‹ France (volume 4)Chapitre 62 sur 79 · ERS. CHA · texte numérisé non relu

ERS. CHA

parti protestant fussent éloignés de la cour, ce fut Chantonay qui fit part à la reine de cette insolente exigence.Quoi-

que Catherine sollicitât son rappel, et lui prodiguût les affronts, il fut maintenu encore deux ans dans son ambassade,' tilt employé en 1565 auprès de Tempereur Maximiiien II , et obtint ensuite de se retirer à Anvers , où il mourut en 1575. Le recueil intitulé Mémoires de Condé renferme (II, 1-210) un assez grand nombre de Lettres écrites par Chantonay pendant sa mission en France. Lenglet-Dufrénoy les a tirées d'un manuscrit in-fol. appartenant à l'abbé de Rothelin , et déposé aujourd'hui à la bibliothèque royale. La bibliothèque de Besançon conserve les Mémoires et lettres de son ambassade en Allemagne, 1565- 71 , 9 vol. in-fol. (voy. Granvelle).

Chantonnay (combat de). — Pour réparer l'échec éprouvé à Luçon par l'armée vendéenne , au mois* d'août 1793, le comte d'Elbée et Royrand , avec quinze mille honmies , Fuarchèrent sur Chantonnay. Lecomte, chef du bataillon le Fengeur^ récemment nommé général de brigade, commandait dans ce camn en l'absence de Tuncq, qui venait d'être brusquement destitué , et s'était retiré sans avoir feit de dispositions pour assurer les derrières de sa troupe. Ses forces ne s'élevaient pas à plus de six mille hommes. A quatre heures du soir, les Vendéens commencent leur feu ; l'in- Ânterie républicaine riposte. Une vive ftisillade succède aux coups de canon, et se prolonge fort avant dans la nuit. Mais la cavalerie refuse de donner , et le général Lecomte est blessé mor tellement. Dès lors , le désordre se mit dans les rangs des patriotes. Enveloppés, accablés par le nombre, ils se aébandent, et prennent la fuite. Les royalistes les poursuivent , et en font un affreux carnace. Enfin il ne resta que quinze cents nommes de la brava armée de Luçon.

Chantre , nom que l'on donne aux ecclésiastiques ou aux séculieiss appointés par les chapitres pour chanter dans les offices, les réeitS Qu

au FRANCE. . CUA 408

kl choeurs de ttiiMique. Pendant le sé- pour marque de sa dignité. Dans

jour de Tempereur Charlemagne à quelques chapitres dont il était le

Rome, en 789 , les chantres de la cha- premier dignitaire , on lui 'donnait le

pelle royale qui l'avaient accompagné, nom de prmiicier (voyez Paiuicieb).

ayaut entendu les chantres romains , I.es grands chantres de plusieurs ca-

tfouvèrent ifort risible leur façon de thédrales et chapitres avaient, sous

chanter, et s'en moquèrent hautement, rnutorité des évêques, rinsnection des

Mais lorsqu'ils eurent chanté à leur petites écoles. Dans le chapitre de

tour, les chantres romains leur ren- l'église de Paris , cet officier, qui en

dirent les railleries avec usure; et était le second dignitaire, avait une

Câbarlemagne , appelé à prononcer sur juridiction contentieuse sur tous les

leur dispute, d&ida la querelle en fa- maîtres et maîtresses d'école de la

veur des Romains. Les chantres ordi- ville. Cette juridiction était exercée par

nairesdes églises ont été institués par un juge, un vice-régent, un promo-

saint Grégoire , qui en fit un corps teur, et autres officiers nécessaires,

qu'on appela Yecole des chantres* Chantées db la chàpbllb du boi.

Dans le concile de Rome de Tan 595* — Non -seulement les chantres alta-

il fut ordonné qu'on les prendrait seu- chés à la desserte des chapelles et de

ïement parmi les sous-diacres ; mais l'oratoire du roi et de la reine, mais

ce décret ne fut pas observé. les qjiantres, clercs et chapelains de

Chantée des cathbdbalbs et la Saiote-Cbapelle de Paris, étaient

COLLÉGIALES, OU GEAND CHANTRE, ceosés oommeosaux de la maison du

office ou bénéfice qui le rendait ordi- malgré les abus auxquels ils donnaient nairement un des premiers dienitaires .lieu , forent confirmés par de nom* du chapitre , et qui lui accordait Tin- .breux arrêts. L'un de ces privilèges

