‹ France (volume 3)Chapitre 69 sur 105 · BUE · texte numérisé non relu

BUE

ce qu'exigea le roi. Il renonça à ses alliances par le traité de rsantes (1468). Deux ans plus tard , Louis XI put juger des dispositions secrètes du duc de Bretagne , par le refus qu'il fit du collier de Saint-Michel qu'il lui avait adressé. On expliqua ce refus en disant que le duc avait déjà reçu l'ordre de la Toison-d'Or du duc de Bourgogne. Plus tard une correspondance du prince breton avec le roi d'Angleterre , et dans laquelle , concertant entre eux les moyens de faire résistance au roi , ils s'engageaient à agir de concert, tomba entre les mains de Louis XL Un traité qui existe encore au trésor des Chartres, dit l'historien Daniel, stipulait le mariage du prince de Galles avec Anne de Bretagne, héritière du duc, et une alliance de tous leurs enfants nés et à naître. Se voyant ainsi démasqué , le duc n'eut d'autre ressource que de se soumettre et

{)rétQ au roi un nouveau serment sur a croix de saint Lô. Après la mort de Louis XI , il prit part aux intrigues qui contrarièrent la régence d'Anne de Beaujeu. Il accueillit le duc d'Orléans , et vit son armée détruite à Saint-Aubin du Cormier , où le prince fut Ml prisonnier. Il mourut peu de temps après , dans la douleur que ce revers et tous les ravages qui s'y joignirent lui occasionnèrent.

Mêlé a toutes les intrigues et à toutes les guerres d'ambition de cette époque, il n était guère plus fidèle à la foi des traités que Louis XI , son contemporain. Négligent et oublieux au milieu des intrigues , il eut pour principal ministre un insolent parvenu nommé Landois, ancien tailleur d'habits, qui se fit détester par ses déprédations, et finit par être pendu dans une révolte. François II laissa deux filles, Jnne, qui ki succéda, et Isabelle, qui mourut en 1490 (Voyez Anns db

BBBTiieRB).

« C'est alors que Charles VIII imposa au duché cette union que devait consommer plus tard le mariage de François I* avec Claude, fille de Louis XII et d*Anne de Bretagne.

Province de France , depuis cette éipo-

364 BBE

qa»i la Bretagne avait cependant

conservé son antique constitution ; mais elle succomba en 1790, sous les décrets de la constituante.

« Cette assemblée , tirant une ligne artifiefelle de Tane à l'autre mer, enferma les anciens diocèàes de la Bretagne dans un même département; ainsi le comté de Cornouaiile, séparé de celui de Léon nar des remparts de granit, fut soudé a ce dernier, malgré les immenses inconvénients qui en résultaient pour l'administration : tout l'ut ( iiangé ; les Bretons que la guerre avait conduits sur un autre hémisphère ne reconnurent plos le pays à leur retour.

" Depuis ce temps les ruines se sont accumulées. Toutefois un monument est resté debout, dernier symbole d'une nationalité jadis si vigoureuse :

c'est la langue. Qu*on ne 8*étonne donc pas si les enfants de l'Armorique ont voué tant d'amour à cet antique idiome. Religion, histoire, tradition, indépendance , la langue bretonne est tout cela pour eux {*). »

(*) Ce passage , emprunté au livre déjà die de M. de Goiirson , nous a paru Fexpression exacte des seniimenls d*uiie partie

des habitants de la Bretagne. Nous avons cru devoir le citer. Ces regrets insjpirés par la perte d'une ancienne nationalité, sont un tj-ait de mœurs qu*il est utile de constater. Mais en même temps, au nom de la grande patrie, au nom dt; la France, dont les Bretons sont comme nous les enfants, nous devons protester contre oessentûnentsétroits, qui, confondant indépendance nationale avec les privilèges et les fimnrhisosde la muni» cipaliié, et prenant pour du patriotisme, Fanonr imtmcfif que l'un porte an soi natal, ne peuvent s'élever jusqu'aux gi-ande» idées de patrie et de liberté. Au reste , il y a longtemps que ces sentiments ne sont plus ceux du plos grand nombre des Bretons ; quand, sous Louis XIT^Doguay-lYonia s'illustrait à la trie de nos armées navales et, dans ces derniei s temps , lorsque le premier grenadier de Iiaiice mourait au champ d'honneur , en donnant à nt» soldats rexemple de la bravoure et du patriotisme, ces grands homn)cs noyaienl bien verser leur sanç pour leur patrie , et uou poiu* les ca> vabuseim et les t^aoa de la Sretagoe;

