‹ France (volume 2)Chapitre 9 sur 45 · COMTÉ D*ASTARAC · texte numérisé non relu

COMTÉ D*ASTARAC

Fondé vers 1« coinmeorement do dixième sl^le, il sobsista jusqu'au dix-huitième siècle. Capitale Mirande, fondée en 1389.

Ce pays, situé entre F Armagnac et le Fézensac au nord , le pays de Quatre-Vallées au sud, le Comminges et le pays de Rivière- Verdun à l'est, le Bigorre et TArmagnac à l'ouest, est d'une étendue de treize lieues en longueur sur onze en largeur. Il fut démembré, vers le commencement du dixième siècle, du duché de Gascogne , pour former la part du troisième Ois de Sanche le Courbé. La famille des comtes d'Astarac subsista dans la ligne directe jusqu'en 1 61 1 , où Marthe , fille de Jean IV, porta ce oomté à Gaston de Foix , comte de Caudale et de Benauges, et captai de Buch, par son mariage avec ce prince. Marguerite de Foix, leur arrière-petite-tille, qui épousa en 1587 Jean Louis de Nogaret, marquis de la Valette et duc d'Ëpernon , leur transmit les domaines de la maison d'Astarac, que les descendants du duc possédèrent jusqu'au milieu du dix-huitième siècle.

COMTi BB PARBIAa Fondé vers loaS , réuni an. domaine royal en i477* Chef-lien le chAtean de Mont-Lezun, A trois lieues de Mirande.

Ce petit pays, situé entre le Fezen* sac et le Bigorre, fut séparé de l'Astarac vers 1025, pour former l'apanage du troisième fils d'un comte d'Astarac.

A la mort de Jean P% dernier comte de Pardiac de la ligne masculine, en 1380,

sa sœur Anne lui suôcédaet laissa ce flef à Jean II qu'elle avait eu deson mariage avec Géraud , comte de Fezensaguet ; mais en 1403, le comte d'Armagnac « Bernard, se saisit du Pardiac, qui devint l'apanage de son second fîls Bernard. Le successeur de telui - ci fut l'infortuné Jacques d'Armagnac, duc de 'Nemours, comte de la Marche, de Pardiac, de Castras, de Beaufort, vicomte de Murât, seigneur de Leuze, de Condé, de Montagu en Combraille, et pair de France, que Louis XI fit décapiter aux halles, pour le punir de ses nombreuses tranisons. Ses trois fils furent placés sous l'échafaud , afin que le sang de leur père ruisselât sur leurs têtes. Ces trois enfants moururent sans postérité, le dernier à la bataille de Cérignoles, en 1503. En lui finit la race mérovingienne , qui s'était continuée depuis Caribert, frère deDagobert, jusqu'au duc de Nemours, par les ducs de Gascogne et la maison d'Armagnac. En voyant la fin tragique des derniers représentants de cette race de Jean V d Armagnac qui meurt assassiné, de son fils tué dans le sein de sa mère, enfin de Jacques, duc de Nemours, que Louis XI fit décapiter , on se rappeJl&la haine et les persécutions des Carlovingiens contre les anciens ducs de Gascogne, et l'on est tenté de croire que la destinée de cette race était d'être détruite par celles qui l'avaient remplacée sur le trône de France'.— Henri III fit aussi, plus tard, assassiner le duc de Guise qui prétendait descendre de Charlemagne, comme Bonaparte ordonna la mort du dernier des Condé. Ainsi se détruisent les dynasties.

COMTÉ OU DCCHS DE TOULOITSS«

Étftbli en 778» réuni an domaine en i36i. Capitale Toulouse.

