BOI L'UNIY£RS. BOI
introduit un jour chez le cardinal de S* Rifieatwns sur les principes gêné-
Richelieu, il se surpassa loi-même en raux de la doctrine de Paul-Jateph
esprit et en bons mots. Le cardinal Barfhez, Paris, 1819, In-8'^ yVo5ogrra-
voulut que Boisrobert fût à lui. Le phie organique , Pans, 1828, 1830, ■
joyeux bouffon devint de plus en plus 4 vol. in-8°; Pyrétohgie physiologi-
nécessaire au ministre pour lui faire q}te, ou Traité ae$ fièvres considérées
oublier, h ses instants de loisir, les fa- àans Vesprit de la nomelle doctrim
ligues et les soucis de la politique, médicale ,Vms y 191^ ^ 4« édition,
Richelieu s'habitua tellement a lui , que 1 vol. in-8°.
l'ayant disgracié pour certaines plai- Boissel de Montville (le baron
sauteries un peu trop fortes , il ne riait Thomas - Charles - Gaston ) , pair de
plus depuis son départ, et ne put ré- France, ancien conseiller au parle-
sister à la requête de Texilé, au bas de ment de Paris , naquit à Pans , en
laquelle le médecin Çitoir avait ajouté, 1763. On lui doit plusieurs ouvrages
en forme d'ordonnance : Ampe utiles; nous citerons seulement les
robert. Citoir, premier médecin du deux suivants : Foy âge pittoresque de
cardinal, reconnaissait que la gaieté de navigation, exécM sur une partie
Boisrobert était plus puissante que Rhône ^ réputée non navigable,
tous ses remèdes. Boisrobert eut encore depuis Genève jusqu'à Sef/ssel, ajin
• d'autres titres à la reconnaissance de de tirer pour fa marine des mâtures
Richelieu : il travailla beaucoup à ces peuvent fournir les mélèzes, Pa-
pièces de théâtre que le cardinal corn- ris, an m,' in-4°; De la législatif
posait en collaboration avec plusieurs des cours d^eau , Paris, 1818 , in-4^
hommes de lettres ses favoris, et dont Boissel mourut en 1832. Il avait
il aimait à être cru l'auteur. Il fut gé- adopté franchement les principes de
néreusement récompensé : il reçut plu- la révolution de juillet,
sieurs riches bénéfices, entre autres Boisset (Joseiih de), né à Monté-
l'abbaye de Châtillon-sur-Seine , et eut Mmart, en 1760 , fut nommé député à
en outre une place de conseiller d*État Convention par le départem(mt de
ordinaire. On connaît le joli rondeau 13rôme. Il se rangea avec les dépu-
où Malieville s'égayasur la fortune de ' qui formaient le parti de la IMon-
Boisrobert : tagne, et, dans le procès de Louis XV I,
Coiffé d'un froc bien rafCné 1^ s^us sursis ct sans appel.
'Kt reréto d'un doyenné, " Envoyé cu missiou dans le Midi, en
lui rapporta d« quoi frira, 1793^ il fit casser le tribunal populaire
mra iiim«. etc. ^^^^^^^ IMarseille qui ,
Après la mort de Richelieu, Boisro- sous les influences des girondins , lui bert fut exilé de la cour. Il était grand avaient signiGé de partir sous vingt- Joueur, et avait le dé&ut de jurer beau- quatre heures. Revenu à Paris, il at-
coup en jouant. On trouva qu'il n'avait taqua, au club des jacobins, les richrâ
pas les mœurs d'un ecclésiastique, et et les muscadins qui pervertissaient
comme son protecteur n'était plus là l'esprit des sections, et proposa de les
pour le défendre, on le renvoya dans en chasser à coups de bâton. Ce fut
' son abbaye. Il mourut en 166S. Il avait lui qui , au mois d'août suivant , fut
composé dix-huit pièces de théâtre, chargé de régulariser la levée en masse
et un roman intitulé Histoire imUenne conformément aux décrets de la Con-
d Ànaxandre etd'Orasie. vention. Le 2 octobre, il demanda aux
Boisseau (François-Gabriel), meni- jacobins k jugement de Brissot et de
bre de FAcadémie de médecine , né a ses coaccusés, et fut envoyé une se*
Brest, le 11 octobre 1791 , a publié conde fois en mission, à la fin de 1793,
un çrand nombre d'ouvrages fort es- dans le Midi. En février 1794, il fut
times. Les principaux sont : Considé- accusé, aux jacobins, par la société
rations générales sur les classificn'» populaire de ISîines, d'avoir opprimé*
HoiM €31 médledne> Paris, 1826, iu-â"; les patriotes dans le département du