BIX

La langue des Bretons a donné lien à de nombreuses discussions; les uns y ont vu un dialecte de la langue des anciens Gaulois; suivant d'autres, ce n'est qu*un simple jargon , produit par le mélange de tout les idiomes parlés successivement dans les Gaules. La première de ces deux opinions est celle qui trouve maintenant les plus nombreux partisans , et les nouvelles recherches de la critique semblent tendre à la confirmer encore.

La langue bretonne forme trois dialectes principaux ; le comique et le gallçis, qui se parlent dans le pays de Galles et dans fa CorhouaîUe anglaise , et Varmorieain, qui se divise luimême en auatredialexîtes secondaires :

cornouaiile^ tréguier^ vcametaU et briochin,

. Cette langue possède une littérature, qui n*est pas aussi pauvre qu*on pour*

rait le penser. « Sans parler des cnants populaires (*), dont le fond doit être ancien , mais qui , par les modiiications de formes qui s'y indroduisent sans cesse, ne j^vent faire autorité en philologie, elle possède des dictionnaires composés à la fin du quinzième siècle, des casuistes et des livres d'église encore jplus anciens, enfin de nombreuses pièces de théâtre dont les manuscrits, écrits aux quatorzième et quinzième siècles, nous montrent la littérature cultivée en Bretacçne, à une époque où l'influence française devait y être bien faible, puisque alors cette province était encore séparée de la France , dont la plupart des Bretons ignoraient la Innj^uc (**). ^>

Nous n'essaierons point ici de donner une analyse de la grammaire bretonne; cette analyse serait nécessairement fort incomplète , et ne pourrait dontier qu'une idée fausse de la langue des Bretons. Nous nous contenterons d'ajouter que, dans un savant mémoire couronné récemment par l'Académie des inscriptions et belles •lettres,

(*) Les chants popidaires de la Bretagm ont élé récenunent réuois et publiés p^ M. de la VilU'Ujarqué.

(**) M, de Coursoo, ouvrage cité, p. i3j,

LTOflVERS.

[. Pictet vient de démontrer Tétroite

{jarenté qui existe entre cette langtie, e grec , le latin et la langue d'où paraissent dérivés tous les idiomes iDdo-germaniques, le sanscrit. Le lecteur trouvera t au reste, des détails plus étendus sur ce sujet intéres«;ant dans la savante Grammaire celto-bretonne du vénérable Lugonidec, Paris, 1807, in-S"*, et dans Touvrage déjà cité de M. de Courson. Il existe d'ailleurs sur la Bretagne des ouvrages assez étendus et fort estimos ; nous nous contenterons de citer les liistoires de cette provincede doni Lobineauet dom Morice; celle de M. Daru, Paris, 1836, 3 volumes in-8**; et V Histoire des rois et des ducs de Bretagne , de Roujoux, 1829, 2 volumes in-S", auxquelles nous pourrions ajouter encore les MommentsceUiqttes^ûe Cambry, 1805, iihS", les Oti^net gauloises ût la Tour d'Auvergne, 1801, in-S"; les nonibreux ouvrages de le Rrifiant , et une foule de curieux Mémoires publiés dans le recueil de YJcadémie celtique,

