‹ France (volume 2)Chapitre 7 sur 45 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

(987-1481.) iiTTftODUcrrioir.

FBANCE FÉODALE.

ȣ l'aVEHEMEH-T SB BDGUBS CATIT A LA MORT DB LOUIS JLI.

A la fin du dixième siècle, avec Tavénement des Capétiens et par la répudiation de la dynastie germanique des Carlovingiens, commencent la

L'UNIVERS

France et la civilisation française.

«Jusque-là nous avons parlé de 1a civilisation gauloise, romaine, galloromaine , franque , gallo-franoue ; nous avons été obligés d'allier des noms étrangers , des noms qui ne sont^ pas le nôtre , pour exprimer avec quelque justesse une société sans unité, sans fixité, sans ensemble. A partir de la Gn du dixième siècle , il ny a plus rien de semblable; c'est maintenant des Français, de la civilisation française que nous avons à nous occuper. Et pourtant c'est à cette même époque que toute unité nationale et politique disparaît de notre territoire. Ainsi le disent tous les livres , ainsi le mon- ' trent tous les faits. C'est l'époque où

S révaut complètement le régime féoal , c'est-à-dire le démembrement du peuple et du pouvoir. Au onzième siècle , le sol que nous appelons français est couvert de petits peuples, de petits souver(iins à peu près étrangers les uns aux autres , à peu près indépendants les uns des autres. L'ombre même d'un gouvernement central, d'une nation générale semble avoir disparu. Comment se fait-il que la civilisation et l'histoire vraiment française commencent précisément au moment où il est presque impossible de découvrir une France ?

« C'est que , dans la vie des peuples , Funité extérieure, visible, l'unité de nom et de gouvernement , bien qu'importante, n'est pas la première, la plus réelle, celle qui constitue vraiment une nation. Il y a une unité plus profonde, plus puissante: c'est celle qui résulte non pas de l'identité de gouvernement et de destinée , mais de la similitude des institutions, des mœurs, des idées, des sentiments, des langues; l'unité qui réside dans les hommes mêmes que la société réunit , et non dans les formes de leur rapprochement ; l'unité morale enfin , très-supérieure à l'unité politique , et qui peut seule la fonder solidement.

« Eh bien ! c'est à la fin du dixième siècle qu'est placé le berceau de cet être unique et complexe à la fois qui est devenu la nation française. Il lui a

fiillu bien des siècles et de tongsefibrts pour sortir de là , et se produire dans sa siài^licité et sa grandeur. Cependant, a cette époque, ses éléments existent, et l'on commence à entrevoir le travail de leur développement. Dans les temps que nous avons étudiés , du cin(|uième au dixième siècle , sous la main de Chariemagne , par exemple, l'unité politique extérieure a été souvent plus grande , plus forte qu'à l'époque dont nous allons nous occuper.

Maiç, si vous regardez au fond des choses, à Fétat moral des hommes mêmes, Funité y manque complètement. Les races sont profondement diverses et même ennemies ; les lois , les traditions, les mœurs, les langues diffèrent et luttent également ; les situations, les relations sociales n'ont ni généralité , ni fixité. A la fin du dixième et au commencement du onzième siècle , il n'y a point d'unité politique pareille à celle de Chariemagne; mais les races commencent à s'amalgamer; la diversité des lois selon Forigine n'est plus le principe de toute la législation. Les situations sociales ont acquis quelque fixité ; des institutions, non pas les mêmes , mais partout analogues , les institutions féoclales ont prévalu , ou à peu près , sur tout le territoire. Au lieu de la diversité radicale, impérissable, de la langue latine et des langues germaniques , deux .

langues commencent h se former, la langue romane du midi et la langue romane du nord; différentes sans doute, cependant de même origine, de même caractère, et destinées à s'amalgamer un jour. Dans Fâme des honmies , dans leur existence morale , la diversité commence aussi à s'effacer. Le Germain est moins adonné h ses traditions , à ses habitudes germaniques ; il se détache peu à peu de son passé pour appartenir à sa situation présente ; il en arrive autant du Romain : il se souvient moins de l'ancien empire et de sa chute, et des sentiments qui en naissaient pour lui. Sur les vainqueurs et sur les vaincus, les . faits nouveaux , actuels , qui leur sont communs , exercent chaque jour plus

d*empire. En un mot, l*unité politique est à peu près nulle, la diversité réelle encore très-grande; ce[)endant il y a au fond plus d'unité véritable qu'il n'y en a eu depuis cinq siècles. On commence à entrevoir les éléments d'une nation; et la preuve , c'est que , depuis cette époque , la tendance de tous ces éléments sociaux à se rapprocher , à s'assimiler, à se former en grandes masses, c'est-à-dire, la tendance vers l'unité nationale, et, par là, vers l'unité politique , devient le caractère dominant, le grand fait de l'histoire de la civilisation française (*), »