Gard. Trois jours avant le- 9 thermidor, il présenta - aux jacol^Ds un projet tur la liberté de la presse et sur les moyens d'en prévenir les abus. Envoyé quelque temps après dans le département de l'Ain, il y mit en liberté quelques nobles , et passa ensuite à Autan et à Moulins. En 1795 , il appuya la réclamation des comédiens français qui demandaient la réouverture de leur théâtre. Envoyé une troisième fois dans le Midi et à Lyon , il écrivit que les habitants de Lyon exer^ient de cruelles vengeances contre les terroristes , et qu'ils les nîassacraient dans les rues et dans les prisons; la Convention, trouvant qu'il ne sévissait pas assez sévèrement contre ces réactionnaires , le rappela à Paris. Après la session conventionnelle, il passa au Conseil des Anciens Cl s'y fit peu remarquer jusqu'au ISfructider an y. A cette époque , il se réunit à la mmorité qui s'était assemblée à l'Ecole de médecine. En juin 1798, il fut élu secrétaire et demanda un décret d'urgence sur la résolution qui assimilait aux émigrés les individus qui s'étaient soustraits à la déportation. Après le 18 brumaire, il cessa de faire partie de la représentation nationale, et se retira à Montéliinart, oii il mourut quelque temps avant la chute du gouvernement impérial.
BoissiEB ( Pierre - Bruno ) fut nommé député supfiléant du département du Finistère a la Convention nationale; il n'y entra qu'après le procès de Louis XVI^ et ne monta qu une fois à la tribune , en 1794 , pour faire décréter l'établissement des écoles de navigation et de canonnade , et lixer la solde des marins. Il passa ensuite au Conseil des Cinq-Cents et y fit un nouveau' rapport sur l'organisation maritime. En 1797, il fit décréter l'envoi nu Directoire d'un message, relativenjcnt à hi situation des îles de France et de la Réunion, et provoaua plus tard la création d'une direction des travaux hydrauliques dans les ports. Il sortit du Corps législatif en i798f et fut nommé commissaire de
la marine en 1815. Pendant les cent
i'ours, il présida le collège électoral de 9!me8.
RoîssiKU (Denis Salvaing de) naquit à Vienne, en Dauphiné, le 20 avril 1600. Après avoir obtenu ie grade de docteur en droit à l'université de Valence , il quitta la carrière du barreau à laquelle il s'était d'abord destiné, prit le parti des armes, et obtint bientôt un brevet de capitaine. Licencié à la paix, il entra dans la carrière de la magistrature , où , après avoir été chargé de plusieurs emplois subalternes, il obtint enfin la place de lieutenant général du bailliage de Grenoble.
Il accompagna à Home M. de Créqui, et fut chargé de haranguer le pape en 1638. Plus tard , il fut envoyé à Venise, en qualité d'ambassadeur, s'acquitta avec succès des négociations qui lui furent confiées, et fut, à son retour , nommé conseiller d'État. Il succéda ensuite à son père dans la place de président de la chambre des' comptes de Dnuphiné, et mourut dans son cliàu au de Vourcy , le 10 avril 1683. JJoissieu a laissé plusieurs ouvrages , dont un , qui a eu plusieurs éditions, a pour titre : De l'usage des Jîefs et autres droits seigneuriaux «1 Daup/dné^ Grenoble, 1(564.
BoissiEU (Jean-Jacques de), graveur, naquit à-L>'on en 1736, étudia le dessin sous' Frontier , et se forma
fiar l'étude des tableaux de l'école holandaise et flamande. Après avoir étudié' dans les forêts de Fontainebleau et Saint-Germain les beaux arbres qui s*y trouvent, il se rendit en Italie, où il s'exerça à reproduire sur ses toiles les cbets-d'œuvre de l'arcbitecture moderne et les ruines des nioniunents antiques. Il se lia, pendant son séjour à Rome, avec Winçkelmann , dont les conseils achevèrent de caractériser son talent. Ami de Vemet et de Soufflot, Boissieu doit, aussi bien que ces deux hommes, être regardé coumîei'un des plus grands artistes nue la France ait produits, et comme Pun de ceux qui, par leurs talents, préparèrent la révolution artistique opérée par David. La peinture à l'huile L'avait d'abord ex-
BOI
LtJNIVERS.
