BU L'UNIVERS. ELI
le double de cavalerie, eulbuta celîe de M. le prince , et la repoussa dans le défilé ; démasquant ensuite sa batterie, il tira avec grand avantage sur des troopiee serrées dans le passage qui traversait le bois.
n M. le prince jugea la position trop forte pour être enlevée a un général tel que Turenne , et ne se hasarda plus dans la plaine. U ût avancer son artillerie, et la journée s^acheva à se canonner de part et d*autre. Le soir, Tarmée royale se replia 4a bon ordre sur Gien.
« Turenne fut accueilli comme un aauveur, et la reine reconnut hautement qu'il venait de remettre la (;ouronne sur la tôte de son (ils. En effet, si M. le prince, arrivant à Gien avec son armée victorieuse, se fUt emparé de la personne du roi , les oonséquences d'un tel événement, dans les dispositions où les esprits étaient alors, pouvaient être la chute du trône ou le Changenicnt de dynastie (*). »
Blettekik (Jean-Philippe-René de la). Voyez La. Blbttbbib.
Bleus. — Les royalistes de la Vendée appelaient ainsi les soldats des armées républicaines.
Blidah, Belida ou Beltdf.ah, ▼nie de r Algérie , au sud é\\ Iger et dans la province de ce nom. Belida fut visitée par le maréchal Bourmont le 23 juillet 1830. Cette excursion n'avait d'autre motif qu'un sentiment de curiosité. Les habitants reçurent très-bien la colonne expéditionnaire. Mais le lendemain, pendant le retour, les kabyles nous harcelèrent vivement. T.e 18 novembre 1830, cette ville fut occupée par les Français ; le maréchal Clausel s*en empara de nouveau pendant son expédition de Médeah. Le général Achard , après avoir battu l'ennemi , s'avança jusqu'aux portes de Beiida, et s'apprêtait a les abattre h coups de canon , lorsqu'elles
(*) Saint-Aulaire, Hbtoire de la Fronde, ch. XVII, I. ni, p. ro', . C'f. Mémoires de Napoléon, écrilj» à Sainte Hélène, ui'i l'on trouve une appréciation de la conduite des f^oértOK peâonl cette Journée.
furent ouvertes par un officier et quelques voltigeiirs qui avaient escaladé les murs, l^a ville était déserte; la population s'était sauvée dans les montagnes. Les habitants ne revinrent que le lendemain, sur les assurances du général en chef.
Sans entrer dans le récit des événements dont Beiida a été le théâtre depuis la conauéte , nous croyons devoir nire connaître les mesures prises récemment par le maréchal Valée pour hâter la colonisation de ce point si important de l'Algérie. Il a été décidé qu'une enceinte composée d'un parapet et d*un fossé , et flanquée de distance en distance par des blockhaus, protégera tout le terrain mis en culture.
Plus de mille liectares seront ainsi défendus, et deux cents environ, pourront en outre être cultivés sans danger sous le feu des retranchements.
LesanrienscainpsdeBlidahserviront d*enceinte à dt s villages français que les Arabes ne pourront attacjuer, lors même qu'ils parviendraient à pénétrer dans I intérieur des lignes; ces villages seront , d'ailleurs, vus par la plaoe de Blidah. qui est aujourd'hui dans Utt excellent état de détense.
Quant à la ville , les trois mille indigènes ont été resserrés dans un quartier séparé de la ville française, et sou- . mis au feu de la citadelle' Le reste de la ville sera concédé aux colons. On a laissé de vastes espaces pour les constructions nécessaires à élever. La maison de Taga a été érigée en hdtel de ville. Une mosquée a été consacrée au culte catholique, et deux mosquéei ont été réservées aux mahonietans.
Blin de Saii\mohe (Adrien-Michel- Hyacinthe) , né à Paris, le 15 février 1733, de parents ruinés par le système de î,aM', chercha dans la culture des lettres une consolation et une ressource contre la misère. Il avait déjà publié un grand nombre d'ouvrages, sans avoir beaucoup amélioré son sort, lorsqu'en 1776 il fut nommé censeur royal, et reçut une pension sur la Gazette de l'rance. Il fut un des fondateurs et ensuite le secrétaire per])étuel de la SodéU pMkmthropique,
BU
élalilissement fondé par la phiknoplm^
pour rivaliser de bienfaisance aven la charité chréticnne.Louis XVI le nom ma ^arde des archives, secrétaire et liistoriograpbe, et le décora même des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit; mais la révolution l'avant privé de ces places et des revenus qu'il en tirait, il se serait trouvé dans un état voisin de b misère, si la grande^diichesse de Russie , depuis impératrice douairière, ne fût venue à son secours. 11 fut nommé, en 1 805 , conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal , et mourut deux ans après, le 26 septembre 1807. Aucun des ouvrages publiés par Blin de Sainmore ne s'élève au-dessus du médiocre ; cependant on y remarque , en général, du bon godt,' un grand sentiment des convenances, et beaucoup de respect pour les vrais principes die la saine littérature. (Test la justice que Voltaire lui-même n'a pas dédaigné de lui rendre. ( Voyez ses Le^/m 62* et 53'" des 15 et 18 juin 1764.)
