement la Provence que l'ennemi fût forcé à la retraite, faute de subsistances. Il envoya plusieurs de ses officiers avec des partis de cavalerie et d'infanterie, parcourir la Provence, leur enjoignant, dit du Bellay, « de rompre tous les fours et moulins, brûler les blés et fourrages , et défoncer les vins de tous ceux qui n'avoient fait diligence de les retirer es places fortes : aussi gâter les puits, jetant les blés dedans, afin de corrompre les eaux. »
Toute cette partie de la France qui s'étend de la mer jusqu'à la Durance, et des Alpes jusqu'au Rhône, et qui contenait plus de six cent mille habitants, fut ainsi ravagée, ruinée. De grandes villes. Grasse, Digne, Draguignan , Antibes, Toulon, furent incendiées comme de simples villages, et souvent les habitants , par patriotisme , aidaient eux-mêmes les soldats qui venaient incendier leurs maisons.
L'UNIVERS
La capitale même de la Provence, Aix, fut condamnée à être ruinée. « A Aix, dit du Bellay, fut trouvée grande quantité de vivres ; car, outre la provision des habitants, plusieurs des autres ▼iiles , qui avoient transporté les leurs, ainsi qu'il leur avoit été commandé , les y avoient amenées, sur l'assura nce qu'ils prirent que la ville seroit tenue, alors qu'ils virent commencer à la fortifier. A cette cause , les habitants , qui enssent pu, sans celte espérance , sauter leurs biens , et les étrangers qui , auparavant , les eussent pu conduire ailleurs, de tant plus ennuis et mal patiemment portoient ce dommage de les mettre alors à perdition. Si la force n'y fut arrivée, à bien grand'peine en eussent été obéis le sieur de Bonnes et autres qui pour ce faire avoient été ordonnés. Chacun, toutefois, sauva ce qui possible lui fut en telle presse , et fe surplus fut brûlé ou jeté par les rues; les vins défoncés aux caves, les moulins démolis, les pierres de meules et moulages rompues et brisées, les fers des moulins emportés, et tous ceux que Ton put trouver au pays qui s'entendoient a faire moulins, envoyés en notre camp, sous couleur qu'ils y sereient employés , mais , à la vérité , de peur que l'ennemi s'aidât d'eux à refaire leurs moulins. Là , eussiez vu tiD spectacle piteux et lamentable, pour la soudaineté d'un tel abandon de pays, délogement et désofation de ville. Si est-ce, toutefois, encore que le dégât fût grand , que la ville n'en demeura si entièrement dégarnie de vivres , comme elle fût demeurée, si les choses eussent été faites à loisir. »
On laissa ensuite l'empereur parcourir sans obstacle la Provence entière ; mais il se promenait dans un désert , sans vivres , sans secours d'aucune espèce. Les soldats n'avaient d'autre ressource que les cachettes dans lesquelles les paysans avaient enfoui une partie de leurs provisions. « Dans chaque hameau , dit Paul Jove, dans chaque cabane de paysan , on découvroit , outre le blé , tant de léeumes , de figues sèches, d'amandes, de fromages, de chairs salées, qu'au défaut de troment, une
armée plus nombreuse encore que celle de l'empereur auroit pu s'en nourrir pendant plusieurs jours. En effet, l'été étoit avancé, et cette terre, admirablement plantée de vergers , offroit de toutes parts ses fruits en abondance. » Ces ressources étaient insuffisantes.
La famine et les maladies décimaient l'armée de Charles- Quint, à mesure qu'elle s'avançait en Provence. Déjà la mortalité était devenue effrayante dans son camp, et le nombre des soldats hors de service s'élevait à près de vingt-cinq mille. En même temps, il apprenait l'arrivée du roi au camp retranché que l'armée française occupait près d'Avignon. Il craignit alors une attaque , et connnença sa retraite, qui fut désastreuse. Le 25 septembre 1536, il repassa le Var, avec une armée découragée et réduite de moitié , et alla cacher sa honte en Espagne.
Cependant François I*^*^ ne profita
fias du départ de son rival. Son aliance avec les Turcs, qui lui avaient rendu dans cette guerre des services funestes à la chrétienté , lui pesait de plus en plus. ?:n 1538, il eut Tidée de quitter cette alliance honteuse, sur les conseils du connétable de Montmorency , qui avait pris sur lui un ascendant complet. Le connétable lui représenta que les vrais ennemis des rois ^ c'étaient les idées nouvelles; que désormais les rois devaient s'entendre ensemble, et qu'ils gagneraient plus à supprimer leurs ennemis intérieurs qu à se faire la guerre entre eux ; que, pour lui , il vaudrait mieux abolir les libertés des provinces, réprimer les nobles, et mettre fin aux réclamations des parlements, que de combattre l'empereur. François I*"*" se laissa persuader, et ne fit que des fautes tant qu'il agit sous l'inspiration de Montmorency. Une entrevue eut lieu à Nice entre les deux souverains (1538), et François V^ y fit confidence à Charles- Quint de ses propres secrets et de ceux de ses alliés. L'empereur, surpris, feignit d'entrer dans ses vues, d'autant plus qu'il manquait d'argent, et que des soulèvements étaient sur le point d'éclater dans le Milanais et en Flandre.