Bbetaoub (monnaies de). Les monnaies frappées en Bretagne sont trèsnombreuses ; mais nous en parlerons en détail dans les articles que nous nous proposons de consacrer aux villes où elles ont été fabriquées ; ici, nous de- Yonsnous borner à jeter un coup d'œil d'ensemble sur Phistoire monétaire de cette province. La Bretagne, outre les monnaies gauloises qu'on lui attribue à tort ou a raison,, a fourni, sous les rois de la première et de la seconde race, une quantité assez considéral)le de deniers et de tiers de sols. Si l'on en croit un manuscrit de Tabbaye du mont Saint-Micbel, ses ducs avaient, dte le règne de Charles le Chauve, obtenu le droit de fabriquer des espèces à leur nom. Le texte de ce manuscrit a, il est vrai, été regardé par quelques érudits comme supposé; ce-

fQ*il en soit, les monnaies bretonnes isparaîssent à partir de la période carlovingienne , et c'est seulement au commencement du douzième siècle qu*on les voit reparaître. On connaît oe cette époque des pièces fabriquées à Rennes et à Vannes , au nom d'Alain et de Conan; d'autres, anonymes, frappées à JSantes. (Voyez les articles relatifs aux monnaies de ces localités.) La première monnaie générale de Bretagne est peut-être celle que fit fabriquer le duc Geoffroy.

Cette monnaie portait d'un coté une fleur (^ue nous croyons être la fleur de lis primitive), cantonnée de quatre annelets, avec la légende bbitontm Dvx , et au revers , autour d'une croix, le mot gavfbidvs. Il ne par.iît cependant pas ou'on ait renoncé dès cette époque à Pusage dinsérer dans les légendes les noms des lieux où étaient établis les ateliers tiioiiétaires. Sous saint Louis, il existait encore des nantais qui, par une j)erniission spéciale du roi, devaient circuler pendant un certain temps dans toute rétenduedu royaume. Il existe, d'ailleurs, des espèces frappées à R en nés. n ti nom de Ph ilippell, pendant roccupation lîioiiientanee de la Bretagne par ce prince.Les monnaies bretonnes ne commencèrent done à devenir générales que sous les ducs de la maison de France. Elles portèrent alors l'échiquier, blason de la famille ducale, avec un franc quartier d'hermine et la légende Johannes ou Pehnis dux BrikamIeuB, Le roi de France et le duc eurent souvent, pour le règlement de leurs monnaies, des conférences, dont le détail dépasserait tes limites de cet article. Dom Morice les a insérées parmi les pièces justificatives de son Histoire de Bretagne^ et nous-méme nous aurons occasion de revenir sur ce sujet à propos des monnaies locales de cette province. ^Nous

pendant, un passage des capitulaires devons cependant mentionner ici l'orde Charles le Chauve semble confirmer donnancede 1315, par laquelle Louis X,

l'assertion que nous venons de rapporter; on y voit en effet que ce prince avait accordé à Salomon le droit de revêtir les insignes de la royauté, droit qui fiit retiré à ses fils lorsque ce malMiireiix eut été massacré* Quoi

voulant empêcher la falsification des monnaies, par les évéques et par les barons, décida que celles qu'ils frapperaient, n'auraient phis cours désormais

2ie dans les terres de chacun d'eux, ette ordonnance ne fut pas longtempt

observée par les ducs de Bretagne, qui commencèrent presque aussitôt à copier les espèces royales de France et d'Angleterre, et qui allèrent même empfUDter à la Flamlre les types de leuri monnaies. A oetfe époque, on se contentait ordinairement de graver sur les pièces la lettre initiale indiquant le nom d«i lieu où fonctionnait Tatelier monétaire ; oependant on continua quelquefois d'insérer le nom entier dans la légende. C'est ainsi que Jean deMonlfort frappa des gros à la queue ou des Jyons, des gros tournois, etc., au nom de Quimperlé, de Tannes, de Gurande, m onbtâ oyb andb, monsta'

KEPER, MO\ETA VE.NET, ETC. Il Serait inutile de décrire ici les types des monnaies de Bretagne. Ces types sont extrêmement variés et sont empruntés, pour la plupart, aux monnaies étrangères les plus accréditées. Noua dirons seulement que les Bretons frappèrent des espèces de tous tnetaux, jusqu'à la mort de la reine Anne, et que sur les dernières de ces monnaies, uretneAnne, Charles VIII etLouisXn ne prenaient quelquefois que le titre de duc ou de duchesse des Bretons.