Blin (Joseph), député du département d'Ille-et-Vilaine au Conseil des Cinq -Cents, était né à Rennes en 1763. Il fut un des députés qui se (irent le plus remarquer par leur indépendance « et qui s opposèrent avec le plus d'énergie aux événements du 18 brumaire. N'ayant point été admis, après celte époque, au nombre des membres du Corps législatif, il retourna à Bennes, où il reprit les fonctions de directeur des postes quMl y exeri^ait précédemment. En 1815, ilfutmisala téte de la fédération des cinq départements de la Bretagne ; et , le 23 avril , il présida à la rédaction du pacte fédétatif , oiî l'on prenait rengagement de résister de tous les moyens à une invasion étrangère. Destitué de ses fonctions de directeur des postes à la restauration , Blin se retira à cette époque è la campagne, où il vécut jusqu'en
Blin (Pierre) , frère du précédent^ naquit à Rennes en 1758. 11 exerçait a ?ïantes la profession de médecin, lorsqu'il fut nontmjé député du tiers état de la sénédiaussée de cette ville aux états généraux. Le 7 novembre 1789,
il vota pour une les fonctions de ministre et celles de député fussent déclarées incompatibles. Lors de la discussion qui s'éleva à propos de l'insurrection des noirs à la Martinique , il proposa de laisser les colonies se constituer elles-mêmes. En 1790, il vota contre un impôt sur le luxe, demandé par Maury , et , quelques jours plus tard, pour la suppression des ordres religieux. Le 22 février, il s'enn porta jus()u'n dire que recourir au roi pour apaiser les troubles des provinces , c'était « envoyer des assassins pour réprimer des assassinats.» En 1791, il
f>arlaen faveur des bommes de couleur ibres , et , à la fin de la session , il proposa un décret pour remplacer celui du 15 mai (*). Il rentra dans la vie privée après la session de l'Assemblée constituante. Il se montra, en 1814, Tun des plus zélés partisans de la restauration, et fut nommé, en 1815, conseiller de préfecture du département de la Loire-Inférieure. Il occupa cette place jusqu'en 1890, époque où il se retira à la campagne. Il y mourut en 1831, Agé de soixante et seize ans.
Blockhaus, mot allemand qui signifie /or^ de boU ^ fortin /ait avec des madriers ou aes poutres. Nous avons pensé que nos lecteurs trouveraient ici avec plaisir quelques documents sur l'histoire de cette ts[)ece de fortifications dont notre armée d'Afrique feit un si fréquent usa^e. Montécuculli, dans ses Mémoires, nous apprend que les Turcs se servaient, dans leurs guerres, d'ouvrages nommés paianques ; ti i\ cite Tmcursiou
S|ue fit. pendant la campagne de 1661, e général de l'artillerie, comte de Souches, du coté de Bude, où il ruina les palanques de Wal , de Sambock , et deux autres garnies de troupes et éloignées de tout secours. Ces ()alanques , d*après ee que dit Feuquières, n'étaient autre chose qu'un circuit entouré de fossés , avec des parapets en fortes palissades. Les armées autri- .chiennes et hongroises adoptèrent cet usage qui leur parut bon, en y appois.
(*) Yoir le mot AMUuii
VmViEM^
MA
tant toutefois les améKoMlions qu6
l'expérience et la connaissance de Tart rie la guerre leur indiquèrent. Néan> moins, en 1778, on ne s'en servait encore que comme d'un poste avancé et irttriioché. Cest à eette époqœ que anit lia première patanque oett¥eite, laquelle on donna dès cp moment le nom de blockhaus. lUie fut construite à Schwedelsdorff en Siiésie ; mais les bbos avec lesquels en rMtaqua y pt&^ iluîstrent une fumée teHesmit BaBh^ eante, que les défenseurs, ne pouvant y Irésister, furent obligés de se rendre.
Ce blockhaus , dit Gassendi , n'était ijpi^uii eorps de garde reiMitt défensflT par une palissade à créneaux qui Ten^ toarait, ou pnr une double palissade 'dont l'intervalle était rempli ae terre, avec un toit en poutres jointives, recouvertes rie trois pieds de terre. De- )nris, on en fit des redoutes h fossés construites de même; mais ce parapet de terre entre deux palissades ne pouvait résister à la moindre artillerie, et on le fit en palanques. Ce mot ne signifiait çlus alors ce qu'il exprimait dans forigine ; les palanqoes , ae nos jours , ne sont point, à proprement dire, Vouvrage lui-même , mais le bois avec lequel on le construit. Ce sont des palissades rondes, ou de tnis troncs d*ai1)res droits et entiers, auxquels on donne la longueur des palissades, et qu'on plante a soixânte-hnit millimètres de distance. Mùller dit , dans un Héinoire puUté en 1783 , sur la forli* fication , que la dernière guerre de la succession avec la Bavière donna lieu à la construction d^oB grand nombre de blockhaus.
D'après an mémoire écrit en 1793.
t1 paraîtrait que les Anglais faisaienl depuis longtemps usage des blockhaus dans leurs guerres en Amérique. F:nfin, on trouve dans une note présentée au ministre de la guerre (12 juillet 1799)^ et TdatiTe à la éémolitlOB des fortifitcations de INTanheim, le passage suivant ! " C'est sur les fronts du Hhîn que cette dcniolition s'est d'abord exécutée. Il est temps encore de la suspendre et d'y établir quelque bonne aéfenic en déblayant les fossés , et «é-
^rsAt les bfèi^As pif ^es ffwm iIb
grosses charpentes , comme sont construits les blawkouses des j4tnéri' cainsj les palanques des Turcs y derrière lesquels des braves ont fait la )»lus vigoureuse résistanoe. »
L*aimée française se servait peu de ce genre d'ouvrages ; cependant on remploya quelquefois pendant les f»uerres de l'empire , lorsque les eirconstanoes rexigeaient. Plusieurs des iMoekhiiiiB construits par l'armée française existent encore dans différentes places, et notamment dans celles de Sarrelouis , Mayence et Cologne. Les Prussiens ont oonserré tous cent que nous avions étaUis dans tes fortercMes 4è leur pays , et ils en ont même aug^ m en té le nombre. Pendant les guerres d'Espagne , le maréchal Marmont ordonna la construction de forts en bois, désignés sous le nom de teharêacq, et qui n'étaient autre cilOBn que 4e véritables blockhaus.
