I.a Ciolat. Aniibaa- Toulon
Cette organisation est tout à fait changée aujourd'hui. La défense des côtes est confiée à Tarmée , comme tous les autres points du royaume; seulement il y existe un corps spécial d'artilleurs , appelés canonniers gardes-cotes , pour le service des batteries et des forts situés sur les bords de la mer. (Voyez Abuéb et Abtillebie).
Capitale, mot dérivé du latin caput, et qui sert à désigner ces grandes villes qui peuvent être considérées oomme la tête de chaque corps de na* tion^ Dans Tarticle Cbh tbâlisatior, nous essaierons de montrer combien il importe que les différentes provinces dont se compose un État convergent toutes vers un même centre, qui soit, pour ainsi dire, le cœur de 1 organisme social. A nette centralisation, sans laquelle il peut bien e.xister une agglomération d'États confédérés, mais pas de peuple, il faut un sié^e quelconque; ce siège, c'est une ville plus ou moins remarquable, à laquelle une supériorité plus ou moins réeiie fait doimer le nom de capitale.
Deméme^laFranceest le pays da monde le mieux centralisé , de même
aussi Paris est la ville capitale par excellence. Paris n'est pas seulement notre plus grande cité , la plus riche et la mieux peuplée, celle enfin où réside le gouvernement national, c'est encore le lieu de rendez-vous, et, comme on l'a dit, le salon de la France; c'est la place publique, c'est le forum des quatre-vingt-six départements qui nous restent, et de ceux qui nous ont été injustement enlevés. Aussi n*existet-il pas, en réalité, de population parisienne : essentiellement flottante, la population de Paris se renouvelle sans cesse, soit par rarrivée perpétuelle de nouveaux nabitantS9 soit par le mélange de tous les provinciaux qui viennent y séjourner ou s'y établir. C'est à Paris surtout que s'opère la fusion de toutes les races françaises; ou ne saurait y être Parisien, on y est Français avant tout. Les Parisiens ne sont recherchés avec tant de faveur à l'étranger que parce qu'on est sdr de trouirer en eux le vrai type français.
Il n*y a pas de ville qui manque , autant que Paris, d'une physionomie locale; niais il n'en est pas non plus qui ait des n)oeurs plus sociales et un esmrft pubKc aussi prononcé ; eu ce sens, Faris n*cst pas une Ville, c'est quel-
3ue chose de mieux : c'est le miroir e la France.
Si maintenant on compare Paris aux autres capitales de Ixurope, sa supériorité n'est pas monts incontestable. Est-il une ville que les étrangers préfèrent à Paris? En est-il une
Î|u'ils adoptent plus facilement pour eur seconde patrie.^ « Si je n'étais né à Londres, à Berlin, à Tienne, à Saint- Pétersbourg, disent chacun en particulier beaucoup d'Anglais , d'Allemands et de Russes, je voudrais être néà Paris.» Enlin, celui qui n'a pas vu Paris n'a pas voyagé, eut-il parcouru le reste du monde. Pourquoi cet amour et cette préférence universels? Fst-ce parce que Paris est la plus belle ville
Îue l'on connaisse? Assurément non.
^our hr splendeur du paysage ou pour salubrité du cKmat , il n'a rien que
doivent lu! eovier I^aples , Eoôie 01^ Goostantinople. Pourquoi donc? C'est parce qu'à Paris les étrangers rencontrent la France entière, c'est-àdire, le peuple le plus social, le plus généreux , celui qui regarde tous les autres peuples comme des frères, quf les a toujours associés à ses triomphes, et qui sait leur faire avec le plus d'amabilité les honneurs de sa maison.
Londres est plus opulente , mais elle est égoïste et superbe; elle n'est que la capitale de l'industrie, tandis que Paris est le foyer des lumières, le cœur de l'Europe, en un mot, la capitale de la civilisation. On n'y vient souvent qu'attiré par l'éppftt des fêtes et des plaisirs; il est rare qu'on n'en sorte pas plus éclairé et plus rempli de foi dans l'avenir politique et religieux de l'Europe et de toute l'humanité.