Bji£ïJîiS£T (£lie-Joseph), chef d'eseadron, né à Sarlot (Dordogne), le 3t septembre 1780, s'est distingué comme maréchal des loiiis, au 8'' de hussards, dans toutes les affaires de la canipaj^ne de l'an vii, et particulièrement a celle du 98 floréal, devant Zurich, oii il eut un cheval tué sous lui; étant resté démonté, il parvint à sauver, au péril de sa vie, le chef de brigade Marulaz, qui venait d'être atteint d'un hiscaïen. Le 3 vendémiaire an VIII, il reçut un coup de balle au bras gauche en chargeant lea Russes. Sous-iieutenant dans le 12" régiment de hussards, le 28 mars 1800, il se distingua encore au siège de Gaëta, en 1806, et se trouva , en 1812, à la hataille de la Moskowa, où il fut ble&sé à la ja u I be gauche et eut deux chevaux tués sous lui. Nommé chef d'escadron dans le 30* régiment de dragons, le 27 aoilt, il enleva, devant Dresde, une pièce de canon, et chargea ensuite sur des masses d'infanterie qu'il fit prisonnières. Cette brillante action lui valut 1» déooratioa d'officier de la L^ton

d'honneur. Le 5 septembre 1813, à la bataille de Leipzig , il rallia quelques fantassins, et, secondé du lieutenant Dion, ût battre la charge, chassa les Prussiens d'an village et parvint à contenir l'ennemi.

Ureïesche, nom que l'on donnait autrefois à une espèce de fortification temporaire en bois, avec laquelle on protégeait les abords des places assiégées et des camps retranchés. Il est souvent question de ces fortifications dans les légendes et dans les romaua du moyen âge.

«La vile, dît l^auteor du romoit <ls Gairin,

m La TÎie fit malt richement garnir, m Lu fosMS fère^ et lei mon enforcîr»

■ Les hrHesekfs drecier et ctbaodir* »

Plus tard , ce mot désigna toute espèce d'avance ôu de saillie de pierre ou de bois faite dans un bâtiment; et «parce que, dit Laurière, celuy qui «fait les cris, les publications et les « proclamations de justice , se met eu « Quelques villes en un lieu élevé et « âiit comme une espèce de chaire de «pierre, ce lieu a été nommé, par « cette raison, Bretesche. »

Ce nom est resté eu France à beaucoup de bourgs et de villages.

Bbbtbsghs (la), ou SAniT^oH la Bretesche, ancienne seigneurie du pays maniais (^département de Seinect-Oise), à six kilomètres de Saint- Germain en Laye, érigée en marquisat en 1657.

Breteuil , petite ville de l'ancienne Picardie (aujourd'hui département de l'Oise), à seize kilomètres de Beauvais, où quelques savants ont cru voir Taodenne BraiusjfÈonMium , capitale des Bellovaci du temps de César.

Cette ville fut assiégée inutilement par les Anglais en 1355; elle se rendit, dans le siècle suivant, au comte d'Étampes, et fut reprise peu .de temps aiirès par Lahire, qui, en vertu d'une convention avec le duc de Bourgogne, en fit démolir le château et les nmrs. La population de Breteuil est aujourd'hui de deux mille deux cent quatrevingt-quatre habitants.

Breteuil, Bretolium, ville awe titre de vioomté» danai'ancittiMXfOf

FRARCE.

mandîe, à 20 kilomètres d*Évreiix.

Cette ville fut donnée par Henri II, roi d'Angleterre et dae de Normandie, à Robert de Montfort, dont la sœur, Amicie, la rendit, en 1210, à Philippe- Ali^ste. Elle devint ensuite la propriété de Charles le Mauvais, roi de Ifavarre, oui, en 1410, la céda au roi Charles Vl, en échange de plusieurs autres terres. Elle fut de nouveau séparée du domaine de la couronne, en 1651 , et cédée à la maison de Rouilion.

La ville de Breteuil est aujourd'hui Tundes chefs-lieux de canton iu département de TEure; elle compte deux mille quarante-neuf Habitants.

