‹ France (volume 2)Chapitre 40 sur 45 · CHABLES IX · texte numérisé non relu

CHABLES IX

Minorité de Charles IX. — Régence

de Catherine de Médicis. — Édits de jîUUet et de janvier, — Résistance du peuple. — Massacre de yassy. — François II mort, son frère puîné fut proclamé roi sous le nom de Charles IX.

Ce prince, dont le nom rappelle des souvenirs si odieux , ne manquait pas cependant de grandes qualités. Il était brave de sa personne, il aimait son peuple, il recherchait l'entretien des gens de lettres , il était poète lui-même. Tout le monde connaît ces beaux vers qu'il adressa à Ronsard :

L'art de faire des vers, dût-on s'en indigner, Doit être i plus hant prix que celui de régner; Tous deux également nons portons des couronnesi Mais roi je les reçois, poète tu les donnes. Ton esprit enflammé d'une céleste ardeur, Éclate par soi-même, et moi par ma grandeur. Si du cdté des dieux je cherche l'avantage , Ronsard est leur mignon , et je suis leur image. Ta lyre qui ravit par de si doux accords , T'assurait les esprits , dont je n'ai que les corps ; Elle t'en rend le maître et te sait- introduire On le plus fier tyran ne peut avoir d'empire.

Cet heureux naturel fut çâté par l'éducation qu'il reçut. Sa mère, Catherine de Médicis , qui voulait gouverner à sa place, le livra aux plaisirs , afin de le dégrader et de le rendre incapable de régner. Dès le lendemain de la mort de François II , elle saisit le pouvoir. Prenant par la main le petit Charles IX, qui n'avait alors que dix ans, elle le conduisit dans la salle du conseil d*État, où se trouvaient réunis le roi de Piavarre, le prince de la Roche-sur-Yon, cinq cardinaux, les ducs de Guise, d'Aumale etd'Étampes, le chancelier de l'Hôpital, les maréchaux de Saint-André et de Brissac, l'amiral Colignj et les autres membres du conseil privé. Tous saluèrent le jeune prince du nom de roi. Celui-ci , en retour, répétant la leçon qu'il avait apprise , les remercia des bons services quS'ls avaient rendus à son frère, les pria de continuer à servir le roi et l'État, et d'obéir désormais aux ordres qu'ils recevraient de sa mère. Ainsi Catherine de Médicis se trouva régente du royaume, et pour la première fois, depuis son arrivée en France, elle eut le pouvoir en main. Elle l'exerça pendant la plus grande partie du règne de Charles IX. C'est donc sur elle que

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doit retombe^ Todieux de la Saint- Barthélémy et de tant de crimes qui ontiouillé ce règne. Catherine de Médicis, avec sa politique italienne, avec sa poh'tique des Borgia «devait déplaire aux deux partis. Ce n^était pas dans un grand royaume, au milieu d'hommes aux convictions ardentes, qui s'égorgeaient par conscience , que l'on pouvait appliquer cette politique de ruses et ifi finesses; aussi Catherine de Médicis fut-élle bientôt méprisée par les catholiques autant que par les nuguenots. On la comparait à JesabeU et on lui attribuait tous les maux qui étaient venais fondre sur la France.

L'on demande la convenance De Catherine et Jésabei ; Ltane , mine d'Israël , L'autre , ruine de la France.

L'une était de malice extrême »

Et l'antre est la ihalice mëqe.

Enfin le Jugement fut tel : ' Par une vengeance divine.

Les chiens mangèrent Jésabei ; La charongùe de Cattierine Sera différente eii ce point i Car les chiens mêmes n'en voudront poii|t (*).

Ces vers, composés, dit-on, par le jésuite E'drliond Auger, peu après le massacre de la Saint-Bartnélemy, inontrent quelle haine et quel niépris les catholiques eux-mêmes lui avaient voués. Au fond , Catherine de Médicis n'était ni catholique r\\ protestante, mais indifférente en liîàtière de religion. Lorsque le bruit courut à Paris que le duc Frapçois de &uise avait été défait à la bataille de Dreux, elle dit tranquillement : « Eh bien, à l'avenir, nous prierons Dieu en français.» Catherine de Médicis, on le voit, n'était pas digne de cette époque de conviction.

L'époqpe n'était pas plus digne du chancelier de l'Hôpital^ noble image de la froide sagesse, impuissante contre les passions. L'enfance de l'Hôpital fbt, par un véritable bonheur de sa destinée, entourée d'exemples domestiques propres à faire naître dans son âme les bautes vertus qu'il allait être appelé un jour à pratiquer. Son p^re

(*) Journal de Pierre de Iiestoile , p. a8 ; édition de M. Michâud.

était le vassal et le naédecîn du connétable de Boutbon; et lorsque le connétable eut passé à l'ennenni et trahi la France , le père de I'Hô{)ital , aceonnpagné de son fils, le suivit dans l'exil , mais il ne parut jamais dans le cam^ de Charles-Quint, refusant ainsi d6 prendre part à l'attentat de son maître. Pendant cette guerre, le jeune rûôpital étudia la jurisprudence à Padoue.

Il ne retourna en France qu'après ta mort du connétable de Bourbon. Reçu avocat au barreau de Paris, il épousa la fille du lieutenant crimjnel Morîn ^ qui était devenue calviniste paf une consciencieuse indocilité envers son père. Cette circonstance de son mariage, trop peu remarquée, n'a paç laissé d'influer sur le cours de ses idées et de déterminer leur penchant vers la tolérance. Cependant le [protestantisme avait fait des progrès rapides. En 1650 , il n'y avait qu'une seule église réformée ' en France; en 1660, il y en avait deux mille. Quelquefois lés protestants s'assemblaient en plein champ au nombre de huit a dix mille personnes; le xninistre montait sur une charrette ou sur des arbres amoncelés , le peuple se plaçait sous le vent pour mieux rècueillip sa parole , et ensuite , hommes , femmes et enfants, eijtonhaient des psaumes.

Ceux qui avaient des armes veillaient à rentc>àr,'la main sur la garde dé leur épée. Le supplice de bubourg n'avait fait qu'irriter les esprits et augmenter lé nombre des protestaritsT. La cour fut effrayée à son tour par la conjuration d'Amboise.

Déjà les deux partis se renvoyaient de part et d'autre d'odieux reproches et de terribles menaces. La guerre civile semblait sur le point d'éclater. Ce fut dans ces circonstances que l'on appela aux fonctions de chancelier cet homme doux et tolérant , qui avait pour maxime que les opinions se muent non par violenfiCy mais par prière et raison.

L'Hppital commença çur-le-charap à travailler à la paix religieuse, qui était l'objet de ses vœux les plus ardents.

Il s'opposa avec succès à Tintroduction de rinquisition en France, et régla la juridiction ecclésiastique en matière

AimALES DE IL'^TOQIB. DE FRANCE.

d-'hérésîe; puts il demanda la eonyopation des états généraux. Mais les Guises se croyant menacés dans Içur pouvoir, rHopital fut obligé xie recourir à rassemblée des notables comme à une mesure.préparatoire. Cor liçny défendit dans cette assemblée ses deux frères, et deux évéques inyoquè- Kenf les préceptes de la çripiitive Église, pour flétrir Us per$écutiu,ns.

Les Guises n'osèieot résister k cette généreuse tendance, et Tédit qui con- Toqua les états généraux suspendit ies^ poursuites pour crime d*bérésie. VQopital triomphait; mais bientôt de nouveaux événements Téloignèrent de son but. Le prince de Gondé, arrêté ^i^ijf, états d^Orléans, ne d^t la viç qu'au refus du chancelier de signer pne sçpr tence rendue par une commission jut diciaire. Son langage aux déppté^ de la nation, assembla à Orléans , fu; ^\gm de sa noble mission: «Otoo^, leqr.

« dit-il , ôtons ces mots funeste^, qo,ms> « de partis et de séditions, lpthérien$, « huguenots , papiste^ ; ne cl^angeons « pas ce beau nom de chrétiens. » Mal-^ heureusement ces bet|ç$ parole$ s'adressaient à des cQpurs quç la passion fermait à la persuasion; çt bientôt le chanpelier se trouva isolé, coipme Catherine de Médicis i au mjlieu des parais qui divisaient la France.

Ainsi , le pouvoir devait revenir i^éeessairement aux Guises, représentants de la religion catholique, ou biçq aux Bourtons , représentants du pro-.

testantisme.

Catherine de Médîci$, qpi avait eu à souffrir tour à iopr de Tinsoleupp des Guises et des entreprises factieu-' ses des Bourbons, . n'aima jt personne et n'était aimée de pefsonqe, mais était résolue aussi à ne point écouter ses ressentiments. Elle s'arrêta à cette idée tout italienne de coptenîr et de détruire les partis les uns par les autres. £n conséquence , elle fît grâce aux Bourbons , et leur rendit la part d'influence dont ils jouissaient autrefois à la cour ; elle rappela les Montmorency, et contint les Guises sans les disgracier, file voulait donner des espérances à tou$, se fair§ rechercher

d^ tpus , pouf gpe gqïi autorité pût s'établir plu% t^piliipi^ent. tllleregarda surr tout conmie un coup de maître d'inspirer des inquiétudes aux catholiaues en appelapt 1^ théologifips des cltu\ opinions % discuter devant çlte au ce:

lèbri? cpiloqup a§ poi§§y (15^1). EUe e§per^it'çeîe(iir 1^3 catholiques dans la craipte c|e ^^e ^oir af^^ndo^nés qe là cQur étcl^^piV^es pr.otesti|nts, ag contraire/ par I es'pérsincçî de voir leur croyance spontaneoiept adoptée. Cette pohtique à douh|e W^ i ^ni aurait été bonite tout au plus, coiitrp Tesprit d'intrigue,' éc\kÇi^Q^ cônfreYesprit de parti- Elle était impuissante pour contenir le$ passions f^fifentes ([ui fermentaient dans les e*pnts. *".

Le cqllpqu^ de Pojssy^ auquel le roi et sa p^ère voulurent assister, finît comme finissent toutes les controverses, religieuses. Les deux partis s'attribue-' cent la vjctoire , et se séparèrent plu^ ennemis que gainais. Mais Catherine de'Médiejs avait atteint son but immédiat. X.es ^eux partis l'avaient presque, reconnue poui* arbitiré, en consentant' à ùpé controverse sous ses yeux. £llé continua donc ce système qui paraissait tui avoir si bien réussi, ne songeant pas qu'à force de tromper tout le monde, elle mettrait tqut le monde contre elle çt n'inspirerait plus que du mépris, pans ce but, elle publia l'édit de juillet |56i, par If quel elle confiait aux évoques la connaissance du crime d'hère- > sie , et leur en laissait la punition , qui ne devait pas excéder le bannissement.

Mais cet epit contenait une clause iniportanté très - favorable aux protestants' : il était défendu à tout Français de s'enquérir de ce qui se passait dans ia maison de son voisin. Cétait accorder tacitement au^ protestants le libre exercice de leur culte, tant que ce culte né se produi^rait pas en public. I| en coûte de dire que le parlement s'op-

f)osa longtemps a cette clause, et que e chancelier eut besoin de toute sort autorité pour la faire adopter.