Le blofkliaus ordinaire est donc un fort en bois, entouré ou non d'un ftssé. n sert quelquefois de réduit no ouvrage ; souvent aussi on emploie de petits nlockhaus dans les parties de fossés non flanqués , dans les angles morts des tenailles, etc... La forme 4e 1968 ouvrages dépend de leur ol^ et ds leur position.
Dans 'les pays de montagnes, le blockhaus est le meilleur retranchement que l'on puisse établir; car, outre la ftcUité que l'on « de s'y procu* rer des bois de constraction , ifest avec beaucoup de peine que l'ennemi peut y amener de 1 artillerie; et, dans de pareils sites, il n'est guère possible deoonstruive des ouvrages découverts, Sans qu'ils soient demmés d\ine manière trop désavantageuse.
Le blockhaus est ordinairement un rectangle. Il a de six à huit mètres de largeur, de manière que l'on puisse
{>lacer, le long des grands côtés, -deux its de camp qui servent aussi deimnquettes pour faire feu , tout en conservant deux mètres de vide mut la circulation dans le milieu. La hauteur est de trois mètres , s*il y a ^ lits de camp, afin que les démsenn puis-
sent aiséiTient diarger leurs fusils, éHe n*est que de deux mètres cinquaute Centimètres s'il n'y en a point , et » dans ce dernier cas , on peut réduire fa largeur à quatre mèlres. Si la localité le permet, la projection horizontale du blockhaus oeat avoir la forme d^une croix , dont les brandies sont à angles droits , ce qui fait que les feyx se flanquent mutuellement , et ce qui fncilite d'ailleurs Tassemblage despiè* ces de la charpente.
Le profH du i>lockhdiM \ar!e , boitant i|ti'U doit résister à la mousqueterie ou à l'artillerie. Dans le piTinior cas , on emploie pour faire les parois extérieures , des poutres de vingt-cinq h ttent» centimètres d'équarrissage , qui sont enfoncées en terre d'un mètre au moins , et couronnées horizontalement d'un chapeau. Des poutrelles, sur Jesquelies sont placés jointivemeat ées plateaux , forment nu toit que J'en recouvre d*une couche de terre ée cinquante centimètres d'épriisseur.
Pour que l'ennemi ne puisse pas incendier le blockhaus , on creuse un fossé dont les terres sont relevées contre les parois ]usqu*à la hauteur des créneaux , et en partie employées à le couvrir et à former tout autour un petit glacis sur lequel on multiplie les otetaâes, tds que trous de loup et autres défenses accessoires. Un petit pont tournant donne .entrée dans le blockhaus.
Le blockhaus destiné à soutenir l'attaque^de l'artillerie diffère du précédent, %tt ce que son enceinte est formée de deux rangées de poutrelK jointives an lieu d'une seule.
Le 9 mai IS07, pendant le siège de Dantzig, deux détachements de sapeun , soutenus par nn piquet d*fnlanterie, poussèrent une reconnaissance sur les blockhaus des places d'armes ; mais assaillis par un feu très- vif parti lie ces ouvrages , ils furent obfisés de se retirer , et fnn de œs Uocknaus , celui de la place d'armes rentrante de droite , donna lieu à un siège de plusieurs jours.
Quant au blockhaus à deux étages de fttt d'toftmtef ie , adopté poui- l'ex-
pédition d'Alger en 1830, et dont on tait encore fréquemment usage en Afrique, il ne peut résister qu à des attaques d'infanterie et de cavalerie.
Le rez-de-chaussée est nn carré de six mètres de côté : l'élévation du plafond au-dessus du sol est de trois mètres. L*ëtage qui le surmonte ^ un carré de sept mètres cinquante centi»
mètres de côté et de deux mètres cinquante centimètres de hauteur. Généralement ces blockhaus u ont point de lits de camp ; les hommes couâicot • dans des hamacs de campement au prenn'er étage, et le rez-ae-chaussée sert de magasin pour les vivres et our les munitions. Une trappe sert e moyen de communication entre le rez-de^îbaussée et l'étagè otj l'on parvient avec une échelle. Le pied du blockhaus est défendu par des feux partant des créneaux pratiqués au Dourtour du plancbeir de Tètage qui fait saillie sur le rez-de-chaussée.
Ces blockhaus sont entièrement en bois; cependant il y en a quelquesun^ dont le rez-dè-chaussée est eu ma,çonnerfe jusqu'à trois ou auatne mètres ati-dessus du sel , et fétage seulement en bois. Ils ont un toit en planches pour garantir les défenseurs.
Les pièces qui entrent dans la constructton des blockhaus portent toutes une lettre de série avec un numéro d'ordre ; elles sont disposées à l'avance, et il suffit, pour les établir, de huit heures de travail et de trente-six liornmes exercés. On communique à Fex* t;érieur par une édiéHe de meunier
ri conauit à la porte qui se trouve l'étage. On place habituellement dans on blockhaus un poste de quinze à vingt hommes
' Blctccs GOHTiNENtAL. d'est aticone mesore politique qui.aiJiétéalisâ
gel , HMUMt et MeebzeBskî «Mit ttMtfré deift
construction dos i)lockhaos; lenrs ouvrages bonl écriu pu iUWwaud. JLe twionel suisse Difoiir, duM Mn Tretié ét /itrmUuù^n^ doune aussi des délaîli mmk éleodiM eer
les blockbans, niais en France aucun auteur.n'a traité celte maliciei du UMMasd'iUie manière coiuplètc.
