‹ France (volume 3)Chapitre 74 sur 105 · VE&S. MI · texte numérisé non relu

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venu, les passions ne sont plus en pré^ sence et ne se défient plus jusque sur l'échafaud ; il est possible maintenant de rechercher, parmi les hommes qui ont joué un rôle dans ces scènes sanglantes , quels fîifent ceux qui com« prirent le mieux les besoins et les ressources de la France. Le parti girondin est un de ceux qui méritent surtout d'être étudiés. Les girondins, tous nés dans la classe bourgeoise, furent , au commencement de la révolution, les plus audacieux réformateurs. Le parti populaire n'était pas encore formé ; le peuple, dont on parlait tant , . ne comptait encore que eomme force numérique. Les girondins furent donc les premiers adver* saires de l'aristocratie; ils se mêlèrent au peuple, dont ils ne connaissaient pas l'énergie, et voulurent s'en servir comme d un moyen révolutionnaire.

L*arme était à deux tranchants : dto les tua en frappant la noblesee. Jusqu'après les événements qui suivirent le 10 aoiU, on voit toujours les girondins à la téte des insurrections populaires; sans cesse on les voit accuser lan^avté; ils parviennent enfin à la renverser, et aussitôt, connne stupéfaits de leur victoire, ils reculent et n'osent point achever leur œuvre; ils voulaient sincèrement la république, ils parviennent à rétablir, et ensuite lia n'osent pas vouloir les mesures qui peuvent seules la sauver; ils 0(d)lient leurs applaudissements frénétiques aux premières vengeances populaires; ils rêvent une république qui puisse assurer à ses enfants la liberté et l'égalité, et quand ils l'ont établie, ils ne savent pas la défendre contre les éternels ennemis de ces deux principes. Effrayés de Taudace de la Montagne, qui, pour arriver à son but, ne recule devant aucune mesure, ils voient partout des dictateurs , des agents de T Angleterre; ils dénoncent sans preuves, lis insultent sans ménagements; puis, entraînés par cette fimesté pensée que Paris est un obstacle i leurs projets , ils conçoivent un moyen de salut , qui est une flagrante trahison : ils veulent diviser en républiques fédérées la

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Franc» qui ne peut avoir de force que par Tunité. Après avoir reçu du peuple Je maodat de donner à la nation une constitution républicaine et de lui assurer la paix en la délivrant à tout prix de la guerre civile ; après avoir voté la peine de mort contre les émi> grés, ils n*bé8itent pas h s'allier a?ec les royalistes et les étrangers , à sou* lever plusieurs départemenis contre la Convention. Voila les fautes des Girondins, disoiis-Ie , voilà leurs crimes; tout le talent dont ils firent preuve, ne saurait les absoudre.

\ Brissot fut Tun des chefs du parti girondin. Né à Ouarville, près de Chartres, en 1764 , il embrassa d'abord la carrière du barreau ; mais il Tabandonoa bientôt pour la littérature. La théorie des lois crimineiles, qu-'il publia en 1780 , 2 vol. in-8% le mit au rang des criminalistes les plus distingués de répoque. De 1782 à 1786, il lit'pamttre les 10 vol. de la BUftiothéque philosophique du législateur, du politique y du jurisconsulte, S2tr les lois criniineUes. Il se rendit ensuite en Angleterre, où il publia de nouveaux ouvrages. A son retour en France, le ministère, auquel sou zèle infatigable pour la cause de Thuinanité l'avait rendu odiçu.v, lui attribua quelques pamphlets anonymes qui n'étaient ças de lui , et le ht enfermer à la Bastille. Rendu à la liberté quelque tempsaprès, mais sous la condition qu'il renonceraità la publicationdeson Jo^/rnal des lycées de Londres, il publia, en J78Ô , à l'occasion des troubles de la Yalachie , ses deux Lettres à Jo»

seph II. sur le dréfl d^émigratim et sur le droit d'insurrection. Il fît ensuite paraître un livre intitulé : de la France et des Etats-Unis , ou de t* importance de la révolution de l'Amérique ppwr le bonheur de la France, 1 vol. in-8**, 1787. Ennemi irréconciliable de toute aristocratie, il fut un des fondateurs de la Société des amis des noirs. Mais un nouveau pamphlet

2u*on lui attribua encore, et dont iiavière fîit depuis signalé comme le véritable auteur, fit alors lancer contre lui une seconde lettre de cachet.

