‹ France (volume 3)Chapitre 95 sur 105 · partie de Vllîade · texte numérisé non relu

partie de Vllîade

Cabaret. L'origine de ce mot est difficile à déterminer. «J'estimo, dit Ménage , qu'il a esté fait de caparetum , qui fa esté de xâTcn, qui signifie le lien où Ton mange., et quî yient de «mrcetv, qui signifie proprement manger à gaulée; xàirri , capa , caparis , capara, caparetuTUy cabaret. Quoi

S L il en soit de cette étyniologie , ie baret est un lieu oq Ton vend du viq en détail. Cest un mauvais lieu, un repaire où l'ivrognerie trouve un aliment sans cesse renaissant, le soleil, qu'on y appelle le Bourguignon, et la chimie, à son défaut , se chargeant de pourvoir les cabarets d'un liquide par* ticulier qui n'est pas classé dans la nomenclature chimique, et que Ites ignobles consoinniateurs de ce poison appellent le bleu à 6 et à 8. Ce breuvage délétère est composé d'un mélange a*eau, d'alcool et de bois de teinture. Le bleu h G renferme plus d'eau et moins d'alcool ; le bleu à 8 contient plus d'alcool et quelques acides. Ce breuvage ne tache pas ; il n*est pas rouge, il n est pas bleu non plus; il a une couleur, une odeur, une saveur à lui. C'est lui qui cause ces ivresses effrayantes , ces colères brutales, et produit ces scènes de meurtres qui sont si fréquentes à Paris, dont fa population est cependant d'une sobriété remarquable. C'est ce breuvage qui encombre nos liopitaux d'un nombre sani» cesse croissant de malades, qui développe des maladies inconnues a la médecine, et qu*eile ne peut

fjuérir, le malade arrivant toujours à 'hôpital les entrailles corrodées et presque détruites. L'auteur de cet article se trouvait un jour de service à VHdtel-pieu, lorsqu'on apporta un malheureux qui se mourait d affreuses coliques. Hors d'état de parler, le malade ne put que dire qu'il avait bu du bleu. Il mourut quelques instants après. Ifqqs savons que la police veUie sur le odnunerce infôoie de ce poison; nous savons bien que de temps autre quelques-uns des empoisonneurs patentés sont mis à l'aiq^de; mais des amendes de 20 fr.,

lorsqu'on dix ans en f»nt 8*enrkli{r.

sont une pénalité insi^iflaote, et qui

ne saurait effrayer les empoisonneurs. Nous croyons donc devoir flétrir au nom de la morale et dans l'intérêt de l'hygiène publique, cet odieux commerce et rinooncevable négligence de l'autorité, qui a bien pu (et elle a eu raison) violer la liberté illimitée du connnerce quant aux boulangers et aux bouchers , et n'a poiulî encore adopté de semblables mesures à l'égard des ca|)aretiers (*). Ne pourrait-on pas cependant dire aux houimcs qui nous gouvernent: «Si vous n'ave4 pas pitié de ce pauvre peuple* 4Mi achève d'user dans les cabarets sa vu épuiséq déjà par le travail et la misère ; si vout n'avez pas nitié de ces pauvres gen$,qu9 vous sembiez traiter comme Tes ilotes de Sparte, sans doute pour apprendre à vos ids pervertis combien l'ivresse est laide, ayez au moins peur pour votre or, pour vous-mêmes , car c'est dans les cabarets de la Cité , des balles et mcuje des barrières, que se trament la plupart des vols et des crimes, Cest là que Lacenaîre discuta avec

(*)Nous croyons devoir rappeler ici quelquesmnes des dispositions de IVindenne législation sur les cabarets.

L'art, a 5 de l'ordonnance rendue à Or-» léans, en i56o, Faisait défense aux cabaretiers de donner à boire ou à manger chex euXf aux labiMaM de raudroit, lotis peine d'amende pour la première fois, et de prison pour la seconde fois. La cou I urne de Paris (art. leur déniait toute aclioii pour demander en justice le p^yeiqfliit de la dépenae, faite chez eux par d» domieiliéi, el cgUe disposition était devenues en quelque sorte de droit public. £p effet , un arrêt du parlémoit de Dijon, rendu en 1 7 1 8 , déclara nulles les obligations passées pour dcpenstt' faites dans les cabarets, et défendit anx juges d'y avoir égard. Un arrêt rendu en 1732, par le parlement de Besancon, contient à peu près les mêmes dispositions, qui furent introduites en 1728 dans le code des lois de la Lorraine, par une ordonnance du duc Léopoid. Cette légiâiatiou était encore en vigueiir aa moment de la révolution ; cependant, depuis longtemps, on avait cessé de la faire exécuter rigoureusement.

