‹ France (volume 3)Chapitre 79 sur 105 · BRU FRA · texte numérisé non relu

BRU FRA

tous les partis importants gui s'étnient formés dans leur sein avaient successnement saisi les rênes de iT.tat, tous, excepté un seul... Tannée. Tous aTaîent succombé sans retour; et si le Directoire subsistait encore, c'était parce que, dans In journée du 18 fructidor, la force militaire avait daigné lui prêter Tappui des baïonnettes. La Convention elle-même avait en besoin des troupes pour empêcher la faction royaliste de prendre le dessus; et ainsi, dès le 13 vendémiaire, l'armée avait préparé sou propre avènement à la domination.

Gomment n*y serait-elle pas arrivée? Seul corps sérieusement organisé dans l'Etat, elle savait par expérience quelle force, quelle unité d'action imprime aux masses la direction d'un chef, lorsque ce chef est véritablement digne de confiance. Seul instrument de la révolution qui eût accompli le plus difficile de sa tache, elle avait été initiée par de nomhrenses victoires au secret de sa puissance. JNon-seulement elle avait consolidé au dehors le succès de la révolution, elle était encore devenue la seule sauvegarde contre le retour de l'ancien régime, et puis quelque chose l'avertissait qu'à son tour elle allait s^élancer sur la vieille Europe. D*un autre eôté, épuisée par des secousses inévitables sans doute, mais dont le nombre aurait été moins grand avec un peu moins de hahie contre toute autorité su|)érieure, la nation commençait à soupirer après le repos; elle était disposée à faire quelques sacrilices pour avoir un peu d'ordre. Et qui pouvait mieux ramener le rè^ne de Tordre que le parti militaire, qui n*avait jamais complètement oublié ses vieilles traditions d'obéissance passive, et dans les rangs duquel s'étaient réfugiés presque tous ceux à qui l'anarchie faisait horreur? Il est vrai que sous sa tutelle, la France révolutionnaire courait le risque de n*étre délivrée de l'anarchie qu'aux dépens de la liberté; mais c'était la conséquence et peut-être la punition de tout ce qui avait précède. Pour n'avoir pas voulu donner un successeur à l'ancien chef politique , on était menacé d'avoir

CE. VMS m

un dictateur militaire; on n'avait pas su créer une nouvelle hiérarchie, on allait subir le régime de la discipline, A partir du 13 vendémiaire , le triomphe définitif de l'armée était évident S'il tarda un peu, c'est qu'aucun de ses généraux n'avait encore acquis une prépondérance assez marquée.

Toute la durée du gouvernement directorial peut être considérée comme une époque préparatoire, pendant laquelle l'armée était pour amsi dire en travail d'enfantement. Tandis que l'on discutait à Paris , elle culbutait les étrangers, et se demandait, en portant les regards sur ses généraux , lequel était vraiment le |)lus digne. Il ne se fit pas longtemps attendre; le héros de Toulon , l'homme de vendémiaire, gagna bientôt ses suffrages

{)ar les immortelles campagnes dTtaie. Les seuls rivaux que Ton pât lui opposer étaient des militaires aussi :

tant il est vrai que le cours des événements livrait le maniement des affaires à l'armée. C'étaient les Bernadette , les Hoche , les Moreau , les asséna, les Joubert, en l'absence de Kléber et de Desaix, partis en Égypte avec Bdnnparte; c'étaient enc(fre Pichegru, Jourdan , Augereau, Brune, et une foule d'autres noms célèbres.

Les clubs , les grands corps de l'État eux-mêmes , choisissaient des militaires pour présidents ; chaque parti politique voulait avoir son général : les royalistes comptaient sur Pichegru, sur Moreau peut-être ; les républicains, surtout après la mort du générai Hoche , avaient espoir en Bernadotte. Talleyrand, ministre des relations extérieures, plus clairvoyant que les autres, conspirait pour ie général Bonaparte. Tel membre du Directoire préférait Joubort ; tel autre caressait Masséna ; Barras avait un faible pour Hédouville ; il n'était pas jusqu'à Sieyès , le grand faiseur de constitutions , qui ne comprît que, pour devenir un nouveau Lycurgue , l'appui d'un gagneur de batailles était désormais indispensable. Le gouvernement enfin usait le peu de force qui lui restait , tantôt à opposer les uns aux autres tous ees ooncurrents armés , tan-

4tQ BBV L*Iira

tôt , et c'était le plus souvent , à persuader à celui-ci ou à celui-là qu'il était de taille à se mesurer avec le pacificateur de Campo-Forniio et le

vainqueur des Pyramides. vSous une forme ou sous une autre, c'était toujours le même spectacle : le citoyen 8*effaçaiit de plus en plus devant l'homme de guerre , la petisée réduite à implorer la protection du sabre.

TJne nouvelle coalition de rois profitant de réloignement de BonajÂarte et de son armée , pour venir fondre sur la république, nous avait fait éprouver des revers en Italie : tous les yeux alors se tournèrent instinctivement vers l'Égypte. Après les victoires de Berghen et de Zurich, on n'oublia pas que Brune et Masséna, de concert

Îivec Bernadotte , venaient de mettre a France à l'abri d'une invasion ; mais la défaite et la mort de Joubcrt avaient rappelé (jiie ISapoléon seul savait prendre l'ofieiisive. Aussi, lorsque, inspiré par l'ambition au moins autant que par le patriotisme, il débarqua en France, renthousiasme fut universel.

