‹ France (volume 2)Chapitre 38 sur 45 · OS · texte numérisé non relu

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d^exécuter enfin tous les traités quMl avait conclus précédemment soit avec l'empereur , soit avec le roi d'Angleterrei En cas de refus, les deux princes s'engageaient à déclarer la guerre dans le terme de dix jours, et à la continuer jusqu'à ce que l'empereur eût recouvré le duché de Bourgogne et la Picardie, et le roi d'Angleterre tout le reste de la France.

• Ce traité fut exécuté, et la France se vit de nouveau attaquée sur toutes les frontières (1644). Cnarles-Quint crut

2ue le moment était arrivé où il proterait de son lonij semblant d'amitié pour le roi. François V s'était brouillé pour lui plaire avec tous ses anciens alliés. Les princes protestants d'Allemagne, dont il avait trahi les secrets, à l'entrevue de Nice, se tournèrent euxmêmes contre lui. Un héraut qu'il envoya à l'empereur fut renvoyé avec menaces. On lui dit que le messager d'un allié des pirates ne pouvait prétendre aux garanties du droit public des chrétiens.

François P' semblait perdu. Déjà une armée impériale , commandée par le marquis de Guasto, avait pénétré en Piémont , et comptait passer le mont Cenis pour aller s'emparer de Lyon. Le duc d'Enghien, qui commandait l'armée française en Piémont , çt qui avait à cœur de se venger de la . nonte du siège de Nice, désirait livrer bataille. Mais le roi qui comptait sur cette armée, pour l'opposer a Tempereur ou aux Anglais, lui avait défendu d'accepter lecombatl 11 envoya donc à la cour le Gascon Biaise dé Montluc, officier brave et distingué, qui parvint plus tard au rang de maréchal , pour obtenir du roi la permission de combattre. Mais écoutons Montluc luimême :

« Sur le midi , dit-11 dans ses commentaires, M. l'amiral d'Annebault me manda aller trouver le roi, qui étoit déjà entré en son conseil , là où assistoient M. de Saint-Pol, M. l'amiral, M. le çrand écuyer Galliot, M. de Boissy, qui depuis a été grand écuver, et deux ou trois autres desquels il ne me souvient, et monseigneur le dau-

20" Livraison. (Annules db l'bist

phin qui étoit debout derrière la chaire du roi. Et n'y avoit assis que le* j-qI, M. de Saint-Pol près de lui, M. l'amiral de l'autre côte de la table, vis-à-vis dudit sieur de Saint-Pol. Et comme je fus dans la chambre, le roi me dit:

« Montluc, je veux que vous retourniez « en Piémont porter ma délibération et « de mon conseil à M. d'En^ien ; et « veux que vous entendiez ici la diffi- • culte que nous faisons pour ne lui f)oti- « voir bailler congé de donner bataille, « comme il demande.» Et sur ce, commanda à M. de Saipt-Pol de parler.

Alors le dit sieur de Saint-Pol proposa l'entreprise de l'empereur et du roi d'Angleterre , lesquels , dans cinq ou six semaines, avoient résolu entrer dans le royaume, l'un par un côté, et l'autre parl'autre; et que si M. d'Enghien perdoit la bataille , le royaume seroit en péril d'être perdu , pour ce que toute l'espérance du roi, quant aux gens de pied , étoit aux compagnies qu'il y avoit en Piémont, et qu'en France il n'avoit que cens nouveaux et légionnaires ; étant oeaucoup meilleur et assuré de conserver te rovaume que non le Piémont , auquel fafloit seulement se tenir sur la défensive , sans mettre rien au hasard d'une bataille, la perte de laquelle perdroit non -seulement le Piémont, mais mettroit le pied à l'ennemi en France de ce côté-là. M. Famiral en dit de même, et tous les autres aussi, discourant chacun comme il lui plalsoit. Je trépignois de parler , et voulant interrompre lorsque M. Galliot opinoit, M. de Saint-Pol me fît signe de la main, et me dit : « Tout beau-, tout beau; » ce qui me fit taire, et vis que le roi se print à rire. Monseigneur le dauphin n'opina point, et crois que c'étoit la coutume ; mais le roi l'y fit assister, afin qu'il apprit ; car devant ces princes il y a toujours de belles opinions , non pas toujours bonnes»

On ne parle que à demi, et toujours à l'humeur du maître. Je ne serois pas bon là , car je dis toujours ce qu'il m'en semble. Alors le roi me dit ces mots : «Avez-vous bien entendu, Montr « lue , les raisons qui. m'émeuvent à ne

dbFbingb.) 20

L*tî$ri^fek8;

«i dtonfer eôngé à M. â'Ehgftiea et cùta- « battre et de rien hasarder ?» — Je lui répondis que je l'avois bien entendu; mais que s*il piaisoit à Sa Majesté de me permettre de lui en dire mon avis, }e le ferois fort volontiers , non que PQur ce Sa Ms^sté en fît autre diose sinon oe qu'elle et son conseil en avoient déferminé. Sa Majesté itie dit qu'il h TOHioit, et que je lui en disse hbrementce qu'il m en sembloit. »

La harangue dts Montluc ne fût qu'une franche gasconnade. I>a voici,

. telle quH la rapporte lui-même dans se^ commentaires : « Nous sommes , « dit-il, de cinq à six mille Gascons. . . « Croyez , sire , <)U'aii monde il n'y a « point de soldats plus résolus que K ceux-là ; ils ne désirent que de mener « les nàains. Il y a, d'ailleurs, treize « enseignes de Suisses. . . Ils vous &- « Tont pareille promesse que nous, qui «sommes vos sujets... Voilà donc, « sire, neuf mille hommes ou plus des- « quels vous pouvez faire état, et voiis « assurer qu ils combattront jusqu'au « dernier soupir de leur vie. Quant aux « Italiens et Provençaux et Gruyens , «je ne vous eh assurerai pas; mais « j'espère qu'ils feroiit tous aussi bien « que nous, mémement ^uand ils noUs « verront meiier les mains » (je levois alors le bras en haut , comme si c'é-

' toit pour frapper, dont le roi se sourioit). « Qui voulez-voUs qui tue dix « mille hommes et mille ou douze cents «chevaux, tous résolus de mourir « ou de vaihcre?. . . J'oserois dire que « si nous avions touS un bras lié, il ne « seroit encore en la puissance de l'ai^- « mée ennemie de nous tuer de tout « un jour sans perte de la plus grande « part de leurs gens. Pensez donc, « quand nousaurons les deux bras libres « et le fet en la main, s'il sera aisé « et facile de nous battre » ( Monseigneur le dauphin s'en rioit derrière la chaire du roi , continuant toujours à Bie faire signe de la tête, car à ma miné il sembloit que je fhsse déjà au cornbat)k Le roi qui m'avoit fort bien écouté , et qui prenoit plaisir à voit lâon impatience , tdurna les veut deters M. é» Saint-Fol j lequel lui dît

alors: « Monsiettr, vouîriez-vôus bien « changer d'opinion pour le dire de ce « fol, qui ne se soucie quede combattre, « et n'a nulle considération du malheur « que ce vous seroit, si nous perdions la « bataille. C'est chose trop importante « pour h rémettre à la cervelle d'un «jeune Gascon. vCependantAnnebàult,

3ui ^'étoit aperçu des signes que le auphin f^isoit a Montlac, et dit chatageinent qui se fâisoit dans l'esprit de François I*', lui dit : « Sire, Voulez- « vous dire la vérité, vous avez belle en- « vie de leur donner congé de combat- «tre. Je ne vous assurerai pas, s'ils « combattent, du gain ni de fa perte ; « car il n'y a que Dieu qui le puisse sa- « voir. . . raites une chose ; nous coh- « noissons bien que vous êtes à.demi- « gagné , et que vous penchez plus du « cété du combat qu'au contraire; faites « votre requête à Dieu, et le ptiez qu'à «ce coup vous veuille aider et coùseil- « 1er ce que vous devez faire. » — Alors le roi leva les yeux au ciel, et joignant les mains, jetant le bonnet sur la table, dit : « Mon Dieu , je te supplie qu'il te « plaise me donner aujjourdTîui le con- « seil de ce que je dois taire pour la con- « servation dé mon royaume, et que le « tout soit à ton honneur et à ta gloire.» Sur quoi M. l'amiral lui demanda :

« Sîre, quelle opinion vous prend-il à présent ?» Le roi, après âvoiif demeuré quelque peu , se tourna vers moi , disant comme en s' écriant : Qu'ils combattent, qu'ils combattent C ) 1 »

Montluc quitta la cour tqut joyeux , accompagne a'une foule de gentilshommes qui voulaieht se trouver à la bataille. Cette bataille, livrée à Cérisoles, fut glorieuse pour la France, comime il l'avait promis (1544). Le duc d'Enghien remporta urie victoire com-

Elète sur le marquis de Guasto. Maleureusement cette victoire fut sans résultat. François P', qui avait à re-

{)ousser l'invasion formidable de thares-Quint et de Henri VIII , rappela la plus grande partie de l'armée du Piémont, et dès lors le due d'Ënghien fut

(*} Biaise de Monduc , t XXn de k colr lection Petitot , liv. u , p. aiS-»^;.

ANNALES DE fBïSTOmE DE FRANCE.

obligé dé se teiiif sut ta défensive.

Pendant ce temps , Tempereur entrait en Champagne, s^emparâît de Commerce, de Ligny, de Sâint-Dizier.

. Hais il ne put s'emparer de cette dernière ville qu'après une loftgue résistance* Le comte de Sancerre et le brave Lalande, qui commandaient là gariiison , se signalèrent par la pluà brillante Valeur. Déjà la ville manquait d*eau, et les solaàts n'avaient plus de po\iûre\ ils venaient cependant de repousser un assaut meurtrier qui avait Quré sept heures. La garnison capitula enfin le 10 août, et sortit de la placé avec ses armes et ses bagages. La helle défense de Sàint-Dizier sauva la France , en donnant le temps à François P' de rassembler des troupes, et surtout en décourageant l'armée impériale.

Cependant CbaHés-Quint continua sa marche, s'empara d*Kpernay, de Château-Thierry, et poursuivit le dauphin, qui commandait l'armée française, jusqu'à Meaux, à onze lieues de Paris»

La duchesse d'Étampes le conduisait par la main au cœur de la France, pour s'assurer un appui' contre le dauphin fet Diane de Poitiers, sa maîtresse.

Déjà la consternation régnait à Paris; et si Henri VIÎÏ était arrivé à temps, les deux armées réunies auraient pu y entrer sans peine. Heureusement pour la France, Heiiri VIÏÎ perdit un temps précieux à assiéger Boulogne, dont il ne put s'emparer qu'après de longs efforts. Charles-Quint, qui comptait sur l'armée anglaise, se crut trani et commença à craindre pomr lui-même.