Bketeuil (Louis-Auguste le Tonnelier, baron de) naquit à Preuilly, eii Touraine, en 1730, d*une famille pan- Tre et de petite noblesse. Il entra dans le monde sous les auspices de son oncle, l'abbé de Breteuil, ancien chancelier du duc d'Orléans, et depuis agent général du clergé de France, oui le fit successivement nommer guiaon dans la gendarmerie, puis cornette dans les cbevau-Iégers de Bourgogne.

Son caractère vif et entreprenant, la vivacité de son esprit, son extrême activité le firent remarquer de bonne heure. En 1758, Louis XV l'envoya, en qualité de ministre plénipotentiaire, près de l'électeur de Cologne, et l'initia a la correspondance secrète qu'il entretenait dans les cours étrangères et dont lecomtede Broglie était l'âme.

En 1760, il passa en Russie, et il était absent de son poste lor.>que éclata la révolution qui précipita Pierre III du trône sur lequel s'éleva Catherine II.

Il s'empressa de revenir et se fit trèsbien accueillir de la tzarine. Une autre révolution sel)réparait en Suède, où le baron de Breteud reçut Tordre de se rendre comme ambassadeur. Il assista à la célèbre diète de 1769, et travailla au déplorable coup d*Etat qui changea la constitution de ce royaume, en 1772, et qui établit le despotisme sur les derniers débris des institutions nationales. En 1770, il était à Vienne, oii il fut bientôt remplacé par le cardinal de Rohan, devenu depuis si fameux par le scandaleux procès du collier; ce fut la première cause

de leur inimitié. Toutefois le baron de Breteuil ne resta pas sans emploi et obtint Pambassade de Napjes. Il ne fiiisait que passer d'une légation à une

autre, et il fut bientôt rappelé à celle de Vienne, à l'époque du congrès de Xeschen (1778). Revenu en France, en 1783, il fut nommé ministre d'État, avec le ministère de la maison du roi et de Paris ; c'était le département des lettres de cachet et du cabinet noir.

On doit dire cependant que sous son administration le sort des prisonniers d*£tat Ait amélioré, et qu'on commença à user à leur ^;ard de quelque humanité. IMnis, partisan extrême du pouvoir absolu, il ne recula jahiais devant les mesures les plus arbitraires.

On raconte que , pour prévenir les remontrances qu'on craignait de la part des parlements, au sujet de l'enregistrement des édits bursaux de Calonne, le baron de Breteuil envoya aux commandants de la province de Languedoc dix-huit cents lettres de cachet en blanc. On n'eut pas occasion de s'en servir. La mésintelligence s'étant mise entre Calonne et Breteuil , celui-ci donna sa démission, mais conserva toujours la confiance de Louis XYI.

Il s'opposa de tout son pouvoir à la convocation des états généraux. Lors des insurrections de 1789, il offrit à à la cour ses conseils, qui furent acceptés. Ifeeker s'étant retiré, le baron oe Breteuil fut mis à la tête d'un nouveau ministère, hostile à l'opinion publique, et qui, dans sa courte existence, vit tomber les remparts de la Bastille devant le peuple de Paris. Forcé de céder à Torage, il donna sa démission et émigra à Soleure. Là il reçut les pouvoirs du roi pour traiter avec les piust^unces étrangères, et proposer en son nom toutes les mesures propres a rétablir l'autorité royale. Bertrand de Molleville l'accuse, dans siss Mémoires, d'avoir abusé de ces pouvoirs en en faisant usage après leur révocation.

En 1792, il quitta complètement les affaires et se retira à Hambourg. Il ne rentra en Fïrance qu'en 1802 et mourut en 1807.

lînÉTiGNY^ village du département ci'£ure-et-Loir, célèbre par le traité de

paix auquel il a donné son nom. Ce village est situé à 8 kil. de Chartres.