Aujourd'hui, les cabaretiers sont «oiimil à de sii^ples règlsme^^ 4ê pplif^>

CAtt

Avril le proct'dé du ninsque de. poix ,pour empêcher sa victime de crier; c*est là que Ton dépose les objets volés, que ron vient se laver après l'assassinat, que Ton vient boire pour se récontorter, et que Ton trouve la (illede joie, avec laquelle on partage le butin. »

Après cette lugubre, mais vérîdique peinture, que pen ser de ces 1 i ttéra teurs, de ces grands seigneurs de Tépoque monarcbique, qui allaient

Crayonner dt Imin ym Im hmi» d'wt otbarct?

Qu'on nedise pas, pour leur justification , que le cabaret était le café d'alors ; cette assertion est fausse : le café et le cabaret n'ont rien de coiuuuin ; et d'ailleurs le cabaret était autrefois ce ou'il est nujonrd'hui : « On y bottdu vin irelaté, » dit Furetière, et il existe une loi rapportée par cet auteur, dans laquelle il est dit que l;i servante de cabaret n'a point d'action contre celui qui en a abusé , parce que la loi ne protège pas des femmes de si bas lieu. Ces faits, et In réprobation rie Boileau, sont de nature h maintenir la flétrissure jetée sur les débauchés du temps passé. Que Ton cesse donc , en présence du progr^ immense qui s'est opéré dans les mœurs de la société moderne, que l'on cesse de calomnier notre temps ; mais plutôt que l'on continue l'œuvre commencée de l'éducation du peuple , que Ton s'occupe sérieusement de lui procurer des aliments salubres, et qu'on ne l'expose plus, dans les temps où des fléaux terribles viennent décimer la population , à attribuer la mort qui le fra()pe aux marchands qui chaque jour lui vendent un poison , dont alors surtout il ressent les funestes effets.

Cabarbus (François , conite de ) , néùBayonneen 1752, acquit de bonne heure en Espagne la réputation d'un homme très hal)ile en matière de finances, et, malgré plusieurs disgrâces, jouit d'une grande influence auprès de tous les gouvernements qui se succédèrent dans ce pavs depuis Charles III.

Envoyé auprès du Directoire comme ambassadeur d'Espagne, il ne put s'en faire reconnaître, parce que, lui répondit-on, il était né Français, et ne

pouvait représenter une puissanâé étrangère. Cabarrus mourut à Séville en 1S10, ministre du roi Joseph. Sa

fille, célèbre sous la Convention et sous le Directoire, épousa successivement Tallien et le prince de Chimay. CVoy. Talli£n [madame].)

Gabassolb (Philippe deX, évéque de Cavaillon , chancelier de Sicile, patriarche de Constantinople, cardinal et légat, naquit en 1305, à Cavaillon, dans le comtat Venaissin. Ce savant et habile prélat jouit de la confiance de trois papes, et remplit avec sagesse plusieurs missions importantes en Italie et en Allemagne. ÎNlais son plus beau titre de gloire est d'avoir été lié avec Pétrarque par une étroite et constante amitié. Ce fut Cabassole qui, en 1858, sauva, dans son château de Vaucluse, la bibliothèque laissée par le poète dans sa maison pendant un de ses voyages en Italie. Ce fut à lui que Pétrarque envoya et dédia, en 1866, son TraUé de la vie soUtaire , résumé de leurs entretiens à Vaucluse. Enfin, son illustre ami a fait son éloge en quelques mots : « C'était, dit-il, un grand homme « à qui l'on a donné un petit évécbé.»

Cabassole mourut à Pérouse en 1371. Son corps, transporté en France, fut enterré dans l'église de la Chartreuse de Bonpas, où son mausolée en marbre s'est conservé jusqu'en 1791.

Cabassut (Jean), oratorîen, né à Aix en 1604 ou 1605, mort en 1685, suivit à Rome, en 1660, le cardinal de Grimaldi, archevêque d'Aix. Pendant les dix-huit mois qu'il y demeura , il s'acquit l'estime des savants de l'Italie, et recueillit les matériaux des ouvrages qu'il publia depuis. Les principaux sont: Notitia concîlionm^ 1685, m-fol., bon abrégé de la collection des conciles; Jnris canonici theoria et praxis j l>\()n, 1675, in-4 ; Poitiers, 1788, in-fol.; Venise, 1767, in-fol.