Les campagnes étaient désolées; ses soldats manquaient de vivres, et les maladies en faisaient succomber un grand nombre; il savait que les protestants d'Allemagne nattendaient que le moment favorable pour se déclai'er contre lui ; mais il craignait surtout que (%tte population compacte qu'il avait laissée derrière lui ne se levât en massé pour lui couper la retraite. Ainsi Charles-Quint s'effraya au

milieu de ses victoires : il fit des propositions de paix à François l*', qiiî se hâta de les âcd^ter. La paix fut fHa, effet signée à Crépy ta Vwois, le f6

septembre 1544. Ce nouveati tbité, le dernier qui dit été conclu entre Charles-Quint et François l", ne fut que la confirmation des traités de Madrid et de Cambrai. Les deux souverains convinrent qu'il y aurait paix perpétuelle entre eux et leurs sujets , et que chacun restituerait à l'autre ce qu'il lui avait enlevé depuis la trêve de Nice. François I*' renonçait de nouveau à toute Prétention sur le Milanais, le royaume e Naples, les comtés de Flandre et d'Anois. Charles-Quint, de son côté, Renonçait à la Bourgogne et à ses dépendances. Les deujt souverains s'engagèrent en outre à travailler à là réunion de l'Église, « pour obéir, disoient-ils , à l'extrême danger et hazard où se trouve notre sainte foi , et cela par tous les moyens et expédients qu'ils aviseront par ensemble convenir à si bonne et très-sainte œuvre* »

JYaUé de Boulogne. —• Mort de Henri FIIÎ et de François /*'.— Lorsuue le traité de Crépy eut été signé, rempereur invita le roi d'Angleterre à y accéder. Sur son refus, le dauphin marcha contre lui avec les quarante mille hommes qu'il commandait, et dont il pouvait disposer librement, depuis qu'il n'avait plus rien à craindre de l'empereur. A son approche, le roi d'Angleterre leva le siégedc Montreuil , Qu'il avait entrepris après la reddition de Boulogne, et toute rarmée anglaise se retira a Calais. Peu de jours après , Henri VIII retourna en Angieterre, après avoir laissé une forte garnison à Boulogne. François I"^, qui venait de bâtir le Havre , y fit équipa* une flotte , et se disposa à faire une descente en Ançteterre. Dès lors Henri VIfl négocia, et, le 7 juin 1546, un traité fut signé entre les deux princes à Boulogne, Par ce traité, Henri VIII s'engageait à restituer Boulogne dans huit ans, pour la somme de deux mfHroiB d'écus d'or. Il n'eut pas le temps d'exécuter cette promesse : il mourut le 29 janvier 1547. Le roi de France ne tar^ f>as à le suivre au tombeau. L'auteur des mémoiipes jde VieiUevilte rappoms

L'UNIVERS-

que, quelque temps avant sa mort, le dauphm invita ses amis à un festin, et se laissa entraîner à distribuer d'avance des {)laces et des faveurs. Le fou du roi , Briandas , qui avait assisté , sans être remarqué, à cette distribution prématurée, accourut aussitôt auprès de François I^*", et lui dit avec une apparente naïveté : « Dieu te garde , « François de Valois. » — « Coy, Brian- « das , dit le roi , qui fa appris cette « leçon? » — « Par le sang Dieu! dit « le fou, tu n'es plus roi, je le viens « de voir; et toi, M. de Thais,^ tu « n'es plus grand maître d'artillerie, « c'est Brissac ; » et à un autre :

ft Tu n'es plus premier chambellan , « c'est Saint-André; » et ainsi des autres. Et puis s' adressant au roi, lui dit : « Par la mordieu ! tu verras bientôt « ici le connétable, qui te commandera à « la baguette, et t'apprendra bien à faire « le sot. Fuis-t'en , je renie Dieu , tu es «mort. » François I" s'étant fait expliquer le motif de cette boutade, entra uaTls une fiirieuse colère , « prit le capitaine de ses gardes écossoises , avec trente ou quarante archers, et s'en vint droit en la chambre de M. le dauphin , où il n'en trouva pas un, d'autant qu'ils avoient été avertis ; mais il passa son courroux sur ce qu'il trouva^ de valets de chambre et de garderobe , de pages, de laquais et de poursuivants, îfaisant sauter ce qu'il en put attraper, à coups de hallebarde, par les fenêtres; semblablement les lits, tables, , chaises , tapisseries , et tout ce qui étoit en r^aoti chambre, chambre et garde- . robe, jusqu'à effacer l'écriture des {fourriers qui étoit sur les portes. Qui ,fiit^ cause que M. le dauphin s'absenta idè la cour pour trois semaines ou un mois, durant lequel ternps toutes les princesses et dames, pVri^çes et seigneurs , se travaillèrent pouf sa réconciliation. Ils. ne l'obtinrent que^sous condition que le dauphin n'amèneroit .point avec lui Saint-André, Audouin, Dampierre, Escars, Brissac, ni pas un de ceux qui avoient assisté à cette folie (*). » François P', que les plaisirs (*) Mémoires de TieiUeville , collection Petitot, t. X.XVUI,^p. 191-197.

avaient épuisé depuis longtemps, moU' rut peu de temps après , au château de Rambouillet , après avoir recommandé à son-successeur de se prémunir contre l'ambition de la puissante famille des Guises , qui allait jouer bientôt un si grand rôle en France.

Essayons à présent d'apprécier le caractère général et les grands résultats du règne de François I•^ Nous insisterons principalement sur ce point que le règne de François P' est, comme celui de Louis XII, et plus peut-être, une époque de renaissance, une époque qui ouvre pour la France une ère nouvelle sous tous les rapports, dans Tart , dans la littérature, aans les sciences, dans la politique, une de ces époques enfin qui marquent dans l'histoire de la civilisation d'un peuple, et , nous pouvons le dire sans exagération , dans celle du genre humain (*).

Pendant les trente années de son règne, François P' eut presque toujours les armes à la main, et la France, plusieurs fois envahie et dévastée, fut contrainte de prodiguer son sang et ses trésors pour délivrer son territoire ou soutenir des guerres lointaines. Ces guerres étaient-elles le fruit de l'ambition du roi ou le résultat d'une nécessité politique? Nul doute que le jeune vainqueur de Marignao, le prince qui se faisait donner par Bayard l'ordre de chevalerie sur le champ de bataille, n'aimât les combats et la gloire des conquêtes; mais il faut aussi reconnaître qu'il n'était point libre de choisir entre la paix ou la guerre. Charles- Quint menaçait l'indépendance générale de l'Europe; l'existence même et la nationalité de la France étaient en péril, car l'empereur voulait la démembrer après l'avoir vaincue. François lutta trente ans pour la défendre, appelant tout à son aide. Ainsi, dans son royaume, il se saisit du pouvoir absolu et commit souvent des injustices , tandis qu'au dehors il s'unit, lui,

(*) Tout ce qui suit Jusqu'au règne de Henri II est emprunté à moo Histoire de France^ tom. II, pag. a6x «t •«▼.(?«"' ,z839, a vol. in-i8.)

ANNALES DE CmSTOIRE DE FRANCE.

le roi très^shrétien , aux protestants et aux Tares. Par cette puissante opposition<aux projets ambitieux de son rival , François sauva les libertés de l'Allemagne, l'indépendance de l'Italie, l'existence enfin de la France.

François I""' dut ses malheurs à l'ascendant qu'il laissa prendre sur lui à sa mère , femme ambitieuse et violente, aui amena la perte du Milanais; à laducnessed'Étampes,qui , trahissant les intérêts de la France, dirigea , par ses secrets avis, la marche de Charles- Quint, durant' l'invasion de 1544; à Bonnivet, dont l'incapacité égalait le crédit ; à tous ses fa voris enfin , et à cette noblesse de cour dont il s'entourait, et qui éloignèrent de lui les gentilshommes de province. « Sire, lui di- « sait André de Vivonne, sénéchal de «Poitou, il vous manquoit à la ba- « taille la meilleure pièce de votre « harnois, le cœur de votre noblesse, « que par ci-devant n'avez reconnue et « traitée comme vous deviez. Car vous «n'avez reconnu, traité et contenté « que quatre ou cinq favoris, comme « l'amiral Bonnivet , Montchenu, Mont- « morency, Brion et autres, qui seuls «se sont ressentis de vos faveurs, «bienfaits, honneurs et dignités, et « les autres rien. Car à quel propos « Brion a-t-il tant de biens de vous, «que de sa seule fauconnerie il a « soixante chevaux en son écurie, lui « qui n'est que gentilhomme comme un « autre, et encore cadet de sa maison, « que j'ai vu qu'il n'avoit pour tout « son train que six ou sept chevaux ? « Si vous eussiez épandu également de « vos faveurs et moyens aux autres « gentilshommes de votre royaume, ils «vous eussent été plus affectionnés « qu'ils n'ont été, et eussent crevé au- « près de vous(*). »

Beaucoup cependant parurent sur les nombreux champs de bataille où il les mena, et s'habituèrent dans ces expéditions lointaines à la discipline militaire, c'est-à-dire, à l'obéissance envers le roi. Tirés de leurs châteaux

(*) Brantôme, Éloge de François I*', t, II, p. 340. -,

par la guerre, retenus à la cour, qui commençait à se former, invités aux fêtes brillantes et dispendieuses que le roi donnait, ils vécurent loin de leurs vassaux , au milieu desquels ils étaient jadis indépendants, et vinrent dissiper leur fortune sous les yeux d'un prince magnifique, portant sur leurs dos, comme dit Brantôme, les moulins et les prés de leurs pères.

Cette création d'une cour eut d'importants résultats; les femmes que François V y attira , en disant qu'une cour sans dames était une année sans printemps et un printemps sans roses, adoucirent la rudesse des mœurs et leur donnèrent plus de grâce et plus d'élégance. Ce fut alors que naquit ce charme de la société française, qu'on appela la galanterie , etdontFrançois I" fut le représentant le plus aimable, Louis XIV le plus beau modèle. Mais en perdant de leur rudesse, les mœurs pendirent aussi de leur austérité , et la corruption s'introduisit rapidement dans cette brillante société qui entoura le trône. Il y eut bientôt des favoris de toute espèce qui exercèrent souvent une funeste influence. « Les charges et les bienfaits, dit Mézerai, se distribuèrent à la fantaisie des femmes; elles furent cause qu'il s'introduisit de très-méchantes maximes dans le gouvernement, et que l'ancienne candeur gauloise fut reléguée encore plus loin que la chasteté. » Ce fut ainsi que la comtesse de Chateaubriand fit rappeler Bourbon, auquel le roi avait donné le gouvernement du Milanais, pour le taire confier à son frère Lautrec, qui fit grand tort aux affaires du roi dans tout le duché, par ses nombreuses exactions et par les mauvais procédés dont il aisa a l'égard de Trivulce, le

Ï)lus ancien et le plus zélé partisan de a France en Italie.

