‹ France (volume 2)Chapitre 39 sur 45 · ROYAUTE »9US HENRI IV · texte numérisé non relu

ROYAUTE »9US HENRI IV

FBJLNÇOIS II.

Nous avons vu la royauté fondée par Louis VI et par Suger se fortifier par des conquêtes et des agrandissements de territoire sous Philippe- Auguste et saint Louis, puis s'élever sur les ruines de la féodalité vaincue par Philippe le Bel et ses légistes. Pendant la guerre de cent ans, une réaction eut lieu contre la royauté. La noblesse profita des victoires des Anglais pour ressaisir une partie de ses anciens privilèges. Puis, sous Louis XI, une' nouvelle féodalité, lïi féodaUté princière , se proposa le renversement de ce royaume qu'elle aurait dû défendre contre l'étranger. Louis XI triompha , par sa politique habile et persévérante, de cette féodalité de princes et de grands seigneurs qui voulaient se rendre indépendants, sous le prétexte du bien public, et la royauté sortit de ses mains, sanglante, il est vrai, et souillée de crimes , mais forte aussi et redoutée.

Charles VIH , Louis XII et Francois T' héritèrent de ce pouvoir absolu fondé par Louis XL Toutes les forces de la nation se trouvèrent concentrées entre leurs mains , et ils en profitèrent pour aller en Italie et ï)our en rapporter les lumières et la civilisation.

Ainsi , la royauté était parvenue, au commencement du quinzième siècle, à un haut degré de puissance; l'unité

L'UNIVERS

nationale était presque accomplie; partout r^ait la régolnrité dans les institutions^ ' Tordre et l'esprit de suite dans (es actes des agents du gouvernement ; l'éducation de la France avait fait des progrès imnoenses sous la bienfaisante tutefle de la royauté, lorsque tout fut remis en question par ee grand mouTement de la réfQrme qui bouleversa la France pendant cinquante ans.

Notre but n est pas de traiter ce grand sujet sOùs le point de vue de la religion. Nous ne voulons pas ici agiter la question de la souveraineté de la raison individuelle opposée à Tautorité en matière de foi , celle des indulgences , celle de la papauté et tar!t d'autres (*).Notre point de vue est essentiellement politique. Nous nous proposons avant tout de faire ressortir le caractère féodal que la réforn^e a revêtu en France. La réforme n'a été populaire en France qu'un instant ; elle a trouvé des partisans dans le peuple, et a fait X quelques progrès dans les provinces dé I Ouest et du Midi , sous François l** et Henri IL Mais après la conjuration d'Amboise qui éclata sous François II, elle perdit son prestige et ne trouva plus que des ennemis dans les rangit du peuple. Le peu{)le s'était aperçu , avec cet instinct qui lui est propre ef ^i n'est jamais trompeur, que toud ces seigneurs accourus en afmes au château d'Amboise ne se proposaient pas précisément de convertir le jeune roi et de le rendre meilletir, mais biefl de s'emparer de sa personne et de ré-» sner en son nom. Or, qu'auraient-ils niit du pouvoir, s'ils étaient parvenus à le conquérir? Certes, le peuple n^en eût pas profité; ils auraient réclamé les libertés de leurs ancêtres ^ui leur avaient été enlevées successivement par nos rois. Of , qu'étaient-ce que ces libertés? C'étaient des privilèges qui leur assuraient l'imputlité et qui conai<tituaient autant de pouvoirs indépendants et souverains qu'il y avait en France de seigneurs et de châtelains.

C'est pourquoi le peuple fit cause com»

(•) Voyez rAxLBMAoïri, t II, p. 173, •t suiv. '

mune avec la royauté, et l'aida à lutter contre cette féodalité relifl[ieiise , dont le triomphe eût amené l'anéantissement de Tunité religieuse, aussi bien qoe ôb l'unité politique.

§ P'. Histoire de la réforme en France êous Français /«' et Henri II.

François T' se niootra d'abord indifférent pour les idées nouvelles. «Mais l'agitation oroissante des esprits qu'on remarquait sous son règne, annonçait de nouveaux troubles. L*es[irit de liberté se plaçait dans la religion, pour rentrer un jour, avec des rorces doublées^ dans les institutions politiques.

D'abord, les réformateurs s en tinrent à des attaques contre les mœurs du clergé : les Ck)Uoquia d'Érasme, tirés à Tin^t-quatre mille exemplaires , fu« rent épuisés rapidement. Les psaumes, traduits par Marot, furent bientôt chantés sur des airs de romances par les gentilshommes et les dames, tanditi que l'ordonnance en vertu de laquelle les lois devaient être désormais rédi* gées en français, mettait tout le monde a même de connaître et de discuter les matières politiques. La oour de Marguerite de Navarre et celte de la duchesse de Ferrare , Renée de France »

étaient le rendez-vous de tous les partisans des nouvelles opinions. La plus grande légèreté d'esprit et le plus profond fanatisme, Marot et Calvin, se rencontraient à Nérac. François V avait d^abord vu sans Inquiétucie ce mouverhent des esprits. Il avait protégé, contre le clergé, les premiers protestants de France (1638-1524). En lôS'l, lorsqu'il resserrait ses liaisons avec les

f protestants d'Allemagne , il invita Méanchton à présenter une profession de foi conciliante. Il favorisa ta révolution de Genève, qui devint le foyer du calvinisme ( 1 635 ) . Cependant , depuis son retour de Madrid , il était j)lus sévère pour les protestants de France. En 1627 et 1684, la fermentation des nouvelles doctrines s'étant manifestée par des outrages aux images saintes, et par des placards afQchés au Louvre , plusieurs protestants furent brûlés à petit

feu , en présence du roi et de toute la cour. £q I^^ , il or4o|[ina ^ suppression des imprinoeries sous peine de la i^rt , e^t sur les r^amations du parlement, révoqua la même année cette ordonnance pour établir la censure (*). » Les protestants , on le voit, avaient fait de grands efforts pour attirer Fran^ cois V dans leur parti. Cest que, dès cette époque , la France imprimait son mouvement intellectuel à une grande partie de T Europe. L'Italie, d'où elle' avait reçu les lumières , était tombée sous le joug de 1 étranger, et, avec Tipr dépencfance politique, elle avait per4tt cette supériorité littéraire qui avait fait sa gloire. La France commençait à lui succéder et à attirer les regards de l'Europe. Aussi, les protestants avaientr ils compris de bonne heure que, pou( triompher en Europe, il fallait ^'ils commençassent par triompher eo France. Le réformateur de la Suisse, Zwingle, écrivit une épttre a Fran* cois I'', pour l'engager à embrasser les doctrines nouvelles. Le roi d'Angleterre, Henri VIII, qui venait de se séparer du saint-siége,' écrivit dans le même sens au roi de France, et lui offrit même son alliance contre Charles- Quint, à condition qu'il consentirait à suivre son exemple. Enfin , Calvin lui dédia son livre célèbre de VlmtUidion chréUenney dans lequel il avait développé les doctrines de la réforme.

François V résista à Zwinglé , à Henri Yltl et à Calvin , et resta fidèle à la religion catholique, pendant aue la réforme faisait des progrès rapides. Mais il ne persécuta pas les protestants, qui étaient encore trop peu nombreux et trop divisés pour inspirer des craintes. Cette tolérance enhardit les disciples de la réforme, qui avaient été protégés jusqu'alors par la reine Marguerite de Navarre, les frères du Bellay, et même par Tarcbevêque de Paris. « Ayant, dit Hiéodore de Bèze, le roi été gagné par eux, jusqu'à ce point qu'il délibéra de faire venir en France, et d'ouïr en présence ce grand et renommé person-

nage, Philippe Mélanchton , étant pour lors en Saxe^ à Wittember^, compa* gnop de Martin Luther, mais d'un e«^ prit be^ucouD plus paisible et modéra que Luther. Mais, eqviroo le mois de novembre 1534, tout cela fut rompu par le zèle indiscret ae quelques-uns , lesquels ayant fait dresser et imprimer certains articles cl'un style fort aigre et violent contre la messe, en forme de placards, à Neufchâtel, en Suisse, non-seulement les olantèrent et semè« rent par les carrefours et autres en* droits de la ville d« Paris, contre l'avii des plus sages, mais en affichèrent un à la porte de la chambre du roi , étant pour lors à Blois^ ce qui le mit ea telle furie, ne laissant aussi passw cette occasion ceux qui l'épioient de longtemps, et qui avoient son oreille, comme le grapd maître Montmorency, depuis connétable, et le cardinal de tournon , qu'il se délibéra de tout exterminer s*il eOt été en sa puissance.

Alors étoit eh office de lieutenant criminel Jean Morin , aussi grand adversaire de la religion , fort dissolu en sa vie, et renommé entre tous les juges de son temps pour la hardiesse qu'il avoit de faire des captures avec la subtilité à surprendre les criminels en leurs réponses. Celui-là donc ayant reçu commandement du roi dç procéder à informer et à mettre prisonniers tous ceux qu'il pouvoit attraper, usa de toute diligence; de sorte qu'en peu de temps il remplit les prisons d'hommea et femmes de toute qualité {*), t> Un certain Guainier, que les protestants employaient à les avertir pour leurs assemblées secrètes, fpt saisi des

Ïiremiers et condamné au feu. Mais on ui laissa la vie , à condition qu'il dénoncerait ses complices, dont il connaissait les noms et leç demeures. Il y consentit, et se mit lui-même à la tête des archers qui allaient arrêter les coupables. En même temps que François r' commençait ainsi à poursuivre les partisans des idées nouvelles, il résolut de faire une expiation publique

(f) Micbelet, Précis de l'histoire de Vranoti

p. SOI*

(*) Thoodors de Bèie, Histoire ecclésiastique, liv. I, pag. tS et x6.

L'UNIVERS

de roffense commise contre le saint sacrement. Une procession solennelle fut préparée pour le 21 janvier 1525.