V empereur traverse pacifiquetnenê la France, — Dernière guerre de François /«»* et de Charks-Quint, — Séjctur de Barberousse en Provence.
— Fictoire de Cérisoles. — Paix de Crépy. — A peine la trêve de Nice eat-elk été signée , que François P' Fompit toutes ses altlanees avec les Turcs , avec le roi d'Angleterre et les princes protestants d'Allemagne. Il voolait redevenir le roi très-chrétien , le roi chevalier. Les Gantais qui songeaient à la révolte , ayant offert de se soumettre à la France , le roi dénonça leurs projets à Charles* Quint, et l'invita même à traverser la France pour aller châtier les coupables. Il lui envoya noéme ses deux fils pour être gardés comme otages en Espagne , pendant qu^il traverserait le royanme.
Charles-Q(^>nt se décida en efret à se confier à la loyauté de son rival , mais il refusa les otages .disant que la parde du roi lai suffisait. Son voyage à travers b France ressembla à un triompÂie. Le roi lui-même vint à sa reneoatre, et les deux souverains firent ensemble leur entrée à Paris le 1*' janvier 1540. Toutefois, Charles-Quint ne fut pas sans inquiétude au milieu des fêtes que lui donnait François I*'. Ce dernier, en lui présentant* la ducbessed'Étampes, lui avait dit: «Voyez- « TOUS cette belle dame? elle me cwi- ' « seille de ne point vous laisser partir • « d*ici que vous n'ayez révoqué le traité « de Madrid. » « Si l'avis est bon , ré- « pondit froidement l'empereur, il faut « te suivre. » Mais , dès le lendemain , eomme à sa toilette il avait laissé tomber un diamant de grand prix, la duchesse Payant relevé pour le rendre , Charles-Quint refusa, en déclarant qu'il était en trop belles mains pour consentir à le reprendre. Il désirait sans doute qu'à l'avenir elle ne donnât plus de tels conseils au roi. On rapporte aussi que le duc d'Orléans, prince gai, folâtre et très - agile , sauta en croupe derrière l'empereur, et, le tenant embrassé , s'écria : « Vous êtes mon pri-* soBuier , » et que cette plaisanterie fit
tressaillir le prince. Le fou de François 1", Triboulet, avait écrit, en tête de sa liste des fous, le nom de Charles- Quint qui se hasardait si témérairement à traverser la France ; et il avait ajouté qu'il y substituerait celui du roi, SI Charles-Quint partait sain et sauf- Tout cela faisait réfléchir Charles- Quint : il amusa le roi par de belles pro* messes au sujet du Milanais;. mais, sitôt qu'il^ut sorti du royaume et qu'il eut pacifié la ville de Gand , il se hâta de donner l'investiture de ce duché à son fils Philippe, quoiqu'il Tedt promis verbalement au roi ( 1 1 octobre 1540).
Dès ce jour, François I" recommença à se défier de Char les -Quint, et à prendre contre lui des précautions hostiles. Toutefois la trêve de Nice , guî avait été conclue pour dix ans, liait encore les deux souverains; et Charles- Quint crut pouvoir entreprendre une nouvelle tentative contre les Barbaresques (1541). A la tête d'une flotte nombreuse que commandait Doria , il cingla vers Alger; mais cette flotte fut dispersée par la tempête , et l'expédition échoua. Cet échec fut pour François I**" un encouragement. Il se prérra de nouveau à la guerre, et songeur renouveler son alliance avec Soliman. Son ambassadeur à Constantinople , Antonio de Rincon , entama leS négociations, et fit un voyage eu France pour obtenir plus vite la ratification d'un traité qu il venait de conclure avec le sultan. Mais, pendant qu'il traversait la Lombardie pour retourner à Constantinople , le marquis de Guasto le fit assassiner pour s'emparer de ses dépêches. Cette violation du droit des gens demandait une réparation éclatante. François I*" s'unit intimement avec Soliman , et chercha même à entraîner Venise dans une ligue contre Pempereur. La guerre recommença , et cinq[ armées françaises attaquèrent à la fois le Roossillon , le! I.uxemboura;, le Piémont et la Flandre. Mais elles agirent mollement. Le Luxembourg fut pris, perdu, reconquis; dans le Roussillon , l'armée fran-* çaise échoua devant Perpignan. Cette
LTJNÎVË&S.
