EUDES
Après la. déposition de Charles le Gros, il ne se trouva pas en France, entre tant de seigneurs également indépendants , un ârince capable de saisir le sceptre et de faire respecter son pouvoir. Cependant le souvenir des exploitsdu défenseur de Paris, du comte Eudes, fils de ce Robert le Fort qui avait mérité le surnom dé M;ichabée pour ses succès contre les Normands, décida la plupart des évéques et des seigneurs de la France romaine ou de Neustrie à le proclamer roi. Il restait encore en France un descendant de Charlemagne , Charles IV , fils posthume de Louis le Bègue; mais, exclu sous prétexte de sa grande jeunesse, de tous les trônes carlovinçiens auxquels il aurait pu prétendre, ri vit ses droits méconnus , comme ils l'avaient été déjà quand ses frères Louis le Bègue et Carloman avaient refusé de l'admettre au partage de l*héritage paternel.
Eudes avait deux autres Q3mpétiteurs plus redoutables qui descendaient de Charlemagne du côté des femmes. C'était Gui ou Guido , duc de Spolète , et le roi de Germanie , Arnulf , bâtard de Carloman ; mais l'éloignement de ces deux princes , forcés d'ailleurs de donner toute leur atten-
tion aux affaires d'Italie et d'Allemagne , laissa le nouveau roi tranquille possesseur de sa couronne ; toutefois , Eudes fît assurer Arnulf que- si sa nomination pouvait causer des troubles en France , il était prêt à se désister. Il alla même le trouver à Worms et lui remit la couronne, le sceptre et toqs les ornements de la royauté,, en jurant qu'il ne les voulait porter que de son consentement. Le roi de Germanie, flatté dé cette déférence, les lui rendit, et ce4;te entrevue se termina par un traité. Cependant toute la France n'obéissait pas au nouveau prince. Vingt - neuf petits États , ou principautés féodales, s'y étaient déjà formés et se regardaient comme à peu près indépendants. Le eomte de Poitiers , duc d'Aquitaine , portait même le titre de roi. Le duc de Bretagne affectait l'autorité royale. Il en était de même du duc de Gascogne , des comtes de Flandre , de Vermatidois, d'Anjou , et du duc de Bourgogne. Mais Eudes justifia le choix de ses vassaux en délivrant Paris assiégé de nouveau , et en battant , à la sanglante journée de Montfaucon, en Argonne, les Nor* mands , qui perdirent dix-neuf mille hommes. Ennardi par ce succès, îi força le comte de Flandre à le recon^ naître ; et, profitant des discordes qui s'élevèrent entre le fils et le frère dû comte de Poitiers , qui venait de mourir, il donna le Poitou à l'un de ses neveux, et le duché d'Aquitaine à Guillaume le Pieux.
Durant cette expédition, un parti puissant, attaché au sang de' Charlemagne , ou ne voulant que susciter des troubles pour en profiter, fit couronner Charles le Siniple; et, comme Tincapacité du nouveau roi le fit bientôt abandonner d'un grand nombre de ses partisans , il se réfugia en Germanie auprès d' Arnulf. L'armée que celui-ci lui donna pour rentrer en France se dissipa, il est vrai, au moment de combattre; mais le roi de Germanie , fort de la suprématie qu'il s'arrogeait sur le royaume de France,
L'UNIVERS
somma les deux prétendants Eudes, et Charles IV, de se rendre auprès de lui à la diète de Wonns. Eudes v vint seul et fut confirmé par Arnuif, mais à condition de lui céder la Lorraine , dont Tempereur fit un apanage pour son ^Is Zwentebald.
Les mécontents , abandonnant Charles dont l'incapacité découraj^eait leur zèle ou leur ambition, offrirent la couronne au nouveau duc de Lorraine ; et Charles «craignant de se voir entièrement dépouillé, se réconcilia avec Eudes , et consentit à recevoir de lui un apanage. Cette réconciliation fut sincère ; et , lors(]ue Eudes mourut quelque temps après , il désigna <]harles pour son successeur.