Elle sortit de Kéglise de Saint-Germain. On portait en tête les corps et les reliques de tous les martyrs conservés dans les églises de Paris , celles même de la Sainte-Chapelle, qui n'avaient pas été exposées depuis la mort de saint Louis. « Il y avait, dit Bouchet, grand nombre de cardinaux, évêques, abbés et autres prélats, et tous les collèges séculiers de Paris, en bon ordre. Après eux venait Jean du Bellay, évêque de Paris, portant en ses mains le saint sacrement ; puis le roi marchait après le sacre, la tête nue , tenant une torche de cire vierge à la main; et après lui marchaient la reine, messieurs les princes, les deux cents gentilshommes , toute sa garde , la cour du parlement , les maîtres des requêtes, et toute la justice.» Les ambassadeurs de Charles - Quint , de Henri VIII, ceux de Venise et plusieurs autres assistaient à la cérémonie. La procession parcourut lentement les principaux quartiers de la ville. On avait préparé d'avance, dans les six plus grandes places, un reposoir pour le saint sacrement, un échafaud et un bûcher « où furent très - cruellement brûlés vifs six personnages , avec merveilleuses huées du peuple, tellement ému , aue peu s'en fallut qu'il ne les arrachât des mains des bourreaux pour les déchirer; mais si sa fureur étoit grande , la constance des mart^^rs fut encore plus grande (*). » Le roi avait ordonne que ces malheureux fussent liés à une machine .élevée : c'était une solive placée en balançoire, qui, en s'abaissant, les plongeait dans la flamme du bûcher, mais qui se relevait aussitôt pour prolonger leur supplice, jusqu'à ce que la flamme gagnant enfin les cordes qui Iles liaient , ils tombassent au milieu du bûcher. On attendait, pour faire jouer cette effroyable balançoire, que le roi fût arrivé, afin qu'il vît le moment où le malheureux tomberait dans les flammes. En effet, à

n Théodore de Bèze.

chaque station , le roi se mettait à ge- , noux; et, humblement prosterné, il implorait sur son peuple la miséricorde divine, jusqu'à ce aue la victime eût péri dans d'atroces douleurs.

Le 29 janvier 1536, François I" fit publier un édit « pour l'extirpation et extermination de la secte luthérienne, et autres hérésies... dont les sectateurs et imitateurs se sont rendus fugitifs, cachent , et latitent en aucunes parties du royaume. « Pour quoi, y est-il dit, statuons et ordonnons ^ par édU perpétuel et irrévocable , que tous ceux et celles qui ont recelé ou recèleront par-ci après sciemment ksdits sectateurs y pour empêcher qu'ils ne fussent pris et appréhendés par justice.,, seront punis de telle et semblable peine que lescHts sectateurs; sinjon que a^ euxmêmes et par leur diligence , ils amenassent et représentassent à justice iceux sectateurs..,, et outre avons aussi ordonné que tous ceux et celles qui révéleront et dénonceront à justice aucuns desdits délinquans, soit des principaux sectateurs, ou de leurs recélateur s,., auront la qtuirte partie des confiscations et amendes sur ce culjugées, »

Depuis la publication de cet édit, les persécutions continuèrent dans toutes les parties de la France, non point d'une manière uniforme et régulière, mais avec des alternatives d'acharnement et de tolérance, qui ne contribuèrent qu'à augmenter le nombre des protestants. Les victimes n'étaient pas nombreuses , et leurs souffrances commençaient à inspirer de la compassion.

On citait les noms de ces martyrs ; on vantait la constance de leur foi au milieu des plus affreux supplices. On faisait passer de main en main l'ef* froyable arrêt rendu par le. parlement de Provence contre les Vaudois du bourg de Mérindol. Cet arrêt , rendu le 18 novembre 1540, portait que les villages de Mérindol, (prière, les Aiguës, et autres lieux qui avaient été la retraite et le réceptacle des hérétiques, seraient détruits, les maisons rasées jusqu'aux fondements ; les cavernes et m autres endroits souterrains qi^ leur

scnr^aient de refuge, démolis; les forêts coapées , les arbres fruitiers arrachés ; les chefs et principaux révoltés exécutés à mort, et leurs femmes et enfants baiinis à perpétuité de ces lieux. Les princes protestants de TAIlemagne intervinrent en faveur de leurs coreligionnaires de France ; et le roi qui les ménageait à cette époque , parce qu'il avait l)esoin de leur secours contre Tempereur, expédia des lettres de grâce aux habitants de Mérindoi , et à tous ceux qui étaient persécutés en Provence pour cause ae religion.

Toutefois, ce répit ne dura que quatre ans; et, après la retraite de Charles-Quint (1545) , l'effroyable arrêt reçut son exécution, malgré les nobles *et énergiques réclamations de Sadolet , évéque de Carpentras.

L'archevêaued'Arles,révêqued'Aix, et quelques abbés , prieurs et chanoines de la Provence, assemblés à Avignon, avaient envoyé solliciter le roi , pour le salut de son âme, de révoquer 1 amnistie qu'il avait accordée aux hérétiques. En même temps, on avait cherché à lui inspirer des inquiétudes; Les Vaudois , disait - on , occupent de fortes positions au milieu des Alpes ; ils se sont tellement multipliés qu'ils peuvent mettre sous les armes jusqu'à quinze mille hommes. On ajoutait qu'ils correspondaient avec les Suisses ; et que , dans le moment d'une guerre étrangère, ils pourraient facilement tenter un coup de main sur Aix ou Marseille.

François P' céda. Le 1*' janvier 1545 , if écrivit au parlement de Provence de mettre à exécution l'arrêt qui avait été rendu quatre ans auparavant contre les Vaudois, malgré les lettres de grâce expédiées depuis ; et il lui recommandait (c de faire en sorte que le pays de Provence fût entièrement dépeuplé et nettoyé de tels séducteurs. »

I^s exécuteurs de l'affreuse sentence furent l'avocat du roi , Guérin , le capitaine Paulin , l'ancien a^ent du roi chez les Turcs , et le président d'Oppède. Ce dernier, qui avait reçu les ordres du roi, eut soin de les entourer d' un profond mystère, et il résolut de les

faire exécuter au moyen d'une expédition militaire. Il assembla six enseignes d'infanterie, des vieilles bandes arrivées du Pi^iont , et il leur joignit la compagnie de cavalerie du capitaine Paulin, que François P' venait de créer baron de la Garde. Enfin , le 12 avril 1545, quand tous les préparatifs furent achevés, le baron d'Oppède lut au parlement les lettres du roi, et aussitôt cette cour ordonna que son arrêt du 1 8 novembre 1 540 fût exécuté. « Le 13 avril, les barons d'Oppède et de la Garde, avec leur petite armée , partirent de la ville d'Aix , passèrent la Durance, et entrèrent par le Pertuis, dans le pays habité par les Vaudois. Le lendemain matin , ils parvinrent aux villages de Pu pin, la Motte et Saint-Martin , les pillèrent, les brûlèrent, et en massacrèrent tous les habitants, avant que ceux-ci eussent le moindre soupçon dés desseins formés contre eux par le gouvernement auquel ils étaient soumis. La> flamme des incendies de ces premiers villages,. et peut-être quelques fuyards, avertirent cependant les habitants de Villelause, Lourmarin, Genssons, Trezemines et la Roque, de la calamité qui les menaçait ^ ils s'enfuirent dans les bois , emportant leurs enfants et quelque petite partie de leurs meubles.- Les soldats, qui arrivèrent bientôt, pillè« rënt tout le reste , brûlèrent les maisons et les récoltes, écorcèrent les arbres fruitiers, et égorgèrent ceux des habitants qu'ils purent atteindre. Aucune résistance n'était opposée rmlle part; et d'Oppède, voyant au'il ne courrait aucun danger en s'atfaiblissant, divisa le lendemain sa troupe en deux colonnes : Tune suivit la montagne, l'autre la rivière, pour ravager tout ie pays. Tous les villages étaient abandonnes à leur approche; mais, comme les malheureux villageois, pourchassés des villages brûlés la veille, s'étaient chargés ou de leurs enfants en bas âge , ou de leurs effets les plus

{)récieux , les plus faibles succombaient es uns après les autres à la fati&ue; les vieillards, les femmes, les entants* restaient sur la route : à mesure q[ue

L'UmVtRS.

les sol4atft le» atteignaient , ils les égorgeaient , après en avoir fait le jouet on de leur atroce cruauté , ou de leur impudieité. Du 13 au 18, la marche fut retardée par la constante répétition dans chaque village, dans chaque hanieau , du pillage , du massacre et de Finoendie. te 18 seulement , d'Oppède arriva devant Méripdol; cette petite ville était tout à fait abandonnée : un

i'eune homme imbécile, âgé de dixluit ans, y était seul demeuré^ il fut attaché à un olivier, et fusillé. Le (9, Tarmée entra sur !«$ terres du pape, et se présenta devjint Cabrières ; il né restait dans cette ville quç soixante hommes et trente feromf^s. tleux-ci firent cependant min^ de se défendre pour obtenir une capitulation; on leur promit la vie sauve-, mais il fut déclaré ensuite qu'aucune» promesse n*était valable envers des hérétiques. Toqs ceux qui étaient dans la ville iurept égorgés ; eeui qui s*étaient enfuis de Ca-! Brières furent bientôt après trouvés dans le voisinage (^}. »

« On prétend, diU de Thou. qu'il y en eut huit cents de tués, tant ds^ris 1^ ville que dehors. lfH)Ur les ffmm^si, elles furent enferméea par j^qrdre du président dans un grenier plein de paille, où Ton mit le feu) ^% comme elles dierchoient de se jeter par W fe? nétre, elles furent repousséet ^vec deii crocs et des piques. Les trous^ ^^^^' rent de là à la Cpste, où le seigneur du lieu avoit promis une entière sûreté aux habitants , pourvu qu'ils portassent leurs armes dans le château et qu'ils Abattissent leurs murailles en quatre endroits. Ce peuple trop crédule exécuta ce qu'on lui avoit ordonné; mais à Tarrivée du président, les faubourgs fbrent brûlés, la ville fut prise, et tous les habitants taillés en pièces jusqu'au dernier. Les femmes et les filles qui , pour se dérober au premier emportement du soldat, s-étoient retirées dans Un jardin voisin du cliâteau, furent violées par ces furieux , et traitées ensuite 81 cruellement, que plusieurs (d'entre elles qui se trouvoient grosses,

nfUimoiidi.

et la plupart même des filles,. moururent ou de douleur, ou de faim, eâ dei tourments qu^on leur fit souffrir; eeiiz qui s'étoient cachés dans Mus lurent enfin découverts , et eurent le même

sort que les autres Il y eut ^ingir

deux villages qui essuyèrent ainsi toute la ri£;ueur d*Oppède (*). »

Déjà plus oe trois mille Vaudois avaient péri. Les autres erraieot, sans asile, dans les bois et les montagnes, traqués par les soldats , cjut leg |k>ursuivaient jusque dans leurs dernières retraites. On tes fit prisonniers presque tous. Le baron dé la Garde cl^fsit parmi eux six cent soixante-six des plus jeunes et des plus robustes pour travailler sur ses galères. Les autres furent copdamnés à mort et exécutés.