Dans les actes latins, les chantres cimes pour les bénéfices qu'ils possé-

^oni ïio\w\x\ts caïUoreSf prxcentores, daient. De plus, ils jouissaient des

ekoraules. Le neuTÎdme canon d'un .gros fruits oe leurs prébendes , bien

concile de Cologne leur donne le titre aue ne résidant pas dans leurs béAé-

de chorévéques , comme étant les évê- uces, et ils étaient censés présents,

ques ou les intendants du chœur. Le pendant le temps de leur service, à la

concile tenu en la même ville en 1536 chapelle du roi , pourvu qu'ils fussent

leur donne encOre le même titre. Dans inserits sur les états de sa maison. .

la plupart des églises odiégiales, le Chant boyal, sorte de poésie imà*

chantre dont il est ici question est ginée sous Charles V, et cultivée pen-

surnommé grand chantre, pour le dis- dant les quatorzième, quinzième et

tinguer des simples chantres ou cho- .seizième siècles, dont le sujet devait

ristes à gages. Suivant le même con- être élevé, sublime , tiré de la fable ou

elle de 1586 , le chantre était obligé à de Thistoire , et qui se terminait par

la résidence, et il ne pouvait se dis- l'explication de 1 allégorie ou par une

penser d'assister exactement au choeur, moralité. Quanta la contexture, la

dont la police lui était dévolue. Il en pièce se composait de cinq strophes ou

était le président , et jugeait provisoi- couplets de onze vers , sur les mêmes

rement les contestations qui s*y éle- . rimes ; elle finissait par un envoi de

Taieot. " sept et quelquefois de cinq vers sur

Le grand chantre portait, dans les les mêmes rimes que les strophes , et

fêtes solennelles, la chape et le bâ- qui commençait par ces mots : Pr/nce,

ton cantoral. 11 donnait le ton aux . Princesse, Sire, Reine* car le chant

autres chantres en commençant les . royal devait toujours être adressé, à

psaumes et les antiennes. Il avait . quelq[ue grand, pour lui donner un

dans ses armes im bAton de chœur ..ayerUS8enieotouluilaireuoeleçon.Xie«

JOÎ, et, en cette qualité, ils jouissaient de plusieurs privilèges, qui.

tendance du chœur.

citants rpya^x,'c|ui furent composés (|*âbord en vers de dix «yUabes, et ensuite en vera alexandrins , comme pluè

propre? aux sujets majestueux et graves, étaient assujettis à des règles très-sévères. La même rime ne pouvait pas y paraître deux fois avec la même aigmficatioti du mot. Il était défendu de mettre dans un couplet le simple ou le radical ; et , dans un autre , le composé ou le dérivé. Le dernier vers de h première strophe qui servait de renram à toutes les autres , et l'enYoî luF» môme, devaient arriver sans effort, d'une manière siinple,aisée et naturelle. Kn un mot. toute la pièce devait avoir un caractère de grandeur et de majesté en harmonie avec le titre qu^elle portait.

Il suit de ces obligations que les chants royaux réellement bons sont d'une grande rareté. Aussi a-t-on abandonné ces règles , comme ajoutant , sans un profit bien clafr, aux diflicultés nom* Dreuses dont eal déjà hérissée la poésie française.

Chants populaiaes. — Nous ne

{)ouvons mieux définir les chants popuaires qu'en citant ce passage du srsnd poète polonais, Mickiewicz : « Chants « populaires , arche d'aUiance entre «Jes temps anciens et les nouveaux, « c*est en vous qu'une nation dépose « les trophées de ses héros, Tespohr « de ses pensées et la fleur de ses sen- «timents. Arrhe sainte! nul coup ne

• te frappe , ne te brise , tant que ton « propre peuple ne t'a pas outragée.

« O chanson populaire! tu es la garde « du temple des souvenirs nationaux; « tu as les ailes et la voix d'un ar- « change ; souvent aussi tu en as les « armes. La flamme dévore les œuvres « du pinceau , les brigands pillent les « trésors , la chanson échappe et sur- « vit , elle court parmi les hommes.

