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reté. Une ruse souvent employée jpar Voltaire consiste à éveiller des aoupçojds chez le lecteiir vSans en exprimer aucun lui-même.' Cette notice équivoque se termine par une de ces suppositions . qu'il est trop facile de faire, ei que Voltaire se permettait trop souvent. « Oh a prétendu , dit-il , que oe erand homme avait des sentiments pnilosophiques différents de sa théologie, à peu près comme un snvnnt magistrat qui , jugeant selon la lettre de la loi , s'élèverait quelquefois en secret au-dessus par la force de son §énie. » Mais Voltaire cite-t-il un seul fait, une seule parole qui puisse autoriser ce sentiment? La seule preuve qu'il apporte à l'appui de sa supposition, c^est cette comparaison par laquelle il Tachève. Les esprits indépendants qtii rejettent les dogmes du catholicisme comme une erreur insupportable à la raison , développent la pensée de Voltaire, en disant que la foi religieuse était une chose impossible à Bossuet , par là nature nwme de son génie trop terme et trop pénétrant pour se soumettre à un tel joug. L'arrêt porté contre la religion par l'incrédulité serait légitime, qu'on n'en pourrait rien conclure contre la foi de Bossuet:
car jamais Thommé n'est à Tabri de l'erreur; et combien on a vu d'es-
{)rits élevés, de profonds génies mettre eur force au service d'une illusion!
Que d'exemples on en pourrait citer !
Pour ce qui regarde Bossuet , on peut dire que la nature de son génie, loin de le détourner de la foi religieuse, devait l'y conduire au contraire, et l'y porter irrésistiblement. Il fut un de ces hommes qui naissent avec un esprit clairvoyant et vigoureux, mais aussi avec un violent besoin de régularité, d'ordre et d'unité. L'ordre intérieur, l'ordre extérieur, la régularité dans sa conscience et dans sa vie, et la même régularité dans les autres (ju'en lui-même, voilà ce que voulait impérieusement une nature telle que la sienne; c'était là son penchant souverain et son vœu absolu. Pour le satisfaire, il ne pouvait s'adresser à la pbilosophîe i avec un tel besoin , il hut
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abdiquer l'indépendance de sa raison, principe éternel d'anarchie ; il fairt S^attaâier au dogme religieux, s»
élément d'unité parfaite dans le momê moral , comme les libres penseurs l*avouent sans peine. La religion , le catholicisme, voilà ce qui seul pouvait fournir h Bossuet une base et un ni^ veau pour lui-même et pour les autntf(i Sa foi fut sincère , sa convictfon ptér fonde, parce qu'il y avait en lui un amour pour In stabilité que rien n'égalait, si ce n'est son horreur pour lallberté inquiète et agitée.. Qu'on stjk donc sans soupçon et sans curiosîtë défiante en lisant ces ouvrages, où il épanche sa foi et dirige et anime celle des autres. Ke craignons pas d'être dupes, comme il arrive souvent, d'iia feu d'imagination, d'un prestige d'âb^ quenoe, drune hypocrisie de style. Àeconnaissons , respectons la piété de Bossuet , dont personne n'a douté dans son siècle.
Frappés d'une réunion si imposante ae vertus et de talents, ses amis et le public s'étonnaient ,qu'il n'eût pas encore monté dans l'Église à, un rang plus haut. Pour lui, il avait assez de la puissance morale c^u'il s'était acquise , de cette domination qu'il exerçait sur les âmes au nom et pour le bien de la religion. Ces dignités, que recherchaient tant d'ambitions, ne le tentaient pas : il attendait que les honneurs vinssent à lui. En 1669^ le rot le nomma à l'évéché de Gondom. Ici commence dans sa vie une nouvelle époque illustrée par ses premières orai- sons funèbres et par ses travaux pour l'éducation du dauphin. Il venait d'être appelé à l'épiscopat , lorsque la reine d Angleterre mourut. Depuis longtemps la voix des ministres de l'Église s'élevait sur la tombe des grands pour célébrer leur vie et tirer une leçon de leur mort ; mats tous les vices dé Técur dition et du faux goût avaient râne dans ce genre, comme dans le reste, et la flatterie l'avait trop souvent détourné de son but le plus digne. Aussi quel ne fut pas rétonneineut et radiuiration des contemporains de Bossiiet h l'apparition de ce diseours qui xen»
férmaît le |^U9 magnifique éloge et les
ftius fortes leçons ; qui méiait a la po« itesse du siècle et à toutes les convenances du tact et du goût , la gravité de Thistoire, In profondeur de la théologie, l'inspiration et la poésie des Hms saints ; qui était réglé et hardi,, amblîme et naturel; cpii révélait enfin une éloquence inconnue et inimitable!