Le Directoire eut beau lui faire sentir que l'armée savait encore vaincre sans kii , il se consola en pensant que si la coalition était battue, on nen pouvait pas dire autant de Tanarchie goiiveriieinentale. Et puis, celte fois, il se si'rilait moins timide qu'à son retour d Italie ; il lui seinblait que , pendant sa campagne d'Égypte , la poire avait eu le temps de mûrir.

Dès le jour de son arrivée à Fréjus , 9 octobre 1799, il fut aisé de voir qu'il pensait abusi; et lorsqu'il fut ù Paris, sa conduite ne tarda pas à en fournir la preuve. Ému, mais ne laissant rien paraître de son émotion , absorbé dans des méditations profondes , réservé plus encore que d'habitude , froid à tous les éloges et à toutes les fêtes données en son honneur, comme un homme qui aspire à une

filus haute récompense ; agissant peu ui-même, mais laissant remuer ciel et terre à une foule de créatures dévouées, qui l'avaient déjà servi pendant Bon absence , il affecta de ne point paraître en public ; et , pour mieux voir M9m itre vu» il resta d'abord eutermé

ERS. BW

dans sa maison de la rue de la 'Victoire, S*il sortait, c'était en costume d'aca^

démicien, et pour aller assister aux séances de l'Institut , dont il était membre. De peur de réveiller les craintes qu'inspirait à tous la dictature militaire , le soldat se cachait sous l'habit du savant , et habituait ain&i la France à voir en lui autre chose et plus qu'un général , prétention d'ailleurs bien naturelle, et qui ne l'abandonna jamais dans tout le cours de sa vie. Toutes ses pensées , tous ses actes, tendirent constamment vers le même but; enfin, il joua avec un merveilleux talentunrôie qu'il avait bieïi appris d'avance.

Le temps de cette retraite apj)arente était employé h pressentir ro])inioii çubliaue et a sonder les partis. En effet , il ne suffisait pas de vouloir s'élever à la première place, il importait encore de savoir par quels degrés on ouvait y monter. Républicains, royastes, modérés, ou plutôt hommes du milieu, tous avaient besoin d'un chef, tous lui faisaient des avances, comme il l'a dit dans ses mémoires; mais tous ne lui j^romettaient pas la même part , ne lui offiraient pas les mêmes garanties. Quelques-uns exigeaient des conditions trop rigoureuses, ou qu'il ne voulait pas tenir. Il avait besoin de réllechir avant de fixer son choi.\. Le difficile, ce n'était pas de

{jrendre son parti a l'égard des royaistes : les champions de la légitimité avaient besoin d'un nouveau Monck; mais Napoléon ne pouvait s'entendre avec eux que lorsque lui-même aurait hesoin de courtisans. A qui donner la préférence,des républicains sincères,ou de ces prétendus modérés, qui acceptent tous les régimes par amour du repos, bien moins encore que dans Tespoir de s'enrichir? La était le point délicat. Avec les républicains , il fallait s'attendre à des susceptibilités souvent excessives , à des résistances toujours énergiques ; avec les modères, au contraire, pas de chicanes, pas d'entraves ; quelle séduction pour un grand homme, trop confiant dans son propre génie! Deux années 'auparavant, à son retour d'Italie, ITapoléoD

BBC

FRAiNîCE

BBU

n'aurait peut-être pas hésité, soncorur Taurait enlrainé vlts 1rs houiuies sincèrement patriotes, couvaincu qu'on ne s'appuie solidement que sur ce qui résiste; mais, depuis, rOrient avait habitué ses yeux au spectacle du despotisme, et développe en lui une tendance naturelle vers le côté matériel, mais poétique cependant, des choses de la vie.

Cependant il hésite encore , et résistant aux avances réitérées de Sieyès, dont il méjirise le c:iractère, il cherche à entrer légalement au poiivoir,en se faisant nommer directeur a sa place. Malheureusement il n*a gue trente ans, et la constitution en exige quarante pour être admis au gouvernement de l'Etat .

Collier et Moulins, les deux hommes les plus estimables du Directoire, et à qui il s'est ouvert de préférence, le repoussent au nom de la loi et ajournent à dix ans son ambition qui ne peut plus attendre. Voyant alors qu'il n'a plus rien à espérer de la légalité, il se décide à briser une constitution qui le déclare inhabile à aouvemer, lui qui a déjà deux fois fiiit Tapprentissage du commandement suprême , d'abord en Italie, puis en Égypte; lui qui dispose de l'armée; lui , enfin, que les encouragements de la France et les applaudissements d'une multitude de flat* teurs ont conGrmé dans le sentiment de sa supériorité. Poussé à bout par de mesquines jalousies, traité comme un être dangereux, parce qu'il a triomphé de Tennenii plus souvent que les autres, il se rappelle que c*est lui oui a sauvé k Convention au 18 vendémiaire, en mitraillant les sections de Paris, et le Directoire au 18 fructidor, en lui envoyant Augereau , l'un de ses lieutenants. Dana sa passion , aucun acru|N]U ne peut plus l'arrêter; il oublie que cette constitution qu'il va violer, c'est lui-même qui en a assuré le triomphe contre les royalistes. Ce Sieyès qu'il déteste et qu'il méprise , il va le trouver, lui tenore la main et faûre un pacte avec lui.