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Prévenu à temps , il se réfugia en Andeterre, d'où il se retira ensuite aux Etats-Unis. La révolution française le rappela en Europe. Il adressa alors à l'Assemblée constituante un plan de conduite pour les députés du peuple, et publia un journal intitulé le Patriote français. Nommé Mentdt après l'on des membres du premier conseil « municipal de Paris, il fut chargé par ce corps d'aller, après le 14 juillet, recevoir des mains des vainqueurs de la Bastille les clefs de cette prison d'État. Nommé à TAssemblée législative par les électeurs de Paris , fl y siégea àTextr("me gauche, et se fit re- " marquer parmi les plus ardents ach ( rsaires de la cour. Dans la question de rémigration, il distingua ceux qui désertaient le sol de la patrie pour aller grossir le nombre de ses ennemis extérieurs, de ceux qui allaient chercher à l'étranger une existence paisible,,

Îjue les ora^ de la révolution leur aisaient craindre de ne pouvoir trouver en France. Inflexible à l'égard des premiers , il réclama surtout des mesures vigoureuses contre leurs rliefs.

« La constitution est achevée , s'écria- « t-il ; nous avons tous iuré * de la «maintenir : les chefs des .rebelles « doivent donc aussi s'agenouiller de- « vantelle, ou ils doivent être à jatt mais proscrits. Tout milieu serait « un parjure, toute mollesse un crime»

« car vous avez juré la eluistitutioa « ou la mort. » Ft comme on lui avait opposé des considérations d'État dans lesquelles il ne voyait que des considérations de famille , il ajouta : « Le « roi d*un peuple libre n*a iioint de « famille, ou plutôt sa première fa- <» mille est le peuple entier. « Quant aux émigranls sans vues d'hostilité, il leur reconnut le droit d'aller s'établir dans le pays dont la constitution leur conviendrait le mieux. Son discours fut couvert d'acclamations pres que unanimes, et quand il fut descendu de la tribune , une immense majorité en vota Timpression , et les mesures ^ui s'y trouvaient proposées contre Témicration armée furent en partie adoptées. Le 20 avril 1792, la,

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Gironde, imprévoyante , exigea et obtint du roi une déclaration de guerre contre le roi de Hongrie et de Boliêine. Brissot, persuadé quMl était de fiutérét et de la dignité de la France d*ap-

S eler solennellement sur les champs e bataille les ennemis secrets de sa révolution , insista vivement sur la nécessité de cette mesure. Ce fut ainsi que la Gironde lança la France, maigri IVpposition des jacobins, dans une guerre qu'elle se montra si incapable déterminer. Au moisde juillet suivant, il pronouça, sur les dangers de la patrie, un discours qui ne fat pas accueilli avec moins d'enthousiasùie qu6 celui qui était relatif à l'émigration.

Cependant, depuis les événements du 20 juin, le mot de déchéance se trouvait dans toutes les bouches ; la majorité de l'Assemblée législative était convaincue que Louis XYI ne pouvait régner avec la constitution, et que la constitution ne pouvait subsister avec Louis XVI. lirissot crut néanmoins

3ue te moment n'était pas encore venu e faire descendre du trône constitutionnel un monarque qui le laissait sourdement miner pour recouvrer un jour , sur ses ruines , le pouvoir absolti. L'opinion quil développa à ce sujet dans la séance du 26 juillet provoqua l'étonnement et l'exposa , pour la première fois, aux murmures et à l'iniprobation des tribunes publiques; toutefois il orit une part active aux événements au 10 août et, a[)rès cette journée, ce fut lui qui rédigea la déclaration adressée par l'Assemblée aux puissances étrangères. Nommé député à la Convention par le département d'Enre-et-Loir , il y fit , au nom du comité de sûreté générale, plusieurs rapports sur les dispositions des puissances étrangères à ré<;ard de la France, et ce fut sur ses conclusions que la guerre fut déclarée , le t*' février 1798 , à T Angleterre et au stathouder de Hollande. Dans le procès de Louis XVI, il vota pour le renvoi aux assemblées primaires. Il était alors l'un des chefs du parti de la Gironde. Le rédt de la lutte qui s'établit aloit entre œ parti et la Monta-

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