Pour atteindre ceux qui erraient encore dans les montagnes, le parlement d'Aix fit proclamer par foute la Provence, « que nul nosât donner retraite, aide, secours, ni fournir argent ni vivres h aucun Vaudois ou ti^tique; et ce, sous peine de la vie. D'oà s'ensuivit, poursuit l'historien de la Provence, que les habitants, hommes, femn^es et enfants, ne pouvant nullement être hébergés dans les village et les villes, étoiçnt contpints de demeurer dans les bpîs ou la campagne , et n'y vivre, à faute de bons fruits dans les mois d'avril et de mai, que de Therbe; ce qui en tua une trèsgrande quantité , mourant d'une faim enragée..... Les plus forts et les plus robustes se retirèrent à Genève et au pays des Suisses (**). »

Deux choses sont ^ remarquer dans les persécutions que François l*' diri-

fea contre les sectateurs de la réforme. Tabord , plqs ce prince resserrait son alliance avec les protestants d'Allemagne et avec les Turcs, plus il faisait périr d'hprétiques en France. Il avait ^esoîn de s'excuser aux veux de l'Europe, de se prémunir d avance contre toute inculpation calomnieuse.

Lorsqu'il acceptait l'odieux secours du corsaire Barberousse, lorsqu'il souf-

(♦) De Thou.

C*) Boucliet Uv^ 9| pi §90,

fraît que Ton vendît ies chrétiens coinme esclaves sur les marchés de l^larsçille, lorsque le drapeau aux fleuri de Us et le croissant des Turcs (lot* talent réunis sous les murs de Nice, François V en rougissait et en ressentiit des remords. II avait besoin de se justifier et de se relever à ses propres yeux au moins autant (ïu'aux.yeux des autres. C'est (à (ïe qui expliqué fa facilité avec laquelle il renonça tovt àconp à ses ancienne^ alliance^ , pour tenter en commun avec son rival une croisade saoglante contre les idées nouvelles ; c'est là ce ^ui explique les nombreut bûchers qui furent dressés sous son règne , et les hofribles supplices que l'on inHigea aux protestants. La persécution était pour François I*' qn acte de foi, un acte de contrition , unç confession de se$; fautes , une expiation publique, une promesse de repentir; le sang qu'il versait devait le reconcl* lier avec lui-noéme et avec Dieu. Uii second fait à remarquer, c'est que deiss gens, obsicurs furent $eu|s ffappés.

tandis que Ton épargnait les hommes puissants. Une partie de la noblesse, et même des seigneurs qui vivaient i) la cour de François V'y avaient embrassé avec ardeur les doctrines de la réforme. Aucun d'eux ne fut mis ^ mort, et ne scella de son sang ses çon* victions religieuses (*).

Henri II suivit à cet égard la politique de son père. Il laissa les gentilsnomme^ pratiquer presque ouvertement leur culte, mais il persécuta les hommes du peuple qui suivaient leur exemple. Il persécuta surtout les ministres protestants, et il en fit brûler un grand nombre dès les premières années de son règne.

(*) Le jour même où avait lieu à Paris cet aiitO'da-le , dont nous avons rendu compte , l'Yançois P** dit publiquement que « si son ■ bras droit était entaché d'hérésie, il le K couperait. » C'était une menace asaea directe contre les membres de sa famille qui avîiipnt adopté ou pourraient adopter plus tiiril la nouvelle hérésie. Cependant sa sceur et sa lante n'en continuèrent pas moins à professer les doctrines de Calvin, et purent même aaqver eeux des calviqistes aiuquelj^ (i|lM a'iptértiiaieQt \f ptua.

Toutefois, on voyait percer de plus en pfiis,dansFesmesuresde» persécuteurs, la crainte de pousser au désespoir les calvinistes, qui commençaient à devenir de plus en plus nombreux. Ce mélange cie modération par politique, et de cruauté par fanatisme , cette per«^ sécution capricieuse était ce qu'il y avait de plijs propre à augmentf'r fe nombre ofs protestants, en attirant sur eux Fattention, Padmiration, la pitié, sans les anéantir oti les époU' vanter.

En 1540, de grandes réjouissances avaient eu ffeu pour Fc couronnement de la reîne Catherine de MédicisJ Henri II termina ces fêtes par une processiôp refigieuse, dans Imuellç H renouvela le vœu de poursuivre èf d*extirper rhérésîe. Apre^ la messe, ij dîna er\ pubKc au palais êpîscopa! , e< après son dîner il vint prendre place 1 une des fenêtres de son palats deil TQurnenes,po'4r assister au supplice de quatre Itttnériens. L'un d'eux éi^i\ un pauvre couturier qui travaillait au palais, et qu'il était allé interroge!^ lui-même avec la duchesse de Valeo* tinois, comptant s'amuser de sa tf« midité et de son embarras. Mais cet homme, nohimé Hubert Burré, n'hé^ sita pas à risquer sa vie en réfutant les arguments (tu roi et de sa maî* tresse. Henri lï voulut le voir mourîi^. Mais le coiiturier, le reconnaissapt et fixant sur lui les yeux, tandis qq^ les bourreaux lui infligeaient les plu# horribles tortures , ne détourna point sa vue iusqu'rî»j| moment oh il expira dans les tourments ; et ce regard , empreint de tant de souffrance et de tant de courage, produisit sur l'esprit du roi une impression de terreur qui ne s'effaça jamais de sa pensée.

Depuis ce jpur, il ne voulut plus as»

sister à un supplice si cruel. En même temps, il apporta quelques change^ ments à la procédure contre les hermétiques. Il ordonna que les juges royîii(|[ informassent et fissent fes premiers actes contre les prévenus concurremment avec les juges ecclésiastiques; ]ue les uns cofnme |es autres pussent fes faire ^rrêter^ çu ^ lefi appariteuri

le

L'UNIVERS

des prélats, ou par les sergents des ju^es royaux, et qu'ils pussent leur faire infliger la torture; mais il fut défendu aux prélats de condamner à des amendes pécuniaires. Cette restriction, introduite dans Tédit sur la demande du procureur du roi , était \in obstacle à l'avidité, qui trop souvent avait présidé aux persécutions.

£n 1552 , lorsque Henri II eut signé un traité d'alliance avec Maurice de Saxe, au moment même oii il réunissait une armée^ à Châlons pour marcher au secours des protestants d'Allemagne , il fit renouveler les persécutions sur tous les points de la France. Un

grand nombre de calvinistes furent rûlés cette année à A^en , à Troyes , à Lyon , à Nîmes , à Pans , à Toulouse , à Bourg en Bresse et à Saumur. « Le roi , dit Théodore de Bèze, tandis qu'il entroit en intelligence avec Maurice de Saxe, vouloit ôter tout soupçon qu'il pût favoriser ceux de la religion. » Le 27 juin 1554 fut publié l'édit de Ghâ* teaubriand, en quarante-six articles, pour renouveler les persécutions, Henri II rappelait dans le préambule tout ce que lui et son père avaient fait pour supprimer l'hérésie. Et n'y voyons, dit- il , aucun amendement , ni espérance d'y pouvoir remédier, sinonpar un extrême soin et diligenee, et avec toutes les rigouremes procédures dont on doit mer pour repousser vivement Vinjure et obstination d'une telle malheureuse secte, et en purger et nettoyer notre royaume. Pour parvenir à ce but , Henri II attribua aux cours souveraines ainsi qu'aux ju^es présidiaux la connaissance du crime d'hérésie, en exigeant cependant que les juges présîdiaux appelassent à eux dix conseillers, ou, à leur défaut, dix avocats de leur ressort, pour signer les sentences dont on ne pouvait plus appeler. En même temps, il prescrivit les Î)récautions les plus rigoureuses contre 'introduction des livres provenant de pays protestants, et surtout de Genève, qu'on regardait comme le foyer de l'hérésie. Tous les livres imprimés furent soumis à la censure de la Sor- ' bonne; les imprimeries clandestines

furent interdites; la copie. signée de tout manuscrit destiné à l'impression devait être laissée au censeur.

Les libraires devaient tenir exposés dans leurs boutiques un catalogue des livres prohibés , qu'on ne pouvait acheter ni vendre sans crime , et un autre catalogue des livres offerts au public. Les précautions les plus minutieuses furent prises pour empêcher l'introduction de l'hérésie dans les écoles ou dans les tribunaux. Personne ne devait plus être reçu aux fonctions de judicature, ni à celles de renseignement, sans une attestation que sa foi était orthodoxe. Des peines sévères furent prononcées contre ceux qtti intercéderaient auprès des tribunaux en faveur des hérétiques; contre ceux qui resteraient en correspondance avec les réfugiés de Genève, ou qui leur enverraient de l'argent. Tous les biens de ces réfugiés furent conflsqués au

f)rofit du roi. Enfin, pour encourager a délation , on assura aux délateurs le tiers de la fortune des condamnés.

Il ne faut pas oublier que Henri II venait défaire alliance' avec les protestants d'Allemagne et avec le sultan; qu'en 1553 on vit la flotte française, unie à la flotte turque,ravager les côtes de l'Espagne et de l'Italie. Henri II se trouvait dans la même position que François V à l'époque de sa première lutte contre Charles -Quint; sa politique devait être aussi la même. Les résultats le furent également. Le peuple ne pouvait comprendre que le roi protégeât ces mêmes protestants qu'il faisait périr dans les supplices,en France. Bien des consciences en furent troublées, et ce fut au milieu même de ces persécutions que la première église réformée fut établie à Paris (1655).