Mais il a fallu cinq siècles pour que ces éléments pussent se rapprocher et former cette forte et puissante agrégation qu'on nomme la France. Pendant ces cinq siècles , la rovauté , privée de tous ses droits utifes , réduite à de vains titres et à la possession d'un domaine moins étendu et moins riche que celui de la plupart des grands fiefs, resta longtemps comme endormie et s'oubliant elle-ménoe , jusqu'à ce que Louis VI et Philippe - Auguste la tirassent de sa torpeur pour la faire lutter hardiment contre les grands vassaux. De Philippe -Auguste à Philippe de Valois, la royauté triomphe , couvre la France de ses officiers , attire à elle presque toutes les juridictions féo« dales, se crée enfin uouvoir central et unique , exerçant linremeut et sar\s crainte son action absolue sur toute la surface du territoire.

Alors commence la guerre contre l'Angleterre; alors arrivent les désastres de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt ; et les descendants de Hugues Capet, vaincus, fugitifs et détrônés, se trouvent , comme les derniers Carlovingiens, ne posséder plus que quelques ailles ; alors aussi commence une féodalité nouvelle : tout ce qui restait encore de vassaux puissants ressaisissent leurs droits perdus et font revivre leurs prétentions ; les princes du san^ démembrent le territoire, et les principautés féodales reparaissent, comme quatresièdesauparavaQt,plusforniida-

(^ Guizot, vol. IV, Cours de i83o , p. 3.

blés même et plus hostiles à la royauté ,

Sarce qu'elles prétendent à l'indépenance et à l'exercice des mêmes droits.

Mais la nation , qui s'est reconnue ellenoiéme dans cette lutte d'un siècle contre l'Anglais, l'ennemi commun , qui a marché sous la bannière royale à la délivrance du territoire, ne peut plus consentir, pour satisfaire quelques ambitions privées , à un nouveau morcellement de la France; aussi aidat-elle le roi dans sa lutte contre la nouvelle aristocratie princière ; et un règne suffit, celui de Louis XI, \e compère des bourgeois de Paris , pour rétstiitir, mais d'une manière durable , le pouvoir absolu de la royauté.

Durant la première de ces périodes, de Hugues Capet à Philippe-Auguste, les Capétiens ne régnent que sur les comtés de Paris et d'Orléans. Si donc l'on devait réduire l'histoire de la France à celle de la dynastie royale, il faudrait oublier la nation pendant deux ou trois siècles , pour ne recueillir que les détails insigninants de l'obscure biographie des princes tle la nouvelle race. Il est plus juste, puisque la France s'est morcelée en soixante ou quatrevingts États, d'étudier ce morcellement qui laissa si longtemps des traces profondes.

Les titres de duc et de comte , fort usités dans l'empire romain à partir de Constantin, avaient été adoptes parles conquérants germains, qui y avaient ajouté ceux de vicomte et de margrave.

Durant la décadence de l'emoire carlovingien , les ducs ou commandants militaires de plusieurs comtés réunis, les comtes ou administrateurs et juges d'une ville et de son territoire, les margraves enfin, chefs d'un pavs frontière, s'attribuèrent à titre héréditaire la charge qu'ils exerçaient au nom du souverain et comme ses lieutenants, avec les divers droits régaliens qui y étaient attachés. Quand le temps eut consommé cette usurpation , il se trouva en France autant de rois qu'il y avait eu jadis de lieutenants du roi. Cependant ces anciens officiers royaux , qui avaient dépouillé leur chef de ses domaines aussi Bien que de son autorité, conservaient

4* lÂvraUon, (ANif ales ue l'hist. de Fsànge.)

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encore quelque respect pour sa dignité : ils consentaient à le redonnatire pour leur suzerain; à lui prêter hommage lorsqu'il était assez fort pour l'exiger ; k suivre sa bannière pendant vingt ou quarante jours lorsqu il était en guerre avec quelqu'un de ses voisins; à fi)uri|ir ennfl.des aides pour payer sa rançon lorsqu'il était prisonnier, pour armer son (ils aîné chevalier ou pour marier sa fille. Eux-mêmes se soumettaient à une sorte de hiérarchie politique, où chacun prenait sa place, plus haut ou plus bas , selon là part d autorité que lui ou son père avait jadis usurpée. Ainsi , au-dessous d'un duc il y avait des comtes ; au-dessous d'un comte, des vicomtes; puis de simples seigneurs. C'est la réunion de ces propriétaires souverains, dont quelques-uns. étalent vassaux immédiats dti roi y et le reste vassaux des possesseurs de grands iiefs, qui forma la société féodale C)<

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