Il faut l'avouer cependant , depuis quelque temps surtout^ la grande villé se matérialise; ses mœurs se rel.lchent à l'excès, et elle étale dans sa parure un luxe peu décent qui semble nous faire reculer à ces temps oii l'on sacrifiait au veau d'or. Cette faiblesse pourrait lui devenir fatale. Qu'elle songe au sort de Babylone et de Rome en décadence 1 Lorsqu'une capitale descend au rôle de courtisane , elle a beau fortifier son enceinte d'une triple muraille, la Providence tient toujours en rt^sérve des nuées de barbares non encore amollis, qui se chargent du soin de la punir. Heureusement ce ma) n'est que passager ; on doit tout au plus y voir une mode de mauvais goût qui disparaîtra comme tant d'autres aussitôt que les conséquences honteuses s^en feront sérieusement sentir. De trop grands intérêts sont attachés aux destinées de la France pour que l'heure de sa décadence soit venue; ce qu'il y a de sacré dans sa mission l'empêchera de se donner kwgh temps de fiiuz airs de Bas-Empire. Son sang est toujours aussi bouillant, toujours prêt a couler pour la sainte cause à laquelle se sont dévoués nos pères. Tous les autres peuples comptent sur elle; elle ne trompera pasiew • iittente, et Paris, sm renoncer à Taio
fiance qui sied à une grande capitale, saura résister aux séductions de Topu- Icnee ét da plaitir. Si la populatioa qui rhabite aujourd'hui se laissait déchoir, il n'en serait pas de même de cette autre population qui accourt de toutes les parties de la France pour ntremper la métropoto. Le vieux sang ne cessera jamais d'y être rafraîchi ef purifié par finfusion d'un sang nouveau. Pour que Paris fût définitivement corrompu, il faudrait aue toutes les villes, tous les hameaux de France, lussent corrompus eux-mêmes. Une démoralisation aussi complète n'est pas à redouter cliez un peuple naturellement brave et généreux , porté aux grandes choses, et toujours en oonMmmicalkHi avee lep autres nationa du monde, qui ontuneiiaute idée desoo caractère et de son avenir. Ne nous laissons donc pas décourager par les sinistres prophéties de quelques Jérénies mdderiiet*
< Pourquoi Paris» plutôt que toute
autre ville du premier ordre, est-il devenu la capitale de la France? Cette question est d'autant plus digne d'examen, que, sous le rap^rt géographique, aucun titra supérieur ne militait en faveur de cette cité. La France est tout à la fois le pays le mieux situé et le mieux fait de TEurope. Elle est le pays le mieux :^itue, parce qu^elle toucha à TAngletetre, a rAllemagne, à FItalie, à TEspa^w» et qu'elle se trouve en face de TAmérique, en face de l'Afrique septentrionale, en lace de l'Asie Mineure; elle est le pays le mieux ftiit , parce qu^étant encadrée par la t mer du Nord, Tocéan Atlantique, la Bléditerranée et le Rhin, elle possède un admirable système de vallées et de fleuves qui prennent naissance vers le centre de son territoire, et vont débouoiier -dantf les mers et dans le lleuve-roi , qui la terminent sans la restreindre. Son système hydrographique a fait l'admiration de tous les observateurs , depuis César Jusqu'à
•P^apoléon* Des plateaux qui forment le Bo^ii de sa enarpente osseuse, on
■voit rayonner les plus beaux cours
d*eMi vers ks quatre points de l'hori-
zon. La Loire, qui rejoint presque le Rhône , descend majestueusement à l*océan Atlantique, où la Garonne vient aussi verser les eaux du Midi; la Seine et la Meuse portent leur tribut à la mer du A'ord; la Moselle est un affluent du Rhin, dont nous rapprochent, encore les sinuosités de la Meuse et do TEscaut; enfin le Rhône jette ses eant înipétueuses dans la Méditerranée. La place géographique de la capitale d'un
f)areil empire semblait déterminée par a nature vers la région centrale qui est à la fois le plus près des principaux fleuves , c'est-à-dire , entre la Loire, la Seine, la Moselle et le Rhône. Pourquoi Dijon, Bourges, Nevers ou toute autre ville encore plus favorisée, n*est-elle pas devenue la capitale do la fîrance? C'est parce qu*il ne suffit pas qu'une capitale soit placée au centre géographique du pays, mais parce qu'elle doit encore occuper une position avantageuse par rapport aux nations qui l'entourent. Comme elle est une ville politique avant tout, et qu'elle doit exercer son action à l'extérieur aussi bien qu'au dedans, il faut qu'elle soit en mesure d'entretenir avec les .capitales étrangères des relations non moins actives qu*avec ses propres ttà-
vinces.
