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cIm avec une Bim|>l!eîté hautaine les oiiestions leis plus épineuses de la politique. Il y a peu d'invention , mais il \y a beaucoup de majesté dans un tel oavrage; les livrés saîdts, sans cessé ftitogués et traduits par Bossuet , communiquent à ses propres pensées leur sublimité naïve , et souvent on ne distingue plus les citations d'avec le texte. Au commencement, Bossuet proclame la puissance absolue et Illimitée du souverain ; à ses yeux , et d'après rÊcriturc qu'il atteste, les sujets ne sont dans aucun cas dispensés de l'obéissance : car, ou, conune il arrive souvent, le souverain n'est que Tinslruihentite la volonté divine, ou il agît ar lui - même : dans le premier cas , obéîssnnce est aussi nécessaire que la soumission à Duni ; dans le second, elle ne peut jamais être éludée ni reftisée , même lorsque le souverain , infidèle aux devoirs que pieu lu! traee , se livre n ses passions et ne règne que pour les satisfaire ; car alors ce n'est pas aux hommes qu'il appartient de le 'Juger, mais à Dieu seul dont il dépend, bonc, selon la parole de TEcclésiaste, .personne n*a le droit de lai dire :
« Pourciiioi faites- vous ainsi? » Voilà le résumé de ce passage important de la Politique sacrée , et il n'est pas étonnant que ta pensée qu'il contient 'ait soulevé bierï des féclamations et attiré bien des reproches au grand homme. En effet, le sentiment du devoir et la crainte de Dieu sont - ils 'un contre-poids suffisant à ce pouvoir immense, eflrayant, dont ta royauté est investie? ISÏais on doit avouer qu'en soutenant cette doctrine, Bossuet était conséquent à ses principes, et que, parti de la foi à la Providence, il 'qevaît arriver à cette conclusion, [croyant à Tintervention continuelle *4*une Providence dans les événements iie la terre , il fallait bien qu'il vît dans "les puissants de la terre les ministres particuliers de cette Providence ; dès iors 11 devait faire participer les ministres à la majesté sacrée et à l'inviolabilité du maître : il devait ré.^uscr pour les rois tout tribunal humain , et ne leur imposer qu'uue jurkliction di-
vine. La foi politique de Bossuet est respectable, parce qu'elle tieilt 'étra^ tement à sa foi religieuse.
Pour achever de donner à son élèi% les connaissances qu'il ctoyaiit aécessaires pour former un roi , Bossuet éleva ce monument immortel, qui, par sa hauteur, sa hardiesse, sa régularité , son harmonie , peut être compté parmi les prodiges de resprit faumain. On à tant de laii parlé de V Histoire universelle, tant de voix éloquentes en ont célébré les beautés incomparables, qu'il serait superflu d'exprimer à notre tour notre admiration. Mais ce qu'on n> pas assez remarqué peut-être, c'est lû dtlISrence des caractères que Bossuet piésente dans les différentes parties de son ouvnise , dont chacune atteint à la perfection. Le préambule annonce trois parties , dont la première doit être une revue rapide des principan événements, depuis les premiers temps jus(]u'au siècle de Charîemagne; la seconde, une étude de la religion dans son origine , son développement *èt il -suite; la troisième, une histoire raisonnéede la puissance et du déclin des grands empires. Kn se conformant à ce plan , Bossuet est tour à tour abreviateur sublime, théologien inspiré, historien pi1>fond ; partout grand émvain , sans chercher à l'être. Dans la première partie, il fait une chose qui paraissait impossible, et que personne n'a su faire après lui : il joint, dans un résumé, à la brièveté la plus sévère, le mouvement , Téelat et la chaleur de 1a plus haute éloquence. Dans la seconde, développant, par l'interprétation savante et majestueuse des livres saints , les conseils de Dieu sur son Église y marquant d'une main infatigable et sûre les rapports des événements avec les propneties rattachant avec une absolue rigueur l'ancienne loi à In nouvelle, il présente la religion, depuis les premiers jours jusqu'au siècle présent, comme un vaste édifice dont toutes les parties fee tiennent et ' se répondent avec une unité et une beauté parfaite ; et ravi lui-même à ce spectacle ^ souvent il ne peut contenir
fKAIsCE.