clusivement occiip<^ , mais Texcès du trnvail et In préparation des couleurs, dont il se chargeait lui-méuie, ayant altéré sa santé, il se consacra tout entier à la gravure à Teau-forte, et travailla avec tant de soin, qu'il peut être regardé comme le plus habile graveur on ce genre. Toutes ses gravures sont des paysages de sa composition , des vues crltalie , etc„ et des copies de tableaux de Técole flamande. Fixé à Lyon, il exerça sur l'école de peinture de cette ville'une influence puissante, et inspira aux artistes de cette école le goût du naturel et du fini qui la caractérise MM. de Forbin, Granet, Richard, Grosbon, Revoil, etc., se sont, en général, formés d'après ses conseils. Boissieu est mort le 1*"^ mars 1 810. Le catalogue de son oeuvre contient cent sept numéros de gravures, sans compter un nombre infini de dessins au lavis , de paysages au crayon, et de portraits à iâ sanguine , tous très-recherchés. On estime surtout ses gravures d'après Ruisdaal , sa Porte de Vaise, ses Petits maçons , etc.
RoTssiEU (Pierre-Joseph-Didier), né h Saint-Mareellin , y exerça d'abord la protession dUiommè de loi , et devint ensuite administrateur du département. Au mois de septembre 1791 , fl fut noiumé député suppléant du département de risère à rAsseinblée législative, et un an après, député du métne département à la Convention nationale. Royaliste au fond du cœur, il vota contre toutes les mesures qui avaient pour but le salut de la république. Dans le |îroces de Louis XVI, il refusa d'opuier commç juge, et conclut, comme législateur, à la détention et au bannissement , et ne reparut à la tribune qu'après le 9 thermidor. Au mois de janvier 1795, tà l'occasion d'insultes faites au buste de Marat, lioissieu demanda la Uberié des cultes pour le»
saints politiques; le 28 juillet, il appuya la demande faite par un pétitionnaire de la suppression du calendrier républicain. Boissieu , enhardi j)ar la tournure contre-révolutioimaire que prenaient les attires, combattit ta proposition qui demandait
qu'aucun émigré ne pilt réclamer sa radiation qu'après s'être constitué prisonnier. A la lin de la session conventionnelle, et au moment où les sections de Paris, égarées par les royalistes , menaçaient la représentation nationale, il se prononça avec passion contre le réarmement des patriotes qui , oubliant leurs ressentiments et leurs griefs, étaient venus défendre la Convention. Entré au Conseil des Cinq Cents, il donna sa démission quelques jours après l'ouverture de la session, et rentra dans la vie privée.
BoissoHADE (Jean-François), savant helléniste, membre de l'Institut, est né à Paris, le 12 août 1774. Avant de se consacrer exclusivement aux lettres, il exerça sous le gouvernement consulaire, en 1801 , les fonctions de secrétaire général de la préfecture du département de la Haute-Marne. 1!
vint ensuite dans la capitale, et fut nommé professeur de littérature grecque à la faculté de Paris, d'abord comme adjoint, en 1809, et ensuite comme titulaire, en 1812. L'année suivante , il fut élu membre de la troisième classe de l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres). Enfin, en 1828, il succéda à Gail comme professeur de littérature grecque au collège de France. Décoré de la Légion d'honneur en 1814, INI. Boissonade a été nommé officier de cet ordre en 1840.
Les ouvrages publiés par M. Boissonade sont : 1* Pkilostrati Heroïca, in- 8', Paris, 1806 ; 2' Notice sur la vie et les écrits de M. Larcher (publiée à la téte du catalogue de la bibliothèque de ce savant, qu'il remplaça dans sa chaire et à llnstitut); ^ MarirU ^Ua Procli, iirec et latin, in-8**, Leipzig, 1814; 4° Tiberius rfietor De figuris, altéra parle auctior, iina citm Ru fi arte rhetorica, in-8", Londres, 1815; fi* Lueat HolstenH Epistolx ad diver-^ SOS, aecedUeommentaHo epigrapAka in inscriplionem Jctiacam , in-S", Paris, 1817; 6« iMcclœ Eucjeniani narratio arnatoria cl Constaiitini Ma-nasais fragmenla, grec-latin, 2 vol»
in-12, Paris, 1819 ; 7« Ex ProcU seho-^ His CraiyÛm PUUonis eoscerptap
FRANGE. mm ft
Leipzig, iS20;S° EunapUrUœsophis- dans les t. I et II des Litterariêche
iarum, Amsterdam , 1822 , 2 vol. in-S"; Analekten de Wolf.