En ce sens, la France , au moment où elle a formé son unité uolitique^ ne pouvait dhoisir une meilleure capitale que Paris. Sa nationalité , qui commença à se réveiller dans le Nord, il ne faut pas l'oublier , sa nationalité naissante eut à lutter contre l'Angleterre et contre TAllemagne. Londres, située vis-à-vis de notre rivage, pesait trop fortement sur nous pour que le siège du gouvernement pi1t être établi ailleurs que sur les bords de la Seine, digne rivale de la Tamise. Si la Franée . n'avait eu oour adversaire que l'Allé* ihagne , ntu doute que Reims , I<8ClQ ou Châlons ne fût devenue notre métropole ; mais l'Angleterre en voulait à notre indépendance , tandis que TAIlemagne se bornait à nous dispùter notre frontière du Rhin. Entre Un désir d'agrandissement et une question de salut, il n'^ avait pas moyen
d'hésiter : Paris eut la préférence.
D'ailleurs cette ville réunissait le double avantage d'être une excellente téte de pont contre TAngleterre, et de pouvoir sorveiller facilement TAllema-
5 ne. Elle est, à la vérité, trop distante e la Méditerranée, mais elle touche presque à l'Océan; et, à cette époque surtout, le centre du monde politique se trouvait au Nord.
Quelques pubiicistes , tout en convenant qu'il a dû en être ainsi pour le passé , croient que la capitale de la J^rance tend à se dénlacer et à se por- 1^ davantage vers le Midi. Leur opinion se fonde principalement sur ce
3ue le centre du motide politique se éplace lui-même et senihle descendre vers le Midi, r^ous sommes loin de nier ce fait; le démembrement de la .monarchie ottomane, l'ascendant toujours croissant que prennent les Russes à Constantinople et les Anglais à Alexandrie, la révolution que la va- .peur est en train d'aècompnr dans la marine, le travail de régénération qui se manifeste en Espagne, en Italie, en Grèce et dansTOrient, tout annonce que la Méditerranée va devenir de .nouveau le centre politique de l'Europe. Cependant il ne nous paraît pas ^rigoureusement logique d'en conclure que Paris cessera, pour cette raison, d'être la capitale de la France. Parce que la Méditerranée recouvre sou im-
rrtance politique, est-ce à dire que Nord perde la sienne? On peut croire le contraire. Le mouvement qui s'opère en ce moment est double, et la capitale de la France devra augmenter son influence au Midi sans diminuer sa puissance d'action au lïord. Alger nous réclame d'un côté; .'mais Londres et Berlin , mais notre frontière du Rhin à ressaisir et à garder quand nous l'aurons ressaisie , ne . nous réclament pas moins de l'autre.
Sans parler des troubles qu'entraînerait un changement de capitale, quelle ville est mieux située que Paris pour manifester notre puissance sur la mer du Nord et le Rhm, en même temps que sur la Méditerranée? Ft \m\s, le ' jour où Paris sera trop loin de Toulon
CAP
et de Marseille, il lui sera facile de s'en rapprocher. La vapeur a enlevé leur principal argiunent aux détracteurs de Paris ; grâce aux chemins de fer, cette ville pourra bientôt ne phig être qu'à trois jours de la Méditerranée; et, de plus, le Rhin et la mer du Nord se trouveront presque . à ses portes.
M. Michelet, dans son Histoire de
France, justifie avec son talent ordinaire le choix qui a été fait de Paris pour capitale. Nous citerons quelques passages où se trouvent des aperçus profondément politiques , bien qu'exprimés dans un langage qui n'a pas toujours toute la i^ravité de l'histoire, et où domine peut-être trop exclusivement la brillante imagination d'un poète enthousiaste.
« Pour trouver le centre de la France , le noyau autour duquel tout devait s'agréger, il ne faut point prendre le point central dans l'espace : ce serait Bourges , vers le Bourbonnais , berceau de la dynastie ; il ne faut point chercher la'principale sé- • paratJon des eaux: ce seraient les plateaux de Dijon ou de Langres, entre les sources de la Saône , de la Seine et de la Meuse ; pas même le point de séparation des races : ce serait sur la Loire , entre la Bretagne, l'Auvergne et la Ton raine. Non , le centre s'est trouvé marqué par des circonstances plus politiques que naturelles, plus hii> maines que matérielles. C'est un centre excentrique, qui dérive et appuie au Nord , principal théâtre de l'activité nationale , dans le voisinage de l'Ani^leterre , de la Flandre et de l'Allemagne. Protégé, et non pas isolé par les fleuves qui l'entourent , il se caractérise selon la vérité par le nom d'Ile de France.