Un gentilhomme du Maine, nommé la Ferrière, qui avait embrassé avec toute sa famille les idées nouvelles, avait amené sa femme à Paris pour y échapper à la surveillance religieuse, plus active dans les provinces. Un jour, ayant assemblé dans sa maison du Pré aux Clercs un assez grand nombre de calvinistes, il leur déclara qa'il

AlfNALES DÉ L'HISTOIRE DE FRANCE.

ne souffrirait pas que l'enfant dont sa femme était grosse fût baptisé avec des cérémonies qu'il nommait idolâtrées, et il les pressa d'élire un ministre. L'assemblée s'y prépara par le jeûne et par la prière; puis elle désigna d'une voix unanime un jeune nomme d'Angers, nommé la Rivière, âgé à peine de vingt-deux ans, et qui avait rapporté de Genève la science et la foi nécessaires pour entrer dans cette carrière de dangers. L'organisation de l'Eglise fut terminée, ditTbéodore de Bèze, « par l'établissement d'un consistoire composé de quelques anciens et diacres qui veilloient sur l'Église, letoutau plus près del'exemple de TÉglise primitive du temps des apôtres. Cette œuvre, véritablement, est procédée de Dieu en toute sorte, surtout si on regarde les difûcuitésqui pouvoient ôter toute espérance de pouvoir commencer cet ordre par la • ville de Paris. Car, outre la présence du roi en icelle, avec tous les plus grands ennemis de la religion étant à ses oreilles, la chambre ardente du parlement étoit comme une fournaise vomissant le feu tous les jours ; la Sorbonne travailloit sans cesse à condamner les livres et les personnes; les moines et autres prêcheurs attisoient le feu de la plus étrange sorte qu'il étoit possible; il n'y avoit boutique ni maison tant soit peu suspecte qui ne fût fouillée; le peuple, outre cela, étant de soi-même des plus stolides de France, étoit enragé et fasciné (*). »

Pendant près de deux ans, l'église réformée de Paris réussit à se dérober à la connaissance de ses ennemis, et comme tous les religionnaires entretenaient entre eux des communications actives, elle servit de modèle à de nouvelles églises, qui furent fondées dans un grand nombre de villes:

à Meaux, à Angers, à Poitiers, à 111ed'Arvert en Saintonge, à Agen, à Bourges, à Issoudun, à Blois et à Tours. Des ministres furent envoyés dans chacune de ces villes^ de Paris ou de Genève. Plusieurs furent dénoncés

(*) Théodore de Bèae, liv. ii, p. 99 «t xoo.

et condamnés au bûcher; mais leur mort n'arrêtait point le zèle de leurs successeurs, et la religion réformée continuait à faire des progrès. Le 4 . septembre 1557, trois a quatre cents réformés s'étaient réunis la nuit dans une maison de la rue Saint- Jacques, derrière la Sorbonne, pour y célébrer leur culte. Quelques voisins qui les épiaient ameutèrent le peuple pour les empêcher de sortir. Lorsqu'à minuit la cène fut célébrée, et que les protestants voulurent se retirer en silence, ils furent accueillis par des cris de fureur et par une grêle de pierres. Ils rentrèrent dans la maison, mais après une courte délibération, les gentilshommes qui faisaient partie de cette assemblée, et qui étaient tous armés, résolurent de s'ouvrir un passage à travers la foule, l'épée à la main. Les bourgeois sans armes, les femmes et les vieillards devaient les suivre. Les gentilshommes réussirent en effet à traverser l'épée à la main cette foule ameutée qui leur lançait des pierres; mais le troupeau plus timide qui devait les suivre fut bientôt séparé d'eux et repoussé dans la maison. Il se composait d'environ cent cinquante personnes, qui s'âjttendaientà chaque instant à être massacrées par le peuple, lorsque le procureur du Châtelet arriva au point du jour avec des sergents, les fît lier deux à deux, et les conduisit en prison, au milieu des insultes du peuple. Douze commissaires choisis par le roi furent chargés de les juger ; et quoique les prisonniers avouassent tout et se glorifiassent de leur foi, on leur donna la torture. Deux hommes et une femme furent ensuite brûlés le 27 septembre, deux autres le 2 octobre, et deux encore étranglés le même jour, avant d'être brûlés. Ceux qui restaient auraient été sans doute condamnés au>même~ supplice, si les députés des cantons suisses et des princes protestants d'Allemagne n'avaient intercédé en leur faveur.

C'était un symptôme alarmant que cette réunion de la rue Saint-Jacques, où s'était trouvé un si grand nombre de gentilshommes. Ils étaient parvenus, eux , a se sauver grâce à leurs

L'UNIVERS

ârnleft; miis tin ffr^xid nombre de ésmes et 4é demoiséHes étaient restées en anière, et se troovaient enfennées dans les prisoiis du Ghâteiet.

La persécution, en atteignant ponr la première fols Tordre de la noblesse, avait été repou«sée avise Un redoublement de courage ; te point d%onneur avait été appelé à i'appui de la cons- CTen<^. Bientôt kfs gentilshommes protestants, enconra^â par la tolérantîc én'on avait eue pour eux, et ptclns de MépHs po»r ce penpAe qu'ils avaient Inravé, ne gardèrent pius aucune mesure, lis ne voulnrént frins «^assembler de nuit duns fe secret de ^9el<)^ maison bien retirée ; dès les premiers beanx Jours du printemps de 1 6^, il se forma an Pré aux Oercs des a^eml^f^s de dnq à six m!49epersDnnes qui «tiantfiient le soir des psaumes de David, de ia traduction de déikneAt Marot, que les protestants de Franee «vafent afdoptée dans tenr culte.

Ântoinède Bourbon, roide Navarre, assistait souvent à ces assemblée^. Su femme lui avait fait embt^ssèT la religion nouvelle, et Tavâit engagea demander la niisé en liberté d'Antoine de Ghaudieu, Tun des ministre)!

les ^us éloq«fênts du nrotesft^tntismt.

Lomsde Bourbon, pnnce éè Condé, et François de Cbâtillon, surnommé Danéetot, avaient égaleefient embrassé la réforine. Ce dern*» eyant fait nfi voyage en Bretagne pour viçîter ses terres, s^lît prêcnèt fnbK^ement le* idées nouvelles p^t nh Annisire qu'H nvaH h sa suite. Le roi en ftft averti par le cardinal êe Lorraine, et, à sott retour de Brttagne, Il lui reprocha avec douceur cet acte imprudent.

1>andelot \^ répondît «vec fermeté que âon conragé, ses biens ^. sa vie étaient an roi, mais que son âme était à Dieu, et qnll n'en rendrait compte qn*à Dieu ^wri. Henri fl était en ce moment à dtner. Dans Sa eofêre, H lança son assiette au travers de la ta-i bie, mais elle atteignit le dauphin.

Dandelot fut arrêté slir-le-champ,mais bientôt il recouvra sa liberté , après avoir permis que Ton célébrât au moins nnefois hmessedans sa chambre.

Cependant les (Vnises, aninaés "par une jalousie violente contre la maison de Châtiilon , répétaient sans cesse qu'on ne pourrait réprimer l'hérésie qu'en frappant les grands seigneurs rebelles à leur Dieu, au Heu de sV charner contre des victimes obscures.

Unedes eondiUons du traité d*alliânce signé à Cateau-Cambrésis, entre Pinlippe Il et Henri II, avait été que le$ denx souverains uniraient leurs efforts ponr l'extirpation de i*tiérésie. Déjà Hiilippe II avait commencé dans les Pays-Bas une persécutTon sanglante.

Peut* donner pdus de force à ragtorité eoûlésiastique, il avait obtenu du pai^e une bulle qui soustrayait te clergé des Pays-Bas aux métropolitains dé France et d'Allemagne, et qui instituait dans OW provinces trois archevêchés et treiee évêchés. Les nonveaux prélats devéHent prêter leur appui à TetaHiis- «ement de l'inquisitien. Henri II son-" ige«iit également à établir ce tribunal en ^ France; mais po^r la première fois H rencontra un obstacle a sa volonté. Le parlement de Paris s'opposa à fétfiWîssertent d^ l'inquisition en Rrànoe. Henri II, Irrité, résolut de briseï^ celte résistance, qu'il attribuait % quelques partisans secrets de Vbé-

« Le meirc^edl, 14 juin 1559, le parlement de Paris étant assemblé pour to mercuriale, délibérait sur les movens de rétablir l\iniformité dans le c(iâti« mentales hérétiques, lorsque Henri II ï'y rendit inopmémfent, accompagné des princes èe la maison de Bourbon , des cardinaux de Lorraine et de Guise, du connétable et du duc de Guise. Il annonça au parlement qu'ayant conclu la paix , et l'ayant cimentée par le mariage de sa sœur et de sa fille, il comptait que rien ne le détournerait plus de la répression de l'hérésre ; qu'if savait que c'était ce jour-là même l'objet des délibérations de ses conseillers au parlement , et qu'il les invitait à continuer la séance devant lui.

« D'après les habitudes de soumission et de déférence des Français envers l'autorité royale, et d'après la doctrine de l'obéissance passive que

ANNALES DE l'ItlSTOIllÉ DE FRANCE.

te

pmfessait le parlement dé Paris, h roi et le cardinal de Lorraine s'étaient attendus que tous les conseillers parleraient dans le sens qu'ils savaient devoir plaire au noaître ; mais un profond sentiment religieux commençait à inspirer aux Français un esprit nouveau et un nouveau courage. Plusieurs ma:

gistràts bsèreiit opiïier devant le rcn avec une taOble liberté , et accuser la dépravation de la cour romaine , ou leà dbu$ qu'elle avait iûtroduits, comme étant la Cause de toutes les dissensioné qui troublaient alors l'Église, Ils demandèrent qu'on modérât les peines et qu'on suspendît les exécutions jusqu^à l'assemblée d'un concile œcuménique, oui ferait disparaître les abus , et qui &laircirait les quêtions douteuses/ Parmi les conseillers, quelques-uns, remplis du zèle ^ui anime les réformateurs, ne craignirent pas de rejeter lé blâme sur leurs prédécesseurs. « Il faut bien entendre, dit du Faur, qui sont ceux qui troublentl'Église^dejpeur qu^il n'advienne ce qu'Héiie dit a Acbub : C'est toi qui troubles Israël.» Anne duBouqg; ajouta : « Qu'on voyoit commettre tous les jours descrimes oignes de mort qu'oa laissoit impunis^ tels que des blasphèmes réitères , des adultères , d'borri«< bies débauches, des parjures fréquents, j;andis qu'on inventoit tous les jours ^e nouveaux supplices contre des gens a 9ui on ne pou voit reprocher auoiu crime. » D'autre part , les conseillers coOFtisans, Myjiard , et surtout lep^re- «tier président le Maistre, invoquaient contre les sectaires les peines les plus rigoureuses, et rappelèrent avec éloge l'çxemple^e Philippe-Auguste, qui, cu- «aient-ils, avait fait brûler six cents jÂlbigeois«n un jour, f « Pendant cette délibération, BejF^ri II pouvait à peine contenir sa colère ; il (eroyait avoir été désigné par du Faur •sous le iKHii d'Achab, et nar du Bourg comme un adultère. Il se m apporter le registre pour vérifier les noms de ceux wrii venait d'entendre ; puis il donna 1 ordre au connétable d'arrêter ces deux conseillers : « Leurs fautes , dit-il , et celles de quelques autiw , déshonorent le parlement » Il les fit conduire

ila Bastille. Peud'be^^sé^^ Comme il était à table , îl ôrdOnnià (j^ï^oh arrêtât encore six autres conseillers : Pàûl de Foix, André Fumée et Eùstache <te .la Porte furent saisis en eîlfet ; mais JFerrier, duVal et Viole s'étaient dérobés par la fuite. Le 10 juin le roi nomin^ les commissaires qui devaient faire le procès aux détenus ; c'étaient l'évéque de Paris, l'inquisiteur Antoine dfe Môuchy, qui se faisait appeler Démocharès, et Quatre conseillers au parlement, choisis parmi les plus fanatiques (*). » Henri II ne put pas cependant assister à leur supplice , qu'il désirait si yiveh^ent: fl mourut le lo juillet 1559.