Lautrec lui-même fut victime de ces influences illégales, mais toutespuissantes, qui s'exerçaient à l'ombre de l'autorité royale, lorsque la duchesse d'Angouléme, mère du roi, se fit livrer, pour le laisser sans ressources, les quatre cent mille écus destinés à payer ses troupes. Le Milanais fut

LVirnFEfts.

pordu, Laatrec disgracié, et le surin* tendant des finances, Semblançay, qm avait donné l'argent sur les quittances de la duchesse, pendu à Montfaucon, parce que les pièces justificatives lui ayant été frauduleusentent enlevées, H ne put prouver remploi du million que le roi lui avait conné pour rarmée d'Italie.

Ce fut encore Louise de Savoie qui, par ses persécutions, poussa à la révolte le connétable de Bourbon , <|u*elle voulait dépouiller de tous ses biens.

Si la formation d'une cour entraînait tant d'abus, elle créait aussi, il faut le dire, une position nouvelle à la royauté vis-à-vis de la noblesse. Déci-> mes et ruinés par les guerres lointain nés, auxquelles le roi les conchiisait, rompus à Tobéissance par les habi-»

tudes du service militaire, les nobles vinrent perdre à la cour, et dans les amicharnbres du roi et de ses minis« très, ce qui leur restait de fortune et d'indépendance. Fi^ncois I*' commença, sans se rendre 'bien compte du résultat, et peut-être par le seul goût des plaisirs et de la magnificence, ce système que Louis XIV poussa à ses dernières conséquences. Alors le roi ne se trouva plus isolé, comme il l'avait été longtemps, et entouré seu* lement des «gents de son autorité:

une noblesse nombreuse, couverte de cordons et de titres, se pressa autour du trône, et cacha sous les vides formules d'une sévière étiquette la vanité de son existence et la perte de tous «es droits. La s«rvil^é fut ennoblie, et un siècle plus tard , le roi , ne voyant plus au-dessous de lui que des nèoles valets et un peuple esclave, put dire dans son orgueil de date récente :

1,'Étaty c'est moi.

-La nouvelle cour exençe, du reste, une heureuse influence sur le perfec* tionnement de la languefrançaise et sur les progrès des arts et de la littérature, que tous les nobles encouragèrent, à rcxemple du roi. C'est de ce règne, en «ffet, que commence en France la renaissance des lettres et des arts , qui depuis un siècle faisaient la gloire de l'ïtai^. Cuidé par les pfim âsx Beltay,

gn'â empliyait tour h tmx i négociateurs, coranne eapitainei tt comme conseillers, François V s^entoura d'une sorte d'acadénne. Pierre Ducbastel, helléniste, qui corrigeait à Bâle les éditions grecques d'Érasme, lut nommé lecteur éa roi. Guillaume Pelissier fiut envoyé à Venise, avec le titre d'ambassadeur, pour recueillir des manuscrits grecs, syriaques et bébreux, destinés à enridbir la bibliothèque royale; le savant Danès eut l'éveché de Lavaur et le titre de professeur de grec au collège dé France.

Budée, le pku grand Grec de r Europe, comme disait Scalif;er, fut maître des requêtes de la librairie royale, et chargé de négocier avec Érasme, pour lui aire accepter la direction du collée de France. Le roi alla jusqu'à o^rir un évéehé à l'élégant écritain de Rotterdam, s'il consentait à accepter; mais il reâisa après dix-huit mois de tentatives faites par Budée. André Lascaris, le mattre de Budée et de Danès, alla à Venise chercher de jeunes Grecs, que le roi voulait faire élever avec de jeunes Français, pour répandre rapidement l'usage'de la plus belle langue qui ait été panée.

Pour ofonner à l'étude des littératures anciennes, que ces savants hommes devaient ranimer en France , un centre et une direction, François créa le collège de France, où renseignement devait être gratuit, tandis qu'il était alors payé a la Sorbonne et dans les écoles de l'université , et le fut jusqu'ea 1720. Grâce à cette institution , des

Î>rofesseurs de sciences exactes , de phiosophie grecque, d'éloquence latine, de langues orientales et de médecine, étrangers à l'université, et par conséquent libres de leurs paroles, donnèrent aux pauvres «omme aux riches des leçons sur les matières les (dus élevées. Aussi ce fut du ooUége ^ France que partit le premier coup qui renversa les théories d'Arislote et ouvrit une voie nouvelle aux spéculations philosophiques.

La bibliothèque du roi enrichie de nombreuses aoauisitions, rîmpr<inerie royale qu'il fonda , sont , av.ec 1

SU

de Franee, des monuments qui subsistent encove du 2èle de Franoois r* pour les progrès des lettres. Enoou« racée par la munificence royale, l'étude embrassa toutes les branches des oonneissances humaines. Cujas, Dumoulin, Alctat, Duferrier, Ghasseneux, Tiraqueau, forcèrent les grands jurisconsultes du seizième siècle. Pierre Brissot, Êoiltanme Gbp, frent entrer la médecine dans la voie féconde de l'observation. Ambroise Paré créa, pour ainsi dire, la chirurgie; Pelissier et Fine cherchèrent à inspirer, l'un le goût de rhistoipe naturelle, l'autre celui des sciences exactes.

La littérature nationale prit aussi un essor nouveau. Calvin créa la langue de Corneille et de Bossuet dans son Instiiuùion chrétienne. Les mémoires du loyal serviteur, ceux de Fleurange, de Martin du Bella;^, etc., méritent à divers titres de sérieux éloges; Marot passa longtemps pour un grand poëte, et le roi lui-môme fit des vers qui justifient presque l'admiration de ses cour^ tisans; enfin Rabelais écrivit sous une forme bouffonne la satire de son temps, h^épargnant ni les choses, ni Les personnes, ni l'ambition et Tavidité des princes, ni les vices de l'administration et des lois , ni les lenteurs ruineuses dtes procès, ni le pédantisme des maîtres de l'université. Rien n'échappa à sa verve, et il fit en riant le procès à son siècle.

Les arts, encore plus efficacement

{protégés, changèrent, pour ainsi dire, a face de la France, qoi avai^ été jusqu'alors réduite aux héritiers ignorants et inhabiles des artistes du moyen âge. Léonard de Vinci , André del Sarto, Rosso , Cellini , Salviati , le Prima tice, appelés par François P% apportèrent en France les arts de Tltalie, et y formèrent des élèves, qui, dociles à Ieu)>s leçons, couvrirent bientôt la France des chefis-d'œuvre de la renaissance.

Dans ce grand giouvement qui , sous ce règne, entraîne la France, pour la placer bientôt dans les lettres , les arts et les sciences, à la tête des nations européennes, quelle part revient-

il à rinfluence personnelle de François rr P Sans Aule, la Frâboè, qui par tant de guerres avait appris à eon« nattre l'Italie et les ehefs-d'eBuvre de ses grands maîtres, aurait sans lui accueilli la renaissance; mais le développement intellectuel aurait-il été si vaste, si rapide, si durable, sans Fémulation excitée par le prince, sans Pengouement dont toute ta nation se prit, à son exemple, pour une civilisa- . tion brillante, sans les établissements qu'il forma pour la propager et assurer son existence dans l'avenir ? François P' fit ce qu'avaient fait avant lui Périclès, Auguste, Léon X, et ce que devait faire Louis XIV. Il ne forma pas les grands hommes, mais il sut les reconnaître, les tirer de la foule, et exciter leur zèle et celui de leurs élèves par des récompenses et des distinctions.

Dans un autre ordre de faits, François P' mérita bien de la France. La législation civile 6it réformée par redit de Villers-Cotterets , qui aujourd'hui encore est considéré comme étant en vigueur, dans celles de ses dispositions qui n'ont pas été spécialement abroges. Une marine royale fut créée , et le port du Havre creusé. Des navigateurs partirent pour visiter l'Amérique du Nord , reconnaître le Canada , et former quelques établissements coloniaux. Enfin une armée nationale fot organisée et composée de sept légions, chacune de six mille hommes, qui rendirent d'importants services, non-seulement pour la défense du territoire, mais pour les guerres d'Italie.

C'est encore François I" oui , en constituant des rentes sur l'hôtel de ville, créa la classe des rentiers, dont quel-

?u'un a dit qu'ils sont le trésor et armée du pouvoir.

§ m. Suite de la lutte de la France contre la maison d^ Autriche.— La France s'ejforce de reporter sa Uf mite orientale jusqu^au Rhin.

HENBI lU

Le traité de Crëpy n'avait été qu'imparfaitement exécuté. Le roi avait

sia

L'UNIVERS

Srdé 1« Piémont et la Savoie. D'ailirs, le dauphin avait signé à Fontainebleau une protestation secrète, en présence du duc de Vendôme et des comtes d*Enghien et d'Aumale, par laquelle il déclarait qu'il ne ratifiait le traité de Crépy que par obéissance jiour son père , et sans aucune intention de l'exécuter. Il regardait l'abandon des droits de la couronne sur les comtés de Flandre et d* Artois, sur le duché de Milan et le royaume de Naples , comme contraires à son intérêt autant qu'à l'intérêt général du royaume ; et il déclarait formellement que sa ferme résolution était de les reprendre, aussitôt qu'il serait hors de la puissance paternelle. Ainsi, l'interminable guerre entre la France et l'Autriche allait recommencer; mais François T" était mort , et des mains plus jeunes et moins puissantes allaient supporter tout le poids de cette lutte opiniâtre^

jévénement et caractère de Henri IL— Le successeur de François I*', Henri II, était âgé de 29 ans à la mort de son père , dont il n'était que le second fils. L'alné était mort depuis plusieurs années, après une maladie violente et douloureuse qu'on attribua généralement au poison. Le nouveau roi était marié à Catherine de Médicis, nièce du pape Clément VII. Il était d'un caractère doux et facile, mais fuible, ignorant, insouciant des affaires , prêt à se laisser diriger par ses favoris, par ses maîtresses, par tous ceux enfin qui exerçaient sur lui quelque ascendant. «Il n'avait, dit Théodore de Bèze, ni la vivacité d'esprit, ni la faconde de son père, mais bien un naturel de soi-même fort débonnaire, et tant plus aisé à tromper, de sorte qu'il ne voyoit ni jugeoit que par les yeux, ' oreilles et avis de ceux qui le possédoient. » Beaucaire remarque que « ressemblant plus à son aïeul maternel, Louis XII, qu'à son père , il lui aurait aussi ressemulé dans l'administration du royaume, s'il avait eu comme lui des hommes de bien pour conseillers , car il paraissait né pour être gouverné,

non pour gouverner; il ne faisait presque rien d'après lui-même , et ne se conduisait que d'après les avis de ses familiers les plus intimes. Quant à sa figure, sans égaler celle de son père, sa taille était cependant élevée, son corps carré, robuste , et propre à tous les exercices, quoiqu'il fût disposé à l'embonpoint, contre lequel il se prémunissait par la régularité de sa diète et par un exercice journalier; et cependant il égalait à la course les hommes les plus lestes ; son teint était obscur, ses clieveux et sa barbe étaient noirs. »

Contrairement aux conseils de son père mourant, Henri II disgracia surle-champ tous les ministres, pour donner sa confiance au duc de Guise , et surtout au connétable de Montmorenc]^, C|u*il nommait son vieux ami.