A On dirait, à voir les grands fleuves de notre pays , les grandes lignes de terrains qui les encadrent , que la France couie avec eux à l'Océan
(*) N'y a-t-il pas ici un peu d'exagération? Ce n*e.st pas le chemin de l'Océan, c'est celui de la Méditerranée que nous ouvre la vallée du Rhéiie. De même rSicaiit, .M
CAP L'UNIVERS
CAP
tAP
Au nord, les pentes sont peu rapides:
les fleuves sont dociles. Ils n'ont point empêché la libre action de la poUtî-
3ue de grouper les provinces autour u centre qui les attirait. La Seine est en tout sens le premier de nos fleuves, le plus civiiisable, le plus perfectible. ÉUe n*a ni la capricieuse et perfide mollesse de la Loire, ni la brusquerie de la Garonne , ni la terrible impétuosité du Rhône, qui tombe comme un taureau échappé des Aipes, perce un lac de dix-buit lieues, et vole
a la mer en mordant ses rivages
> - « Paris a pour première ceinture Rouen , Amiens , Orléans , Châlons , Keims , qu'il emporte dans son mouvement. A quoi se rattache nne ceinture extérieure , Nantes , Bordeaux , Ciermont et Toulouse , Lyon , Besançon, Metz et Strasbourg. Paris se re-
{ produit en Lyon pour atteindre par e Rhône Texcentrique Marseille. Le tourbillon de la vie nationale a toute sa densité au nord; au midi, les cercles qu'il décrit se relâchent et s'élargissent.
« Le vrai centre s'est marqué de bonne heure; nous le trouions dési-
5 né au siècle de saint Louis , dans les eux ouvraEjes qui ont commencé notre jurisprudence : Établissements de France et d'Orléans; Coutumes de France et de Fermandois, C'est entre TOrléanais et le Vermandois, entre le coude de la Loire et les sources de l'Oise , entre Orléans et Saint- Quentin, que la France a trouvé enlin son centre, son assiette , et son point de repos. Elle Tavait cherché en vain, et dans les pays druidiques de Chartres et d'Autun , et dans les chefslieux des clans galliques , Bourges, Ciermont (Agendicum, urbs Arvernorum). Elle Tavait cherché dans les capitales de l'Église mérovingienne et carlovingienne, Tours et Reims.
« La France capétienne du Roi de Saint- Denys , entre la féodale Normandie et la démocratique Champagne, s'étend de Saint-Quentin à Or*
Meuse , la Sambre el la Moselle nous rendu iseul non pas à l'Océaa , mais au Khin.
léans, à Tours. Le roi est abbé de Saint •Martin de Tours, et premier chanoine de Saint-Quentin. Orléans se
trouvant placée au lieu où se rapprochent les deux grands fleuves , le sort de cette ville a été souvent celui de la France ; les noms de César, d'Attila, de Jeanne d'Arc, des Guises, rappellent tout ce qu'elle a vu de sièges et de guerres. La sérieuse Orléans est près de la Touraine , près de la molle et rieuse patrie de Rabelais , comme la colérique Picardie à côté de l'ironique Champagne. L'histoire de l'antique France semble entassée en Picardie. La royauté, sous Frédégonde et Charles le Chauve, résidait à Soissons, à Crépy , Verbery , Attigny ; vaincue par la féodalité , elle se réfugia sur la montagne de Lncn. Laon, Péronne, Saint-Médard de Soissons , asiles et
Ërisons tour à tour, reçurent Louis le débonnaire, Louis d'Outremer, Louis XL La royale tour de Laon a été détruite en 1832 ; celle de Péronne dure encore. Elle dure, la monstrueuse to^r féodale des Coucy :
Ja oe sai* roi» ne duc. prince, ne comte aoMi» ' Je aaU w sln d« Cei^y.
'« Mais en Picardie, la noblesse entra de bonne heure dans la grande peiisée de la France. L'héroïque maison de Guise, branche picarde des princes de Lorraine, défendit Metz contre les Allemands, prit Calais aux Anglais^ et faillit prendre aussi la France au roi. La monarchie de Louis XIV fut dite et jugée par le Picard Saint-Simon.