Cabat ( rouis-Psicolas) , peintre de paysages , ne à Paris , le 4 décembre 1812, étudia d'abord la peinture sur porcelaine , puis , entraîné par sa vo* cation, il se livra à l'étude du paysage. Les maîtres flamands furent ses premiers modèles. C'est au Louvre, en copiant Ruysda ci et Albert Cuip, qui

CAS FRANGE. CAl fils

M. Cabat s'est formé , et cela en un partiennent au duc d'Orléans , qui mois. Il a été son propre maître ; possède encore Jardin de Bea»' et ses premiers tableaux, peinU en jon ( 1834 ), un des premiers tableaux 1832, sont déjà traités avec une de cet artiste; a Saint-Cioud on voit science remarquable. Depuis, sans de lui une Pue de l'étang de f illedoute^ son talent s'est agrandi, sa d' Jvray {\8Z4) , et h FontainebieaUi pensée s'est diéveloppée, son exécution la Gorge aux loups (1835). est devenue pins savante, mais ses Câbbstanou CâBBSTAino (Guilr débuts étaient ceux d'un maître. En launie de), troubadour du treizième sortant du Louvre, M. Cabat étudia siècle, qui fut , suivant la tradition, les environs de Paris , sut y trouver victime d'une horrible vengeance semde beaux sites et les reproduire avec blable à celle qui a si tristement il! usgoût ; ensuite il peignit divers pays»- tré le nom de Gabrielle de Yergy (*). ges de Normandie. Jusque-là il n*a* Cabien, marin, étsit.retiré du servait représenté que des sujets peu vice dans nn village de Normandie, où considérables; la belle exécution de il était garde-côte, lorsque les Anglais, ses tableaux en faisait le principal en 1761, tentèrent une descente sur ce mérite. Un séjour de trois ans en Ita- point. Cabien , s'en étant aperçu , prit lie (18S6-18S9) changea ses idées. La un tambour, battit la générale, et fit de vue d'une nature plus poéti(^ue, l'é- grands bruits de commandement. L'entude des grands maîtres , développé- nemi , dupe de ce stratagème, se remrent son talent. Dès lors le Poussin, barqua précipitamment. Le roi accorda Claude Lorrain , Guaspre Poussin et à cet intrépide vétéran une pension de le Titien devinrent ses maîtres de trois cents francs et une médaille, prédilection , et M. Cabat , sans les- Cabinet de lecture , nom que imiter, a su marcher à leur suite, l'on donne à des établissements de Ses compositions sont toujours éle- création moderne , où l'on trouve, vées, grandes et simples. On n'y moyennant une faible rétribution, les trouve pas une reehercbe perpétuelle feuilles publiques et les ouvrages de Teffet et l'emploi des moyens ma- nouveaux. Le nombre toujours croistériels pour capter l'attention duspec- sant des cabinets de lecture prouve les tateur; l'idée seule est chargée de ce progrès que font depuis vingt ans en soin, et une poésie noble et mélanco- France le gotlt de la lecture et Tintéliqoe lui est donnée pour auxiliaire ; rêt que Ton porte aux affaires politicar touiours , dans les tableaux de M. ques. Avant la révolution , il y avait' Cabat, la nature est reproduite non pas bien aussi des loueurs de livres , mais servilement , mais poétiquement ; elle ils ne recevaient pas le public chez eux. est anoblie, et le peintre essaye de l'idéa- Cabinet des médailles et anliser autant (^ue possible. La tendance tiques de la bibliothèque du boi. de ce paysagiste est pure, et on doit — François est le premier de nos le féliciter d^étre entré dans la voie rois qui ait entrepris de former une du Poussin, qui ne regardait l'imi- collection de médailles antiques. «On tation de la nature que comme un «en voit, dit le P. Molinet (**) , dans moyen de rendre ses idées , et non « Je garde-uieubie de la couronne , qui pas comme an but. On a reproché à « y ont été mises de son temps. J'y ai H. Cabat un peu de monotonie dans « observé un certain bijou de vermeille son coloris ; nous ne doutons pas que « doré, fait en manière de livre, à l'ou- . si ce reproche est fonde, cet artiste ha- « verture duquel on remarque, de bile n'y remédie en étudiant davantage «chaque côté, une vingtaine de mél'action de la lumière et ses effets. Les (•) voyez les tomes ii et v du Choix des

œuvres capitales de M. Cabat sont : poésies originales des troubadours, de M.

la RbuU de Narni (1838) , le Lac de Raynouard.

Nemi , le jeune Tobie et le Samari- (**) Notice sur le cabinet des médaïUv;

kUn (1840). Les trois premiers ap- Mercure de pjwtcc, mi l'ji^

X* m. 33" JJvraUon, (Dicx. bncycl. i etc.) 83

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L*UNIVERS

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« dalllM d'or et dn Haat-lmpire, qui « y sont enchâssées , et dont la netteté « est plus considérable que la rareté. »

Ce prince avait également fait enchâsser, suivant le même auteur, une cen> taine de médailles d'argent dans un service du même métal. On ignore oe que sont devenus ces objets, précieux.