S n. kègne de FrançoU IL — Con^ jurcdion ^Ambùise.

. Henri U avait été frappé à mort dans }a. vigueur de l'âge, au milieu^ d'une fëtc 11 n'avait pu pourvoir ni à l'administration de son royaume , ni prendre aucuue disposition relative à sa famille. Cette làmille était très-nombreuse. Catherine de Médicis lui avait donné dix enfants , dont sept survécurent à leur père. C'étaient quatre fi(s et trois filles. Spn fils aîné, François II, était âgé à peine de seize ans lorsqu'il «neuta sur le trône. C'était un prince jd'une santé délicate et d'un esprit faible et lent. Il était marié depuis quinze mois à la jeune reine d'É<^se, Marie Stuart, princesse douée d'une ^ran^e beauté, oui n'avait pas ooeore dix-huit ans. U 1 aimait tendrement, et était disfjosé à lui obéir en tot^s choscis. ^on extréoae jeunesse , 1^ faiblesse de sa santés et, par suite, de son inteliigenœ, devaient le plaeer natur eliement en tutelle. Mais iSommt il fut déelaré majeur, selon i'usâge ^ fixait à quatorze ansla majorité des rois de France, le pouvoir royal allait être exercé par eelle des factions qui aurait la force ou l'adresse de s'en saisir. Ce fut au duc deOuise, au vainqueur de Metz et de Calais , qu'échut le pouvoir. Il était oncle de la jeune reine Marie Stuait , et comme rioâueoGe de cette ^ineesse

(*) Sismondi.

sae

L'UNIVERS

sur son époux était absolue, ce furent les Guises qui régnèrent réellement en France, Le connétable de Montmo-.

rency , tout-puissant sous Henri II , fut écarté des affaires. La famille des Bourbons, composée du roi de Navarre' et du prince de Condé, qui étaient pro* testants, réclama en vain une part dans le pouvoir politique ; ils furent traités avec le même mépris que le connétable.

Le duc François de Guise fut alors tout-puissant en France. Sa sœur était reine-régente d'Ecosse; son neveu, beau-frère du roi , était duc de Lorraine; deux de ses frères étaient cardinaux , et comptaient sur leur crédit à la . cour de Rome ; un autre était grand prieur de Malte. Le roi d'Espagne , Philippe II , avait formé avec lui une alliance intime , parce qu'il le regardait avec raison comme le champion du catholicisme en France. £n effet, le duc de Guise se mit à persécuter les protestants avec ardeur, et par là il augmenta encore son influence sur le clçrgé et sur une grande partie de la nation. Les victimes les plus illustres furent Anne du Bourg et les autres conseillers au parlement que Henri II avait fait arrêter sous ses yeux aux dernières mercuriales.

R Du Bourg, dont le courage était inébranlable, croyait, dans sa conscience, ne pouvoir s'abstenir de confesser hautement sa foi; et en même temps il se regardait comme tenu envers la justice de son pays et le corps distingué dont il était membre, de dféfendre jusqu'au bout tous ses privilèges, de maintenir son droit de parler, librement dans les délibérations où c'était son devoir de dire la vérité : il voulait épuiser enfin , pour la défense de sa vie , toutes les ressources légales. Condamné par l'offîcial de Tévéque de Paris, il en appela conmie d'abus au parlement; aébouté, il porta sa cause , par appel , devant Tarcnevéque de Sens ; condamné , il recourut de nouveau au parlement, puis au primat des Gaules , le cardinal de Tournon , archevêque de Lyon. Ce ne fut qu'après avoir épuisé tous les degrés

de juridiction , qu'il se soumit à son sort. Alors encore son avocat, Marillac, voulut recourir à la miséricorde du roi : il invitait seulement du Bourg à déguiser par son silence ses vrais sentiments; mais aucune suppression de la vérité ne pouvait s'accorder avec la conscience de l'accusé. Du Bourg , que ses juges, pour le sauver, n'avaient pas voulu entendre, ne fut pas plutôt rentré dans sa prison, qu'il écrivit une confession en tout conforme à celle de l'Église de Genève, et qu'il la leur envoya , demandant pardon à Dieu de n'avoir pas interrompu son avocat, lorsque celui-ci cherchait à dissimuler la vérité. Sa sentence fut alors prononcée; ses juges, autrefois ses collègues , lui accordèrent la grâce d'être étranglé avant d'être brûle. Le 20 décembre , il fut dégradé des ordres de diacre et de sous-diacre qu'il avait reçus, et le 23 il fut exécuté sur la place ae Grève (*). » Voici comment de Thou raconte sa mort :

«Quand on lui lut son arrêt, selon la coutume, il ne donna aucune marque d'étonnement. Mais il dit qu'il pardonnoit à ses juges qui avoient ja^é selon leur conscience , mais sans science et par une privation de la vraie connoissance de Dieu. Après cela, comme adressant son discours à ses juges , il s'émut extrêmement et finit par ces paroles : « Éteignez , éteignez enfin l«s « feux et les embrasemens que vous avez « allumés; amendez- vous et vous con- « vertissez à Dieu , afin que vos péchés « vous soient pardonnes et puissent être « effacés : que le méchant laisse son « train et l'inique ses pensées, et qu'il se « retourne jusqu'au Seigneur et u aura «pitiéde]ui.Aaieu,sénateurs,Dieuvous «conserve, ayez toujours Dieu devant « vos yeux : pour moi, je vais à la mort

«sans regret » Après qu'il eut dit

cela , on le mit sur une charrette , et il fut mené à la place de Grève, accompagné d'un grand nombre de gens armes. Sur le lieu du supplice il ne dit que peu de chose au peuple ; il déclara qu'on ne l'amenoit pas en ce lieu en

(*) Sismondi.

3ua)ité de voleur, mais pour la cause e Dieu et de l'Évangile. Il se dépouilla lui-même, et comme on le montoit à la potence, on lui entendit prononcer plusieurs fois ces paroles : « Mon Dieu ! ne m'abandonne pas, afin que je ne t'abandonne ijoint. » Quand il fut étranglé, on jeta son corps dans le feu (*). »

Jusgue-là le parti protestant n'avait pas été très-puissant par le nombre. Il était si loin d'être en majorité dans la nation, que, suivant l'avis de la Noue, son plus grand homme d'État, « il eût sufli des chambrières de Paris, de Toulouse et des autres grandes villes,

Eour en chasser les réformés avec leurs alais. » Le protestantisme était à peu près généralement repoussé par toute la classe pauvre des villes, et assez peu répandu parmi les paysans. Mais il avait été adopté avec ardeur par une grande partie de la petite noblesse de Touest et du midi de la France, qui continuait toujoursàconstituerpresque toute la force militaire du pays. Parmi la bourgeoisie, il comptait dans son sein les esprits remuants et ambitieux.

L'esprit de parti , le mécontentement, l'amour du danger, produisaient des conversions nouvelles. C'était l'épée à la main gue plusieurs des nouveaux reli^ionnaires voulaient s'ouvrir le chemin du ciel ; et , dans ce siècle de violence et de faux point d'honneur, où l'homicide était souvent une gloire, plusieurs d'entre eux commençaient à croire que tous moyens étaient bons pour se défaire de leurs ennemis. Peu de jours avant le supplice de du Bourg, le président MinarcI, qui avait été un de ses juges et en même temps un de ses ennemis les plus acharnés , fut tué le soir d'un coup de pistolet. Le vrai coupable ne fut jamais découvert ; mais il était impossible de ne pas reconnaître que le parti protesijant avait porté le coup.

Cependant le peuple, par haine contre les nobles, dont rarrogance augmentait tous les jours, s'entendait avec le pouvoir pour leur tendre des

(*) De Thou.

22* Livraison. (Annales de l'hist. de Frange.)

pièges de toutes parts. Au coin de chaque rue il élevait des chapelles avec des madones ornées de fleurs , et des hommes apostés épiaient les passants pour les insulter, ou pour les accuser devant les tribunaux, s'ils ne se dé* couvraient pas ou s'ils ne s'associaient pas aux litanies chantées par les prêtres. Calvin avait professé la doctrine de l'obéissance passive ; mais une telle doctrine ne pouvait convenir à l'esprit bouillant de la noblesse française. Elle voulait repousser la force par la force, l'affront par l'affront. Les Guises venaient de faire publier un édit par leauel le jeune roi reprenait tous les dons faits par son père, et refusait en même temps le payement d'une foule de dettes que ce prince avait cx)ntractées. Aussitôt les solliciteurs étaient arrivés à la cour de toutes parts , pour réclamer, les uns, des grâces nouvelles, les autres, le redressement d'anciennes injustices. Le cardinal de Lorraine, pour débarrasser le roi de cette foule importune , fit publier une

{)roclamation qui enjoignait à toutes es personnes accourues à Paris pour solliciter des payements de dettes ou des récompenses , d'en sortir dans les vingt-quatre heures , sous peine d'être pendues. En même temps, pour effrayer les solliciteurs par l'appareil des supplices , on dressa un çibet devant le palais. Comme ils étaient presque tous gentilshommes , cet édit fut dénoncé comme un affront fait à la noblesse de France, et l'on accusa les Guises d'exercer au nom du roi une autorité tvrannique.