Dès ce moment, Napoléon n'eut plus le clioix de sa conduite; il fut condamné à réunir autour de lui tous les ambitieux si4)alterae&. Xalleyrand et

Fouché devinrent les dépositaires de se*; |)eiis( es secrètes , et mirent les tristes ressources de leur habileté à son service. Sa maison fut le foyer d'une vaste conspiration , pour le succès de laquelle on employa tour à tour l'intrigue et la corruption, jusqu'à cé que Theure de la violence fiit arrivée. Il serait trop long d entrer dans le détail de tolis les moyens auxquels leâ Instruments de ses pîrojets eurent recours , et dont la responsabilité pèse sur son caractère, qu'il y ait pris ou non une part directe ; il suffira de montrer les principaux fils de cette Singulière comédie qui modifia si profondément la marche de la révolution.

Si quelque chose peut excuser IVapoléon , c est que , mieux aue personne, il connaissait le côté défectueux de la constitution de Tan m ; c'est que le hut auquel il tendait, était évidem<« ment louable, et que, lui personoel- Innciit, se proposait sincèrement le bien et la jiloire de la France. Même encore à Sainte-Hélène , il ne voyait que le heau côté de son entreprise; comme Seipion , fl disait pour toute réponse à ses accusateurs : « Nous protestons que nous avons sauvé notre pai/s;venez avec nousen rendre grâce aux dieux; » justilication plus fièreque Juste, pour ceux qui croient qu'il aurait pu sauver la France pat de meilleurs moyens et aussi d'une manière plus durable. Mais, dira-t-on, le Directoire lui avait fait une nécessité de la ré* yolte. £t quand cela seraitl 11 fallait èn appeler du Directoire à la nation » non pas par l'intrigue et par les armes» mais ouvertement et avec noblesse.

Jamais la. France ne fut jalouse et parcimonieuse envers lui, et, s'il ne s était refusé à fournir des garantiei raisonnables, elle l'aurait certainement mis au-dessus d'une loi aveugle.

Son impatience l'a fait monter plus tôt; mais son impatience aussi a précipité la lin de son règne.

Une fois résolu à la lutte, il eut bientôt fait son plan de bataille ; et saisissant l'à-propos avec son tact ordinaire, ses intrigues et ses avocats à l'avant-garde , ses grenadiers en réserve, il donna le sî^al de Tattaque^

m BBU L'UJSIY£RS. B&U

Un firand nombre de voix lai étant

gagnées dans le Conseil des Anciens gue

présidait Lucien, son frère, ce fut avec le secours de cette assemblée qu'il entreprit de porter les premiers coups au Conseil des Cinq-Cents , où la corruption avait eu moins de prise, parce qu on y avait encore foi dans la aémocratie. Le Directoire étnit -ce qui l'embarrassait le moins. Des cincj membres ui le composaient, trois étaient à sa évotion : si^ès et Roger-Doeos agissaient d'intelligence avec lai; Barras, après avoir essayé de travailler pour lui-même ou pour les Bourboqs, avait fmi par lui promettre son assistance; quant à Moulins et à Gohier, qui persistaient à ne pas vouloir trahir leur mandat, outre qu'ils ne formaient qu'une minorité, Tincxpérience du premier et la bonhomie du second laissaient pour ainsi dire carte blanche.

Ce oui se préparait, allait leur montrer quel fond il laut faire sur un gouvernement à cinq têtes, et combien il est farile de le renverser. Afin de mieux endorniir Gohier, le général Bonaparte s'invita à dîner chez lui avec sa famille

Kur le 18 brumaire; il voulut même voir à déjeuner pour le même jour avec sa femme.

Dès le 15, Napoléon et Sieyès avaient arrêté toutes leurs dispositions. Il fut convenu que le Conseil des Anciens, s'autorisant de Tarticle 102 de la constitution, décréterait la translation du Corps législatif à Saint-Cloud , et notnmerait le général Bonaparte comniatidant en chef de la garde du Corps législatif, des troupes de la division militaire de Paris et de la garde nationale.

Le 18, en effet, après avoir entendu des discours virulents dans lesquels Cornudet, le Brun et Fargues peignirpnt sous de vives couleurs les dangers dont la république était menacée, et h cnnspirafhn permanente des coryphées au manège pour rclablir le règne delà terreur, le Conseil des Anciens rendit à huit heures du matin le décret en question. Il est vrai qu'un grand nombre de membres étaient absents: les douteux, parce qu'ils n'avaient été convoqués que pour plus

tard; les patriotes, parce qu'ils ne IV vaient pas été du tout. A huit heures

et demie , le messager d'État qui en était porteur arriva au logement de Napoléon. Il en trouva les avenues remplies d'officiers de la garnison , d'adjudants de la garde nationale, de généraux, et de trois régiments de cavalfîrie. C'est que, la veille, Napoléon avait eu le soin de faire prévenir les officiers de la garnison et les quarante adjudants de la garde nationale,