« Si les âmes avihes ne la savent pas « nourrir de regrets et d'espérances , « elle fuit dans les montagnes , s'at- « tache aux ruines , et , de la , redit les « temps anciens. Ainsi le rossignol « s'envole d'une maison incendiée, et a se repose un instant sur le toit ; mais « si le toit s*al!foisse, fl fiait dans tes

* forêts, et, d*aD6 voix sobomi il

« chante un diant de deuil aux voytNl; il getnrs entre des vntaei et des sépui^ • cres. » Chaque contrée, en France , a

ses airs et ses chants populaires. Mais le plus ancien, sans contredit, est le chant basque, publié et traduit pour la premîèrô iois par SI. G. de Uum^ boldt , et qui fait âlasioii à une guerre que les Cantabres , sous le commande* ment d'un chef nommé Uchin , sou* tinrent contre l'empereur Auguste; guerre qui se ténnma par une paix glorieuse pour eux* Les émdits oas^ ques n'hésitent pas à regarder ce frag* ment comme aussi ancien que le fait auquel il se rapporte. En voici la tra« duction : le premier couplet est le refrain obligé de toutes Iss «ndeensÉ chansons basqoes :

o Lfln , he]o (■(■'•.t) raori}

Leioi mort (e«t) I^lo^

Mol Zira rut

ht meurtrier de LeIo.

Le* êtfvngen de Rome Venlent Mirer la BisotySf M

La nisciiTP t'I^vc alors Le chant tle guerre*

Oetavie

l.c dnmfnatmr d« mamitp

Lecobidi < Le BIm jM.

Du ri'li- (Ir 1.1 tcjTtî

Va eu té d« la mor, n met antoardcMM

Le siège.

Les plaines arides BtaieBt ft eux 2

(A nous) lesbow dt !• ■UMIIlS*%

L'obscurité.

Quand, dans un lie* fMO|»h|%

Nous somine-S j)n$|és, Cltacuii de nous a Un covrag« htmê»

Oe crainte peu

A égalité d'armes}

(Mais) d huche an paia , tu

Etais malade (mal pourras}. ^

S) dures cuirasses l

CBQX-ci portaient; «

Nos corps sans défilBM '

(Klaient) ogiles. .

Cinq SOS durant ,

De jour et de nuit» i Sans aucun repos » ' L« ti^ (dm).

Quand ondain^tces

Ceut^ tndflntft

Cinq diaaiaes (des IcttM)

Ils [K-rdaient,

Pourtaut ceux-ci beauconp, il VéM pilU» troupe.

A Ufio non* fiiaei cn génération , et les paroles, qui re- AHknM. niontent quelquefois a uue haute an- Dans noire icrre tiqulté , 86 soHt Micunies de siècle en

ht dans leur pay», . ^-i-^ * » t i

(II est) line inaDiire. SieCle.&tons, entre autres exemples , la

De lier le» faniiaiix. rlnnsondcs bilclierons des bords de la,

(Il n'ëlail) plus possible. Meusc, entre Charleville et la fron-

tière de Belgique, dont le refrain,

u tiiu d« Tibre ôRenaud,Renaud! rengaîne,Renaucl,

Bit •••ias conpés loin, rengaine! est sans doute emprunt^^

uchiii fe5i) ■ quelque roman du rvcle carlovingicn ,

Trie-grand. g|. (JqJj remouter au moins au trei-

j..,,..,..,...^..... zième siècle. L'air lent et inelamoli-

Des robustes chénfS • j i. li • •» *

La force s'use quc dc Cette coanson semble avoir ete

Au gHinper p«>pliMl composé pour être répété par les

'^''P'®- éclios des montagnes , et accompagné

On peut affirmer qu'il ne s'est passé, par le bruit de la" nyièj^ A }e ^^ju/S^

au moyen âge, aucun fait propre à sèment de la forêt.

frapper rimaginationto Iiia8ses,san4 chansons ençore aujour-

avoir donné lieu à une chanson OU 0116 Â*liî^r)ét plus populaires, nous nous

tomplainte. Ainsi , la célèbre insurrec- Bdrnerons à citer : Five Henri // ; le

tion des paysans (1356), connue sous hon roi Dagoheji ; La Tour, prends,

le nom ae Jacquerie, produisit jplu- aarde; Quand Biron voulut danscrl

ffieurs complaintes latines et firatiçaisès. L'aijr du bon roi Dagobert est uue

entre autres le couplet suivant sur les fhofare de chasse. Les deux dernière^

Bons-hommes ; couplet dont la forme chansons sont presque uniquemept

a ^ans doute été un peu rajeunie: ' chantées par les enfants , et elles font

Jacques Bons-hoimnes i cerlaiiu'ment allusiou à quelque événe- Sï^iîJr"*'* , ment dont le souvenir est aujourd'hui