Hubert Goitzius, savant numismatiste flamand , qui parcourut l'Europe , en 1559 et lô60, pour visiter les cabi' mOt detemieuxde médaUkêy compta en France deux cents collectiona, dont vingt-huit à Pariis ; et il cite , parmi les plus curieuses, celles du roi , Henri II, et de la reine, Catherine de Medicis.

Charles IX fîit , comme son père et son aîeui , grand amateur d'antiquités* Il fit réunir an Louvre les objets qui avaient appartenu à ses prédécesseurs, et tous ceux qu'il avait lui-même recueillis; créa une place de garde particulier des médailles et antiques , et acquit, en 1565, la collection du oé* ièbreGroslier. Mais bientôt les guerres de religion vinrent lui donner d'autres soins ; et , après sa mort, son cabinet , qui , suivant le P. Louis Jacob {*) , « passait pour une merveille du monde, «par ses raretés et antiquités, » fiit presque entièrement dispersé.

Cepeodantil en subsistaitencore quelques restes à Tavénement de Henri IV-, ce prince les fit réunir, et conçut le projet d'en former un nouveau cabinet., qui devait ^tre placé à Fontainebleau , où se trouvait alors la bibliothèque royale. Rascas de Bagarris, gentilhomme provençal et célèère collecteur d'antiquités, fut chargé de ce soin , et reçut le titre de maitre de ca^ binet, médailles et antiqîtes de Sa Mcjjesté} mais la mort de Henri IV , arriva peu de temps après-, vint empêcher rexécution ue ces projets; Bagarris fut privé de son titre ; et*, en IGl I . il repartit pour In Provence, avec sa collection de pierres gravées et de monnaies.

i.*inteiidanee du cabinet resta ensuite vacante jusqu^en 1644, époque où elle fut donnée à Jean di Chau*

(^Tnitè dM bibliothèques, p. 47^.

«ont , gtrds de la bibliolhèque pavttp culière du roi, ou des Uvres éa eah^ net du Ij)uvre. Jean de Chaumont exerça cette charge jusqu'en 1664.

Une circonstance vint, à cette épo-

Sue, enrichir considérablement le cainet des médailles. Gaston , due d'Orléans, légua au roi la collection qu'il avait formée. Cette collection , et celle qui déjà était placée au Louvre , furent transportées, en 1664, dans la rue Vivienne, dans Thétel <|ue Colbert avait achetépour la bibliothèque royale.

De Carcavi , déjà bibliothécaire du roi , fut alors chargé du cabinet des antiques.

£n 1667, de flfOQoaauz, Petis-de- Lacroix , Paul Lucas et Vaillant, ftircnl '

envoyés dans le Levant pour y rechercher des médailles et des manuscrits.

Nointel , ambassadeur à Constantinople, en envoya aussi un grand nombre; et, trois ans après , le roi fit acheter les pierres gravées qui avaient appartenu à Rascas de Bagarris.

Louvois, devenu surintendant des bâtiments après la mort de Colbert, fit transférer i Versailles, en 1684, les médailles et les pierres gravées , et les fit placer d ms un cabinet 'voisin de l'appartement du roi. Rainssant fut chargé de les y classer, et se fit aider par Oudinet, son parent, et par le célèbre Vaillant. Louvois fit , à la mène époque, plusieurs acquisitions importantes, entre autres, celles des cabinets du duc de Verneuil , de M. de Monceaux , et la belle suite des rois de Syrie , avec laquelle Vaillant composa son histoire numismatique.

Quelque temps après, le président de Harlay oflrit au roi son cabinet, riche surtout en monnaies des rois de France. On en tira deux osnts pièces, dont Leblanc se servit pour eomposst son Traité historique du numnaiMê de France.

L'abbé Bizot, grand amateur de médailles modernes, fut employé à la recherche de ce genre de pièces; Il pa^ vint à en recueillir une nombreuse collection dont il dressa le catalogue y conjointement avec le P. Molinet. Cette collectiou fut ensuite considérabii^

CAB i FRANCE. CAB

ment augmentée par les ambassadeurs près les cours étraniîères, qui avaient reçu l'ordre d'envoyer au roi toutes les médailles que l'on frappait dans les pays où ils résidaient.

On s'occupa aussi d'augmenter la collection des pierres gravées. Plusieurs églises envoyèrent celles qui se trouvaient dans leurs trésors ; l'on acheta celles du président de Harlay, d'Oursel et de Thomas Lecointe; et un professeur de l'université de Bâie, Fesch , fit présent au roi de lâ belle améthyste gravée par Pamphile , qui représente Achille cytharœde (").