3u'il les recevrait le 18 , à six heures u matin. Tous les généraux de l'armée, présents à Paris, avaient reçu la même invitation. Chacun d'eux', ou du moins chacun de ceux qui n'étaient pas dans le secret de la ccmspiration, crut que l'invitation était pour lui seul. Augereau et Bernadnfte seuls ne furent pas prévenus; mais Joseph amena Bernadotte qui , après une honorable protestation au nom de la liberté (*), refusa formellement son concours et se retira. A la réception du message. Napoléon fit ouvrir les battants des portes ; et sa maison étant trop petite pour contenir tant de monde, il s'avan^ sur le perron, reçut les compliments des offîciers , les harangua, et leur dit qu'il comptait s-ir eux tous pour sauver la France. En même temps, il leur apprit que le Conseil des Anciens, autorisé par la constitution ( ce qui n'était pas parfaitement exact), venait de le revêtir du commandement de toutes les troupes; qu'il s'agissait de prendre de grandes mesures, pour tirer la patrie de la position affreuse où elle se trouvait; qu'il comptait sur leurs bras et leur volonté; qu'il allait monter à cheval, pour se rendre aux Tuileries. L'enthousiasme fut extrême ; tous les officiers tirèrent leurs épées, et promirent assistance tXfidéiUe, Alors Napoléon se tourna vers Lefèvre , qui avait le commandement de la division militaire, lui demandant s'il voulait rester près de lui , ou retourner près du Directoire. Lefèvre , fortement ému,

(*) Toyez rartide Bbritadotti dans la

Biographie des hommes du jour |)ar MM.

Sarrut et Saint-Kdme , et dans l'Encyclopédie des gens du monde, t.JU, p. 367,

BRU

4Zt

ne balança pas. Napoléon se mit aussitôt à cheval, etpartit, à la téte des généraui, des officiers et des^uinse cents chevaux auxquels il avait fait

faire halte sur le boulevard , au coin de la rue du Mont-Blanc. Il donna ordre aux adjudants de la garde nationale de retourner dans leurs quartiers, d'y faire battre la générale , de faire connaître le décret qu'ils venaient d'entendre , et d'annoncer

Jfw'o» 7ie devait plus reconnaître que es ordres émanes de lui.

Il sefendit ensuite à la barre du €!onseil des Anciens, environné de sonbrii« lant cortège. Il dit : «Vous êtes la sagesse « de la nation ; c'est à vous d'indiquer, « dans cette circonstance, les mesures « qui peuvent sauver la patrie : je « viens, environné de tous les çéné- « raux , vous promettre Tappui de « leurs bras. Je nomme le général * Lefèvre mon lieutenant. Je rem- « plirai fidèlement la mission que vous « m'avez confiée : qu*on ne cherche « pas dans le passé des exemples sur « ce qui se passe. Rien dans Tnistoire « ne ressemble à la fm du dix-hui- « tiéme siècle; rien dans le dix-hui- « tième siècle ne ressemble au mo* « ment actuel. »

Toutes les troupes étnient réunies aux Tuileries; il en passa la revue aux acclamations unanimes des citoyens et des soldats. Il donna le commandement des troupes chargées de la garde du Corps législ.itif au général Lannes, et au général Murât le commandement de celles qui devaient être envoyées à Saint-Cloud. Moreau fut chargé de la garde du Luxembourg, où Moulins et uohier, qui n'avaient voulu entendre à aucun accommodement , furent retenus prisonniers , quoique les méuioires de JNapoléon , auquel ce récit est emprunté presque textuellement, n'en conviennent pas, et disent même le contraire. Deux procinmatiotis , l'une au peuple, l'autre a l'année, apprirent à tout Paris ce qui venait d'avoir lieu. Le Conseil des Cinq- Cents, forcé par le texte de la loi d'obéir au décret du conseil des Anciens en ce qui concernait la translation

du Corps législatif, et menacé de péHr sous les coups des grenadiers s'il réclamait contre rill^alité flagrante de la nomination de Bonaparte au commandement général des troupes, céda à la force et ajourna sa séance au lendemain 19, en convenant de se réunir à Saint<2loud. Cambacérès , ministre delà justice, Fouché, ministre de la police , et tous les ministres qui ne demandaient qu'une occasion pour adorer le soleil levant, se hâtèrent de courir aux Tuileries.

Après s'être ainsi rendu maître de Paris, Napoléon songea à la journée du lendemain. C'était peu d'avoir renversé le gouvernement existant , il fallait faire reconnaître , par le Corps lé^slatif , le gouvernement nouveau , qui devait se composer- de Napoléon, Sieyès et Roger- Ducos, prenant le titre de consuls. Pocir détruire , la connivence d'une partie du Conseil des Anciens avait suffi; pour édifier, avee quelque apparence de l^alité du moins, le concours du Conseil des Cinq-Cents devenait indispensable. La tentative él;iit audacieuse; aussi avait-on eu la précaution d'éloi-

Êner le Corps législatif de Paris, dont I population aurait pu faire contrepoids à l'armée, et où les directeurs opposants auraient pu être délivrés de leur prison par un mouvement insurrectionnel. A Saint-Cloud, au con* traire , toutes les fraudes , tous les mensonges seraient permis, et, au pis aller , si le ('onseil des Cinq-Cents restait inexorable, le Conseil des Anciens était déjà trop compromis pour reculer.

Le 19, Saimdoudfutlethéfttred'une

seconde scène militaire qui , comme celle de la veille, se lermma encore a l'avantage de Napoléon, mais où le système comminatoire fut impuissantet où ll fallut recourir à la violenee.Le Conseil des Cinq-Cents , auquel on ne pouvait cette fois enlever la parole, fit craindre un instant que cette arme, mise au service de la loi, ne balançât la puissance des baïonnettes. Vainement avant l'ouverture de la séance, les partisans de Iiiapoléon essayèrent

T. m. 28* Ijkfraison. ( Digt. engycl., etc.)

494 BBV LITinVEIlS. BU

de lui gagner ou de lui acheter des suffrages; dès le début de la délibération, PAtssemblée rejeta avec indignation la proposîtîon que fit Émile

Godin de nommer une commission de sept membres pour faire un rapport sur la situation de la republique.

