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Cabmagnole (la). Voyez Chants
PATBIOTIQUES.
CABUBLiTES.Ges religieuses, assujetties à la même règle que les carmes, dont elles ont pris le nom, furent introduites en France, en 1552, par Jean Soretb , qui en établit alors un couvent à' Vannes, en Bretagne* Mais elles^ prospérèrent peu, et lear nombre resta!
a peu près stntionnaire jusqu'au milieu du seizième siècle , époque où sainte Thérèse cuinmença sa fameuse rtforme dans le couvent <l*Avila , en Eèpaghe. Cette réforme fut introduite en France, au commencement du dixseptième siècle , par madame Acarie et par le cardinal de Bérulle (vo^ez ces mots). Les couvents de carmélites Ee multiplièrent beaucoup en France depuis cette époque; an moment de la révolution, elles en possédaient qujitre k Paris et à Saint^Denis , et soixantedeux dans le reste du royaume. 'Parmi les religieuses les plus célèbres de cet ordre, dont la rè^le fut toujours observée avec une {grande sévérité, on peut citer madame de la Yallière, qui aUa y expie^, par une dure pénitence, les quel(^ues années quVIie avait consacrées a l'aire le bonheur du grand rôî, et l'arrière-petite-filledeceprincéi Louise de France, qui peut-être, par les austérités auxquelles elle se sounift, voulut racheter une partie des honteux désorihes de son pere, Louis
Carmen ou Keeman, seigneurie de Bretagne (département du Finistère), érigée en marquisat en 1612.
Carm£s , religieux ainsi appelés du mour Carmel, qui fut letjr berceau, furent introduits en P>ance en 1259, par saint Louis , qui , au retour de la ttrre sainte, en ramena quelques uns a^c lui, et les établit à Paris, d'où ils se répandirent ensuite dans le reste dq royaume. Ces religieux étaient alors vêtus d'une robe brune, par-dessus laqudle ils portaient une chape barrée de blanc et de couleur tannée, ce qui leur fit donner le nom de barrés. Une rue voisine du couvent qu'ils habitèrent a'abord à Paris a retenu ce nom, €t s'appelle encore la rue des Barres,
Les carmes quittèrent ces chapes bigarrées après le chapitre général tenu à Montpellier en 1287; leur costume fut alors changé, et depuis il
consista en une robe noire, avec un scapulaire et un capuce de même couleur, et ^ar-dessus une ample cbape et un camail de couleur blancne.
Ces religieux étaient alors cités pour Taustérité de leur vie; aussi se multiplièrent - ils rapidement dans ces temps de ferveur religieuse. Mais, quoiqu'ils fussent un ordre mendiant, et qu il leur fût défendu de rien posséder individuellement, ils s'enrichirent promptt inent, et avec les richesses, le relâchement , le luxe, la débauche même, s'introduisirent parmi eux.
Quelques-uns de feurs couvents adoptèrent, il est vrai, dans le seizième siècle, la réforme de sainte Thérèse, et de là naquirent les carmes déchaussé» ou déchaus. Biais cette réforme rigide ne fut pas du goût de tous les carmes. Ceux du premier couvent établi à l^aris conservèrent assez longtemps leurs règles; ils se consacrèrent même à l'enseignement des pauvres écoliers, et furent agrégés à l*u- * niversité de Paris; mais à la fin leurs mœurs se corrompirent aussi , et on leur reprocha les godts mondains et les vices des templiers. Douze d'entre eux furent, en effet, enfermés, en 1658, au For-l'Évéque, à la suite d'un banquet, ou plutôt d'une orgie, qui lit alors beaucoup de scandale.
La principale maison des carmes , en France, était à Paris, à la place Maubert; elle a été depuis convertie en marché. Ils en possédaient dans la même ville une autre, dont les reli-
âieux, appelés carmes biUettes^ ont onné leur nom à la rue qu'ils habitaient. Les carmes de Pans ont joué un rôle important pendant les troubles de la liiiue; leur prieur, Étienne Lefuel , se lit remarquer parmi les ligueurs les plus fougueux; il fut banni par Henri IV, et eut ensuite beaucoup de peine <à obtenir l'autorisation de rentrer en France.
Cabmine (prise du fort del) Le général Cbampionnet s'étaut rendu
FEAHCE.
maître des approches de la ville de
Kapies (21 janvier 1799), ordonna au général Broussier d'attaquer avec sa brigade le grand pont situé près du quartier de lu Madeleine, et qui sépare la viUede «es faubourgs. Ce pont,
3ue domine le fort del Carminé , était éfendu par une troupe considérable de lazzaroni , un bataillon d'Albanais à la solde du roi de Naples, et six pièoes de canon. Après six beiires de combat, les lazzaroni furent culbutés par six compagnies de grenadiers des 17«, 64' et 73" dcmi-brigades, qui les chargèrent a la baïonnette. I^es Albanais continuèrent encore de se deieudre; mais au moment où ils virent les grenadiers français s'avancer sur eux, ils se jetèrent à leurs genoux, en demandant quartier. On les reçut prisonniers de guerre. Le générai Broussier, maître du pont-, en déboucha le 23 à la pointe du jour, et fît investir le fort del Carminé. Combinant alors ses attaques avec celles du général Rusca, qui pressait le iort sur un autre point, il parvint à s*en emparer, malgré la vigoureuse résistanoe de la garnison napolitaine.
Cabmois (Charles), peintre d'histoire , vivait du temps de François V\ |l peignit la voûte de la Sainte-Chapelle de Vincennes. François I'*^ ayant appelé de Bruges un certain Jans, tapissier de cette ville, fit exécuter lesi premières grandes tapisseries de haute lisse qu'on ait fabriquées , dit-on , ea France. Charles Garmois fit on certain nombre de cartons pour ces tapisse* ries.
Carmontelle. Un esprit agréable ^t facile, un style spirituel, et le talent de peindre, sinon les caraetères, du moins les usages et les travers de la
sociétp, ont acquis à cet écrivain une réputation universelle dans les salons.
à Paris eu 1717, il fut lecteur du ducd*Orléans, et ordonnateur de ses fêtes. Carmontelle a droit à une place dans rhisto re de notre littérature, comme créateur de ces légères cl spirituelles esquisses dramatiques, qui, ^OMs le nom de proverbes, contribué^
mit ai souvent à «oimer k9 wiréN
des grands eonune celles des bourgeois.
Au talent d*écrire , il joignait encore
celui de peindre avec facilité. Nous devons a son pinceau les portraits de la plupart des personnages célèbres du dix-bttitidme siècle ; il aimait aussi à composer des séries de scènes amusantes dessinées et coloriées sur un papier très-tin, sur un transparent y que Ton appliquait sur une vitre. La révolution vint mettre on terme à ia^ douce existence qu*il devait à ses^ ta* lents si variés et à ses qualités personnelles; et, dans les dernières années de sa vie, il fut réduit à déposer au mout-de-piéte ses vuiuanneux ma^ Qusorits, pour se procurer quelques secours. Il mourut à Paris le 26 décembre 1806. Voici les titres de ses principales productions , dont on a fait plusieurs éditions, et où quelquesuns de nos auteurs dramatiques onl largement puisé sans avouer leurs emprunts: Proverbes dramatiques, 6 vol. in- 8°; Notœeauxprovei^bes dramatiques, 2 vol. in-8^; Théâtre du primct CbêêrsoWf % VQl.in-8^; Thé4^ ire de eampagmey 4 vol. in-g", et les Conversations des gens du inonde dans tous les temps de tannée , ouvrage piquant qui ne fut pas terminé.
D'autres proverbes de Carmoptelle ont été publiés à Paris en 1826, 8 vol. in-8'', par les soins de madame do Genlis.
Cabnag, bourg de l'ancienne province de Bretagne (auiourd'bui du département du Morbihan), à quatre m^riamètres de Lorient, où Ton voi| un des monuments celtiques les plus curieux qui existent enfrauce. Vpyea Menhibs.
GABHâTAK. L'étymologîe de ce mot est assez incertaine. D*après Ménage^ il vient de Titalien camavale. Du Cange le fait dériver de carn-à-val, parce qu'alors la chair s'en va pour féire place aux privations du carême.
Il ajoute qu'en basse latinité on disait carnelevamen, carnis privium.Qutmi à l'origine du carnaval, il nVst guère possible de la préciser; car probablement ce sont les fêtes égyptiennes du iKsyf Apis , les r^oulssanoes dei ^
turnales , des LupercaleSf etc., les fStes dfs fous et de râne« qui se sont
perpétuées jusqu'à nous sous différents noms. Il était rare , autrefois , que le peuple se mêlât à ces joies. Les grands seigneurs se dégui- .saient entre eux. Ils étaient presque les seuls acteurs du carnaval. XJne fois même nous voyons dans notre histoire qu'ils en devinrent les victimes : ce fut aux approches du carnaval de 1393 que le malheureux Charles YI, déjà à demi fou , faillit périr misérablement au milieu d'une mascarade.
Xe roi et cinq chevaliers s'étaient dé-
Suisés en satyres. Ils étaient cousus ans des toiles enduites de poix, et recouvertes d*une longue toison d'étoupesqui les faisait paraître velus de la tête aux pieds. Pendant que Charles lutine sa jeune tante la duchesse de Bmi, et que ses* compagnons s*emparent de la mariée, qu'ils embarrassent par leurs danses lascives, le duc d'Orléans, rentrant dans la salle, imagine, par une malheureuse espièglerie, de mettre le feu aux étoupes pour effrayer les dames. Heureusement la duchesse de Berri retint le roi, le couvrit de sa robe, et l'entraîna hors de la salle.
Pendant ce temps, les autres, courant, hurlant comme des forcenés, brûlèrent une demi-heure, et périrent dans d'affreuses tortures , à l'exception d'un seul, qui se précipita dans une cuve pleine d'eau. Une telle scène causa au roi une rechute violente.
Ce ne fut guère que sous le régent, aux bals masqués de l'Opéra et du Palais-Royal , qu'on vit, a la faveur du masque, la bourgeoisie, le tiers état , se mêler aux grands seigneurs, et prendre sa part dâ divertissements du carnaval. Rappelons ici que dans un de ces bals on vit entrer l'abbé Dubois pourchassant à coups de pied un masque i{u'il ne semblait pas ménager le moins du monde. Ce masque étut... Son Altesse Royale le due d'Orléans, qife Tahbé avait cru rendre méconnaissable par cet ingénieux stratagème. Mais on reconnut bien vite le régent, et les malins répétèrent que
PulKHS aurait bieo mieux donné la
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change s'il mit entouré son maftre
de respects. Le carnaval était fort brillant en France, lorsque la révolution vint en interrompre brusquement l'usage. Mais le peuple , à qui des fêtes pareilles sont nécessaires, les rétablit en 1805, et les fonds de la police contribuèrent même dès lors à en auiimenter l'éclat. iVIaintenant encore les journaux ministériels semblent établir un certain rapport entre les démonstrations carnavalesques et la prospérité de la France; et , bien que les promenades de masques à Paris soient presque devenues une fiction, on lisait encore cette année dans certaines feuilles, que les boulevards en étaient couverts , et que , par conséquent, la France est de tous les pays du monde le plus heureux, le plus sa* tisfàit de ceux qui la gouvernent.
Carnaval (ambasmeors du). On appela ainsi les députés qui furent envoyés à Rome pour s'opposer au règlement par lequel saint Charles Borromée prescrivait, à partir du mercredi des Cendres, Tobservation du carême , qui ne commençait alors qu'après le dimanche de la Quadra?
gésime.
Cabnot ( Lazare -IN'icolas- Margufirite) naquit à Nolay (Saône-et- Loire), le IS mai 1753 , d*une famille distinguée dans le barreau. Son ^oilt pour les sciences s'étant manifeste de bonne heure, son père lui fit suivre, au sortir du collège, les coursd' une école spéciale de mathématiques , où il se prépara à entrer dans le corps du génie. £n 1771, n'ayant encore que dix-huit ans , Carnet fut adnus, avec le grade de lieutenant en second , à l'école de Mézières ; à sa sortie en 1773, il fut nommé lieutenant en premier. Dix ans plus tard, il était capitaine. Son mérite décida alors le p;ouvernenient à l'envoyer à Calais, où devaient être exécutés de grands travaux de fortifications. Il s*y fit bientôt remarquer, et y publia son Essai sur les mach ines, ouvrage dans lequel il se montra savant ingénieur.
Dans le courant de la même année (1783), l'Académie de Dijon couronna
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CAE FRA19CE
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concurrent M. Maret, depuis duc de liassano. On sait que cette Académie qui. Tannée suivante, rappela dans son sein , n*eot pas lionte de le répu* dier à l'époque de la restauration.
Ces premiers débuts annonçaient ce queserait un jour le jeune élève àe l'école de Mézières. Vers ce temps , le prince Henri de Prusse , frère du grana Frédéric , lui fit les offres les plus séduisantes pour rengager à prendre du service en Prusse ; mais Carnot , qui ne voulait consacrer ses talents qu'a son pays, reftisa, malgré les plus mes instances.
Marié à mademoiselle Dupont de Saint -Orner, Carnot se livrait à ses études favorites , loin du bruit et du tumulte qui agitaient alors toutes les classes de la société; quelques opinions trop avancées pour Tépoque à laquelle elles étaient émises lui attirèrent des persécutions de la part de ses chefs.
La révolution dè 1789 vint, fort à propos pour loi, en arrêter les fâcheuses conséquences. Il adopta avec chaleur les principes de cette époque , sans toutefois prendre une part active aux premières années de notre régénération politique. Cependant, en 179t, les électeurs du Pas-de-Calais le choisirent
f)our leur représentant à l'Assemblée égislative. Il fit successivement partie du comité diplomatique, du comité d'instruction publique , et du comité de la guerre. Dès lors il commença à faire preuve de ces vertus civiques dont on ne trouve guère d'exemples que dans notre révolution on chez les peuples de Taotiquîté.
A cette époque , l'esprit de l'armée se montrait menaçant pour la liberté, et paraissait disposé à des actes condamnables d'insubordination. Carnot, qui venait d'être appelé au comité de la guerre, s'empressa de proposer plusieurs réformes de la plus haute importance , telles que le remplacement des officiers par les sous -officiers, l'abolition de robéissance passive , et la démolition des citadelles de Tintérieur.
Cette dernière mesure ne fut point comprise par l'Assemblée qui l'accueillit avec des murmures^ iuterrom^
pit l'orateur, et l'empêcha de développer sa pensée tout entière. Il fut obligé de recourir à la presse, et démontra , dans son mémoire justificatif, « qu'une citadelle n'est qu'un poste fortifie près d'une ville qu'il commande , et qu'il peut foudroyer à cha* que instant. » Il faut convenir que, sous ce rapport , nous en sommes venus à des idées plus saines que la Législative.
Le 31 juillet 1792, l'Assemblée nationale le nomma commissaire pour l'organisation du camp de Soissoi», et lui adjoignit les représentants Gasparin et Lacombe-Saint-Michel. C est pendant qu'il remplissait cette mission que son frère , député comme lui , lut en ton nom une proposition tendant à distrUnier trots cent mille fusils et piques aux gardes nationales ; à leur confier la police intérieure; à former, avec les débris des gardes-françaises , deux divisions de gendarmerie; à lever la suspension prononcée contre Pétion et Manuel ; propositions dont le but était de fournir au peuple le moyen de résister aux intrigues de la eour. Envoyé, le 5 septembre suivant, au camp de Chftions pour y organiser une nouvelle armée, Carnot n'était point encore de retour lorsque le département du Pas-de-Calais le nomma député à la Convention nationale. Dès la première séanoç, il reçut une nouvelle mission ; il fut envoyé à l'armée du Rhin pour y recevoir l'adhésion des troupes aux changements survenus; il les trouva dans les dispositions les plus favorables. Cependant un petit nombre d'officiers, dirigés par le duc d'Aiguillon et le prince Victor de Broglie, et parmi lesquels se trouvait Rouget de llsie, auteur de la MarseUlaUe , refusèrent de prêter serment.
Carnot s'efforça vainement, par les voies de la persViasion , de vaincre leur résistance; otticier du génie comme ce dernier, il s'adressa particulièrement à lui : M'obligerez-vous , lui dit^l, de destituer l'auteur de la Marseillaise? On la chantait alors à quelques pas d'eux; mais Rouget de l'Isle était dominé par la coterie aristocratique de
M CAR LlimVERS. CAR
ses camarades; il persista. Carnot, pour leur donner le temps de ta réOexion « ordonna un second appel nominal, mais sans plus de succès, ce qui l'obligea à suspendre de leurs fonctions les réfractaires. De retour à la Convention, .Gamot fut presque aussitôt envoyé dans les Pyrénées pour y former un corps d'armée, destiné à agir contre les Espagnols qui menaçaient nos frontières. Aorès avoir accompli cette troisième mission , il revint à la Gonren* lion , où l'on s'occupait du procès de Louis XVI. Dans cette grave circonstance, Carnot , républicain enthousiaste, n'hésita pas .à s'exprimer en ces termes : * Dans mon opinion , la «justice veut que Louis meure, et la « politique le vent également. Jamais, «je l'avoue, devoir ne pesa davantage «sur mon cœur; mais je pense que « pour prouver votre attachement aux « lois de ré|;alité, pour prouver que les «ambitieux ne vous effrayent point, « vous devez frapper de mort le tyran* • « Je vote pour la mort. »
A cette époque, le nord de la France se trouvant menacé par l'Angleterre, k Convention chargea Carnot de la surveillaîice des opérations de l'aile gauche de l'armée. Il arriva assez à temps pour délivrer Duukerque et Bergues, assurer les communications avec Lille, et former le camp deGy- VeM; il :i!la ensuite s'emparer, par un coup de main des plus hardis, de la forteresse de Furues.
Pendant qu'il était occupé , dans les départements du nord, à la levée du contingent appelé au service, il reçut l'ordre de se rendre sur-le-champ* à l'armée que Duaiouriez. venait de déserter. Ses disoositiotts habiles réparèrent bientdt les désastres causés par la trahison de ce général et de ses complices; les revers que nos armées avaient éprouvés au commencement de la campagne de t798 allaient bientôt se changer en triomphes. Au mois d'octobre , le prince de Cobourg passe la Sambre avec une nombreuse armée, et vient menacer le camp de Maubeuge. Cette manœuvre haroie compromettait Tindéipentoiee nationale; le comité de
salut public, oui comprit l'imminence du péril , résolut de livrer bataille, et dépêcha des . commissaires pour se
concerter avec le fîénéral Jourdan sur les opérations militaires. Un conseil, présidé par Carnot, arrêta les dispositions de la bataille de Wattignies (16 octobre 1793). On ettaaua l'ennemi sur toute la lijine; mais, dans ce premier engagement qui se termina avant la fin du Jour, Taile droite des Autrichiens nt plier la ndtre. « Le conseil se réunit, dit M. Tiasot, pour eiaminer s'il ne convenait pas de renforcer notre gauche dans l'attaque qui devait être continuée le lendemain. Carnot s'opposa fortement à ce projet , qui , d'assaillante qu'elle était et devait être, aurait pu faire prendre à notre armée une attitude déiensive. Il proposa, au contraire, de porter, pendant la nuit, la majeure partie de nos forces sur la .leauche de l'ennemi, au village de Wattignies , principal nœud de Ta défense... Cet avis ayant prévalu, tout fut disposé pour l'attaque. Au poiut du Jour, la montagne qui dominait la plame fut assaillie par nos tirailleurs; en même temps , deux fortes colonnes marchèrent sur la droite et sur la gauche pour l'enlever à la baïonnette.
Le feu de l'ennemi devint alors si vif et si bien dirigé , que Ton vit quelques-uns de nos corps hésiter» Gamot, toujours à la téte des troupes, ne tarda pas à s'apercevoir de cette hésitatioii qui menaçait de devenir funeste ; après avoir retiré ces corps de leur position pour les faire mettre en bataille sur un plateau élevé, en vue de toute l'armée , il destitua solennellement le général qui les commandait:
mettant alors pied à terre , et prenant le fusil d'un grenadier, il se mit. à la tete de la colonne de droite, tandis qu'un autre de ses collègues , comme lui en costume de représentant , marchait à celle de gauche avec le général en chef Jourdan. Rien ne put résister alors à la valeur et à l'impétuosité de nos troupes; la colonne à la tête de laquelle se trouvait Carnot pénétra bientdt dans le village de Wattignies à tniYers des «bemiiif erem combléf
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de cadavres ; et à peine arrivée sur le plateau où est ce village , elle y vit détoucber celle de gauche, qui , avec la même valeur, avait obteDU , sur la fin du jour, un pareil succès. Gamot, excédé de besoin et de fatigue , privé de ses chevaux , ne sachant comment se jendre au quartier général , où il sentait que sa présence pouvait être nécessaire pour les dispositions à faire le jendeinain , fut rencontré dans cet état
f>ar un détachement de cavalerie, dont e chef lui ofirit un cheval , et i escorta jusqu'à Avesnes, où déjà l'alarme s'était répandue sur son sort. »
Nommé, le 23 frimaire an n (3 décembre 1793), membre du comité de ^alut public, il déploya dans ses hautes Onctions toute Tétendue de ses talents administratifs et militaires, et prépara ,.dans le cabinet , les victoires des premières campagnes de la révolution.
Chargé seul du bureau de la guerre, }1 ne prenait pas même le temps né* eessaire pour ses repas , et travaillait jusqu^à seize heures par jour, faisant mouvoir en même temps les quatorze armées qui venaient d'être organisées par ses soins. Sa puissance d'activité était extraordinaire : les plans de campagne, les documents de la volumineuse correspondance avec ces quatorze armées , tous de la main de Carnot, qui n'avait seulement pas de secrétaire, en sont une preuve évidente. L*auteur de cette correspondance n'a pas un seul instant perdu de vue le double but qu'il se proposait d'atteindre : celui de diriger les mouvements militaires, et celui d'entretenir l'enthousiasme et le patriotisme dans les rangs de l'armée. Ingénieux à trouver sans cesse de nouveaux moyens pour enflammer les généraux et les soldats, il savait louer, avec un tact ét un discernement peu communs, ceux qui avaient bien mérité de la patrie; il savait aussi flétrir par un blâme énergique ceux dont les actes appelaient Sur eux sa juste sévérité.