En 778, Charlemagne nomma Chorson comte de Toulouse, lorsqu'il éri-

§ea le royaume d'Aquitaine en faveur e son fils Louis le Débonnaire. Mais ce ne fut que sous Raymond V (853- 864) que le comté de Toulouse deyiut héréditaire. Raymond y joignit lescom-

tés de Rooeiipie et de Qaercv. C'est de lui(iue descendent les comtés de Toulouse, desquels relevaient les pays renfermés dans la première Aquitaine et qui dominaient immédiatement sur le Quercy, TAlbigeois, le Rouergue, le Céraudan et leVelay. Ces comtes devinrent les princes les plus puissants du midi delà France, surtout lorsqu'ils y eurentjoint la Provence, qu'Emma, fille de Rodbod, comte de Provence, apporta dans la maison de Toulouse par son mariage avec Guillaume Taillefer. Le plus célèbre de ces comtes de Toulouse est Raymond IV de Saint-Gilles , gendre du roi de Sicile , et ensuite de celui d'Aragon, et le ** premier des princes qui prit la croix. A la tête de cent mille nommes , il partit sur la On d'octobre 1096, franchit les Alpes, traversa la Lombardie, et arriva a Constantinople par leFrioul et la Dalmatie. Il signala, durant la première croisade, son courage et sa libéralité, et aurait été nommé roi de Jérusalem , si ses Provençaux n'avaient répandu à dessein des plaintes contre lui au moment de l'élection , dans la crainte que , s'il était nommé, il ne les retint en Palestine.

Il n'en resta pas moins en Orient jusqu'à sa mort, arrivée en 1105. Les États qu'il abandonnait ainsi en Europe, étaient cependant riches et considérables, car ils s'étendaient depuis la Garonne et les Pyrénées jusqu aux Alpes, et comprenaient le comté de Toulouse, le duché de Piarbonne et le marquisat de Provence. A titre de comte de Toulouse, il possédait, outre les pays compris dans l'ancienne province ecclésiastique de Toulouse, l'Albigeois, le Quercy et le Rouergue, avec la suzeraineté sur le Carcassez et le Rasez. Gomme duc de rïarbonne, il exerçait une autorité supérieure sur toute Tancienne Septi manie, composée des diocèses de Narbonne, Béziers, Agde, Carcassonne, Lodève, Maguelone, Mîmes et Uzès, avec la plupart des comtés particuliers du Languedoc. Enfin, en qualité de marquis de Provence, il avait tous les pays compris entre te Hhône, l'Isère, les Alpes et la Durance, c'est-à-dire, une grande partie du

&* lÀvraison. (Annales de l'hist<

diocèse d'Avignon , ceux de Vaison, de Cavaillon , de Carpentras, d'Orange, de Saint-Paul-Trois-Cliâteaux, de Valence et de Die.

Le comte de Toulouse n'était lias seulement un prince puissant par l'étendue de ses États, mais riclie par le grand commerce que faisaient ses bourgeois dans l'intérieur de la France et jusqu'en Orient, où la signature du comte avait plus de crédit que le grand sceau du roi de France. De tout temps, mais surtout au douzième et au treizième siècle , le Languedoc fut habité par une race d'hommes industrieux, spirituels , adonnés au commerce, aux arts, et plus encore à la poésie. Le climat, du reste, y semble favorable au développement rapide de l'intelligence ; car, peu d*années après laconquéte'de la France méridionale par les Visigoths , ces barbares eurent à Toulouse une cour plus brillante que celle même de Constantinople. Ce fut, on le sait, devant ces rois de Toulouse que se firent entendre les derniers accents des muses latines. Cette activité morale porta les Gaulois du Midi à créer, les premiers, dans l'Europe moderne, une langue et une littérature originales ; mais aussi, en religion , elle les fit aller au delà des croyances de leur temps ^ et même dépasser les réformes religieuses du seizième siècle.

Les deux hérésies des Albigeois (d'Aïby, siège des nouvelles doctrines), et des Va'udois (de Vald, marchand de Lyon), dominaient dans le Languedoc, divisées eu sectes nombreuses, résultat inévitable de leur doctrine du libre examen , mais qui toutes se réunissaient en une haine commune contre l'Église romaine.

Les uns niaient la révélation; et, s'appuyant sur la doctrine des deux principes, soutenaient que l'Ancien Testament, où, tant de meurtres sont accumulés, avait été dicté par le principe du mal ; d'autres niaient la présence réelle. Ces doctrines n'étaient point partagées seulement par les séculiers : des prêtres, des évéaues même étaient tombés dans Théresie.