En revanche, elle accueillit avec un enthousiasme indicible la motion de Delbrel et de Grand-Maison , qui , malgré les efforts du président Lucien, de Boulnv de la IMeurthe et de leurs amis pour les en empêcher, demandèrent que rassemblée prêtât de nouveau serment à la constitution de l'an m. Après Tappel nominal qui dura plus de deux heures, tous les députés, et Lucien lui-même, renouvelèrent leur premier serment.

Voyant la mauvaise tournure que prenaient les choses, apercevant oejà des signes d'hésitation dans les rangs de ses soldats, et craignant que le Conseil des Anciens lui-même , electrisé par cet exemple de patriotisme, ne ont une résolution analogue , Napoléon se présenta devant cette assemblée, à qui une lettre de Ln<:arde, secrétaire général du gouvernement, venait d'annoncer que quatre membres du Dlre($toire ayant donné leur démission et le cinquième ayant été mis en surveillance (**), il n'y avait plus de Directoire. Se remettant peu à peu, après quelques instants de trouble, Plapoléon adjura , dans les termes les

5 lus pressants, le Conseil des Anciens e prendre un parti et de pourvoir au salut de la république; mais son éloquence un peu novice ne toucha

guère que les grenadiers , dont les onnets s'apercevaient aux portes de

{*) Cela était complélenient faux , puisque, eonune on vient de le voir, Moulins et Oohier étaient retenus prisointiiMs au Luxembourg, poum'avoirpas voulu donner leur d''mission.

{**) C étuil encore là une supercherie. Ce cinquième' membre était Sieyés, l'un des instigateurs du couiplol , cl qui, pour (li>^siniuitir sa trahison cl faire < ruirc (ju'il clait effeclivetneat en .sur\eillaiice, resta conslanament enfermé dans une voiture à la Boitts des troupes dn général Bonaparte.

la salle, et auxquels l'orateur avait fait une invocation. Linguet, se levant tout à coup , lui dit d*aot Ttàà forte : « Général, nous applaudissoni

« à ce que vous dites ; jurez doncavet « nous obéissancé à la constitution « de l an tti , qui seule peut mainte- « nir la république. » Le piège était habilement tendu. Napoléon en parut un moment accablé; mais recueillant toutes ses forces, et démasquant enfin son ambition , il s écria : « La <i constitution de Tan m ! vous n'en « avez plus 1 Vous ravez violée au c( 18 fructidor, quand le gouverne-»

« ment a attenté a l'indépendance du « Corps léiiislatif ! Vous l'avez violée et au 30 prairial an vu , quand le « Corps législatif a attenté a Tindé- « pendance du gouvernement ! Vous « ravez violée au 23 floréal , quand , « par un décret sarriléi^e, le pouver- « nement et le Corps le^iislatif ont at- (( tenté à la souveraineté du peuple, « en cassant les élections faites par « lui ! La constitution violée , il mt » un nouveau pacte, de nouvelles ga-

« ranties. »

Telles sont du moins les paroles dont il accepta la responsabilité. On ne peut disconvenir qu'elles avaient beailcoup de sens , et qu'après de si flajïrantes violations de la loi, Gohier, Moulins et le parti national furent coupables en lui refusant une dispense d*âge, qui lui aurait permis d'entrer d'une manière moins brusqoè au pouvoir, et qui ne l'y aurait pas laissé sans coi)tre-[)oids. Kn admettant même qu'un hountie de cette nature serait toujours parvenu à son idéal, au commandement suprême , il n'yserait arrivé que par transitions, à mesure qu'il aurait fait ses preuves, et (ju'il aurait perfectionné son éducation politique, véritablement supérieure SOUS quelques rapports, mais encore si ddectueuse sous quelques autres.

Quoi (pril en soit, la sortie de Napoléoîi rendit le courage à ses nombreux partisans dans TAssemblée; elle fut .chaleureusement appuyée parGormidet et par Régnier. Cependant, comme

il parlait d'intri(;ues dont il était entouré , de prétendus patriotes qui lui avaient proposé , pour purifier les Conseils, d'en exclure les plus siiicf^res amis de la patrie, on le sotnuia de nommer k» ooapiûcf. ]| poreBenca les noms de Barras et, de Moulins , qu'il accusa de lui avoir' proposé de le, mettre à la tête d'un parti tendant à renverser tous les nommes qui avaient des idées libérales ; mais lorsqu'on le piessa de révéler des faits plus graves , il fut très-empéché de le taire. Cependant, d'Alphonse avant demandé que l'assemblée réitér:\t le serment de lidélité a la constitution de Fan in , cette motion excita des murmures. Bien qu'une grande partiëT de rassemblée penchîit en faveur do Napoléon , le Conseil des Anciens ne pouvait ou n'osait agir. Le succès de là journée dépendait évidemment du Conseil des Cinq-Cents , à qui appartenait l'initiative; là était le nœud du problème; Napoiéon ne craignit pas de s'y présenter.