9^ Aristêeneii Epistolœ, adfidem Cod» Cet iofatigable énidit a été pendant
/'2Wo6., 10-8*, grec-latin, Paris, 1822; dix années, de 1803 à 1813, run des
10« Publii Ovidll Nasonis Metamor- rédacteurs d\ï Journal des Débats, où
phoseoUj libvi Xf \ grirce rersi a il signait modestement d'un là des ar-
iMaximo Planude et nunc primum ticles remarquables par une science
edUiy in-S", Paris , 1822. Cette version étendue et féconde , par un goût épuré ^
grecque des Métamorphoses d^Ootdê par les plus saines doctrinei litté-
fait partie de la collection des classi^ Taires. Les mêmes qualités se retrow*
ques latins de N. E. Lemaire, et forme vent dans les dissertations dont il a
le cinquième volume des œuvres d'O- enrichi le Mercure de 1803 à 1805;
vide, 1 1*» Novum Testamentum , 2 vol. dans celles que lui doit le Magasin en*
în-82, 1824; 12° Sylloge poetaruM cyclopédique de MUHn; enfin ûantkë
graecorum, 1823-1826, 24 vol. in-32; nombreuses notiœi qu*il a fournies à
13** De Sijntipa et Cyrifilio .îiidripo- la Biographie nnirerselle. On serait
puli narratio e codd. ParisiniSy Paris , porté à croire que tant de travaux . re-
1828, in-12; 14" Jnecdota grœca, latifs pour la plupart aux études philo-
$ vol. in-8*, 1829-1833 ; lô*" Theophy- logiques , ont dû absorber la vie entière
hettSimocattœQussstkmesphyjtieœet de M. Boissontfde. Il n'en est rien. Le
qdstolœ, Paris, 1835, in-8*'; 10" MÛ savant lielléniste a plus d'une fois fait
ckael PseU us De opérations dxmonnniy place à l'homme de goût, et notre lit-
accedunt inedita opuscula PselU, térature nationale a souvent aussi
Korimberg, 1838, in-8°. occupé ses veilles. C'est ainsi qu'en
M. Boisaonade a contribué à l*édi* 1802, il a publié les Lettres inédUee
tion de Grégoire de Gorinthe, donnée de yoltaire à Frédéric le Grand; en
en 18U à Lei|)zig, par M. G. H. 1824, les Ol.nrres de Berlin , et une
Schaefer; à rr/MÉ?«e> de Schweighaeu- édition de Télémaque en 2 vol. in-S",
ser, à {'Euripide de M. Matthiœ, au et en 1827, les OEuvres choisies de
Tkeeoiurus Hngum gracœ, publié à Parmj. Également versé dans les Ht*
Londres par M. Valpy, et enrichit des tératures étrangères, M. Boissonade
fruits de son immense lecture la nou- a donné un élégant spécimen des heu-
velle édition du Trésor de la langue reuses excursions qu'il a faites dans ce
grecque de Henri Étienue, entreprise genre en livrant au public une traduc-
par Mx\l. Didot à Paris. tion du GoupiUon, poéine héroï-oomi-
Les tomes X, XI et XII des NotU que, par le Portugais Antonio Dinys,
ces et extraits des manuscrits de la Paris, 1828, in-32.
bibliothèque du roi contiennent aussi Cette rare variété de connaissances
plusieurs travaux remarquables du sa- fait regretter que M. Boissonade n'ait
vaut helléniste : 1" Lettres inédites de pas pu donner suite à son projet de
Diogêne le Cynique, t. X ; 2<» les Let- ' publication d*un DieHonnaire utdver-
très inédites de Cratés le Cynique; selde la langue française, fOW]eqiui
3* Scholies inédites de Basile de Cé- il avait rassemblé des matériaux con-
sarée sur saint Grégoire de Nazianze; sidérables; d'un autre coté, elle ex-
4» Traité alimentaire du médecin clique le charme qu'on éprouve en
IJiérophile, t. XI; 5° Poénie moral de lisant les commentaires qu'il a joints
George le^ifiihés, à ses excellentes éditions d'auteurs
EnGn plusieurs recueils étrangers grecs. Les travaux de ce genre, ordi-
doivent à M. Boissonade des articles nairement arides et abstraits, prennent
importants. Contentons-nous de citer soussaplumeune forme élégiinteetgra-
son Mémoire sur une inscription cieuse. D'ingénieux rapprochements,
d*EUSf insérée dans le tome XX du que lui fournit sa vaste mémoire, jet*
Ciassieal Journal, t. XX, p. 286 et tent une vive lumièresur les questions
màw»9 et les dissertations contenues les plus diffioiieset reposent agféaUe^
L'UNIVERS
ment l'esprit. Mais si dans ses notes, remarquaoles par une latinité que ne désavoueraient pas les meilleurs modèles, on trouve toute la séduction
d*iine aimable causerie, on y trouve aussi les idées les plus judicieuses, la critique la plus sûre, l'érudition la plus étendue et la plus soUde.