Ces immenses occupations lui laissèrent encore le temps de présenter à fa Convention différents rapports sur des objets de la plus haute importance.
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Ce fut lui qui proposa la suppression du conseil exécutif, et son remplacement par des commissions particulières; la reprise des quatre places des frontières du Nord , et la réunion de la Belgique à la France. On lui dut aussi rétablisssement d'une manufacture extraordinaire d'armes dans Paris, et beaucoup d'autres création^ alors indispensables.
On a souvent présenté sons un faux jour les dissidences qui eurent lieu ^ dans les derniers temps, entre Carnot et Robespierre. On ne s'est pas contenté de les etag^er , on ,a encore voulu leur donner, pour ainsi dire, un effet rétroactif, en les supposant
f)lus anciennes qu'elles n'étaient. Dans a manière d'entendre la politique, il y avait évidemment désaccord , puisque Robespierre était le chef du parti jacobin , et que Carnot vivait en dehors de ce parti; mais, pour les principes généraux , pour les moyens révolutionnaires qu'il fallait employer dans le but de soutenir l'énergie nationale et de vaincre la coalition des rois, il y eut accord parmi tous les membres du grand comité de salut public, et c'est cet accord , unanime sur un même point, qui seul a assuré le triomphe de la révolution française.
« Carnot ne voulut jamais (Hre membre de la société des jacobins, dit M. Tissot, malgré les vives instances qu'on lui fit pour Taffilter à cette société célèbre. Cet éloignement tenait à l'indépendance du caractère, et aussi à une certaine circonspection politique et à des préventions qu'il n'a js^ mais abjurées. Il ne sentait pas l'immense besoin que la rliose publique avait de ce levier populaire. D'autres hommes distingues ont partagé cette erreur : ils n'ont vu que les inconvénients et ont oublié les services. »
Absorbé dans ces admirables combinaisons qui, après l'avoir ramenée, enchaînaient la victoire , Carnot n'avait plus que peu de temps à donner aux méditations politiques. Il n'y^a donc rien d'étonnant s'il repoussa alors des idées dont il désira la réalisation plus tard, et dont le succès
CAR
L^UMIVERS.
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aurait empêché de cruels retours.
Lors de la réaction thermidorienne, les anciens membres du comité de salut public ayant été mis en accusation, à Texoeption de Carnot , oelui-ci prit hautement leur défense , et dans un discours qui produisit une sensation profonde, il déclara que le comité de salut public avait, par sa fermeté, sauvé la patrie, et que, bien qu'il n'eût pas pris part aux actes reprochés à
f)!usieurs de ses collègues , il ne vouait pas cependant que sa cause fût séparée de la leur : ce généreux dévouement les sauva. Legeodre reproduisit plus tard l'accusation et osa demander l'arrestation du vainqueur de Wattii^nies ; la Convention allait accueillir cette proposition, quand Bourdon de rOise s'écria : « Mai$ c'est « cet homme qui a organisé la victoire « dans U08 armées ! » Ces paroles sufiRrent pour sauver Carnot. îSlais sans l'inspiration de Bourdon , c'en était fait de celui dont le génie avait conçu et dirigé cette immortelle campagne de 1793 et 1794, campagnede dix-sept mois, pendant laquelle nos soldats ne quittèrent pas un instant les armes, à laquelle aucune autre ne saurait être comparée, et qui offrit pour résultats:
vingt-sept victoires, dont huit en bataille rangée; 120 combats; 80,000 ennemis tués; 91,000 prisonniers; 116 places fortes ou villes importantes et 230 forts ou redoutes occupés; 3,800 bouches à feu, 70,000 fusils, 1,900 milliers de poudre et 90 drapeaux enlevés à l'ennemi.
Débarrasse des intrigues de ses ennemis, Carnot s'associa de nouveau à tous les travaux du comité de salut
Îmblic, et participa à la création de 'école polytechnique et à la réorganisation de l'école de IMetz. Il contribua aussi à l'établissement du conservatoire des arts et métiers et du bureau des lonf^tudes, à IMntroduction d'un système uniforme pour les poids et mesures , à l'adoption de la découverte des télégraphes, enfin, a la fondation de l'Institut. Nommé membre de ce corps savant, ea 1795, il en fut «du après
le 18 fructidor, etremptacé par le général Bonaparte; en 1805 , l'Institut le rappela dans son sein , pour l'eu expulser de nouveau en 1815.
Après avoir sanctionné par sa si* gnature un nombre prodigienx de nominations dans Tarniée, Carnot n'était encore que capitaine à l'époque de la réaction thermidorienne. Ce ne fut que le 1" germinal an m ( 21 mars 1795) qu'il fut promu au grade de chef de bataillon. Lorsqu'un nouveau système gouvernemental vint remplacer la Convention nationale, il combattit avec chaleur Tinstitution du gjouvernement directorial, qui fractionnait le pouvoir au moment où l'unité paraissait si nécessaire. Il insista, surtout, pour que le renouvellement de l'Assemblée nationale ne fût pas intégral. Appelé à la nouvelle législature par le vote dé quatorze départements , il alla siéger au Conseil des Anciens. Nommé membre du Directoire, il se réserva la direction des affaires militaires, qu'il conduisit aves son habileté ordinaire. Dans sa première administration , Carnot avait pressenti le génie de Hoche; dans la seconde, il devina celui de Bonaparte, et c*est lui qui le fit porter au oominandement en chef de Tarmée d'Italie. On n'a peut-être pas assez répété qu'à cette époque il entretint , avec son illustre protégé , une correspondance très-active.
Vers ce temps , répuisement des finances ayant obligé le Directoire et les conseils à prononcer la réforme d'un grand nombre d'officiers , l'odieux de cette mesure tomba sur celui des directeurs qui avait dans son département les affaires militaires.
Carnot se vit alors en butte à d'implacables ressentiments, et ses adversaires politiques surent habilement en profiter comme d*un instrument de vengeance propre à amener les événements que la faction de Clichy préparait dans l'ombre. Le D^-ectoire, menacé par ce parti , et ne pouvant plus compter sur la majorité des conseils, ne voyait son salut que dans un coup d*£tat. Carnot seul a *y opposa,
CàM FRANCE.
CAE
'tl eette dissidence amena entre les dîrecteors une mésintelligence qui lui devint funeste ; la journée du 18 fruc* tidor servit de |»rétexte pour le proscrire.
Carnot qui, lors de la levée de boucliers du parti dicbien , n'avait voulu
employer que des moyens légaux de répression, fut compris dans le même arrêt de proscription qui atteignit ceux qu'il avait combattus. Forcé de
'quitter la France , après avoir été dépouillé de ses biens , ce ne fut que
, par sa présence d'esprit et grâce au dévouement de quelques amis qu'il put se soustraire aux persécutions des prescripteurs , dont la haine le poursuivit même sur le sol étranger. 11 parvint à gagner la Suisse, non sans courir les plus grands dangers, et se retira ensuite n Augsbourg. C'est de cette ville qu'il répondit au rapport de Bailleuisur le 18 fructidor, a Mon but, dit-il en terminant, fut « de faire aimer la république, en lui « donnant pour base une liberté réelle, et non consistant dans des cxpres- « sîons dérisoires. J'ai désiré que les « citoyens fiissent dirigés dans leur « conduite par des institutions con- « verties en habitudes , plus que par « les menaces de la loi; j'ai pensé « qu'il valait mieux laisser les préjugés « se dissiper insensiblement par les « lumières de la raison , que de les
« extirper avec violence Je n'ai
« point usé du long exercice du pou- « voir qui m*a été confié pour ainas- « serdes richesses, pour élever mes «parents aux emplois; mes mains « sont nettes et mon cœur est pur. »
Cet écrit porta un coup mortel aux ennemis de Carnot. Peu de temps après le 18 brumaire , son rappel , récbmé par l'opinion publique, fut prononcé par les consuls, et Napoléon s'empressa de lui confier le portefeuille de la guerre. Les succès (|ui signalèrent sa troisième administration ne furent pas moins brillants que ceux quMI avait obtenus sous le comité de salut public et sous le Directoire. Il sut imprimer aux bureaux une marche toute nouvelle , rameua Tordre et
réconomie dans les dépenses , ût plusieurs créations importantes, et reorganisa le bureau topographique dépendant de son département. Ses travaux administratifs ne l'empéchèrent pas de cultiver les sciences auxquelles il portait une prédilection particulière : il publia une Lettre du dtoyen Carnot au citoyen Bossu , contenant quelques vues nouvelles sur la trigonométrie. Lorsque le vainqueur de Maren^o fut de retour à Paris, Carnot lui proposa de décerner à la Tour d'Auvergne le titre de premier grenadier de France, et de transférer aux Invalides les cendres de ïurenne.
« Aux braves, disait-il , appartient la «cendre du brave; ils en sont les * gardiens naturels ; ils doivent en n être les dépositaires jaloux. Un droit « reste après la mort au guerrier qui « fut moissonné sur le champ aes « combats : eelui de demeurer sous la « sauvegarde des guerriers qui lui « survivent, de partager avec eux l'a- « sile consacré à la gloire; car la « gloire est une propriété que la mort « n'enlève pas.» Ce furent les derniers actes de son administration. 11 était difficile, en effet , que Carnot véctlt longtemps en bonne intelligence avec ^'apoléon; il lutta cependant avec persévérance, dans Tespoir de conserver à la France les institutions républicaines; mais lorsqu'il vit que ses efforts devenaient inutiles , il doima sa démission, le 5 octobre de Tannée 1800. Appelé par le sénat h siéger parmi les tribuns , il resta fidèle à la cause populaire et à la défense des libertés publiques. Il fut le seul qui, malgré les représentations et les sollicitations de ses collègues , combattit énergiquement la proposition du consulat à vie , et se prononça avec chaleur contre rétablissement de la monarchie impériale. Malgré cette vive et courageuse résistance , il fut compris dans la promotion dû chevalieia de la Légion d'honneur du 14 Juin
Après la suppression du tribunat, Carnot rentra dans la vie privée. 11 partagea ses loisirs entre réducatioo
CAB
de ses enfiints , Vétade .des sciences
et la liltérature. Cependant , en 1807, Napoléon se rappela que Carnot s'était retiré sans traitement , et il ac-
auitta la dette sacrée de la nation et i sienne propre , en lui allouant une |)ension de dix mille francs. En 1809, l'empereur songea encore à Carnot; il écrivait à son ministre de la guerre : « Plotre militaire est peu instruit; il
« faut s'occuper d'un ouvrage pour « récote de Metz. J'attache une grande
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importance à cet ouvrage , et celui li le fera bien méritera beaucoup
« ae moi C'est un travail complet
« à faire, et je crois que Carnot serait « très-propre à s'en charger. Le tout « doit être de faire sentir de quelle « importance est la défense des pla- « ces , et d'exciter Tenthousiasme des «feunes militaires. » Le ministre Cfarke communiqua cette invitation indirecte à Carnot , qui y répondit l'année stiivante par son Traité de la dépense des places for tes ^ l'un de ses ouvrages les dIus remarquables, et qui est devenu classique pour les militaires.
Au milieu des envahissements du pouvoir impérial , quelques collègues de Carnot , revenus de leur enthousiasme, lui exprimèrent souvent leurs regrets d'avoir attadié leur nom à la fondation d'un aussi violent réginîe.
« Il est trop tard , répondit Carnot, « vous avez placé Bonaparte si haut « que vous ne pouvez plus l'atteindre.» Mais à répoque des désastres de 1813 , bien différent de la totirbe de ces courtisans qui abandonnaient l'empereur après l'avoir perdu par leurs flatteries, il lui écrivit pour lui offrir son dévouement et son épée.
« Aussi longtemps que le succès a « couronné vos entreprises, lui disnit- « il, je me suis abstenu d'offrir à Votre « Majesté des services que je n*ai pas ' « cru lui être agréables : aujourd'hui, « sire , que In mauvaise fortune met « votre constance a une grande épreuve, « je ne balance plus à vous faire Toffre « des fiiibles moyens qui me restent;.... « H est encore temps pour vous, sirç, « de conquérir une paix glorieuse, et.
« de Élire que Famonr du grand "pen-
« pie vous soit rendu. « Napoléon se montra plus heureux qu'étonné de cet acte de dévouement , il savait de quoi Carnot était capable pour le salut de la patrie. « Dès que Carnot offre ses « services, dit-il au ministre de la « guerre qui lui présentait cette lettre, a il sera (Idèle au poste que je lui au- « rai confié. » Carnot reçut le brevet de général de division le 25 février, ijt alla prendre le commandement a' An* vers. Il arriva dans cette place au moment même où l'on commençait à la bombarder ; quelques jours ayant suffi pour ses préparatifs de défense, il ordonna immédiatement des sorties qui détruisirent les travaux des assiégeants , et se prépara à la plus vigoureuse résistance : on sait à quelles Séductions il fut exposé et comment il justifia la confiance que Hapoléop avait placée dans sa fidélité et ses talents. Après l'abdication de l'empereur, il donita son adhésion aux actes du gouvernement provisoire; il fut nommé aux fonctions d'inspecteur général du génie. A son retour de l'île d'Elbe , Napoléon offrit le portefeuille deTintérieur à Carnot, qui l'accepta, et fit de vains efforts pour ramener l'empereur à un système politique plus en harmonie avec les vœux et avec les besoins de la nation. Au milieu des dangers de la patrie, il trouva encore l'occasion de doter la France d'une des plus belles conquétçs de la philanthropie moderne : nous voulons parler de l'institution de VenscîfjnemL'nt mutuel.
Lorsque Tenipereur voulut abdiquer pour la seconde fois , Carnot s'y op« posa avec autant d'énergie que dix ans auparavant il avait combattu son élection à l'empire. Voyant que son avis n'était pas écouté, il, céda à un mouvement de découragement , et ne pUt s'empêcher de verser des larmes, tl n'est pas douteux aujourd'hui que, éi INnpoleon eût suivi ce conseil , sa fortune n'aurait pas été se briser contre les rochers de Sainte-Hâène. Napoléon sembla le reconnaître , lorsqu'au moment de quitter la France U
«mbmsalê srand citoyen, tn lui di- teur de ces circonstances. L'émier^sant, avec 1 expression du plus pro- tion des nobles avait privé nossôldats fond rei^ret : « Carnot. je vous ai connu de leur état-niajor, la trahison et les trop tard. » La chambre ayant décrété succès de la coalition avaient décimé ja forniiiition d'une commission pro- les ran^s de notre armée; il remplaça viaaire pour Texercice du pouvoir exé- les officiers de l'ancien régime par lès cutif Y Carnot fut nommé membre de sous-ofGciers de la révolution, entrecette commission; mais les intrigues tint les douze cent mille hommes qui de Fouché firent échouer toutes les composaient les quatorze armées de résolutions les plus énergiques/ la Convention, et forma des généraux
La seconde restauration ne pardonna dignes de les commander^ tels que pas à Carnot sa conduite pendant les ^Moreau , Hoche, Jourdan , Pichegm, cent jours. Compris dans Pordonnance et tant d'autres. Lui -même, après avoir du 24 juillet I8I5, il se fit forcé de fait ses preuves au feu, revint à Paris s'expatrier, et d'abandonner la France, dresser des plans de campagne dans quTl aimait plus que la vie, et auMl son cabinet, et, comme on l'adiibouavail servie avee tant de grandeur vent, y organiser la victoire. Il fat, d'âme. Il f^e retira d'abord en Pologne, pour la milice républicaine, à la fois après la publication de son Mémoire un major général et un instituteur, au roij se fixa quelque temps à Var- non -seulement pour les règles de la sovie , où les Polonais raccueillirent guerre, mais encore pour les principes comme un coneitoyen, et lui rendirent politiques. Voulant fiiire de chaque les plus grands honneurs. Sa santé, citoyen un soldat, et de chaque solaat mais plus encore la jalousie du prince un citoyen, ce qui était nécessaire pour Constantin, l'ayant forcé de quitter lu le salut de la patrie, la Convention prit Pologne, il vint se fixer à Magdebourg. Carnot pour ministre, et, soutenu par Là, comme à Varsovie, il se vit en- elle, soutenu par renthoustasme natouré de Testime et de la considéra- tional, il devint Tàme de nos quatorze tion des habitants, et plus particuliè- armées. S'il est ou non Tinventetir de rement des savants, des hommes d'É- cette nouvelle tactique qui, modifiant tat et des militaires. Il mourut dans toutes les anciennes traditions de la cette ville, le S août 1823, regretté de stratégie, rendit la grande guerre postons ceux avec qui il avait eu des re- sible et Napoléon avec elle , c'est une
Jetions lîAtons-nous d'ajouter que question sur laquelle les avis peuvent
la France protesta aussi, par son deuil, être partagés. Les uns attribuent cette
contre la cruauté du gouvernement découverte au général Grimoard, qui
qui avait condamné un pareil homme'. la réclame, les antres remontent à
à aller Unir ses jours dans IVxil. des temps encore plus reculés; Il en
Carnot est, sans contredit, un des est, et ce sont les plus nombreux, qui acteurs les plus remarquables de notre pensent que cette méthode fut touépopée révolutionnaire. Comme hom- jours celle des grands capitaines, et me politique , il proteste plus souvent que la révolution ne fit que la généra- . qu'il n*agit peut-être; mais il réunit user et la pratiquer sur une échelle toutes les vertus d*un grand citoyen : immense. Quoi quMl en soit , tout le patriotisme, intégrité, dévouementsans monde est d'accord que Carnot en fit Dornes a la choie publique. Comme une large application en 1793 et 1794, militaire , sa physionomie se dessine lorsqu'au lieu de perdre son temps à d*une msnière exceptionnelle à côté couvrir Paris, il déborda les deux ailes de celle de tous nos généraux; infé- de Tarmée ennemie, étonnée de se rieur à Napoléon pour l'attaque, il est voir obligée de battre en retraite deson prédécesseur, sinon son égal, pour vaut des conscrits qu'elle croy.iit hors la défensive. Ayant eu la fortune d'être d'état de se défendre. Tout le monde placé dans des circonstances tout à fait convient aussi que, s*il n*avait pas iMOvif 4 il a itt se montrer à la hau- compris la portée du nouveau qrstème^
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les soldats de la république auraient eu liesoin de verser beaucoup plus de sang pour triompher. Voilà ijourguoi*
lorsque la réaction thermidorienne voulut l'envoyer au supplice, le mot de Bourdon de l'Oise arrêta le glaive prêt à tomber sur sa tête, et fit rougir raccusateur lui-niême.Mais la restauration fut encore moîns généreuse que les thermidoriens: elle ne se borna pas à le menacer, elle renvoya mourir sur une terre étrangère.
Carnot s'est fait, en outre, un beau nom dans la science; l'arme du génie et les mathématiques lui doivent de grands progrès, et pour le calcul inûnitésimal , il a surpassé Ldboitz. Ce qui lui restait de loisir, il le consa* crait à la culture des lettres, et la sensibilité de son âme s'épanciia plus d'une fois en poésies fugitives. Indépendamment aes ouvrages que nous avons cités, on a de lui : Observations sur la lettre de M. Choderloz de Laclos contre C éloge de f 'auban, 1783, in-S"; Exploits des Français depuis le 22 fructidor an i*' Jusqu'au 15 phufiôse an n delà république fran^ çaise, Bàle, 1796, in-8"; Œuvres de mathématiques y 1797, in-8"; Réflexions sur la métaphysique du cal' cul infinitésimal, 1799, in-S*' i^" édition), Paris, 1813, traduit en allemand et en anglais; Second mémoire de Carnofj Hambourg, 1709, in-12; De la corrélation des figures de géomé' trie, 1801, in -8°; Principes fondamentaux de réquilibre et du mouvez meni, Paris, 1813 , in-s**; Géométrie de position , Paris , 1813, in-4'», fîg. ; Discours sur rUérédité de la souveraineté en France, prononcé au tribunat le 11 floréal an xii, 1804, in-8*; Mémoire sur la relation qui existe entre les distances respectives de cinq points quelconques pris dans l'espace; suivi aun essai sur la théorie des transversake. 1806, in-4**, (ig. ; Memoire adresse au roi en juillet 1814, par M. Carnot, lieutenant général, etc. , Paris, 1814, in-8"*; Correspondance 'inédite de Carnot avec Napoléoîi, Paris, 1815,1^-8**; Opuscules poétises, Paris, 1830, ia-8*«
i^EES. CAR
Carnot a laissé deux fils : Talné, SwU, eapitaine du ^le , est mort ea
1832 , victinrte de Tépidémie cholérique; c'était un officier du plus haut mérite; le second Lazare - Hippolyte , qui a suivi son père dans l'exil, est aujourd'hui membre de là chambre des dé»
putés. Le rôle honorable qu'il a joué dans la révolution de juillet, l'avenir auquel il semble appelé, et les sacrifices qu'il a déjà laits pour la cause nationale, toujours si noblement dé* ' fendue par son père, sont autant de motifs qui nous font un devoir d'entrer dans quelques détails sur ses débuts dans la carrière politique.