C'était risquer son dernier enjeu.

L'exaltation du Conseil des Ong* Cents était portée au oomUe. Bigonnet , comparant le serment unanime de rassemblée à celui du Jeu de Paume, avait dit : w Le premier a fondé la Uberté , le meoné ia eomoHdera, »

On délibénut sur la lettre dans la-

Î|uelle Barras annonçait sa démission, orsque parut le î^énéral Boiuiparte, suivi de grenadiers (jui s'établirent à la porte la salie des séances. L'agitation qui a lieu alom ne peut se oéertre, toute l'assemblée se lève comme un seul homme; de toutes parts on crie : f 'ive la république!. . . j4 bas le tyran î, . . / iire la constitu- Uon de ta» in 1 . . . Hors ta Mie dictateur I,,. A bas le CromweUl Que faites-vous , téméraire f lui dit Rigonnet. Retirez-vous ; vous violez le sanctuaire des lois, ajoute un autre. Est-ce doikc pour cela , général^ que Ici as vaincu f s'écrie Destrem.

On Tentoure , on le repousse , et il tombe dans les bras de ses soldats qui l'emportent.

J^t-ii vrai, jïoiume ou Ta prétendu,

que imrmi les représentant^ qui se

précipitèrent sur lui , il y a^^'t des mains armées de poiii;nards ? N'est-ce pas plutôt une de ces fables eoniine les conspirateurs en inventèrent tant, pendant les deux tournées de^ brumaire? Ce qui le prouve, e'est que, si l'on avait réellement attenté aux jours de son frère , Lucien n'eilt pas continué de présider, et n'eût pas fait des instances pour que Kapoléon fàt rappelé dans l'asseiAblée et entendu.

« Le mouvement qui vient d'avoir " lieu au sein du Conseil , » dit-il aussitôt qu il lui fut possible de se faire entendre, « prouve ce que tout le . M, monde a dans le cœur , ce que ffloi- « même j'ai dans le mien. Il étaft ce- « pendant n.'turel de croire que la « démarelie du ^iéneral n'avait pour « objet que de rendre compte de la « situation des affaires , oe ouelque « objet intéressant la chose pnolique; « mais je crois que, en tout cas, nul « de vous ne peut lui supposer des « projets liberticides.» — «Que le sené- « ral soit traduit a la barre uour rendre « compte de sa conduite !» oit une roix. Bans l'espoir qu'on donnerait suite à cette demande , Lucien cède le fauteuil de la présidence à Chasal. Mais Bertrand du Calvados demande que l'on comnrience par décréter que le général Bonaparte n'est pas le commandant des grenadiers qui composent la garde du ('onseil. Blin propose de déclarer que les six mille hommes

aui entourent l'Assemblée font partie e la garde du Corps tégislatii. • Je « ne m'oppose pas, répond Lucien , â « la proposition ; mais je dois faire « observer que les soiipeons paraissent « s'élever avec bien de la rapidité et « peu de fondement. Un mouvement, « même irrégulier, aurait-îl déjà fait ou- « bl ier tant de services rendus à la liber- « té! Te demande qn'avant de prendre a aucune mesure vous appeliez le gé- « néral. » Les cris Hors la loi ! Aitx voix! la mise hors ia k cùnÈht lê générai Bonaparte ! furent les seulM réponses (jirohtint Lucien, qui venait de reprendre sa place au fauteuil.

Ou le somma iui-méine de mettre

la.

4M. BRU LUJNl

aux voix la mise hors la loi contre son frère. Indigné, il quitte une seconde l'ois le fauteuil , monte a la tribune, abdique la présidence, et en dépose les insignes. A peine est-il descendu de h tribune, que des jsrenndiers entrent brusquement, se saisissent de sa personne , et l'enlèvent par ordre de son frère. C'en est fait de la république : César a passé le Rubioon.

Tous les moj^ens indirects étant épuisés , ISapoleon venait de se décider à la violence ; niais pour faire marcher les troupes contre TAsseniblée nationale, la pVésence de son président n^était pas de trop. Lucien ne se Ot pas prier ; montant aussitôt à cheval , mais oubliant qu'il vient de se démettre de la présidence, il dit aux troupes : « Citoyens soldats , le « président du Conseil des Cinq-Cents « vous déclare que l'immense majorité « de ce conseil est dans ce moment a sous la terreur de quelques repré- « sentants du peuple à stylet, qui as- « siègent la tribune , présentent la m mort à leurs collègues , et enlèvent m les délibérations les plus affreuses.

« . . . . Il vous requiert d'empi )\ ei' la « force contre ces brigands , qui ne, « sont plus les représentants du peu-' « pie, mais les représentants du poi- « gnard. » Voyant que les troupes hésitent encore , il se retourne vers son frère, Tépée à la mam, et iure de la lui plonger dans le cœur, sMl trompait jamais 1 espérance des républicains, s*il attentait un jour à la liberté des Français. Aussitôt le tambour bat la charge , et , au commandement de Murat, une colonne de grenadiers entre dans Tenceinte des délibérations, et en expulse les représentants du fteùple , enlevant de vive force ceux qui osent braver la mort.