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Ml transports , et sa joie et son or- ensuite à mettre en latin : la rédaction
gueil lui échappent par des meuve- et le thème étaient revus chaque fois
ments semblables aux divins élans des par Bossuet. Ce n'est pas un ouvrage
prophètes. Dans la troisième partie , c|e lui , mais c'e^t un monument pré-
-toojoors fidèle à son système providen* deux ide la prévoyance ingénieuse et
tiel , mais attentif en même temps à du zèle qu'il apportait dans cette édu-
l'action des causes secondes, il sur- cation. Quel autre prince eut jamais
-prend par la sagacité et la vérité avec un précepteur tel que Bossuet? Quel
laquelle il saisit, dans le caractère des bonbe^r fut celui de Louiâ XIY , aui
BUioiis et la nature des eireoostences, . trouvait un Goodé pour commander
le secret de la prospérité et de la dé- ses ornées, et un Bossuet pour élevér
cadence des empires. Les peuples et son fils! Cependant une airection si
les grands hommes sont appréciés avec éclairée et si attentive, un plan si bien
un jugement souverain, et peints des couleurs les plus iidèles et les plus fortes. Montesquieu a emprunté beanooup de ses plus belles considérations sur le génie de Rome à cette dernière partie de V Histoire %mivcr selle. Chaque fois qu'on relit un tel ouvrage^ on n*aqu*tttte chose à regretter, c>st que fioKuet ne l'ait pas continué jusqu'au terme où îl voulait le conduire.
"L'Histoire nnîverseUe, qui , dans la pensée de Bossuet , devait s'élenore jusqu'au règne de Louis XIV, s'arrête à celui de Charlemagne; et la continuation que l'on a imprimée en 1 806 , n'est que le recueil des notes que Bossuet avait prises pour ébaucher son travail.
La tâche de présenter, dans un tableau général , les siècles du moyen
conçu et si bien suivi , tant de soins nue Bossuet lui-même nous retrace dans cette éloquente lettre adressée en latin ^ Innocent XI, ne produisirent
Su'un résultat médiocre , bien éloigné e ce qu'avaient attendu la cour et le
Ëublic. Mais que peuvent l'habileté et i splHcitude du génie sur une nature molle, indifférente, distraite, incapable d'activité et d'attention ? Le fils de Louis XIV offrait, par son apathie et sa nullité, une résistance bien difilcile à vaincre. Peut-être aussi , malgré son dévouement, Bossuet ne sV baissait-il .pas toujours assez pour se mettre à la portée de cette intelligence étroite et lente. Toujours élevé dans . ses idées , toujours sévère dans son langage , il n^avait pas cette famiUarîté douce et insinuante, cette condescen-
âge et répoque moderne, était laissée dance enfantine que Fénelon , moins
à un génie qui devait s'en acquitter sublime et plus tendre, employa si
d'une manière si opposée aux idées de heureusement auprès du duc de Bour-
Bossuet, qu'on a peine à concevoir gpgne. Aujourd'hui le Télémaque et
'Oae deux ouvrais si différents, et < les /Vi^ de Tarchevéque de Cambrai
liont le dernier suppose un tel chan- sont, pour le premier âge, une lecture gement dans les opinions et dans les , aussi attachante que salutaire ; mais
mœurs, ne soient séparés que par un une raison développée peut seule sentir
•demi-siècle. Rien n est -plus propre à le prix de la Politique sacrée et de
iaire ton* la rapidité avec laquelle V Histoire universelle. B<miu!t têt îa
's'accomplissent tes révolutions de nourriture solide des espi^its-d^fè forts,
l'esprit humain , que la comparaison Peut-être qu'Une des conditions pour
des dates de V Histoire vniverseHe et de V lissai sur les mœvrs.
Nous ne parlerons pas d un ouvrage intitaU Histoire de France, ordinairement compris parmi ceux que Bossuet écrivit pour le jeune prince. Ce n'est que le recueil des rédactions que coni-
{losait .le dauphin lui-même , après la eçoQ de Bossuet, et qu'il s'exerçait
être l'instituteur de l'enfance c'est de n'avoir pas un trop grand génie.
Quoi qu'il en soit , Bossuet avait Mérité, par la manière dont il avait
rempli sa tache , la reconnaissande de Louis XIV. L'éducation du daujiliiii étant teiininec en 1080, il fut iiounné premier aumônier de la dauphi ne , et un an aprèà évéque de Meaux.