Lazare-Hippolyte Caskot est né te C avril 1801, à Saint-Omier (Pas-de* Calais). Il avait à peine trois ans, lorsque son père osa seul élever la voix contre l'établissement d'un empire héréditaire. Étant allé voir Carnot pour lui représenter les dangers auxouels son opposition l'exposait , un de ses anciens amis le trouva avec SOS deux entants, l'un sur ses genoux, l'autre jouant à ses côtés. La réponse que lui fit Carnot mérite d'être relatée: « Ces dangers, dit il, je ne les crains « pas pour moi- même; mais croyez « que je ne me suis pas déterminé sans « réflexion à un acte qui fermera peut- « être toute carrière politique a. ces « enfants dans le gouvemement-qui se « prépare. »
Sous la seconde restauration, lorsque la loi dite d'amnistie contraignit Carnot 'à quitter la France, Hippolyte, qui avait alors quatorze ans , lui 'demanda comme une grâce de l'accompagner dans l'exil. Ils partirent sous de faux noms, et, à la suite d'un voyage plein de dangers , ils arrivéreiît, en janvier 1816, à Varsovie, où Carnot fut reçu en triomphe , et où son (ils se lia d'amitié avec plusieurs jeunes gens, qui plus tard ont pris une part glorieuse à la révolution polonaise. Bientôt après, ne pouvant phts supporter les procédésjaloux du grandduc Constantin, Carnot se retira en Allemagne, et vint se Uxer à Magdebourg. Là, pendant un séjour de sept années , il ae eoosacra tout entier à
CAR FRi
Péducation de son fils jusqu'en 1823, époque où il mourut. Hippolyte Carnot revint alors en France. Les idées saintsimoniennes commençaient à s'y produire; elles étaient encore loin de oe degré d'exagération qui leur a fait tant de tort. Hippolyte Carnot , élevé par son père dans Tamour du peuple , ne put rester froM à une doctrine qui
f»roinettait Taffraorhissement du proétaire , et qui voulait que toutes les institutions sociales eussent pour but ramélioration morale, pliysique et intellectuelle de la classe la plus nom* breuse et la plus pauvre. Il associa ses ^orts à ceux de M^I. Bazard et Enfantin , qui dirigeaient en commun la société saint-simonienne, et (It plusieurs enseignements qui eurent beaucoup de succès. Il était si éloigné de prévoir les malheureuses modifications que subit plus tard la nouvelle doctrine , qu'il continua à faire partie de la Société de la morale chrétienne.
Un £iit qui mérite aussi d*étre remar* qné, è*est que son père, frappé luimême par fa profondeur de quelques
Ïjassages de Henri de Saint-Simon sur 'organisation sociale, avait désigné à son attention les ouvrages de ce génie original,ouvragesauxquels a été donnée depuis une interprétation si extraordinaire. Lorsque la révolution de juillet éclata , Hippolyte Carnot fut du petit nombre des disciples de la nouvelle école qui refusèrent de se conferaier à Tordre qui leur défendait de se mêler au mouvement insurrectionnel. Il descendit dans la rue, et combattit les armes a la main Tancien réeime , qu*îl avait attaqué dans ses èerits. Dans la journée du 29, il devint membre de la municipalité improvisée de son arrondissement. Après la victoire, on lui proposa d'entrer dans Fadministration, àVexemplede la plupart de ses collègues de la Société de fa morale chrétienne; mais il refusa de prendre sa part du butin. Lorsque la division se mit dans le saint-simonisme, et que M. Enfantin, victorieux des tendances démocratiques de !M . Bâtard , se fut déclaré seul chef de la
gloctrinSf fiUppoly te Ganiot (ut un des
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premiers à flétrir la théorie morale du nouvenu pontife; il se retira en disant qu'entendre, comme M. Enfantin le faisait, les rapports des sexes, n*était autre chose que sanctionner l'adultère. Il rentra alors plus librement dans lemouvement politique, et, fidèle à ses principes, il contioua.de défendre avec une nouvelleardeurla cause delà démocra* tie. En 1835, il fut inscrit, par les accusés d'avril , dans le conseil de défense qu'ils demandaient à la cour des pairs. Aux élections de 1837, il fut porté à la candidature , quoique absent , par quatre collèges électoraux de la Bourgogne. En 1839, après la dissolution' de la chambre, il fut choisi pour présider le comité central des électeurs de Paris. Enlîn, dans le courant de la même année , sur la présentation de MM. Arago et Laffitte, il fut nommé député par les électeurs du sixième arrondissement de Paris. A la chambre, M. Hippolyte Carnot siège sur les bancs de Textrème gauche. Il vote, dit la Biographie des nommes du jour, à laquelle nous renvoyons le lectour pour de plus longs détails, il vote avec ceux qui croient à la nécessité de grandes réformes dans nos institutions, mais qui les veulent progrès* sives, autant que possible pacifiques, et qui professent que la légitiniité et la justice des moyens ne sont pas moms à considérer que celles du but à atteindre. Ajoutons que, iusqu*à ce jour, il a dignement porté le grand nom que lui a légué son père. Dans toutes les circonstances importantes, le pays, nous en sommes sûrs, trouvera en lui un htm citoyen.
> U se dispose à publier plusieurs ouvrages, entre autres des mémoires sur la vie de son père, des esquisses sur rAllemagoe, et une histoire du saintsimonisme*
Le général Carnot a eu plusieurs frères qui se sont tous montres dignes de ce nom.
Joseph-François- Claude Caenot, conseiller à la cour de cassation et membre de ilnstitot, né en 1753, mort en 1839, fut, par ses lumières, son inté^îté et son çourage, un deq
CAR L'UNIVERS. CAH
ornements df îa mnjzistrature, où il entra dès Tài^e de vingt ans. Justement regardé comme l'un de nos plus profonds crtmInaHstes, il a publié : i* mi Traité de ^instruction criminelle y 3 vol. in-4", Paris; 2** Examen des lois relatives à ta liberté de la presse , iu-8% Paris, 1820 et 1821; 3° Commentaire sur code pénal.
Charles-Marie CAB]fOi>FAUL|HS, lieutenant général, né en 1756, était capitaine du génie lorsque la révolution éclata. Établi dans le département du Pas-de-Calais, il en lut nommé administrateur en 1790 , puis , en 1791 , député à l'Assemblée législative, où il fut membre du comité militaire pendant tout le temps de la session. 11 rendit de grands services à la célèbre bataille de Wati^nies. Nommé ensuite membre du comité des fortifications, il présenta et fit adopter des projets importants d'amélioration dans la défense des places. Ayant plus tard par- ' tagé la proscription de son frère, il Ait obligé de quitter Paris, et ne rentra dans son grade que pour s'en démettre éncore, par suite de son opposition contre le premier consul. Il resta plusieurs années sans traitement ni peo*.
Sion , et ne reprit son emploi qii*a!prè8 la prem i è re abo i ca t i 0 n . E n voy é , e n 1 8 1 fj , h la chambre des représentants par le département de Saône-et-Loire, il devint Tun des secrétaires de cette assemblée, et fut chargé, avec ses collègues du bureau, d'aller porter à Bonaparte l'acte d'acceptation de sa seconde abdication. Il fut ensuite chargé, par intérim, du portefeuille de rintâîeur jnsau'à là rentrée du roi à Paris, le 8 juillet 1815. Quelque temps après, il fut mis à la retraite II reçut, en 1817, le brevet de lieutenant'jiénéral, et continua de vivre au sein de sa Emilie. Il mourut à Autun, en
Claude- Marguerite Carnot , né en 1754, se livra à l'étude de la jurisprudence, et occupa, dans le département de la Côte-d'Or, divers emplois dvila et Jadidatres. n est mort le 15 mars 1808, procureur général^ près la cour (Se justice criminelle dii département
de Sa6ne-et-Loire, L'empereuresprioUl
de vifs regrets sur sa perte.
C\BNUT£S, peuple gaulois dont le territoire correspondant à eelui des anciens diocèses de Chartres, d'Orléans et de Blois. On voit figurer ce euple dans la première époque de histoire des Gaules, rson-seulement César, mais Strabon, Pline et Ptolé* mée, en font mentloi. Ce dernier au* teur leur donne pour villes principales Autricum (Chartres) et Genabum (Orléans). Autricum prit,commebeaucoup d'autres villes gauloises, vers la fin de la puissanoe romaine, le nom du peuple qui l'habitait, et s'appela CùfmOeÊmx Carnates (*).
Carny (IN.), commissaire général des poudres et salpêtres, né au milieu du siècle dernier, était issu d'une des meilleures familles' du Dauphiné. Il entra, jeune encore, dans I administration des poudres et salpêtres, et s'y fit bientôt remarquer. Il devint le oollaborateor ^ l'ami, de Monge, de Vauqoelin, de Berthollet, de Guyton* Morveau et de Lavoisier. Quand la France eut <à lutter contre i'Kurope entière, et que la poudre manquait à m» soldats , Carny trouva des procédés plus expéditift pour en ubriquer.
Nommé alors commissaire pour le rafûnage du salpêtre et la fabrication de la poudre dans toute letendue de lu France, il monta la poudrière de Grenelle : vingt-quatre milliers de poudre sortirent tous les jours de ses ateliers, et furent conduits en poste à l'armée.
Carny ne sollicita jamais rien pour luimême, malgré les nombreux services qu'il rendit a sa patrie, en créant successivement un grand nombre d'établissements utiles. U mottTttt à Kant^ en 1830.
Caboline ( Marie- Annonciade Bonaparte), scBur de Napoléon etfemmq
de Joachim Murât, roi de Naples, naquit à Ajaccio en 1782. Elle vint en France, en 1793, avec sa famille, qui avait été enveloppée dans les proscrip^* tiens dont Paoli frappa le parti pa«
(*) Voyez Walckenaer, Géographis OIH MBM Jet Gmdu, \, I, pt 400.
DiyitizoQ by v^OOglc
CAR ]PRAlfC£. CAâ 191
triole. I^apolëon, devenu premier consul, la maria au général Murât, qui dut à l'influence de (laroline tintant qu'à sa bravoure militaire la hautii fortune dont il abusa si tristement plu tard.'Soeoettivement grande-dâ^ isbesie de Berg et reine de Naples , la princesse Caroline se concilia l'attachement des peuples. Elle prit toujours une part active à Tadministration du ivfaume de. If aptes, et gouverna, en qualité de régente, pendant PabBencQ de Murât. T^>llp s'entoura d'hommes instruits, protégea les lettres, fonda un grand nombre d'institutions utiles ipii durant encore, et s^efforçâ d'élever la nation napolitaine au rang des peu> p\es de premier ordre. Ce fut elle qui restaura le nmsée des antiques de Naples, qui organisa les fouilles de Pompéli m» un meilleur système, et qui en fit exhumer les monuments les nlus précieux. On lui doit aussi Téta- ' blissementd'une maison d'éducation de trois cents demoiselles, établissement qu'elle soutint de ses propres deniers.
*' En 1M5, lorsque la cause da-l*em* nereur son frère et du roi son mari fut complètement perdue, Caroline, au moment de quitter Naples, prit des mesures énergiques pour prévenir les trouUet. Avant de mettre' à la voile, elle stifïula avec le commodore Campbell , qui commandait la flotte anglaise , que les propriétés des INapolitnins seraient respectées. Elle se retira alors en Autriche, et ae fixa à Baimbourg, près de Vienne, où elle vécut dans la retraite sous le nom de comtesse Lipona (anagramme de Napoli). Plus tard, elle vint en France demander une indemnité qaî compensât la perte qu*elle avait essuyée par suite de la restitution faite à la famille d'Orléans du domaine de Neuilly, que Murât avait acheté de ses deniers. Cette indeiamté n'aurait dû eonoemer que la Mate civile; le mim'atère trouva plus convenable de l'imputer sur le budget.
Un projet de loi fut présenté à ce sujet par le gouvernement à la chambre des députés en 1838. Après une discussion ammée, où la conduite de Murât envers la FnoM fei^ la Mâfloa qutelle
mérite , la majorité se décida cependant
à voter une loi ainsi conçue : « Il est accordé à madame la comtesse de Lipona une pension annuelle et viagère de cent mille francs. Cette pension sera incessible et Insaisissable, et ins^ crite sur le grand-livre de la dette pubh'que, avec jouissance du 1*' janvier 1838. » Cette mesure fut accueillie défavorablement par le public. Caroline • Bonaparte mourut peu de temps après.
G^oiiRonNS. Voyez Cakloyin*
GTBNS.
Carolins (livres). — On appelleains!
les quatre livres qui, dit-on, furent composés par l'ordre de Cbarlemagoe pour râbter le deuxième conqle de IVirée, contre lequel ils contiennent cent vingt chefs d'accusation exprimés en termes véhéments.
Quelc|ue8 auteurs ont douté de Tauthenticité de ces livres, que les uns attribuent à Angilran , cvéque de Metz , les autres à Alcuin. Suivant d'autres, le pape Adrien ayant fait remettre h Cbarlemagne les actes du deuxième conéile de I^icéé, celui-ci les fit examiner par les évéques de France , qni y répondirent par Tenvoi des livres carolins.
Cabolus.— On frappa France, aous le règne de Charles VIII, une
pièce de billon nommée CàrohUf ou
plutôt Karolus , parce qu'on y avait gravé dans le champ la première lettre du nom royal, un K couronné. Cette monnaie valait dix deniers : c'était, par conséquent, un blanc. La seule différence qu'elle offrait avec les espèces ainsi nommées, c'est que l'écu de France avait été remplacé par ce mais les légendes ordinaires et la croix du revers cantonnée de couronnes et de fleurs de lis y avaient été religieusement conservées ; ainsi , on lisait
d'un côté KAROLVS FBANCORVM REX,
ét de l'autre, sit nomén domini beheiiigtvm. Ôn ne frappa plus de €a« rolus après la mort de Charles VIII; mais le peuple continua pendant longtemps à se servir de ce nom pour désigner une pièce de dix deniers; et le Karohta unit même à la longue par devenir une monoaie de compte Tepré^»
m cAft L*tmiyËiis. cab
sentant cette valeur. Tl faut se garder de confondre les Caroiiis avec un gros tournois frappé par Charles Y, et dont Je type était aussi un K couronné; cette monnaie était d*argent et valait douze deniers. Du reste, ces deux espèces diffèrent tellement d'aspect que personne ne peut les confondre (Yoy.
Crablbs V (monnaies de).
Gabomb, petite ville et ancienne Beigneurie du comtat Venaissin (aujourd'hui département de Vaucluse), à huit kilomètres de Carpentras. On y compte deux mille cinq cent cinquantedeux habitants.
C\KON (Augustin- Joseph) n'avait que seize ans quand il entra au service en 1789. Après un lent et pénible avancement, il rot nommé lieutenantcolonel à la suite d'une brillante action à Bar-sur-Ornain (1814), où, à la tête de deux cent soixante-douze cavaliers, il prit deux cents chevaux et fît mettre bas les armes à un corps de deux mille hommes. Retiré après 1815 en Alsace, avec une mince demi;solde, Caroa conserva dans son cœiir le culte de l'empereur et l'espoir de faire encore triompher sa cause. Ainsi il se trouva impliqué , en 1820, dans la conspiration d août qui fut déférée à la chambre des pairs. Défendu par M. Barthe, alors carbonaro, il fut acquitté et se retira à Colmar. Le^ infâmes délations dont il avait fàilli alors devenir victime, auraient dû le mettre en garde désormais contre les manœuvres de la police. Néanmoins, quand la conspiration de Béfort eut .échoué, il forma le projet de dâivrer les prévenus qu'on allait juçer à Colmar. 11 fît à ce sujet dMmprudentes propositions à quatre sous-offîciers qui le dénoncèrent, et qui reçurent Vordre de leurs chefs de se prêter à ces tentatives pour arrêter Tentreprlse quand U en senHù temps»
Caron conçut quelaues soupçons sur la loyauté de ces afndés , et parut disposé a rompre tout à fait avec eux. Les traîtres redoublèrent de protestations, lui fdurnirent même des fonds dont on devine la source. Enfîn, le malheureux se décida. Le 2 juillet 1822, les KHia-offîciers dont voici les noms :
Gérard^ Thlers, Magnién^ Delzaive, lui amènent deux escadrons , dans les rangs desquels se trouvaient des ofDciers déguisés en simples chas-seurs. D'après Tavcu du Supplément de la Biographie universelle, (jui , bien que favorable à la restauration , ne peut s'cmpécher de flétrir ce guetapens infâme, « les soldats en montant «à cheval avaient été avertis qu'ils « allaient agir pour le roi, et que, «jusqu'à nouvel ordre, ils devaient « exécuter tout ,ce que leur comman- « deraient leurs sous-offioiers. La con- « signe fut suivie à la lettre , et sur « trois cents hommes, il ne s'en trouva « pas un qui dît à Caron : Comman- « dant, on vous trahit ! » Caron ayant revêtu son uniforme h l'approciie .du premier escadron, Magnien,qoi avsit reçu ses habits bourgeois avec ordre de les jeter dans les vignes, se hâte de les porter au préfet. Pendant ce temps , la petite troupe , qui avait ré- *
Fondu à sa harangue par le cri de vice Empereur! continue sa marche. Ap»
rivée devant Ensisheim, elle refuse d'y entrer. Alors le colonel conçoit de nouveaux soupçons, et lorsqu'on est parvenu au village de Battenheim, il se rend immédiatement chez le maire pour préparer des lo£;ements à ses compagnons , avec la terme intention de les disséminer. Le flagrant délit allait échapper aux délateurs*.. L'heure était venue... A l'instant, on l'entoure, on lui enlève ses papiers et ses armes. Un autre ancien militaire, nommé Boger, son complice, subit le même sort, et tous deux sont ramenés à Colmar garrottés sur une charrette. Il fallait à tout prix une condamnation.
Une décision ministérielle, soutenue par deux arrêts de la cour de cassation, enleva les deux coaccusés aux tribunaux ordinaires , qui , en vertu du principe d'adjonction (*), persistaient à les retenir, et ils parurent à Strasbouri^ devant le conseil de i^uerre. £n vain , Caron déclina la compétence de ce tribunal d'exception. Les sousofficiers, devenus officiers, .vinrent
(*) Roger n otait pas miiiUire. .
GAft • F&AKCE* CAK 198
dëpowr; et le 32 septembre, Garoii tigations de la police , et franchit les
fut condamné à mort. Il se hâta de se Pyrénées pour joindre l'armée consti* pourvoir en cassation : on garda son tutionnelle d'Espagne. Caron, uni au pourvoi dans les bureaux du ministre colonel Fabvier, organisa cette petite de là justice Peyronnet. Il demanda à phalange de braves qui, sur les rives caibrâsser une dernière fois son filSv de la Bidassoa, déploya et défendit si sa femme : on lui refusa cette grâce; bien le drapeau tricolore en £ice du bien plus, on frappa madame Caron drapeau blanc ( Voy. Bidassoa et elle-même d'un mandat d'arrêt , pour Carbel ). Frappé de plusieurs conreiDjj^écher de faire les moindres de- damnations à mort par contumace, il mardMS en faveur de son mari. Il était se retira, après la dissolution de ce à table quand on lui lut son arrêt, corps, à Lisbonne, puis en Aojçleterre. Après ravoir entendu, il continua tran- Il ne rentra en France qu'après la réquiiiement son repas. Puis il écrivit à volution de juillet, et y reprit son rang sa femme et à son défenseur, l'éloquent dans l'armée. Le colonel Caron est et patriotique M. Uchtemberger, deux mort dans ces dernières années. Son billets, modèles de cabneetdefinineté. fils servait en Afrique, et l'on vient Le 1^' octobre, à deux heures et de- d'apprendre qu'il a péri glorieusement mie après-midi, il partit pour le lien sur un de ces champs de bataille où. de l'exécution. La voiture s'arrêta sur lutte depuis dix ans notre jeune armées la plaine de la Findimatt. Il desoendil > GIbon (François) , né en Hollande, seul, refusa de se laisser bander les de parents français , alla dans sa jeuyeux, mesura lui-même la distance, nesse au Japon, oij il apprit la langue et debout, d'une voix ferme, com- du pays, et devint ensuite directeur manda le roulement et le feu. Depuis du commerce au Japon et membre du trois Jours il n'^t plus, et la conr conseil des Indes. Aérant demandé un suprême délibérait encore sur son poste plus émînent, il éprouva on re« pourvoi (*). De toutes parts s'élevèrent fus et résolut de quitter la Compagnie des cris d'indignation. L'honorable hollandaise. Colbert, qui voulait que M. Koecbiin, député du Haut-Rhin , la France prit part au commerce des pour avoir, dans une Relation cir- Indes , pronta du mécontentement de conUaneUe, dévoilé tant d'infâmes Caron, depuis peu arrivé en France, manœuvres, fut poursuivi, ainsi que et lui confia l'exécution de son projet, les journalistes qui avaient rendu En 1666 , Caron fut nommé directeur compte de l'ouvrage, et l'imprimeur générai du commerce des Indes ; on lui qui ravait publié. L'auteur subit la associa quatre autres HoUandals, sous prison et Tamende, Timprimenr perdit le titre de marchands , et cinq Franson brevet. Mais de tels souvenirs ne çais ayant le même titre, mais des'effacent pas si aisément. On n'ou- vant, avec le même grade, avoir le bliera jamais le procès de Caron , pas pas sur les étrangers, plus que les procès de Ney, de Didier, - A son arrivée à Madagascar , en de Berton et dei sous-omciers de la 1667, Caron ayant tronvé la colonie BxKshelle. en mauvais état, et s'étant inutile-
Gabon (Charles) , colonel d'infan- ment efforcé de la relever, partit
terie et ancien aide de camp du ma- pour Surate, qui lui paraissait un
récbal Ney. Partageant les convictions centre préférable. Peu de temps après
de son homonyme, il s'engagea dans s^étre installé, il expédia nne nche
la conspiration de Valée; et> ipiand cargaison à Madagascar. En 1671, le
die eut échoué, il échappa aux in^es- gouvernement français lui envoya le
(•) Roger, renvoyé devant la cour de cordon de Saint-Michel , récompense
Metz parce que ses juges ailaieutl'absoûjrv^ d'autant plus grande qu'il était pro-
fat aimi condamné à mort Cet anrét Ait testant* Uannee soivante, Caron s'em-
commuéeaao ans de travaux forcés, et peu fasfqua ivec l'amiral Delabaie pour
de temps après il recouvra sa liberté. Trinquemalé« OÙ on essaya vainement
T. lY. 18* u». (DicT. BiKnra..« ne.) is
194 «A» L UNIVERS.- 01
d'établir un comptoir. Il accompaiina Carougk ( Bertrand -Aug.), né à
encore Delahaie à la prise de Malia* Dol en Bretagne, se livra à l'étude de
pour. L'île de Ceylan lui paraissait te l'astronomie. Étant venu à Paris, il se
ineiUeiur chef - lieu pour nos étaUiaM» lia aveeLalaMle, pour lequel il fit plu«
ments de l'Inde « et depuis longtemps sieurs calculs que ce savant inséra
il engageait le gouveniemeat à portet dans les deux dernières éditions de son
ses efforts de ce côté. Astronomie. On a de lui plusieurs rné-
Cepend^t les nombreux ennemis moires dans la Cormaissance des
?i*il s'élait attiréa la4vM rappelei en Umps, pour 1781, 178» et 1796. Il a
rance. Ce ne fut qu*aprèsanmr pané MiM de petites tables pour calculer ,
le détroit de Gibraltar pour se rendre à un quart d'heure près , les phases de
à Marseille qu'il apprit sa disgrâce; la lune pendant soixante ans ; Lalande
jusque- ià il avait cru que le besoin les publia dans la Connaissance des
^ue Ton «?att de eea oouseila était la temps, pour 1801. Caroube mourut à
seule cause de son rappel. Un de ses Pans en 1798. Il est parle de lui avec
amis Payant prévenu du mécontente- éloge dans la Biblioçrtiphie tutromh'
ment qui existait contre lui à la cour, viique de Lalande.