Le Conseil des Cinq-Cents dissous, il ne s'agissait plus que de prouver au Conseil des Anciens la légalité de tout ce qui venait d'avoir Heu. Ce ne fut pas très-difficile; ce conseil s'étant formé en comité général: la minorité, aussi active que la majorité était indolente , après avoir déclaré que, ^de$ deux cons^ qui eompth

/ERS. mv

saier^f le Corps législatif, lui seul se trouvait existant, attendu la retraite de celui des Cinq-Cents , s'empressa de décréter que quatre des membres du Directoire exécutif apnt donné leur démission, et le cinquième étant mis en surveillance , il serait nommé une commission exécutive

Erovisoire confiposée de trois memres. On allait procéder à la nomination des membres de cette commission executive, lorsque Lueien fit annoncer que le (Conseil des Cinq-Cents venait de se recomposer. La vérité, c'est qu'il avait rassemblé à grand 'peine vingt-cinq ou trente députés du Conseil des Cinq-Cents, qui erraient çà et là dans les appartements de Saint- Cloud^ dans les corridors ^ dans les cours ; de vrais expectants enfin , qui avaient le secret de Idtentative^ et voulaient en tirer parti : ce sont les propres expressions de Cornet, l'un des apologistes du 18 brumaire.

A cette nouvelle, le Conseil des Anciens rapporta son décret, et approuva la réinstallation du Conseil des Cinq- Cents. Celui-ci , ou plutôt ce conseil des Trente , considérant que le général Bonaparte, les généraux et l'armée sous ses ordres, avaient sauvé la majorité du Corps législatif et la république, attaqués par une minorité composée d'assassins , etc. , etc. , déclara que le général Bonaparte, les généraux Lefévre , Murât , Gardane , les grenadiers du Corps législatif et du Directoire , etc. , etc. , avaient bien mérité de la patrie.

A onze heures du soir, les deux conseils se réunirent de nouveau , et décrétèrent enfin la loi du 19 brumaire, qui ajournait les deux conseils au t*' ventôse suivant, créait deux commissions, de vingt-cinq membres chacune, pour les remplacer provisoirement. Une commission consulaire , composé de Napoléon, Sieyès et Roger-DuGOSy fut provisoirement chargée du pouvoir exécutif. Soixante et un députés furent déclarés exclus du Corps législatif, et un décret condamna h la déportation cinquante-neuf des principaux opposants : trente-sept à

DiyitizOa by GoOglc

BRU

la Guyane , et vingt-deux à l'île d'Oléron ; mais, hautement Uétri par l'opioioa publique , ce décret ne fut pas mis à exécution.

Lorsque des proclamations éloquentes vinrent apprendre à Paris le beau côté des événements, le contentement fit place à l'agitation extrême qui avait d'abord régné, et que l'habileté seule d*iin ministre de la police comme Fouché avait pu empêcher d'avoir des suites dangereuses.

Telles furent les journées des 18 et 19 brumaire. Le nouveau chef de la répnbliaue débuta par où l'ancienne monarchie n'avait pas osé finir. La révolution fut comprimée au dedans, il est vrai; mais elle ne tarda pas à faire explosion au dehors. Par une fatalité déplorable, INapoléon empereur abusa de la gloire, comme la France républicaine avait abusé de la liberté; et, en 1814, en 1815, les mêmes hommes dont il s'était servi dans l'intérêt de ses passions ambitieuses le trahirent pour Tes Bourbons , après avoir trahi pour lui le Directoire. Ces deux années furent pour Tempire ce qu'avaient été pour la république les deux journées des 18 et 19 brumaire.

Voici, d'après le Mémorial de Sainfe-Hélêne, oomment Napoléon luiménie parlait du 18 brumaire : « Il y a loin de là à la conspiration de Saint- Réal , qui offre bien plus d'intrigues et bien moins de résultats : iu nôtre ne fut que taffaire d'un tour de main.

Il est sdr que jamais plus grande révolu t ion ne causa moins d'embarras, tant elle était désirée; aussi se trouva t-elle couverte des applaudissements universels.

«Pour mon propre compte, toute ma part dans le complot d'exécution se borna à réunir à une heure fixée la foule de mes visiteurs, et à marcher à leur tête pour saisir la puissance. Ce fut du seuil de ma porte, du haut de mon perron, et sans qu'ilé en eussent été prévenus d'avance, que je les conduisis à cette conquête; ce fut au milieu de leur brillant cortège, de leur vive allégresse , de leur ardeur unanime que je me présentai à la barre des Ao«

BRC 487

ciens pour les remercier de la dictature

dont ils m'investissaient.

« On a discuté meta physiquement, et Ton discutera longtenîps eneore H nou9 ne violâmes pas les Ms, si nom ne fûmes pas criminels; mais ce sont autant d'abstractions bonnes tout au plus pour les livres et les tribunes, et qui doivent disparaître devant l'impérieuse nécessite; autant vaudrait accuser de dé^t le marin qui coupe ses mâts pour ne pas sombrer. Le fait est que la patrie sans nous était perdue, et que nous la sauvâmes. Aussi les auteurs, les grands acteurs de ce mémorable coup d'État, au lieu de dénégations et de justifications, doivent-ils, à l'exemple de ce Romain , se contenter de répondre avec fierté à leurs accusateurs : « Psous protestons que nous m avons sauvé notre pays ; venez avec « nous en rendre grâce'aux dieux. »

« Et certes, tous ceux qui dans le temps faisaient partie du tourbillon politique ont pu d'autant moins se.

récrier avec justice, que tous convenaient qu'un changement était indispensable, que tous le voulaient, et que chacun cherchait a l'opérer de son côté. Je fis te mien a l'aide des modérés; la lin subite de l'anarchie, le retour immédiat de l'ordre, de l'union, de la force, de la gloire, furent ses résultats. Ceux des jacobins ou ceux des immoraux auraient-ils été supérieurs?