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C*esl alors qu'il quitta la cour où il était resté onze années. La conduite qu'il y tint pendant tout ce temps fut telle, qu'elle n*a pa être attaquée que par une malveillance évidente, ou par cette sévérité aveugle et absurde, qui pe tient aucun compte de l'empire exercé par les convenances et les usages sur la vertu même. A ceux qui s'écrient que Bossuet à la cour fut le flatteur des grands et le témoin complaisant des amours scandaleux et des prodigalités insensées du priiice , peu de mots serviront de réjwnse. Si Bossuet a rendu aux principaux person»
nages de cette cour brillante des hommages qu'exigeait leur rang , et que justifiait souvent leur mérite, il l'a toujours fait de manière à conserver la dignité qui convenait à son minis« tère , et la louange ne lui ôte jamais son indépendance , parce qu'il la décerne avec délicatesse, et s'empresse aussitôt de la retirer au nom de In foi, et de l'anéantir devant Dieu. S'il ne 8*éleva pas contre les faiblesses de Louis XIV avec cette lil>erté et cette chaleur qu'on admire dans les premiers temps de l'Église , mais qui eussent paru étranges au dix-septième siècle , il saisit toutes les occasions qui s'offraient d'avertir le prince sans éclat et de le ramener sans scandale. 11 seconda les mouvements religieux du cœur de Lavallière ; il acheva Kœuvre de sa conversion. Il travailla avec toute la hardiesse oue comportait sa position à soustraire le monarque au joug de madame de Montespan {*) ; ses discretsr
(*) Peu de temps avant son départ pour, la campagne de 1675 , le roi eédaot aux n-
firéseu talions dit curé de Versailles, de Bossuet et de M. de Monlausier, avait rélé-
£é madame de Montcs|)an à Clagny. Pennl la campagne , Bossuet lui écrivit pour fi^ermir dai» une résolution qu'il n'avait prise qu'avei: beaucoup de peine. Cette lettre respectueuse et sévère à la fuis fait le plus gnuad liOQucur au caractère de Bossuet. Il cal ¥rai que Louis XIY était alors dans un de ses l)ons nioiix nts : docile aux conseils religieux du saint évéqne, il lui demanda en outre des avis sur ses devoirs de priuce. UMieoQiKli lettre deBoasuei, écrite dans
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mais constants efforts amenèrent enQn l'éloignement de la puissante favorite. Il n'eut point de complaisance pour un autre attachement:
il respecta un commerce légitime et secret , et où le roi piu'sait de graves conseils et de pieuses leçons. Madatne de M a intenon ne fut pas la maîtresse, mais l'épouse sévère et dévote de Louis XIV.
Si Bossuet était forcé, par la plaoe qu'il occupait, de se montrer dans hs pompes et les fêtes de la cour, au milieu d'une foule brillante et fmo\e , avide de tous les plaisirs qu'il proscrivait , il se dérobait , tontes les fois qu*il le pouvait, à cet éclat et à ce bruit. Il se renfermait dans sa bibliothè(|ue , pour contintier les travaux destines à son élève , ou bien , suivi d'une petite troupe d'ecclésiastiques, dont il appréciait les connaissances et la piété , et parmi lesquels se distinguaient Fénelon et l'abbé de Fleury , il se retirait sous les ombrages du petit parc de Versailles, surtout dans cet endroit qui conserva le nom d'allée des phUùsophesy pour y discourir sur les affaires et les intérêts de l'Église, ou travailler en commun à des commentaires sur les livressaints. Il s'éloignait, quand la cour ne lui offrait que le spectacle mondain de son luxe et de ses fêtes ; mais il s'empressait d'accourir , aussitôt que des espritii, qui mêlaient le goût de la religion à celui des plaisirs, invoquaient le secours de ses lumières et Tautorité persuasive de sa foi. Sur la prière de mademoiselle de Duras , il engageait une discussion avec le ministre Claude
le même temps, renferme des rcprdagntationi
trt's-franches sur les misères du peuple et finit par un élof^o des vertus bienfaisantes et
t)opulaires de Henri IV. Louis XIV i-eçul >ien celte lettre : il paraissait changé ; niais à son retour il rappela madame de Montespan dont il n'avait pu chasser le souvenir ; et quant à la misère du peuple il ne parut pas a*en inquiéter beaucoup. Toutefois Bossuet ne cessa pas de combattre autant quH le poiivnif l'iMiipire de la favorite, et l'inconstaiice de Louis XIV v aiciant , madame de Moutespaa qiulla cniiu la cour.