Celui-ci , dit le conseiller d'État Bochetel , embrassa incontinent tout le faix des affaires^ et le roi, sans ressentiments lui-même, adopta tous ceux du vieux connétable qui allait le diriger.

Mais , bientôt on put s'apercevoir que l'influence de Montmorency serait balancée par celle de la maîtresse du roi, la fameuse Diane de Poitiers, qu'il créa duchesse de Valentinois, aussitôt après son avènement. Diane de Poitiers était fille du comte de Saint- Vallier, qui avait été impliqué dans la conspiration du connétable de Bourbon. Il paraît cju'elle avait obtenu la grâce de son père au prix de son déshonneur. Elle devint, à partir de^ce moment , la maîtresse de François JL"', qui en eut , dit-on , une fille que l'on nomma Diane comme elle, et qui fut plus tard légitimée. Àlais Diane soutenait qu'elle n'avait jamais cédé aux désirs de François T". A la mortde ce prince, elle était âgée de quarante-huit ans, mais elle avait conservé tout l'éclat de sa beauté. Henri II, qui l'aimait depuis longtemps , lui laissa prendre sur lui le plus Complet ascendant. Brantôme affirme même qu'il voulut faire légitimer'unefillequ'ellelui donna, mais qu'elle s'y opposa, en lui disant : « J'étais née pour avoir des en- &nts légitimes de vous; j'ai été votre maîtresse, parce que je vous aimais;

je ne souffrirai pas qu'un arrlt me déclare votre concubine (*), » Henri II lui témoigna son aiiiour par les preuves les pJus irrécusables. La cour du château de Saint-Germain qu'il fit bâtir présente la forme d'un D. Il construisit pour elle plusieurs appartements au Louvre , ou Ton voit encore leurs chiffres entrelacés, comme on les retrouve aussi sur tous les livres et manuscrits de la bibliothèque royale reliés à cette époque. Il lui éleva le château d'Anet, dont la belle façade a été depuis transférée à Paris au palais des Beaux-Arts.

Toutefois , quelle qu*ait été la nullité de ce prince , son régné présente une grande importance pour l'histoire religieuse et pour l'histoire politique. Jusu'ici nous n'avons pas encore parlé es premières destinées de la réforme en France, et de la lutte de François V contre les idées nouvelles.

Nous en agirons de même pour le règne de Henri IL L'étude des premiers progrès de la réforme, sous ces deux princes, trouvera plus convenablement sa place en tête du règne de François II et aux guerres de religion.

Ainsi , nous ne nous occuperons que des événements politiques du règne de Henri II. Ces événements sont nombreux et présentent un haut intérêt.

Nc^s aurons à raconter la bataille de Saint-Quentin, et les conquêtes qui dédommagèrent la France de cette sanglante défaite; la crise de Calais, cet événement si glorieux et si populaire qui couvrit de gloire le duc de Guise ; la prise de Metz , de Toul et de Verdun, qui commence cette série d'acquisitions que la France a faites depuis sur la frontière du Rhin sous Richelieu , Louis XIV et la République, enfin, la paix de Cateau-Cambresis qui mit ûn^ pour cinquante ans, à la lutte entre la France et l'Autriche. Tels sont les faits importants du règne de Henri II , sur lesquels nous nous proposons d'insister.

Révolte de la Guyenne. — Traité

(*) Braûtôme, Femmes galantes, t. VIL

de Chambord.-^Prise Se MetZy Toul et Ferdun, — Henri II fut sacré à Reims le 27 juillet 1547. Il avait fait sommer Charles-Quint de venir assister à la cérémonie, en sa qualité de comte de Flandre. L'empereur lui fit répondre que , s'il venpM , ce serait à la tête de cinquante mille hommes.

C'était l'époque où la puissance de Charles -Quint était parvenue à sou apogée. Il venait d'humilier la France, en imposant à François I^ le traité de Crépy ; il était tout-puissant en Espagne et en Italie ; il avait enfin vaincu tout récemment les princes protestants à Muhlberg, et il ne se proposait rien moins que de changer en une souveraineté réelle la souveraineté nominaleque les empereurs exerçaient en Allemagne.

Heureusement pour la France, le protestantisme vaincu par les armes de Charles-Quint conservait en Allemagne des partisans nombreux et ardents qui étaient tout disposés à s'allier à nos rois contre leur empereur. Henri II, de son côté, ne cherchait qu'une occasion favorable pour recommencer la guerre. Il écrivit aux princes de l'Empire et aux villes impériales , les exhortant à recouvrer leur liberté et leur promettant sa puissante assistance. En même temps il excitait secrètement les Turcs à envahir la Hongrie , et suscitait des ennemis à Charles-Quint en Italie.

La cour de Henri II était tout occupée de ces négociations et des préparatifs de la guerre , lorsqu'un événement imprévu vînt plonger la France dans le deuil. Ce fut la révolte de la Guyenne. François P' avait établi un impôt uniforme' sur le sel dans toutes les provinces de la France. Cet impôt , qui pesait principalement sur les classés pauvres, avait causé un mécontentement général. Ce fut bien pis, lorsque Henri II établit de nou« veaux impôts pour satisfaire la cupidité de ses favoris et de sa maîtresse. Les souffrances devinrent intolérables, surtout dans le midi de la France. En 1548, une révolte éclata en même temps en Saintonge et en Guyenne, révolte toute pdpulaire , eaasée parla

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UUNI¥SI|^

mlière, il à bfMlteleii tmfU» in* fluentes restèrent étrangires. Les révoltés se reodirent mattres de Saintes et livrèrent à des supplices cruels les maeistrats et les percepteurs d'impôt.

L'effroi était général , et les bourgeois se tenaient enfermés dans leurs maisons, sans vouloir prendre part à Tiasurrection. A cette nouvelle, Tristan de Moncins, parent du connétable do:

Montmorency, qui s'était rendu odieux par la sévérité de son administration, assembla le peuple à Bordeaux et le liarangua pour lui inspirer de la eraînte, ea lui amionçant les châti- «lents que le roi réservait aux rebeK les. Ces menaces excitèrent Tindignatioo delà foule, qui se porta à Fiostant vers l'arsenal, en enfonça les portes e| massacra ensuite Moncins et les em<f ployés delà gabellie. Pour apaiser cette révolte, le roi envoya le connétable de Montmorency dont la réputation était devenue proverbiale, depuis qu'il avait saccagé la Provence i^our la sauver, D^à les insurgés s'étaient soumis, et les plus coupables avaient été condam^ nés à mort et exécutés. Montmorency n'eq entra jpas moins dans Bordeaux par la brècne, après avoir fait abattre un pan des murailles. Il distribua ses soldats dans tous les quartiers de la ville , et désarma les habitants. Des informations furent commencées. « Enfin, dit de Thou, le peuple de Bordeaux fui déclaré atteint et convaincu du crime de sédition , de rébellion et de lèse^majesté, et privé en conséquence de tous ses privilèges , du droit^ d'élir^e un maire et des jurats, de faire des assemblées de ville, de tenir des sceaux, d'exercer aucune juridiction , d'avoir un trésor commun et des possessions publiques. La maison de ville devoit Itre rasée , et toutes les cloches des églises transportées dans des châteaux, qui seroient fortifiés aux dépens du peuple. Il fut condamné encore à équi^ per à ses frais deux galères, pour servir à la défense des gouverneurs de la province contre les entreprises des citoyens mêmes. Enfin, pour expier l'horrible attentat qu'ils ayoient commii qpolcela gwiQtm 4^ MOPçiR^i U|

sentence aortoit qu'ils ledétenreroîene eux>méaies, non avec le secours ds quelque instrument , mais avec leur) propres ongles , et que le corps de ce seigneur seroit conduit de nouveau a la sépulture , par les jurats, et six vingts bourgeois en habit de deuil, et le flambeau à la main. » Tous ceux qui avaient pris part à la révolte fijrent conduits au supplice. Le connétable, voulant leur infliger les mêmes tourments ou'ils avaient fait éprouver aux employés delà gabelle, les faisait pendre, décapiter, brûler vifs, tirer à quatre chevaux, attacher au battant des cloches. Les juges et les bourreaux semblaient faire assaut d'iavention pour prolonger leur agonie. Ces supplices excitaient l'indignation, mais le peuple se borna à murmurer en secret, et ne tenta aucun effort. Toutefois ce triomphe de la volonté d'un seul sur la volonté de tous fit éclore une grande pensée qui marque le progrès du siècle. Au milieu du silence général s'éleva tout à coup la voix éloquente d'Estienne de la Boetie, Tami chéri de Montaigne. Les vrais principes de la liberté avaient ^ermé dans cette jeune tête, près de trois siècles avant fa révolution française , et il le montra bien lorsqu'il publia son livre intitulé : le CorUr'un, ou de la Servitude vohrUaire. Cet ouvrage, dont la pensée révolutionnaire est indiquée par le titre même , est un des Elus beaux monuments de la langue rançaise. C'est un appel aux vengeances populaires écrit avec une énergie éloquente et avec une verve que les passions les plus ardentes n'ont peut-être jamais Calées depuis.

L'ouvrage de la Boétie exerça une trop puissante influence sur les masses pour que nous n'essayions pas d'en donner une idée plus nette et plus complète. Notre but n'est pas seulement de raconter les faits politiques , mais de les apprécier, en insistant sur les idées qui les ont préparés^

La Boétie s'efforce de démontrer que les tyrans seraient sans fonce, s'ils n'étaient secondés par le peuple; oue m Qçnafyg^^ut Yin\étét d^ ^us, s^q*

ANNALES DE V^^T,Oim% |>E FRANGE.

Hîssanl contr*tm, perdrait (^ foiivoir odieux qui opprimé toute une uàtioa, « Pauvres gens et misérables, dit-îl, peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal, et aveugles en votre blen^ vqus vous laissez emporter devant vous le plus beau et le plus clair de votre revenu ; piller vos cnamps, voler vos maisons, et les dépouiller des meu-. blés anciens et paternels ; vous vivez, de sorte que vous pouvez dire que rien n'est a vous. . . Et tout ce dégât, ce malheur, cette ruine vous vient non pas des ennemis, mais bien certes de Tennemi, et de celui aue vous faites si grand qu'il est, pour lequel vous allez si courageusement a la guerre»

pour la grandeur duquel vous ne refusez point de présenter à la mort vos personnes. Celui qui vous maîtrise tant R*a que deux yeux , n'a que deux mains, n*a qu'un corps , et n a autre chose que ce oii^a le moindre homme du nombre innni de vos villes , sinon qu'il a plus que vous tous Favantag^ que' vous lui faites pour vous détruire (*). » La Boétie examine ensuite comment cette servitude, forcée à Vo-^ rigine , a pu devenir volontaire. « L£| première raison, dit-il, de la servitude volontaire , c'est la coutume ; ils disent qu'ils ont été toujours sujets, que leurs pères ont ainsi vécu. Us pensent qu'ils sont tenus d'endurer la mort, et le se font accroire par exemples, 0t fondent eux-mêmes sur la longueur la possession de ceux ^ui les tyrannisent. Mais , pour vrai dire , les ans ne donnent jamais droit de mal faire, ains agrandissent l'injure. Toujours en deraeure-t-il quelques-uns mieux nés que les autres, qui sentent |e poids du jou^ et ne peuvent tenir de le crouUer; qui ne s'apprivoisent jamais à la subjection ... Ce sont ceux qui ayant la tête bien faite , l'ont encore polie par l'élude et le savoir. Ceux-là , quand la liberté seroit entièrement perdue et toute hors du monde , l'imaginant en leur esprit , et encore la savourant , la servitude ne leur est jamais de goût, pour si bien qu'on l'accoutre. »

(*^ Discours de la IQipélie, à la suite àe$ Essais de Montaigoe.