La vie d'une princesse qui avait partagé la puissance et les malheurs de Charles V% et dont l'histoire offrait toutes Ses exirénUtés de» càotes humaines , était un d^es plus beaux sujets quA pût être fourni à l'éloquence; mais quelque grand que soit son sujet , Bossuet se place bientôt au-dessus par la force de sa piété et de son génie. Après avoi»
contemplé le spectacle qne présentent de si graves événements et des infortunes si touchantes, il porte plus avant ses regards, et découvre l'action de cette main toute-puissante qui élève ie$ trânesetmdles edwissef et donne, quand il le faut, aux princes et aux peuples de terribles leçons. « J'entrerai, dit-il, avec David dans les puissances du Seigneur, et Je vous ferai yoir les merveilles de sa main et de ses conseils. » Alors tout s'agrandit, toot s'élève. L'orateur devient un autre homme: il est l'interprète enthousiaste, l'historien inspiré des volontés et de la politique de Dieu. C'est Dieu qui remplit sa pensée, c'est Dieu que pré^nte son discours. C'est ce grand Dîeu , comme il dit , qui donne la reine à l'Ani^leterre pour la consolation des catholiques affligés ; c'est lui qui précipite I Angleterre dans les malheurs des guerres ci viles, et l'asservit à un usurpateur pour la punir.de sa révolte contre l'autorité de l'Église et l'unité de la foi; c'est lui qui frappe la reine pour l'éclairer, et Lafait malheureuse pour la faire chrétienne. Voilà la source de sublime que la croyance de Bossuet ouvre à son génie. Il est certain que , dans cette oraison funèbre et dans celles qui suivirent, son éloquence doit ses plus hautes inspirations t cette foi passionnée et hardie dans la Providence. . ' fia autre avantage de ce religieux
B^neliant à Toir partout Taction de ieu, c*e8t às^ trancher pour l'ora-, teur beaucoup de ces questions dé- '
licates qui sont ordinairement tin sujet de scrupule ou d'embarras dans la chaire chrétienne. Ainsi Bossuet peut honorer franchement dans ceut Qu'il loue la noblesse du sang , l'éclat de la naissance ; car, comme il le dit! dans l'oraison funèbre de Marie-Thérèse , c'est Dieu qui prépare dans son conseil éternel les familles qui doivent gouverner lea nations. Rien ne le gé-nera dans Péloge des qualités militaires et des victoires d'un grand capitaine : car « c'est Dieu seul qui fait les guerriers et les conquérants , et qui seul les fait servir à ses desseins. » Un orateur dont la foi semble plus timide ou plus vulgaire, Fléchier, célébrant la gloire militaire de Turenne, s'interroge avec embarras sur la légitimité de la guerre : il raisonne, moralise, et n'autorise remploi de la force que poiar la conservation de l'État: mais cela met -il à couvert son héros , et Fléchier peut-il croire que l'invasion de la Hollande et l'incendie du Palatinat étaient commandés par le salut de M France?
Que Bossuet est au-dessus de ces distmctions et de ces douteuses apologies ! Que ces difticultés sont loin de sa pensée, quand il parle de Condé!