La publication de cet édit ne satisfit ni les catholiques ni les protestants. Ces derniers se plaignirent hautement qu'on leur enlevait une tolérance plus entière

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dont ils jouissaient de fait depuis près d'une année. Les catholiques , au contraire, trouvaient qu'on avait fait trop de concessions aux protestants, en > autorisant leurs assemblées illicites.

Ainsi Catherine continuait à tenir la balance entre les deux partis , malgré les reproches énergiques qui lui étaient adressés de toutes parts. Le chancelier de l'Hôpital dirigeait sa conduite, mû par des motifs plus nobles , mais sans réussir à rallier autour de lui les forces vives de la nation.

Au commencement du mois de janvier 1562, elle convoqua à Saint- Germain les députés des huit parlements de France.Lc chancelier avait désigné d'avance les membres de chaque parlement qui devaient faire partie de la députation. Il avait choisi ceux dont la modération lui était connue, aCn de s^assurcr une majorité certaine. Ces députés se réunirent à plusieurs reprises en conseil d'État, et l'Hôpital ouvrit les conférences en -rappelant toutes les mesures qui avaient été prises pour réprimer l'hérésie en France , depuis le premier jour de son apparition. Il montra ensuite que les forces étaient désormais tellement balancées, que le seul parti sa^e pour le gouvernement était de se faire médiateur entre les deux religions; qu'en s'efforçant de faire triompher l'une ou l'autre, on n'aboutirait qu'à provoquer la guerre civile. Le cardinal de Tournon, le connétable, les maréchaux de Saint-André , de Brissacet de Termes , s'opposèrent énergîquement aux propositions pacifiques au chancelier. L'édit de janvier, si favorable aux protestants, n'en fut pas moins publié.

Cet édit imposait aux protestants l'obligation de rendre au culte catholique toutes les églises qu'ils lui avaient enlevées , et de laisser le clergé dans la jouissance de ses revenus et de* ses dîmes. La peine de mort fut prononcée contre ceux qui le troubleraient à l'avenir par des violences ou des profanations. Le culte protestant fut interdit dans les villes fermées, parce qu'on croyait impossible de maintenir ea paix les assemblées de deux reli-

gions hostiles. Mais les protestants furent autorisés à s'assembler dans les campagnes , et ils y furent mis sous la protection de la loi. On leur imposa seulement l'obligation d'admettre en tout temps les autorités locales dans leurs assenablées religieuses.

Telles sont les principales dispositions de cet édit célèbre, par leguel on proclamait, pour la première rois, le principe de la tolérance religieuse.

Les ministres protestants qui se trouvaient à Saint-Germain en ressentirent une telle joie, qu'ils écrivirent sur-le-champ des circulaires à toutes les églises réformées de France , pour les ensager à recevoir avec reconnaissance redit de janvier et à s'y conformer en tous points. Mais les gentilshommes protestants, qui formaient la majorité du parti , en étaient venus à demander, non plus seulement la tolérance, mais le pouvoir. Ils annonçaient hautement que les catholioues seraient bientôt traités comme ils l'avaient été eux-mêmes, et ils murmuraient contre l'édit de janvier qui leur accordait cette tolérance si longtemps et ai inutilement demandée. Ainsi , Catherine de Médicis et le chancelier étaient bien loin d'avoir réussi à s'attacher ce parti remuant , dont les chefs se couvraient du manteau de la religion pour parvenir au pouvoir. D'autre part , les catholiques sincères , oui formaient Fimmense majorité de la nation , étaient plus indignés encore que leurs ambitieux adversaires. Lorsque le maréchal de Montmorency présenta l'édit au parlement de Paris, les magistrats lui répondirent qu'ils le trouvaient contraire en plusieurs points aux anciens édits et arrêts de la cour, parce qu'il tendait à établir une nouvelle religion dans l'État. En conséquence, ils adressèrent des remontrances à Catherine de Médicis. Le président de Tbou et le conseiller Viole portèrent ces remontrances à la régente à Saint-Germain. Ils lui dirent que les glorieux rois François I®*^ et Henri II avaient contenu rhérésie par leur sévérité, tandis qu'elle n'avait éclaté , sur tous les points duroyaume,quedepuisqa'on

avait accordé aux sectaires les premières lettres d'abolition. Ils accusèrent Catherine de Médicis de s'être montrée plus indulgente encore qu'elle ne l'avait annoncé dans ses édits, et d'avoir empêché les bourgeois de Paris, en les désarmant , de se faire justice de ces novateurs, qui n'étaient qu'une poignée de gentilsnommes factieux. Us accusèrent enfin Tédit de janvier de sanctionner formellement l'établissement d'une nouvelle religion , lorsqu'il en permettait l'exercice hors des villes , et qu'il invitait les magistrats à respecter les assemblées des sectaires. En conséquence , ils déclarèrent qu'ils ne pouvaient en conscience enregistrer le nouvel ,édit. Malgré ces remontrances , le conseil d'Etat rendit , sur la proposition du chancelier, un: arrêt pour qu'il fût passé outre à l'enregistrement et à la publication de l'édit de janvier. Le parlement , après une longue délibération , répondit de nouveau « qu'il ne pouvait ni ne devait en conscience procéder à l'enregistrement. » Il fallut des lettres patentes du roi pour vaincre la résistance du parlement, et ce ne fut que le 6 mars qu'il enreg|istra l'édit, a attendu , dit-il, la nécessité urgente, « sans approbation de la nouvelle reli- « gion ; le tout par manière de provi- « sion , et jusqu'à ce qu'il en soit au- « trement ordonné. »

Dans les provinces, l'édit de janvier fut enregistré, après les mêmes protestations, parles parlements de Rouen, de Bordeaux , de Toulouse et de Grenoble. Celui de Dijon , au contraire , le rejeta formellement. Le duc d'Aumale , qui était gouverneur de la Bourgogne , et son lieutenant , Gaspard de Saulx-Tavannes , étaient animes de la haine la plus vive contre les protestants. Loin de consentir à la tolérance que l'édit accordait aux sectaires, Tavannes en chassa de Dijon plus de deux mille, ordonnant aux paysans de leur courir sus , et défendant à tout sujet d^les nourrir, de les loger ou de leur donner aucun secours {*). Le parle-

(*) Mémoires de Tavannes, t. XXVII de la collection Petitot, p. 7g.

ment d'Aîx qui, sous le règne de Franlois I"', avait provoqué les massacres le Mérindol et de Cabrières, repoussa, également l'édit de janvier. Le comte de Tende , Claude de Savoie , qui gouvernait en Provence depuis quarantedeux ans , favorisait en secret les protestants; mais son fils aîné, le comte de Sommerive, et le maire d'Aix, Pontevez de Flassan, repoussaient toute idée de tolérance comme une impiété.

Les protestants avaient choisi pour leur lieu d'assemblée, un grandTpin planté hors de la ville , sous l'ombre duquel ils faisaient leur prêche et chantaient leurs psaumes. Ce fut ce même arbre que Flassan et toute la population catholique désignèrent pour le supplice de tous ceux qui professaient la nouvelle religion. Pendant plusieurs semaines on trouva pendus aux branches de cet arbre des hommes et même des femmes que ces furieux avaient enlevés pendant la nuit de leurs maisons. Lorsque enfin la reine, irritée, eut envoyé le comte de Crussol en Provence pour faire exécuter l'édit de janvier et pour soutenir l'autorité méconnue du gouverneur, Flassan leur fit fermer les portes d'Aix et braqua contre eux du canon. Puis, ayant reconnu qu'il ne pouvait défendre la ville contre les troupes royales, il en sortit à la tête detoute la population catholique.

Devant lui on portait un étendard aux armes du saint-sié^e , avec deux clefs en sautoir; à côte de l'étendard, un cordelier tenait en main un grand crucilix de bois, et chaque soldat avait à son cou un rosaire. En passant par Brignolles et Barjols , il y fit massacrer tous les protestants qu'il put atteindre, et détruisit leurs maisons, pendant que les comtes de Crussol et de Tende entraient à Aix et y faisaient enregistrer un édit qu'ils n'avaient pas la force de faire exécuter. Le parlement de Rennes ne l'enregistra qu'af)rès avoir imité la résistance de tous es autres parlements de province ; mais des soulèvements, qui éclataient sur divers points de la Bretagne , faisaient pressentir les vrais sentiments de la population.

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' Ainsi la reine et le chancelier Voyaient s^accroître tous les jours les Rangers et les dltBcultés de leur posi- ' lion. Ils persistèrent cependant dans leur système de balance et de concessions réciproques , esoérant que l'habitude amènerait enun les nommes ge religion différente à ise trouver en face fes lins des autres, et c|u*à la lon-

§' uè Je bon sens public triompherait e l'esprit aintolérancé. Un siècle hïuà tàird ils auraient réussi sans nul poute, niais à cette époque de conviction passionnée, nul milieu n'était bossiblë entre les deux partis. Le duc pe Gùisé eh apfjrenant la proclamalion de l'édit de janvier, s'était écrié en niontrant son épée : ». Voilà qui fera là rescision de cet abominable édit. »

te connétable de^ Montmorency et le hiarécba| de Saint -André, qui se croyaient sûrs de l'appui du peuple , lui écrivirent de se. mettre en route pour venir les joindre à Paris. Le duc de Guise s'était éloigné de la cour à favénement de Charles IX, et pendant son séjour en Lorraine et en Champagne, il y avait rassemblé des trouves, parce qu'il pévoyait que la gjuerre civile ne tarderait pas à édater. Lorsqu'il eut reçu les lettres ae Montmorency (|ui i'mvitait à revenir à Paris, il partit de sa terre de Joinville , le samedi ih février , avec plusieurs gentilshommes et environ deux cents ca- Taliers , armés d'arquebuses et de .pistolets. Son frère le cardinal de Guise, et sa femme avec deux de ses enfants , îè, suivaient en litière. « Le lendemain dimanche , 1*" mars, il devait passer à Vassy, petite ville de Champagne, ayant prévôté et siège royal , où soixante gommes d'armes de la compagnie du duc de Guise et ses archers T'attendaient. Depuis six mois, une église protestante s'était forâiée à Vas^. Elle comptait huit à neuf cents fidèles sur une population de trois mille âmes. Antoinette de Bourbon, mère des Guises , qui haïssait les protestçints , se regardait comme personnellement offensée de ce que les nérétiques tenaient leurs asseinblées si près de son château de

Joinville. et elle avait souvent sotlieité ses fils ae l'en délivrer. Eh approchant de Vassy, le duc de Guise entendit sonner des cloches. La Montagne , maître d'hôtel du duc d'Aumaie, qui était à côté de Guisé, ayant demandé ce c(ue c'était, bn lui répoildit que c'était le prêche des fangifes* nots. « Par la mort Dieu , répliqua^ « t-il, on les buguenote)*a bien tantôt « d'une autre sorte. »

« Le duc de Guise descendit an mouttei* de VàsSy pour entendre la messe; mais il ressortit presque aussitôt en jurant et en mordant sa barbe^ ce qui , chez lui , était le signe d'une grande colère. Il se dirigea vers une grange où les huguenots avaient commencé leur prédie; déjà plusieurs homînes de sa suite étaient arrivés à cette grange : deux d'entre eux , la Montage et la BrO&se, y étaient entrés et avaient été invités à s'asseoir; au Heu de répondre, ils s'étaient écriés en jurant qu'il fallait tout tuer. La congr^tivn alarmée les avait poussés dehors, avait barricadé les portes, et s'était armée de pierres pour se dé-

Seiidre. Mais toute la troupe da duc le (juise s'y étant portée comme à un assaut, ces portes ifurent bientôt enfoncées et les soldats entrèrent dans la grange en tirant leurs pistolets et leurs arquebuses; beaucoup de hugnienots furent tnés sur la ptace, beaucoup furent blessés, plusieurs s'éefaapf gèrent par le toit , quoique les cathoiques , dès qu'ils les y découvrirent, commençassent à tirer aussi sur eux; tout le reste de la congrégation fut chassé dans la rue où les attendaient deu^: haies de soldats entre lesquelles il fallait passer , et qui les pressaient d'avancer à coups de sabre. Pendant le massacre, qui dura unie heure entière, la duchesse de Guise, qui de loin entendait les coiips de pistolet^ envoya supplier son mari d>épar^€àr du moins les femmes grosses. Soixante personnes furent tuées, ou dans la grange, ou dans la rue; plus de deux cents furent grièvement blessées (*). »

(*) Sismondi , t. XYU!, p. aëa-adi.