' Au moment mèjfxfp de la révolte 4ela Guyenne, une irévolution, tentée à Gênes , semblait annoncer que la pacification de l'Italie n'était pas complète. Le célèbre amiral Anciré I)oria, qui avait quitté le service dé la France pour celui de Charles-Quint, avait organisé à Gênes une aristocratie , à la tête de laquelle il s'était trouvé placé. Ce nouveau gouvernement était contraire tout à la fois au parti populaire et au parti français. Le mécoptenteroe^t augmenta encore, lorsqu'on vit le vieux Doria accabler de faveurs son neveu Giannettino, qu'il destinait a le remplacer un jour, et qui n'avait ni son talent ni ses vertus. Les républicains génois formèrent contre lui une cons-

Siration pour rétablir le gouvernement émocratique. Le comte Jean-Louis Fieschi se trouvait à la tête du complot. Au jour indiqué, les conjurés prirent les armes, et furent secondés par une partie du peuple. Tout allait réiissir, lorsque les forçats se révoltèrent dans le port, et Fieschi, $e rendant aux galères pour apaiser cette révolte, tomba à l'eau, et se noya acr çablé nar le poids de son armure. Sa mort ut échouer la conspiration. Si elle avait réussi, la France aurait peut-être commencé immédiatement la guerre.

Ce sont là les principaux évéuementu qui occupèrent ]9enri I( pendant les cinq premières années de son règne.

EnGn, en 1552 , comme l'eippereur as?

Jurait plus ouvertement que jamais ^ a monarchie universelle, comme il f)arlait en maître au sein ()es États dç 'Empire, comme il détruisait les princes protestants, moins par haine pour les doctrines nouvelles qpe pour asseoir sa toute-puissaqce sur la ruine de la féodalité qui subsistait epcore tout entière en Allemagne, Henri II ju^ea que le moment d'intervenir ét^ift arriva pour la France.

Parmi les princes de l'Empire qui redoutaient le plus les progrès de la puissance impériale, se trouvait cç même Maurice de Saxe qui avait si longtemps servi Charles-Quint, mais qui désormais n'avait plus rien à espérer de ^uij p^ce qu'i| j^f j^arvenu

L'UNIVERS

au but de son ambition. Pour mieux couvrir ses p1*ojets , il s'était tait donner ie commandement de Tarmée ^ui assiégeait Magdcbourg, la seule ville

3 ni osât encore résister au vainqueur e Muhlberg. Mais , pendant qu'il traînait le siège en longueur, pour mieux assurer le succès de sa tranison , il signait avec la France un traité d'alliance (5 octobre 1551). Cette alliance entre la France et les États protestants de r Allemagne avait pour but de résister aux pratiques de l'empereur, « employées pour faire tomber leur chère patrie, la Germanie, en une bestiale , msupportable et perpétuelle servitude, comme il a été fait en Espagne et ailleurs. » En conséquence, Maurice de Saxe s*enga£;èait, au nom des princes deTEmpire, a attaquer rempereur et tous ses adhérents , et à ne taire avec lui ni paix ni trêve sans l'aveu de la France. Henri II s'engageait, de son côté, à fournir des subsioesà ses alliés; deux cent quarante mille écus pour subvenir aux premiers frais de la guerre, puis un subside régulier de soixante mille écus par mois. Il promettait, en outre, de faire une diversion en leur faveur, mais son but n'était autre que de s'emparer de quelques villes de la Lorraine qu'il convoitait depuis lon^emps. « On trouveroitaussi bon, disaient les princes pour s'assurer son concours , nue ledit seigneur roi s'impatronisût le plus tôt qu'il pourroit des villes ^ui appartiennent d'ancienneté à l'Empire, et qui ne sont pas de la langue germanique , savoir , de Cambrai , Toul en Lorraine, Metz et Verdun, et autres semblables; et qu'il les gardât comme vicaire du saintempire, auquel titre nous sommes prêts de le promouvoir à l'avenir; en reservant toutefois audit saint-empire les droits qu'il peut avoir sur lesdites villes , afin que , par ce moyen , elles soient ôtées des mains et puissance de l'ennemi (*). » Ce traité fut ratifié par le roi à Chambord, le 15 janvier 1552. Charles-Quint était retenu dans son lit à Inspruck , malade de la goutte ,

" n Traité de paix, t. Il, p. a58.

lorsqu'il reçut une ambassade solennelle de Maurice de Saxe et de l'électeur de Brandebourg, pour réclamer la mise en liberté du landgrave de Hesse qu'il retenait prisonnier. Il apprit presqu'en même temps que le Ç rince Maurice avait pris la route du yrol, à la tête d'une armée de Saxons, publiant partout sur son passage un manifeste par lequel il se déclarait le défenseur de la religion protestante et des anciennes libertés de l'Allemagne. Il avançait si vite qu'il fut sur le point de surprendre Tempe- j reur à Inspruck. Charles-Quint fut , averti au milieu de la nuit que, dans %! quelques heures, il allait se trouver au ' pouvoir de Maurice. La pluie tombait par torrents. Il était au lit , en proie a de vives souffrances. Il se fit cependant transporter dans une litière, et, par des sentiers de montagnes , il se dirigea sur Villach, en Carinthie, éclairé à travers les précipices par des flambeaux.

Pendant ce temps, Henri II avait laissé la régence du royaume a la reine | Catherine de Médicis, et s'étant déclaré le protecteur des droits de TEmf)ire , il avait conduit une armée vers es trois villes impériales, ou les Trois- Évéchés, qui défendaient l'entrée de l'Allemagne du côte de la France. Le 10 avril 1552, il se présenta devant Metz. Le cardinal de Sénopcourt, évéque de cette ville, fut employé pour gagner les habitants du quartier du Heu.

« Le sieur de Tavannes y est envoyé ; il les harangue, les intimide, les remplit de promesses, tire parole d'eux de recevoir le connétable avec ses cardes et une enseigne de gens de pied.

Puisque le roi alloit pour la liberté de l'Allemagne, il ne pouvoit moins qu'avoir son logis en leur ville. Il conduit les bourgeois au connétable; soudainement tous les meilleurs hommes de l'armée, au nombre de cinq mille, sont mis sous une enseigne et entrent en la ville de Metz, les deux maréchaux de camp à la tête. Le sieur de Bourdillon s'avauce en la place , le sieur de Tavannes demeure à la porte, que les bourgeois vouioient à tout coup fer-

mer, Toyant cette enseigne si accompagnée; toujours il les en garde par Délies paroles. Un capitaine suisse , à la solcie de ceux de Metz , tenant les clefs, ayant vu entrer plus de sept cents hommes, les jeta à la tête du sieur de Tavannes , avec le mot du pays : Tout estchmié^ et quitta la porté, que le sieur de Tavannes tint jusques à ce que le connétable arriva (*). » La ville étant ainsi tombée au pouvoir du roi de France , les bourgeois furent forcés de lui prêter serment de fidélité.

L'armée passa ensuite par Lunéville etSarrebourg, etentraeh Alsace par Saverne. Le connétable s'était vanté au roi, R qu'il entreroit dedans Strasbourg et les autres villes du Rhin comme dedans du beurre, et qu'ils n'étoient pas plus spirituels gue ceux de Metz. » Il se présenta en efret devant Strasbourg , accompagné de deux cents de ses plus braves soldats, qu'il faisait passer pour des ambassadeurs curieux de voir cette ville. Mais les habitants avaient été avertis d'avance du < oup que l'on méditait contre eux , et lorsque la troupe fut arrivée à portée de canon , ils l'accueillirent par une salve d'artillerie qui en tua dix ou douze et força les autres à s'enfuir. La nouvelle de cette tentative contre Strasbourg répandit l'alarme en Suisse^ et en Allemagne.

Les princes protestants envoyèrent des ambassadeurs au roi, pour le prier de ne pas commettre d'hostilités contre l'Empire. Les Suisses lui remontrèrent que les villes de Strasbourg , Colmar, Schlestadt, étaient alliées avec eux.

Henri II, qui tirait de la Suisse sa meilleure infanterie, se garda bien de les mécontenter. Il ordonna qu'on fît boire les chevaux de son armée dans les eaux du Rhin, en témoignage d'une expédition qui passait alors pour lointaine et aventureuse, et, le 13 mai, il retourna en Lorraine. Les villes de Toul et de Verdun furent prises par ruse comme Metz , et ces trois villes sont restées depuis à la France.

Charles-Quint, qui n'avait fait aucun préparatif pour résister à une at-*

(*) Mémoires de Tavannes.

taque aussi soudaine et aussi imprévue, comprit qu'il fallait céder. Il signa la paix provisoire de Passau , qui accordait a.r Allemagne la liberté de conscience et l'égalité des cultes catholique et protestant. Une diète devait se réunir tous les six mois , pour aviser aux moyens d'assoupir toutes les discordes de religion. Cette même diète devait veiller à l'entière exécution de la bulle d'or et des anciennes constitutions de l'Empire. Toutes les troupes de l'empereur et des princes protestants devaient être congédiées , toutes les offenses oubliées ; enfin le roi de France était invité à faire connaître ses griefs contre l'empereur , pour participer ensuite à la pacification générale (1552).

Suite de la guerre entre Henri II et CharlesTQuint. — Siège de Metz,^ Revers et àbdicaiion de Charles- Quint, — En signant la paix avec les protestants d'Allemagne , Charles- Quint espérait pouvoir réunir toutes les forces de l'Empire pour recouvrer les trois évéchés de Metz , Toul et Verdun. Henri II avait annoncé d'abord qull les garderait pour l'Empire ; mais depuis qu'il en était le maître, il déclarait hautement qu'il voulait les réunir à sa monarchie , et il rappelait que toute la rive gauche du Rhin avait tait partie du royaume de France, sous les Mérovingiens et sous les Carlovingiens. Déjà il les avait mis en état de défense, et il avait confié le commandement de Metz au duc de Lorraine ^ François de Guise, son favori, qui était le plus habile général de son temps.

