BRE L'UNIVERS. BRE
événements amenés par la prolongation de la guerre, Charles de Blois résolut d'en finir, et hasarda imprudemment, et contre Tavis de du Guesclin, la sanglante bataille d'Aurar, où il fut tué, en 1864 (voyez Blois [Charles de]).
Jean ir on surnommé le Conquérant, fils de Jean de Montfort et de Jeamie de Flandre, né après la mort de son père , avait été reconnu comme duc de lîretngne par l'Angleterre et par le parti qui avait enibrassé la cause de sa famille. La bataille d'Aura^ loi assura la possession du duché. On dit qu'aoKS cette bataille , Chandos et ses cnevallers vinrent le trouver et lui dirent : « Sire, louez « Dieu et faites bonne chère, car vous « avez hier conquis rhéritage de Breta- « gne. » Le Jeune prince avait épousé une fille d'Edouard IIL Sa politique consista à donner aux rois de France et d'Angleterre des assurances secrètes de soumission , allant tour à tour de Tun a l'autre, et s'efforçant , par les gages ou les promesses qu'il prodi|[:uait des deux côtés , do se ménager un appui , quel que liU le démlment de la grande querelle qui avait éclaté entre les deux couronnes. Le roi de France se lassa enflo de ses tergiversations ; il le somma de lui rendre hommage et de se préparer h faire le service de guerre auquel il était tenu , comme vassal de la couronne. Le duc répondît à cette sommation eu gagnant l'Angleterre ; puis il débarqua à Calais, à la téte d'une troupe (l'nrchers anglais, et pénétra en Picardie après avoir déclaré la
{;uerre au roi de France , dans une ettre où il lui disait : « Je vous fais ^ « sravoir que , en votre defl'aut, je me « tiens tout franc quitté et déchargé « de la foi et homma^^eque faict avons « à la couronne de France...; et vous « tiens et répute mon ennemi -, ne vous « en debvez point mcrveiller, si je en a fais dommaiges à vous et à vostre « partie , pour moi revangier de très* « grands oustraiges, sorts, dommai- « ges et vilainies devant dites, etc. « CéHc traversa la Frapce et at«
teignit Bordeaux, à demi-détruite par la disette et les maladies. Le roi de France déclara le duché de Bretagne réuni à la couronne, et cita le diic à comparaître devant- la cour des pairs, pour y répondre à une accusation de lélonié. Personne ne s'y présenta pour répondre en son nom , et la sentence de la cour le déclara déchu de tous ses droits. Mais cette mesure , qui blessait le sentiment d'indépendance nationale des nobles bretons , rendit ime armée au jeune duc , et le connétable du Guesclin décida le roi à traiter avec son vassal. Après la mort de Charles V, un nouvel accommodement eut lieu entre son successeur et le duc, qui restait toujours suspect à la cour de France , et négligeait, sous divers prétextes , d'exécuter les clauses du traité. La haine qu'il portait au connétable de Clisson le fit passer pour l'instigateur du meurtre qui fut tenté par Craon sur la personne de cet officier. L'assassin chercha un refuge près de lui , et Ton prétend qu'il l'accueillit en lui adressant les paroles suivantes : « Vous avez fait deux fau- « tes dans le même jour, la première « d'avoir attaqué le connétable , la se- « conde de l'avoir manqué.» Le ducde Bretagne avait tenté lui-ménie préoé* demment une entreprise violente sur Clisson, en l'attirant dans son château de riierraine; mais après avoir donné Tordre de le mettre à mort , il l'avait* relâché moyennant une rançon de six mille livres. Le traité condu'à Aucfer, près de Redon, en 1.Î05, mit lin à cette guerre et aux alternatives de succès et de revers au milieu desquelles s'écoula la vie de Jean IV. Il mourut à Nantes en ( 399, empoisonné, s'il fnut en croire les bruits du temps. " Ce prince, dit un historien, était extrême en tout : aimant jusqu'à la folie , haïssant jusqu'à la lureur , et ne revenant jamais de ses préventions. »
Il eut pour successeur son (ils Jean, qu'il avait eu de Jeanne de JNnvnrrc».