A Fortement féodale, fortement communale et démocratique fut cette ardente Picardie. Les premières communes de France sont les grandes villes ecclésiastiques de Noyon, de Saint- Quentin, d'Amiens, de Laon....
« Pour le centre du centre, Paris , rile de France, il n*est qu^une manière de les faire connaître, c'est de raconter l'histoire de la monarchie. On les caractériserait mal en citant quelques noms propres : ils ont reçu , ils ont donné resprit national: ils ne sont pas un pays , mais le résumé du pays. La féodalité même de l'Ile de France exprime des rapports généraux. Dire les
9* iÀoraUon, T. it* (Dict. fiRCYOLM btc.)
CAP
L'UNIVERS
IIAP
Montfort, c'est dire Jértjsalem , la croisade du Languedoc, Its communes de France et d'Aiigleterre , et les guerref Breta^e; dire les Montinorency, c esidife la f(>odalité rattachée au pouvoir royal, d'un génie mé« diocre, loyal et dévoué. Quant aux écrivains si nombreux qui sont nés à paris , ils doivent beaucoup aux proyinces dont leurs parents sont sortis ; ils appartiennent surtout à Tesprit , universel de la France qui rayonna en eux. En Villon, en Boileau, en Molière et Régnard , en Voltaire . on sent ce guMl y a de plus général dans le génie français; ou, si Ton veut y chercher quelque chose de local, on y distinguera tout au plus un reste de cette vieille j^éye d'esprit bourgeois, esprit moyen, moins étendu que judicieux , critique et moqiieur , qui se forma de boniiê
tllinieur gauloise et d'amertume parementaire entre le parvis de Notre- Dame et les degrés de la Sainte-Chapelle.
« Mais ce caractère indigène et particulier est encore secondaire : le général domine. Qui dit Paris , dit la monarchie tout entière. Comment s'est formé en une ville ce i^rand et coni-
Flet symbole du pays? iTfaudrait toute histoire du pays pour l'expliquer : la description de Paris en serait le dernier chapitre. Le génie parisien est la forme la plus complexe à lu fois et la plus haute de la France, il semblerait qu'une chose qui résulterait de l'annihilation de tout esprit local, de toute provincialité, diU être purement négative. Il n'en est pas ainsi. De toutes ces négations d'idées matérielles, locales, particulières, résulte une généralité vivante, une chose positive 9 une force vive* Ifous Tavons vu en juillet. » ' ' ■ *
Depuis queT^apoléon a porté à sa perfection là nouvellé stratégie ébauchée avec tant de génie et de vigjieur par la démocratie française de 1793, stratégie a laquelle on 'a donné avec raison le nom de grande guerre, les capitales, devenues le point de mire de Tattaque, ont beaucoup perdu de leur sécurité* Dans i'anaenne tacti*
que, les armées consumaient le temps à assiéger les places fortes des frontières ; le grand capitaine leur a appris h laisser derrière elles des obstacle^ purement défensifs et à marcher droit au cœur de l'ennemi. Son entrée à S^ienne, à Berlin, à Madrid, à Moscou, et la prise de Rome, de Napies et de Lisbonne, ont prouvé quMl avait deviné juste. Instruite pat ses défait* tes, l'Europe coalisée est venue, à son tour, nous apporter à Paris une triste conGrmation de la supériorité de ce système inventé par la France. Toutes ]és capitales de VEurope ont été en^ v:ihies; Londres seule, protégée par l'Océan, est restée intacte; mais elle , commence à être moins rassurée de- ' puis que la vapeur a mis sa citadelle msulaire à la portée du continent. |i résulte de là que le besoin de fortiflet les capitales se fait aujourd'hui généralement sentir en Europe. Paris, surtout depuis que les coalitions de 1814 et de 1816, ne se bornant pas à nous enlever notre limite do Rnin , a détruit nos places fortes avec défense de les relever, dans le but de nous tenir sans cesse sous la menace d'une nouvelle invasion j Paris, ouvert de tous cdtés, doit être mis, au moins, à Tabri d'une surprise. Cette opinion a été défendue avec trop d'insistance par Napoléon pour que nous puissions passer son plaidoyer sous silence.
« Une grande capitale, dit-il dans ses Mémoires y est la patrie de l'élltn de la nation;' tous les grands y ont leur domicile, leur famille; c'est le centre de l'opinion, le dépôt de tout.
Cest la plus grande des contradictions et des inconséquences que de laisser un point aussi important sans défense immédiate...