il lit vixei: de bord pour aller à Lis- Cabpenbdolo (combat de). — L'in-
bcMOM ; mida Is vaissean Kmeba cxmtM fctigable aetîTM de Bonaparte et de
tine roclM au moment oà on allait ses lieutenants ne laissait aucun relâche
prendre terre , et Caron fut englouti aux Autrichiens après les journées
(1674) avec les immenses richesses d'Arcole et de la Favorite. Les Iiiipé-
au'il rapportait de l'Inde. Un de ses riaux étaient repoussés du Trentin;
ils, qui était avec lui, parvint à se mais il n*était paa moins important de*
Sawiet. Caroa a laissA une Descr^ ehMmr également ee qui restait de
tion du Japon, écrite eu hoUaudais, troupes autrichiennes sur la Brenta.
la Haye, 1636, in-4". Instruit, le 26 janvier 1797, que les
Le caractère impérieux de Caron et Impériaux avaient évacué Bassaiio, et
son avarice contribuèrent beaucoup à s'étaient portés pendant la nuit , par
sa chute ; mais ee qui empidba KeipA* les deux h&réê de oelte- livlèpe , à Car-
ditioD de faire d'aussi grandes choses penedoloet Crespo, Masséna se mit à
qu'on l'avait d'abord espéré, ce fut leur poursuite, et les atteignit tout
surtout le mauvais système qui prési- près de ('arpenedolo; un combat très-
dait à l'orgatiisaliou de sou personnel. ?if s'enj^ageu sur le pont. Les Impé-
Pea attrilKilioiis mal^ déMes entretinn vieux , meés Iss iNAeBnettes fran-
rent la jalousie parmi les directeurs , ^ises,'8efetirerent, laissant deux cents
et les empêchèrealeottstammeDt d*agi]i morts sur le champ de bataille, et neul
avec erjsemble. cents prisonniers.
Cabom (J.-C.-F.), né en 1745, dans Cabpbntier (Antoine-Michel) , ou
le diocèse d'Amiens , nul à Paris , et Xigabpbntibb , arehitede , naquit à
fut, en 1783, nommé chirurcieu en itouen en 1709, étudia la sculpture,
chef de Thopital Cochin. Il s occupa puis rarchitecture ; il vint à Paris en
avec ardeur des moyens de guérir le 1728, et son talent s'étant développé,
croup; et, en 1812, il déposa chez un il devint, en 17S$y membre de TAcadé-
notauv use sonune ^0 mille francs, mie d'arcbileetuTe, arehrteete de TAr-
pour être donnée eu paix à l'auteur senal , des domaines et des fermes gé^
du meilleur mémoire sur cette mala- nérales du roi. On peut citer, parmi
die. 11 mourut à Paris le 19 août 1824. les édifices élevés par cet architecte.
Il a laissé plusieurs ouvrages, entre les châteaux de Courtei lies, de la Ferté
autres : mssertatkm, swleff^m^ dans le Piercbe, de BalKmnlIiers; les
conique de tair dans le» pounum» bâtiments de PArveMil, les intérieura
pendant la respiration , Paris, 1798, de l'hôtel de Beuvron. Il fut chargé
iu-S** ; Traité dk croup aigu, lâOft, par le prince de Condé de continuer le
ior&o. Palais-Bourbon , devenu aujourd hui ,
Câft
FRARCE.
tAM,
après bien des changements politiques et arcfaitectonimji, le pam 46 ht diambre des depntéi. Ciffpentier est
mort en 1772.
Carpeistier (Jean) , historiographe et généalogiste^ naquît dans le aixieptiènie siècle, à Abscon, près de Douai. Il était refrgieux à rabbaje Saint- Aubert de Cambrai , lorsqu il s'enfuit en Hollande avec une femme qu'il épousa peu de temps après. Il fut nomme historiographe de Leyde, et mourut dans cette fille en 1079. Od hii doit: 1* Histoire de Cambray et du Cambrésis, Leyde, 16G4 -1068, in-4*», 4 parties, ouvrage rare et recherché; 2° les Généalogies des famUles nobles de Fiandte, în-loKo, on* mge pen estimé; 3** une traduction ées voyages du Hollandais Nieuhoff.
Carpentier (Louis) , fusilier au 41* de ligne, né à JNoyalle (Aisne). Blessé moftellBnwnt à la batatlVe de Hennis^ il dit à ses camarades qui voulaient le porter à l'ambulance: «Laissez -moi « du moins expirer au champ d'hon- « neur ; allez combattre , et sovez * vainqueun assez tôt ponr qae jaie < Ib temps de l'apprendre. »
Carpentteb (P.), religieux bénédictin de la congrégation de Saint- Maur, naquit à Cbarleville le 2 févriejr i6t7. Cest à lui principalement que fon est redevable de Sédition dn 6msarium mediœ et înjhnas lafînîtatiSf de du Gange, 6 vol. in-folio, publiée de 1733 à 1736. Il en rédigea la préface , en surveilla Timpression , et y Ht les additions les pins importantes.
Les nombreuses recherches auxquelles il avait été obliiié de se livrer lui fournirent l'idée d'un nouveau travail.
Ayant trouvé aux archives de la couronne dea lettres- de Louis le Débonnaire , en caractères tnroniens, H étndia lonfftemçs ce genre d'écriture , et publia les résultats auxquels il était parvenu dans l'ouvrage suivant : Alphaàetum tm/mkmum. seu notas 7^ronis eœpueaniM methodus, Paris, 1747, in-folio. Carpentier, nommé prieur deDonciiery, ne continua qu'avec plus d'ardeur ses études favorites, et, en trer, fl fit pandtre; Clossarium
novum seu supplemenium ad aucliorm GhssarÛ Cangkmi etUfkmem, Paris , 4 vol. in-folio. Oe supplément
est devenu beaucoup pFus rare et plus cher (^ue le Glossaire lui-même. Le
Siatrieme volume renferme un gloshre du vîenx fran^is, et les dmer^ tations de du Cange mn les mcneaîes du Bas-Empire ; dissertations qui . se trouvaient omises dans l'édition en six volumes (*). Cette dernière publication attira de grands désagréments à Car* pentier, et plusieurs de wei confrères rai reprochèrent vivement d'avoir mis son nom seul à un livre auquel ils avaient coopéré en assez grand nombre. Cette querelle s'envenima au point que Carpentier dananda et obtint sof seeolarisation. Il mourut à Pa^, as mois de décembre 1767.
Carpentier (N.), nommé général de brigade en récompense de ses services dans la Vendée « battit Gbaretfer dtmnt Macbecoul , dans deux actions consécutives , oîk il déploya beaucoup de talents militaires. Mais, peu docile aux inspirations de Thureau , H encourut la disgrâce de ce général , et reçnt ordre de cesser ses fonctions.
CARpr^'TRAs , Carpenf oracle y an^ cienne capitale du comtat Venaissin , aujourd'hui chef-lieu de sous-préfecture dn dénaortement de Yauclnse.
Cette ville est très-ancienne ; déjà , pendant l'époque romaine , elle était considérable. Pline, qui lui donne le nom de Carpentoracte Meminorum , loi assigne un rang distingué parmi fes cités de la Gaule narbonnaise. Les Komains v élevèrent un grand nombre d'édifices ; mais à'I'époque de la grande invasion des barbares, elle fut successivement ravagée par les Goths, les Vandalea et les Lombard». Les Sarrasins s'en eniparèrent ensuite, ef achevèrent de ruiner ce que leoni de* vanciers avaient épargné.
Le pape Clément V vint y fixer, en
Dans la uouvelle édition du Lexique de on Cange, publiée par fifM. Didot, M. Henschel «.inimi la suite des articles anxqueU olles se rapportent toutes les additions conteoues dam le supplément de dom Carpentier.
1313 , la résidence da saint-siége. Un tel honneur coûta cher à Carpentras.
Les cardinaux étaient depuis plus de trois mois en conclave, pour Téiection du successeur de ce pape, lorsque les habitants , fatigués d'attoidre le résultat de leurs délibérations, mirent le feu à l'édifice où le conclave était asseipbléj et ce feu consuma une partie de la ville ; cependant les maisons brûlées furent promptement reconstruites , et cinquante ans nprès cet événement, le pape Innocent VI fit entourer la nouvelle ville des murs qui subsistent encore aujourdliul.
Le baron des Adrets vint, en 1563, mettre le siège devant Carpentras , et campa auprès de Taqueduc, dans un
{>oste qu'il croyait à Tabri de Tartilerie de la ville. Ceux des habitants qui avaient été bannis pour leurs opinions religieuses, et qui se trouvaient dans son camp, lui avaient promis qu'il n'éprouverait aucune résistance.
Mais la ville était bien fortifiée , et Ton avait fait pour sa déffâisede grands préparatifs. La garnison se composait de sept compagnies de troupes réglées ; et d'ailleurs tous les habitants étaient disposés à se battre comme des soldats. Ils firent de nombreuses sorties , tuèrent beaucoup de monde aux ennemis , les forcèrent enfin à lever ie siège, les poursuivirent, et leur * cnlevèreiit une partip de leurs bagages. Nous avons - d/t. gue Carpentras était autrefois la capitale du comtat Venaissin ; cette ville, par conséquent, appartenait au saint-siege, et ne faisait pas partie du territoire du rovaume.
Elle était administrée, depuis le douzième siècle , par trois consuls , dont l'élection était réservée aux habitants.
Cette ville était la résidence du recteur, ou gouverneur du comtat pour le pape. La justice y était rendue par un juge de première instance, quW appelait juge mayeur et ordinaire ; par un juge des premières appellations du comtat Venaissin , et par la chambre apostolique de la province; qui connaissait privativement de toutes les causes fiscales et qui concernaient le patrimoine de Saint-Pierre.
GAB
^ Carpentras est aujourd*hiii le cheflieu judiciaire du département ; elle possède une société d'économie rurale et un collège communal. Sa po- Dolation est de neuf mille huit cent dix-sept habitants. Ses principaux monuments sont la cathédrale, dont quelques parties remontent au dixième siècle ; le palais de justice , qui occupe les bâtiments de Tanden evéché, et dont Tune des cours renferme un bel arc de triomphe antique , autrefois enseveli dans une cuisine (voyez planche 86); et l'ilôtel-Dieu , dans la chapelle duquel on voit le mausolée du vertueux évéque dlnguimbert.
Cette ville possède une des bibliothèques publiques les plus précieuses des départements : cette collection, formée dans le principe par le fameux Peiresc, et augmentée par les Thomassin-Mazangue , fut achetée en 1745 par M. d'Inguiinbert, qui l'enrichit de tous les livres qu'il avait lui-même rapportés d'Italie , et en fit don à la ville. Elle se compose de vingt-deux mille volumes imprimés, et d'environ deux mille manuscrits , dont les plus
f^récieux ont appartenu à Peiresc. Le ittérateur Arnaud et le savant Raspail sont nés à Carpentras.
Carpi ( combat de ). — La guerre s'était allumée en I 70t entre la France et l'Empereur, et Catinat , réduit à l'impuissance par les ordres de la cour de Versailles , par les résistances de ses lieutenants généraux, et par la tra* hison secrète du généralissime, le duc de Savoie, attendait sur la rive droite de l'Adige le prince Eugène, qui suivait l'autre bord. Informé que le poste de Carpi n*est défendu que par sept régiments de dragons et trois cents hommes d'infanterie, le prince fait passer sur ce point la moitié de son armée. Aceable par le nombre, le détachement finançais fait retraite. Au bruit du canon , le maréchal de Catinat arrive; les Français chargent plusieurs fois les ennemis malgré leur petit nombre. Le prince Eugène est olessé ; mais ses troupes grossissant à chaque moment , les Français se replient sur ie gros de i'artnée^ et les
CAE L'UNIVERS.
CAR
FRAiSCE.
CAR
Impériaux sont mattref da pays entré
rAdda et TAdige.
Cabri. (Jean-Louis) , député à la Convention nationale , né à Pont-de- Yeyie en Bresse, en 1748. Ses parents, malgré leur peu de fÎNrtane, nisaient tous leurs efforts pour lui procurer une éducation honnête, lorsqu'un incicfent iniprévu vint décider de son sort : il rat vag^ment accusé d*an vol , et prit la fuite, moins , dit-on , pour se soustraire aux recherches de la justice, que pour échapper à la honte des soupçons qui planaient sur lui. Il se rendit d'abord en Allemagne, puis en Moldavie, où il entra au service de Thospodar. Après la mort de ce souverain, Carra revint en France , et, par un singulier hasard, il trouva à se placer chez un prince de TEgUse, le cardinal de Roban. Le cardinal de Brienne , qui l'avait connu chez Tarchevéque de Strasbourg, lui accorda sa protection, et lui procura un emploi a la bibliothèque du roi ; c'est , à ce qu'on assure, à ce dernier prélat c[u*ii dot l'idée de son Petit mot de réponse à la requête de M. de Calonne. Quoi qu'il en soit, Carra vit avec enthousiasme les premiers symptômes de la révolution , où il ne tarda pas à jouer un rôle. Nommé électeur du district des Filles-Saint-Thomas, il provoqua l'établissement de la commune, celui de la garde bourgeoise , et , de concert avec Mercier, rauteor du Tableau de Paris, fit paraître un journal sous le titre (Tonnâtes patriotiques. A la tribune des Jacobins, il fut un des plus énergiques orateurs , et oontriboa à rendra populaire Tidée d'une déclaration de guerre à Léopold. Il créa aussi un journal appelé Journal de l'Était et au dtoj^en, dans lequel il développa les principes les plus démocratiques, et attaqua les intrigants ou les contre-révolutionnaires qui entravaient les efiorts des réformateurs. Ce fut lui qui proposa d'armer ie peuple de piques, il fit partie du comité central des fédérés , et fut l'un des chefs de l'insurrection du 10 août, dont il avait tracé le plan. Nommé par deux départements à la Convention nationale,
il opta'poor le département de Saôneet-Loire , et siégea d'abord au côté gauche ; il dénon<^a les opérations du général Montesquiou, qui, chargé d'occuper la Savoie, ne terminan pas la campagne aussi prompteroent qu'il le désirait. Peu de temps après , il fut envoyé au camp de Cnâlons pour surveiller Dumouriez , et rendit compte i la Convention des succès de Kdlermann.A son retour, en novembre, il fut élu secrétaire , et proposa un projet de propagande révolutionnaire.
Dans le procès de Louis XVI, il opina
£our la mort , sans appel ni sursis, lais îl abandonna bientôt la Montagne poor s'unir aux girondins , et devint justement suspect, pour ses liaisons avec Roland , qui l'avait établi gardien de la bibliotbèqae nationale , .
et pour ses relations avec le inrince de Brunswick et avec Dumouriez. Dénoncé successivement par Marat, Robespierre et Bentabolie, il fut rappelé de Blois, où il était en mission, et compris au nombre des quarante-six députés accusés par Amar. Condamné à mort, le 3t octobre 1793, il fut exécuté le lendemain. Carra a rendu de nombreux services à la liberté: la postérité doit lui en tenir compte ; mais il fut coupable de s'être jeté dans le parti des hommes d'État de la Gironde (voyez GiAONDiNS). Cette faute doit être attribuée bien plus à son caractère irascible et changeant qu'à la corruption et à la perfidie. Carra a publié divers ouvrages, dont les principaux sont : Système de la raison, ott le Prophète philosophe , Londres , 1775 ; Histoire de la Moldavie et de la Falachie , avec une dissertation sur l'état actuel de ces deux provinces , 1776; Histoire de l'ancienne Grèce j de ses eolofUee et de ses congvêtes, traduite de l'anglais, 1787. Un petit mot de réponse à M. de Calonne, 1787 ; Mémoires historiques et authentiques sur la Bastille , 1790;
f plusieurs pamphlet littéraires et poitiques.
Carba-Saint-Cyb (Jean-François, comte de) était officier au commencement de la révolution. Après avoir
L'UMIYKIIS.
servi comme général de brigade sous Moreau et Picbegru, il accompagna Aubert du Bayet à Goitttaiitinople. oà celui-ci avait été nommé «mkuiadeiir du Directoire. De retour en France « il rentra sous les drapeaux, et reprit, eo 179Ô , la ville de Deux-Pootâ sur j*année de dairûiyt. H te signale à Ettingben, à Marengo, s'empara de Fribourg , et contribua à la victoire de Uobenlinden. En 1805 , il cornluauda l'armée d'occupation dans le royaume de Naples , fit au prince Cbariei de nombreux prisonniers, el fut nommé, après la bataille d'Eylau, grand offlcier de la Lé^îion d'honneur.
£n 1813, après la fatale campagne de Dfoeeou , il pr|t le eommandement de lâ 88* division milîtaixe, el ftit diargé en 1814 du commandement supérieur des places de Bouchain , de Condé et de Valencieones , qu'il conserva jusqu'après l'abdication de J*em||eKiir* ISoua la restauration , il fut mit cfae» valier de Saint-Louis,' nommé ensuite gouverneur de la Guyane française, mis à la retraite par l'ordonnance de 1824, et H ntire à Vély, près de Soissona»
Cabbabas , sorte d'omni^ en osier, qui exploitait les environs de Paris, mais surtout les routes de Ver* sailles et de Saint-Germain , dans ce bon vieux tempe où l'on mettait plus de six heures à faire quatre petites lieues. Pour définir le carrabas en un mot, il suffira de dire ^ue ce plébéien équipage était encore bien au-dessous des Ignobles ooucous , qui eux-mêmes disparaissent aujourd'hui, vaincus par les céiérifères, les accélérées, et sur* tout par les chemins de fer.
Cabbé (G. L. J.), né è Rennes ven 1778, doyen de la faculté de droit dans cette ville, où il est mort en 1832, a pubh'é : 1" Introduction a C étude du droit français , avec des tableaux synoptiques , Rennes; a** TYaité et guestùmi de procédurt civile i ibid., 1818 à 1819, 2 vol. in-4«; 3° Introduction à l'étude des lois relatives aux domaines coiigéables , ibid., 1822, in-12; 4<> Traité du gouvememmiitktparùiÊêei, ibid., isai»
in-S" ; 5° Les lois de la procédure ci' vite, ibid. , 1824, 3 vol. 10-4" ; 6" Les iaU dê têr&emiiaihnHds Im conwé' tence des fuHOéttmii eMie$^ Paris,
Cabbe (Jean-Baptiste), cavalier au 18^ régiment, né à Martin (Pas-de- CÛais). Après afoir chargé devant Vérone sur deux betatUensastrichietas, le 6 germinal an yii , it se plaça avee quelques cavaliers à l'entrée d un défilé , arrêta les ennemis , et tomba percé de plusieurs ooops de feu.
Cajibb (J. B. Louis) naquit en 1749 à Varennes, duché de Bar. Élève distingué de l'école du génie de Mézières, il possédait des connaissances prorandee en physique , en chimie et en mécanique. Successivement avocat, juge de paix, inspecteur des forêts, il mourut à Varennes en 1835. Carré mérite surtout une place dans nos colOBsee comme auteur de la Panoplie, eu Mimtm de tout ce qui a trait à la guerre , depuis Vorigim de la na»
tion française jusqu'à nos Jours y CbâloDS-sur-Marne, 1795, in-4°, avec atlas. L*autenr nous apprend lui* même que cet ouvrage, nuit de longues recherches , était achevé dès 1783 , mais qu'il avait gardé son manuscrit, parce que la censure avait exigé qu'il retranchât aes réflexions sur l'oppression et l'avilissement du peuple. A répoque des querelles des
{)ariements. Carré avait publié, sous e voile de l'anonyme , un pamphlet trè8*mordant contre la nouYelle magiatrature, et intitulé : Trigaudkik renard y ou le Procès des hétes.
Cabbé (Louis), géomètre français, fils d'un laboureur du village de Brie , naquit eh 1008, fut aecrétaire et élève de Malebranche , entra en 1697 à 1*A* cadémie des sciences, et mourut en 1711. Le plus important de ses ouvrages est sa Méthode pour la me* sure des surfaces, etc., 1710, in-4*.