Jean / ou / / avait dix ans quand il futreconnu ducde Bretagne.!! eut pour tutrice sa mère, la duchesse Jeanne, jusqu'au moment où le duc de Bour*»
• -amà
FRANCE. BBB Ml
gogne s'immisça dans les affaires de la Bretagne, et parvint à se faire décerner la régence dans rassemblée des
états de 1403. I^a duchesse Jeanne
avait, l'année précédente, épousé en secondes noces Henri IV, roi d'Angleterre; mais le jeune pince fut heureusement soustrait a Tinfluence de cette alliance. Il fut amené , avec ses jeunes frères , à la cour de France, et le séjour qu'ils y firent décida rattachement qu'ils montrèrent plus tard aux intérêts français. Le renouvelle* ment de la lutte acharnée <|ui se poursuivait entre les deux puissances rivales les trouva disposés à soutenir la cause nationale. Le jeune duc , avant de s'éloigner de Paris, obtint la main de Jeanne de France, fille de Charles VL II fit hommage au roi pour son duclié, en 1 104, et lut, la même année, déclaré majeur. Il se réconcilia alors avec Ciisson, Tennemi de son père , et s*enten<* dit avec lui pour tenir téte aux Anglais. Il conduisît un corps de six mille cavaliers, qui, arrivé trop tard, joignit l'armée française à (quatre lieues d'Azincourt. Le's progrès de la domination anglaise en France commenccrrnt alors à effra^'er le duc et ébranlèrent sa fidélité. Toutefois , il réussit, en inclinant tour à tour vers les deux prtis, et en subissant , sans trop de résistance, la loi de la nécessité , à se maintenir assez tran(|uille au milieu des orages qui grondaient autour de lui ; signant , d'une part , le traité de Troyes , qui dépouillait le dauphin de France , et de Vautre, autorisant son frère , le comte de Richemont, à combattre sous les drapeaux de ce prince. La vieille inimitié qui existait entre la maison de Bretagne et les Pentliièvres fut fatale au duc Jean. Il se laissa surprendre et renfermer par eux dans le c]iate;ui de Clisson,et n'obtint sa liberté qu'au bout de cina mois, et moyennant d'onéreuses et Dizarres conditions. Il fut forcé de promettre de donner son pesant d'or à l'église de jNotre-Dame de Nantes , et son pesant d'argent à l'église de Saint-lved, La somme s'élev»
à trois cent vingt-six mille livres. IjC duc Jean mourut en 1442. C'était le plus beau prince de l'Europe. Magnt*
tique dans ses vêtements , dans ses meubles , dans sa dépense , juste et charitable , il ne pécha que par trop de facilité et de bonté. II avait eu trois fils de son mariage avec Jeanne de France.
François P'^ son fils , épousa , en 1442, et au moment de son avènement au duché de Bretagne , Isabeau , fille du roi d'Écosse , Jacques I'^ H reconnut, en 1446 , le roi Charles VII pour son suzerain , et secondant de tout son pouvoir l'œuvre d'affranchissement que ce prince poursuivait , il prit une part glorieuse à Texpulsion des Anglais de la province de Normandie , s'y jeta , en 1449 , à la tête (le six mille hommes , sous le commandement de son oncle le connétable, comte de Hicliemont, et reprit sur Tennemi les villes de Coutanoes, iÇaint-Lô , Avranches et Carentan.
Après la délivrance du Cotentin, il alla faire le siège de Fougères , dont les Anglais s étaient rendus maîtres peu d'années auparavant. Les services mémorables qu'il rendit à la cause nationale dans ces grandes circonstances ne sauraient effacer la tache dont il couvrit son nom par la conduite barbare qu'il tint à l'égard de son frère , Gilles (te Bretagne. Ce prince , mécontent de la part d'héritage qui lui était échue (il n'avait eu pour apanage que la terre de Chantocé) , se jeta dans le parti anghiis ; son frère du moins l'en accusa. Il avait longtemps vécu en Angleterre, près de son aïeule la reine Jeanne, qui s'était efforcée de l'y retenir, a Connue l'exercice de l'arc était fort à la mode eu Angleterre, dit un historien, et que les Anglais y excellaient, Gilles en avait amené lusieurs avec lui à son retour de retagne. Il les avait dans sa maison et prenait souvent avec eux ce divertissement. Cela même , et les grandes amitiés qu'on lui avait faites à la cour d'Angleterre, furent les prétextes que l'on prit pour le perdre. I.e duc son
Um Vacçuaa près 4u m U uvgir I9
Digitizod by Gû*..wtL
m MÊLB LUNIVEES. MA
coeur tout anglais et conseilla de s*as- en disant : « J'aime mieux mourir de
Mirer de lut. » Le comte Gilles fût en « par Dieu que de vivre de par le dla-
effist arrêté par les troupes du roi, « ble. » Il avait épousé la fille du tî*
dans son château du G uildo, et détenu comte de Thouars, femme d'une successivement dans plusieurs forte- grande beauté ; et l'on rapporte qu'il resses. Ses plus grands ennemis, à la déclara en mourant qu'il laissait cette garde desquels il Ait abandonné, sup- princesse telle qu*il l'avait reçue , et posèrent, pour adiever de le perdre, qu'ils avaient, d*un consentement muune corrrespondance entre lui et le roi tuel, vécu dans une parfaite contid' Angleterre. Le duc son frère , soit nence ; dévotion singulière dans un qu'il eût été trompé, soit qu'il fût com- prince héréditaire et souverain , ajouplice de cet odieux complot envoya tent les auteurs de VArt de vérifier les pièces aecusalriees à la cour de les dates, Pierre II mourut en 1457. France, et peu de temps après, Gilles Arthur III, comte de Richemont, de Bretagne fut trouvé mort dans son oncle des deux princes qui précèdent, lit. Selon le dire du temps, il avait et fils de Jean V, fut entraîné d'abord été étouffé par ses gardes entre deux dans le parti anglais; mais il se détâmatelas. On lit encore, à ce propos, cba assez vite du duc de Bedfort «fu'il qu'un cordelier qui l'avait coniessé détestait; et Charles Vn, instruit de ajourna le duc son frère à comparaître ses dispositions, le tenta en lui offrant dans l'année au tribunal de Dieu , l'épée de connétable , qu'il accepta à comme le chef des templiers y avait Chinon , en 1425. Le premier soin du assigné Philippe le Bel. Le duc Fran- comte de Richemont fut de travailler çois , quoi qu'il en soit , mourut la . au rapprochement du duc son frère même année que son malheureux frère, et de son nouveau mattre ; il y réusen 1450 , n'ayant point d'enfants md- sit. Mais l'inimTtié du connétable et les et laissant sa couronne ducale à de la Trémouille faillit être funosteà son frère, Pierre de Bretagne. la cause pour laquelle ils combattaient.