Rainssant mourut en 1689, et fut remplace par Oudinet, qui mourut en 1712, et eut pour successeur .lean- Fr;incois Simon. La mort de celui-ci, arrivée en 1719, lit entrer au cabinet l'un des plus célèbres numismatistes dont la France puisse se glorifier. En acceptant la charge de garde du cabinet des médailles , de Boze fit hommage au roi de la belle suite qu'il avait formée pour lui-même, et de plusieurs monuments antiques, qui commencèrent la collection qu'enrichirent dans la suite celles de Foucault , Mahudel et Caylus.

Après" la mort de Louis XIV, Louis XV ne partageant pas le goût de son aïeul pour les médailles , le séjour de ces précieux monuments à Versailles fut regardé comme inutile, et Ton songea à les transférer a Paris.

La bibliothèque venait d'être installée dans la grande galerie de la banque ; on y construisit un salon pour les antiques ; et , le 27 mars 1720 , le régent en ordonna le transport. L'inventaire et le récolement furent commencés le 12 novembre 1722, et clos le 10 mars 1723 ; cependant l'ordonnance du régent fut exécutée seulement dix-neuf ans après ; et elle ne le fut qu'imparfaitement, puisque les pierres gravées restèrent à Versailles jusqu'en 1789.

Quant aux médailles, elles arrivèrent

(*) C'est rintaille la plus belle que possède encore aujourd'hui le cal>inet, où elle est-rlas^ée sous le ii» 894. Voyez la Description du cabinet des médaiUeSf par M. du Mersaa, p. 87.

à Paris le 3 septembre 1741 , et elles furent placées dans le lieu où elles se trouvent encore aujourd'hui. De Boze s'occupa immédiatement du soin de les arranger dans les nouvelles armoires ; mais ce travail était au-dessus de ses forces, et le temps que lui laissaient ses nombreuses occupations ne pouvait y suffire; il songea bientôt à s'adjoindre un collaborateur. Ce fut alors qu'il s'associa l'abbé Barthélémy.

Parmi les principales acquisitions qui furent faites vers cette époque , nous devons mentionner les médailles du maréchal d'Estrées , de l'abbé de Rothelin, et la riche collection de médaillons qui , du cabinet de ce dernier, avait passé dans celui du marquis de Beauveau.

De Boze mourut en 1754, et fut remplacé par Barthélémy-

De 1755 à 1757, le cabinet fit d'importantes acquisitions; citons, entre autres, le magnifique vase en ivoire légué au roi par le maréchal de Lœwendal ; la collection de de Cary, qui enrichit le cabinet de plus de cent vingt médailles impériales en or, et d'un rand nombre de médailles grecques e villes et de rois ; les trois cents médailles rapportées d'Italie par l'abbé Barthélémy; la colleiaion de M. de Clèves, et, enfin, les antiques du cabinet de Caylus.

Kn 1771, Anquetil déposa au cabinet des monnaies et des poids orientaux , décrits dans le Zend-Avesta.

L'abbé Barthélémy s'adjoignit, l'année suivante , son neveu , Barthélémy de Courçay.

En 1776, eut lieu la plus importante acquisition qu'ait faite Barthélémy; ce fut celle du cabinet Pellerin, le* plus riche de l'Europe, qui contenait trentedeux mille pièces, et qui fut payé trois cent mille francs (*). Le cabinet s'enrichit encore, la nu me année, d'une belle coupe d*or trouvée à Rennes (**),

(^) Pellerin avait publié, sous le titre de Recueil de médailles, de peuples ^ dt villes ^ de rois, otr. , 9 vol. iu-40, 1762-1778, la description de celte niagnifKpie collerlion.

(*•) Voyez la Description du cabinet des médailles, par M. du Mcrsan, p. 4(>-47f e|t

6iô CAB . L'UNIVERS.

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et d'une suite de cent cincpiaiite médailles de Russie.

Les médailles frappées sous les rè- Çnes de Louis XIV et de Louis XV furent déposées au cabinet en 1780.

M. Dombey, naturaliste, envoyé au Pérou, en rapporta, en 1786, trois idoles d'or, deux plaques du même métal , trouvées dans up tombeau, sur les yeux' d*un Incas, et la tunique d'une vience de Pachakamac.

En î 787, commencèrent les relations du cabinet avec M. Cousinéry, qui envoya de Salonique, où il était alors consul de France, soixante et seize lAédaiiies des premiers temps de Tart monétaire.

En 1788, eut lieu la vente du cabinet de IMicliel d'Ennery. Barthélémy acheta des médailles pour dix-huit mille francs , et la belle collection des émaux de Petitot. Cette collection , qui coûta soixante et douze mille francs, et qui fut alors déposée au cnhinet des antiques , a passé depuis au musée du Louvre.