« Metz est située au confluent de la Seille et de la Moselle ; cette ville, puissante dès les plus anciens temps de la monarchie , enrichie par son commerce et par sa liberté, prospérant sous une administration municipale qui lui conservait tous les droits d'une république, avait, à ce qu'on assurait, neuf milles de circonférence. Mais elle était à peine fortifiée : les deux rivières quf l'entouraient lui servaient de remparts; dans l'espace qui les séparait , la vill<»

dis

L^ÙNÏVÉftS.

était couverte > entre Toecident et le midi , par un ^rand bastion. Dè& que le duc de Guise y fut entré, ij s'occupa de compléter ces fortifications et d'en élever de tous côtés de nouvelles. Pierre Strozzi et l'ingénieur Camillo Marini' en dirigeaient le tracé. Les Italiens seuls Unissaient les sciences exactes à l'art de la guerre , et s'étaient élevés à la théorie de l'attaque et de la défense des places. De son côté, Guise donnait l'exemple du travail et de l'activité ; souvent il portait lui-même la hotte , et le marquis d'Elbeuf, Biron , la Rochefoucauld, Randan , IVemours, Gonnor, Martigueàel; le vidame de Chartres suivaient son exemple. En même temps il faisait démolir les faubourgs, les maisons de plaisance, les églises qui pou* vaient nuire à la défense. Quelques-unes de ces dernières étaient au nombre des plus illustres sanctuaires de France.

Celle de Saint-Arnoul contenait lé tombeau de Louis le Débonnaire, de sa mère et des principaux membres de sa fàtnillë. Avant de la raser , on éia trans[)orta les ossements dans l'église de Saint-Dominique , avec des cérémonies religieuses. Mais Guisè traitait les vivants avec plus de rudesse encore gue les morts : la moitié de la ville était ruinée par la démolition de cinq des faubourgs , tous les citoyens avaient été contraints de travailler en personne aux fortifications; et lorsque leur œuvre fut terminée , Guise chassa de là X^}e les vieillards, les femmes, les en- Uttïs , et tous ceux des chefs de fatoille sur le dévouement desquels il né ferbyàit pàîs pouvoir compter (*). »

Chàrleis-Quint avait passé le Rhin ,

1e 16 septembre , avec une armée de iôixaiite mille hommes.^11 avait sous (*^ies ordres le marquis de Marignan et e duc d'Albe, qui étaient renommés pour leurs talents militaires. Le 19 octbbre* cette armée parut devant Metz, et le dUc d'Albe commença aussitôt a investir la place. Charles -Quint s'é-

Siit arrêté a Thionville ; car sa santé élabrée né lUi avait pas permis de

« (*) Sîsmôndi . diaprés deXhou et Bertrand dé Salignâc de la Molhé ï'éuelon.

supporter plus )ongteiii(»s ja vie des camps. JRlenri II « de son!cdté , avait assemblé une armée à dix lieues à l'ouest de Metz ; mais ses généraux lui confeillèrent de laisser l'armée impériale se fatiguer à un long siège , dans une saison si défavorable, plutôt que de lui présenter la bataille. Ainsi le roi se borna à envoyer des corps détachés pour inquiéter l'ennemi et lui couper les vivres. Les Impériaux s'opiniâtrèrent cejiendant à continuer le ^iége , et déjà l'artillerie avait ouvert de larges brèches dans la muraille. Mais derrière ces brèches s'élevaient de nouveaux remparts ^ui défendaient l'entrée de la ville assiégée. Tous les assauts furent repoussés, et le décourapment régnait dans l'armée impériale, lorsque Charles-Quint se fit porter lui-même i au camp, pour exciter ses soldats par ' sa présence. Mais les assiégés, eux { aussi , avaient vu accourir dans leurs murs des hommes qui voulaient soutenir leur ardeur. C'étaient le duc d'£nghieh , le prince de Condé , les deux fils du connétable de Montmorency, qui dirigeaient les sorties et se portaient partout où le danger exigeait leur présence. Déjà onze mille coups de canon avaient été tirés contre les remparts de Metz ; les soldats de Charles-Quint, enfoncés dans la fange glacée , moissonnés par les maladies , étaient hors d'état de combattre ; enfin l'empereur leva le siège, le 1*' janvier 1553, après avoir vu périr trente mille deses meilleurs soldats. « La fortune, « dit-il avec une douleur amère, n'aime « point les vieillards , » et il ordonna la retraite, qui devait être désastreuse. « L'empereur , dit François de Rabutin , se voyant déchoir et diminuer de toutes choses , craignant le retour de l'armée du roi , et tomber en plus grande honte et vitupère pont trop attendre, se retira des premiers, le premier jour de l'an , laissant au due d'Albe toute charge pour départir son armée et ordonner de la retraite. Sitôt ^'il fut su par le camp que César étoit jSàrti , les chemins et villages à i'eMtdur lurent couverts et pleins de ses soldats, qui se retiroîent les uns en leurs

ÀSNALES DB t'MÎISf 01R« DE FRANCE.

quartîH^», hs miM où fis pouvt)f6nt, en t\ Érande indigence et misère , qiire je ne fais point dâ doute <]ue les betes hiêmes, voire les plus cruelles, n'oussent eu quelque pitié de ces misérables soMats , tonrbant , chancefant par les chemins par extrême nécessité , et le pluis souvent mourant près des haies et au pied des buissons , pour être proie aux oiiens et oiseaux... Le duc d Albe et Brabanson, avec la plus grande partie de Tarmée impériale, étoient délogés éh lin désordre étrange...., sans bruit de trompettes ou tambourins , laissant les testes dï'èssées , et grandie quantité de toutes «ortes de harnais et armes , de caques pleines dé poudre à canon , un nomb^ infini de nieubles , et ustensileis ; àVant caché sous la terre une partie de leur artillerie: demeurant pour hostagëS une multitude incroyable de pauvres malades , envers lesquels M. de Guise, les princes qui étoient dedans Mebs , et généralement les autres , jusques aux simples soldats françois , usèrent de charité très-humaiiie , leur administrant toute nécessité et tels soulagemens que pauvres malades étranget's ont besoin; nota avec telle rigueur et austérité jute peut-être ils eussent traité les sujets du roi , juànd fussent tombés eiitrie leurs mains à leur merci (*). »

Ces actes d'humanité étaietat si rares au seizième Siècle , et la gloire qui en rejaillit sur l'armée française est si pure , que rioùs ajouterons au témoignage de Rabutfn èelîii d'un témoin oculaire, Vincent Garloix, secrétaire de Vièîllevillè ^ que nous avons déjà |)lusieurS fois cité.

«Nous séjournâmes en la ville, dit-il , jusqu'au lundis en très-grande liesse, qui eût été cemblie et parfaite. Sans lés grandes pitiés que notis vîmes au camp du duc d'Albe, qui étoient sî hideuses ou'il n'y avolt cœur qui nt erevât de douleur ; car nous trouvions des soldats par grands troupeaux , de diverses nations, malades à la mort;

Îui étoient renversés sur la boue; 'autres assis sur grosses pierres',

ayant lès ^Vht^s 4&fts lus Un^ëi, gelées juSquës atlk genoux, qu'ils ne pou voient ravoir, criant misérfcorde, et nous priant dé les achever èe tuer. En quoi M. de Guise exerça grandement la charité , car il en lit porter pîus de soixante a l'hêpital pour les faire traiter et gué- Hr; et, à son exemple, les princes et seigneurs iBrent de semblable , si bien qu'il en fut tiré plus de trois cents de cette horrible misère ; mais à la plupart il falloit couper les jambes, car elles étoient mortes et gelées {*). »

Chartes -Quint essava, lès deux années suivantes, de réparer cet échec et de relever sa puissance. Il érigea les dix-sept provinces des Pays-Pas en cercle de Bourgogne, tout en leur lafs- 6ànt leurs anciennes franchises , pour en former un faisceau redoutable que la France tae pourrait rompre, et qui servirait de boulevard à l'Allemagne dû Nord. En même temps, il mariait Son fils Philippe avec la jeune reine Marie Tndor , pour arracher l'Angleterre à l'hérésie, et l'entraîner plus sûrement dans son alliance; îi semblait se ranimer dans sa vieillesse poui* agiter de nouveau l'Europe : mais il était trop tard. L'unité de l'Église était brisée pour toujours. En 1555^ lés princes protestants lui imposèrent la pix d'Augsboulrs, qui justifiait toutes leurs révoltes précédentes , et établissait l'égalité parfaite des deiix cultes. Lui-même était accablé par la vieillesse et les infirmités.; son rôle était fini : il n'avait pu fonder . la mônarijhie universelle, ni assurer le triortiphe de l'Église. Il résolut d'abdiqueîr. Ëh 1S55, dans Une assemblée solennelle tenue à Bruxelles , il remit le sceptre des Pays-Bas et celui d'Espagne en faveur de son fils Philippe II ; et, l'annéb suivante, il abandonna la couronne i^npériale à son frère Ferdinand. Puis il se retira dans le couvent de Saint-Jusk en Estramadure. Il y vécut deux ans;, n'ayant plus d'autre occupation que dé cultiver un petit jardin , de paciner leS querelles des moines, de chanter aa lutrin et de réglisr des horloges. C'est

O ttéideires de TieUlevflk

L'UNIVERS-

ainsi que se reposait cette puissante

intelligence qui avait bouleversé le monde et réglé pendant trente-six ans les destinées de TEurope. EnGn , en 1558, Gbarles-Quiht, dégoûté de la vie, Gt célébrer vivant ses funérailles, se coucha dans son cercueil , répondit lui-même aux prières des morts qu'on récitait à son intention, et ne se releva de sa tombe que pour un jour (21 septembre 15^8).

Trêve de Faucelles, -»- Henri II la rompt, à la sollicitation du pape, pour attaquer Philippe II. — Expédition du duc de Guise en Italie, --> Batailles de Saint-Quentin et de Gravélines. — Prise de Calais. — Paix de Cateau - Cambresis. — Mort de Henri II. — Immédiatement après l'abdication de Charles - Quint , une trêve avait été conclue entre Henri U et Philippe II. Mais cette trêve ne pou< vait être de longue durée : les hostilités recommencèrent presque aussitôt.