Qitî«?iïïîfS4«i"B°ZÏ.;». . perdu pour nous. II faut encore parler

Se MMDiM. de la fameuse chanson de I\f. de la Pa^

Au oui^ième et au seizième siècle, ^-'^^t une débauche d'esprit du

nousfflmesen possession , comme au» savant la Mounoye, qui , on ne sait

jourd'hui, de remplir les pays étran- pourquoi , s est plu a ridiculiser Jaçy

gers de nos airs populaires. On con-. 5"?.^ I\ Çhabannes , seigneur de la

naît. entre autrea, la fàmeusechansoii Palice,l un des plus grands capitainef

de Vlfomme armé» qui, k cette épo- seizième siècle, en 1 honneur du-

que, courut l'Europe entière, et dont ^" ^^'^'^ composé des chansons

il ne nous reste aue ie couplet sui- guerrières que les soldats chantèrent

Yant • pendant longtemps, ét dont cette pièc^

io«e. umt. vm»umé ^'^^l^"^}^ semble n'être que la parodie.

Et R.ibitH t tu m'ai Enun , disous aussi un mot de la

La mort dounéc chausoii de M. de Mfuiboroiigh,

QuMaiitetwf). Celte chanson, comme on le sait, est

Un fait remarauable , c*e8t la tefni^ dirigée coû^ré le duc de Marlborough ,

mâancolique que Von remarque dans la l'un des ennemis les plus acharnés de

musique de tous les airs qui nous sont la France, et qui mourut en 1722,

restés du moyen âge. Un grand nom- prive depuis environ six ans de Tusaf^e

bre d'entre eux, sans avoir jamais été de sa raison. Nous sommes portés ^

écrits» 86 aonleonserrés de génération croire que les paroles de cette cbanf

son si populaire existaient déià en par-

(*)lamiidqae de tsette pièce a été împrî- tie avant le dix-huitième siècle , et que

mce pour la première fois dans l'Annuaire l'on n'a guère fait alors que snbstituejf

historique de 1837, publié paç la Société (U le nom de Marlborough au nom propice

nôMêt ésfWMSfu '' ' " ' ^ qui s'y trouvait. Des circonstances

4H eu L'UN

latées dans les derniers couplets nous font présumer que c'est une ancienne complainte tirée île auelque roman de chevalerie. Quant à I air lui-même, il doit être extrêmement ancien, s'il faut s'en rapporter à ce qu'on lit dans le TMeauderi:(jyjjtee( delà Nubie, pu* blié, en 1830, par un savant voyageur, M. Rifaud, «que, le jour ou saint « Louis signa la paix et la reddition de ^ « Damiette , les Arabes composèrent «une chanson sur l'air de Marlbo- « rough, qu'ils chantent encore aujour- « d'hui : Manssourah el Francis ca- « seura , viillUon , milliton , etc. , et « que chacun fait aussi longue qu'il le « aésire. » Cest à nous eertoinement qu'est due Pimportdtion en Egypte de cet air et du refrain ; car, outre que la musique n'a aucun rapport avec la musique orientale , le refrain milliton est ooBiplétement étranger à la langue arabe. Il serait à désirer que Ton fît pour toutes nos provinces ce qu'un jeune savant, M. ïh. de la Villemar-

âué , vient de faire pour la Bretagne , ont il a recueilli et publié les chansons populaires, parmi lesquelles il s'en trouve quelques-unes qui sont fort curieuses. (Voy. Complaintes, Maza-

BINADES , 5i0ELS.)

: Chanvt (Joseph) , cavalier au 18* régiment, né à Tourrelfe (Puy-de*

Dome), se siiinala dans plusieurs charges au passage duLeckle lô fructidor an IV , puis fut envoyé en avant pour découvrir un escadron de hussards ennemis; parvenu à quelque distance, il aperçut l'embuscade , avertit ses camarades, et, nouveau d'Assas, tomba aussitôt percé d'une balle.