Aussi, quand le jeune pape Inno* cent m, effrayé des progrès du inal«

DE Fbance.) s

ru»ivEtts*

songea à le combattre , il sentît qu'il ne suffirait plus des armes spirituelles , et «pie ta où tout un peuple était hérésiarque il fallait faire passer le fer et le feu. Ce fut donc une croisade qu'Innocent III voulut diriger contre ces riches provinces. Il ne recula pas devaoït Tidée d'envojer des hordes fanatiques et barbares contre le siège unique alors de la civilisation ; car Texem* λle était contagieux , donné , comme il 'était, aux portes mêmes de cette Italie déjà si peu religieuse. Peu importait qu'une population entière fdt détruite, pouvu que la foi fût sauvée.

D'abord Innocent IIÏ envoya des commissaires chargés de faire brûler les hérétiques , et voulut contraindre les seigneurs , sous peine d'excommunication , de dénoncer eux - mêmes leurs sujets. Parmi les moines envoyés par le pape se trouvait saint Dommique, le fondateur de Finquisition , de cet ordre dont les membres étaient chargés d'épier les consciences, de surprendre les paroles échappées dans l'intimité de la vie privée. Toutefois, malgré cette nouvelle institution, la conversion n'avançait point; car un grand nombre de seigneurs , loin de lavoriser les prédicateurs , leur suscitaient mille obstacles. Raymond , comte de Toulouse et beau-frère du roi d'Aragon , le plus puissant des seigneurs de cette contrée , fut aussi celui que le légat Castelnau attaqua avec le plus de violence. Il était alors en guerre avec quelques barons des bords du Rhône : le légat voulut l'obliger à signer la paix, et, sur son refus, l'excommunia. Effrayé de cette mesure, et d'une lettre que lui écrivit Innocent III , le comte s'engagea à exterminer les hérétiques de ses États.

Mais un événement inattendu vint décider enfin du sort de la Gaule du Midi : le légat de Pierre Castelnau fut assassiné, et Raymond VI, accusé à tort de ce meurtre, fut de nouveau exeommunié ; puisdes bulles, adressée i tous les seigoeurs d'au delà de la

Loire, les appelèrent à une erotsadé contre Raymond. Outre les indulgen- €es promises, et qui étaient aussi grandes que celles qu'on obtenait par le long et périlleux voyage de la terre sainte , cette croisade avait encore de plus l'attrait de promettre un riche butin et de beaux fiefs à ces pauvres centilshommes du Nord, qui, pour tout bien , n'avaient souvent que leur armure et quelque tour nue et démantelée.

L'époque, d'ailleurs, était malheu* reusement favorable pour cette croir sade de chrétiens contre chrétiens. Les conquêtes des rois de France en Nor« mandie , en Anjou et en Aquitaine , avaient fait déposséder ou bannir beaucoup d'hommes de ces divers pays, et augmenté prodigieusement le nombre des gens d'armes et des chevaliers sans avoir, oUigés de courir les aventures pour vivre , et disposés à prendre part a toutes les entreprises hasardeuses.

Aussi partirent-ils en foule pour cette facile et productive croisade.

Avant leur arrivée, Raymond VI, frappé de terreur, se soumit à toutes les conditions que voulut lui imposer le pape. Il lui livra sept de ses meilleurs châteaux, délia ses sujets de leurs serments, s'il manquait à ses promesses envers le pape; se soumit d'avance au jugement qu'il plairait au lé^at de porter contre lui , et enfin se laissa conduire à l'église, la corde au cou, et reçut la discipline autour de l'autel , sur ses épaules n^s. Son neveu Raymond Roger montra plus de courage : après avoir vainement demande justice, il vit que sa perte était résolue d'avance, et se prépara à une •vigoureuse défense.