ANNALES DE L'mSTOIRE DE FRANCE.

Première guerre civile, -r- Bataille de Dreux, — Pacification d'Jmboise.

—Le massacre de Vassy fiit Je signal de la guerre civile (1562). Tous les protestants de France se crurent menacés ; tous prirent les arnaes. On vil alors, une chose extraordinaire : eh peti de jours les calvinistes mirent sur pied une armée parfaitement équipée, pleine d'intrépidité. La royauté, même dans tout réclat de sa force , et soutenue par des finances en bon ordre, n'aurait pu que bien difficilement réunir en si peu de temps une armée si considérable. Le prince de Condé qui ,^ depuis la défection du roi de Navarre, son frère, était regardé comme le chef du parti calviniste , fut placé à la tête de rarmée^ Il essaya , mais sans succès, d'entraîner dans son parti Catherine de Médicis , en lui représentant que les protestants comptaient deux mille cent cinquante églises en France; que le sentiment du danger où ils se prouvaient et Penthousiasme religieux les avaient préparés à sacrifier leurs biens et leur vie pour la défendre , si elle protégeait leur liberté de conscience, et qu'ils lui offraient par son organe cinquante mille hommes, payés pour six mois , qui auraient bientôt réduit les ennemis dé la paix à l'obéissance. Cette confidence inattendue Surprit et effra}^a Catherine de Médicis ; mais il n'était pas dan^ son ca- Iractère de prendre un parti si décisif.

Le chef le plus illustre du parti protestant, après Condé, était Tamiral de Coligny. D'Aubigné raconte au'il hésita longtemps avant de prendre part h la guerre civile qui allait déchirer la France , lorsque pendant une nuit il fiit réveillé par tes sanglots de sa femme. Ce n'était point sur elle-même qu'elle pleurait , mais sur l'abandon où son mari voula^ laisser ses frères en Jésus-Christ. « Être tant sag« pour « les hommes, lui dit-elle, ce n'est pas « être sage à Dieu , qui vous a donne là « science du capitaine pour l'usage de « ses enfants. » Coligny lui répondit que le parti protestant était trop faible

pour lutter Qvec succès contre toute là nation. « Mettez là Inàin sUr vôtre « sein, dit-il enfin ; sondez à boti eSciènt « votre conscience , si ellfe pburra digé- « rer les déroutes générale^ , leâ op- « probres de vos enneriiis et ceux de « vos partisans , lès reproches qtie font « ordinairendent les peilples quand ils « jugent les causes par les mauvais suc- « ces ; les trahisons des vôtres, là fuite, « l'exil en pays étranger, votre honte, «votre nudité, votl-ë faim, ce qui « est plus dur, celle de vos enifants , « peut-être encore votre mort par un « bourreau , après avoir vu votre mari « traîné et exposé à l'ignominie du vul- « gairé. . . Je voua donne trois i^emai- « hes pour vous éprouver. » — « Cek « trois semaines sont achevées, i'épliqua « l'amirale.VouS ne serez jamais Vaincu « par la vertu de vôâ ennemis; usez de « la vôtre, et ne mettez poiht sur volte « tête les niorts de trois semaines (*). » Coligny partit en effet le lendemain pour aller rejoindre à Meaux le prince de Condé.

La guerre civile commença par une tentative que fit le prince de Condé pour s'emparer de la personnedu roi. La cour avait passé la nuit àVincennes, et le lendemain matin on devait reconduire le roi à Paris. Condé résolut de l'enlever par un coup de main. Mais ées enneioiis étaient prévenus, l'entreprise échoua, et Condé prit avec Sa troupe le chemin d'Orléans. 11 y fit son entrée le 2 avril, à onze heures du matin, et cette ville devint dès lors ia principale place d'armes du narti protestant. Condé adressa d'Orféans des circulaires à toutes les églises de iPrance, et des manifestes à tous les Français. Il y protestait de son respect 'pour l'autorité royale, mais il prétendait que le roi et la reine étaient prisonniers des Guises, qui les avaient conduits par force de Vincen/ies à Paris. Tous les seigneurs du parti prolestant qui se trouvaient à Orléans signèrent un acte d'association pour ia défense de leur culte. Ils s'engage-

. (*) D'Àubigaé , Histoire universelle , liv. m, cbap.a.

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rent par cet acte à employer leurs corps et leurs biens à la délivrance du roi et delà reine; à faire maintenir leurs édits ; à faire observer les lois de Dieu dans leurs compagnies.

Ils promirent enfin de se défendre mutuellement, et de faire réparer tout dommage éprouvé par chacun des membres de Tassociation. Les principaux chefs qui signèrent cet acte furent l'amiral Coligny; son frère Dandelot; Antoine de Croy, prince de Porcien; François de ld[Rochefoucauld, beau-frère de condé et le plus puissant seîçneur du Poitou et de la (xuienne; le vicomte de Rohan, cousin de Jeanne d'Albret, chef des huguenots bretons ; le comte de Grammont d'Aster , qui conduisait ceux de la Gascogne ; le comte de Montgommerv, puissant en !Normandie; le comte de Soubise, du Poitou ; Louis de Vaudray, seigneur de Mouy en Beauvaisis ; les seigneurs d'Esternay et de Genlis. C'étaient, on le voit, les représentants de la haute noblesse.

Déjà la guerre civile avait commencé, non pas seulement aux environs de Pans et d'Orléans, mais sur tous les points delà France. Dans toutes les provinces, dans toutes les villes, dans tous les villages, partout où les deux partis se trouvaient en présence, il y eut des combats nombreux et sanglants. Au milieu de cette lutte terrible, les deux partis n'hésitèrent pas à appeler l'étranger. « Les vieilles barji'reres politiques qui séparaient les nations tombèrent devant l'intérêt général. Les protestants demandèrent secours à leurs frères d'Allemagne; ils livrèrent le Havre aux Anglais, tandis que les Guises entrèrent dans un vaste plan formé, disait-on, par le roi d'Espagne, pour écraser Genève et la Navarre, les deux sièges de l'hérésie, pour exterminer les calvinistes de France, et dompter ensuite les luthériens dans l'Empire. De tous côtés les partis s'assemblaient, avec un farouche enthousiasme. Dans ces premières armées, ni jeux de hasard, ni blasphème, ni débauche ; les prières se faisaient en conmiun le matin et le soir.

Mais sous cette sainteté extérieure, les cœurs n'étaient pas moins cruels (*).»

Le Gascon Montluc, gouverneur de la Guienne, parcourait la province accompagné de ses bourreaux, a On pouvoitconnoître, dit^il lui-méme,par où il étoit passé ; car, par les arbres sur les chemins on en trouvoit les enseignes. » Un jour on lui amena prisonniers trois gentilshommes et un diacre, accusés d'avoir brisé une croix de pierre dans un cimetière, et d'avoir prononcé (quelques paroles offensantes pour le roi. « Et comme je fus arrivé a Saint-Mezard, monsieur de Fontenilles me présenta les trois gentilshommes et le diacre, tous attachés dans le cimetierre, dans lequel il y avoit encore le bas d'une croix de pierre qu'ils avoient rompue, qui pouvoit être de deux pieds de haut. Je fis venir monsieur de Corde et les consuls, et leur dis çru'ils me dissent la vérité à peine de la vie, quels propos ils leur avoient ouy tenir contre le roy. Les consuls craignoient et n'osoient parler. Je dis au dit sieur de Corde qu'il touchoit à. lui de parler le premier, et qu'il parlast. Il leur maintint qu'ils avoient tenu les propos ci-dessus escrits : alors les consuls dirent la vérité comme le dit sieur de Corde. J'avois les deux bourreaux derrière moi, bien équipés de leurs armes, et surtout d'un marassan bien tranchant; de rage je sautai au collet de ce verdier et lui dis : « O méchant paillard, « as-tu bien osé souiller ta meschante « langue contre la majesté de ton rov? » U me répondit: « Ha! monsieur, apé- « cheur miséricorde. » Alors la rage me printplus que devant, et lui dis: « Mé- « chant, veux-tu que j'aie miséricorde de « toi, et tu n'as pas respecté ton roy? » Je le poussai rudement en terre, et son col alla justement sur ce morceau de croix, et dis au bourreau : « Frappe, • vilain. » Ma parole et son coup fut aussitôt l'un que l'autre, et encore emporta plus de demi-pied de la pierre de la croix. Je fis pendre les deux au-

(*) Michdet, Précis d'Histoire de France» p. ai4.

très è un orme oui étoit tout contre; et pource que le diacre n'avoit que dixhuit ans, je ne le voulus faire mourir... mais bien lui fis-je bailler tant de coups de fouet aux bourreaux, qu'il roe fut dit qu'H en étoit mort au bout de dix ou douze jours après. £t voilà la première exécution que je fis au sortir de ma maison, sans sentence ni escriture, car eh ces choses j'ai ouy dire qu*il faut commencer par Texécution (*). » Les massacres qu'il ordonna à Lectoure furent plus effroyables encore : « £t comme nos députés furent auprès de la muraille, ils commencèrent à tirer les pièces droit à la troupe, et y tuèrent un gentilhomme d'auprès d'Agen, nommé monsieur de Castels, et trois ou quatre autres blessés. Je voyois tout ceci de derrière une petite muraille, et m'émerveille quenos députés ne furent tués, car ils leur taschèrentplus de soixante arquebusades : ils se sauvèrent courant. Et comme je vis ceci pour la seconde fois, j'envoyai derrière la muraille leur dire que puisqu'ils faisoient si bon marché de leur foy et promesse, que j'en ferois autant de la mienne ; et envoyai monsieur de Berduzan, mon enseigne, qui étoit un des députés, et ma compagnie avec une compagnie de gens à pied, à Perraube, pour faire tuer et dépécher tous ceux qui étoient là, et lui baillai le bourreau pour faire pendre le chef ; ce qu'il fit, et de bon cœur , attendu la méchanceté que ceux de Lectoure avoient faite en son endroit. Et après qu'ils furent morts^ les jetèrent tous dans le puyts de la ville (**), qui estoit fort profond, et s'en remp#t tout, de sorte que l'on les pouvoit toucher avec la main. Ce fut une très-belle despéche de mauvais garçons. Ils m'amenèrent les deux Bigolles, et deux autres de Lectoure, de bonne maison, lesquels je fis pendre en un noyer près de la ville, a la veue des ennemis ; et, sans l'honneur