Disons encore qu'un des plus beaux titres de ^]. Boissonade, c'est d'avoir par son enseignement donné une puissante impulsion aux études philologiques en France; d'y avoir fondé une eeole où ont fi^re tous les hommes qui occupent aujourd'hui les premiers rangs dans i'instruelion publique, et à laquelle se fait gloire crniipartenir l'auteur de cet article, aujourd iiui le coopère et l'ami du savant professeur,
Boissoifs. — Si l'on s'en rapporte au témoignage des anciens auteurs , les premières boissons des Gaulois furent l'hydromel , qu'ils faisaient avec le miel sauvage de leurs forêts, la bière, que Plme appelle cerevisia^ dont on a formé le mot cervoisej qui s'est conservé fort longtemps, et le vin, dont l'usage est aujourd'hui si généralement répandu. Plus tard, leurs descendants y joignirent, à dinérentes époques, le*çidre, le poiré, et plusieurs antres produits de la fermentation des racines, des tiges, des feuilles, des ileurs et des fruits.
L'hydromel était , comme son nom Findique, un mélange d'eau et de miel , dans des proportions qui nous sont inconnues pour les temps anciens, et qui se composait , au treizième siècle, d'une partie de miel sur douze parties d'eau, auxquelles on ajoutait, pour en corriger fa fadeur, quelques poudres d'herbes aromatiques , mdigènes ou exotiques. Ainsi préparée, cette hoisson se nommait borgérase , borgérajre , ou borgérasie. Elle était rort estimée. Dans un festin que l'auteur de Florès et Blanchefleur fait donner à son héros , on sert de la borgérase. Dans les monastères, on en usait comme d'uu régal les jours de grandes fêtes. Les coutumes de Clunv l'appellent potus dulcissimus. L'hyciromel, ainsi composé, était réservé pour les personnes
riches. On en faisait un autre de qualité.inférieure pour les paysans et les domesti<)ues.
La bière était jadis, comme au* jourdMuii, le produit de la fermentation de grains convenablement préparés à l'avance. Selon Athénée , celle des gens riches était apprêtée avec du miel ; celle que buvait le peuple n'avait point cet assaisonnement , et se nommait coma. On servait à la fois de la bière et du vin sur la table des grands et même sur celle du roi. Parmi les présents que Henri , roi d'Angle* terre, venu en France pour épouser la fille de Charles VI , fit à son futur beau-père, était un très-beau vaisseau à boire cervoise. Un concile tenu eu 817 à Aix-la-Chapelle règle la quantité . de l'une et de l'autre de ces boissons qui pourra être donnée aux religieux et religieuses, en considération de la dignité, de l'âge, du sexe de chacun d'eux, et de la richesse de chaque monastère en terres labourables et en vignobles. A celte occasion, nous remarquerons, comme une singularité, que celte (luantité est établie, non en mesures de capacité, mais au poids, n existait plusieurs qualités de bières. Dans le treizième siècle, on distinguait de la cervoise la rjodale, qui était tme bière forte. Dans les monastères, il y avait la bière de couvent ou coveiU , de qualité inférieure , pour l'usage des religieux, et celle des pères, préparée avec plus de so'm pour les supérieurs et ofliciers dignitaires de la maison.
On faisait pOur les gens du commun et les pauvres une petite bière qui revenait à un prix modique. L'usage de la bière s'étant répandu , il fallut des ouvriers et des appareils pour la faire. Charlemagne, dans son capitulaire.
De / illis, ordonna que dans chacune de ses métairies il y eât des hommes qui sussent la préparer. Chaque matson religieuse où l'on en buvait possédait les fourneaux , les cuves , les ihoulins nécessaires pour le grain , et les moines la fabriquaient eux-mêmes.