Ainsi , les mécontents devenaient de jour en jour plus nombreux, et ils finirent par s'unir aux protestants ou huguenots , comme on commençait à les appeler. Ceux*ci avaient alors à leur tête la famille des Châtillon , une des plus nobles et des plus riches de France, qui avait adopté depuis longtemps le

f)rotestantisme« L'amiral de Coligny, e chef de cette famille par ses talents et par sa charge d'amiral , l'une des plus importantes du royaume , crut le moment arrivé de faire'enfin une tentative pour mettre un terme à la per-

fUHItËHS.

fécufion^ et poar élever loti parti au pouvoir. « On teiioit Collgny, dit de TboQ, pour un seigneur d'iionneur, bomnie de bien, sage^ mûr, avisé, politique, brave censeur, pesant les choies , et aimant l'honneur et la vertu , eomme il avait fait parotti-e par ses belles actions passées. » Les Bourbons, oour se venger d'un gouvernement qui ks excluait du pouvoir, promirent en f ecret leur appui. Cependant , la plu^ part des nobles voulaient faire de là résistance aux Guises qu'ils qualifiaient d'étrangers, mais ils repoussaient toute idée de révolte contre le roi , dont ils admettaient l'autorité illimitée. Seulement , ils refusaient d'étendre, par une fiction légale, cette autorité sans bornes à la volonté d'un prince incapable de Touloir. Tous, protestants et mécontents, se trouvèrent d'accord pour réclamer la convocation des états généraux. Mais les Guises repoussèrent, conlme destructive de l'autorité royale, k proposition des mécontents. « l\s donnoient à entendre au roi, dit la Plandie, que quiconque parloit de cette convocation etoit son ennemi mortel et criminel de lèse-majesté; car, dohnant cette ouverture , son peuple voudroit bailler la loi à celui auquel ils la doivent prendre, et seroit son conseil tellement changé , que on le tiehdrqit à jamais comme sous la verge; tell^ ment qu'il ne lui resteroit rien d'un

roi 1 sinon le titre seulement De

son cété, la reine mère, en même temps qu'elle faisoit bon visage aux princes , et entretenoit ceux de la religion de bonnes espérances, en écrivoit a bon escient au rdi d'Espagne , son gendre, se plaignant du roi de Navarre et des princes, comme la voulant, par le moyen desdits états , réduire à la condition d'une chambrière. » En réponse, Philippe écrivit au roi son beaufrère : «Qu'aucuns mutins et rébelles s'efforçoient d'émouvoir des troubles pour changer le gouvernement du

royaume , comme si le toi son

beaft-frère n'étoit capable de lui-même admintstrer, et en bailler Isi charge à ceux que boa lui sembleroit, sans y inler^ièr attire «0IlseDltla•nl^ ne re-

cevoir Joî de ses sujets, ce qu'il ne devoit auctinement souffrir. Que , de sa part , il émployeroit volontiers toutes ses fbrces à maintenir l'autorité d'icelui et de ses ministres. Voire lui coûteroit sa vie et à quai-ante mille hommes qu'il avoit tout prét^, ai aucun étoit si hardi d'attenter au contraire (*). » On montra cette lettre au roi de Navarre, qui se laissa Intimider. Les protestants et les autres mécontents s'adressèrent alors au prince de Condé, et le prièrent d'accepter la direction du parti. « On tenoit Condé , dit Brantôme, pour plus ambitieut que religieux ; car le bon prince étoit bien aussi mondain qu'un autre, et aimolt autant la fbmme d'atitfui que la sienne , tenant fort du naturel de la racexie Bourbon , qui sont fort d'amoureuse complexion. » Condé accepta la direction du parti , mais à la condition que ce pdrti le dispenserait de se compromettre dès le côtamencement, et attendrait que , par quelque acte de vigueur, il donnât la preuve qu'il était en état de se mesurer avec rautorité royale.

Ainsi s'brganisadt dans le seëret une vaste conspiration dont le but était l'enlèvement du roi et le massacre des Guises (1560). Cette conspiration, à laquelle leoetlple resta eiitièreraefit étranger, nit formée par les nobles protestants Ou mécontents. A leur tête se trouvait un gentilhomme du Périgord , nommé Godefroi de Bacri, seigneur de la Renàudie et de la Forêt. Le véritable chef, le ptince de Condé, ne devait se montrer que dans le moment décisif. La Renahdie était un gentilhomme plein de résolutiod , d'activité et d'intelligence; mais ce n'était point un homme d'une vertU irréprochable. Il avait été emprisonné et jugé par arrêt du parlement de Dijon, pour avoir produit des pièces fausses dans un procès contre un greffier du parlement de Paris, les gentilshommes d'épée étaient générale^ ment peu scrupuleux sur lès moyens^ dé vaincre les gentiiehotomeâ de plttoie*

(*} Eég. de la Planche, p. 0r.

Aussi h Rènaudie, quoique coupable de faux , n'avait-îi point perdu la considération de la noolesse du Périgord.

Réfugié en Suisse , il se iià à GenièVe ^ à Berne, à Lausanne , avec des protestants fugitifs , et il concerta avec eux les moj^ens de ^^entendre avec ceux qui étaient restés en France , pour opposer de la résistance aux persécuteurs; Ayant obtenu des lettres de révision pour son procès, il retourna eii France , persuadé qu'il lui suffirait de lev«r l'éteridartl de la révolte, pour voir accourir près de lui un nombre immense de mécontents. Pour ne pas troubler la conscience de ses associés, il protesta qu'on n'attacmerait pas Fautorîté royale, ôt qU'il s'agissait seulement tl'éearter tes Guises du gontismement.

La Rénaudie était rentré en France âous uîi liom supposé. Après avoir parcouru les pi*ovince8 de rOuest où les protestants étaient nombreux , il eonvoqua les éhéfs dti t>arti à Nantes (!•' février t6B0). Un gentilhomme oreton, nommé la t^araye, kb reçut dé nuit dans sa maison. Les pHneipaux fféntilshoÉlme^ de l'ouest et du midi de la Frattcè se troti^rent datiïs cette assemblée; mais il n'y parut aucun d^ j^rfnKtes. Cependant la Rénaudie donnait à entendre aux conjurés que leur vrai ebfef était le prince de Condé, et qu*i1 se montrerait au moment décisifs

Il fut arrêté qu'une grande iimiltitude dé pèT^ se dirigerait sur Blei8i>à était la cour, pour remettre au roi une pétition, par laquelle il serait supplié de supprimer les édits de perséetttJOR; d'accorder aux réformés le libi« exercice de leur éulte , et la permission de s'assembler publiquement dans des temples sous les yeux de l'autorité.

Pendant que Tattefntioii de fe cour se^ rait ai))si distraite, cinq cents cAValiers et mitte fantassins , choisis parmi les gentilshommes protestants les plus 2élés , devaient marcher sur Bfois où le roi ne povivait opposer à une attaique si subite ni la force du lieu, ni de nombreux soldats. La ville de Blois «urprise, xm eidèvérait les Guises, qui teraientuiis'ai jageaMM eomnieayaiit

exercé une autorité usurpée, et l'on engagerait François II à se laisser diriger à Tavenir par les Bourbons et à convoquer les états généraux. C'étaient là les projets avoués des conju-: rés; mais il était facile de prévoir que les Guises ne sie laisseraient pas arré* ter sans opposer dé la résistance, qu'ils se feraient plutôt tailler en pièces^ et fue le roi ne céderait qu'à la violence.

Le 16 mars 1560, les divers^ trou- 'Pès de gentilshommes , partis de tous les points de la France , devaient se réunir à Blois. Remarquons bien le caractère tout féodal de cette conspiration. Ce furent des nobles qui ki formèrent, qui exécutèrent l'entreprise et qui en auraiient profité, si elle avait réussi. Us se seraient saisie du pou* voir; l'autorité royale eût été abaissée , avilie ; la ftodalité eût eu enûa son jour de vengeance, et elle se seioiii relevée des coups que Loui^ XI m avait portés. Castdnau de Gbalosse se cfaai|^ de conduire à Blois les géntiIsT hommes de Gascogne ^ Mazère ceux du Béam, du Mesntl ceux du Limou-r «n et du Périgord, Maillé de Bre^^é ceux du Poitou, de la Saintooige et de l'Angoumois, la Chesnayeoeux de i'An^ iou et du Maine, Sainte-Marie ceux de la T^ormaftidie » Cooqueville ceux de Picardie, de Fefrières-M<aHgi^ ceux de Champagne, de la Brie et de ri4e de France , et Châfieauvieux ee«x de Provence.

Quand tout ^t oonventi, la Rénaudie alla trouver le prince de Condé pour lui rcmdre oompte des résolutioHS que Ton avait prises; puis il se rendit à Paris pour acheter aes armes ^t des chevaux. Il logeait tm firabourg Saint* Oermain chez un avocat protestant, nommé Aveuelles, qu'il 6it obligé de mettre dans le sèeret. Celni^ei, frappé de terreur ou séduit par l'appAt des récompenses, alla dénoncer ia conspl^ dation au caltNnal de Lorraine. Déjà quelques antres iffMices étaient parvenus au duc de Guise, qai avait eondtiit le roi de Blois à Atnboise , ville fortifiée, munie d'vn bon ohâteau et fieh «île à défendre.

Le cardinal et le due de Goise

LUNIVERS.

avaient des caractères fort divers.

Brantôme appelle le second un bon et brave pnnce,et il lui reprocheseulement d'avoir été trop consciencieux et de n'avoir pas eu assez d'ambition. « Mais, di^il , monsieur le cardinal son frère, tout ecclésiastique qu'il étoit , n'avoit pas l'âme si pure, mais fort barbouillée; que s'il eût été plein de valeur comme monsieur son nrère et qu'il en avoit la volonté, il eât levé la bannière et se fût fait chef de |)arti. Mais de nature il étoit fort timide et poltron, même il le disoit. » Les deux frères s'étant accordés enfin pour déjouer la conspiration, Catherine de Médicis écrivit, de concert avec eux, aux trois frères de Châtilloii pour les inviter à se rendre à la cour et à donner leurs conseils au roi. Ils y vinrent sans crainte, et Coligny déclara que la paix du royaume ne pouvait être assurée qu'autant que Von suspendrait la rigueur des édits de persécution, et que l'on accorderait le libre exercice de leur culte à tous les Français , en attendant la décision d'un concile général. On publia en effet un édit qui accordait une amnistie entière à tous les réformés qui ne seraient pas entrés dans quelque complot formé contre le roi. ; Mais ce n'était là qu'un moyen d -endormir les conjurés pour mieux les surprendre. .;,^..

« Le duc de Guise avait pris .des précautions militaires suffisantes pour se trouver plus fort que les conjurés , sans les alarmer d'avance. Il avait donné aux troupes des commandants dont il était assuré, et les distribuant sans bruit dans le pavs environnant, il leur avait ordonné d'attaquer immédiatement tout corps armé qu'ils verraient se diriger sur Amboise. Quoiqu'il évitât tout éclat, le bruit se répandit bientôt que la conjuration était découverte. Le prince de Condé, averti à temps , se rendit cependant auprès du roi à Amboise, pour écarter les soupçons. La Renaud ie fut aussi averti ; mais il jugea que Jes conspirateurs arrivant de provinces éloignées étaient déjà assez compromis pour ne pouvoir trouver de salut que dans leur

audace. Il était depuis le 4 mars à la Carrelière en Vendômois , sans se décourager, parce que la cour avait passé de Blois à Amboise ; soixante gentilshommes lui promirent de se glisser la nuit dans Amboise, et trente de pénétrer dans le château.Oes gentilshommes devaient lui livrer les portes au moment où il se présenterait ; tous les autres devaient se réunir , le soir du 14 mars, au château de Noizay, près d' Amboise, et l'attaque sur la ville était remise au lencfemain à midi.