Chanut (Pierre), né à Riom, y fut d'abord trésorier; il devint, plus tard, de 1645 à 1649, ambassadeur de France en Suède, auprès de la reine Christine, puis fut nommé ministre plénipotentiaire à Luheck en 1650, et enfin ambassadeur en Hollande en 1653. A son retour, ilfutfaitconseillerdu roi , et mourut :i Paris en 1662. Durant son séjour en Suède, Chanut avait gagné la confiance de Christine, qui lui conlia son projet d'abdiquer, et entretint toujours avec lui une correspondance»

Ce fbt par ses conseils que cette pria» cesse attira Descartes à sa cour, et ce

fut lui qui , après la mort du grand philosophe , renvoya son corps en France. « Chanut, dit un de ses con- « temporal ns, était un des plus sa- « Tants hommes de son temps; il s'ex- « primait parfaitement en la plupart « des langues, tant vivantes que mor- « tes ; il avait beaucoup voyni;é et pro- « iité de ses voyages ; aussi peut-on dire « que de tous les ministres qui se <i trouvèrent à Luheck , il n'y eut que '( lui qui y lit figure; c'était un ambas- « sadeur de uremière classe. » On conserve à la bibliothèque royale un manuscrit in-fol. contenant les négociations de P. Chanut en Suède et à Lubeck, de 1645 à 1653. On en a imprimé un mauvais abrégé sous le titre de Mémoires et néxjociatioiis de M, Çhama, Paris, 1676, 3 vol. in-13.

Ghanvbibbs. La communnuié des chanvrîers, ou marchands de chanvre, était très-ancienne; mais elle fut soumise, en 1666, à de nouveaux statuts.

Quand elle fut abolie en 1789, elle n'était composée que de femmes. Les jurées étaient au nombre de quatre, qui se renouvelaient par moitié chaque année. Les maîtresses ne pouvaient avoir d'apprenties qu'autant qu'elles tenaient boutique ouverte pour leur compte , et quand elles étaient dans cette condition , il ne leur était pas permis d'en avoir plus d'une, dont l'apprentissage devait durer six ans.

Cette apprentie, pour parvenir à la maîtrise, devait faire son chef-d'œuvre.

Les filles de maîtresses étaient seules exemptes de cette épreuve. Comme les magasins et étalages des marchandes de chanvre étaient tous à la halle, et attenant les uns aux autres, il était défendu à toute apprentie ou fille de boutique qui changeait de maîtresse d'entrer dans un autre magasin, à moins qu'il ne fidt séparé, par douze ou treize autres, de celui d où elle sortait. Les marchands forains ne pouvaient mener leurs chanvres qu'a la halle, excepté pendant le temps de la foire Saint-Germain , où il leur était permis de les exposer

CHA . FRAIiCE.

CUA

M vente. Les jurées chanvrières venaient en faire la visite, mais sans

{)ouvoir, non plus que les maîtresses ingères, en acheter pour leur compte, avant l'expiration des deux jours de préférende accordés aux bourgeois pour se fournir de cette marchandise.

CHAODE-LAMA.S (combat de). Le corps d'armée du maréchal Ney , qui abandonnait le Portugal, se mit en • marche, le 14 mars 1811, sur INIiranda-de-Corvo. l'ne division anglaise avait manœuvré pendant la nuit de manière à tourner la gauche des Français. Le chemin que suivaient ceux-ci présentant, pendant plus de deux lieues , un défilé entre de hautes montagnes, les Anglais parurent vouloir en proûter. Ils attaquèrent rarrîère- garde fitançaise au moment où elle quittait Chao-de-Lamas; mais ils furent reçus avec vi- • gueur par le général Marchand, et perdirent beaucoup de monde. Lorsque le maréchal Ney jugea que les bagages de rartilleriè avaient assez ^agne d'avance, il ordonna la retraite par échelons, mouvement qui fut exécuté par les troupes avec un sang-froid et un aplomb remarquables.