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en sa présence , et la rnmenalt au catholicisme , par l'éclatant triomphe qu'il obtenait sur un des plus habiles orateurs de la réforme. Et quel zèle Il déployait , quelle ardeur ranimait , lorsqu'on réclamait , au lit de mort , ses exhortations et ses prières comme un infaillible appui ! Bossuet prend un caractère auguste, lorsqu'il se présente à nous, portant les secours de l'Église et les consolations de sa parole a ces princes illustres, à ces grands personnages , qui tenaient à répandre dans le sein d'un si pieux îninistre leurs derniers sentiments , et à mourir entre ses bras.
Mais qu*est-tl besoin de justifier plus longtemps la conduite qu'il tînt a la cour? Ajoutons seulement les paroles que consacre à la louange de Bossuet un contemporain d'autant plus digne de foi, qu'il montre ordinairement peu d'indulgence, et que son humeur maligne le portait à saisir toutes les occasions de satire ou de blâme. « C'était, dit Saint-Simon en parlant de Bossuet, un homme dont les vertus, la droiture et l'honneur étaient aussi inséparables que la science et la vaste érudition. »
C'est le témoignage que lui rendit toute l'Église de France, lorsqu'elle le choisit, en 1681 , pour prononcer le discours d'ouverture au milieu de cette imposante assemblée d'évéques réunis par Louis XIV, au sujet des contestations de la couronne avec le saint-siége. Le droit de régale, qui autorisait les prineesà jouir des revenus ecclésiastiques, et à conférer les bénéfices dans les évéchés vacants , avait mis aux prises les deux puissances ; et le débat s'agrandissant , les questions de la distinction du spirituel et du temporel, et de rinfaiilibilité du pape , avaient été de nouveau soulevées. Dans cette affaire importante, personne n'était plus capable que Bossuet d'éclairer l'Église , et de kl présenrer des maux
S l'enfante la division. IS'ommé meme de la commission qui devait préparer les résolutions de l'assemblée , il prit sur elle un ascendant qu'on ne pouvait contester à une science si
vaste , à une prudence si consommée.
En réalité, il fut l'âme et le chef de ce célèbre concile. Ce fut lui qui rédigea cette lettre adressée au pontife , où , sous les formes du respect , les évêques réclamaient une concession autorisée par les canons mêmes. Ce firt lui qui , après la réponse menaçante d'Innocent XI , écrivit cette circulaire destinée à justifier , devant toutes les églises de France , les démarches de l'assemblée , et à motiver la désobéissance que lui imposait son devoir. Ce fut lui enfin qui , en prande partie , arrêta la forme des quatre propositions de 1682. Ainsi TEgiise gallicane lui dut la fondation ou du moins le renouvellement de ses libertés. C'est l'époque la plus glorieuse de «a vie.
La France entière remercia d une seule TOix Thomme qui la défendait dans la nationalité de son Église avec tant de modération , de noblesse, d'habileté et d'éloquence.
Disons tout cependant : au fond, ce moment triomphant de la vie de Bossuet en est l'endroit faible : son triomphe cachait une déf^iite. Par quoi s'élevait -il à ce degré de popularité et de gloire? Par une doctrine qui, non -seulement *jux yeux d'un ultramontain , mais pour tout esprit impartial , pour tout ju^e désintéressé , n'offire pas cette vigueur de logique et ce puissant esprit de conséquence que nous avons jusqu'ici admiré en Bossuet. Pour la première fois, il se trouvait engagé dans une discussion sur l'infaillibilité pontificale et la distinction dif spirituel et du temporel. Comment est-il sorti de ces difficiles questions? Par un moyen terme, par un de ces compromis qui , sans doute , sont ce qu'il y a de plus sage dans les cas embarrassants, mais qui toujours mécontentent la raison, malgré l'excuse des circonstances, éveillent le doute, prélent à la critique, et n'ont pas assurément cet air'de force et de grandeur que donnent au génie • la constance dans la même voie et la rigueur d'une marche inflexible.
Qu'est-ce que cette itidé/ectihilUé , substituée par Bossuet à ïinfaillibUité