(^ Commentaires de Biaise de Montluc , t. XXII de la collt-clion Pelitot , p. a4«

(**) Oa y tua environ deux cent ti-ente penonoes , suivant de Tkou.

que je portois à la mémoire de feu .

monsieur Daussun, les Bigolles, ses neveux, n'en eussent pas eu meilleur marché que les autres. Ils en furent à deux doigts près, avant une fois commandé de les despecher, et puis . je ne sçay eonmient je changeay d'avis : leur heure n'étoit pas venue. Si n'edtété pour les faire pendre à la vue de ceux de Lectoure, ils n'eussent eu la peine de venir, et eussent été logés dans le puyts comme les autres (*), »

Le protestant des Adrets agissait avec la même cruauté dans le Dauphiné et dans le Lyonnais. A Mont- Drison, et dans plusieurs autresvilles»

il contraignit ses prisonniers, jus-

Su'aux simples soldats, à se précipiter u haut de la tour la plus élevée. On raconte que l'un d'eux, après avoir pris sa course, s'arrêta par deux fois au bord du mur. « Tu as bien de la peine à faire le saut, » lui dit le baron des Adrets, çui assistait à ces supplices par manière de récréation. « Monseigneur, je vous le donne en dix. »

Le barbare sourit, et lui fit grâce de la vie. Cependant, tous le§ protestants, et entre autres le cardinal Châtillon, qui avait embrassé la religion nouvelle et que ses frères avaient envoyé dans le Midi, sentaient combien ces atrocités faisaient de tort au parti, et sollicitaient le prince de Condé d'y porter remède. Des Adrets trouva en effet dans les chefs de son parti des censeurs sévères, malgré les immenses services qu'il avait rendus; et, ce qui n'est guère à la louange du parti opposé, il se fit catholique, pour n'être plus gêné dans ses actions. Dans cette première guerre, tout l'avantage de.

l'humanité fut, sans contredit, du côté des protestants. Mais en même temps, leur ardeur et leur insolence à profaner, à détruire les croix, les reliques et les églises, les rendaient plus odieux au peuple que n'auraient pu faire les plus grandes cruautés.

Nous n'entreprendrons point ici de raconter en détail tous les événements de cette première guerre civile : nous

(*) Biaise de Montluc, p. X20.

23* Livraison. (Annales de l'hist. de Fbange.)

L'UNIVERS

nous bornerons à rappeler les plus importants.

A Sens en Bourgogne, le peuple attaqua les huguenots, pilla leurs maisons, et en jeta une centaine dans FYonne. En Normandie , où les gentilshommes protestants étaient très-nombreux, la ville de Rouen se déclara pour eux, et le parlement de cette ville se réfugia à Louviers. Aussitôt un gouvernement moitié féodal, moitié républicain, s^organisa à Rouen. Le pays de Caux , le Havre , Grandville , Caen , Bayeux , reconnurent ce nouveau gouvernement, et demandèrent des capitaines au prince de Condé, qui se trouva bientôt maître de presque toute la Normandie. Un grand nombre de villes situées sur la Loire se soumirent également au prince de Condé.

Meaux, Beaugency, Gergeau, Blois, Bourges, Chinon, lui ouvrirent successivement leurs portes et reçurent garnison. En Touraine , dans' te Vendomois et dans l'Anjou, les protestants se signalèrent par les plus odieux excès. Sous prétexte de détruire les monuments de Tidolâtrie, ils se mirent à briser les images, à nrofaner les autels , à traîner dans la noue les ornements d'église. Ces outrages excitèrent l'indignation du peuple et des paysans catholiques. Ils se persuadèrent qu'ils vengeraient la cause de Dieu même en livrant les huguenots, et surtout les ministres, à des tourments prolongés avant de les faire mourir.

Aussi les vit-on massacrer, non-seulement les prisonniers qui avaient été pris les armes à la main, mais des vieillards, des femmes, des enfants sans défense. Les protestants, à leur tour, se crurent autorisés à exercer des représailles, et bientôt l'Anjou, le Vendomois et la Touraine devinrent le théâtre des plus épouvantables scènes de férocité. A Poitiers , les deux partis avaient signé une trêve sans consulter l'autorité royale. Deux capitaines, l'un catholique, l'autre protestant, étaient préposés à la garde des portes, avec rordre d'accorder le çassage à tous les partis paiement. Mais les grands seigneurs du Midi , qui venaient rejoindre

Condé avec leurs rassaux, la Rochefoucauld, Grammont, Duras, traversant successivement Poitiers, y nourrissaient la fermentation parmi les ^otestants. Des écoliers, des enfants se mirent à crier à l'idolâtrie, à abattre des images et des croix , à démolir des chapelles. Leurs pères les exhortaient à demeurer tranquilles, mais mollement, et persuades que c'était r<»'dre de Dieu. Bientôt la profanation fut universelle. Une image miraculeuse de la Vierge, un crucifix de saint Hilaire, une image de sainte Radegonde, qui étaient en vénération dans tout le Poitou, furent brûlés avec outrage.

Les reliquaires, les trésors des églises furent fondus, pillés. Les désordres ne cessèrent pas même lorsqu'un gentilhomme poitevin , Sainte-Gemme , eut pris le commandement de Poitiers au nom du prince de Condé. Enfin une armée, commandée pair Saint-André, vint camper devant Poitiers; la ville fut prise d'assaut, livrée au pillage pendant huit jours, et les catholiques exercèrent à leur tour de cruelles représailles. Mais ce fut surtout dans les provinces du midi de la France, habitées par une population plus ardente, que les guerres de religion prirent un caractère d'atrocité digne des temps barbares.

« Le midi de la France était peuplé de grandes villes c6mmer<jantes , qui toutes avaient de grands privilèges municipaux, et se gouvernaient presque comme des républiques. Il était représenté en même temps par des états provinciaux , qui se tenaient régulièrement, surtout en Languedoc; mais aussi, quoique avec molfks de solennité, en Dauphiné, en Guienne et en Provence. Aussi il semblait animé d'un esprit beaucoup plus républicain , beaucoup plus indépendant que le Nord.

Les rois n'avaient jamais visité ces provinces du Midi qu'en passant, et presque comme des pays de conquête.

On aurait dit qu'elles ne faisaient point réellement partie de la France.

Les peuples de la langue d'oc , différant de langage et de mœurs, et toujours soumis à la législation romaine, pair.

ANNALES DE L'HfôTOIRE DE FRANCE.

opposition aux pays de coûtâmes, se souvenaient encore de leur ancienne hostilité contre les Francs barbares , qui les avaient envahis autrefois. Cette grande ligne de démarcation paratt ovoir contribué à rendre tous les méridionaux plus empressés à admettre la réforme; ils se souciaient beaucoup moins de se conformer aux opinions d'une cour qui leur était tout à fait étrangère. Ils portaient dans leur reli-

§ion le même sentiment d'indépen* ance et d'attachement à leurs privilèges, qui signalait leur politigue; ils avaient été favorisés ainsi par rinfluence des gouverneurs de province , du roi de Navarre en Guienné, du con* nétable de Montmorency en Languedoc, qui, jusqu'à la fin du règne de François II, avaient passé pour favorables aux huguenots. Mais si la réforme avait fait parmi eux des progrès rapides, si une moitié peut-être de la population l'avait embrassée (*), le caractère plus impétueux, plus violent des méridionaux s'était manifesté dans l'une et l'autre secte, et le triomphe, ou des protestants ou des catholiques , s'était signalé par des outrages plus offensants que dans le Nord (**). »

Dans une foule de villes du Languedoc, les protestants s'étaient mis en possession des églises; et répétant hautement qu'il valait mieux obéir à Dieu qu'aux hommes , ils avaient détruit les images, traîné dans la boue, ou brûlé sur la place publique, les reliques, les ciboires, les hosties, et dansé souvent autour des flammes, avec les cris les plus insultants pour, les catholiques. A Montauban, à Castres, à Bézîers, à luîmes, où ils s'étaient trouvés les plus forts , ils avaient interdit l'exercice du culte catholique, arraché les religieuses de leurs couvents pour les conduire au prêche, ou pour les forcer à se marier. A Castdnaudary et à Carcassonne, au contraire, les catholiques avaient eu le dcs-

(*) Cette assertion erronée de Sismondi est démentie par les feits qui suivent, et qui sçnt en partie extraits de cet historien.

(*^ Sismondi.

SUS, et avaient massacré les hnguenoli avec les circonstances les plus atroces. A Toulouse, le peuple prit avec ardeur les armes pour la défense de la religion catholique. Toutes les maisons des pro* testants furent forcées, pillées, et les habitants, quand on pouvait lesattein* dre, étaient précipités dans la Garonne. Cependant un grand nombre s'étaient entermés au capitole; ils y avaient des canons, et repoussaient toutes les attaques dirigées contre eux (*). On lear avait promis des secours de Montauban; mais Montluc occupait les envi** rons avec sa cavalerie, et empêchait les secours d'arriver. Après sept jours d'une lutte acharnée, le peuple mit la feu à tout le quartier qui environnait le capitole. Les protestants parvinrent à arrêter les progrès de l'incendie qnî menaçait de les consumer, mais les vivres et la poudre commençaient à leur manquer. Le 16 mai, ils capitulé* rent. « Les huguenots consentirent à laisser au capitole leurs armes et leurs bagages, sous la promesse qu'ils pour» raient se retirer en sûreté à Castres ou à Montauban. Beaucoup de ma-* lades, de femmes et de vieillards, profitèrent de la trêve pour se mettre en route la nuit même ; mais les plus courageux, les plus enthousiastes, vou« laient pour la dernière fois célébrer la cène à Toulouse, le matin du dimanche, 17 mai, jour de la Pentecôte.

Avec une courageuse résignation, ils se rassemblèrent dans leur église pouf se recommander à Dieu au moment où ils allaient quitter leurs biens el leurs maisons, et commencer leur pè<« lerinage dans la terre d'exil. Coanné ils jugèrent plus prudent de ne pas aftronter la populace ameutée , ils afe* tendirent le soir pour se mettre en route, et passèrent la journée ea prières ou à chanter des psaumes ensemble. Enfin , entre huit et neuf heures du soir, ils sortirent par la porte de /Villeneuve. Mais leurs ennemis les attendaient, et, les suivant dans l'ombre , ils tombèrent sur eux dès cpi'ils

(*) Voyez dom Vaissette , Histoire générale du Languedoc

as.

L'UNIVERS

les virent divisés en petits détachements ; dans tous les villages y le tocsin sonnait à leur approche; ils étaient sans armes; ils turent tous mas« sacrés (*).» Trois mille protestants avaient péri dans cette retraite. I^e lendemain, Montluc entra dans Toulouse, et fit poursuivre devant les tribunaux ceux des protestants oui a?aient échappé à la rage du peuple.

Deux cents furent exécutés; quatre cents furent condamnés à mort par contumace. Trois fois la régente accorda une amnistie aux protestants de Toulouse, sur les instances du chancelier de THôpital; trois fois le parlement de cette ville refusa d*enre^istrer l'amnistie et continua les supplices.