Pierre II fit poursuivre avec rieueur Toutefois, Arthur rendit d'importants
les meurtriers de son frère , Gilles de services au jeune roi , et contribua è
Bretagne. Les plus compromis prirent relever la fortune de la France. Les
la fuite et furent ntteints sur les ter- faits d'armes nombreux du connétable
res de France. 11 s'ensuivit un débat associent son nom à ceux de Jeanne
entre le duc et le roi, touchant le droit d'Arc et de Dunois , à la suite des-
de juridiction. Le roi , comme suze- quels iLmérite d*étre Immédiatement
rain , prétendait qu'il lui appartenait placé. Devenu souverain de Bretagne»
de prononcer sur le sort des coupa- il voulut garder sa charge de conné-
bles; le duc insista, et fit livrer au table de France, malgré ses nobles,
dernier supplice plusieurs des meur- qui la trouvaient inconciliable avec son
t#ers. L*un d'eux, Arthur de Mon- nouveau rang. « Je veux, dit-il alorSf
tauban , se sauva en se faisant moine, « honorer dans mes vieux jours une
et devint archevêque de Bordeaux. « charge qui m'a fait honneur dans
Pierre II avait , du vivant de son père, « ma jeunesse. » Il refusa cependant
f)orté les armes dans la guerre contre l'hommage lige au roi , prétendant
es Anglais; à son avènement, les qu'il ne le devait que simple. Arthur
affaires étalent arrangées et il n'eut ne porta qu'un an la couronne du-
point de guerre à soutenir. Il était cale; il mourut en 1458. La Bretagne
fort pieux, et l'on raconte que, déjà perdit en lui le plus glorieux prince
atteint de la maladie de langueur qui qu'elle ait possède. U ne laissail point
le conduisit au tombeau, et dont les d'enfants. •
médecins ne pouvaient déterminer la François II était fils de Ridiaid,
nature , il fut question d'amener un comte (TÉtampes, et petit-fils du duc
sorcier pour détruire le charme dont Jean le Conquérant. Les trois princes
on le supposait victime. Il s'y refusa qui précèdent étant morts sans aesceu-
dants mâles , François fut appelé n la succession, et fit au roi rnomniage simple , debout , Tépée au côté , sans s'incliner et sans prêter sermeDt. U reçut liOais XI dans sa ville de Nantes, en 1462. Le but de ce voyage était de contraindre la veuve de Pierre, la duchesse Françoise, d'épouser le duc de Savoie. Le roi, ayant vu échouer tousses moyens de persuasion, voulut employer la force et enlever la princesse; maïs le duc François ne se prêta pointa cet acte de violence, et fit manquer Tentreprise de Louis XI, ouï ne le lui pardonna pas. Le duc de ^etagne, pour se mettre à Tabri du ressentiment royal , entra dnns la H-
re du bien public. Il s'entendit avec comte de Charolais, et se mit en marche pour le joindre , à la tête de dix mille hommes. Cette année, richement équipée, donna aux princes alliés une haute idée des ressources et de l'état florissant de la Bretagne; car, comme le dit Commines , toute cette eortipagniê vivoU sur ses coffres.
Mais l^rmée du roi lui barra le chemin près de Chartres , et le duc de Bretagne ne put se réunir aux alliés qu'après la bataille de Montlliéry. Il obtînt des conditions avantageuses dans le traité de Gonilans. U tut indemnisé de ses armements, recouvra le comté de Montfort, qui avait été confisqué, et fut déclaré lieutenant général do roi en Anjou, dans le Maineet dans laTouraine. Mais Louis XI n'attendait que l'occasion de se relever de la dure extrémité où il s'était vu réduit. Il saisit le moment où l'allié du duc de Bretagne, Charles de Bourgogne, avait sur les bras une révolte des Liégeois , pour se jeter en Bretagne et s'empater de places importantes. Le duc, se reposant en toute sécurité Sur ses alliances, était alors plus occu[)é d'amour que de gouvernement; il était tout entier à sa passion pour Antoinette de Maignelais, et se laissa prendre au dépourvu. Louis XI le força de souscrire à de dures conditions, le menaçant de tout mettre à fien et à sang s'il tardait de prendre son ])arti. lie duc f épouvanté 9 consentit à tout