Mais le duc de Guise avait changé la garde du roi , muré la porte que les conjurés avaient compté surpi^ndre , et distribué des troupes dans la forêt, qui tombèrent sur tous les partis détachés , à mesure qu'ils se présentèrent. Ceux qui comptaient surprendre furent surpris ; les petites troupes qui arrivaient des provinces furent , pour la plupart, attaquées à l'improvistedans leur marche ; beaucoup d'entre les conjurés furent tués sur place ^beaucoup d'autres furent amenés à Amboise , où , sans forme de procès , ils furent pendus aux créneaux, bottés et éperonnés comme ils étaient. Castelnau, Mazère et Raunai étaient arrivés dans la nuit du 15 à Noizay ; mais les deux derniers se laissèrent surprendre le lendemain matin sur la terrasse du château par le duc de Nemours , qui , avec des forces supérieures , attaqua ensuite Castelnau. Celui-ci, reconnaissant que la résistance était impossible^ se rendit sur parole au duc de Nemours, qui lui promit qu'il l'introduirait auprès du roi avec ses gentilshommes, et qu'après avoir exposé ses demandes , il lui laisserait la liberté de se retirer.

« Le nombre des conjurés paraissait cependant plus grand qu'on ne s'y était attendu, et Ta Renaudie se trouvait toujours à leur tête; le roi était vivement alarmé, et le duc de Guise profita de son effroi pour se faire donner, le 17 mars, le titre de Jieiiitfinant général du royaume. Catherine voyait avec beaucoup de chagrin tout le. pouvoir passer ainsi aux mains d'un .suj^t ambitieux et dangereux pour son:maî-

ANNALES DE L'fflSTOIRE DE FRANCE.

tre. Lechancelier Olivier refusa d'abord de sceller les lettres patentes qui lui conféraient l'absolu pouvoir ; mais il céda lorsqu'il fût averti que les combats continuaient. Le 18 mars , la Renaudie, à la tête de sa troupe, fut rencontré dans la forêt de Château- Renaud par une trou];)e royale égale en flmroe , que commandait Pardaillàn , qui était son parent ; les deux chefs s'élancèrent l'un sur l'autre. La Renaudie fat tué dans le combat ; deux de ses domestiques , chargés de tous ses papiers, furent arrêtes et réservés en vie pour être interrogés par la torture.

Malgré ces échecs répétés , la Mothc , des Champs et Cocquevilie , avec les conjurés de Picardie , qui étaient arrivés seulement le 19 mars, tentèrent encore une attaque sur Amboise , dans l'espérance que leurs ennemis, se croyant bien sûrs de la victoire, auraient renoncé à toute précaution.

Brantôme assure que Condé et le cardinal de Châtillon, pour détourner tout soupçon qu'ils fussent entrés eux-mêmes' dans la conspiration , se rangèrent à la porte auprès du duc d'Aumale , et contribuèrent à repousser les conjurés (*). »

Le duc de Guise résolut de traiter sans ménagement les conjurés pris les armes à la main. «Il fut procédé, dit la Planche , à leur exécution , en la plus grande diligence qu'il étoit possible ; car il ne se passoit jour ni nuit que l'on n'en fît mourir fort grand nombre , et tous personnages de grande apparence. Les uns étoient noyés , les autres pendus, et les autres décapités.

Mais ce qui étoit étrange à voir, et qui jamais ne fut usité en toutes iformes de gouvernement, on les menoit au supplice sans leur prononcer en public aucune sentence, ni aucunement déclarer la cause de leur mort , ni même nommer leurs noms... Une chose, observoit-on à l'endroit de quelquesuns des principaux, c'est qu'on les réservoit pour après le dîner, contre la . coutume ; mais ceux de Guise le faisoient expressément pour donner quel-

C) Sismondi » t. XYIII, p. 145-148. •

que passe-temps aux dames, qu'ils voyoïent s'ennuyer si longuement en ce lieu. Et de vrai , eux et elles étoient arrangés aux fenêtres du château comme s'il eût été question de voir jouer quelque momerie , sans être aucunement émus de pitié ni de compassion, au moins qu'ils en fissent le semblant. Et qui pis est , le roi et ses jeunes ftëres comparoissoient à ces spectacles , comme qui les eût voulu acharner; et leur étoient les patiens montrés par le cardinal , avec des signes d'un nomme grandement réjoui , pour d'autant plus animer ce prince contre ses sujets; car, lorsqu'ils mouroient plus constamment , il disoit : Voyez , Sire , ces effrontés et enragés ; voyez que la crainte de mort ne peut abattre leur orgueil et félonie ; que feroient-ils donc s'ils vous tenoient ! »

^ Le prince de Condé n'osa pas refu« ser d'assister à quelques-unes de ces exécutions. « La duchesse de Guise ayant été, dit leméme historien, traînée comme par force à l'exécution de ces notables personnages , elle en retourna tellement éplorée et fondant en larmes , que, entrant dans la chambre de la reine mère, ses sanglots redoublèrent d'autant plus aigrement qu'elles deux ensemble avoient fort privément devisé de l'innocence de ceux de la religion. La reine , la voyant ainsi contristée , lui demanda ce qu'elle avoit , et ce qui lui étoit survenu pour s'attrister et complaindre de si étrange façon. «J'en ai, répondit-elle, toutes « les occasions du monde ; car je viens « de voir la plus piteuse tragédie et « étrange cruauté à l'effusion du sang « innocent , et des bons sujets du roi y « que je ne doute point qu'en bref un « grand malheur ne tombe sur notre « maison , et que Diea ne nous exter* « mine du tout, pour les cruautés et in- « humanités qui s'exercent. » Ce qui fut soieneusementremarqué; comme aussi ce omit étant venu aux oreilles de ceux de Guise, elle en reçut rude traitement. L'une et l'autre de ces dames a bien changé d'opinion et de conscience depuis (*). »

(*) La Planche, p. 394.

L'UNIVERS

Quelques |qura après ces $ang1antes exécutions , l§ jeune Agrippa aAubig|é , âgé de huit ans çt demi , passait par Amboîse , accompagné c^e son père qui le conduisait à Pans. Lorsque le vieux gentilhomme aperçut'de loin les tètes de ses anciens amis ou'on avait attachées Çjux créneaux qu château d'Amboise, il en fut tellement ému^ qu'au milieu de sept à huit mille personnes, il s'écria ; « Ils ont décapité la france , Içs bourreaux !» Et , en achevant ces mots , \\ mettait la maifi su^ la tête de son fils : « Mon enfant , lur « dit-il , il ne faut point épargner ta tête tt après la mienne pour venger ces chefs « pleins d'honneur ; si tii t^y épargnes, « tu sauras ma malédiction. » Déjà la • foule irritée jetait des pierres aux deux gentilshommes; et ils ne durent huf sa|ut qu'à fa titessç (^e leurs chevaux (*). -■'■■-

Cependant tous les condamnés qui avaient fejt gqqlgues avei^x , avaient • désigpé le prmce de Con^é eomme le chef occulte, 1^ capitaine muet, comme ils disaient.' Le Cardinal de I^orraine demandait qu'on l'arrêtât et qu'on fit tomber sa tête, pouf effrayer le parti protestant. Mais le duc de Guise ne voulait pas que l'on punit un seul des

S rinces avant ^e le^ tenir tous. Les eux frères résolurent de profiter de cette conjuration pour se défaire d'un séijl coup de tous les rivaux qui les inquiétaient. Le prince de Condé , qui redoutait les inrormations judiciaires, avait demandé une audience publique au roi; et. là, il avart déclaré que là'ii se trouvait « homme , de quelque qualité qu'il fât, qui voulût niaintenir ou'il étoit auteur de ladite entreprise, il s'offroit de le combattre ; et là oè il lui seroit inégal, de s'égaler à lui en toute chose pour cet effet, » Le duc de Guise, présent à Paudiehce, lui répondit aussitôt « qu'il liii étoit tant serviteur, ayant cet honneur de lui être parent, que lui-même prendroit les armes pour le seconder en une si juste défense. »

(*) Voyez Histoire universelle du sieur Agrippa aAubigné.

Après cette déelaration formelle, personae n'osa plus inculper le prince c(e Condé , qui p'artit pour la Guyenne. Les Guises , de leur côté , convoquèrent une assemblée de^ notables à Fontainebleau, pour le 15 août. Ils voulaient , en quelque sorte , pressentir Fopinion public|uë, avant de conv^ quer les états généraux. Goligpv présepta à cette assemblée une pétition des relrgionnaires qui demandaient que l'on suspendit la rigueur des peines prononcées contre eux , et qu'on \eut accordât des temples pour qu'ils ne fussent plus réduits à fermer des asr semblées secrètes et illicites. Le connétable de Montmorency , parent des Châtillon, s'était rendu à Fontaineblesiu, accompagné de huit cents gentilshommes. Aussi la délibération futelle poursuivie , de la part de la noblesse protestante, avec une grande indépendance. Coligny demanc» formellement la convocation des états généraux. Le duc de Guise répondit à Coligby, qui avait afBrmé C|ue la pétition pac lui présentée aurait pu , efn peu de jours , être signée par cinquante mille personnes, qu'en moins de terpps encore un nombre double de pétitionnaires Signeraient le maintien de l'ancienne religion. Le cardinal de Lorraine entreprit, de son côté, de réfuter l'amiral de Coligny. Il déclara qu'en accordant des temples aux protestants, le roi paraîtrait apprquver leur idolâtrie , et qu'il ne pouvait le faire sans s'expqser à une damnation éternelle. Cependant les deux frères déclarèrent qu^qn s'efforcerait de ramener par la douceur les religionnaires dans le sein de l'Église; et ils annoncèrent ensuite que, puisque la noblesse paraissait le désirer, ils consentaient à la convocation des états généraux. En effet, un édit du roi convoqua les députés de la nation à Meaux, pour le 10 décembre.