Les pierres grav^, intailles et camées , qui étaient restées à Versailles et chez le comte d'Angivillers, furent enfin transportées à Paris en 1789, et réunies au cabinet des médailles. Le régime intérieur de cet établissement éprouva , en 1790, une Importante mo* dilication. Pour la première fois, on y admit le principe de la publicité, et li fut ouvert régulièrement au public, à des jours fixés.

La loi qui déclarait propriétés nationales les biens ecclésiastiques fit entrer au cabinet, en 1791, une foule de richesses; nous citerons, entre autres, le Milice de l'abbé Suger, de Tabbaye de Saint-Denis; la belle agate de la Sainte-Chapelle, et surtout Su riche collection de médailles et antiques de l'abbaye de Sainte-Geneviève, qui fit entrer datis les collections sept mille médailles romaines , environ dix mille médailles de peuples, villes et rois, un grand nombre de médailles modernes, et une suite curieuse des coins des

\»MonumenU inédits de Miliin , 1. 1, p. aaS,

Padouans. L'on acheta la même année la suite des médailles des rois parthes, de l'abbé de Campion de Tersan. .

L'hommejqui avait le plus contribué if Tagrandissement du cabinet, Tabbé Barthélémy, mourut en 1795; et, peu de temps après, l'administration de la bibliothèque re(^ut une nouvelle orgauisation (voyez Bibliothèque). Bar* thélemy de Gourçay et Millib furent nommes conservateurs du cabinet; Cointreau et MM. Mionnet et du Mersan leur furent adjoints comme employés. M. Mionnet commença alors le classemeiit des médailles des peuples, des villes et des rois, d'après le sys* tème géographiaue d'Eckhel- Jusqu'alors , ces médailles avaieut été rangées par ordre alphabétique.

La conquête de la Hollande avait eu lieu au commencement de 1795; le 9 novembre , arrivèrent à la bibliothèque nationale de nombreuses caisses de monuments, de curiosités et de médailles : c'était le prentier des tributs Çue l'Europe absolutiste devait payer n la capitale de la civilisation moderne.

L'année suivante, le cabinet acquit la suite des momiaies des comtes, barons et prélats de France. Cette collection avait appartenu successivement à Tabbé de Boulogne et à M. Heau« mont, et avait servi à Tobiezen Dubis pour composer son Traité des monnaiesdes harom. La même année, on y déposa les matrices des assignats , et un échantillon de chaque espèce de billets.

Les monuments qui étaient restés à l'abbaye de Sainte-Geneviève, ceux qui se trouvaient au dépôt de Tliotel de Nesie, à la Monnaie, au Garde-Meu* bles, au Muséum. d*bis toi re naturelle, furent transportés au cabinet en 1797.

En 1798, les commissaires des arts en Italie y envoyèrent une foule de monuments précieux, dont uous cite* rons les plus importants: la couronne d'or d'Agi lu fus, roi des Lombards, et celle de Théodelinde, sa femme; le beau camée de Jupiter y^giochns de la bibliothèque de Saint-Marc à Veqjse;.

la fameuse madone de Iiorette, etc.

En 1799, le frère du général Ber-

CAB FRANCE. GÀB

thier y déposa des pierres gravées, qui» en 1816, ne furent point reprises

par les ennemis, parce que c'était un présent fait par le pape au général, et non le fruit de la conquête. Le cabinet s'enrichit encore, la même année, de la célèbre table isiaqtie du inusée de Turin, du testament d'Epicteta, citoyenne de Sparte, du musée de Vérone, et des médailliers du Vatican, contenant plus de dix mille médailles grecques et romaines.

Barthélémy de Courçay mourut le 30 octobre 1799, et fut remplacé par le célèbre Gosselin.

. Un événement malheureux pour le cabinet signala Tannée 1d04; des vo* leurs y pénétrèrent, et parvinrent à 8*emparer de Tagate de la Sainte-Chapelle, du vase des Ptolémées, de la couronne d'Agilufus, du calice de Tabbé Suger, de plusieurs vases d^agate provenant du trésor de Saint-Denis, du poignard de François V\ d'un diptyque d'ivoire, etc. Hêiireusement ils nirent arrêtés, et ces objets furent tous restitués, excepté la couronne d*Agilufus qui avait été fondue, le calice de Suger, qui avait été vendu en Angleterre, le j)oignard de François 1""" et le diptyque, qu'on ne put jamais retrouver.

Le cabinet reçut la même année cent quatre-vingt-deux pièces d'or de la première race des rois de France , que l'on avait trouvées dans les ruines de l'ancien palais de justice de Bordeaux.