C'est qu'à ses yeux Condé est le héro;5 dioisi du ciel pour protéger le berceau et pour illustrer le règne de Louis le Grand. Condé a reçu au ciel cette indomptable valeur, et Dieu a marché devant lui comme devant Cyrus. C'est pieu qiU a fait dans les grands mes ces rares qualités^ comme il a faU le soleil. Le plus beau présent qu'il puisse faire, c est la piété ; mais la fortune, le génie, la gloire, sont aussi son ouvrage , et tout part de sa puis» santé main* Sans cesse, dans le^ oraisons funèbres, Bossuet présente les grands génies qui jetaient tant d'éclat sur la France dfu dix -septième siècle, et le prince qui les réunissait autour de son trône , comme les ouvrages de prédileetion et les agents de la Pirovl* dence. Par là , il les avertit de ne pas a'atuibuer leur gloire , et IçwT 4pi)<i«
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nne salotafre leçon : par là aassi , par cé rapport continuel qu*il établit entre
eux et la suprême puissance , il les rehausse et les consacre, en quelque sorte , à leurs propres yeux et aux yeux de la foule. Il fait de cette monarchie, dont la grandeur était la force de la France, un pouvoir intermédiaire entre le ciel et la terre, un instrument divin et absolu des décrets éternels. Il fait de la nation à la téte de laquelle Dieu place un tel roi et de si rares génies , un peuple choisi et protégé comme Israël. Il flatte le souverain au nom de la religion même : il anime la nation du sentiment de son importance; et lui révélant les conseils de Dieu sur elle ..avec Tacoent du prophète qui
. montre aux Hébreux la colonne lumineuse, il la remplit de coiifinnce en ses destinées. C'est ainsi que cette foi sans bornes dans la Providence , qui fait de Bossuet Thomme le plus relîgieux et le ||lus éloquent de son siècle, donne à son î^énie un cnrnrtère éminemment national. Que les philosophes réclament, qu'ils trouvent Bossuet bien téméraire de mettre sans cesse en action la Divinité, et de se croire initié à tous ses secrets; que même, parmi les catholiques, des esprits mesurés lui reprochent d'aller trop \o\i\ dans Tinterprétation d'une Providence qo*il faut croire , mais que l*homme ne peut expliquer toujours , ces rénexions ne se présentent pas quand on lit Bossuet , mais après qu on Ta lu , et la chaleur de sa conviction
, et rimpétuosité de sa parole subjuguant la raison, nous entraînent comme elles entraînaient son siècle.
Après l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre, et celle de la princesse Henriette, qu'il prononça bientotaprès, et qui fit verser tant de larmes, Louis XI V ,qu î cherchait un précepteur pour le dauphm , s'empressa d'appeler Bossuet comme le seul digne de remplir cette
^tâche si grande de l'éducation d'un roi.
'Un scrupule qui fait honneur à Bossuet l'arrêta quelque temps : il ne voyait pas de moyen de condiier ses devoirs n'évéque avec ceux du poste oÎJ le roi réievait. Les instances de Louis XIV
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ne lui permirent pas de refîiser ; mais un an après (1671), n'écoutant que sa
conscience et indifférent aux intérêts de sa fortune , il se démit de son évéclié. Ce qui ne fait pas moins d'honneur à Bossuet que ce sacrifice , c*est le soin et le zèle scrupuleux avec lequel il se prépara à ses fonctions de précepteur , se remettant à étudier tous les objets d'enseignement sur lesquels il ne se croyait pas parfaitement instruit. Malgréle penchant qui , de bonne heure, lui avait fait préférer Tétude des livres saints, il possédait des connaissances solides et variées dans les lettres profanes; il écrivait en latin comme un homme nourri de la lecture de Cicéron ; il savait le grec aussi bien oue les érudits de son temps. Cependant il lui sembla qu'il n'avait point encore toutes les ressources nécessaires : il relut un grand nombre d'auteurs anciens, faisant choix d'avance des parties dont Tétude conviendrait à son élève; il repassa l'histoire ancienne et la moderne; il entreprit des travaux sur la grammaire ; et l'abbé Ledieu rapporte qu'il composa une grammaire latine pour faciliter les progrès du dauphin.