A l'approche des croisés, qui avaient descendu par la vallée du Rhône, tous les seigneurs s'enfermèrent avec leurs paysans dans les châteaux les mieux fortifiés, laissant déserts ceux aux murailles desquels on ne pouvait se fier pour une longue défense. Les premiers chrétiens que les croisés rencontrèrent furent livrés mx flammes. A Gbasse*

neuîl tous les habitants, hommes et femmes, furent précipités dans les flammes. Cependant RaynK>nd Roser avait fortifié ses deux places les plus importantes , Béziers et Carcassonue :

la première fut attaquée d'abord par les croisés , à la tête desquels marchait, à côté du légat , Tévêque même de la ville assiégée , qui était renu apporter la liste de celles de ses ouailles qu'il désirait voir livrer aux flammes. Toutefois les bourgeois ne perdirent pas courage; mais, dans une sortie malheureuse. Ils furent repoussés jusque dans la ville où les croisés entrèrent avec eux. Toute la population sédenti^re de Béziers , au nombre de 15,000 personnes, fut égorgée, ainsi que tous tes paysans qui s*étaîent réfugiés dans la ville : dans le seul temple de la Madeleine, on compta 7,000 cadavres.

Avant de commencer ce massacre, le légat, consulté sur les moyens de reconnaître les hérésiarques âes catiioliques , avait répondu : « Tuez-les tous; « leSeigneur saura bien distinguer ceux « qui sont à lui. »

De Béziers, les croisés marchèrent sur Carcassonne. Après de longs combats, le légat offrit au vicomte de le laisser sortir, lui treizième, de la ville : « Je me laisserais plutôt écorcher vif, » répondit le vicomte; et les attaques recomrtïencèrent. Cependant Teau était près de manquer :

Raymond demanda une conférence; mais le légat , bien pénétré de cette maxime d'Innocent ni , que c'est man* quer à la foi que de garder la foi à ceax qui n'ont pas la foi , fit arrêter le jeune comte avec les trois cents chevaliers qui l'avaient suivi. Il pirt espérer alors de se rendre maître des bourgeois de Carcassonne; mais, durant la nuit, tous s'enfuirent par un souterrain de trois lieues de longueur.

La cruauté du légat ne fut cependant pas trompée. Parmi les fugitifs que ses coureurs avaient pu lui ramener et les trois cents chevaliers du vicomte, il fit choix de 450 hommes ou femmes qu'il fit brûler vifs ou pendre.

La croisade était achevée, le comte de Toulouse et le vicomte de Narbonne

s'étaient soumis, celui de Béziers était prisonnier; alors, pour continuer la persécution, le légat voulut disposer, des conquêtes, et les fit accepter à Simon de Montfort, homme fanatique et cruel , mais bon soldat et austère dans ses mœurs. Cependant le plus grand nombre des croisés abandonnait successivement l'armée, et Simon de Montfort, forcé de guerroyer sans cesse contre les vassaux insoumis de ses vicomtes de Béziers et de Carcassonne, fut obligé de signer la paix avec le comte de Foix; mais, craignant les droits et la popularité de son prisonnier, Raymond Roger, il donna les ordres nécessaires pour que ce prince mourût de dyssenterie. Toutefois , malgré les secours de nouveaux croisés, Montfort ne put faire face à une révolte générale , et bientôt il ne lui resta plus que huit villes ou châteaux, tandis que d'abord il en avait eu près de deux cents.

Raymond de Toulouse craignant encore qu'on ne l'accusât de susciter ou de favoriser les révoltés, se rendit auprès d'Innocent III, qui, éprouvant alors de la résistance de la part des rois de France et d'Angleterre , et dé l'empereur Otton , renvoya Raymond devant un concile provincial. Le comte y parut pour se justifier; mais le légat, malgré ses larmes, refusa de l'entendre. <( Quelque grand que soit le dé- « bordement des eaux , dit-il en tour* « nant ses larmes en dérision, elles 0 n'arriveront pas jusqu'à Dieu. « Et il l'excommunia de nouveau. C'étaient les succès de Simon oui avaient rendu celte assurance au légat. Mais avec les succès de Simon semblait croître aussi sa cruauté : après la prise de Brou, il fît arracher les yeux et couper le nez à plus de cent malheureux , et les renvoya, sous la conduite d'un borgne, au château de Cabaret, pour annoncer a la garnison le sort qui l'attendait. Quand les croisés entrèrent dans (e château de Minerve , Cent qua*. rante prisonniers, hommes et femmes,, furent brûlés vifs.