Elles furent provoquées par le pape Paul IV , qui était alors en guerre avec le roi d'Espajgne. Le 8 novembre 1556, deux gentilshommes français, attachés à Tambassade, de Selve et Lansac, allèrent visiter le pape assiégé dans Rome par le duc d'Albe : « Sitôt que nous lûmes en sa présence , écrivirent-ils à leur cour, avant que d'avoir le loisir de lui entamer aucun propos, il nous demanda quelles nouvelles nous avioi^ du roi et du secours ; moi , de Selve , lui répondis que nous n'avions point eu de lettres depuis celles du 2 du mois passé ; mais que celles-là tjenoient une résolution si ferme et assurée dudit secours, que je pensois qu'on vaquoit à présent , et pensoit aux effets plutôt qu'à écrire, et qu'il ne pouvoit guère tarder que je n'en eusse quelque bonne nouvelle. Sa Sainteté répliqua que plût à Dieu qu'ainsi fût , et qu'il en etoit grand besoin; que jamais le roi n'avoit eu ni n'auroit telles occasions pour la grandeur et pour l'exaltation de toute

fin innîcnn /viio '/ioIIa /thi o'aA^h/^:*- . mA

sa maison que celle qui s'offroit; répétant les propos qu'elle avoit plusii lois tenus, de vouloir mettre la <

usieurs cou-

ronne de TEmpire sur la tête de Sa

Majesté, et faire son second fils roi de Inaptes, et un autre duc de Milan, et ériger ledit duché en royaume , et le faire roi de Lombardie ; et un autre , qu'il le feroit dès cette heure cardinal ; et qu'il ne cédoit à cardinal quelconque françois, quel qu'il fût, pour être plus François et aimer plus le roi que lui ; et que Sa xMajesté pouvoit bien faire son compte de ne voir jamais pape tant sien que lui, quelque François naturel qu'il pût être ; et que si fon s'étoit déclaré et avoit pris les armes contre un empereur et un pape pour un duc de Parme , qu'il ne savoit que dire si on ne les prenoit à bon escient non-seulement pour un pape, mais pour la querelle de Dieu et de son^ Eglise, et pour acquérir par manière' de dire la monarchie du monde, et tant de grands et si beaux États, et délivrer tant de peuples opprimés ; que le roi , s'il vouloit, seroit adoré comme un rédempteur de l'Italie ; qu'il avoit telle Qonnoissance de la bonne intention de Sa Majesté , et de l'affection et amour qu'elle lui portoit , qu'il se tenoit pour tout certain qu'elle ne lui manqueroit jamais de son aide et de sa promesse , si ce n'étoit par la malice et assassinement de quelques traîtres qui , pour leurs intérêts particuliers, vouloient empêcher la grandeur de Sadite Majesté sous le manteau d'une paix qui sembloit en apparence être une belle chose; mais que cette paix, en effet, n'étoit qu'une invention diabolique pour empêcher la ruine des hérétiques, schismatiques, ennemis de Dieu et de l'Église; et quiconque conseilloit et mettoit en avant une paix avec telles gens, il étoit ministre du diable, ministre, d'iniquité, favorable aux niébhans hérétiques, traître et déloyal serviteur à son maître ; et que Dieu le maudiroit et en feroit la vengeance, et qu'il prioit Dieu de le maudire comme lui le maudissoit , nous disant là-dessus a tous deux telles paroles : « Cbe- « minez droit l'un et l'autre, car je vous « jure le Dieu éternel quesi jepuis en- « tendre que vous vous mêliez de tel- « les manies , je. vcfus feriu voler les

- ANNALES DE L'HÏSTOIRE DE FRANCK

« têtes de dessus les épaules; et ne « pensez pas que j'attende pour cela a des nouvelles du roi ; car la première « chose que je ferai sera de vous faire « trancher vos têtes, et puis après j'en « écrirai au roi, et lui manderai que je a vous ai châtiés et punis comme traî- « très de Sa Majesté et de moi. Et « n'estim6:E pas c|ue pour telles gens a que vous le roi laisse de m'étre bon <t fils; car j'en enverrai par terre à « centaines de telles têtes que les vô- « très, et l'amitié d'entre le roi mon « fils et moi ne sera pour cela de rien « altérée. . Il m'a été donné une fois « une trêve infâme et maudite , et je « l'ai endurée pour une fois ; mais qui « me voudra pour la seconde fois.don- « ner d'une paix,«je vous jure le Dieu « vivant que je mettrai des têtes par « terre, et advienne qu'il en pourra «c advenir... » En somme, Sa Sainteté continua ce propos de nous faire trancher nos têtes, et de mécontentement, près d'une heure en telle colère, qu'elle s'en mit hors d'haleine, et ne pouvoitpfus parler (*). »

Le roi , averti de ces dispositions du pape Paul IV, assembla une armée dont il confia lé commandement au duc de Guise, gui venait de s'illustrer par la belle déiense de Metz. Le duc de Guise traversa les Alpes au cœur de l'hiver, avec quinze mille hommes (1557). Mais, au Heu de commencer par chasser les Espagnols et les Allemands de la Lombardie, il marcha vers Rome. Le pape le reçut dans cette ville le 4 mars , et annonça , dans une assemblée des cardinaux , son intention de prononcer contre Philippe II une sentence par laquelle il le dépouillerait du royaume de Naples , pour avoir pris les armes contre son suzerain.

Mais les vivres, les munitions de^ guerre , les soldats qu'il avait promis n'arrivaient point; lés partisans dont il avait annoncé le soulèvement dans Jes Abruzzes se tenaient tranquilles , et le duc de Guise se vit réduit à ses propres forces. Le. 24 avril , il vint mettre le siège devant Civitella. Cette

(*) Mémoire au roi, dansRikier, p. 66S.

ville était mal fortifiée; mais sa situation au sommet d'un monticule en facilitait la défense. Tous les assauts des Français furent repoussés; beaucoup de ^ soldats tombèrent malades ; les fourrageurs qui s'éloignaient du camp étaient enlevés par le duc d'Albe, qui n'attendait plus que quelgues renforts pour attaquer les Français. Le duc de Guisé prit enfin le parti de lever le siège. La tentative pour pénétrer dans le royaume de Naples n'eut aucun succès. Il était retourné à Rome*^, lorsqu'il reçut une lettre de Henri II, qui lui annonçait les désastres de Saint- Quentin , et Je rappelait avec son armée pour sauver le royaume. « Partez, « lui dit le pontife; aussi bien avez- vous « fait peu de chose pour le service de « votre roi ; moins encore pour l'Église, « et rien du tout pour votre honneur.»

A la nouvelle de la reprise des hostilités en Italie, Philippe II s'était rendu en Angleterre, et avait déterminé la jeune veine Marie, qui l'aimait avec passion, à déclarer la guerre à la France. Les armées réunies d'Espagne et d'Angleterre s'assemblèrent dans les Pays-Bas, et Philippe II en confia )e commandement au duc Philibert de Savoie. Henri II, qui avait envoyé l'élite de ses troupes en Italie, sous le commandementdu duc de Guise, donna l'ordre au duc de Nevers, gouverneur de la Champagne, et à Gaspard deColi- »gny, gouverneur de la Picardie, de se tenir sur la défensive tout le long de la frontière du Nord. Bientôt pn apprit que Tannée ennemie, forte de trente-cinq mille hommes d'infanterie et douze mille chevaux, avait investi Saint-Quentin. Lorsque Coligny fut averti de la marche du duc de Savoie, il déclara que cette ville faisant partie de son gouvernement, il voulait s'y enfermer, pour relever par sa présence '- le courage de la garnison. Son oncle, le connétable de Montmorency, lui promit de faire les plus grands efforts pour le dégager.

« Il était impossible de trouver une place en plus mauvais état que n'était alors Saint-Quentin ; le faubourg d'Isle était intenable , le boulevard sans

2V Livraison. (Annales de i-'hist- de Fbance.)

L'UfîlVERS.

parupet, le fossé commandé pBr des maisons qui étaient sur Vautre bord ; et cependant, au point de communication de ce âiuixMiTg avec fa ville, « Tonpouvoit, dit Cotigny, faire brèche en moins d'une beure/sa&s qu'il y eût un honnmie qui eût osé s*y présenter, pour ce que le dehors étoit beau; coup plus haut que le dedans, et étoit le rempart du tout dté. » Les plantations d'arbres eu dehors s'éteadaient toqu'aux i^ords du fossé, et semblaient placées à dessein pour couvrir l'approche des ennemis; ungraud pan de muraille n^avait. que sept ou huit pieds de haut, et il s'y trouvait iencore deux grandes foredies qui n'étaient bouchées que par des cioies et quelques balles de laine. Les magistrats de la ville, après avoir fait le recensement des vivres, n'avas^t pas trouvé qu'il y en eût pour plus de trois semaines. On découvrit dans deux tours d'andenne poudre à canon qui y avait été oubliée si longtenops, que les barriques étaient pourries , en sorte qu'on «fut obligé de la recueillir et de ia transporter avec des draps; cft pendant cette opération, une flammèche des maisons qa! brûlaient ymit lefeu« et ouvrit ainsi une large brèdhe aux murailles, en tuant une quarantaine de soldats. Quoique la vttie tilk bordée par un maï'ais, elle ne {x)ssédait que trois petites nacelles qui ne pouvaient (^lacune contenir pflus éTe trois hommes à la fols ; dans toute fa ville on n'avait trouvé que vingt et une arquebuses à crodiet, tant Donnes que mauvaises, et dans la garnison on ne comptait pas cinquante arquebusiers, en sorte qu'il n'y avait pas moyen d'inquiéter les assiégeants lorsqu'ils venaient travailler jusque aous les murs {*). »

Goligny mit tous ses soins à r^arer ces désavantages et à mettre la ville en état de défense. Il fit fermer les brèches, couper les arbres gui masquaient l'ennemi, brûler les maisons qui donii-

O 6i9inondi, d'après les mémoires de <Hffi«rd de GoBgDy, mr le liége de Saiat- QueotvL

naient les murs, rassembler les vivres oacliées, et il en soumit la distribution à une inspection commune. Luimême, du haut du clocher le plus élevé, observait les positions des ennemis, et les sentiers qu'il pouvait indiquer au connétable pour lui faire passer des renforts. Gepe^pdant ^usieurs tentatives de ce dernier pour jeter des secours dans la place assiégée, avaient édioué,et€olisay avait eu te malheur de perdre unueses meilleurs officiers, Téîigny, qui fut tué dans une aonie. « Coligny lui ayant de- nouveau signalé un passif au travers des marais, par lequel on pouvait éviter 4es postes ennemie et arriver jusqu'à la ville, Montmorency chargea une seconde fois Dandelot de conduire à «on frère des secours. Il s'agissait de faire descendre des bateaux le long de la rivière, de traverser le marais, et de venir lÉorder à une place que €o- Jigny garnissait la nuit d'un £aux plancher qu'ii enlevait le matm. Mais at| lieu de déroba ainsi sa mardw.

Montmorency voulut venir donner l'alarme jusque dans le quartier du duc de Savoie, qu'il canonna en eifet le matin du 1^ août, au travers de ia rivière, de manière à forcer ce général à se retirer dans cehn du comte d'£gmont. Montmorency, ijui avait entre lui et l'ennui la rivière et le marais, jouirait de ce triomphe; il ne voulait pas écouter ms omoim, qui \m représentaient que sa sitAation était là fort dangereuse, qu'il risqQait d'y être enveloppé, s'il nx>ccupait pas une dian^sée qui traversait le marais, et un moulin qrn la défenéait; ean, par cette chaussée, toute l'armée des ennemis, fott sapérieure en nombre à ia sienne, pouvait en deux beares arriver sur lui. Les deux heures se perdirent pom* faire avancer les bateauv qui étaient à la queue de 4a cûlonne, au lieu de se trouver en tête. Dande* lot y entra avec ses braves soldats, et vint aborder ou rivage opposé ; maia au point du jotfr, Congny avait retiré le taux plancher, qui aurait signala aux ennemis la place à défeoare; il fallut doncaejetw daB8Maèoiif»pro<*

ANNALES DÉ L'fflSTOlRE DE FRANCE,

(ooàes. Daad^ot réussît à les traverser avec efiviroQ watre cent miquante hommes, qu'il introduisit dass la plaee ; ceux que les bateaux aliénèrent ensuite ne purent plus abocder en cet endroit, que le i^iétioement de tant de soldats avait .changé en une effroyable fondrière. £n se jetant ou pluis haut ou plus bas„ ils tombèrent presque tous danà les mains des ennemis.