^ Pendant que la guerre civile ensanglantait ainsi toutes les provinces de la France, la reine d'Angleterre , Elisabeth , avait envoyé des secours aux protestants. Conde et Colieny avaient signé avec elle un traité d'alliance à Hamptoncourt, et avaient reçu un secours de six mille Anglais. Il en coûte de dire que ce secours fut acheté à un prix honteux. Les chefs protestants livraient le Havre aux Anglais qui devaient garder cette place jusqu'à ce que Calais leur eût été restitué par les soins du prince de Condé. En même temps Dandelot avait négocié avec les princes protestants d'Allemagne , et particulièrement avec le landgrave de Hesse; il leur avait fait sentir que les protestants , en haine aux catholiques , et menacés par eux d'extermination, devaient se défendre par toute l'Europe. En effet, le landgrave de Hesse , l'électeur Palatin , le duc de Wurtemberg et l'électeur de Saxe lui fournirent de l'argent et des soldats. Dandelot rentra en France avec trois mille cavaliers ou reîtres, et quatre mille fantassins , qu'il amena au prince de Condé à Orléans.

Avec ces renforts, le prince de Condé emporta .d'assaut la Ferté- Alais, Dourdan, Étampes, Montihéry, et vint attaouer Corbeil pour se rendre maître au cours de la Seine et do-

(•) Sismondi.

miner Paris. Ayant échoué devant cette place , il résolut de se diriger vers le Havre pour y recueillir l'infanterie anglaise et recevoir l'argent qu'Elisabeth devait lui envoyer pour la solde de ses mercenaires allemands.

Arrivé sur les bords de l'Eure, il trouva sur son chemin le connétable de Montmorency, à qui Catherine de Médicis avait confié le commandement de l'armée royale , en haine des Guises. La bataille devenue inévitable fut livrée à Dreux.

« C'était le 19 décembre; presque tous les chefs des deux partis se trouvaient en présence , et Tacharnement était de part et d'autre proportfonné aux horreurs qui s'étaient déjà commises. Cependant peu de jours auparavant, pendant les conférences devant Pans , on avait vu les gentilshommes des deux armées courir dans les bras les uns des autres , comme s'ils avaient oublié toute rancune , au point de donner de l'inquiétude à leurs compagnons d'armes allemands , qui craignaient d'être trahis par eux. La répugnance à verser le sang de compatriotes empêcha probablement que la bataille ne fût précédée d'aucune escarmouche; ce tut par grandes masses que le combat s'engagea , une heure après midi, et il continua jusqu'à cinq, avec une effroyable mortalité. Les huguenots avaient une grande supériorité en cavalerie, soit pour le nombre, soit pour la qualité ; car les Allemands, manœuvrant par escadrons profonds , et armés de pistolets , étaient beaucoup plus redoutés que les Français combattant sur une seule ligne et armés de lances seulement. D'autre part, l'infanterie des catholiques était du double plus nombreuse que celle des huguenots , et les corps suisses et espagnols qui en faisaient partie, étaient fort supérieurs aux lansquenets du prince de Condé. Les généraux , de part et d'autre , avaient bien moins de talent que leurs premiers lieutenants.

Le connétable avait de la bravoure, mais une extrême obstination, et le manque le plus absolu de coup d'œil militaire ; aussi il avait choisi le ter-

rain qui pouvait être pour lui le plus désavantageux. Conaé montra une grande vaillance, mais il commit faute sur faute, et en dirigeant sa division, il parut toujours oublier toutes les autres. Guise d'une part, Coligny de l'autre, veillaient pour réparer les fautes

de leurs chefs

<t La bataille commença par des fautes réciproaues, et continua à être signalée par de nouvelles fautes ; les deux armées avaient d'abord marché parallèlement l'une à l'autre , et Tavant-garde catholique était hors de vue, lorsque le connétable attaqua les huguenots ; il en résulta que son corps de bataille fut exposé à tout Teffort de l'armée entière de ses adversaires.

Coligny avec sa cavalerie se jetait sur sa gauche, tandis que Condé le prenait par l'autre bout et fondait sur l'infanterie suisse. Le connétable, qui était entouré de huit étendards de gendarmerie, les vit bientôt fuir d'autour de lui , et quelques-uns allèrent toujours courant jusqu'à Paris, où ils répandirent la plus grande alarme. Le cheval du connétable fut tué sous lui; son lieutenant , d'Oraison , lui donna le sien ; mais un moment après le vieillard fut blessé d'un coup de pistolet et fait prisonnier; il fut protégé aussitôt par le prince de Porcien , qu'il avait cependant grièvement offensé. Non loin de là , son second fils , Damville, fut repoussé sur l'aile droite , et son Quatrième fils, Monthéron, fut tué. A aroite de ce même corps de bataille, Condé s'acharnait sur l'infanterie suisse, qu'il aurait mieux fait de laisser tranquille , afin de profiter de sa grande supériorité en cavalerie , pour détruire ou mettre en fuite toute celle de l'ennemi. Les Suisses, traversés par

Elusieurs charges de cavalerie , n'aandonnèrent jamais leur terrain , ils se ralliaient chaque fois , et serrant leurs piques, ils présentaient toujours un front redoutable. Un bataillon de dix-sept enseignes de Français et de Bretons , qui était à côté d'eux , ne fit point une si belle résistance; il fut bientôt rompu ; mais la cavalerie de Goadé et de Coligny, en partie épui-

sée par tant de combats, en partie dis* persée à la poursuite des fuyards , n'était plus en état de soutenir une attaque nouvelle. A peine il restait à ces deux capitaines deux cents chevaux ensemble , lorsque l'avant-garde où se trouvaient le duc de Guise et le maréchal Saint -André s'avança sur eux. Le premier avait attendu cet effet d'une trop facile victoire, et avait vu avec une secrète joie la déroute de ses anciens rivaux qui lui étaient alors associés ; aussi il avait résisté à toutes les sollicitations de ses compagnons d'armes avant de se mettre en mouvement. Déjà les lansquenets des huguenots avaient été mis en fuite par les Suisses. Condé et Coligny, avec ce .

?[ui leur restait de cavalerie , furent orcés à fuir à leur tour. Condé fut atteint par Damville et fait prisonnier. Coligny à son tour fut atteint par Saint-André ; mais ce ne fut qu'a-

Srès qu'il s'était déjà réuni au prince e Porcien et à la Rochefoucauld; aussi , dans ce nouveau choc , ce fût Saint-André qui fut renversé , et un ennemi privé le tua aussitôt (*). »

Huit mille hommes étaient restés sur le champ de bataille. Les catholiques avaient perdu autant des leurs que les huguenots, mais ils étaient restés maîtres du terrain, et, ce qui équivalait à une victoire signalée, ils allaient obéir désormais uniquement au duc de Guise, le plus grand homme de guerre de son parti. Le duc de Guise traita le prince de Condé, son cousin, avec une galanterie chevaleresque. Il partagea son lit avec lui , et dormit profondément à côté de son ennemi mortel. Catherine de Médicis, sentant bien que les catholiques le regarderaient désormais comme leur chef, lui donna le titre de lieutenant général du royaume, avec le gouvernement de la Champagne , vacant par la mort du duc deNevers. Les protestants, de leur côté, reconnurent pour leur chef l'amiral Coligny.

Cependant le duc de Guise avait résolu de profiter de sa victoire et de ne

(*) Sismondi.

L'UNIVERS

pas laisser aux protestants le temps d« réparer leurs pertes. Au cœur de riûver (janvier 1563) il conduisit son armée sous les murs d'Orléans. La ville fut aussitôt investie , battue en brèche, et le duc de Guise allait s'en rendre maître par un assaut dont le jour était déjà fixé , lorsqu'il périt assassiné (19 lévrier). Un gentilhomme protestant, Jean Poltrot de Mercy, échauffé par la lecture de l'Ancien Testament, se crut appelé par Dieu lui-même à délivrer ses serviteurs d'un

S^ran. Il passa en prière la journée u 18 février pour mieux se préparer à l'assassinat. Le soir, il monta sur un cheval que Coligny lui avait donné, et attenditleduc de Guise au coin d'un bois par lequel il devait passer. Il l'ajusta à six pas de distance a'un coup de pistolet, et le blessa mortellement. Quelle Qu'ait été l'ambition du duc de Guise, ait M. Michelet, la postérité pardonnera beaucoup à l'homme qui disait à son assassin : « Or çà, je veux vous monatrer combien la religion que je tiens «est. plus douce que celle de quoi vous « faites profession : la vôtre vous a coa- « seillé ae me tuer sans m'ouïr, n'ayant tt reçu de moi aucune offense ; et la « mienne me commande que je vous par- « donne, tout convaincu que vous êtes « de m'avoir voulu tuer sans raison, v L'assassin n'en fut pas moins soumis à la torture , et conaamné par le parlement de Paris à être aéchiré avec des tenailles ardentes , tiré à quatre chevaux et écartelé.

La mort du duc de Guise sauva Orléans et peut-être le parti huguenot.

Catherine de Médicis signa avec le prince de Condé un traité de paix à Amboise (19 mars 1563). Ce traité assura aux nobles protestants le libre exercice de leur culte dans toute l'étendue de leurs seigneuries, et dans l'intérieur de leurs maisons , pourvu u'ils n'y admissent que des membres e leur famille. Quant aux bourgeois qui avaient embrassé la religion nour velle, on leur accorda la fiberté de conscience , avec la faculté de conserver dans chaque bailliage une ville pour y célébrer leur culte.

Reprise du Havre sur les Anglais,

— Majorité de Charles IX. — San voxjojge dans les provinces pour restreindre les privilèges des protestants^

— La paix d' Amboise déplut également aux protestants et aux catholiliques. L'amiral Coligny adressa les plus vifs reproches au prince de Condé : a Vous avez plus ruiné d'églises par ce « trait de plume, lui dit-il, que toutes a les forces ennemies n'en eussent su <i abattre en dix ans. Vous n'avez garanti a que la noblesse, qui devoit pourtant a confesser que les villes lui avoient a montré l'exemple, et les pauvres mon- « tré le chemin aux riches.» Les catholiques, de leur côté, regardaient la tolérance comme un crime contre la Divinité, et frémissaient à la seule idée du voisinage d'un culte sacrilège. Le parlement de Paris et les parlements de Dijon, d'Aix et de Toulouse, refusèrent l'enregistrement de l'édit. La régente, Catherine de Médicis , réussit cependant à maintenir une sorte de paix , et à réunir un instant les deux partis contre les Anglais. Un héraut fut envoyé au comte de Warwick , qui commandait au Havre, pour le sommer de rendre cette place , qu'Elisabeth avait fait occuper au milieu de la paix et en violation des traités. Warwick répondit qu'il garderait le Havre Jus- Qu'à ce que Calais lui eût été remis en échange. Aussitôt une arnxée partit sous les ordres du connétable de Montmorency, pour investir cette place.

Beaucoup de gentilshommes protestants, ayant à leur tête le prince de Condé, se réunirent à cette armée, pour effacer le souvenir de la çuene civile en combattant pour le roi. Coligny et Dandelot évitèrent d'y paraître, et quelques gentilshommes protestants, animés d'un fanatisme plus ardent, se jetèrent dans la place assi^ée et contribuèrent à sa défense, préférant leur religion à leur patrie. Warwick fut cependant obligé de capituler. U évacua le Havre avec sa garnison, laissant aux Français l'artillerie , les munitions et les navires qui se trouvaient dans te port.