Cabbé ( Pierre-Laurent), professeur de belles-lettres, né à Paris, en 1758. A quatorze ans , il remporta le premier prix de discours français , et fut vainqueur dans un brillant concours pour l'agrégation. Grâce à Mille»
CAR
éont il ëtait élève , il fut nommé professeur de rhétorique à Toulouse, où r Académie des jeux floraux couronna trois de ses productions. Carré composa un grand iioiniive4*hjnuies pour If8 fêtes républicaines, et te plus remarquable est celui quMl fit pour la fête de la Vieillesse. Il fonda en l'an VI la société littéraire , connue à Toulouse sous le nom de Lytée. Après le 18 brumaire, il fut nommé mainte neur des jeux floraux , et M. de Fontanes l'appela à la chaire de littérature de la faculté des lettres. Il mourut à Parif ed M5» Outre un erand noeibre d'odes et d^hymnes publiée en I8M^ in-S", on lui doit plusieurs poèmes, entre autres : Le Bouclier d'hercule^ traduit du grec d Hésiode.
GAmii (Remi), bénédictin, prieur de Beceleufi ex-sacristain de la Celle, né à Saint-Fnl, le 20 février 1706, a laissé : 1» les Psaumes clans l'ordre historique f nouveUemetU traduiis sur rhibreu^ ITTS, m^; r k Maltr9 des novices dans fmrt éê chanter^ 1744, in-4". On trouve dans ce livre un éloge du vin. L'auteur, après l'avoir conseillé pour toutes les maladies > ajoute t < Le TÎn fait . presque autant « que tous les autres remèdes ensem^ « ble. » 3° la Clef des psaumes, 17.55, in-12; 4*" Recueil curieux et édyiant wr les cloches , 1757, in-8'.
Cabbb (iN.), voyageur, fut d'abord chargé de visiter la côte de Barbarie et divers ports de l'Océan. Les mémoires adressés par lui à Colbert lixèrent l'attention de ce ministre qui projetait de grands établissements dans les Indes orientales. Bientôt Carré fut désigné pour faire partie de l'expédition dont Cnron était le chef. La flotte partit le 10 juillet 1666. Après avoir touché à Madagascar et à l'île Bourbon, Garon se persuada que Surate serait un chef-lieu préférable pour les établissements de la compagnie, et mit à la voile pour cette ville. Carré, dans la relation de son voyage, donne une description de Surate et des pays eii« TÎronnants. En 1668, lorsque tes Turcs prirent Bassora sur les Arabes , il s'y trouvait pour les affaires de la com-
pagnie, et fut obligé de se réfugier avec son navire à l'Ile dieKtffeclLi daOB le golfe Persicjue.
De retour a Surate , il fut envoyé en France par Caron qu'il n'ainiait pas et qui voulait se débarrasser de sa surveillance. Carré s'embarqua, en 1671, pour Bender-Abassi ; de là il se rendit a Bagdad, et traversa le désert. DuiMit ce. trajet il eiil tanooup à eoa^ frir. Enfin il arriva è Alep, se rendit à Tripoli de Syrie, parcourut le Liban, s'embarqua à Seïde, et arriva à Marseille. Peu de temps après, il fut renvoyé eut Indes par la route de terrèw - Il a publié une relation avec ce titre: Voyage des Indes orientales^ mêlé de plusieurs histoires curiemes ^ Paris, 1699, 2 vol. in- 12. Le premier volume, qui contient lé réeit de son premier voyage, est beaucoup plus intéressant que le second, qui parle peu de sa dernière tournée et n'est guère rempli que d'histoires galantes, il était à Visapdor en 1678.
Cabbeau.— On appelait aînif, avant l'adoption des armes à feu, une sorte de flèche dont le fer carré se trouve figuré dans les jeux de cartes, pour signifier avec les piques ^ selon l'explication qu'en donnent communément cent qui veulent voir dans des morceaux de carton peints des Irçons de politique et de morale , les armes dont un roi prudent doit toujours tenir ses arsenaux amplement rournia.
On nommait encore Cabbeau, un coussin carré de velours que les femmes de qualité se taisaient porter à Teglise, pour se mettre connnodément à genoux pendant Toffice* Les femmes des îiobles d'épée avaient des carreaux garnis de galons d'or et d'crgent; celles des hommes de robe en avaient seulement avec des broderies en soie. Aujourd'hui, personne ne fait porter des carreaux à l'éçtise, parce que ce n'est plus une distfnction. Quand les évéques et les hauts dignitaires eeclét^iastiques oflicieut, ils ont des carreaux pour É'agenouiller. Dans les mariages de personnes riches , on en donne aux époux, à qui on en fait pnyer l'nsap^e.
Ott appelait aussi CAJLASAuie pavé
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L'UNIVERS
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des rues ; de là les exprpfïsions proverbiales , jeter sur le carreau^ rester sur le carreau. On dit encore le carreau de la Halle, pour le pavé de la Halle.
Carbbl (Nicolas-ArmaDd). Ce nom réveille le souvenir d'un publiciste cé- Jèbre qui possédait plusieurs des qualités éminentesde l'homme d'État. Homme d'action et de pensée, ayant quelque chose de dievaleresque qu'il tenait de sa nature, et qui n'avait fait que se développer dans les camns où il avait passé les premières années de sa jeunesse ; imbu des plus nobles sentiments de patriotisme et partisan d'une sage démocratie ; âpre a la résistance , impétueux à l'attaque; toujours au premier rang dans les moments de danger, mais généreux après la victoire, et ne ▼oulant voir que des Français dans les vaincus , Armand Carrel s'était concilié Pestime de tous les partis. Son talent d'écrivain , sa bravoure militaire, et une grande fermeté de caractère , unie à beaucoup de grandeur d'âme, en avaient fait un homme politique de premier ordre et l'avaient désigne pour chef au parti démocratique. Il entrait à peme dans i'^e mur, lorsque le cours de sa vie tut brusquement interrompu par une déplorable catastrophe. Qui peut pré- Toir ce qu'il serait devenu, s'il n'eût pas succombé, dans sa trente-sixième année, vietime de cette eénérosité ^i lui faisait sans cesse prodiguer ses jours! Toutefois, les actes et les écrits qui ont si bien rempli sa trop courte existence sufUront pour lui assurer une place exceptionnelle. Sa réputation est ou nombre de celles qui vont toujours en grandissant, parce qu'il a sincèrement aimé la patrie, parce qu'il a mis à son service des lumières peu eomiiNmes , et , ce qui n*est pas moins rare, un dévouement à toute épreuve.
Armand Carrel naquit à Rouen, le 8 mai 1800, de parents honorablement connus dans le commerce. Après avoir tenniné ses études au collège de sa ville natale , il décida , non sans peine, son père à permettre qu'il satisfit son goût pour la profession des armes.
Partisan du régime de la restauration,
Je père d'Armand Carrel voulait faire de son fils un négociant , comme lui ami de l'ordre de choses existant et plus soucieux de sa fortune personnelle que de la fortune de la France; mais l'âme fortement trempée du jeune Carrel ne pouvait descendre à ces mesuins calculs. Bercé au son des chants e triomphe de l'empire , sa première douleur avait été ONla uu'éprouva la France après les revers de 1814 et de 1815; et c'est sans doute à ce début dans la vie qu'il faut attribuer ce qu'il y avait de belliqueux dans son caraetère. Convaincu que le Jour ne pouvait tarder o\x nous prendrions notre revanche sur la coalition des rois, il persista dans sa vocation militaire pour avoir le droit de marcher un ues premiers à l'ennemi. A force de supplications , il obtint d'entrer à l'école de Saint-Cyr. Il n'y fut pas plutôt qu'il se distingua par sa dextérité dans les exercices et son intelligence des manoeuvres; mais il ne tarda pas non plus à mécontenter ses supérieurs par l'indépendance de ses principes et une hardiesse de patriotisme qui n'était pas de mise dans un établissement où, aujourd'hui encore, malgré la révolution de juillet, une aveugle obéissance est regardée comme le premier des devoirs et où toute opinion qui n'est pas celle du pouvoir suprême est rigoureusement proscrite.
Un iour, dit M. E. Littré (*), le général d'Amignac qui commandait l'école, lui ayant dit qu'avec des opinions comme les siennes il ferait mieux .de tenir l'aune dans le comptoir |le son père : « Mcun général y répondit Carrel avec un accent énergique, si jam ais je reprends faune de mon père, ce lie sera pas pour mesurer de la toile. » Cette réponse audacieuse fit mettre l'élève aux arrêts, et il fut question de l'expulser. Mais Carrel écrivit directement au ministre de la guerre, lui exposa les faits et gagna complètement sa cause. »
Admis dans les rangs de l'armée avec
(*) Dans la notice remarquable qu'il a publiée sur Carrel Yojfez le National du 19 octobre i836.
CàM FRANCE. Càft m
h grade de aoni-lientenaiit. Carrai ne
cessa pas d*étre animé des mêmes sentiment de dédain pour des princes revenus à la suite de l'étranger; mais il affecta des allures insouciantes pour ne pas attirer les soupçons sur lui et rester plus libre d*agir lorsque Toccaskin lui paraîtrait opportune. Il fit une première tentative en 1821, et trempa dans la conspiration de Béfort qui édioua, comme ou sait. De Neuf- Brisach où il était en garnison avee le 29* de ligne, il se rendit secrètement à Béfort. Le complot venait d*y être découvert, et il n'eut que le temps de retourner en toute nflte à Ifettf*Brjsach pour ne pas être pris en flagrant délit par son colonel qui épiait sa conduite. Cependant ses principes politiques se prononçaient de jour en jour ..davantage. Le snobés de la révolution d*Espn;^ne, qui venait d'éclater, lui paraissait d'autant plus désirable, qu'il ne pourrait manquer de servir d'exemple à la France. De Marseille, où était ▼enu son régiment, il écrivit une lettre d'assentiment aux cortès espagnoles , lèttre qui fut saisie et portée a M. le baron de Damas, comniandnnt de la dixième division militaire. Celui-ci lit de vains efforts pour obtenir du souslieutenant un désaveu de ce qu*il avait écrit, et la promesse de renoncer à ses liaisons politiques; mais Carrel resta inébranlable, quoique touché des procédés bienveillants de M. de Damas à son é^ard. Lorsque le gouvernement français* cédant aux injonctions de la sainte alliance , se prépara à envoyer des troupes en Espagne pour y étouffer la liberté naissante, Carre! résolut de donner sa démission, et d*aller défendre en Espagne la cause de la révolution. C'était un acte extrêmement grave. Il s'agissait de porter les armes, iion pas contre la France , comme l'ont prétendu les accusateurs de Carrel , mais enOn eontro le gouvernement français. Convaincu que la cause de la France était la même que celle de l'Espagne, j)çu effrayé de perdre son avenir militaire, il n'hésita pas, et, après une renonciation officielle à une carrière qui ne lui semblait plus celle de
rhonneur, il s'enibarqua,*dsiis le oon-
rant de Tannée 1823 , sur un bateau pêcheur espagnol, qui le conduisit à Barcelone. On connaît l'issue de cette guerre. A la suite de privations infinies ft d'une foule d'actes de bravoure et de dévouement, la légion libérale étrangère, dans les rangs de laquelle servait Carrel en qualité de sous-lieutenant, fut obligée de déposer les ar-
.mes en rase campagne, sous le fort de Figuières , mais seulement après avoir obtenu une capitulation honorable, pour éviter une plus longue effusion de sang entre des ennemis qui se portaient une commune estime. Devenu, par un singulier hasard, prisonnier du général Damas, Armand Carrel fut traduit, au mépris de cette capitulation, et bien qu'il eût cessé d'être militaire, devant un conseil de guerre^ qui reconnut lui-même son incompé* tence; mais, à la demande du procureur général , la cour de cassation cassa l'arrêt d'incompétence, et, assimilant le prévenu et ses compagnons à des militaires , les renvoya devant le premier conseil de guerre des Pyrénées-Orientales. Cette fois, il fut condamné à mort. L'omission de quelques formalités l^ales empêcha seule que la sentence fut mise à exécution.
Benvoyé devant le conseil de guerre de la dixième division militaire , siégeant à Toulouse, il fut acquitté, aux applaudissements de l'auditoire. « Six VOIX sur sept ont été pour moi, dit-il, dans une lettre à M. Isambert; jamais victoire ne fut plus complète. « Il faut lire, dans la notice de M. Littré, les souffrances que Carrel eut à endurer
' pendant toute la durée de cette proeédure, le cruel régime de réclusion auquel il fut réduit, et la fermeté avec laquelle il se refusa constamment à implorer la clémence du roi , dont on lui offrait les gages les plus certains. Dans le cours de l'interrogatoire devant le conseil de guerre qui le condamna à mort, Carrel ayant opposé à l'accusation le témoignage de son honneur, le président du conséll osa lui dire: « Dans votre position, vous ne « pouvez invoquer liionneiir, » A ces
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L'UNIVERS
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Carrel , ne suivant que Tinspirattan d'une juste indignation , saisit 9a chaise, et allait la jeter à la téte du
Erésidentt lorsqu'il fut entraîné hors de i Mile par les soldats qui le gardaient. Au sortir de la prison de Toulouse, Carrel, pour qui la carrière militaire était ('oniplétement fermée , se trouva dénué de toute ressource. Bientôt m ttleat «TteWain allait le tirer d'enlmneii, et lui fournir le moyen de prouver qu*on peut servir son pays avec une plume aussi bien, et quelquefois mieux , qu'avec une ëpée. Il commença par être leseerétaire de M» AugnitiQ Thierry, qu'il appelait son premier maître , et qui l'occupa à ses travaux historiques. « Il ne resta qu'un temps très-court auprès de l'historien de' ta conquête de TAngleterre par les fVormands. Sa position était eitrémement gênée; mais la campagne de Catalogne et la prison du Castillet l'avaient accoutumé ù de rudes épreuves, et ni son courage, ni ménae son insoudanfie, n'étaient altérés par la vie qu'il menait. Il composa alors deux résumés, i'un sur ï Histoire cfÉcoss^, l'autre sur V Histoire de la Grèce moderne.
Il rédigea la Bévue amiriealifie, recueil qui contient de bons matériaux, et où on retrouve l'esprit politique qui présida plus tard à la rédaction du National, et il commença a écrire dans les journaux : dans le Consiitutio»nel, dans le Globe, dans la Reme française, dans le Producteur. Il publia son Histoire de la contre-révolution en Angleterre, début très-remarauable , où il avait évité à dessein de raire des rapprochements entre les Stuarts et les Bourbons, mais où ces rapprochements éclatent malgré lui, et où ses tendances politiques sont déjà toutes manifestes. C'est des travaux entrepris çar lui à cette époque que date sa prédilection pour Thistoireconstitutionnellede l'Angleterre; ce fut un sujet qu'il roula souvent dans 9a téte , et qu'il n'avait jamais abandonné. »
Mais, ainsi que ledit encore M. E.
Littré, la grande œuvre d'Armand Carrel, c'est le National, «I-atigué«
comme tant d'autres, des feintes dont l'opposition des quinze ans se couvrait, il conçut le projet de fonder un
. nouveau journal qui eût une allure plus hardie, un langage plusfrane. Ge lut lui qui eut la première idée du National; le titre fut donné par lui; il faisait, dès ce moment, un pas eu avant de la presse de la restauration.
La rédaction du NûHtmal fut remise à MM. Thiera, llignet et Armand Carrel, avec cet arrangement que chacun, à son tour, aurait pendant un an la direction suprémede la feuille. M. Thiers, comme le plus âgé, commença, et, à vraidiref il n'y avait pas accord entre ses opinions et celles d'Armand Carrel.
Le National était évidemment fondé dans un but d'hostilité à la branche aînée dee Bourbons; mais cette hostilité était différemment conçue par les deux rédacteurs en chef du National; je dis les deux, car M. Mignet n'était qu'un représentant de M. Thiers. Celui-ci pensait qu*il fiiUait une révolution semblable à la révolution anglaise de 1688 : un prince du sang et une chambre des pairs pour sanctionner le mouvement. Cette politique est indiqués par les démarches de M. Thiera auprès du duc d'Orléans , et par un singulier article de cet écrivain , où , au milieu même de la révolution flagrante , il engageait la chambre des pairs à prendre rinitiatlve de l'insur-
' section contre la royauté.
« Dès cette époque , les pensées de Carrel allaient plus loin ; aussi sa collaboration dM National fut-elle rare, et il se borna presque à y insérer quelques articles de critique littéraire. Il attendait le moment où il pourrait donner au National une physionomie plus démocratique, lorsque la révolution de juillet éclatant, amena son tour plus tôt qu*on ne l'avait prévu. MiM. Thiers et Mignet entrèrent dans l'administration, et abandonnèrent le NationaL Carrel était alors absent.
L'existence du National y en conséquence , fut remise en question, M. Thiers songea à en faire un journal ministériel; mais les actionnaires s'y refusèrent, et, dans l'intérim «
€AR YBA
M. Passy, l'ex -ministre du commerce, fut chargé de le rédiger. Cependant Cartel revint de sa mission (*), décidé ^ faire valoir k$ droîtt qu'il avait à devenir le ridadwur en chef du iVo/ioml. Il éprouva quelques difficultés, qui lui furent suscitées, disait-il, par M. Tbier^; mais il en triomplia , et il «Dtia an poasaaaipn du ^e9le <|m lui iq[»parteii«t La pensée révolutionnaire que Ton savait avoir présidé à la création du journal, le rôle honorable qu*il avait joué dans la révolution de juillet, l'arrivée de Tancieii rédacteur ea dief i des fonctions importantes dans Tadministration , tout cela avait rapidement accru le nombre des abonnés; mais c'étaient des abonnés qui tous ne devaient pas être acquis aux opinions qu'Armand Carrel allait inoessamment développer. Il fallut ménager les transitions; mais, de quelque prudence que le rédacteur en chef eût loin de se couvrir, il ne put empêcher uoegrande portion du public qui était accouru au NationaÀ de l'abandonner.
Armand Carrel eut donc un nouveau public à se créer, et c'est là que brilla aon talent. Le aral organede l'opinion proscrite par les lots de septembre qui ait pu résister à la destruction est celui qu'il a fondé. Il obtint dans cette lutte un double succès; car, tandis qu*il assurait à son journal un nombre suffisant d'abonnés pour le feire subsister par ses propres forces, il lui donnait, par la grandeur du talent qu'il y déployait, une autorité même auprà de ceux qui en étaient les en»* nemis.
« Pénétré de l'opinion que la distribution des droits politiques, dans la constitution actuelle des sociétés % est ce qui influe le plus directement sur la distribution des biens matériels et moraux , il pensa que la France était arrivée au point de franchir un degré sur lequel elle hésite depuis quarante ans , c'es^à-dire, de se passer d'un ffouvemement héréditaire. Suivant nii* le suprême magistrat devait être
(*) Le gouYeraement l'avait «ivojé en Tendée. Voyez plus loin.
(CE. CAS ao8
électif et responsable, la seconde chambre élective, le suffrage universel, la libertéd^Ja presse inviolable à tous les . partis. Avee oss réfonnea poiiti<]ues, il croyait que les réformes sociales , dont l'imminence s'approche de moment en moment* devenaient praticables (*), » - •
Quand la bittneha ilnét se mt .
assez forte pour renverser par un coup d'État la constitution qui gênait ses allures rétrogrades , Armand Carrel fut le premier à protester contre les ordonnaaees de juillet. Elles parurent le 26, et la même jour, avant midi, il publia un supplément au National qui contenait ces ordonnances , et appelait les citoyens à s'armer pour la défense ^es lois, Leiendemain , il aigna la otfotestation des journalistes. Mais il ne s'en tint pas là, et, joignant l'exemple au précepte, il prit une part très-active à ces mille combats dont les rues de f atis devinrent le glorieux théâtre. La révolution avait à peine triomphé dans la capitale, qu'il partit pour Rouen, allant chercher des auxiliaires qu'il devait ramener sur Rambouillet, fievenu anssitêt après, il reçut dans les
firemiers jours d'août une mission pour es départements de l'Ouest. II les visita, changea ou conserva les maires et les sous-prefets, et adressa au gouvernement un mémoire qui fixa ratten»
tion. De retour de cette mission, il refusa la préfecture du Cantal, à laquelle il avait été nommé pendant son absence, et, bien qu'on eût inséré sa nomination dans le Mmiikur, il alla reprendre son poste au NaUonaL Cétait ce que le nouveau gouvernement craignait le plus, et il ne tarda pas à se convaincre que ses inquiétudes étaient fondées. Vers le commencement -de l'année 1SS3, le ministère Périer., ne pouvant venir à bout de la presse opposante, imagina d'arrêter préventivement les écrivains. Si ce nouveau système avait prévalu , c'en était fait de la liberté de la presse. Peu effrayé du succès qu'avaient déjà obtenu plusieurs tentatives , et décidé à ne pas se
O M. & litlié , Notice «iir GsTNi.
CAB LUNIYERS. . CAft
laisser incarcérer aussi facilement que quelques-uns de ses confrères, Carrel oia porter on défi au pouvoir. Dans un article du 24 janvier 188S, article signé de sa main, il déclara que l'arrestation préventive des écrivains, hors le ca(S de flagrant délit, était une illégalité; qu'il ne s'^jr soumettrait pas , et que, ai on essayait de Tarréter, il repousserait la force par la force. « Il « faut, disait-il en terminant, il faut « que le ministère sache qu'un seul « nomme de ecsur, ayant la loi pour « lui, peut jouer, à chances égales, sa « vie contre celle non-seulement de sept « ou huit ministres, mais contre tous « les intérêts grands ou petits qui se « seraient attachés imprudemment à «la destinée d'un tel ministère. C'est « peu que la vie d'un homme tué furti- « vement au coin de la rue, dans le « désordre d'une émeute ; mais c'est « beaucoup que la vie d'un homme M d'honneur, qui serait massacré chez « lui par les sbires de M. Périer, en « résistant au nom de la loi : son sang « crierait vengeance! Que le ministère » ose risquer cet enjeu , et peut-être il « ne gagnera pas la partie.