Chàpb. Nous avons, à l'art. Cipbv donné quelques détails historiques sur ce vêtement. C'était, au treizième siècle, une des parties les plus importantes de la garde-robe royale. Selon Guillaume deNangis, Louis IX, se trouvant à l'abbaye de Clervaux au moment oii les moines faisaient le mandé, c est-à-dire, se lavaient les pieds les uns aux autres, U bons roys eut bonne envie de quitter sa chape pour les imiter et laver les pieds de quelques religieux; mais comme il était environné de plusieurs grands

Îlui auraient pu trouver qu'il dégradait a dignité royale, il fut contraint^ à son grand regret, de se refuser cet acte d'humilité; mais, au dire du confesseur de la reine Marguerite, il prenait largement sa revanche au monastère de Royaumont, où il faisait de fréquents séjours. Quand H ne mangeait point au réfectoire avec la communauté , il assistait au repas des

T. IV. da* lÂvraUon* (Digt. ssi<

moines , et prenait grand plaisir à les voir dîner de bon appétit , ainsi qu'à les servir de ses mains royales. Comme rabbayedeKoyaumont contenait alort cent religieux, le roi avait bien des voyages à faire de la table à la fenêtre de la cuisine, et réciproquement, pour placer chaque écuelie devant le convive, dont elle contenait la portion.

« Et pour ce, » dit l'auteur à qui nous empruntons ces détails , « que les es- « cueles estoient trop chaudes, il en- « veloppoit aucune foiz ses mains de « sa chape, pour la chaleur de la viande « et des escueles, et espandoit aucune « fois la viande sus sa chape; et li ab- « bés li disoit que il honnissoit (souil- « lait) sa chape, etlibenoiez roislires- « pondoit : Ne me c/uiut, J'ai autre « (peu m'importe, j*en ai une autre). »

Les' rois de France avaient à leur cour des officiers appelés portecha" pes. On voit , dans un compte du trésor commençant au 1^' janvier 1312,

2 ne les portechapes étaient au nomre de cinq. Philippe le Bel, dans un règlement ({u'il dressa pour la tenue de son hôtel , les réduisit à trois. « Il « i aura, est-il dit dans ce règlement, « trois porte chapes qui mangeront a « court et auront 4 deniers d*argettt « par jour. » Aux portechapes succédèrent dans la 'suite \<à& portemanteaux du roi.

Chape db sâirt Habuit. — On nommait ai nsi, suivant le P. Daniel (*), une espèce de pavillon portatif, sous lequel les rois de la première et de la seconde race faisaient porter les reliques des saints dans leurs expéditions militaires. Parmi ces reliques, il y en avait de saint Martin , et comme ce saint était invoqué comme l'un des patrons de la France, on avait donné son nom à ce pavillon.

La chape de saint Martin (capa) était portée à l'armée par des clercs, qui de là prirent le nom de chapelains icapeliani). Au reste, cet usage n'était pas particulier à la France : les empereurs de Gonstantinople feisaieot

(*) Histoire 4e la nilioe liraiiçiiie, 1. 1|

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vutams» (MA

Aussi porter des reliques dans leurs armées, et il est à remarquer que la châsse qui les contenait était aussi appelée xà^ca; les prêtres qui portaient tmt châsse naatcbaiêDt (*) , dans \m Moéeagrec^ies, immédiatement après î^élendard impe^rial; il est probable que la châsse de saint Martin occupait la même place dans les armées Iran- «aises*

• Au retour des expéditions, la chape était déposée dans le palais , et tes différents reliquaires qu'elle contenait étaient séparés pour être expo- ^ à la TéiiérotiiMi des fidèles. Ces re« Jf^uaires étaient désignés par Texpressk>n de capelix, chapelles ou petites chapes. C'est ce que nous apprend une formule de Marculfe, d'après laquelle on Toit que, faute de preuves, on défé« rait quâquefois le serment sur ia châsse ou chapelle de saint Martin :

Super capellam domini Martini. \oy.

Du Gange, aux mots Ccma et Capella, Chapeau. On a dit et répété plusieurs ibis que les chapeaux prirent naissance sous Charles VI, et c'est une erreur, car il en était déjà question sous Louis IX, puisque un chapitre du Registre du miUer$y rédigé 1290, par Etienne Boileao « prévôt ëe Paris , en parle comme d'une coiffure déjà en usage, dont la fabrication était soumise à des règles ûxes. Si ondit que le chapeau dont parie le registre que nous citons était à peine l'essai informe de celui que nous portons aujourd'hui, il n'est ^uère possible de méconnaître ce dernier dans une pièce authentique dont nous reproduirons M cxtraK plus bas. Le chapeau, qui, dans rorigide, fut un diminutif , non pas du ( hnperon , comme on l'a dit aussi , niaiîi du capuchon qui accompagnait ia chape, et servait à cou< vrir la tite, était vue simple calotte de vdonts, de drap ou de feutre , re* tenue sous le menton par deux cor* dons. Cette calotte était tout unie ou ornée de fourrures , de broderies , de dorures et de pierreries, selon la for*