Il est permis de croire ^ue non. Toutefois, il n'est pas moins très-nattnrel qu'ils en soient demeurés mécontents, et en aient Jeté les hauts cris. Aussi n'est-ce qu'a des temps plus éloignés, à des hommes plus désintéressés qu'il appartient de prononcer sainement sur cette grande affaire. »

Ces temps éloignés sont venus, et aujourd'hui le 18 brumaire est jugé par rhistoire. Il eut des résultats heureux, parce qu'il rendit au pouvoir l'unité qu'il avait perdue depuis la mort de Louis XVI. En ce sens , Napoléon avait bien droit d'en être fier; mais il n'est pis autorisé h dire qu'il accomplit sa révolution avec le secours du parti modéré; le parti militaire a été le yéritable instniment de son

triomphe. Ces préteodus modérés^ ce sont IttSieyès , les Fouché , les Talfey- ^ rand , les Caïubacérès , tous hommes sur le compte desquels Napoléon s'exprime avec assez peu de niénns^rmmts :

Barras lui-même, le coryphée des immoraux y a été nris pour complice.

Ceux qui sont qualifiés si dédaigneusement du nom de jacobins , c'étaient Jescheft di^ parti nation^il, et jSnpoléon, avant de les insulter, avnit essayé de les attacijer à sa cause. Si son ambition, inoins impatiente, avait consenti à donner quelques gages de désintéressement à la liberté, une transaction aurait fini par avoir lieu» un peu plus tôt, un peu plus tard; la France y aurait gagné,JNapoléon aussi, et nous ne itérions pas , à Theure qu'il est 4 sous le coup des traités de 1815.

Brumath, Dreucomagus , petite ville de l'ai.ciennc Alsace, aujourd'hui chef-lieu de canton du de|jartement du Bas-Rhin, à dix-huit Idiomètres de Strasbourj^.

L'origine de cette ville est très-ancienne; Ptolémée la nomme comme la capitale des Trihoques. Elle devint, sous les Romains, une place considérabtef fut ravagée par les barbares et réduite à n^étre plus qu un faible vit- Jage au cinquième siècle. Relevée en 1336, par Louis de Bavière, elle fut ruinée de nouveau en 1C74. Elle compte maintenant quatre mille soixante-deux habitants. C était, avant la révolution, le chef-lieu d'un bailliage considérable.

A un kilomètre (le Bru math se trouve le hel établissement dcSlcphansfelden, fondé vers Tau 1:220, par les comtes jde Werd , pour servûr d*hospice aux ienfants abandonnés.

Bbumoy (Pierre), né à Rouen en 1 704, estun des plus habiles professeurs et des littérateurs les plus savants que les jésuites s'honorent d*avoir produits^ Ce qui a surtout fait vivre son nom c'est son ouvrage sur le tiiéàtre grec. Au dix-septième siècle, le théâtre grec n^avait été justement apprécie que par les grands génies cjui rimituiitiil ou s*en inspiraient. La société et la plus grande partie des hommes de lettres •ne le comi^ssaient que d'apries dç

plates et informes traductions, et sie raisaient une médiocre idée de l*art dramatique des anciens, qu'ils mettaient bien au-dessous de celui des modernes. Des érudits étudiaient et commentaient les textes de Sophocle et d'Euripide sans juger ni chercher à feire apprécier leur génie. Le travail du P. Brumoy eut le mérite de détruire ou d'atïaiblir dans le public des préventions dont la principale source était l'ignorance : plus accessible et plus agréable qu'un ouvrage d'érudition, conçu de manière à faire ressortir les plus belles parties des tragiques grecs, il popularisa des chefs-d'œuvre trop longtemps méconnus , et donna à beaucoup de lecteurs du goût pour la scène antique. Sans doute, on a foit après lui dfes traductions plus exactes et pour le sens et pour la couleur; san^ doute, les analyses qu'il donne, quand il ne traduit pas, offrent plus d'un anachronisme de langage; sans doute, dans son introduction, quand il aborde la théorie de l'art dramatique, les principes qu'il établit ne sont pas toujours justes , et plus d'une confusion peut être reprochée à sa critique. Mais rien de tout cela ne doit f^itt méoonnattre la salutaire influence exercée par ce livre et son mérite réel. Le style do la traduction est ordinairement facile, naturel, intéressant. Dans les remarijucs, on est bien aise de voir adopté uii grand principe de critique que le dix-septième siècle n'avait pas assez coniui, savoir, la nécessité de tenir compte, dans la comparaison des ouvrages httéraires, de ces différences

âue produit la diversité des époques, es mœurs et des usages. Le P. Brumoy a le mérite d'avoir senti qu'il fallait souvent se fain; Athcnien pour juger le théâtre d'Athènes. Seulement, au moyen de cette excellente règle de critique, il se dispense trop souvent d'avoir un avis sur les questions difficiles (jni se présentent. Souvent, au lieu d'examiijer ce qui fait la beauté de certains passages entièrement éloignés de nos habitudes et qui paraissent même étrangers et bizarres au-premief abord, il dit : « Tel était Tesèri^ 4«9

Page 1