« Le mandat de dépôt , sous prétexte « de flagrant délit, ne peut être dé- K cerné légalement contre les écrivains « de la presse périodique; et tout écri- « vain, pénétré de sa dignité de citoyen, «opposera la loi à l'illégalité, et la « force à la force : c'est un devoir, ad- « vienne que pourra. »
Carrel se tint chez lui prêt à résister; mais on n*osa pas essayer de Tarréter : on se borna à lui intenter un procès devant les tribunaux, qui reconnurent son droit par un acquittement.
Dans une autre droonstanoe , Garni
déploya non moins d'audace devant la chambre des pairs. Le National avait été cité à la barre de ce tribunal exceptionnel jpour un article qui était ooalifié d'injurieux; M. Rouen , çérant, était en cause, et Carrel plaidait pour hti.
Ayant nommé le maréchal Ney, il ajouta : « A ce nom , je m'arrête par « le^ect pour unegforieuseetlamen-
« table mémoire. Je n'ai pas mission « de dire s'il était plus facile de légaliser « la sentence de mort que la r£rlsion « d'une procédure inique, les temps « ont prononcé. Aujourd'hui, le juge « a plus besoin de rdoabilitation que la « victime. »
M. le président se lève et dit : « Dé- « fenseur, vous parlez devant la cham- « bre des pairs. Il y a ici des juges du « maréchal Ney; dire que ces juges ont « plus besoin de réhabilitation que la « victime, c'est une expression, prenez- « Y garde, qui pourrait être considérée « comme une offense. Je vous rappel- « lerai que le texte de loi dont j'ai eu « l'honneur de vous donner lecture, « serait aussi bien applicable à vos pa- « rôles qu'à l'article |4ont M. Rouen « est ici responsable. »
Carrel, avec un geste et un accent inexprimables : « Si parmi les membres « qui ontvoté la mortdu maréchal JSey, « et qui siègent dans cette enceinte, il « en est un qui se trouve blessé de mes « paroles , qu'il fasse une proposition a contre moi , qu'il me dénonce à cette « barre, j'y comparaîtrai; je serai ûer « d'être le premier homme delà généra- « tion de 1 830 qui viendra protester ici, « au nom de la France indignée, con- « tre cet abominable assassinat. »
M. le général £xcelmans se lève, et, emporté par une conviction profonde, s'écrie : « Je partage l'opinion du dé* « fenseur. Oui, la condamnation du ma- « réchai Neva été un assassinat juridi- « que ;je le (lis, moi I » Cette noble sortie du général Excelmans sauva seule Carrel du péril imminent auquel l'avait exposé le besoin de réhabiliter une des plus illustres victimes de la restauration, et de ilétrir le crime avec d'autant plus de force, que ses auteurs sont plus puissants et plus haut placés.
C'était de la prison de Sainte-Pélagie que Carrel était allé défendre M. Rouen à la barre de la chambre des pairs.
Pour avoir sa part des emprisonnements que subissait Pauhn, en sa qualité de gérant du National, il avait voulu signer le journal comme gérant et courir la même chance. MM. Schef<* for et Conseil ayant suivi «m exemple ,
CAR
ils furent condamnés tous les trois, non pas par le jury, mais par la cour
I'ugeant sans jurés, pour un article que 'on assimila à un compte rendu d*audienoes. MM. CamI et Scheffer subirent seuls leur emprisonnement, le malheureux Conseil ayant péri de la mort des naufragés, dans un voyage quMl fit sur la Seine.
Le caractère entier de Carrel et son rdle de défenseur du parti démocratique l'exposaient à des dangers incessants, et plus qu'à tout autre il lui était difficile d'éviter les combats singuliers. Mais on aurait tort de croire qu'il les recherchait; il a prononcé au lit de mort une parole qui montre ce qu'il y a de fatal et d'irrésistible dans la position de quelques chefs de parti : < Le porte-drapeau du régiment est le « plus exposé. >j Dépendait-il de lui qu'alors la phalange démocratique fût autre chose qu'un régiment? Nous ne le croyons pas. Dans tous les duels où Carrel était témoin, il s'efforçait toujours de terminer la querelle* par un arrangement à l'amiable, et il y réussissait le plus souvent, parce qu'il
i>ossédait l'art de ménager exactement 'honneur des deux adversaires, tout en les amenant à une transaction. Mais quand il s'açissait de lui , il était moins traitable. Il a eu dans sa carrière de journaliste trois duels politiques. Dès les premiers jours de l'existence du Naiional, M. Thiers eut, avec le Z>rapeau blanc y une discussion qui amena une explication et un duel. Ce fut Carrel qui se battit contre un des rédacteurs do Drapeau blanc. Celui-ci fut légèrement blessé à la main d'un coup de pistolet. En 1833, la duchesse de Berri ayant été enfermée au chûteau de Blaye, des journaux, le Corsaire entre autres, lancèrent quelques plaisante* ries à ce sujet; les carlistes s en offensèrent; un rédacteur du Corsaire fut blessé dans une rencontre. Les carlistes ayant, après cette affaire, renouvelé leurs menaces, Carrel annonça que ces messieurs trouveraient au NaUmud tout au tant d'adversaires qu'ils en pourraient désirer. Ils envoyèrent aussitôt une liste de dix. noms, parmi lesquels
Carrel choisit celui de M. Roux-Laborie, dont la personne lui était complètement inconnue. Dans le duel à l'ép^ qui s'ensuivit, les deaxadwsaffes Ai»
rent blessés , M. Roux-Laborie de deux coups dans le bras et dans la main, Carrel d'un coup dans le ventre qui mit sa vie en péril.
c La blessure de Carrel montra que, dès cette époque, un grand intérêt s'attachait à lui. Ce ne fut pas seulement de son parti qu'il en reçut des témoignages; mais les hommes les plus éloignés de lui par leurs opinions politiques saisirent cette occasion de lui prouver qu'ils ne méconnaissaient ni son talent ni son caractère, et que son avenir leur importait.» Cependant malgré les remontrances de ses amis ét'de tant de personnes étrangères, malgré la promesse qu'il fit de ne plus compromettre une existence dont chacun reconnaissait le prix, Armand Carrel mourut en 1836, des suites d'un nouveau duel. Cette ifois encore, ce n'était pas pour lui qu'il se battait, c'était pour un autre, c'était surtout pour apprendre aux détracteurs du parti démocratique à le respecter. Mais la fortune favorisa M. Emile de Girardin, et la France eut à pleurer la perte d'un beau génie.
Il nous serait impossible d'entrer dans un examen détaillé des opinions, on pourrait dire du système d'Armand Carrel. Quelques traits généraux suffiront pour le rappeler au souvenir du lecteur.
L'anéantissementdes traités de 1815, c'est-à-dire la réhabilitation de la
France en Europe, tel devait être , suivant lui, l'objet constant de notre politique extérieure. L'alliance ani;laise, aux conditions du moins où M. de ialle]{rrand avdiit été autorisé à la conclure, lui paraissait un mauvais moyen de parvenir à ce résultat. Nul mieux que lui n'a prévu et prédit les tristes mé-
Ërises que nous réservait Tégoïsme lypocrite du gouvernement anglais. Il redoutait également l'alliance russe.
Dans ses belles discussions sur la question d'Orient, il combattit un engouement aveugle, et il pensait qu'entre
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LUTS'IVERS. • CAR
l'ambition russe et l'ambition anglaise , il n'y a de place que pour une neutralité. Sa manière d'entendre la politiyie iwtétieie ctt troy cotimw et trop ■fili0B«l0 |Nwr qrc BAH» ÎMiMions sur ce sujet. Mais nous ne pouvons résister au besoin de citer quelques fragments empruntés à une brochure publiée par kri en im sous ce titre: ÈxêraUUu ëbisier d'un précêm âB compUeité morale dans l* attentat dit 28 juillet . On y trouvera un jugement remarquable sur ia réforme sociale, ou, pour Biieui <ftre» sur ce qui lui semblait prochaiaeiiient praticaole.
« Ceux qui aiment les tâches toutes faites auraient voulu, peut-être, qu'on n'ajoutât pas aux difficultés de la réforme politique en jetant dans la discittstoB des tliéofies ée réforme Wh eiale; mais la liberté appelle choeim à apporter le tribut de ses lumières et de ses ins|)irations, dQt cette sainte concurrence susciter quelquefois au progrès hiMnéme des fKraeultés imttendues. Si réellemenlmieiévolution dans Tordre politique ne pouvait être heureuse et assurée qu'en s'appuyant sur de profondes réformes sociales, neserait-ee pas nous rendre service que de mx» mdîquer jvsqn'oè peuvent être poussées certaines exigences? Ce n*est pas nous retarder, quoi qu'en puissent dire quelç|ues-uns de nos amis; c'est MUS éelatrer, e^esf nous forcer a ne* surer l^éleiidue de notre responsabilité. Nous avons donc besoin de connaître d'avance les intérêts, les tendances, les passions même et les ressentiments de toutes les parties gui composent la majorité nationale. Si Ton nous révèle des besoins et des prétentions que nous ne connaissions pas et avec lesquels il feudrait compter tôt ou tard, humilions notre orgueil : nous nous étions crus, sans doiâe avant le temps, maîtres d*une besogne qui passait encort notre science et nos forces (p. 4). «
« Le but de la régénération morale du riche et du pauvre est celui auquel tend aajonrdliut la société^ par les voies de la liberté, Reloue contrariée qu'elle soit dans son développement par la résistance du principe monarchique;
nous en attestons le haut intérêt, l'évidente sympathie avec lesquels tous les organes de la publicité, ceux même qui repréMHlcBt des débriÉ d'Idées aristocratiqiies, m livrent i la discnih sion de toutes ces vues économiques qui tendent à effarer, entre la richesse et la pauvreté, entre ia propriété et la non-propriété, rinégali£( de fait consacrée par le monopole poKtique. A cet égard, les idées sont d'un demi-siècle en avant du gouvernement. Qu'aujourd'hui, dans cette France célèbre, qui a brisé dix coalitions par la valeur et l'intelligence de sa dânocratfe, le Ira» vailleur à la journée rencontre pour tout établissement de crédit le montde-piété, pour toute retraite l'hôpital, pour toute chance de fortune la loterie, pour tout eneoongement à la moralité la caisse d'épargne; c>st une honte à la nation éclair» qoi le souffre (p. 25). «
« il faut se rattacher à notre principe de Kberté et de représentation nationale de 89^ comme à nn point de départ à jamais consacré et inattaquable. Les vœux généraux de bonheur commun empruntés à la déclaration des droits , de Maximltîen Robespierre , sont l^iittmes; mais la réalisationr de ces voeux ne peut être atteinte que par les légitimes voies qu'une représentation réelle du pays , débattant contradietoirement les intérêts de tons», est seule en possession de fournir. Il feut gue notre démocratie de t830 s'avotie à elle-même qu'elle n'est plus la démocratie de 89, qu'elle a grandi en aptitude de toute espèce. La lutte qu'elle ne pouvait pas soutenir, il 3^ a qunrante ans, contre la supériorité intellectuelle du riche, elle est en état de l'accepter aujourd'hui , et ce n'est plus pour elle que le suffrage universel serait un leurre (p. 28). »
« Les réformes politiques sont le seul moyen logique, régulier, silr et légitime^ de décider les améliorations sociales (p. 57). »
« Les opinions de Carrel , dit M. Lit tré, à qui nous avons emprunté ces extraits, ressortent évidemment des fragments que je viens d'extraire de
son écrit sur la déclaration de Robespierre. Ce qui lui semblait le plus proehaifienent pivlicaMe, c'était une refonte des k)is de douane et d*impdt, de telle sorte que le pauvre fût ménagé et le riche mis à contribution ; c'était UQ remaniement des institutions qui sont cssflDtiellemeDt destinées à pro- 'téger la fort et à comprimer te faible; et, comme moyen d'obtenir et de consolider cet ordre de choses, il voyait le suffrage universel. Mais tout cela n'était que transitoire-: Garrel avouait ii*avoir sur ce qu'il y avait à fàire au delà, que des vœux, des espérances, des pressentiments, et point de convictions scientifiques; il pensait que, te terrain étant ainsi déblayé, on y verrait plus clair. En ce moment, èt dans l'état nctiiel des choses, l'horizon pour lui s'arrêtait lij; et il pensait (ju'il , rallait passer par ces améliorations préliminaives pour atteindre à un autre horizon, et pour reoonnattre la possibilité de ce qui paraît actuellement impossible. 11 était res^é persuadé de ce qu'il avait écrit plusieurs au« nées auparamt dans k Produekur / « Le travail , dont Tingénieux FntD* klin fit toute la science du bonhomme Richard > sera le deihiier réformateur de la vieille Europe. Les progrès des luttières et du bien-^ro Imnt germer des vertus publiques là où il n'y a que trop longtemps eu que des vertus privées. Le sanctuaire des sciences, des arts et de l'industrie , redeviendra pour nous le Faitfbéott Batiooal, dont naguère fat déshéritée notre gloire railitaire; c'est ainsi que nous prétendons matérialiser la société. »
« Quel que fût le chemin que Carrel avait peffoouru en eonsidératioft, en influence, en renomniéii, depuis t9$»
jusqu'en 1836, cependant ce ne sera rien exagérer que d'avancer que l'avenir qui se préparait pour lui était bien autrement grand, et que Carrel était loin du terdie où une noMe ambition doit aspirer. Il entrait dans cette période d^ la vie où le talent n'a rien perdu de sa vigueur, mais où il est plus sûr, plus maitrede soi, plus puissant et plus uariail. À, iNiitMii ans, que MfiMalt
9Cé. kiàU Mf
pas espérer l'homme qui déjà avait tant tenu; réerivam poKtique quo nul n*é* galait dans sa p^olémique ardente et colorée; le publiciste qui avait traité les questions les plus diverses avec tant de supériorité et d'un point de vue qui toujours lui appartenait ; l'homme politique que rien n'avait fait dévier de ses principes; Thomme de vif ueur et de décision qui descendait dans le journalisme comme dans un chan>p clos !
Aux prochaines élections générales, Garreraurait été élu dépmté. Ses plaidoyers devant tes tribunaux montrent que le t.'>lent de la parole ne lui aurait pas manqué, et il aurait trouvé dans l'énergie de son caractère, dans l'àpropos qui ne fabandonnatt jamais»
dans ses antécédents qui le rendaient redoutable à certains hommes du pouvoir actuel, de quoi se faire «ne place grande et singulière dans l'assemblée.
Connu déjà par quelques pa^ bistoriques que M. de Chateaubriand ad* mirait, il allait par un ouvrage le plus approprié à son talent élever un grand monument littéraire.
« Une tombe soKtalre, dans m cimetière de village, a reçu les restes d'Armand Carrel; mais sa mémoire demeurera dans le cœur de ceux qui l'ont connu ; et lorsqu'à leur tour ils se-, font descendus làoC»il les a précédée, le Franee , «omme il ledisait sur son lit de mort , se souviendra encore de lui (*). »
C arrère, nom d'une famille de médecins, tous nés à Perpignan. Fr. Cab- BÈBB, né en fbt nommé, eirl 067, premier médecindesarméesdUrofd'Ë»* pagne, et mourut en l69S.Jos. Car- RÈRK, son neveu, né en 1680, fut recteur de la faculté de médecine de sa ville natale, et y mourut en 1737. Th, Car.
BÈBB, fils de Josepb, néenrl714, Ait doyen du collège de médecine, et mourut en 1764. On a de lui, entre autres opuscules, un Traité des eaux minérales du Raussillorij 1766, in-S", le premier ouvrage qui ait para sur les eaux minérales de cette province. J.'B.'FYs CAHRÈRE,filsdu précédent, né en 1740, fut d'abord professeur de médecine
GAB
L'UNIVERS
CAS
dans sa patrie, reçut en ûèîlès eaux minéralei d'Eacaloas, et devint ensuite inspecteur général de celles du Roussillon. S'étant alors fixé à Paris, il fut nommé membre de la société de médeeiDe, passa ensuite en Espagne et en Portuinl, et mourut à Barcelone en f802. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels nous citerons : bibliothèque iUléraire, hutarique et critique fie h tnédediiê atu^énne et moderne, dont il n*a paru que deux volumes ; Ca/alogtie raisonné des ouvrages qui ont été publiés sur les eaux minérales en généraL et sur celles de France en particuaer, 1785, in-4^ Tableau de Lisbonne en 1796, suivi de lettres écrites en Portugal sur l'état ancien et moderne de ce royaume, Paris, 17^7, in-8°, ouvrage anonyme, où l'auteur, devenu éloquent à force d'indignation , trace un tableau animé de ce peuple et de ce gouvernement tombés au dernier état de dégradation politique. Pendant son séjour en Espagne, Carrère avait recueilli, sur ce royaume, un grand nombre de notes dont M. Alexandre de la Borde s'est servi dans fon Itinéraire descriptif (1808.)
Cabkbt (Michel), chirurgien dé Lyon, né vers 1752, se montra d*abord zélé partisan de la liberté, et fut nommé en 1798 au Conseil des Cinq-Cents, où Ton fut surpris de lui voir émettre des opinions antinationales; il passa au tribunal après te 18 brumaire et fut placé à la cour des comptes pour prix de ses complaisances; il mourut a Paris, en 1820.
Gabbibr (Jean -Baptiste), Tun des hommes qui , par leurs crimes , ont fait le plus de tort à la cause de la révolution , naquit à Yolai , près d'Aurillac, en 1750. Il entra, en 1792, à la Convention nationale, contribua, le 10 mars 1793 , à la formation du tribunal révolutionnaire , vota la mort de Louis XVI , demanda l'arrestation du duc d'Orléans , et prit une part trèsactive à la journée du 31 mai. Envoyé d*abord en Normandie, où il se signala par son eialtation , mais ne commit
aucun acte repréhensible , Carrier pa« rut à Nantes le 8 oetobre 1793. La
guerre civile embrasait les départements de l'Ouest : il avait ordre de réprimer la révolte par les mesures les plus sévères ; mais il dépassa bientôt tout ce oue ses instructions renfermaient ae rigoureux. Il s'entoura d'hommes féroces , encombra les prisons, et envoya impitoyablement a la guillotine ceux qui lui étaient signalés comme suspects. La déroute des Vendéens, battus à Savenay, donna un nouvel essor à sa rage. Les cachots regorgeaient de détenus, les juges ne pouvaient suffire aux condamnations ; il suspendit les procédures , et envoya indistinctement à la mort les malheureux qu'il avait privés de la liberté. Ce moyen même lui parut trop lent, il voulut que les prisonniers fussent exécutés en masse, sans formes, ni procès. Quatre-vingt-quatorze prAres furent , par ses ordres , jetés sur un bateau à soupape , et coulés à fond dans la nuit du là au 16 novembre 1798. Peu de jours après , une seconde exécution pareille ae cinquante -huit prêtres eut encore lieu, et elle fut suivie de plusieurs autees. Mais Carrier ne rendit compte à la Convention que de la première ; et , dans son rap port, il raconta la mort de ses victimes comme un naufrage heureux et fortuit. Bientôt l'infâme proconsul ne connut plus de frein ; une compagnie formée de tout ce que Nantes A la Bretagne renfermaient d'hommes flétris par les lois , fut chargée , sous les ordres de deux scélérats, nommés Fouquet et Lambertye, d'exterminer sans jugement (tous les malheureux que l'on faisait incarcérer. Un vaste édifice, nommé V entrepôt y servait à entasser les victimes dévouées à la mort On y jetait péle-méle des hommes, des iîemmes, des en&nts et des.vieiilards. Chaque soir, on venait les prendre pour les mettre sur les bateaux ; In . on les liait deux a deux, et on les précipitait dans l'eau eu lesj>oussant à coups de sabre et de baïonnette^ car on ne se donnait plus le temps de préparer des bateaux à Kmpapei.
CAB FRANGE. CAm
Ces moyens ne suffisaient point à la fureur de Carrier ; chaque jour, •4eB centaines de prisonniers étaient encore fusillés dans les carrières du Gigan. Toutes ces expéditions étaient faites par ses ordres ; les débats de son procès l'ont prouvé jusqu'à l'évidence-; mais pmir eri dérober la corl- - naissance à la ConYenti(m,'i] avait soin de les déguiser, dans ses ordres écrits , par l'expression de translation de détenus^ expression qui, dans le langage de ses complices, était devenue synonyme de noyade et de fusillade; enfin, le tribunal révolutionnaire de Nantes n'en continuait
Sas inoins ses procédures, et faisait gàlement le procès aux morts et aox vivants. Longtemps la terreur qu'inspiraient toutes ces horreurs , et la croyance où l'on était à Nantes qu'elles étaient approuvées par la Convention , empêchèrent tontes les dénonciations.
Cependant les membres du comité de salut public finiront par en être informés , et ils se iiàtèrent de rappeler Carrier. Déjà ils se préparaient à sévir contre lui , lorsque la révolution do 9 thermidor vint te sauver , pour quelques jours du moins , en le délivrant de ses juges. IMais la clameur publique s'élevait contre lui avec trop d'énergie; les aoteors de cette révolution, malgré leur sympathie pour un homme <jui venait de courir les mêmes dangers qu'eux , furent forcés de l'abandonner à la rigueur des lois. Décrété d*accosation le 213 novembre 1794, Carrier fut traduit au tribunal révolutionnaire le 25 novembre, et condamné à mort le 16 décembre. On doit consulter, sur ses crimes et sur sou procès, l'ouvrage intitulé : te Svstéme.de dépopulation, ou la vie et le» crimet de Carrier, .son procès et celui du comité révolutionnaire de Nantes, par Gracchus Babeuf, Paris, an m, in-S".
Cabbièbes. Voyez Fbancb (pro* ductions de la).
Cabhièbes (le P. Louis de) , oratorien, auteur d'un Commentaire littéral de la Bible, qui a été inséré dans les Bibles de Sacy et de Yence; né en 1903, mort en 1717.