Lorsaue le roi de Navarre et le prince ae Condé reçurent l'invitation du roi de se rendre aux états généraux, ils se trouvèrent dans un grand embarras. Ils avaient eux-mêmes réclamé la convocation 4^ cette assem-

ANNALES DE L^HISfOIEIS DE FRANCE.

Mée, et annoncé quMIs feraient valoir leurs droits deyant les députés de toute la France ; niais ils craignaient avec raison la perfidie des Guises, et il^ avaient reçu de secrets avertisseinents de se ienir en garde. Cependant les deux frères partirent de Né-.

rac avec une escorte pei| nqnf)|)reuse, et se dirigèrent vers Orléans. Un grand nombre de dénutés les y avaient devancés, ^e roi s y était rendu de son côté accompagné de mille lances de cavalerie, et de deux régiments ides vieilles haqdes d'infant^f ie réceinment revenues fl'Écossîe. Depuis la conjuration d' Amboise, il ne voyageait

f)lus sans un appareil formjdswle, ei; es troubles qui continuaient dans plusieurs provinces justifiaient assez ces mesures de précaution. Mais cette fois^ il s'agissait pour les (ruiseS d'eçi imposer aux états généraux, et de 1^^ dominer. Il avait été résolu qu'à Touverture des ét^ts le roi présenterait ^ chaque député une cppfessjon de foi catholique. Lui-méoie devai|; le p^pemier la signer de sa main, puis la présenter successivement à la signature de tous les (jépgtés, et dégrader à r instant celgi qui refuser^it de limiter, pour le livrer ensuite au br?is séculier afin qu*il fût brû|é le lepdcr main. On s'attendait aux refusée Coligny et deDandelot, qui seraient devenus les premières victimes; puis on aurait exterminé tous les hérétiques en France.

Les Guises avaient résolu de commencer par l'arrestation et la condan^nation d'Antoine de Bourbon et dH prince de Cqndé. Les deux frères n'étaient pas fort éloignés d'Qrléans, lorsque le maréèhal de Termes vint à leur rencontre avec un corps nombreux de troupes, sous prétçxte de leur faire honneur, mais en réalité pour les empêcher de reculer.

Cefut le 29 octobre qu'ils firent leur entrée à Orléans. «Ils trouvèrent, dit Davila, que la cour royale était, contre l'usage, même en temps de guerre, entourée d'un nombre considérable de soldats; les portes de la ville, les lieux les plus torts, les placer, l'entrée

d0 chaqpe rue, étaient osMpés ; toutes parts ils voyaient étaléf l^|-ti lerie et les drapeaux ; ce lut entre eux qu'ils durent passer pq\i^ arrive^ au logis du roi, qui étajt plus fortement gardé encore. Parvenus à 1^ porte, et comptant, selon l'usage de^ princes du sang, entrer dans la cour ^ cheval, on ne voulut leur ouvrjr g^f| le guichet ; il fallut descendre aii ^i«i lieu de \a^ rue, sans être salués ni re*^ çus par personne; ils furent conduits en la présence dv\ roi, qu'ils tx'QUVfi? rent entre le duc de Glaise et le cardi? nalde Lorraine, entouré des capitai<\ nés de sa garde. liCur accueil fut biei^ différent de cette faipiliarité dont les rois de France ont coutume d^iiseï:

envers chacun, mais surtout envers les princes de leur sang. Le* roi jeâj conduisit ensuite lui-même dans la chambre dé la reine, sa mère, où lesj Guises ne les suivirent pas. Celle-ci » fidèle à son plan de se conserve^ ind^ pendante et de se montrer ^tr^qgèrq aux partis, les reçu^ avec les mî^rquesj d'honneur accoutumées, et tant d ap^ parence dé tristesse, qu'on lui vit tpm-^ per des larmes des yè\i\. lirais le roi. poursuivant comme il avait com|ï^en-< ce, se tourna vers le prince deCqndét et se plaignit avec des paroles amère^ gue, sans lu{ avoir fait jamais aucqn^ injure ou mauvais traitements, l^ prince, au noépris de tpqte loi divine et huniaine, eut soulevé nlusieurs fois ses soldats contre Ipi, eût commence la guerre civile dans plusieurs parties du royaume, eût tenté de surprendre ses principales cités, et et!)t machiné, enfin, contre sa propre vie et ceHe é{è ses frères. Le prince, sans se troùhleif le nfîoins du monde, siyant répondu hardiment que tout cela n'était que calomnies inventées par ses ennemis, et qu'il ferait clairement constater son innocence : « Eh bien, reprit le roî, « pour découvrir la vérité, il faut y pro- « céder par les voies ordinaires de la « justice; » et sortant aussitôt de 1$ chambre, il ordonne aux capitaines de sa garde d'y retenir Condé prisonnier.

Alors la reine mère, qui laissait faire par nécessité, n^ais qui n'oubliait point

L'UNIVERS

les yicissitudes humaines, adressa au roi de Navarre des paroles affectueuses pour le consoler; tandis que le prince, qui ne dit autre chose sinon qu'il était dur d'avoir été trompé par le cardinal son frère, fut conduit dans une maison voisine qu'on avait préparée pour cet effet, en murant les fenêtres, doublant les portes, et l'armant enfin comme une torteresse, avec de Tartillerie et des' gardes nombreuses de tous les côtés. Le roi de Navarre, étonné de l'arrestation de son frère, adressait à la reine mère beaucoup de plaintes et de longues iustifications, auxquelles elle répondait en rejetant sur le duc de Guise, lieutenant général du royaume, tous les soupçons et toute la malveillance. Le roi de Navarre fut conduit dans une maison contiguë au palais ro^al, où on lui donna des gardes ; et, a la réserve de ce qu'on lui permit de parler à qui il voulait, on le traita en tout comme prisonnier. En même temps, on arrêta Améric Bouchard, secrétaire du roi de Navarre, et l'on saisit toutes ses lettres et tous ses papiers ; et le même soir, Tannegui de Garrouge partit pour la Picardie, afin d'arrêter et de conduire à Saint-Germain , Madeleine de Roye, belle-mère du prince, qui, comme femme, était demeurée sans soupçon dans son château (*). »

Une commission fut nommée surle-champ pour juger le prince de Condé. Celui-ci protesta qu'il ne reconnaissait pour juges que le roi, les pairs, et toutes les chambres du parlement assemblées. Cet appel fut déclaré parle conseil privé nul et-frivole; la commission désignée par les Guises se reconnut compétente, et il fut répondu au prince de Condé que, s'il refusait plus longtemps de comparaître devant ses juges, il serait condamné comme convaincu du crime de lèsemajesté. « Il ne faut pas tolérer, disait le duc de Guise, qu'un petit galant, pour prince qu'il soit, fa«se de telles bravades. » Le 26 novembre était le jour fixé d'avance pour sa

f (•) Davila', liv. ir , p. 5;.

condamnation et pour son supplice.

Coligny, averti du sort qui menaçait le prince de Condé, n^hésita pas cependant à se rendre à Orléans. Il

{)rit congé de sa femme, et lui traça a conduite qu'elle aurait à tenir lorsqu'elle apprendrait sa condamucition ou sa mort. Le point d'honneur chevaleresque lui faisait un devoir d'aller rejoindre le prince de Condé, qui exposait sa vie pour la religion. En chemin, il apprit a que déjà étoient arrivés à Orléans trente ou quarante des plus experts bourreaux des villes circonvoismes, qu'on les avoit habillés d'une même livrée et parure ; que l'é- ' chafaud pour trancher la tête au prince de Condé, la femme duquel et oit sa nièce, s'en alloit jà dressé devant le logis du roi ; que la délibération étoit de le faire mourir ainsi ignominieusement à l'entrée des états, pour d'autant plus les tepir en crainte, et leur faire approuver la mort des autres, dont il étoit au nombre, et des plus recommandés par ceux de Guise, ennemis de ses vertus ; que l'on avoit accoutré une prison qui jà étoit dédiée et consacrée à lui et à ses frères ; qu'il n'y avoit nul doute oue l'on ne vît en bref la plus grande effusion de sang qui jamais fôt vue et ouïe en France ; bref, que déjà défenses a voient été faites aux habitans d'Orléans et tous autres, hormis les gens de guerre qui seroient de garde, de sortir de leurs maisons midi sonné, voire de regarder par leurs fenêtres, sur peine d'y être sur l'heure pendus et étranglés, sans autre forme de procès, et que le sac de la ville avoit été accordé aux gens de guerre.... Toutes ces choses ne purent aucunement démouvoir l'amiral... remettant l'événement à Dieu (*). »

Quant au roi de Navarre, dont le caractère faible et irrésolu ne pouvait pas inspirer de craintes, les Guises avaient cependant résolu de le faire mourir, pour qu'il n'entreprit pas un jour de venger le prince de Condé son frère. Mais comme il eût été difficile

(*) La Planche, p. 7a5.

de trouver des luges disposés à prononcer contre lui la peine capitale , les Guises avaient, dit-on, conçu le projet de lui ftire chercher querelle par le jeune roi, puis de le faire massacrer sous ses yeux par les courtisans qui auraient paru prendre la défense du prince.

Ainsi les Bourbons et les Châtillons paraissaient perdus sans retour; leur mort était décidée; la reine mère, Catherine de Médicis, qui aurait voulu les sauver pour les opposer aux Guises , craigilait trop Tascendant des deux frères sur le roi [)oùr oser prendre leur défense. Ce qui les sauva , ce fut la mort imprévue du roi. Le 16 novembre 1560, François II se plaignit de vives douleurs à la tête, et les médecins rayant visité, déclarèrent qu'ils ne conservaient aucune espérance de Je sauver. Les Guises auraient bien voulu, pendant gu'il respirait encore, faire périr le prince de Condé et son frère. Ils ^'adressèrent à Catherine de Médicis, et lui promirent de la mettre en possession de la régence et de Tautorité souveraine, si elle consentait à les seconder. Mais Catherine avait trop souvent éprouvé leur arrogance pour prendre confiance dans leurs paroles.

Elle fit appeler le chancelier de THôpital, gui la trouva fondant en larmes au milieu de ses femmes. L'Hôpital la confirma dans sa répugnance aux actes de violence et de cruauté que les Guises demandaient, et lui fit craindre la guerre civile si elle consentait à Texécution des Bourbons pendant Tagonie du roi. Le procès de Condé fut suspendu; le roi de Navarre, introduit en secret dans le cabinet de Catherine, rassura de son dévouement et lui promit son appui contre les Guises. Peu de jours après , François II mourut, le ô décembre 1560, à Tâge de dix-sept ans.

§ III. Commencement des guerres de religion, — La Saint-Barthélémy.

Page 1