ANNALES DE L'HIflTOIBB DE FRANGE.

Le prinee de Condé qui avait eontribué a cet important résultat réclama comme récompense la lieutenance générale du royaume. Catherine pour élu-' der cette demande fit déclarer majeur Charles IX, qui avait fait partie de l'expédition. Il avait alors treize ans accomplis. Le 17 août 1563, il vint tenir un lit de justice et une séance royale au parlement de Rouen. Tandis

au'il occupait le siège royal, entouré es princes du sang et de Télite de la noblesse, la reine sa mère se tenait à ses côtés, sur un tapis de velours. Le roi , s'étant assis , adressa à l'assemblée le petit discours suivant, qu'on avait réaigé pour lui :

« Puisqu'il a plu à Dieu, après tant «de travaux et de maux que mon « royaume a eus, me faire la grâce de ff l'avoir pacifié , et en chasser les An- « glois qui détendent injustement le « Havre de Grâce, j'ai voulu venir en « cette ville pour remercier mon Dieu, « qui n'a jamais délaissé ni moi ni mon « royaume; et aussi pour vous faire « entendre qu'ayant atteint Tâge de « majorité, comme j'ai à présent, je ne «veux plus endurer que l'on use en « mon endroit de la désobéissance que « l'on m'a jusques ici portée, depuis « que ces troubles sont encommencés; «et que ayant fait l'édit de la paix, « jusqu'à ce que par le concile général « ou national soit faite<tine si bonne çt « sainte réformation , que je puisse « voir par là tous mes sujets réunis en « la crainte de Dieu , ou qu'autrement « par moi en soit ordonné, que tous « ceux qui le voudroient rompre ou y « contrevenir soient châtiés comme « rebelles et désobéissans à mes com- « man démens. Et entends que par tout « mon royaume il soit observé et gardé , A et qu'il n'y ait plus nul, de quelque a qualité qu'ail soit, qui ait armes, et o que tous les posent, soient villes, ou « du plat pays. £t aussi ne veux plus ftâuenuls de mes sujets, fussent mes «irètesi aient nulles intelligences, ni ff qu'ils envoient sans mon congé en «.pays étranger; ni à nuls princes t radient anus ou emneniis, sans mon r ftgH I fti^ueron puisse faire eueillette^

« ni lever argent dans mon royaiMM, « sans mon exprès commandement. Et «afin que nul n'en ait cause d'igno- « rance , j'entends en faire publier l'édit « en ma présence, que je veux être passé « par toutes mes autres cours de parle* i^ment, afin que tous ceux et celles « qui y contreviendront soient châtiés « comme rebelles et crimineux de lèze* « majesté. A quoi je veux que tentez «tous la main, selon vos charges et « offices. Et aussi que vous qui tenez « ma justice en ce heu , la fassiez telle « à mes sujets, que ma conscience en « soit déchargée devant Dieu , et qu'ils «puissent tous vivre en mon obéis* « sance, en paix, repos et sûreté (*). » Le jeune roi entreprit ensuite, d'à»

près les conseils de sa mère, un voyage a travers les provinces les plus importantes , pour mieux les pacifier et pour y faire sentir cette autorité royale que les deux partis avaient également mé« connue. Mais Charles IX ne tarda point à s'apercevoir combien la paix d Am« boise était peu assurée. Les catholiques, indignés des concessions qu'on avait fhites aux protestants, désiraient ardemment la reprise des hostilités* Lorsque le roi fit son entrée à Dijon, Tavannes, qui gouvernait la Bourgo* gne comme lieutenant du duc d'Anmaie, mit la main sur son cœur pour toute harangue, et dit au roi : « Ceci est à vous; » puis, la portant sur son épée, il ajouta : « Voilà de quoi je vous puis servir. » Le parlement de Dijon présenta au roi de nouvelles remontrances au sujet de l'édit de pacification qui introduisait deux religions dans rÉtat; et Charles IX ayant refusé de supprimer l'édit, les catholiques bour* guignons s'associèrent en confréries, sous l'invocation du Saint-Esprit, et s'engagèrent par serment à recommencer la guerre lorsque l'occasion deviendrait favorable. Le» prêtres i dans leurs sermons , déversaient d'une manière détournée le blâme sur la con« duite du rOi de France, en célébrant tous les jours Philippe II comme le vrai champion delà M catholique ^ comme

MO

LUNIVERS.

le monarque religieux qui avait extirpé riiérésie dans ses États.

Dans le midi de la France , les catholiques et les protestants, animés par des passions plus violentes et aigris par des nijures mutuelles , ne s'étaient jamais Mumis entièrement à l'édit de pacification. Le maréchal de Damviile, fils du connétable de Montmorency, qui avait été investi du gouvernement du Languedoc, ne dissimulait point la haine qu'il portait aux hu^enots. Il entrait les armes à la main dans les villes dont les protestants étaient demeurés en possession, il y plaçait des garnisons, désarmait les naoitants, faisait fermer les prêches dans les lieux où ils avaient été garantis aux huguenots, et forçait ies religieux défroqués à rentrer dans leurs monastères. Le sieur de Glausonne ayant été envoyé à Toulouse pour porter au roi les plaintes des nuguenots, il le fit jeter en prison dès son arrivée. A Uzès, il fit i)endre un ministre protestant pour avoir parlé trop librement en chaire. De semblables violences avaient lieu au Mans , à Tours, à Vendôme. Au printemps de Tan 1564 , on com{)tait déjà cent trentedeux personnes qui avaient été tuées en haine de leur religion, depuis la paciiication d'Amboise, et ies tribunaux n'avaient pas fait de poursuites contre un seul des meurtriers.

Catherine de Médicis, comprenant enfin que la véritable force était du côté des catholiques, fit publier deux déclarations interprétatives de Tédit d'Amboi- 80, par lesquelles elle restreignait singrilièrement les privilèges accordés aux protestants. En même temps, elle faisait élever des citadelles dans toutes it'S villes où les protestants avaient été les plus forts, a Orléans, à Montaubnn, à Valence, à Sisteron. Lorsque Condé lui écrivait pour se plaindre au nom de ses coreligionnaires, elle lui faisait répondre par son fils de la manière la plus rassurante, protestant que son intention était d'observer fidèlement redit de pacification et d'étendre sur tous ses sujets une protection égale.

. Pendant ce temps , elle continuait

h} parcourir le royaume avec le roi son fils. Les plus grands seigneurs des deux partis faisaient partie de son cortège , et cette cour si brillante contribuait, par les fêtes qui se multipliaient sur son passage , a faire oublier les ressentiments crées par la guerre civile. Après avoir visité successivement la Champagne, la Bourgogne, le Lvonnais, le Dauphiné et la Provence, Charles IX entra en Languedoc (1505).

Il passa rhiver dans les villes de Béziers, de Narbonne et de Carcassonne, et, le 31 janvier^ il fit son entrée solennelle à Toulouse. Partout il était accueilli avec des cris d'allégresse, et les passions excitées par la guerre civile semblaient se calmer autour de lui, dans ces villes dû elles s'étaient agitées avec tant de fureur. Mais ce n'étaient là que des apparences mensongères et trompeuses. Les passions, comprimées un mstant, fermentaient au fond des cœurs, et n'attendaient

Qu'une occasion pour éclater au dehors, latherine de Médicis le sentait si bien, qu'au milieu des plaisirs de ce voyage triomphal elle ne négligeait aucun moyen pour se créer des alliés. Après un séjour de quelques semaines à Toulouse et à Bordeaux, elle se rendit avec le roi à Bayonne, où elle avait donné rendez-vous à sa fille Elisabeth , reine d'Espagne. Les fêtes les plus lyillantes sign^èrent la rencontre des deux reines.

Le premier ministre de Philippe II, Ferdinand de Tolède, duc d'Albe, avait accompagné à Bayonne la reine Elisabeth. Dans les conférences secrètes qu'il eut avec Catherine de Médicis, il insista auprès d'elle pour qu'elle remît en vigueur les lois qui condamnaient les hérétiques au supplice. Il ajouta, suivant Dayila, a qu'un prince ne peut faire chose plus honteuse, ni plus dommageable pour luimême, que de permettre aux peuples de vivre selon leur conscience, introduisant ainsi autant de variétés de religion dans un État qu'il y a de caprices et de fantaisies dans la tête des hommes, et ouvrant la porte aux discordes et à la confusion... » Il concluait que,

ANNALES DE L'HISTOIRE DE FRANCaE.

« comme les controverses sur la foi aboient toujours servi de prétexte aux soulèvemens des mécontens, il étoit nécessaire avant tout de leur ôter ce prétexte, pour, avec des remèdes sévères, et sans épargner le fer ou le feu, extirper ce mal jusqu'à la racine, car la douceur et le support ne servoient qu'à * l'accroître. » Catherine de Médicis, forcée de se prononcer, promit beaucoup au duc d'Albe; peutêtre même lui promit-elle plus qu'elle n'avait l'intention de tenir. Adriani, qui avait sous les yeux les papiers secrets de la maison de Médicis, rapporte « qu'après s'être souvent enfermée seule avec le duc d'Albe et sa fille pour délibérer sur les moyens de sauver la France , Catherine s'en tint au conseil que le roi d'Espagne lui faisoit donner par le duc d'Albe, savoir, qu'on ne pou voit y réussir que par la mort de tous les chefs des huguenots, et en faisant ce qu'ils appeloient. proverbialement des vêpres siciliennes. Ils résolurent donc que le roi se rendroit à Moulins en Bourbonnois, où l'on estimoit que le château seroit une demeure forte et assurée pour lui pendant une action de si grande importance; et lorsqu'il seroit arrivé, on devoit faire cette exécution , qui ne fut ensuite accomplie que le jour de la Saint-Barthélémy, en 1572, des soupçons conçus par les huguenots , et la difficulté de faire arriver tous les chefs à la cour ayant fait différer jusqu'alors. D'ailleurs , on trouva plus de sûreté encore pour le roi dans Paris que dans Moulins. »

Après avoir pris congé de la reine d'Espagne et du duc d'Albe, Catherine de Médicis ramena son fils à Nérac, où résidait la petite cour de Jeanne d'Aïbret, reine de Navarre. Elle exigea au'on y célébrât la messe , qui y était interdite depuis longtemps. De là, elle revint par Agen et Périgueux à Angouléme, accueillant partout sur son passage les députations des protestants, et leur faisant des promesses, mais redoublant en même temps de prévenances pour tous ceux qui exerçaient quelque influence sur la population catholique. Après un court sé-

jour à Angouléme, elle visita, avec le roi, Niort etThouars. Le 8 novembre, elle fit son entrée à Angers ; puis elle

Êrit sa route par Saumur, Tours et •lois, où se termina ce voyage, qui avait duré deux ans.