«' Si, en 1805, Vienne eût été fortifiée, la bataille d'Ulm n'eût pas décidé de rissue de la guerre: le corps d'ar* mée due commandait le générai Rutiisofr y aurait attendu les autres corps de l'armée russe, déjà arrivés à 01mutz, et l'armée du prince Charles arrivant d'Italie... En 1809, le prince Charles, qui avait été battu à Eekmubl» 'et obligé de foire sa retraite par la rfré
CAP
CAP
Sauclie du Danube, aurait eu le temps 'arriver à Vienne, et de s'y réunir avec le corps du général liiiler et l'armée de l'arcbiduc Jean.
« Si Berlin avait été fortifié en 1806, l'armée battue à léna s'y Idt ralliée, et l'armée russe l'y eût rejointe.
« Si, en 1808, Madrid avait été une place forte, l'nrmée française, après les victoires d'Espinosa, de Tudella, de Burgos et de Sommosierra, n'edt pas marché sur celte capitale, en laissant derrière Salamanque et Valladojid, l'armée anglaise du général Moore et l'armée espagnole de" la Romana ; ces deux armées anglo-espagnoles se fussent réunies sous les fortifications de INladrid à l'armée d'Aragon et de Valence.
« En 1812, l'empereur Napoléon entra dans Moscou. Si les Russes n'avaient pas pris le parti de briller cette grande ville , parti inouï dans Thistoire et qu'eux seuls pouvaient exécuter, la prise de Moscou eût entraîné la soumission de la Russie; car le vainqueur eût trouvé dans cette grande ville : 1° tout ce oui est nécessaire pour rétablir l'habillement et le matériel d'une armée; 2° les farines, les légumes, les vins, les eaux-de-vie, et tout ce qu'il faut pour la subsistance d'une grande armée ; 3° des chevaux our remonter la cavalerie, et, enfin, appui de trente mille affranchis , fils d'affranchis ou esclaves jouissant d'une grande fortune , fort impatients du joug de la noblesse, lesquels eussent connnuniqué des idées de liberté et d'indépendance aux esclaves; perspective effrayante qui eût conseillé au czar de faire la paix, d'autant plus que Je vainqueur avait des intentions modérées. L'incendie détruisit tous les magasins, dispersa la population; les iuarcbands et le tiers état furent ruinés, et cette grande ville ne fut plus qu'un cloaque de désordre , d'anarchie et de crimes. Si elle eût été fortifiée, Kutusoff eût campé sur ses remparts, et r investissement en eût été impossible.
« Constantinonle, ville beaucoup plus grande qu aucune de nos capi-
tales modernes, n'a dû son salut qu'à ses fortifications; sans elles, l'empire de Constantin eût été terminé en 700, et n'eût duré que trois cents ans. Les heureux Mussen y auraient dès lors planté l'étendard du prophète; ils le urent en 1453 , environ huit cents ans après. Cette capitaledutàses murailles huit cents ans d'existence. Dans cet intervalle, assiégée cinquante- trois fois, elle le fut cinquante-deux fois inutilement. Les Français et les Vénitiens la prirent , mais après une attaque très-vive.
« Paris a dû dix ou douze fois son salut à ses murailles. £n 885, il eût été la proie des Normands ; ces bar* bares l'assiégèrent inutilement deux ans. En 1 358, il fut assiégé inutilement parle dauphin, et si quelques années après les habitants lui en ouvrirent les portes, ce fut de plein gré. En 1359, Edouard, roi d'Angleterre, campa à Montrouge , porta le ravage jusqu'au pied de ses murailles, mais recula devant ses fortifications et se retira à Chartres. En 1429 , le roi Henri V repoussa l'attaque de Charles VU. En 1464, le comte de Charolais cerna cette grande capitale; il échoua dans toutes ses attaques. En 1472, elle eût été prise par le duc de Bourgogne, qui fut obligé de se contenter de ravager sa banlieue. En 1536, Charles-Quint, maître de la Champagne, porta son quartier général à Meaux ; ses coureurs vinrent sous les remparts de la capitale, qui ne dut son salut qu'à ses murailles. En 1588 et 1589, Henri HI et Henri IV échouèrent devant les fortifications de Paris; et si plus tard les habitants ouvrirent les portes , ils les ouvrirent de plein gré, et en conséquence de l'abjuration de Saint-Denis. Enfin, en IG36, les fortifications de Paris en sauvèrent , pendant plusieurs années, les habitants.