diversement appréciée que- le blocus continental : les uns y voient le chefd'œuvre de la penst'e. napoléonienne; pour les autres, ce n'est qu'une grande aberration d*nn homme de génie en délire, et un retour vers les errements de la barbarie. Ces jujiements contradictoires n'ont rien qui doive surprendre; des éléments si divers figurent dans le système continental , ce système est si vaste et si gigantesque , il touche à tant d'intérêts opposés que, suivant qu'on en considère telle on telle partie, il présente un boa ou un mauvais côté. Noo-seulement c'est uu
Sroblème fort complexe , et qui offre e nombreux points de vue ; mais , comme il est né de circonstnnres exceptionnelles , en un temps de crise européenne qui n'a pas d'analogie dans l'histoire, il est aussi difOdle de le juger avec impartialité que de l'embrasser dans son ensemble. Pour !e comprendre d'une manière satisfaisante, il est nécessaire de l'envisager au moins sous trois aspects différents; en effet, il a été en même temps une machine de guerre qui nn't la Orande- Bretagne fort en danger , un plan politique à l'aide duquel INapoléon fut à la veille de renouveler rempire romain, et une conception commerciale
a ni prépara l'émancipation de l'inustrie européenne. Mais il convient, auparavant, de rappeler eu peu de mots les faits qui ont motivé ce système, et ceux auxquels lui-même a donné naissance.
Le blocus continental commence au décret de Berlin, daté du 21 novembre 1806. U y avait alors un peu moins d*un an que le combat de Trafalgar (21 octobre 1805) avait porté un coup mortel à notre marine. Triomphante sur le continent , la révolution française avait presque toujours été malbeureuse sur ner: les batailles d*Aboukir en 1798, du cap Finistère et de Trafalgar en 1805, et eniin le désastre du 6 février 1806 dans la baie de Saint-Domingue, où cinq vaisseaux français , derniers débris de.nos flottes, succombèrent sous les coups de vaisseaux anglais» nous avaient
mis , (K)ur longtemps, dans Timpoili-
bilité de tenter encore la fortune sur les flots. Vn morne découragement avait succédé aux premières espérances de nos marins; le moment n'était plus où Napoléon mettant à la voile |>our i'Kgypte avait pu leur dire :
« Imitez les soldats romains, qui surent à la fois battre CarUiage plaine et ies Car^aginois ew lewre fioUes ; 1* le génie de Nelson , et plus encore peut-^tre l'indécision inhérente au caractère de Villeneuve, avait fait tomber le pavillon de la Rome moderne devant celui de la nouvelle Cartilage. Cependant, loin de se laisser abattre , ]S'afK)léon résolut de combat* tre l'Angleterre avec des armes nouvelles , et de coaliser, contre sa dictature , tous les peuples maritin^es. Le 21 octobre 1806, le cabinet de Londres , par un intolérable abus de la victoire , et en violation du droit des gens, avait osé déclarer la France entière en état de blocus. Voici comment Napoléon lui répondit par te décret de Berlin, le 21 novembre de la inéme année :
« Considérant que l'Angleterre n'admet pas le droit des gens suivi universellement par tous les peuples policés ; qu*elle déclare bloquées des
places devant lesquelles elle n'a pas même un seul bâtiment de guerre, quoiqu'une place ne soit bloquée que quand elle est tellement investie qu on ne puisse tenter d'en approcher sans un danger imminent; quelle déclare même en état de blocus des lieux que toutes ses forces réunies seraient incapables de bloquer, des côtes entières et tout un empire ; que cet abus monstrueux du droit des gens n'a d'autre but que d'empêcher les communications entre les peuples , et d'élever le cx}mmerce et Tindustrie de l'Angle-, terre sur la ruine de l'industrie et du commerce du continent; queteléteot le but évident de l'Angleterre, quîconue fait sur le continent le commerce es marchandises anglaises favorise par là ses desseins et s'en rend complice; que cette conduite de l'Angleterre, digne en tout des premiers âges
BLO FRAiyCE BLO 83
de la barbarie , a profité à cette puis- réalité, il la pinçait dans Taltemative sance au détriment de toutes les au- de prêter les mains à sa ruine, ou très ; qu'il est de droit naturel d'op- d'accepter la responsabilité de la conposer à Tennenii les armes dont il se tinuation des hostilités. Les droits des sert, et de le oQpnbattra de la même neutres étaient évidemment violés; manière qu'il combat , lorsqu'il nié- niais, suivant Napoléon , c'était dans connaît toutes les idées de justice et leur propre intérêt , seulement pnr retous les sentiments libéraux^ résultat présailles et d'après l'exemple del'Ande la civilisation parmi les hommes; gleterre. L'Curope entière était mise
« Nous a?ons i^ésblu d^appliquer à en demeure de prendre parti pour la
l'Angleterre les usages qu'elle a con- France, qui réclamait la liberté du
sacrés dans sa législation maritime. . . eommerce et delà navigation, ou
« Nous avons en conséquence dé- pour son ennemie qui voulait garder
creté et décrétous ce qui suit : le monopole industriel. L'Angleterre
. « Art. 1*'. Les Iles Britannniques avait mis la France au ban des mers;
sont déclarées en état de blocus. la France, à son tour, mettait l'An-
« 2. Tout eommerce , toute corres- gleterre nii han (fti coîitinenf. L'une
pondancc avec les lies Britanniques et l'autre possédaient les moyens de
sont interdits. faire respecter leurs décisions , si
« 3. Tout individu sujet de l'An- dures qu'elles fussent; car, depuis