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L'UNIVERS

Ce fut bientôt le tour du comte de Toulouse. Un concile provincial avait communiqué au comte une note en treize articles, moyennant l'acceptation et l'exécution desquels ses terres et seigneuries devaient lui être rendues. Ces conditions étaient si insolentes , qu'elles rendirent quelque énergie au faible comte de Toulouse. Mais il était trop tard pour pouvoir résister avec avantage : Montfort avait enlevé tous les châteaux qui séparent le diocèse de Carcassonne de celui de Toulouse, et il était venu mettre le siège devant Lavaur, à cinq lieues de cette dernière ville. Les maîtres de ce château professaient les nouvelles doctrines, et les hérétiques s'étaient réfugiés en grand nombre auprès d'eux. Après un long siège , que le comte de Toulouse n'osa cependant troubler qu'en empêchant de porter des vivres aux assiégeants , tous les défenseurs du château furent égorgés ou brûlés.

Quand Montfort eut terminé ce siège et celui de quelques châteaux peu importants du domaine du comte de Toulouse, il vint assiéger Toulouse elle-même ; mais il fut contraint , au bout de quelques mois , de se retirer, malgré les intrigues de l'évêque Fouquet, qui ordonna à tout son clergé de sortir processionnellement de la ville.

A son tour, Montfort fut assiégé dans Castelnaudary, et perdit une partie de ses châteaux ; mais de nouvelles bandes de croisés vinrent rétablir ses affaires. Au mois de novembre , il tint un parlement à Pamîers, où, entre autres articles , il fut décrété que les veuves des hérétiques possédant des fiefs nobles ne pourraient épouser que des Français durant les dix années à venir. Ces mariages, joints aux confiscations et aux inféodations nouvelles à des seigneurs du nord de la France, éteignirent les vieilles familles, et avec elles la littérature du pa]^s. De plus , il fut défendu aux chevaliers dépossédés de s'approcher, sous peine de mort, des lieux fortifiés, et de monter un cheval de guerre.

Le comte de Toulouse, alarmé des nouvelles attaques de Montfoct, se réfugia auprès du roi d'Aragon , dont les remontrances firent ouvrir les yeux à Innocent sur la conduite de ses légats et l'ambition de Montfort. Aussi, vers le commencement de l'année 1213, le pape fit entendre, dans ses lettres au légat et à Montfort , un langage sévère au(]uel ils n'étaient pas habitués; mais, cette fois. Innocent III ne trouva pas une obéissance passive dans ses subordonnés, dont il menaçait les intérêts temporels.Malgrésesorcfres précis, le concile provincial deLa vaur refusa d'entendre la justification de Raymond , et , surprenant encore une fois la religion du pontife , lui fit confirmer l'excommunication uu'il avait lancée contre les comtes ae Toulouse, de Comminges et de Foix, et contre le vicomte de Béarn.

Cette fois , le roi d'Aragon prit les armes en faveur de son oeau-frère.

C'était vers lui , beaucoup plutôt que vers la cour de France , que se tournaient les regards des seigneurs languedociens et provençaux, dont grand nombre le reconnaissaient pour leur seigneur. Bon chevalier, brillant troubadour, catholique assez peu zélé, don Pedro était le véritable chef des seigneurs du Midi. Aussi, après avoir hésité quelque temps, dans la crainte de voir la croisade Tatteindre , il résolut en fîn d'arrêter cette ambition croissante de Montfort, et vint au secours des comtes excomhduniés avec mille chevaliers aragonais. Les alliés mirent le siéj^e devant la petite ville de Muret, à trois lieues de Toulouse. Simon, pour la délivrer, engagea la bataille, et son habileté militaire, aussi bien que la force et le courage supérieurs des chevaliers français, lui donnèrent une victoire complète : don Pedro lui-même perdit la vie dans le combat.