La cour était encore dans les fêtes qui suivirent ce voyage, lorsqu'on ap* prit à Paris que les deux pdrtis avaient repris les armes dans plusieurs pro* vinces, et surtout dans le Midi. Pamiers était une des villes auxquelles l'exercice du culte protestant avait été garanti par l'édit d'Amboise.L'évêque»

qui disait hautement que les témoins paisibles d'un acte d'hérésie devenaient complices d'un crime contre la Divinité, voulut l'interdire. Les huguenots lui résistèrent à force ouverte ; des combats sanglants furent livrés dans les rues; enfin, les catholiques, vaincus, furent chassés de la ville, et les couvents et les églises furent profanés par les vainqueurs. Cette nouvelle étant arrivée a Foix, les catholiques, qui y étaient les plus nombreux, attaquèrent les protestants, en tuèrent trente-cinq, et torcèrent le reste à s'enfuir dans les montagnes. Les auteurs de ces deux séditions furent traduits en même temps devant le parlement de Toulouse, qui acquitl^ les catholiques, tandis qu'il envoya tous les protestants au supplice. Des troubleis semblables éclatèrent à Montauban, à Cahors, à Rhodez, à Périgueux, à Valence; et partout les protestants furent punis, tandis que leurs adversaires étaient assures de l'impunité.

Leurs coreligionnaires d'Allemagne résolurent alors de faire une démarche en leur faveur. En 1567, on vit arriver à la cour une ambassade solennelle envoyée par l'électeur palatin, le duc de Wurtemberg, le duc de Deux- Ponts, un des ducs de Saxe, le d uc de Poméranie et le margrave de Bade. Après s'être concertés avec Condé, Coligny, et les autres chefs du parti, les envoyés demandèrent une audience au roi , qui était depuis peu de retour à Paris. Admis en sa présence, ils prièrent Charles IX de vouloir bien permettre aux ministres protestants de prêcher à Pa-

Mt

ris et en toat autre lieu da royaame, et de permettre en outre aux Mêles de se réunir, en quelque nombre qu'ils fussent, pour les entendre. Charles IX leur répondit avec colère « qu'il « cultiveroit l'antique amitié de sa « maisonenvers les princes allemands, « pourvu que ceux-ci ne se mêlassent c pas des affaires de son royaume, « tout comme il ne se méloît çoint de <c celles de leurs États;» et après s'être repris un moment, il ajouta «^ qu'il c leroit mieux encore de leur deman- « der de laisser les catholi^ques prêcher « dans leurs États, et dire la u^esse « dans leurs cités et leurs cours. ^ Après cette réponse, il les congédia.

Charles IX était encore tout ému de colère, lorsque l'amiral Colijgny vint se plaindre amèrement des infractions nombreuses faites à l'édit d'Amboise.

« Vous ne demandiez d'abord qu'un « peu d'indulgence, lui répondit le « roi avec emportement ; aujourd'hui « vous voulez être nos égaux: bientôt « vous voudrez être nos maîtres,, et « nous chasser du royaume. » Coligny 86 tut, mais l'altération de sa physionomie faisait assez voir qu'il se con« tenait avec peine ; et le roi, ne voulant pas prolonger cet çntretien, passa dans la chambre de sa mère, et s'écria, en présence du chancelier de l'Qôj^ital, « que le duc d'Albe avoit c raison; que ces hommes là portoient a trop haut la tête, et que ce n'étoit n pas par l'adresse, mais par la vi- « gueur et la force, qu'il falloit les • abattre. »

Les huguenots résolurent alors de reprendre les arme*s. Ils venaient d'apprendre que six mille Suisses se dirigeaient sur l'Ile de France ; que des ordres étaient donnés pour arrêter en même temps Condé et Coh'^ny ; que le projet de la cour était de révoquer ensuite l'édit d'Amboise, et de remettre en vigueur toutes les anciennes lois contre l'hérésie. Coligny proposa de s'emparer de la personne du roi et de la reme mère, de gouverner en leur noQQt et de se çouyrir ainsi, auxyem( ^e la ^aMoîi. dé l'apparence dé la lé-;

Seconde guerre civile. — PcAx de Longjumeau. — La cour venait de se retirer à" Meaux. Les protestants , réunis en grand nombre sous les ordres de Condé et des Châtillons, se portèrent rapidement vers cette ville pour Ty surprendre. Catherine de Médicis ne s'était pas attendue à une levée de boucliers si prompte ; aucuns préparatifs n'étaient faits pour la défense. Elle envoya Montmorency négocier avec les Uiâtillons, ses parents; et, pendant qu'elle faisait perdre ainsi aux protestants un temps précieux, elle dépêchait des courriers aux Suisses, |X)ur les inviter à hâter leur marche. A minuit, ils arrivèrent au nombre de six mille , et, après un repos de trois heures, ils se déclarèrent prêts à escorter le roi dans sa capitale. « Ils se formèrent en bataillon carré; le roi se mit au centre avec la reine , et, à quatre heures, ils s'acheminèrent vers Paris. Ils avaient déjà fait quatre lieues dans la matinée, lorsqu'ils rencontrèrent le prince de Condé, qui, à la tête de trois ou quatre cents cavaliers bien armés, leur barra le chemin, déclarant qu'il voulait parler au roi pour lui présenter une pétition des huguenots. Les Suisses jurèrent qu'il n'en serait rien, et ils baisèrent la terre, comme ils avaient coutume de faire lorsaulls se préparaient à un combat général. Une escarmouche s'engagea aussitôt ; mais elle ne pouvait devenir sérieuse, car les Suisses, inûniment supérieurs en nombre, pouvaient aisément repousser des ennemis à cheval, mais ne pouvaient les poursuivre. Us avancèrent donc la pique basse, sans cesse inquiétés en tête, en flanc, par derrière. Les huguenots , qui voltigeaient autour d'eux, leur tuaient quelques hommes sans pouvoir jamais rompre leurs rangs, retarder leur marche, ou Jeter le moindre désordre dans leur colonne. Cependant, le connétable avait déjà fait sortir le roi du batài'IIon carré, sous la protection d'Aunialé, dq YieiUéyille, de Càsteiriau, de Surgèresj (S).d^0euxçfint$descourtisan&lesi^ieu^

armé»» et il lui avait fait prendre ua sentier nui le conduisait droit à Paris. Les nu^uenots ne s'en aperçurent pas, et continuèrent à s*acharnér après le bataillon suisse. Ciiarles IX entra vers quatre heures à Paris, pour y déjeuner et dîner tout ensemble, car il était encore à jeun. La fatigue, la peur, le sentiment même qu'il s'était dérobé au danger d'une manière peu honorable, gravèrent cette journée dans sa mémoire par des traces ineffaçables. Il en conçut contre les huguenots, gui avaient voulu l'arrêter, et qui l'avaient contraint à fuir, une haine acharnée. Si jusqu'alors la politique et l'orgueil lui inspiraient le désir de dompter ses adversaires, dès ce jour il résolut de les détruire pour assouvir sa vengeance et pour efiacer ce qu'il regardait comme sa honte f ).» Dans la première guerre civile, la défaite de Dreux avait ôté aux protestants tout esj[K)ir de s'emparer de Parts.' Le mauvais succès de la conjuration d'Amboise, et plus récemment de la surprise de Meaux, ne leur laissait ^uère d'espérance de se rendre maîtres de la personne du roi.

N'avonr avec soi ni la royauté ni la capitale, c'était, selon l'expression pittoresque de la Noue, manquer à la tois« le soleil et la lune de la France.» Jusqu'alors ils avaient pu espérer que le jeune roi, parvenu à l'âge déraison, opterait en laveur des doctrines nouvelles, comme avaient fait tant de souverains de l'Europe; mais leur tentative contre sa personne inspira à Charles IX, déjà mal dispose, une haine ardente et irréconciliahle contre le parti protestant. Ce fut en vain que, redoublant d'audace, ils essayèrent d'épouvanter la cour en venant camper sous les murs mêmes de Paris, dans la plaine de Saint-Denis. Leur seul espoir était non pas de prendre Paris, mais de forcer la reine, plutôt avant le combat qu'après ULe victoire qui était presque impossible, à leur accorder de nouveaux avantages. Mais cette fois, ils avaient trop compté sur

(*) Sismondi.

le caractère faible et indécis deCatheri ne de Mécicis. Le combat fut ac« cepté (t567).

Condé n'avait avec lui que quinze cents cavaliers et douze cents fantassins. La moitié de ses gentilshommes n'avaient point d'armures. « Ils suivoient les drapeaux pour leur sûreté, dit d'Aubigné, emplissant }es rangs avec la casaque blanche et le pistolet. » Ils n'avaient pas une seule pièce d'artillerie ; mais la bravoure , t'enthousiasme religieux et la confiance en Dieu sup* pléaient à leur petit nombre. Condé reconnut que ,^ malgré l'immense disproportion du nombre, il pouvait compter sur eux. Il rangea donc sa petite armée en bataille dans la plaine entre Saint-Denis et Paris, lui donnant la forme d'un demi-cercle. La droite, commandée par Coligny , S'ap* puyait à Saint-Ouen ) la gauche, commandée par Genlis , s'appuyait à AuberviUers; lui-même commandait le centre. Ces trois corps d'armée étaient placés à une assez grande distance l'un de l'autre; ntais comme ils commencèrent l'attaque, ils convergèrent vers un même centre et réunirent leurs efforts.

L'armée catholique était commandée par le vieux connétable de Montmorency, qui avait loué un si grand rôle sous le règne de François V^, et qui allait enfin terminer sa carrière sur le champ de bataille de Saint-Denis. Montmorency s'était toujours montré l'ennemi le plus acharné des protestants , et cela par un véritable zèle religieux ; car sous le règne de François II ses intérêts avaient été du côté des protestants. Sa cruauté avait donné lieu à ce dicton : « Dieu nous garde des patenôtres du connétable, » parce que c'était tout en disant ses prières après chaque victoire, qu'il faisait conduire ses prisonniers au supplice.

Montmorency ne commença le combat qu'à trois heures de l'après-midi.

11 l'engagea par quelques décharges de son artillerie, qui furent bientôt interrompues par une attaque très-vive de la cavalerie des huguenots corn-

L'UNIVERS

mandée par Genlis. Ainsi, par une première faute du cannétable, son artillerie lui devint inutile. « Il avait imprudemment poussé en avant sa cavalerie, à une grande distance de Tinfanterie; mais cette cavalerie seule , composée des meilleurs compagnies d'ordonnance de France, et supérieure en nombre, en armures, en clievaux, aux protestants , aurai]^ suffi pour les écraser. Il parait qu'il retendit sur une seule ligne , ce qui lui fit perdre tout l'avantage du nombre et de la masse , et l'exposa à être à plusieurs reprises coupée par tes huguenots.

L'infanterie à son tour était composée d'un corps magnifique de bourgeois de Paris , couverts d'habits jalonnés d'or, et d'armures resplendissantes; il n'y avait dans toute l'armée aucun bataillon de plus belle tenue pour un jour de parade; mais ces bourgeois n'avaient jamais vu le feu ; le connétable les plaça au premier ran^ , de manière à couvrir les Suisses et a mettre ces derniers en confusion si les premiers venaient à prendre la fuite; derrière ces Suisses , enfin , et tout à fait hors de ligne pour le combat , il avait laissé la fleur de l'infanterie française. . . . Chacune de ces imprudences porta ses fruits. . . Aux premiers coups de feu qu'éprouvèrent les Parisiens, ils lâchèrent pied , et , se jetant au travers des Suisses , ils les tinrent longtemps dans une inaction forcée.