gleterre, de quelque état et condition Trafalgar, l'Angleterre ne connaissait
qu'il soit, qui sera trouvé dans les plus de rivale sur les flots, et depuis
pays occupés par nos troupes, ou par léna, la France avait décidément eon-
ceïies de nos alliés, sera lait prison- quis la suprématie en Europe. J^a
nier de guerre. lutte agrandie embrassait le champ de
« 4. Tout magasin, toute marcfaan- Tunivers entier, dise, toute propriété , de quelque na- Toutefois , l'Angleterre avait un
ture qu'elle puisse être, appartenant trop grand avantage pour céder du
à un sujet de l'Angleterre, sera déclaré premier coup; son omnipotence sur
de bonne prise. mer était complète , tandis que la
5. Le commerce des marchandises France, seulement prépondérante , se . anglaises est défendu; et toute mar- trouvait encore , même après Tabaischandise appartenant à l'Angleterre, sèment de l'Autriche et de la Prusse, ou provenant de ses fcibriques et de en présence de l'empire russe, jusqueses colonies , est déclarée de bonne là intact, et avec lequel de grands méprise, nagements étaient nécessaires. L'An-
gleterre résista donc au décret de
7. Aucun bâtiment venant direo- Berlin; par un ordre du conseil , du
tement de l'Angleterre ou des colonies 7 janvier 1807, elle défendit à tout
-anglaises, ou y ayant été depuis la bâtiment, sous peine de conliscation,
publication du présent décret, ne sera d'aborder soit dans les ports iraïK^ais,
reçu dans aucun port. soit dans les ports des pays placés
« 8. Tout bâtiment qui , au moyen sous l'influence de la France. De son
d*une fausse déclaration , contrevien- côté , Napoléon , en exécution du dé-
dra à la disposition ci-dessus , sera cret de Berlin, ordonna, le 25 jan-
saisi, et le navire et la cargaison se- vier 1807, la confiscation de toutes les
root confisqués comme sMls étaient marchandises anglaises en dépôt dans
propriété anglaise, etc., etc. * , les villes anscatiques. Il fit plus : il
Ce décret était d'ime grande audace; remporta, sur les Russes , la victoire
il retournait contre l'Angleterre son de Friediand. et, par la paix de ïilsitt
propre triomphe. En apparence , il (7 juillet 1807 ) , força l'empereur
n'avait d'autre but que de faire con-* Alexandre à entrer dans le système
notir enfin cette puissance à la paix français.
et à 14 révision du droit maritime; en Alors, voyant notre prépondérance
!• lU. 8* IMntàsm. (DiGT. BNGYCIi*, BTC). S
UUNIVERS.
BLO
loujours croissante , la Russie ellem^>me, soumise à notre ascendant, et • le iNord tout entier prêt à se déclarer tontre elle . TAngleterre ne connut plus de bornes. Il était évident pour elle , qu'après les derniers succès de Napoléon, le Danemark serait désormais incapable de faire respecter sa neutralité, et que ses vaisseaux pouvaient, d'un moment à Tautre, fournir h la France les déments d'une Douvelle flotte et les moyens de recommencer la guerre maritime. Ce n'était pas au moment du danger que le cabinet de Saint- James, naturellement perfide, devait reculer devant un forfait sans exemple dans l'bistoire modt rne : le 6 septen)hre 1807, la ville de Copenhague, surprise par trabison, fut bombardée, et sa flotte, composée de dixhuit vaisseaux de ligne et de quinze frégates , emmenée en Angleterre.
C'était une déprédation di^^ne de la puissance qui, forcée en 1793, d'évacuer Toulon , avait , à Tbeure de la fiiite, incendié notre flotte et nos arsenaux; qui, en 1799, lorsque la Russie se retira de la coalition, avait ravi les restes de la Hotte hollandaise dans le Texel. C'était lui crime auquel devait Êitalement aboutir le macinavélisme qui, au dix-septième siècle, profita des querelles de la France et de l'Kspagne pour ruiner une première fois la marine française, et qui, an dix-buitième, prétexta Te ra^procihement deees deux mêmes pays, à l'occasion du pacte de famille, pour anéantir la marine espagnole.
Désormais sans inquiétude du côté du JNord, où il ne restait plus que la flotte russe , et rassuré sur les conséquences immédiates des articles secrets du traité de Tilsilt , le gouvernement britannique adopta des mesures d'une violence inouïe. Par un ordre du oonseil , en date du 11 novembre 1807, il déclara bloqciés tous les ports du continent d'où le pavillon anglais était exclu , ordoinia (juc tous les bâtiments, à (juelque natiun qu'ils appartinssenl, ^el aient soumis à la visite des croisières anglafses , et leur fit une loi de toocber dans uq port
d'Angleterre et d'y acquitter une taxe avant de pouvoir se rendre dans un port étranger. Par ces dispositions, non-seulement TAngleterre persévérait dans son refiis de reconnaître que le pavillon couvre la marcbandise , principe que jNapoléon voulait faire triompher; non-seulement elle foulait aux pieds tous les droits des neutres ; mais ce qui ne s'*était encore jamais vUt elle dénationali^it les navires de tous les peuples : l'or rire du conseil du 11 novembre n était rien moins qu'une coniiscation de toutes les marines au profit de la marine anglaise.
^^^polPon ne se tint pas pour battu; il n'était pas homme à abandonner .
ainsi son rôle de reformateur du droit maritime et de protecteur des- neutres.
Ces derniers eurent beau se soumettre aux exii^ences du cabinet de Londres, il prétendit les sauver en dépit d'euxmêmes, sûr de perdre l'Angleterre en, les sauvant. C'est dans ce but que, hl 17 oictobre 1807, il lança le décret de Milan.