Du reste, Simon ne tira d'autres avantages de cette victoire que de déconcerter les desseins de ses adversaires; car ses alliés, croyant que tout

ANNALES DE ÙHISTOmÈ DE FRANCE.

était fini par une bataille gagnée, et ayant d'ailleurs terminé leur service»

féodal , se hâtaient de regagner leurs foyers, la conscience légère et de leurs fantes passées et de leur cruaut-é dans la guerre sainte , car la croisade avait tout effacé. Montfort , réduit a un petît nombre de chevaliers attachés à sa personne et à sa fortune, s'en alla guerroyer dans TAgenois, puis essaya en vain de surprendre Montpellier qui s'était mis sous la protection du roi de France. Toutefois il obtint d'un concile provincial, réuni dans cette ville, le titre de prince et de monarque du [Miys.

Le fils de Pnihppe- Auguste , Louis , surnommé le Lion, voulut aussi gagner les saintes indulgences accordées aux croisés contre les Albigeois. En conséquence, il sedirigea avec une armée vers le midi de la France ; mais celte démarche inspira de vives craintes à Montfort, surtout après la déclaration du concile de Montpellier; il craignit que Louis ne voulut défendre ou le comte de Toulouse, son parent, ou les droits de la couronne : mais il supposait des vues trop étendues au faible Louis VIII. Toutefois, Montfort alla h sa rencontre, etïie le quitta pas un instant dans la promenade militaire que le prince français fit par le pays.

Cependant le concile œcuménique que le pape Innocent III avait convoqué pour 1215 se réunit au palais de Latraii. Il disposa des pays conquis en les donnant à Montfort, mit fin à la prédication de la croisade, et, par un retour d'humanité, réserva le comté Venaissin et le marquisat de Provence à Raymond VII , fils du comte de Toulouse.

Le triomphe des persécuteurs des Albigeois était complet; mais, comme il arrive d'ordinaire, les vainqueurs se divisèrent après la victoire. Arnaud de Citeaux, le légat dTnnocent, celui qui, avec Fouquet, évéque de Toulouse , s'était le plus signalé par son fanatisme, voulut, lui aussi, profiter de la croisade , et se fit donner le riche et puissant archevêché de Narbonne,

auquel il prétêndàitque des droits soitverains étaient attachés. Cette prétention du légat amena une dispute violente entre les deux anciens amis , et Ton vit, non 'sans surprise, d'un coté , Simon attaquer et prendre Nar, bonne , de l'autre, l'archevêque excommunier le héros de la croisade. Narbonne était Tune des capitales des nouveaux États de Montfort ; Toulouse était l'autre. Pour calmer les craintes des Toulousains, Simon jura d'une manière assez vague , il est vrai , Tobservatiou de leurs privilèges ; mais Toulouse devait bientôt sentir la dure main du mattre. Raymond VII, que le concile même de Latrap avait reconnu comme marquis de Provence > leva une armée, et attaqua Montfort. D'autre part , Raymond VI descendit des Pyrénées vers Toulouse , avec une armée aragonaîse et catalane. Ainsi attaqué de deux côtés, Montfort se hâta de conclure une trêve avec le jeune Raymond , et contraignit , par la supériorité de ses forces, Raymond à se retirer vers les montagnes. Montfort resta maître alors de punir les Toulousains dont les vœux avaient appelé leurs anciens maîtres. De part et d'autre on recourut aux armes ; cependant, après quelques escarmouches, un traité fut conclu, tout au désavantage des bourgeois.

Mais la puissance de Montfort ne reposait que sur la terreur qu'inspiraient les croisés, et il était évident que l'obéissance des provinces conquises ne devait lui rester qu'à condition qu'il serait toujours entouré de troupes. De plus, I attachement du peuple était pour la maison de Saint-Gilles , pour son chef Ra]^mond VI, qui, s'il n'avait pas jusque-là montré une grande fermeté, au moins était un vrai seigneur provençal ; et, d'ailleurs, on se souvenait que s'il avart été si longtemps persécuté, c'était pour s'être montré tolérant envers les nérétiques.