« Si Paris eût été encore une place forte en 1814 et en 1815, capable de résister seulement huit iours, quelle influence cela n'aurait il pas eue sur les événements du monde ! ! !
n Comment, dira-t-on, vous prétendez fortifier des villes qui ont douze à
CAP L'UNIVERS. CAP
guinze mille toises de pourtour ? Il vous raudra quatre-vingts ou cent fronts , cinquante à soixante mille soldats de garnison , huit cents ou mille pièces d'artillerie en batterie. Mais soixante mille scldûts sont une armée; ne vautil pas mieux l'employer en ligne?... »
Cette objection est faite en général contre les grandes places fortes; mais elle est fausse en ce qu'elle confond un soldat avec un homme. Sans doute il faut, pHOur défendre une grande capi* taie, cinquante h soixante mille hommes , mais non cinquante à soixante lulllc soldats. Aux époques de malheur et de grandes calamités , les États peuvent manquer de soldats, mais ils ne manquent jamais d*hommes pour leur défense intérieure. Cinquante mille hommes, dont deux à trois mille canonniers, défendront une capitale, en interdiront l'entrée à une armée de trois à quatre cent mille hommes, tandis que CCS cinquante mille hommes, en rase campagne, s'ils ne sont pas des soldats faits et commandés par des officiers expérimentés , seront mis en désordre par une charge de trois mille hommes de cavalerie. D'ailleurs, toutes les grandes capitales sont susceptibles de couvrir une partie de leur enceinte par des inondations, parce qu'elles sont toutes situées sur de grands fleuves, que les fossés peuvent ^re remplis d'eau, soit par des moyens naturels, soit par des pompes à feu. Des places si considérables, qui contiennent des garnisons si nombreuses, ont un certain nombre de positions dominantes sans la possession desquelles il est im-
{)ossible de se hasarder à entrer dans a ville. »
Après ce jugement, qui fut aussi celui de Vauban et de Louis XIV, il
est difficile de ne pas admettre que la capitale de la France doive être lortifiée. Mais il est une restriction qui devait naturellement peu occuper deux monarques tels que Louis XIV et Na« poléon ; cette restriction, c'est que la capitale d'un grand empire a besoin d'être libre autant que forte. En effet, il ne suffit pas que ses nmrailles la mettent à rabri d'un coup dd main au*
dacieux, il faut encore qu'elle jouisse d'une large indépendance, pour représenter dignement le peuple qui lui a remis le soin de sa destinée. Le moyen le plus silr de perdre une capitale, ce serait de la réduire au rôle d'une place forte. Le problème n'est donc pas-ia« die à résoudre : il s'agit de la fortifier sans en faire une place de guerre. Un fossé continu et des forts détachés , assez éloignés pour ne pouvoir atteindre la villa, assez rapprochés pour dominer ses avenues et la protéger, telle est la solution aujourd'hui en faveur, et qui paraît devoir triompher.
Tout ce qui précède ^)eut se résumer en peu de mots. Lom que ce soit par usurpation, c*est en vertu des titres les plus légitimes que Paris est devenu la capitale de la France. Aucune autre ville ne peut lui disputer ce rang, parce qu'aucune autre villelft'a un caractère aussi exclusivement social et français.
Ses armes sont bien moins le vaisseau de l'ancienne cité que le drapeau national. C'est un centre plutôt qu'une ville, c'est la tête, c'est le cœur de la France. Cest aussi la téte et le coeur de l'Europe, autant que l'organisation * actuelle de l'Europe lui permet d'avoir un cœur et une tête. Londres est la capitale de l'industrie, Rome la capitale du catholicisme, Saint-Pétersbourg la capitale de l'Église grecque, Berlin le siège principal du protestantisme; mais Paris, plus que toute autre ville , est la capitale de la civilisation.
Câpitatxoh. — La capitation, ap« pelée censîts capitalis , impôt par téte, consistait, dans le temps de la domination romaine , en une taxe mise sur chaque citoyen, à raison de sa personne, à raison de ce qu'il était, comme sujet , tenu de contribuer aux besoins de l'État, et quelquefois aussi à raison de sa profession , mais sans égard à ses biens qui étaient taxés d une autre manière. Ainsi , tous les citoyens étaient portés au rôle de la capitation , tandis que ceux qui n'avaient pas de biens-fonds n'étaient point compris dans le rôle des possesseurs, m dans le canon proprement
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