« Considérant, est-il dit dans ce document célèbre, que le gouvernement anglais a dénationalisé les bâtiments de toutes les nations de l'Europe ; qu*il n'est au pouvoir d*aucun gouvernement de transiger sur son indépendance et sur ses droits , tons les souverains del'Lurope étant solidaires de la souveraineté et de rindépendanoe de leur pavillon ; que si, par une faiblesse inexcusable , et qui serait une taclieinelfacable aux yeux de la postérite, on laissait passer en principe .et consacrer par l'usage tme pareille tj^ rannie, les Anglais en prendraient acte pour l'établir en droit, comme ils ont profité do la tolérance des gouvernejnents pour établir l'infâme principe que le pavillon ne couvre pas la marcnaiidise, et pour donner à leur droit de blocus une ^sxtension arbitra 1 1 ( t attentatoire à la- souveraineté des Ftats;
« rsous avons décrété et décrétons ce qui suit :
« Art. 1". Tout bâtiment, de quelque aalion ^u'ii soît, qui aorasoufifeit
BLO
b visite d'nn Taisseau anglais , ou se sera soumis à un yoy âge en Angleterre,
ou aura payé une imposition quelconque au gouvernement aiiulnis, est, par cela seul , déclaré dénationalisé, a perdu la g^antie de son (Hivillon , et est devenu propriété anglaise.
2. Soit que lesdits bâtiments; , ainsi d'.'nntionalisés par les mesures arbitraires du gouvernement anglais, entrent dans nos ports ou dans ceux de nos alliés, soit quMIs tombent au pouvoir de nos vaisseaux de guerre ou de nos corsaires, ils seront déclarés de bonne et valable prise.
n 3. Les Iles Britanniques sont déclarées en état de blocus sur mer conune sur terre.
« Tout bâtiment , de quelque nation qu'il soit, quel que soit son chargement, expédié des ports d'Angleterre ou des colonies anglaises , est de bonne prise , comme contrevenant au présent décret ; il sera capturé par nos vaisseaux de guerre ou par nos corsaires i et adjugé au capteur.
« 4. Ces mesures, qui ne sont qu*one raste réciprocité pour le système baroare adopté |)ar le gouvernement anglais , qui assimile sa législation à celle d'Alger, cesseront d'avoir leur effet pour toutes les nations qui sauraient obliger le gouvernement anglais à respecter leur pavillon.
« Elles continueront d'être en vigueur pendant tout le temps que ce gouvernement ne reviendra pas aux principes du droit des gens, qui règle les relations des États civilisés dans Tétat de e.rrc ; les dis[)ositions du présent coret^eront abrogées et nulles par le fait, dès que le gouvernement anglais sera revenu aux principes du droit des gens , qui sont aussi ceux de la justice et de rhonneur, etc. »
Le décret de Milnn était un digne complément du décret de Berlin ; il fermait à l'Angleterre et aux neutres assez humbles pour passer sous ses fourches caudines, les avenues de IIEurope , alors presque tout entière soumise à la prépondérance française, par suite des conc^uétes successives de ISapoléon €t de fetroite alliance oui enchaînait
la Russie. Il ne restait plus à l'Angleterre d'autre ressource que la contrebande; elle ne s'en fit pas faute.
Les événements d'Espagne et la campagne de 180d contre l'Autriche ne permirent pas à TVapoléon de réprimer d*abord la contrebande anglaise avec toute l'énergie qui faisait le fond de son caractère; mais, après la bataille de Wagram et le traité de Vienne, en
1809, il s'occupa sérieusement d'y mettre un terme. A cet effet, il frappa d*un droit de 60 pour 100 toutes les denrées coloniales (|ui seraient trouvées chez les marchands. Ce tarif, qu'il imposa à tous ses alliés, est connu sous le nom de tarif de Trianon ; il fut définitivement arrêté le 12 septembre
1810, dans un moment où, malgré toutes les prohibitions, l'Europe était inondée de marchandises anglaises.
Enfin, le décret de Fontainebleau , dtf 18 octobre de la même année, trancha le mal au vif, eti ordonnant de livrer publiquement aux flammes toutes les marchandises régulièrement confisquées , et que Ton se bornait aupara* vaut à vendre aux enchères. Toutes les mesures répressives, ordinairement employées par les gouvernements con-.
tre la propagande politique ou religieuse , iNapoleon çn fît usage contre la propagande commerciale des An* ^lais : dans ce conflit nouveau , leur mdustrie fut traitée en coupable; saisie , cours prévôtales, inquisition, autoda-fé, tout parut bon pour se préserver de ses envahissements. Néanmoins « pour remédier à ce qu'avait de trop ri* goureux ce remède héroïque, dans un temps où la fabrication du sucre indigène naissait à peine, Napoléon eut recours à l'usage des licences. U permit a un certain nombre de négociants français d'importer directement de l'Angleterre et de ses colonies, dans les ports françnis, des denrées coloniales, mais il les obligea à exporter en échange , chez les Anglais, des produits de l'industrie française.
Telles sont , dans leur ensemble , les mesures auxquelles a donné lieu le blocus continental ; mais cet exposé serait incomplet si nous ne disions un
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mot de ce qui concerne les lUats-IJnis d'Amérique. Les Américains du INord faisaient un trop grand commerce avec FEuropc, et étaient des auxiliaires trop importants pour que PAngleterre et la France ne cherchnssent pas à les décider à prendre parti dans la lutté.