Aussi l'amour du pays lui était acquis, surtout quand on comparait l'ancienne douceur de son gouvernement avec la cruauté des Montfort qui ap|)esantissaient un sceptre de fer sur ces pro-

vBmvm&i

fiii€i(Ki.Raymofiâpetaydapa6à sernontrer : tandis que Montfort guerroyait sur le Rhône, il rentra dans Toulouse.

Montfort vint mettre le siège devant eette viile,mais, durant neuf mois, ses jBfforts ne purent triompher de la valeur et du nombre des assiégés , dont les sorties journalières inquiétaient son camp et lui faisaient perdra beaucoup de monde. Unjour qu'il entendait la messe»

on vint lui annoncer une nouvelle sortie des Toulousains qui voulaient incendier une machine à laguéne il devait déjà la prise de plusieurs villes : Afontfort attendit néanmoins jusqu'au moment de l'élévation, et alors il a'écria : « La^se aUer ton serviteur « en paix , car mes yeux ont vu le sa* M lut; » puis il s'élança contre les Tou<lousainS et les repoussa encore une fois. Mais , pendant qu'il était au pied de la tour qu'il venait de reconquérir^ une pierre lancée par un mangonneau de Toulouse vint le frapper et rétendit mort (1218). A cette nouvelle, un cri de joie s'éleva par toute la province , •t Àmaury de Montfort, fils de Simon, contraint de lever le siège de Toulouse, alla se renfermer dans Carcassonne.

Un autre événement avait été non moins favorable à la maison de Saint- Gilles. Depuis longtemps la terre sainte était abandonnée; cependant, en 1217, la guerre fut préchée contre les infidèles , et la croisade reprit son cours vers l'Orient. Cette guerre donna quelque répit aux deux comtes ; ils purent s'affermir dans leur conquête; mais le vingtième des subsides levés en France pour la croisade en terre sainte ayant été assigné par le pape , mécontent de voir l'ouvrage du samt-siége se détruire peu à^eu, à une guerre contre les Languedociens, le fils de Philippe- Auguste entreprit cette croisade, dont le résultat , borné à la prise d'un ou de deux châteaux, ne fut pas plus brillant, pas plus utile à Amaury que la première expédition de Louis ne 1 avait été à Montfort. Après le départ du prince Louis, les affaires d' Amaury allèrent toujours empirant , malgré les

efforts des prêtres : il »e pomrut en

effet se fier à aucun homme de langue provençale, tandis que le poignard était suspendu sur la tête de tous les Français. Aussi, découragé et dégoûté de la guerre, effrayé delà haine universelle dont il était Tobjet, Amaury envoya à Philippe-Auguste, pour lui offrir la cession de toutes les conquêtes des croisés dans l'Albigeois ; mais Philippe n'avait plus l'ambitieuse activité de sajeunesse ; il était alors faible, languissant et sur le bord de la tombe , où il descendit bientôt, en 1223 , laissant un trésor bien rempli , le domaine royal plus que doublée et la suprémar tie du Toi sur les grands vassaux affermie et prouvée par de grands exeod* pies.

La mort de Philippe- Auguste ne fut pas favorable aux Albigeois. Sans doute ce prince n'avait ni .arrêté ni ralenti les persécutions dirigées contre eux, mais du moins il n'y avait point pris part ; son fils, au contraire, avait déjà deux fois visité les belles provinces du Midi , et il était séduit par les offres d'Amaury dont la position devenait chaque jour plus critique. Raymond VI étaitmort en 1222, et son fils n'avait pu obtenir que le corps de son père tût déposé en terre sainte ; d'autre part , Ravmond Roger, comte de Foix , le fidèle compagnon deRaymondVI, mourut la même année ; mais il laissait un fils qui plus d'une fois avait déjà combattu à côté de Raymond VII ; et ces deux princes, aussi attachés l'ïin à Taun tre aue leurs pères l'avaient été , continuèrent de concert la guerre contre les Français.