On y déposa en 1807 le sacro calino deCwSnes, et en 1808 , les médailles da eabinet de Berlin (trois mille cinq cents pièces romaines en arand et n)oyen bronze, et trois mille cinq cent trentequatre bracteates).

Quoique le traité de Tolentino eût garanti à la France la possession des objets d'arts qui avaient été le fruit de ses conquêtes, et qu'elle avait préférés à quelques millions, qu'on n'eût pu ensuite lui réclamer, ù peine les étrangers furent-ils maîtres de Paris , quMIs {rent entendre des réclamations. Cependant, nous devons le dire, les commissaires montrèrent des égards pour le cabinet des médailles; dans rimpossibilité où Ton était de reooii"

nattre dix mille pièces dont la plupart

étaient depuis longtemps insérées dans les suites. Ils se contentèrent d'un échange t^ui pût balancer la somme que Ton reclamait. Les collections demeurèrent ainsi intactes; mais tout ce . qui n'y a^it pas été inséré fut rendu , ainsi que les autres objets qu'il était facile de reconnaître.

Milliu mourut en 1818, et fut remplacé par M. Raoul-Rocbette.

Les années suiTantes furent signa* lées par d'importantes acquisitions; parmi les objef's qu'elles firent entrer dans lecabinet, nous citerons les monuments rapportés d Kgypte par M. Cailliaud, et des médailles espagnoles, cédées par M. Durand , en 1821 ; près de six mille médailles de peuples , villes et rois, cédées par M. Cousinéry, en 1824; cinq cents médailles de Sicile, eédées par M. Rollin, et envirojn boit mille médailles grecques, eédées par M. Edouard de Cadalvène, en 1826; enfin , en 1829, la collection de M» Allier de Hauteroche.

■ Gosselin mourut en 1830, et ne fut point remplacé; M. Raoul-Rochette têsUbSi seul conservateur. En 1831 , un second vol vint dépouiller le cabinet d'une partie de ses richesses les plus précieuses. Un forçat libéré, nommé FoAsard , y pénétra pendant la nuit , et parvint à s'emparer de la suite des médailles impériales, en or, et d'une grande partie des médailles modernes du même métal. Arrêté peu de temps après, ainsi queson frère, chez lequel il avait déposîé les objets qu'il avait volés, il les restitua; mais les plus précieux, les médailles impériales, au nombre de deux mille , avaient été fondues

On rétablit, en 1832, la seconde plaeede conservateur, et cette j^lace fut donnée à M. Letronne (*). Depuis, le cabinet s'est enrichi par de nombreuses et importantes acquisitions; nous citerons, entre autres, les médailles apportées par MM. de Cadalvène, ae uayengos, Durand et Rollin; la col-

(*).M. Letronne, nonunéen z^4o gard«

général dos archives du royaume , a été reni'

Elacé au cabinet des médailles , par M. Cluur< iS'lMMnnanl,

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leetfon^enttêfv àù géûér9\ Guillemiiiot,

estimée dix-huit mille francs; une partie de celle du musée Hedervar, estimée plus de trente nulle francs; les médailles de la Bactriane, rapportées de rinde par le généra) Allard \ la collection de Mé Bh)dddtedti ies linagnlfiqtu's vases eh argent, découverts à Berthouville , près Bernay (voyez les planches 116, 120 et 127); enfin, unô partie des antiquités du cabinet Du- 'rand , et de celles da prfnce de Canino. Aujourd'hui, çans parler des monuments, le cabinet contient environ cent cinquante mille médailles en or, .en argent et en bronze. C'est la collection la plus complète et la plm précieuse qbl teiste au monde (*).

Cabinet noib. — Le nom de cet établissement, qui à lui seul est une flétrissure pour les gouvernements qu! en ont fait usage, désigne le bU/^ reau secret entreteim dans des temps de funeste mémoire à l'intendance générale des postes , et dont l'infâme spécialité consistait à amollir les cachets et à violer le secret des correspondanises privées. Les serviteurs de ta monarcbie se firent longtemps un jeu de ce crime, qu'ils exploitèrent largement pour perdre de bons citoyens, complaire au roi et à ses maitresses et grossir le nombre des victimes de la Bastille. Cette inquisition de la uolice ne tomba qu avec la royauté, et l'on eût dd croire qu'elle n'avait pas survécu aux honteux abus dont la révolution nous a débarrassés.

Malheureusement il n'est que trop prouvé quMl faut compter le cabinet noir au nombre des attentats commis par l'empire et la restauration contre fa liberté des citoyens. iNous nous plaisons fi eroire que cette soandaleuisB institution sera laissée désormais aui monarchies absolues.