T. iT. 14* lÀmraUon. (DiCT. XNCi
CA.RRON (Didier), maréchal des logis chef au 16" régiment de dragons, ,né à Sa{n^Geni^-I•aval (Rhône), contribua, par son audace , lors de l'affaire de Nonencourt, le 10 vendémiaire an IV, à arrêter les Vendéens, oui, malgré la supériorité de leurs 'ibrces, rarent obngés d'évacuer la 'ville; mah il perdit la vie dans .oettè action.
Carron (Gui -Toussaint- Julien), un des prêtres les plus vertueux dont paisse s'honorer la France , naqtiit à Rennes én 1760. IVommé vicaire delà ■paroisse de Saint-Germain de Rennes, dès 1785, il créa une manufacture de toile à voile , de mouchoirs et de cotonnades , où deux mille pauvres étaient employés. En 1793, ilAtt déporté à Jersey, comme prêtre non assermenté, fonda dans cette île des écoles, une bibliothèque et une piiarinacicDOurles émigrés, et transporta, en 1796, ses établissements à Londres où, jusqu'en 1814, il se consacra entièrement à des œuvres de charité. A cette époque il revint en France et fonda, à ^sriSi Y Institut royal de ilfo-. rie- Thérèse y établi près du Val de Grâce. Il mourut le 15 mars 1821, ayant continué , jusqu'à son dernier moment, sa vie d'abnégation et de dévouement. L'abbé Carron a laissé un très-grand nombre d*ouvrages de' piété, dont nous citerons seulement le plus remarcjiKible : les Co7tfesseurs de la foi en France à la Jin du dix-hui- Uéme ifécle, 1830, 4 vol. in-8*.
Gjlbbossbs. Voyez Voitubbs.
Carrousels. — Les carrousels étaient des courses de chariots et de chevaux , ou des fêtes magnifiques que se donnaient entre eux des princes ou de grands seigneurs vêtus et équipés à la manière des anciens dievaliers, et divises en quadrilles.
Ce mot, suivant quelques écrivains, vient de Htalien earoselh, diminutif de carroj chariot ; d'antres font remonter Torigine des carrousels au temps de la déesse Circé , laquelle, disent-ils, institua , en Thonneur du soleil dont eHe était 011e , des jeux qui consistaient principalement en des
ci.., BTc; ' 14
CAR
LUNIVERS.
CAR
bague, les têtes (*) ; où ils faisaient la foule (*") , etc. Ces jeux avaient remplacé les joutes et les tournois où avait péri un roi de France. Mais depuis Louis XrV, et même depuis la vieillesse de ce prince , ces divertissements cessèrent aussi d'être de mode.
Cajis ( Laurent ), graveur , naq^uit à Lyon, en 1708, et fut envoyé par son père à Paris pour étudier la peinture chez Lemoyne. Ce fut par les leçons et d'après les tableaux de ce peintre que Cars forma sa manière. En elfet, cet artiste est à la gravure ce que Lemoyne est à la peinture. Ce fut lui qui commença à introduire dans Part de graver cette facilita de dessin dont Letnoyne avait donné l'exemple dans la peinture. Cependant, maigre c^ défaut, qui eut de jfâcbeuses conséi^uences pour l'école en général, Cars est Pun de nos plus grands graveurs. Il consacra i>on talent à reproduire les œu»
vres de Lemoyne , et ses gravures é^Herade et Omphale, de VAUégorU sur la fécondidé de la reine , de la T lié se de f'entadour, sont vraiment des clieiS'U 'œuvre, bien que la mode 1^ ait fait un peu oublier» Cars était membre de T Académie de peinture depuis 1733, et conseiller oe cette assemblée depuis 1757. Il mourut en 1771. Il fut le chef d'une nombreuse école. Parmi ses élèves on doit<citer Beauvarlet, Flipart, Saint -Aubin, Jardinier, etc.
Cabtkaux (Jean -François), né à Allevan, dans le Forez, eu 1751, était fils d*un dragon du régiment de Thianges. Il fut élevé dans les garnisons , et suivit aux Invalides son père blesse dans les guerres de Hanovre. Après avoir voyagé dans les diverses con*
(*) La course de bague était un exercice qui consistait à emporter avec une lance et en courant A tome bride nue bague su»-'
pendue.
Dans la course de têtes on cherchait à en-
— , lever une tète de carton avec la lance , ou
enfin , il v avait diverses espèces de, à la frapper d'un dard, combats où les combattants rom* t*^ on appelait foiré la foule courir
paient des lances, soit les uns contre sans internipiion les uns après les autres,
les autres, soit contre la quiiitane en tonnant dtfiérentes figures chorégraphi
ou figure de bois ; où ils couraient la qucs.
courses de chariots : ces derniers fout dériver carrousel de curies solis.
Les quadrilles étaient en grand usàgecbez ieft Goths, chei les Bfaures et <nez les Italiens. Us né furent in* troduits en France que soiis Henri IV; le premier carrousel eut lieu, en 1605, à rhdtel de Bourgogne; le second , en <606, dans là oour du Louvre. Il y en eut plusieurs très4»rillants sous Louis XIV. Un manuscrit précieux, conservé à la bibliothèque de Versailles, représente les principales scèues de ces derniers ; on y voit, dans leur costume de circonstance , tous les seigneurs de la oour ^ prirent part k ces fêtes.
On distinguait plusieurs parties dans les carrousels : 1" la lice, e^est^^ dire le lieu où se donnait le carrousel, entouré d'amphithéâtres pour les darnes et les principaux spectateurs; 2^' le sujet qui était une représentation allégorique de quelque évéuement pris dans la feble ou dans l'histoire : le car^nselde 1606 représentait les quatre éléments, l'Eau, le Feu, l'Air et la Terre. Les chevaliers étaient habillés en Naïades, en Faunes, en Mercure, en Keptune, en Orphée, etc.; celui qui se donna devant les Tuileries, sous Louis XIV , représentait quatre nations : les Romains commaiidés par le roi lui-même , les Persans par Jlfonsieur^ les Turcs par ilf. le jirincef et les Moscovite par M. le duc; 3*" on donnait le nom dp quadrilles aux' différentes troupes de combattants, qui se distinguaient par la forme des habits et la diversité des couleurs. Outre les chevaliers qui composaient les quadrilles, il y avait une foule d'officiers qui prenaient part aux carrousels, comme le maître de camp et ses aides, les hérauts , les pages , les estafiers, les parrains et les juges; 4" la coniparse était le nom par lequel on désignait l'entrée des quadrilles dans la carrière au son des instruments ;
CAR frat^ce:. car 211
trées de l'Europe pour se perfectioa- Hère bieo difficile , mais vers laqueHe
ner dans l'étude de la peinture, qui il était attiré par une force irrésistible,
occupa sa jeunesse, il revint à Paris à Le jeune Carteliier étudia d'abord à
répoquedela révolution, et sedistingua Técoie gratuite de dessin, et fut en-
À VtmkB d« 10 août «omaa offlcûir tuile admis dans TeteKcr de GbarJes-
de la ettfalerie de la garde nationale Antoine Bridan. Il commençait à peine
parisienne. Nommé adjudant corn- à faire quelques progrès dans son
mandant à la suite de cette journée, art , lorsqu'il perdit son père ; et , à
il fut envoyé â l'armée dès Alpes, puis l'âge de dix-sept ans , il fut oblige
promo au md« de général, et chargé de «ramiiUfir pour vivre et foutenir
dedittiper MfiManeillais révoltés qui sa mère. Loin de se décourager, îl
marchaient au secours des Lyonnais, redoubla d'efforts, et travailla, comme
I) s'avança contre eux, les battit, et on dit, pro famé et fama. l)es mo-
entra dans leurs murs au mois d'août dèlesde pendules, des ornements d'or-
1793. De là , il s'avança sur Toulon^ févrerie et 4e bronzerie , étalent son
<4ont il commença le siège. Mais une occupation ordinaire. On conçoit qu*o<
pareille tâche était au-dessus de ses hligé de donner un temps précieux à
lorces. ('arteaux , révoqué , remit ses un travail nécessaire, mais peu ins-
troupes a Dugommier, parut un mo- tructif, Carteliier, malgré ses efforts
ment aux années d'Italie et des Alpes, et ceux de Bridao, n'ait pa obtenir le
fut ensuite arrêté par ordre du co- grand prix. Deux fois il cOQOOOrut
mité de salut public , et enfermé à la sans succès ; il lui fallut raBODMr au
Conciergerie, le 2 janvier 1794. Rendu voyage de Rome,
à la liberté après le 9 thermidor, il fut £n^l792 , Carteliier produisit son
mis, Tannée suivante , à la téte de premier ouvrage : c'était un groupe
Tun des corps de l'armée de TOuest. représentant la Nature appuyée sur
Destitué de nouveau au bout de quel- la Liberté et C Égalité. L'artiste était
ques mois, il se plaignit vivement à la de son tetnps; jeune et pauvre, il s'en-
Convention, lui rappela ses services} tbousiasma pour les idées nouvelles «
et la défendit , en effet , avec intrépi- et c'est à elles qu'il dut sa preâaièK
dité au 13 vendémiaire. Il fut réinté- inspiration. Il futcbatgé par le gou-
gré n la suite de cette iournée, etem- vernement de faire pour le Panthéoa
ployé jusqu'en 1801 , ou il devint l'un un bas-relief (aujourd'hui détruit) re-
des administrateurs de la loterie, présentant la Force et la Fictoire*
Après trois ans d'exercice » il fut Carteliier eommençait à se niire con-
iiommé, en 1804, au commandement naître, lorsquUl exposa, en 1796, une
de la principauté de Piombino, revint figure en terre cuite représentant VJ-
en France en 1805, reçut alors une initié arr osant un arbuste (Tune main,
pension de l'ancien officier d'artillerie et le pressant de l'autre sur son ccmr,
qui avait servi sbua lui à l'wmée de Cette figure , dont la pensée délicate
Toulon , et mourut en 1813. et Tattitude gracieuse furent généra-
Cartel. — On appelait ainsi une lement admirées , valut à son au-
mesure de capacité pour les grains, teur un prix d'encouragement. Dès
usitée a Rocroy , à Mézières, et dans lors, connu et apprécié , Carteliier
d'autres lieux. Èlle variait suivant les fut chargé en laoo par Chaigrin ,
localités. qui restaurait le Luxembourg , de
Cartel. Voyez Combat ^ugu- faire deux statues, la Figilance et
LIER et Duel. la Guerre , pour la façade méridio-
Ca£T£LLIER (Pierre), qui partage nale de ce palais (cette façade n'existe avec Chandet l'honneur d'être Tun des . plus (*) : la statue de la guerre e^ surchefs de notre école moderne de sculpture, naquit à Paris, le 2 décembre (*) Le ministre de l'intérieur voulant 1757. Son père, pauvre ouvrier méca- conserver ces dt;ux ouvrages qui ne pounicien, le laissa libre de suivre une car- vaieut plus iigurer sur la nouvelle fa^de,^
CAK L'UNIVERS. CAE
tout remarquable. '« Elle offre un ca- jeune fille timide à cacher les beauractère simple et grandiose, un style tés dont la nature l'a douée; l'ex- . > ri:. ^^^..,^an*<i\ vm! ni!*0cfiinn la nhv«iinnnmift fist mire et
déeese en levant vivement les deux on peut, il est vrai, reprocher un peu
bras manifeste par là son activité, et de maigreur à quelques parties de u».o o«..nicc:ant Ia miir mil cette statue: mais ces mêmes parties
rail naiiurciM? ^ uc la i««m gauche elle rarrm pomt
tientuofoudre, de la droite une épée; L*annee suivante, Cartellter exposa
nar terre sur le devant, est une corne le b^s-relief représentant les Jeunes
d'abondance que la guerre foule aux JiUes de Sparte dansant devant un
pieds ; une tunique courte forme sur autel de Dkme, Ce bas-relief ,^ qu on ses chairs, par des plis larges et élé-
gants, wie richesse sans embarras. Il
y a dans cette fiî^iire autant de grâce que d'élévation etd'énergie(*). » En 1801, il exposa le modèle en plâtre de l'un de ses meilleurs ouTrages,<f est-à-dire , de H mVméelaPudeur. Cette statue, eiécotée en marbre en 1808, futd'abord placée à la Malmaison ; depuis la mort de Joséphine, elle a été transportée en Angleterre ! N'est-ce pas un-foit déplon£le, que la pluimrt des cbe&HTœuvre de nos artistes soient , par rincune des gouvernements ou l'insouciance des citoyens , vendus à l'étranger , et cela si fréquemment, que notre sol, nrivé de ces ornements, passe, après oe8«poIiations, pour ne rien produire lie comparable à ces œuvres étransicres qui l'encombrent? Ils ne prendront pas ces lienes pour une exagération , ceux qui ont visité notre musée de sculpture, et qui savent combien de morceaux qui devraient s'y trouver sont aujourd'hui hors de France!
La statue de la Pudeur, que d au* très ont pu admirer, fixa la r^utation de CarteWier. Ne connaissant pas ce
voit au musée des antiques , dans la salle du candélabre , soutient la comparaison avec les chefs-d'œuvre de l'antiquité auprès desquels il est placé. Il exécuta, en 1804, la Statue û^ArUl&fe, placée au Luxembourg. Cartellier a choisi le moment oii Aristide remet au paysan la coquille sur laquelle il a écrit son nom. « L'antiquité, dit M. Q. deQuincy (*), n'aurait pas mieux , dans la patne du personnni^e , fait ressortir cet héroïsme de simplicité qui caractérise l'homme juste en butte à Tignorante prévention de la niultitude : naïveté de pose et d'action, vérité dé style, justesse de costume, on dirait une statue retrouvée ou restituée. » Cartellier exécuta ensuite la Statue de Fergniaud, son chef-d'œuvre,destiiiéeàêtreplaoéedans r escalier du Luxembourg. « Pour don- -ner à cette figure le mouvement propre à caractériser l'orateur dont il modelait l'image, Cartellier supposa qu'a§ité la nuit par le sujet qu'il devait traiter le lendemain à la tribune , Yergniaud est tout à coup sorti de son lit, et que, enveloppé seulement d'un man-
bel ouwase , nous citerons le rapport teau ,..1 prélude a son discours par une
du iurv dece'nnal , pour en donner une ïi»e improviwtion. Toat ,fepow«rt *
idéi : ! La Pudeur est une magniikpe cette pensée.. Une '^pe '"-"^^ «
d'&r.iétÊ-e qui engage une -{^--^râTÎ/^^^^^^^^^^^^
^rnC "'"*'*•**'**' - ^«0» et grandiose du girondio.
(*) Article CARXErxiBR de la Bioxraphie ' .
uiiiver^e,parM.EiD. David. ^ (*) Notice iur CsfteBwr.
CAR
L'exéeationfut soignée autantqae mâle
et savante. Jamais peut-être Cartellier ne s'était montré si habile dans cette
f)artie de l'art : cette statue , disait-il ui-méme , est le moins faible de mes ouvrages {*). » Cependant cette statue est restée exécotra seulement en ptâ* tre (**). En 1808, i! exposa le modèle en plâtre de la statue de I.ouis Bonapartey roi de Hollande; cette belle statue, exé< cutée en marbre en 18)0, est aujourd'hui au musée de Versailles. Louis est représenté en costume de connétable de France. Cartellier aborda franchement la difficulté du costume moderne , et il prouva que ce costume était noble et beau quand on savait le traiter convenablement; c'est en effet à cela que se réduit la question. En 1810, Cartellier sculpta audessus de la porte principale du Louvre un grand bas-relief représentant la Gloire debout dans lin quadrige va de ÊQce. La déesse sortant de son palais, parcourt un champ de trophées, et distribue des couronnes : ses che- ' vaux , conduits par deux génies , s'élancent dans la carrière. Ce bas-relief, l'une des plus belles productions de notre sculpture monumentale, a été critiqué cependant , à cause de la disposition m chevaux. Il est tellement impossible de les placer autrement, que les anciens , nos maîtres en sculpture, les ont toujours ainsi représentés en pareille occasioa (***).
Apres ce bas-relief, Cartellier fit pour Tare de triomphe du Carrousel un autre bas-reliet représentant la Capiliilation d'Vlm. Cette sculpture, ou la diguité du style égale le mouvement et la vie, est une preuve que l'art national , traité par d'habues' mains, est aussi beau que tout autre, et devrait, indépendamment de beau-
(*) Km, David, loc. cit.
(**) Sous la restauration elle fut enlevée de la place qu'elle oooapait dam le grand escalier du Luxembourg et reléguée au foud d'un magasin. Elle est aujourd'hui dans l'atelirr de l'un des élèves de Carieliier et Uésornait à Tabri de la destmclion.
(***) Cf. Mionnet, Descr. de méd. ant,) t lY, p.i33, n«759.
coup d'autres raisons , décider nos artistes à traiter plus souvent des sujets
empruntés à notre histoire. En 1811, Cartellier exposa la Statue de Napoléon législateur. Placée d'abord à l'École de droit, cette belle Ggure est aujourd'hui au musée de Versailles. En 1814, il anheva \a Statue colossale du gé' néral / alhubert, placée à Avranches ; en 1819, la Statue du général PichC' gru, également à Versailles. La statue du maréchal Lannes devait aussi être exécutée par Cartellier, mais elle n*a pas été terminée. Cartellier fit pour la porte de l'hôtel des Invalides le basrelief représentant Loins XIV à che" val; pour Reims la Statue de LoiUs AV; la statue colossale de Minerve frappa fit la terre de sa lance, et en faisant sortir l'olivier (1822). En 1825, il exécuta le Mausolée de José' phine, dansTéglisedeRuel. La bonne impératrice est à genoux devant un prie - Dieu , en grand costume impérial : la grâce, la finesse, la bonté de cette lemme si intéressante, ont été rendues par Cartellier avec un grand succès ; et , outre Texpression de la figure, la pose, l'exécution de la draperie , l'harmonie de l'ensemble , tout fait de ce monument un des mausolées les plus remarquables. Cartel* lier fit aussi pour la cathédrale de Pa« ris le Mausolée de M. deJnigné, archevêquede Paris. Enfin sa derniéreœuvre fiit la statue en bronze de Dçnon, placée en 1837 sur letombeau dece savant :
cette statue, en costume français, est aussi digne de Cartellier que 'le reste de ses ouvrages. Il était occupé à travailler au Mausolée du duc de Berri et à une Statue équetire de Ltnds XF, lorsque la révolution de 1830, et enfin la mort, vinrent arrêter ses travaux. Le rheval destiné à Louis XV a servi pour la statue équestre de Louis XIV, de M. Petitot, qui orne la cour du palais de Versailles. lîeux statues et deux bas-reliefs en marbre du mausolée sont exécutés. Il serait à désirer qu'on les exposât quelque part Nous croyons qu'il serait su*
!)erflu d*2\|outer aucune réilexion à la iste des couvres de Carteito; cette
L'UNIVERS
CAR
liste même est son plus glorieux éloge. Ce grand artisjte mourut le 12
juin 1831.
Cartellieir était membre dç TAcad^mîe des beaux-arts depuis 1810; il avait été nommé professeur à l'École des beaux-arts en 1815. Nous avons dit que Cartellier était l'un des chefs de no- .tre école moderne de sculpture ; nous citerons parmi ses élèves : MM. Rudét .Roman , Petitot , Nanteuil , Seurre aîné, Diniier, Leniaire, Seurre jeune, Duuiont, Lannot, Jalley, Desbœufs, qui tous ont obtenu le grand prix, et qui tous , avec plus ou moins de su- 'périorité, continuent la gloire du maître. Cartellier repose au cimetière du Père-Lacbaise , où ses élèves, s'unissant à sa femllle, lui ont fait élever un mausolée dont cinq d'entre eux ont exé^ cuté les bas-rei iefs. Cettedette de cœur, acquittée pr la reconnaissance, est le plus bel éloge des vertus privées de Cartellier, de même que le monument 'dû à ce noble mouvement de sympathie filiale suffirait seul pour prouver que celui auquel il est consacré fut un grand artiste; car c'est vraiment un chefnd'œu^, où Ton retrouve toutes les qualités du maître , et que le maître lui-même n'aurait pas désavoué.
C vRTKRON , volontaire du l''" bataillon de Saône-et-Loire , fut blessé d'un coup de sabre sur la tête au siège de Bitche; un de ses camarades vole à son secours : « Rends-moi un dernier service , lui dit Carteron , charge mon arme. « A peine a-t-il prononcé ces mots , qu'il expire.
Caatbs a louBB. — Les cartes ont, par rapport h nous, une orii^ine italienne. C'est à Venise ou à Florence que les Grecs réfugiés de Ct)nstantinople, après la prise de cette ville par Mahomet II , les ont fait d'a- !)ord connaître. Selon M. Duchesne aîné {A)muaire historique pour 1837), elles ont été introduites eu France entre les années 1369 et 1397. Le premier monument écrit qui fiisse mention des cartes comme existant chez nous, est un article d'un compte deTar- ■geutier Poupard, et dans lequel on lit ce qui suit : « Donné à Jacquemia Grin-
gonneur , peintre , pour trois jeux de .cartes à or et à diverses couleurs, ornés de ûlusieurs devises, pour porter devers le seigneur roi , pour son esoatteméntt cinquante-six sols parisis.»
Des auteurs ont conclu de ce passage, que les cartes avaient été inventées à roccasioii de la démence de Charles YI, et pour distraire ce prince iq^lheu- 'reux , dans les rares moments où ses accès de frénésie faisaient place à un affaissement moral qui était encore une maladie. M. Duchesne, qui nous sert en ce moment de guide, combat cette opinion , et avance avec raison que l'article même sur lequel on l'appuie fournit la preuve (jue les cartes sont antérieures à Tannée 1392, dans laquellie Charles YI subit la première atteinte de son mal, parce que si Jacquemin Gringonneur en eiU été l'inventeur ou l'introducteur en France, l'article du compte où il est nomme serait sans doute autrement rédigé qu'il ne l'est.