Mais évitant dese prononcer, ils s'elïorcèrent,en se compromettant témoins possible, de tourner à leur avantage l'exclusion qui rejetait du continent européen les navires de la Grande- Bretagne. Il est vrai que leur marine de guerre, alors peu développée, ne leur aurait permis que difficilement de prendre Toffensivc contre la dictature maritime de celte puissance. Le décret de Milan , en L^rande partie diri^é contre eux , les a\ait mis dans une position vraiment critique. D*lin côté, l'Angleterre, dénationalisant leurs navires, leur avait fait une loi de subir la visite, et de venir acxp.iittcr une taxe honteuse dans ses ports avant d'aborder sur le continent européen; de Tautre côté, Napoléon leur signifiait que, s'ils se soumettaient aux intimatmns du cabinet de Londres, ils seraient considérés par lui nor» plus comme des Américains, mais comme des Anglais, et, par conséquent, traités en ennemis. Le gouvernement américain sortit de ce (!i!e!nnic en interdisant toute communication soit avec la France, soit avec l'Angleterre; et, à ce sujet, le 32 décembre 1807, il mit Tembargo sur ses propres navires dans tous les ports de la république. Cette délcnsen'arrcla pas les négociants américains; ils la violèrent pour continuer d'exercer le métier plus lucratif qu'honorable de facteurs des Anglais. Le i"**^ mars 1809, le gouvernement de la république remplaça l'embargo [Kir une mesure plus sevcre, le non-intercoune acty qui interdisait aux Américains toutes relations commerciales avec l'Angleterre et la France, déclarait les ports de l'Union fermés aux navires de CCS deux puissances, projioncait la conliscation contre tous ceux oui * v pénétreraient. Répression inutile ! l'acte de non-intercourse ne fut pas plus ves' pe(^ que l'embargo; et les oompa-
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triotes de Washington , oubliant les services que la France avait rendus à leur patrie naissante , ne rougirent pas de se mettre au service de la contrebande anglaise, et de faire le trafic de leur pavillon.
L^' 2o mars 1810, Napoléon ordonna, par son décret de Rambouillet, la saisie et la vente de tous les bâtiments américains qui, à partir du 20 mai 1809, seraient entres ou entreraient dans les ports de l'empire, de ses colonies, ou des pays occupes par ses troupes. C'était une représaille contre l'embargo et l'acte de nm-intercourse.
Cette disposition, en rendant la situation des Aniéricains moins avantageus\ força leur gouvernement à s'en prendre à l'Angleterre ; la guerre devint inévitable entre les deux pays , et éclata eiïectivement en 1812. Kapoléon, dans l'intention d'en avancer le moment , avait eu l'adresse de rapporter, le 28 avril 1811, une partie de ses décrets contre les États-Unis. Malheu* reusement l'issue de la campagne de Russie ne lui permit pas de profiter de cette guerre {|u'il avait tant désirée.
Examinons maintenant le système continental sous les trois points de vue que nous avons indiqués.
Conmie moyen d*attaque, il avait certainement de grands mérites , puisun" il porta le trouble dans les liiianccs (le l'Angleterre , et iailiit , en 1810, la ruiner cdmplétement ; mais il avait aussi de graves inconvénients; entre autres , celui de la eonfirnier (lans le sentiment de sa supériorité maritime, et de ia lorcer à donner toujours plus d'étendue à ses relations avec les autres peuples de funivers. L'accroissement de son empire indien et l'augmentation de son commerce dans la Chine étaient, a ses yeux, avec la conquête (pour ne pas nous servir d'un autre mot) de toutes les plus belles colonies de la France , de l'Espagne et de la Hol-' « lande, un dédoinmagement naturel de sa n]ise en interdit sur notre continent; plus les prohibitions devenaient sévères , mieux elle apprenait à se passer de l'ancien monde. Ensuite, pour réussir, il fallait que la France associât
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à ses mes non-seulement toutes îes nations de l'Europe, mais encore les Américains, qui occupaient la première place parmi les neutres. Or, il y eut toujours en Europe quelques nations qui ouvrirent leurs ports à l'Angleterre ; la Turquie resta le plus souvent en deliors de notre sphère d'action ; au moment où Napoléon contraignit le Portugal à se soumettre à son système , rEspagne s'en détacha ; de même, lorsque la Suède se vit réduite à abandonner sa neutralité, la Kussie se mit à revendiquer la sienne; quant aux Américains, on a vu comnrrent ils se renfermèrent dans un ^oïsme étroit.
V.n admettant m^me que l'empereur fut venu à bout des Russes aussi facilement que des Prussiens et des Autrichiens, il restait encore l'Espagne , la Suède, la Turquie; et il est probable que les agrandissements d;» l'Angjpterre dans la incr du Sud lui auraient procuré de nouvelles ressources en même temps que de nouveaux débouchés. L'orgueilleuse reine des flots ne pouvait succomber que devant une attaque maritifiie. Tel était le sentiment de Napoléon loi-niéuie, puisqu'il parla souvent de lancer contre elle cent ▼aisseaux de haut bord , et plus, s'il le fiillaît.
I! y avait surtout une arme nouvelle qui, frappant rAngletrne au défaut de la cuirasse, l'aurait innnanuuablement terrassée; cette arme, c*âait la vapeur appliquée à la marine. Par une de ces bonnes fortunes qui paraissent avoir quelque chose de providentiel , un Américain offrit à Napoléon les moyens de se servir le premier d'une découverte du génie français, découverte qui allait changer le monde. C'en était fait de l'Arvileterre , si l'empereur avait écouté Fulton ; deux cent mille liommes, transportés sur une flotte de petits pyroscapbes, pouvaient , par un vent contraire qui aurait retenu enchaînés les vaisseaux anglais , opérer une descente h Londres, et mettre fin, en quelques jours, à uu siede de dictature, à six siècles d'outrages. Napoléon n'accepta pas le moyen que Fulton mettait à sa disposition. Mé-
connut-il l'importance de ce moyen , ou bleu dominé par d'autres plans, crut-il devoir en renvoyer l'application à des temps plus favorables? cette dernière opinion est celle qui offre le plus de vraisemblance, car il répugne de croire que sans quelque grave motif unepareille intelligence n'ait pas voulu voir ce uue d'autres avaient déjà deviné, et sWorçaient de lui faire reconnaître.