Caboche et Càboghisnb. — La

(*)TToiis avons puisé les faits dunt se compose cet article dam h pré/ace du eàta^ logtie de la (nbliothèque royale ^ dan* VMssai historique snr cet éiablisseitient, par le Prince, et surtout dans ['histoire du cabmêi dtimédaUletffnU, du Milmab

fiiction des eâbodiient ou bouohatft

^ forma sous le règne désastreui d»

Charles \\. Depuis que ce prince avait perdu la raison, le duc de Bourgogue et le duc d'Orléans se disputaient le pouvoir. Getlernier, appuyé 8ur le parti des Armagnacs, avait prjik en main les intérêts de la noblesse.

Le duc de Bouriioi^ne, au contraire, avait affecté de rechercher la popularité. Le peuple de Paris lui était dévoué. II avait surtout un grand crédit sur les bouchers , qui formaient alors une corporation puissante (*).

De nombreux valets , toujours armés de couteaux, robustes, vaillants, habitués à verser le sang , étaient à leurs ordres. Leurs chefs étaient goix, Denis de Chaumont, les Saint- Ton, lesThibert, etSiraonet Caboche, oui a donné son nom à la faction. Ils njrent tout -puissants à Paris, après Passassinat du duc d'Orléans, en 1407, La demeure royale elle-même ne fut pas à l'abri de leurs insultes. Le fameux Jean de Troyes, qui était l'orateur du parti, envahit un jour , à la tête d'une populace furieuse, le palais habité paf le dauphin , et arrêta sea filVOriSi L'alliance de la Sorbonne avec les bouchers augmenta encore leur insolence. Ils essayèrent eu même temps de se rattacher à la haute bourgeoi* sici qui avait régné un instantpendaDt la captivité du roi Jean , mais qui avait été décimée au commencement du règne de Charles VI. A l'exemple des compagnons d'Etienne Marcel, ils adoptèrent le chaperon blanc, sym* bole de la liberté chez les Gantais , et que les ducs de Bourgogne, de Guyenne et de Berri consentirent aussi à porter. Mais les bouchers n'étaient pas les dignes stkooesseurs de ces premiers martyrs de la liberté Ârançaise.

Ils se déshonôrèrent par leurs cruau* tés. L'ancien prévôt de Paris, Pierre des Ëssarts , la Rivière, du Mesnil, et d*autres magistrats encore dont ill redoutaient le talent et le courage, pétricent par leurs ordres. Ils «e ten*

O Voy.jt. m, p. i59 et suiv., l'article qué BOas avona coaMcri à cette corporation.

CAB FAi

dirent plus odieux encore par l'emprunt forcé qu'ils levèrent sur les bourgeois de Paris, car on reconnut bientôt à leur luxe extravagant que leurs intentions n*avaient pas été exclusivement patriotiques. Le duc de Bourgope lui-nnéme se dégoûta de ses allies, (jui avaient cessé de le respecter. Enfin, la bourgeoisie, poussée a bout, prit les armes et for^ le dauphin ae sortir de sa honteuse apathie pour secouer le joug des bouchers.

Ceux-ci , retranchés sur la place de rhôtel de ville , n'osèrent pas ré&ister à la bourgeoisie, et la domîna^n des cabochiéns parut anéantie ( 1418 )• Mais ils reparurent après la conspiration de Périnet Leclerc , en 1418, et trempèrent dans les massacres qui ensanglantèrent la capitale. Jean sans Petir rat réduit'à donner une poignée de main au bourreau Gapelucne , qui se signalait à la téte des massacreurs. Il ne fallut rien moins que la domination des Anglais pour mettre (in à ees épouvantaiSles desordres. Qaani à Thistoire de Simonet Caboche, elle uê peut [)ns être séparée de celle d^son parti. On ignore comment il a fini.

Cabot (Vinc), jurisconsulte du seizième siècle, profem le droit avto distinetibn à Paris , à Orléans et à Toulouse , sa ville natale. II mourut dans les premières années du dixseptième siècle. Il avait composé plusieurs ouvrages, dont le plus remarquable est intitulé i les Politiques dé yincent Cahot, pubHi^t par Léo»

nard Campisiron, Toulouse, 1630, in-8**. Ce n'est que le premier volume d'un ouvrage projeté par Cabot, et gai devait avoir Tin^t-hult livres* Léonard Campistron mit en ordre os qui était fait, c'est-à-dire, seulement six livres , et les dédia au cardinal de Hichelieu. Il les avait trouvés assez beaux pour les présenter aux ministres, au parlement et à Tuniversité àé Paris, en 1624, et il dit qu'on s'accorda généralement à reconnaître que Çabot y avait mis « plus de secrets de cette science (la politique), qu'on ta*en tnmvoit dans tous les autres linci qd cA afoiinl traité Jos^alm» »

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