Les cartes dont il est ici mention ne sont point celles dont nous faisons usage aujourd'hui. Tout m^us indique que, dessinées et peintes à la main, elleB étaient semblables à celles que les Ita* liens avaient imaginées pour l'amusement et l'instruction des enfants et qu'ils appellent naibi. £n effet , ces tartes, uniquement composées de figdres représentant les divers états de la vie , les muscs , les sciences , les vertus , les planètes , étaient beaucoup plus propres a distraire un esprit solitaire et malade, que le sept de trèfle ou le neuf de carreau, qui ne portent aucune instruction avec eux. Charles VI était donc tout simplement un enfant que Ton amusait avec des Images. Quelques-unes de ces antiennes cartes, parvenues Jusqu'à • nous, ont une longueur de sept à huit pouces. Elles sont peintes avec grand soin, et même avec talent, sur un fond d'or rempli d'ornements.
Quelques parties de broderies sur les vêtements sont rehaussées d'or , tandis que les armes et armures sont couvertes d'argent. Ces cartes, qui devaient être comme les ^ocs ou 90?
cAE nu
rots italiens , au nombre de cinquante, étafént â^aées m duo tAries oa co»leurs , dt dk cartes chacune. Nulle inscription, nulle lettre, nul numéro, n'indique la manière de les arranger; et il est à croire qu'on les distribuait connine elles se présentaient après iqu*on les avait battues, et qu'on laissait au hasard le soin d'amener des combinaisons plus ou moins amusantes ou instructives.
A supposer que eea oartet aient été introduites en France en 1869 , celles dont on se sert aujourd'hui ne tardèrent pas à y être en usage, oour la satisfaction de ceux qui cherchaient dans un jeu plutôt les émotions que donnent la crainte ou l'espérance, qu'un délassement agréable et instructif; car, en Î3:)7, une ordonnance du prévôt de Paris les défendit dans les cabarets, aussi bien queles jeux depaume, de boules, de dés et de quilles. Ces cav* tes, dont sont issues les nôtres, et que nous appellerons avec IM. Duchesne des calâtes numérales , étaient composées de quatre compagnies égales , ayant une enseigne pour les reconnaître. Dans chaque compagnie, huit soldats, numérotés de deux à neuf, avaient à leur téte un roi, une reine, un écuyer et an Tariet. L*a8 servait d'enseigne; et voilà pourquoi, dans la plupart des jeux , il marche le premier, et est regardé comme la plus forte carte. Plus tard , on supprima l'écuyer , et on lui substitua un soldat portant le numéro dix, et les cartes numérales reçurent * Farrangement qu'elles ont aujourd'hui.
Les figures de ces premières cartes ne portaient point les noms que nous
leur donnons à présent. Le roi de carireau s'apnelait Coursube, nom que les romans donnaient à un ancien roi sarrasin; le roi de pique s'appelait JpoUin, éa nom d*une idole attribuée aux peuples du Levant par les vieilles histoires des croisades ; le va- ' let de trèfle s'appelait ftnlan , l'un des preux , et neveu de Charlemagne.
Plusieurs figures n'avaient point 4b noms , et étaient accompagnées de devises morales ou satiriques. Leur pote
JfCEi CAK SIS
et leurs attributs n'étaient point les mêmes que de nos jours; mais les couronnes des rois étaient toutes foift* mées de fleurs de lis , et les costumes étaient ceux du règne de Charles VU, qui monta sur le trône en 1423. Tout nous indique que e^est du lenuw de ce prince aue les cartes sont devenuBS msensibfement ce qu'elles sont encore, s'il est vrai (|ue certaines figurés soient ^ bien l'emblème des personnages his- ^ toriques qu'elles sont supposées Mh présenter. Suivant une explieatian assez ingénieuse, si elle n'est pas rigoureusement exacte, le Jeu de cartes serait l'image d'un jeu plus terrible , Oilai dt la guerre. Les ûoim figureraient la bravoure militaire; les piques et les carreaux , les armes dont un roi prévoyant doit tenir ses arsenaux toujours remplis ; les trèlles, les approvisionnement8.de fourrage et de vivres ; enfin les as , nom d'une monnaie romaine, les finances, qui sont le nerf de la guerre. Quant aux figures, trois des rois sont cenî^és représenter Alexandre, César et Ghariemagne ; mais le roi de pique, appelé David, serait l'emblème de Charles VII, qui fut poursuivi par son père , comme David le fut par Saiil. La dame de trèfle, nommée Atékne , anagranune de Regina , serait Marie d'Anjou, fenum de Charles VII ; la dame de carreau, Bac/ip/, Agnès Sorel; la dame de pique, Pallas, la Pucelle d'Orléans; la dame de cour , Judith , Isabeau de Bavière , femme de Charles VL Des quatre valets ou varlets , Ogier et Lancelot sont deux preux du temps de Charlemagne, Hector de Galand et Lahire deux, capitaines du temps de Charles VIL Si cette explication est juste, elle justifie l'opinion que nous avons émise, que les cartes que Jacquemin Gringonneur peignit pour Charles VI ' Ment tout à âiit dif^rentes de celles dont nous nous servons.
Si les cartes, ainsi composées, purent offrir d'at)ord quel(|ue mstruction , elles devinrent bientôt un futile ' moyen d'amusement dont on abuse easuite d'une manière étrange. Les combinaisons matbématiqiies dont elles st
216 CAR .. L*UmV£RS. CAR
trouvèrent susceptibles donnèrent lieu 4aB' années lQ6t et 1776. En octobfè
à des luttes dans lesquelles, au seizième 170t, il fut établi sur les cartes, en
siècle, on engagea des sommes telles remplacement de la taxe de 1583, qui
que des fortunes immenses lurent probablement avait cessé d'être exisée,
compi^mises. Le prétmbala #iuie or* un impôt qui fut aboli par la loi du 2
'doiinanoe rendue le S2 msi Ifitô, par mars I79t, puis rétabli par d'antres,
Henri III , donne , en ces mots , une spécialement par celles des 30 septem-
idée de Texcès auquel était parvenu le bre 1797, 22 janvier, 8 mai , 3 novem-
désordre: bre 1798, 30 juillet 1804, 22 mars
'-'« Chacun voit par expérience que les 1805, parle décretdu 9 février 1810, par
jeux de eartes , tarots et dez , au lien la loi on 38 avril 1816, et par Tordon-
de servir de plaisir et de récréation , nancedu 18 juin 1817.Une ordonnance
selon l'intention de ceux qui les ont du 4 juillet 1821 soumit les cartes à un
inventez , ne servent à présent que de nouveau contrôle. L'impôt auquel elles
dommage notoire et scandale public, sont soumises se perçoit par le moyen
-estans jeux de hazard , subjets a toute -du timbre dont elles sont frappées,
espèce de piperie, fraudes et décep- C'est l'administration qui fournit le
tions, apportans grande despence, papier dont elles sont faites , et sur le-
querelles, nlasphesmes , meurtres, des- quel sont gravées en encre pale et au
bauches, ruynes et perdition de fa- trait les i^ures et numéros qu'elles
mille, et de ceux qui en font profes- .doivent omir aux yeux. Pour en fa-
sion ordinaire, mesme de la jeunesse briquer et en vendre en détail, il faut
qui y consomme tous ses moyens et une permission de l'autorité,
biens, de la perte desquels s'ensuit Pendant la révolution, on réfor-
une mauvaise et scandaleuse vie, au ma les cartes qui se trouvaient en
grand préjudice du public, ce qui pro- contradiction avec la forme du gou-
•cède de ce qu'aucuns tiennent banque vernement. A des images grotesque-
et maison ouverte à tels jeux , pour ti- ment faites, grossièrement enlumi-
rer commodité desdites piperies à tous nées, et n'attestant en rien le progrès
jours et heures, singulièrement ès des arts , le crayon de David substitua
Testes et dimanebes, an lieu de vaoquer une composition élégante, un trait au service de Dieu. » plein de pureté , des draperies savam- Après une peinture si énergique et ment agencées, que l'on coloria avec si vraie des désastres produits par les bon goût. Les quatre rois qui sont decartes, ou s'attend que le roi va les bout furent remplacés i>ar quatre flgu-
•frapper de prohibition. Point du tout, res d^liommes assis, coiffés du bonnet Désespérant sans doute d'extirper un phrygien , et environnés de leurs attrivire trop profondément enraciné, il buts. Ces quatre figures représentaient se borna à en tirer profit, en soumet- le génie de la guerre, le génie du tant chaque paire de jeux de cartes à commerce , le génie de la paix , et ceune imposition d*un sou parisis. .loi des arts. Les quatre dames durent Ce qu'on aura peine à croire, c'est céder la place à la liberté des cultes, le nombre de dispositions légales aux- des professions, du mariage et de la quelles donna lieu une chose aussi fu- presse, ligurées toutes les quatre par tile. Rappelons-en quelques-unes : le autant de femmes debout, coiffées et 21 février 1581, ftrt établi sur Texiïor- vêtues à l'antique: quatre hommes tation des cartes un droit que supprima assis , en eostume civil ou militaire , l'ordonnance de 1583, dont nous ve- représentant l'égalité de rang, l'éganons de reproduire le préambule. En lité de couleur, l'égalité de droits, et
'1605, le 14 janvier, une déclaration l'égalité de devoirs, remplaçaient les
' fixa le nombre des villes dans lesquelles quatre valets.
* il serait permis de fabriquer des cartes; Cette réforme dans les cartes en
et cette fabrication fut soumise à plu- amena forcément une dans le vocabu-
sieurs règlements, notamment dans iairedesjoueurs. Ainsi, au piquet, au
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FRAjyCE
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lieu de quinte au roi , on dut dire , quinte au génie; au lieu de quatorze ne dames, il fallut compter quatorze de liberté, etc. Cette manière déparier, à laquelle on n'était point tait, nuisit autant que l'esprit de parti au succès des nouvelles cartes ; et on rechercha toujours les anciennes, dont on était de longue main habitué à se servir. Les nouvelles cartes tombèrent avec la forme de gouvernement qui leur avait donné naissance , et on reprit les anciennes. Ce qu'alors on aurait dd faire, c'était de profiter de leur retour pour donner, principalement aux figures, plus de grâce dans la pose, plus de goiU dans les .ajustements, plus dé fini dans l'exécution; et on ne le lit pas. Les vieilles cartes revinrent telles qu'elles étaient autrefois, et se perpétuèrent dans leur imperfection primitive, comme si nous n'avions eu depuis qu'elles furent inventées , ni dessinateurs, ni graveurs, ni coloristes.
Personne n'ignore que les cartes donnent lieu à grand nombre de jeux qui mettent en péril les biens, l'honneur et quelqueiois la vie des imprudents qui y cherchent d'abord une ressource contre l'ennui , et finissent par s'en faire un funeste besoin. Ce serait une bien effroyable liste que celle des vols , des meurtres , des suicides dont ont été la cause ces morceaux de cartons peints de rouge et de noir. Les jeux où le hasard est le seul arbitre de Ili perte ou du gain sont défendus dans les lieux publics et les maisons de réunion. On tolère ceux qui sont appelés jeux de commerce, dans lesquels le calcul entre pour quelque chose; et c'est un mal , car, souvent aussi désastreux que les autres, ils sont une cause perpétuelle de démoralisation par les friponneries dont ils font naître l'idée et fournissent l'occasion , même dans les cercles les mieux composés. De plus , il en est de cette catégorie , la uouillotte par exemple, dans lesquels domine seul et souverainement le hasard.
Nous n'essayerons pas de donner connaissance (fes nombreuses combi-
naisons mathématiques dont sont susceptibles les trente-deux cartes d'ua jeu de piquet, ou les cinquante-deux d'un jeu entier; nous dirons seulement que des hommes exercés en tirent parti pour faire, avec habileté, une grande quantité de tours surprenants a'escamotage et de calcul. Nous ajouterons que d'autres, qui prétendent y lire 1 avenir, s'en font un moyen d'existence aux dépens de l'ignorance qui a en eux une foi stupide. Les premiers exercent librement leur amusante industrie dans des salle-s de spectacle, dans des salons où on les appelle , ou sur les places publiques qu'on leur abandonne. Quant aux seconds, on les laisse assez volontiers leurrer d'espérances ceux qui se rendent chez eux
fiour connaître leur destinée-, témoin a célèbre demoiselle Lenormand, qui jouit d'une si grande réputation du temps de l'empire ; et le sieur IMoreau , si cher aux petites bourgeoises et aux grisettes, qui ne pouvaient pas prétendre à l'honneur d'être admises anns le sanctuaire de la grande prophétesse.
Mais la police arrête les devins, et le tribunal correctionnel les punit toutes les fois qu'à l'aide de leur science prétendue, qu'ils appellent la cartanomande, ils ont commis quelque escroquerie , cè qui leur arrive assez souvent , surtout dans les campagnes.
Cahtésianisme. Voy. Descabtes.
Cabthagène en Amérique (siège de). — Au mois de mai 1697, cette ville, alors une des plus riches et des plus importantes du nouveau monde, fut prise et pillée par le baron de Pointis et Ducasse , gouverneur de Saint- Domingue, à la tête d'un corps de flibustiers (voyez ces noms). Bientôt une maladie s'étant mise parmi les troupes, il fallut se rembarquer, et l'on fit sauter les fortifications. Le baron revint en France , rapportant un butin de huit à neuf millions , auquel il avait joint l'argenterie des églises. Mais Louis XIV fit restituer aux églises leurs trésors. Pointis a laissé la relation de cette expédition.
Cabtieb (Jacques) , un de nos plus célèbres navigateurs du seizième siè-
3ia CAR L'UNIVERS. CA|t
de , né à Saint-Malo » avait déjà entre-
[)ris quelques voyages sur 1 Océan , orsqu'il fit , au grand amiral dé France, Philippe de Cliabot, la proposition d'aller explorer la partie nord de l'Amérique , alors désignée sous le nom de Terres-Neuves. L'amiral accueillit favorablement le projet de Cartier , qui fut autorise par François I*"" à le^ mettre à exécution. Déjà, dix ans auparavant, ce prince avait envoyé le Florentin Jean Verazzano visiter les parages de l'Amérique septentrionale, dans l'espoir qu'on découvrirait enfin un passage vers le Japon. Jacques Cartier partit de Saint-Malo en 1534, avec deux navires de soixante et un hommes d'équipage chacuQ,reconnutunegrande partie des côtes du golfe Saint -Laurent, et prit possession du pays au nom du roi. Au retour de ce navigateur en France, le gouvernement, d'après son rapport, résolut de former un établissement dans cette partie de l'Amérique du Nord. Cette fois (1535), Jacques Cartier renjonta le fleu ve Sai nt- Laurent,et s'avança à sept ou huit lieues au delà de l'endroit où depuis fut bâtie la ville de Québec. Les trois bâtiments qui composaient la flottille mouillèrent près de l'embouchure d'une ri vière affluente , appelée d'abord Sai nte- Croix par l'explorateur, mais -à laquelle on donna depuis le nom de Jacques- Cartier. Celui-ci continua ses découvertes sur des canots, à cause des difficultés que le fleuve présentait aux gros bâtiments, et parvint jusqu'au lieu oij fut bâtie plus tard la ville de Montréal , à cent cinquante lieues de l'embouchure du Samt- Laurent. Il visita la contrée , communiqua avec les habitants , et gagna leur amitié. Il revint ensuite hiverner à la rivière Sainte- Croix, où les équipages souffrirent beaucoup du froid et du manque de rafraîchissements. Ils furent attaqués du scorbut, fléau aloçs peu connu des marins européens. Mais un chef du pays ayant indiqué à Cartier un arbre dont les feuilles et l'écorce , prises en infusion , avaient opéré sa propre guérison , les Français firent usage de ce remède, et s'en trouvèrent bien. Ce-
pendant cette maladie avait déjà fait de tels ravages que Cartier fut obligé d'abandonner un de ses bâtiments , faute d'équipage pour le manœuvrer.
Il partit le 6 mai 153H, et trouva le passage qu'il avait déjà supposé exister au sua de Terre-Neuve, ce qui compléta la découverte du fleuve et du golfe Saint-Laurent. Il arriva le 16 juillet suivant à Saint-Malo, et lut renvoyé, en 1540, dans le fleuve Saint- Laurent. Mais le vice-roi que François r*" avait nommé pour gouverner le pays nouvellement découvert, n'étant parti que dix -huit mois après Cartier, celui-ci , abandonné à ses propres ressources et pressé par la disette, fut une seconde fois forcé de revenir en France. Il arriva à Saint-Malo en 1542. L'époque de sa mort est inconnue.
La première relation de ses voyages fut publiée sous ce titre : lirief récit de la fuinçja/ion faite es isles de Canada , JJoc/te/aye , Saguetmfj et autres, Paris, 1545, in-8"; réimprimé à Rouen, 1598. Il en existe une traduction italienne dans le troisiènje volume de la collection de Ramusio, Venise , 1 565 ; on trouve le Précis du troisième voyage (celui de 1542) dans le troisième et dernier volume de la collection d'Ilakluyt.
Cabtier ('Jean - Baptiste), violoniste , est né à Avignon le 28 mai 1765. Il y reçut les premières leçons d'un excellent professeur, l'abbé Walraef, chanoine de Saint-Pierre.
Il vint à Paris en 1783, y prit des leçons de Yiotti, et entra, en 1791 , a l'orchestre de l'Académie royale de musique , où il resta jusqiVen 1817. ' Nommé , en 1804, membre de la chapelle de Napoléon , il Ht plus tard partie de celle du roi. Quoiqu'il n'ait pas été attaché comme professeur au Conservatoire de musique, il a contribué , par ses ouvrages, à former les meilleurs élèves sortis de cette célèbre école , et tous Ie5 orchestres de Paris possèdent quelques-uns de ses élèves. En publiant les sonates de Corelli, de Porpora et de Nardini, il a popularisé en France la manière de ces trois grands maî-
CèM
très. Il a donné aussi : XArt du ■otoAni, excellent ouvrage qui sert de ooinpIémcDl à la méthode de viotOQ
4o Conservatoire, 1 vol. in-fol. C'est un choix des meilleures sonates prises dans les œuvres des premiers violonistes des écoles italienne , française •t allamande. Ott oamm, atMiitl M. Cartier a ajouté depuisla Traduction de l'art ae Varchet de Tartani , estd*une ^ande utilité. M. Cartiers*est formé une collection d'instruments à cordM très-corituse jioar lliisloiM dis la miiaqua. Il vit «sgiMvdlMii retiré à Marseille.
Cartigny (Jean), littérateur religieux, mort è Cambrai en lâëO, est autMir d'an roman intfttdé : le ymfage du chevalier errant^ An^ vers, 1557, in-8«. C'est le même ouvrage que le Chevalier errant^ égaré dam la forêt des vanités moîulùities étmt $i fêoblemeni U fut rends et re^ dressé au droit chemin qvi mène au salut éternel, Anvers, 150') , in-12.
On a encore de lui des Commentaires sur r Écriture sainte, et un Traité des quatre fins de f homme, Anvers; 1558, im, ln-16.
Carton-pierre (sculpture en). — La sculpture en carton -pierre est-elle d'invention moderne? Est-ce par erreur qu*on a cru la retrouver à Fontainebleau , dans la salle des gardes ; au Louvre, dnns la chambre de Henri TI ? Sans juger le procès entre les anciens et les modernes, nous dirons que, lors de la restauration exécutée au Louvre et dans les palais de la cotf»
ronne , on a cru reconnaître que les sculptures étaient en feuilles de papier superposées , ou carton de poupée.
Les artistes avaient reconnu . depuis
longtemps , que la nature molle de ce carton ne permettait pas de rendre les finesses et les contours délicats des ornements d'architecture , et ne pouvait servir qu'à des surfaces unies dont les détails n'ont pas de dessous.
Il fallait trouver une composition tout à la fois plus ferme et plus duc-tile, s'introduisant facilement dans les «rcuz destinés au moulage , et capable
de reproduire tous les effets de la vé* 'ritable sculpture.
' Il ▼ a sohanle ans que M. Mézières
résolut le problème en se servant 4a carton-pierre, qui réunit parfaitement toutes les conditions du programme.
Il ne manquerait rien à cette composition si elle était moins sensible à l*aetioB de l'humidité , et si fon pouvait la rendre tout à fait imperméable sans augmenter sa dureté ni son .
poids.
' Malgré eeMe imperfection , que l'ota parviendra sans nul doute à corriger, le carton-pierre sert admirablement à mettre à la portée de toutes les classes le luxe de la sculpture ; c'est dans la tléooration intérieure des monuments et des appartements qu'elle trouve son application la plus féconde; car, grâce aux perfectionnements obtenus depuis quelaues années , le carton-pierre peut -satisraire à tons les besoins de l*architecture.
Parmi les productions de cette industrie nouvelle, on peut citer la décoration de l'Opéra, celle duThéâtre-Français, dis l*Oaéon,-des théâtres de Lille, Strasbourg, Compiègne et Bruxelles'; les sculptures faites à l'hôtel de ville pour les fêtes royales; la restauration des palais de Versailles, de Fontainebleau , de Saint-CIoud , dé l'église de Meaux , par MM^ Vallet et Huber, successeurs de M. INfézières ; les sculptures de IVotre-Danie do Lorette et de la chambre des députés, par I\l. Romagnési ; enfin les modèles anatomiques, moulés sur le cadavre , par M. Bernard. Ajoutons qu'appliquer, comme on l'a Mit, la sculpture en cartonpierre à rornementation et à la décoration des églises, c'est employer un moyen sûr ae répandre le goût des arts dans nos campagnes (*)•
Cartouche. — On appelle cartouche In charge des armes à feu portatives. Sous le règne de Henri III, les lK)ldats portaient, suspendues à une bandoulière qui passait par - dessuji répaule et était attachée à la ceinturct
(p Extrait du rapport du jury sur Tei- ]podtioa de riadustne dé i83^