Pour Tes besoins du peuple, qui ne pouvait pas la faire lui-même, faute del'instructtoQ et des ustensiles nécessairest .
Ml . FRAiiCB. mm
il s'établit des brasseries, auxquelles Êtienne Boileau donna, en 1264, des Statuts <{|ui sont venus jusqu'à nous.
Xa fabrication de la bière fut tantôt autorisée et tantôt défendue, suivant les circonstances politiques ou météorologiques. Domitien ayant fait arracher les vignes de la Gaule , dut per^ mettre Tusage de cette boisson, et cet usage devint général. Probus ayant permis plus tard aux Gaulois de replanter leurs vignobles, la bière fut moins recherchée. Toutefois , on en oontimia la fabrication; car, quatrevingts ans après, Julien, c|ui estimait tant les vins de Paris , lui reprochait dans une épigramme de ne pas être un véritable enfant de fiaccnus, et d*exhaler une odeur de bouc. Quand U récolte des grains avait été mau* ▼aise, on limitait, on suspendait même le droit d'en fabriquer , ainsi que cela arriva bien des fois, notamment dans les années 1415, 1482, lOOa, 1709, 1740. Autrefois , cette boisson se faisait avec toutes sortes de grains; on y employait jusqu^à l'épeautre ; et , pendant longtemps, toute boisson faite avec un blégermé, soit orge, soit avoine, porta le nom de cervolse. Par les statuts qa'Étienne Boileau donna aux brasseurs, il fut ordonné qu'ils ne pourraient fabriquer de la bière qufavec de l'orge, de l'avoine et de la dragée, c'est-à-dire, ces menues graines dont on nourrit les animaux, comme vesces, lentilles, etc. Les premiers qui fabriquèrent de la bière, employèrent un levain de pâte pour en décider la fermentation, et ce ne fut que plus tard que l'on trouva dans la lie mii veste au fond des cuves, une matim plus abondante et plus active pour cette opération. Plus tard encore, on introduisit dans la confection de la bière le houblon , qui lui donne une l^re amertume , la rend plus coulante et plus saine. Pendant tort longtemps , cette boisson , même celle réputée forte , fut douce et peu chargée d'alcool; mais nos pères ayant, par suite des croisades , pris le godt des épioeries d'Orient et aes saveurs énergiques. Ils ne voulurent plus^que des
T. m. 6* Uv. (Digt/brctgl*, i
bières chaudes , vigoureuses , qui participassent des qualités du vin. Alors, pour les satisfaire, on introduisit éins leur composition des baies, de la poix résine et jusqu'à du piment , choses que les statuts d'Étienne Boileau défendirent comme miebonnes et loyaux.
Aujourd'hui , nos départements du Iford et de l'est sont à peu près les seuls où la bière soit une boisson habituelle et figure dans les repas. Partout ailleurs, on la boit comme rafraîchissement. On en fait de plusieurs qualités : celles du Nord sont fortes, vineuses ; celles des autres provinces sont agréables. Itères, et d'une digestion facile.
Le cidre oartagea avec la bière Fbonneur de figurer à côté du vin sur les tables royales. Thierry , roi de Bourgogne, l'admettait sur la sienne,
comme le prouve une anecdote de la vie de saint Colomban , trop longue pour que nous puissions la reproduire ici (*). Charlemagne, en ordonnant, par le capitulaire que nous avons déjà cité, qu'il y eût dans ses métairies des hommes qui sussent faire la bière , veut qu'il y en ait aussi qui sachent faire le cidre , le poiré , et les autres boissons d*usage. IVormandie, ce pays classique du cidre, n'a pas toujours joui de l'avantage qu'elle possède aujourd'hui d'en abreuver les étrangers. Sans doute elle en fabriquait dans l'ancien temps , mais en petite quantité, et quand on en manquait, on en allait chercher en Biscaye, ou bien on y suppléait par la bière qu'on préparait sur les lieux mêmes,ou par le vin qu'on y recueillait alors en dépit de la nature. Insensiblement , les Normsuds secouèrent le joug des Blscayens , et firent une quantité suffisante de cidre pour leurs besoins et ceuv'de leurs voisins. Cette boisson, comme dès les premiers temps de la monarchie, était, dans leseizieme siècle , si compté- * tementoubliéeà Paris, ^u'un Normand appelé Pautlni^r , médecin du duc d'Anjou , frère de Charles IX , et depuis Henri III, gagna, au rapport de Gui Patin, cinquante mille' ms à en
(*) YofÊi GouMMir.