« Pendant ce temps, Philibert Emmaouel, duc de Savoie, avait dirigé ses troupes vers la chaussée, à laquelle il ne pouvait arriver qu'après avoir fait le tour delà ville, et il $e trouvait déjà derrière Taraiée française. Mon$morenoy avait enfin eovQ3fé le duc de Nevers daas cette direction, en lui ordonnant d'occuper le moulin s'il était encore temps, maïs de ne pas engager dp combat à «on oocasion. Nevers, y trouvant d^ les ennemis, se replta sur le imoce de €ondé ; tous deux joigairent bie»tôt Montmorency, qui avait déjà commencé sa retraite* ils comptaient attaquer ensemble le con)s qui leur fermait le passage; il ^tait trop tard-, ils se trouvaient enveloppés ; l'armée tout entière du duc de Savoie, bien plus forte que la leur, les pressait de toutes parts. Le due de Nevers s'ouvrit néanmoins un passage par une vallée profonde, et fit sa retraite ; mais les autres ne purent le suivre. Le comte d'Ënghieu, le vicomte de Tu renne, 4a Rochechouart, la Roche du Maine, Saint-Gelais, Roohefort, et quatre mille soldats^ forent tués. Le connétable de Montmorency demeura prisonnier avec le maréchal Saint-André, les ducs de Montpensier et de Longueville, deux Biron, la Rochefoucauld, Saint-Séran, d'Aubigné, et la plus grande partie de l'armée. On ne vit arriver à la Fère, avec le corps du duc de Nevers, que Gondé, Sancerre et Bourdiilon. François de Montmorency réussit aussi à se mettre en sârete, mais par un autre chemin. L'armée française était détruite, et la route de Paris ouverte aux ennemis (*). »

La bataille de.6aifitf*<^iieBCii |mmivait être aussi funeste a la Franoe que l'avaient été celles die Crécv, de Poitiers etd'Asincourt.Le duc de Savoie, Philibert EouBanuel^ voulait ^oe l'armée victorieuse marchât aussilét sur Pais. U assurait aucune terreur panique avait frappé la France, et qu'accoutumée à ne se défendre qq'avec des soldats étrangers, ^e serait hors d'état de faire une Umgue rédstanoe. Heureusement Plalippe II, qui était d'un naturel moins confiant , ue permit pas ou duc de Savoie de tirer parti de sa victoire, et il iid ordonna ée borner tous ses e^rCs au sié^ de àaint- Quentin. Cette ville , dent les murailles tombaient de toutes parts devant r«rtiUerie espagnole , fut enfin prise d'assaut le 27 août. Ccéigiy, Dandelot et une foule d'officiers distingués furent faits prisonniers. Les Espagnols (dirent ensuite le Catelet, fiam, Noyon et CbauHiy, et firent garnison dans toutes ces places^ Mais pendant que Philippe II se conssmadt a lâ'endre qadques vHles fortes, Henri li avait en le «em^ 4e recruter une armée. Les bourgeois de Paris hii avaient offert dès dons gratuits, ia noblesse s'était armée de toutes parts, et des sommes considérables avaient été envoyées en Suisse pour y recruter des soldats. Déjà le roi se trouvai en état de tenir de nouveau tête à Ve*nemi ; mais Ptiilipoe II se retira à Bruxelles, et bientôt après les deux armées prirent quartiers d'hiver.

Pendant ce temps le duc de Gnise releva l'honneur de la France par un acte d'une rare audace. A la tête de l'armée que les Français avaient rassemblée sur leurs frontières du nord, f 1 traversa au cœur de l'hiver un pays occupé par l'ennemi , et, le r' janvier iS58, il se présenta tout à coup devant Calais. Le pont de NieuHay et un petit fort qui en défendait l'approche furent enlevés d'emblée. Tout le reste ite la ville était entouré oar des marais impraticables. Cependant des batteries furent montées aussitôt. Le 4, une large brèche Ait ouverte près de la porte de la rivière. Le 6, la vieille cita-

L'UNIVERS

delle fut prise d'assaut. Les Anglais en furent consternés. Calais n'était point en état de défense, et les attaques acharnées des Français ne leur laissaient pas le temps d'attendre des secours. Lord Wentworth, qui commandait la garnison , et qui n'avait sous ses ordres que huit à neuf cents hommes, perdit courage et proposa de capituler. La capitulation fut signée le 8 janvier 1558, et dès le lendemain la ville fut livrée aux Français. Ainsi les Anglais perdirent cette ville qu'ils possédaient depuis plus de deux siècles , et ils ne conservèrent plus alors un seul pouce de terrain dans cette France ou ils avaient dominé si long^ temps.

La nouvelle de la prise de Calais répandit l'allégresse en France. Chacun célébrait le duc de Guise comme ayant relevé la gloire de sa patrie , et drlf^cé la honte de la déroute de Saint- Quentin. Les Anglais en éprouvèrent une profonde douleur. Ils comprenaient <^u'à l'avenir ifs devaient renoncer a leurs prétentions sur la France. La reine Marie surtout , qui avait négligé Calais pour ne s'occuper ue de l'extermination des ennemis e la foi, éprouva une douleur amère, et souvent elle répéta depuis qu'à sa mort on trouverait le mot de Calais écrit dans son cœur.

Un si beau fait d'armes rendit à la France son énergie première que ne put abattre la défaite de Gravelines. Tout présageait un brillant avenir et une paix glorieuse. Le 24 avril 1558 , le roi célébra à Paris le mariage de François, son fils aîné, avec Marie , reine d'Ecosse et nièce des Guises. Le contrat de mariage portait que Marie Stuart léguait son royaume a la France , pour être à tout jamais uni à cette couronne , si elle venait à mourir sans enfants. Ce mariage porta au comble la nuissance des Guises.

Des six frères de ce nom, 4'aîné, Francis de Guise, disposait de toutes les lorces militaires de la France; le cardinal, de toutes les finances ; un troisième, des galères rassemblées à Marseille; un quatrième commandait en

Ecosse , et un cinquième était destiné à remplacer Brissacen Piémont. Ainsi, suivant l'expression de Buchanan , on ne pouvait disposer en France ni d'un solaat, ni d'un écu , sans leur assentitiment.

Au moment même où le dauphin épousait MarieStuart,ralliancederEspagne et de l'Angleterre était rompue par la mort de la reine Marie. L'a venement de sa sœur Elisabeth , qui était protestante , changea entièrement la politique de l'Angleterre au dehors.

Depuis ce jour, Philippe II désira la paix, et il l'aurait acceptée même à des , conditions assez dures. La rivalité du connétable de Montmorency et du duc de Guise^ et les intrigues de Diane de Poitiers , firent conclure un traité moins avantageux que celui auquel la France avait droit de prétendre. Ce fut le traité de Cateau - Cambrésis , signé le 3 avril 1559. Henri II et Philippe II convinrent par ce traité de se rendre réciproquement toutes les places qu'ils avaient conquises l'un sur l'autre dans les Pays-Bas et en Picardie. La France devait rendre au duc de Savoie ses États, en conservant seulement des garnisons dans Turin et quatre autres forteresses. Elle devait évacuer la Toscane , la Corse et le Montferrat. Les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun, lui étaient conservés, ainsi que la ville de Calais; mais Henri II s'engageait à payer aux Anglais , pour cette dernière place, la somme de 800,0()0 écus , à moins que la guerre n'éclatât dans les huit années suivantes. Cette somme ne fut jamais payée, et Calais resta à la France.

Cette paix fut tout à l'avantage de l'Espagne qui gardait Tltalie et les places de Thionville , Hesdin et Montmédy. Il semble que les négociateurs français ne sentirent pas immédiatement toute l'étendue des concessions qu'ils avaient faites. Mais lorsqu'on vit revenir les garnisons du Piémont et de la Toscane, lorsqu'on fit le compte effrayant de cent quatre-vingtneuf villes fortifiées que la France restituait à l'Espagne , alors il y eut un

déchaînement universel contre Montmorency et Saint-André qui avaient négocié le traité» quoique prisonniers, et qui avaient fait payer plus cher leur rançon à la France que celle de François V,

Pour assurer la durée de ce traité, et pour consolider la paix entre la France et l'Espagne , Elisabeth , fille de Henri II, qui avait été promise d'abord à l'infant don Carlos, épousa Philippe Il , et Marguerite , sœur du roi, épousa le duc de Savoie. Des fêtes spiendides, des tournois , des réjouissances de tout genre, devaient solenniser ce double mariage. Une lice avait été préparée dans la rue Saint -Antoine, et s'étendait depuis le palais des Tournelles où logeait le roi, jusqu'aux écuries royales ; des échafàuds couverts de spectateurs la bordaient deç deux côtés; chaque jour les seigneurs et le roi lui-même , armés de toutes pièces , y couraient les uns contre les autres. Le 29 juin , les quatre tenants étaient le roi, le duc de Guise, le prince de Ferrare et le duc de Nemours. Henri avait remporté tous les honneurs du combat , et les courses avaient cessé , lorsqu'il aperçut deux lances qui étaient encore entières. Il ordonna au comte de Montgommery , son capitaine des gardes, d'en prendre une , de lui donner l'autre, et de courir contre lui. Les deux combattants se heurtèrent violemment; leurs lances se brisèrent, et l'un des éclats entra dans l'œil du roi. Il en résulta un épanchement de sang dans le cerveau. Henri II perdit connaissance. Tandis qu'il était suspendu entre la vie et la mort , on se hâta de marier , dans la chapelle du palais , sa sœur Marguerite avec le duc de Savoie. Le 10 juillet 1559, Henri II expira, à l'âge de quarante ans, après un règne de douze ans et trois moi^.

On raconte que pendant sa longue léthargie quelqu'un vint représenter a Catherine de Médicis , sa femme , au'elle ne devait pas laisser demeurer dans le palais Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois. Jusqu'alors la reine n'avait jamais laissé- percer la

haine qu'elle nourrissait contre sa rivale. Mais se voyant sur le point de saisir le pouvoir pendant la minorité de son fils, elle fit un premier essai de son autorité en ordonnant à Diane de sortir de la résidence royale. « Le roi est-il mort? » demanda Diane. — «Non, il respire encore. » — «lEh bien , personne que lui n'a d'ordre à me aonner; » et elle resta dans le palais jusqu'à la mort de Henri II.

CBAP. II. RÉACTIOir FEODALE ET PROTES-

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