En même temps , Goligny d'un côté, le prince de Condé de 1 autre , chargèrent par la gauche et la droite la gendarmerie, au milieu de laquelle se trouvait le connétable , et la mirent en déroute. Ce vieillard demeura bientôt seul et blessé au milieu de ses ennemis. Sommé par Robert Stuart de se rendre, il le frappa si rudement au visage du pommeau de son épée, qu'il lui bt sauter trois dents; un autre Écossais , qui se trouvait derrière le connétable , lui tira aussitôt un coup de pistolet dans tes reins et le blessa mortellement. Cependant son fils aîné, François de Montmorency , accourait pour prendre Condé en flanc , et il le força bientôt à recaler. Le cheval du

prince, percé d'un coup de lance, mourut un moment après l'avoir sorti de la mêlée ; celui de Coligny l'emporta au milieu des ennemis, où il faillit être pris. Les deux armées , troublées par le danger de leurs chefs, reculèrent en même temps : les catholiques, pour se serrer autour du connétable mourant; les huguenots, pour soutenir Condé. Le combat fut ainsi suspendu après avoir duré moins de deux heures; et la nuit s'approchant , les catholiques ne le renouvelèrent pas. Les huguenots se replièrent en nâte sur Saint - Denis , où Dandelot vint les joindre à minuit (*). »

Le vieux connétable survécut de quelques heures seulement à la bataille de Saint-Denis. Il avait reçu huit blessures mortelles. « En ce jour. J'ai deux « grandes obligations au ciel, disait Ca- « therine de Médicls; l'une, que le con- « nétable ait vengé le roi de ses ennemis, «l'autre,, que les ennemis du roi l'aient « défait du connétable. » La mort du connétable désorganisa pour quelque temps le parti des catholiques qui l'avaient regardé comme leur chef depuis le meurtre de François de Guise. Les huguenots au contraire, quoique vaincus, puis qu'après tout ils n'avaient pu réussir à entrer à Paris , se trouvèrent relevés en considération. C'était beaucoup pour eux d'avoir combattu le général en chef des armées catholiques , à la tête de la plus brillante armée du royaume, et d'avoir pu faire leur retraite en bon ordre. L'électeur palatin, Frédéric III, leur promit des secours. Condé et Coligny s'avancèrent à travers la Champagne, et entrèrent en Lorraine oii ils firent leur jonction avec l'armée allemande, commandée par Jean Casimir. Le premier cri des reîtres et des lansquenets, en rencontrant les huguenots , fut pour demander de l'argent. Condé n'avait pas deux mille écus ; jamais il n'avait donné^de solde à son armée; les gentilshommes protestants se défrayaient eux-mêmes. Mais leurs bourses s'étaient épuisées au milieu des

(*) Sismondi.

besoins journaliers d'une campagne d'hiver. Toutefois, s'animant d*un gé* néreux enthousiasme , ils remirent à Condé tout ce qu'ils possédaient de vaisselle , de joyaux et d'argent monnayé. Les soldats , les valets même de l'arma, se dépouillèrent à l'envi de tout ce qu'ils possédaient. On rassembla ainsi trente mille écus qui furent donnés aux Allemands. Goligny conduisit cette armée, au cœur de Thiver, de Ja Lorraine jusque sur les bords de la Loire, et parvint à Orléans, qu'il débloqua aussitôt. Mais ses gentilshommes succombaient à Ja misère et au découragement; ils commençaient à manquer d'argent et de vivres , tandis que leurs auxiliaires allemands réclamaient avec impatience la solde qui leur était due. Leurs chefs résolurent de s'emparer de Chartres pour s'y procurer des ressources pécuniaires.

Catherine de Médicis , eftrayée à son tour, leur offrit la paix. Elle fut signée à Longjumeau, le 23 mars 1563. Un nouvel édit du roi remit en vigueur l'édit d'Amboise , en annulant toutes les restrictions et exceptions qui y avaient été apportées postérieurement.

A ces conditions, les huguenots levèrent le siège de Chartres; ils livrèrent au roi Orléans, Soissôns , Auxerre , Blois et la Cliarité où ils avaient des garnisons. Ils renvoyèrent Jean Casimir et ses troupes allemandes, dont les soldes arriérées furent acquittées par la reine. Cette seconde paix signée avec les protestants fut appelée ^pato; boiteuse et mal assise, par allusion aux deux négociateurs dont l'un était boiteux et dont l'autre s'appelait Malassise (1568).

Troisième guerre civile. — Bataille de Jamac. — Mort de Condé» — Bataille de Moncontour. — Paix de Saint' Germain. — En signant la paix de Longjumeau, Catherine de Médicis n'avait eu d'autre but que d'user les deux partis l'un par l'autre. Mais elle ne faisait que désespérer les huguenots , tandis qu'elle s'aliénait les catholiques. Son projet était au reste de

reprendre aux huguenots en détail ce qu'elle venait de leur accorder , pour les écraser plus sûrement. Au milieu de ces perfidies, un grand ministre, le vertueux chancelier de l'Hôpital , essayait vainement d'établir une tolérance sincère. C'était le plus grand jurisconsulte de son siècle. C'était en même temps un philosophe éclairé, mais qui avait trop devancé son époque. Aussi le soupçonnait-on génmlement d'être, comme le philosophe Montaigne, son contemporain , indifférent en matière de religion. C'est pourquoi les deux partis le détestaient également, et bientôt ses vertus le rendirent suspect à une cour encore plus indifférente que lui, mais pour un autre motif, aux querelles théologiques qui déchiraient la nation. Cependant, ni son isolement au milieu de la cour et des partis , ni le vertige universel qui entraînait les Français vers la guerre civile, n'avaient pu dompter sa généreuse obstination à faire le bien, ce bien ne dût-il profiter qu'aux gêné* rations futures. Dans une assemblée des grands du royaume, il osa, devant une cour souillée de crimes , et qui méditait peut-être le plus grand de tous , développer cette belle pensée, qu'U n'y a dans aucune circonstance aucune raison de ne pas appliquer la loi. En présence de la cour de Cathe^ rine de Médicis , le choix d'une pareille thèse était une témérité. Aussi la vertu du chancelier devint-elle inoportune. Catherine avait rapporté d'ailleurs, de ses entretiens avec le duc d'Albe, un sentiment de défiance contre lui. Les catholiques zélés rendaient suspect son catholicisme, et Catherine craignait de se' compromettre en continuant de suivre ses conseils. Le chancelier fut disgracié, après avoir rendu tous les services q^u'il pouvait rendre, c'est-à-dire , après avoir réformé une partie des lois civiles , et inscrit le premier dans notre législation ce principe de tolérance qui a survécu à tant de siècles, et qui a été sanctionné définitivement par notra pacte fondamental.

Après la disgrâce de l'Hôpital , la

L'UNIVERS

cour de Chartes IX , prWée des conseils salutaires de ce vertueux citoyen, se précipita aveuglément vers une nouvelle guerre civile. A peine quelques mois s'étaient- ils écoulés de* puis la signature de la paix de Lon^jumeau, que Catherine de Médicis résolut de faire arrêter par trahison Condé et CoUgny. La tentative , mal concertée , échoua. Tavannes assure, dans ses mémoires, qu'un émissaire de la régente vint lui porter à lui-même Tordre d'arrêter les deux diefs , mais au'il ne voulut pas s'exposer à être désavoué en attaquant de si grands seigneurs, et qu'il en avertit secrètement le prince de Condé. Aussitôt Condé et Coligny se dirigèrent vers les bords de la Loire , et arrivèrent le 18 septembre à la Rochelle , après avoir couru les [)lus grands dangers. Ils y furent rejoints par Jeanne d'Alforet, reine de iHavarre , qui leur amena son jeune fils, Henri de Béarn, avec quarante-deux enseignes d'infanterie et huit cornettes de cavalerie.

C'était l'élite de la noblesse protestante du Périgord , du Quercy et de FAUTergne. Jeanne d'Albret accueillait depuis longtemps à sa petite cour de Nérae les huguenots de toutes les parties de la France, et elle avait su leur inspirer par sa conduite généreuse et héroïque la plus vive admiration.

Nous empruntons à un pamphlet protestant, publié au dix-septième siècle, l'anecdote suivante , qui servira à démontrer l'attachement que la mère de Henri IV avait inspiré a tous ceux qui approchaient de sa personne :

Jacques Fabri était de ceux c[ui, dans la première persécution dirigée contre les huguenots, cherchèrent leur salut dans la faite, et se réfugièrent à Nérac, auprès de la reine de Navarre.

Un jour, la reine l'envoya chercher et lui fit dire qu'elle voulait dîner avec lai et avec quelques autres savants qu'elle avait invites. Pendant le dîner, Fabri parut fort triste, au point qu'on le vil verser des larmes. La reine parut surprise, et lui en demanda la raison. «Hélas! répondit le vieillard, « eommeAt pourrais-je être gai et ins-

« pirer de la joie aux autres , moi qui « suis le plus grand pécheur qu'il y ait « sur la terre ?» « Et quel péiché avez- ^ TOUS commis, maître Jacques, lui der manda la reine; vous qui avez de voa tre jeunesse mené une vie si sainte .^i» ft Je suis, dit-il, âgé de cent etun ans; « je ne me suis jamais souillé avec au- « cune femme, etje ne me souviens pas « d'avoir rien fait qui me puisse faire ft craindre la mort, si ce n'est une seule « chose. » La reine le pressa de s'expliquer. Lui, fondant en larmes, et la voix entrecoupée de sanglots, s'écria enfin : « Comment pourrai-je subsister a devant le tribunal de Dieu, moi qui ai « enseigné aux autres la pureté de !'£a vangileP'Milleet mille gens ont souf- « fert patiemment la mort et mille touN « ments pour la doctrine que je leur ai « enseignée : et moi, mauvais pasteur, « après être parvenu à un si grand âge, « ne devant rien moins aimer que la vie, « et même étant en état de désirer la « mort, je me suis lâchement dérobé au « martyre et j'ai trahi la cause de mon « Dieu. » Sur quoi la reine, qui était aussi élocjuente que pieuse, lui montra par ae nombreux exemples qu'il ne fallait pas désespérer de la miséricorde divine, parce gue cela même dont il s'accusait était arrivé à plusieurs saints personnages, que Dieu avait cependant reçus en sa gloire.

Tous ceux qui étaient à table ajoutèrent quelques mots à l'appui de ce que la reine avait dit. Fabri les écouta fort attentivement, et demeurant consolé et persuadé, il reprit la parole et dit : « Puisqu'il en est ainsi, je n'ai « donc plus qu'à partir de ce monde « après avoir fait mon testament, et « cela sans délai, car je sens que Dieu « m'appelle. » Puis, regardant attentivement la reine : a Madame, dit-il , je « vous fais mon héritière. Je lègue « tous mes livres à maître Gérard « Roussel , votre prédicateur ; et je « laisse aux pauvres mes habits et tout <t ce qui me peut rester de bien. » Sur Quoi la reine lui dit en souriant : « Maître Jacques, si vous donnez tous « vos biens aux pauvres, que me doit* « il donc revenir, moi que tous ^

ANNALES DE L'fflSTOIRE DE FRANCE.

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