Bbétigny (traité de). — Ce traité, l'un des épisodes de cette longue guerre avec les Anglais qui remplit toute la durée du quatorzième siècle, fut la conséquence de la bataille de Poitiers et de la captivité du roi Jean. Cependant, il ne fut signé qu'en 1360, quatre ans après cette bataille, et seulement à la suite de nouvelles hostilités sans beaucoup d'importance , mais où l'a* vantage avait toujours été du côté des Anglais, commandf^s par le prince Noir , llls d'Édouard III. La France se trouvait alors dans la situation la plus malheureuse. Les troubles intérieurs qui agitèrent la régence du dauphin, depuis Charles V, surnommé le Sage, nous avaient enlevé le peu de forces qui nous était resté après le triomphe de l'étranger. Pour surcroît de malheur, le roi de Navarre et le duc de Bourgogne, alliés des Anglais, faisaient tous leurs efforts pour tirer parti de nos divisions. Ce fut à grand'peine qu'en 1359 , le roi de iNavarre consentit momentanément à mettre fm aux hostilités. Le délabrement des finances était tel que le gouvernement était réduit à l'altération des monnaies. La contagion, la misère et la famine venaient encore s^ajouter à tant de maux, et, de toute part, les' esprits abattus demandaient la paix à grands cris.

Le roi d'Angleterre avait trop d'habileté pour ne pas mettre à |)rofit ces dispositions générales ainsi que le besoin de liberté que commençait à éprouver le roi Jean. Il lit accepter à ce malheureux prince un traité de paix en vertu duquel le tiers de la France devait passer sous la souveraineté di* recte de l'Angleterre. Mais, si grande que fiU la consternation, l'esprit national se révolta contre une proposition aussi hijurieuse, et elle fut repoussée par les états généraux. Le prince Édouard étant revenu en France, on le laissa guerroyer contre les places fortes, car on avait l'intention bien arrêtée de ne pas risquer une nouvelle bataille. Il s'avança jusque sous les murs de Paris» et dTéfia le régent

sans que ce dernier permtt qu'on répondit à ses provocations. Dans

l'état où se trouvaient nos finances et nos re<>sources militaires , ce système de défense était le plus sage; il eut bientôt les conséquences que l'on s'en promettait. N'obtenant aucun résultat sérieux, et voyant ses troupes soulever tous les jours davantage la haine des populations françaises par leurs brigandages et leur cruauté , le roi d'Angleterre , qui manquait aussi d*argent, se décida enfin à entrer en arrangement et à accepter la médiation du pape Innocent VI, qui s'offrait en qualité de pacificateur.

Ce fut à Brétigny que les conférences commencèrent , le 1*^' mai 1360.

La France y était représentée par Jean de Dormans, chancelier de INormandie , élu évéque de Beauvais , Charles de Montmorency, le comte de Tàncarville et le maréchal Boucicault; l'Angleterre, par le duc de Lancaster, les comtes de Northampton, de Warwick et de Stafford; le pape , par l'abbé de Cluny, le général des dominicains , et Hugues de Genève , seigneur d'Autbon. Les négociateurs anglais, après avoir de nouveau mis en avant les vieilles prétentions du roi d'Angleterre sur la couronne de France, se bornèrent à réclamer la restitution de toutes les provinces qui avaient ^autrefois appartenu aux l'Iantagenets , et ,' entre autres, do la Normandie, de l'Anjou, du Maine et de la Tourainc. Mais , tout à coup, Ëdouard leur fit dire d'abandonner cette prétention , et d'accepter les offres des Français, assurant que, dans un orage, il venait faire vœu a Psotre- Dame de Chartres de vendre la paix au monde. En conséquence , le traité fut signé. « Édouard lll y renonçait à ses prétentions sur la couronne de France, tandis qu'en retour, le duché d'Aquitaine, que ses prédécesseurs avaient tenu en flef de la France, était érigé pour lui en souveraineté indépendante, à laquelle étaient annexés le Poitou, la Saintonge , l'Aunis , l'Agénois, le Périgord, le Limousin , le Quercy, leBigorre, la vallée de Gaure, rAngoumois et le Rouergue. Lea

BRÉ

FAAJNCË.

comtes de Foix, d^Armagnac, de Lille-

Jourdain, et de Pérîgord, les vicomtes de Carmaing, de Limoges , et les autres seigneurs qui possedaieiU des ûefs dans l'étendue des pays cédés, devaient transporter leur hommage du roi de France au roi d'Angleterre. Un petit territoire autour de Calais, composé des comtés de Ponthieu et de Guines , et de la vicomté de Montreuil, était en niéme temps cédé en toute souveraineté au roi d'Angleterre; le roi de France devant renoncer exf)ressénient a tout droit sur toutes ces provinces , a tout ressort et à toute souveraineté, et le roi . d'Angleterre devant les' posséder comme voisin» et non comme fieudataire.