Le blocus confinental fut donc une machine de guerre incomplète, ou plutôt il ne fut qiic la première partie d'un plan d'attaque plus parfait. Si INapoléon n'avait pas eu des moti& pour différer l'exécution de sa vengeance, il aurait évidemment préféré une agression directe à une agression terrible dans ses conséquences, il est vrai , mais toujours indirecte, et, pour ainsi dire, boiteuse. Ce n'est pas sans cause que l'homme pour qui le mot impossible n'était pas français, recula lui-même devant la réalisation de ses projets du camp de Boulogne. Avant de saisir corps à corps sa rivale, il croyait avoir autre c!iose à faire; et, coinnie, pour le moment, c'était, à son avis , assez de Taffaiblir, le blocus continental lui paraissait suffisant.
Cet autre projet qu'il espérait accomplir avant d'atteindre l'Angli^terre, c'était la conquête de l'Europe , c'était la reconstruction de l'ancien empire romain. Bans les combinaisons auxquelles il eut recours pour réaliser la chimère de la monarchie universelle, le système continental joua uu grand rùle; aussi faut- il y voir un moyen d'attaque contre l'Europe au moins autant qu'un moyen d'attaque contre l'Angleterre. C'était une arme à deux tranchants que l'empereur tenait sans cesse levée et su.^pendue connue Tépée do Damoclès sur la tète des Anglais, mats avec laquelle il frappait surtout ses ennemis du continent ; trop heureux ses amis , quand il ne la tournait pas contre eux-mêmes.
Comment eu douter, lorsqu'on se rappelle gue c'est à l'occasion do blo* eus continental que les villes anscatiques , les États au pape , la Hollande ,
le Portugal , le duché d Oldenbourg, et d'autres pays, ont été incorporas
'p|ar Napoléon a son empire? La violation des décrets de Berlin et de Milan fut «^izalrmont la cause de la guerre avec l'Espagne, avec INaples, avec la Suisse , avec la Suède et avec la Russie. Mais , disent quelques publicistes en s*appuyant des déclarations ofOcielles de l'empereur, c'était une des nécessités de la situation , il fallait à tout prix einpécber les niarciiandises anglaises de pénétrer sur le continent.
'Admirable nécessité pour un conqué- , rant , (jiie celloqui lui fournit un prétexte ()ourint(^rvenir dans les atïaii es de toutes les nations, et pour les punir d'une infraction à ses ordres en les asservis* sant! Certes, si cette nécessité n*avait pas existé, Napoléon se serait appliqué a la faire naitre, comme il a toujours eu soin d'en prolonger la durée. Dans une 'pareille circonstance , que prouvent ses déclarations officielles ? Fallait-il qu'il révélât lui-même le secret de vSa pensée aux peuples non encore soumis? Personiie assurément ne devait exiger de lui autant de franchise : quand il a ()u parler sans imprudence, Il l*a fait; à Sainte>Hélène, il ne s*est
Eas défendu d'avoir entrepris le rétalissement de la monarchie universelle; il s'est borné, pour toute excuse, à dire que c'étaient ses ennemis eux-mêmes qui Vy avaient conduit pas à pas et que d'ailleurs il en aurait tait un noble uiiage. (Voyez Agglouéaa.-
TlONj
Pour se former une conviction sur
les sentiments qui animaient Napoléon à l'époque où il fit du système contitiental le pivot de sa politique, il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur les différentes phases qu'a parcourues sa pensée; pnases progressives, si Ton ne voit que la puissance matérielle, mais rétrogrades, si l'on tient coinpte de la grandeur morale. Qui n'est frappé de ce faît, en comparant le général d'Italie à l'empereur en 1812.?
D'abord , plein d'une poésie révolutionnaire, Napoléon s'annonce comme le sauveur de la républit^ue française
et le libérateur de l'Euroj^e. Dans cette première période, ses triomphes sont innombrables, et leur rapidité tient du prodige. Sa cause est sainte, il combat pour le progrès.
Bientôt l'ambitieux prend le dessus sur l'homme politique ; la dictature ne suffit plus au vainqueur de Marengo:
il aspire à descendre , il lui faut une courcmne et l'hérédité. Le triomphe de la révolution a cessé d'être son but, c'est déjà un instrument dont il se sert pour son intérêt personnel. Alors s'ouvre une seconde période, pendant laquelle il acoom{»lit encore de grandes choses . mais qui est un mélange de bien et de mal. Cest l'épouue où, une seconde fois victorieux de 1 Autriche à Wagram, il renverse l'empire germanique , vieil édifice de nulle ans, et élève sur ses ruines la (U)n fédération du Uhin. Jusque-la, bien qu'il soit inférieur à lui-même, et qu'une arrière-pensée le travaille, il est encore
aimé en Europe, parre que, en créant les roy;iuines de Bavière et de ^^ urtemberg, et en protégeant les petits princes d'Allemagne, il sert encore la cause de la liberté et de l'avenir contre celle du despotisme et du passé.
Mais après lena , après le démembrement de la Prusse , il a beau former les royaumes de Saxe et deAVestphalie, sa popularité est sur son «éelin. Cette nouvelle Allemagne, qu'il a arrachée au joug de l'Autriche et de la Prusse, commence à comprendre qu'a son tour il lui prépare des fers , et que l'ancien libérateur cache un nouveau maître. Il en est de même pour l'Italie , qu'il a successivement convertie en republique, en royaume et en fief; il en est de même pour l'Espagne, le Portugal, et toute l'Europe , dont il veut être plus que le protecteur, plus que l'arbitre. La troisième pério(le de sa vie a conmiencé.
Devenu autocrate eu l- riuice , ji réoccupe du soin d'affermir sa dyjiaslic, jaloux d'éclipser Charles - Quint et Louis XIV , en réalisant la monarchie universelle , qui pour eux ne fut qu'un réve; n'ayant plus qu'un pas à taire pour reproduire Uiarlema^ne et