ville, bâtie sur un rocher, était en outre défendue par deux citadelles, Castel-Majour et Gastel-M inour , qui communiquaient entre elles par un long mur. Elle était , dit du Bellay, si bien pourvue de plates-formes garnies d'artillerie , qu'il semblait d'un porcépie qui , de tous côtés, étant courroucé, montre ses pointes. L'armée française, la pluà belle et la plus nombreuse que François P'^eût assemblée jusqu'alors, fut forcée de lever le siège, après avoir échoué dans toutes ses attaques. L'Artois fut conquis d'abord, puis perdu. Ainsi cette campai^ne, pour laquelle François V avait fait de si grands efforts , et pour laquelle il avait épuisé presque toutes ses ressources , se terminait sans lui avoir procuré aucun avantage. Le seul point où il obtint quelques succès fut-le Piémont. Mais il ne dut ces avantages qu'à son alliance avec les Turcs. On apprit avec étonnement et indignation que l'amiral turc Barberousse, le dévastateur des côtes de l'Espagne et de l'Italie , commandait en maître à Toulon ; qu'il y avait établi une mosquée; qu^ensuite il avait débarqué à Marseille ; qu'il y avait fait sa jonction avec un prince du sang royal , le jeune duc d'Enghien , et que les armées réunies de François I** et de Soliman avaient mis le siège devant I^ice. Uh grand nombre de gentilshommes français accompagnaient le prince, pour voir les Turcs et profiter d'une occasion qui , peut-être , ne s'offrirait plus jamais. Biaise de Montluc, qui était au nombre de ces gentilshommes , observe , « que les Turcs méprisoient fort nos gens; si crois-je, dit-il , qu'ils ne nous battroient a force pareille. Ils sont plus robustes, obéissans et patiens que nous ; mais je ne crois pas qu'ils soient plus vaillans. Ils ont un avantaee, c'est qu'ils ne songent à rien qu'à la guerre. » L'attaque commença le 7 août 1543, et une formidable artillerie battit en brèche les murs de îNice. « Barberousse sefâchoit fort, dit Montluc, et tenoit des propos aigres et piquans, mémement lorsqu'on fuU contraint lui emprunter des poudres et des balles. Après avoir fait
uneerande batterie, Tassaut fut donné par les Turcs et les Provençaux ensemble; mais ils furent repousses. Enfin la ville se rendit le 22 août, non pas le château. » Là s'arrêtèrent les succès des deux armées. Barberousse demandait à mettre garnison dans la citadelle ; et cette position sur la côte septentrionale de la Méditerranée aurait donné aux Algériens de grandes facilités pour continuer leurs déprédations sur les côtes de Tltalie et de l'Espagne. Le duc d'Enghien aima mieux lever le siège et retourner en France que d'accéder à la demande de Barberousse. Celui-ci retourna à Constantinople, après avoir vendu publiquement, à Marseille, les esclaves chrétiens faits en Italie, et emmenant en outre avec lui quatorze mille captifs.
Cependant la conduite de François P", qui avait fait cause commune avec les infidèles , et dont les soldats avaient combattu, réunis à des corsaires , excita une indignation générale en Europe. Ses ambassadeurs essayaient en vain de le justifier en rappelant ()ue le roi-prophète David s'était allie , lui aussi , aux infidèles , et que les premiers empereurs chrétiens avaient appelé des païens et des barbares dans leurs armées. En vain l'évêque Montluc dit au sénat de Venise:
« Quant à moi , si je pouvois appeler « tous les esprits d'enfer pour rompre « la tête à mon ennemi , qui me veut « rompre la mienne,, je le ferois de bon « cœur; Dieu mêle pardoint; » lui-même n'était pas rassuré , et sa conscience n'était pas satisfaite ; car il ajouta : « Lors et depuis j'ai toujours ouï blâ- « mer ce fait, et crois que nos affaires « ne s'en sont pas mieux portées. >»
Charles -Quint profita habilement de cette disposition des esprits. Le 11 février 1543, il signa un traité avec Henri VIII. Les deux souverains s'engageaient à faire sommer François par leurs ambassadeurs de renoncer à son alliance avec les Turcs , de rappeler les envoyés français de Constantinopie, d'indemniser l'empereur et l'Ëm-
E ire des pertes qu'il leur avait fait suir en s'alliant avec les infidèles,
AMNALES DE L'ffiSÏOIRE DE FRANCE.