«A ces conditions, la paix devait être rétablie entre les deux royaumes.

Quant à la rançon du roi Jean, elle

devait être acquittée en argent et non en terres; elle fut fixée à trois millions d'éxus d'or, dont six cent mille devaient être payés sous quatre mois, avant que le roi de France pdt sortir de Calais, et quatre cent mille écus chaque année pendant les six années suivantes. Pour ces payements successifs, Jean devait laisser , au choix d'Édouard, un certain nombre d'o-

ies villes et tous les marahés étant

ouverts sur son passage. Edouard el ses enfants mirent tant de diligence à faire cette retraite , que le 18 mai , ils débarquèrent en Angleterre. Le 8 juillet, le roi Jean fut conduit par le prince de Galles et le duc de Lancaster à Calais, où il attendit que.

l'argent fdt prêt pour le premier payement de sa rançon.

«Les principaux otages livrés par la France pour la rançon du roi et pour * l'accomplissement au traité de Bréligny, furent le duc d'Orléans , frère du roi; le second et le troisième fils du roi, qui furent créés, à cette occasion, ducs d'Anjou et de Berri; le duc de Bourbon; les comtes d'Alençon, de Saint-Pol, de Harcourt, d'Auvergne (comte Dauphin), de Porcien , de Braine; les sires Jean d'Étampes, Gui de Blois , de Coucy , de Ligny , de Montmorency , de Roye, de Préaux, de la Tour d'Auvergne, et plusieurs autres ; enfin , quatre bourgeois de Paris, et deux bourgeois de chacune des dix - buit premières villes du • royaume.

«Tout étant enfin terminé, le traité signé, l'argent et les otages livrés , la liberté fut rendue au roi Jean , qui , pour accomplir un vœu fait pendant

~ 1 Tm — >\A<u awil, ^^HUUIJb

tages, pris entre les plus nobles sei- sa captivité, sortit à pied de Calais, le

gneurs et les plus riches bourgeois de son royaume. Relativement aux droits de Jean de Montfort et de Charles de Blois sur la Bretagne, il fut convenu que les deux rois les régleraient d'après la justice, mais seulement dans la nouvelle conférence qu'ils promettaient d'avoir à Calais au bout de quatre mois , époque fixée pour le premier pa} ement de la rançon du roi Jean.

« Le traité fut juréà Paris, le 10 mai, par le récent, et a Louviers, le IG mai, par le prince de Galles. Une trêve

dimanche 25 octobre, pour se rendre en pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne. 11 n'arriva à Paris que le 13 décembre, s'étant arrête de ville en ville, à Montreuil , à Hesdin , à Amiens , à Saint-Denis , pour recevoir les félicitations des habitants, et les fêtes qu'ils lui donnèrent à son passage (*). »

On sait que plus tard, un des otages , le duc d'Anjou , fils du roi , s'étant enfui , Jean retourna en Angleterre où il mourut en 1364. A ce sujet, on lui attribue cette belle parole : « Si la bomie foi était exilée

^ f~ — — — - — »' - — . wir .M vrurv.in^ ,/ ^t-^l-tf ^-tA^llQÇi

d*une année avait été conclue pour de la terre, elle devrait trouver un donner le temps d'exécuter les diffé- ~ " ' ' . .

rentes cessions qui faisaient partie de la paix définitive; et Tarmée anglaise, accompagnée par des guides français, devait se diriger en droite ligne'sur Calais pour s'y rembarquer , toutes

T. in. 34* lÂvraUan. (Digt. bnctcl. , etc.)

asile dans le cœur des- rois» » An reste , c'est bien à tort qu'on a comparé la détermination de ce prince à

(•) Sismondi, Histoire de France, voL X, p. 570 et suivantes.

BBE

L'UNIVERS

Page 1