Au milieu de ces importantes occupations, Bossuet vit se tourner sur lui les regards de TAcadéniie fra/)* çaise, où Fa mort de l'abbé Ducbâtelet venait de laisser une place vacante. Il y fut appelé par les suffrages de toute la conipagnie, et prononça son discours de réception Ie8juiu'l67l. Dans cette cérémonie, où triomphait dès cette époque l'éloquence d'apparat, son langage conserva cette mâle simplicité d'un îirand esprit pour lequel l'expression n'est que le vêtement et non la parure de la pensée. Sans tomber dans ces compliments consacrés par l'usage et d*ordinaire si vides , il honore les tra« vaux de l'Académie, et la remercie de son attention à veiller sur la langue dont la pureté et la beauté intéressent la gloire de la France. Mais à ces éloges il mêle un conseil ; et, avec cette gran* deur et cette sûreté de vues que le génie porte toujours dans la critique , il demande qu'on laisse à la langue et
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aux lettres cette liberté et cette hardiesse qui valent mieux que Tart, et se concilient avec les règles. Comme averti par un goût supérieur de ce que Tamour de Tordre et réléganee pouvaient âter à la littérature contem* porafne de vivacité et d'inspiration y il dit à l'assemblée , avec un ton d'autorité qui lui était bien permis :
«Vous prendrez ^rde qu'une trop «serapuieuse régularité, qu'une délica- «tesse trop molle n'éteignentlefeudes « esprits et n'affaiblissent la vigueur du «« style. » Il se prononce plus loin contre cette critique qui faU la docte et la euriense par de bUams rt^hte* ments. « Faites paraître, dit- il, une critique sévère, mais raisonnable. »
Ces principes, que quelques lionimes avec lui ont seuls compris au dix-septième siècle , font de ce discours de réception un ouvrage remarquable qui n'est pas assez connu. Bossuet le teriijj/}e par un éloge de Louis XIV, o«j respire le plus sincère enthousiasme, et par la vive expression des espérances qu'il conçoit de son royal élève* L'éducation du dauphin allait être, pendant près de dix années, l'objet presque unique des travaux de Bossuet.
La postérité n'y a rien perdu : elle a trouvé autant de chefis-o'ceuvre dans les écrits que le maître composait pour l'élève. Le premier de ces écrits fut le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même. Là , Bossuet étudie la nature morale et physique de Tiiomme; et , par tout ce ({u'il y découvre de facultes , de besoins et de rapports il sViève peu à peu jusqu'à la connaissance de Dieu. Dans ce plan , qu'il développe avec son éloquence ordinaire , il ne se sert que de sa raison : il n'emprunte aucune preuve à la révélation et à la théologie : il est philosoplie, luais sa philosophie n'admet rien qui ne puisse s'accorder avec le dogme religieux. Dans la partie où il examine Im &cultés intellectuelles et les passions de riionime, on reconnaît en lui un disciple de Descartes et un observateur attentif et profond. Dans celle.
OLi il considère le corps humain , il entre dans les détails plus qu'où n'au*
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rait pu s'y attendre , et il étonne par ses connaissances en anatomie et en physiologie. Il avait consulté des natu«raustes et des médecins illustres , et avait recueilli auprès d*eux tous les renseignements nécessaires; mais, par la manière dont il expose ce qu'on lui a communiqué, il se l'approprie et semble l'avoir découvert. C'est quelque chose de merveilleux ichez lui , que la facilité et la souplesse avec laquelle son génie se prête à tous les sujets qu'il aborde ; ii a, dans tous, la même aisance et la même force, quelque éloi-
ânés qu'ils soient du cercle ordinaire e ses occupations et de ses idées.
Ici , on croirait qu'il n'a fait toute sa vie autre chose qu'étudier la structure du corps humain, et les secrets rapports des organes avec l'intelligence.
En célébrantles exfdoils de Gondé, il parlera de campements et de combats avec l'exactitude et l'enthousiasme d'un homme de guerre ; et son récit de la bataille de Rocroy sera plus vrai
gue l'histoire. £n racontant la vie d'un omme d'État célèbre , de ce Midie! le Tellier qui fut le conGdent de Mazai^ et le père de Louvôis , il semble un politique nourri dans les conseils et lés cabinets, tant le coud d'œil qu'il jette sur les affaires est pénétrant, tant ses jugements ont de gravité et de finesse. Rien ne lui est étranger, tous les sujets lui appartiennent, parce qu'il conçoit tout pleinement et fortement , et que toutes ses impressions sont vives.
Après le Traite de la connaissance de iieu et de soi^fnémef Bossuet entreprit de rasserhbler sous les yeux du dauphin tous les devoirs attachés à l'exercice de la royauté. Tel est le but de la Politique sacrée. Pour déterminer les attributions de la royauté, son origine, ses droits, Bossuet ne consulte ni la raison humaine, ni l'histoire des différents peuples; il n'entre dans aucune disçussion, ne trace point de théorie ; il cite tous les passades de l'Écriture , où la puissance royale est définie, où les devoirs du prince sont exposés ; et faisant suivre chacun de ces fragments bibliques d'une courte réflexion qui les fait ressortir, il trao*
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