Amaury, perdant tout espoir de leur résister, conclut avec eux un traité par lequel il s'engageait à faire tous ses efforts pour les reconcilier avec le pape et le roi de France. A ce prix, ils consenti-» rentà lui laisser six petits châteaux qu*il possédait encore. Mais les évéques établis par les croisés furent indignés d'une paix qui les laissait seuls en pré* sence d'une famille et d'une population qu'ils avaient si long-temps vouées aux supplices ou au tourment de l'exil |

AimALES DE L'HISTOOtB DE FRANCE.

àussf adtmèrent-ils à Louis Vin de pressantes' sollicitations pour venir prendre possession des biens que lui offrait l'Eglise. Louis consentit volon*' tiers à une nouvelle expédition , mais il fit de telles conditions, que le pape ne pouvait sans honte y condescen* dre, au moment où se préparait une croisade en terre sainte. Cependant, après de longues n^ociations , Louis s'entendit enfin avec le légat pour préparer un formidable armement , et, vers le mois de mai 1226, cin-

Suante mille chevaliers ou écu]^ers escendirent la vallée du Rhône jusqu'à Avignon , dont les habitants , ne se sentant point en état de résister, consentirent à prêter leur pont sur le Rhône pour que l'armée pdt entrer dans le Laneuedoc. pn comptait peu alors sur la foi des traités, et les Âvignonais , tout en cédant aux désirs du roi de France, relevèrent leurs murailles, firent des approvisionnements de vivres et d'armes pour ne pas offrir une tentation trop grande à tous ces barons si peu scrupuleux ; mais le roi que les Avignonais voulaient bien admettre dans leur ville avec un certain nombre de chevaliers, indigné de ces précautions, prétendit passer par la ville avec toute son armée et la lance sur la cuisse. Les portes d'Avignon furent fermées, et, durant trois mois que les croisés restèrent au pied de ses murailles, les sorties des Avignonais , la famine et la maladie diminuèrent d'une manière effrayante les rangs de l'armée royale; de plus, autour du camp était Raymond VII, toujours prêt à tomber sur les détachements qui s'en écartaient pour aller au fourrage. Enfin Avignon ouvrit, par suite. d'un traité, ses portes aux Français; mais un temps précieux avait été perdu, un grand nombre de vassaux s'étaient retirés après leurs quarante jours de service , et le reste de l'armée avait été décimé par les maladies et la famine.

Aussi Louis VIII ne put signaler la campagne par aucun fait d'armes utile à ses intérêts , et mourut en reprenant la route de France , à Montpensier en Auvergne (1226).

Il est inutile maiiiteBaQt de mmt pas à pas les derniers événements d^ cette guerre des Albigeois. Désormais le sort deces provinces est déxïidé ; la nar tionalitéde cette contrée est effacée, ses princes indigènes sontdépouillésdeleur puissance, ses chevaliers, ses seigneurs contraints de vivre eu plaine, con* damnés à mort s'ils montent un cheva) de guerre, et leurs veuves forcées d'éf pouser des seigneurs français; tous les liens de cette société ont aonc été vio>lemment rompus , et , pour cou[) de grâce , l'expédition de Louis VIII vient en quelque sorte repasser une dernièrf fois le niveau sur ce malheureux pays.

Cette expédition avait été, il est vrai, peu brillante, car les Français n'avaient nulle part rencontré d'armée devant eux ; mais ils détruisirent encore çà et là quelques châteaux , dernières rer traites des anciens propriétaires du pays.

Aussi ces provinces désolées fiir rent contraintes de se rattacher à lu France. Quelque temps encore Ray** mond VII essaya de lutter contre les sénéchaux du roi de France ; mais il fut bientôt écrasé, et, par un traité eonelu en 1228, Raymond donna m fille en mariage au frère du roi , et par là tous ses droits sur le Languedoc passèrent dans la maison de France* Plus tard , Raymond essaya de revenir sur ce traité;' il chercha même à for^ mçr un nouveau mariage ; mais toujours il fut prévenu par les prêtres qui le poursuivirent jusqu'à ses derniers jours de leur haine héréditaire.

Le gendre de Raymond , Alphonse ée Poitiers , frère de saint Louis , étant mort sans enfants en 1270, Philippe III hérita de la riche succession du comte de Toulouse.

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