(*) Maurice , Slrateg. , lir. 7 , al X%éo« pbjlacte S^mocatta, 1. iv, c x6.

tune ou la condition de celui qui

la portait. Un compte de l'an 1351, rendu par Étieiine de la Fontaine, argentier du roi Jean, en prou- Tant que les chapeaux étaient d^ en usage au moins dans la première partie du quatorzième siècle, nous apprend de quelles superfluités coûteuses les surchargeait alors ia vanité des grands. Voici rartide de œ compte qui concerne le sujet que nous traitons : « Baillez à Kathe- « lot la chapeliière, pour un chap- « pel de bièvre , fourré d'armines, • couvert par dessus d'un roisier dont € la tige estoit guippée d'or de Cbip- « pre, et les feuilles d'or soude; ou- « vré par dessus d'or de Chippre, de « grosses perles de compte et de gre* <t nas, et les roses laites et ouvrées de « grosses perles, toutes de compte, et « par les costez avoit deux grandes a quintefeuilles d'or soudé, semées de « grosses perles, de grenas, de pierres « csœailiées et pardessus lechappel, en « haut, avoit un dauphin fait d'or, tour- « nant à vis sur un tuyau d'argent. Le- « quel cliappel garn yde boutons, de pères les rondetes et menues, etorfroiriées « de bisèted'or deplite et de grosses « perles, mons le dauphin commanda « a l'arçentier, et en chargea faire tel a et d'icelle devise , pour donner à « maistre Jean, le fol du roy. » Les chapeaux, d*utt usafle fréquent à la campagne sous Charles VI, se portèrent à la ville sous son successeur, mais seulement les jours de pluie.

Sous le règne de Louis XI, ils devinrent plus communs. On sait que ce prince ornait le sien des images ea plomb des saints auxquels il avait le plus de dévotion; après lui, Louis XII reprit le mortier des siècles antérieurs, et les bourgeois le bonnet à deux cornes de leurs aïeux. Mais ee re« touràTaneienne mode dura peu.Frao* ^ois I^*" adopta le chapeau pour coiffure, et ses courtisans rimitèrent. On a dit (^ue le premier chapeau de castor dont il soit fait mention dans notro histoire était celui que Charles VII por« tait en 1449 , lorsqu'il fit son entrée dau&Aouiea.Cesfteuoore uneecreuri Qtt

'foitdai»1a<sitationqu6noa8«?oia&ite ris, et Toii fit liientdt «Qe telle co»>

plus haut, que dès le règnedu roi Jean, sommation de castors, que ceux que on faisait usage de chapeaux de bièvre, l'on trouvait en France, et spéciacVst-à-dire, de castor de France. De lement dans les îles du Rhône, étant plus, on voit dans la suite du même . détruits, il fallut poursuivre ces compte qu'il fiit donné à Kathelot, la ' aniniaux industrieux et inoffensifs chapelière, dnquante ventres de menu jusque dans les lacs glacés du Canada, vair qui avaient coûté 5 livres 6 sous, De plus, on imagina de suppléer à leur pour fourrer un chapeau de bièvredes- fourrure par celle de quelques qiiadrutiné au roi. Henri II et ses iilssecoif- pèdes indigènes, tels que le lièvre, le firent plus hajbituellaineDii ainsi qœ lapin , et même le chien caniche. Deleurs courtisans « iTone toque oroifi puis une vingtaine d'années, on fait de diamants et surmontée d'une ai- en peluche de soie des chapeaux légrette; de sorte que le chapeau, quoi- gers d un aussi bon usage et d'un

auc bien connu, n était pas encore prix moins élevé que les chapeaux de-

'oa usage général à Tavéneoient de ieutre. On fait pour Tété des chapeaux

■Henri IV. Ce prince et les nobles le gris en feutre, des chapeaux en paillet

préférèrent à la toque ; ils l'ornèrent de en osier, en lacets et en étoffes (le soie

plumes, de rubans etde franges; enfin ou de coton, et chaqueannée la forme

ils relevèrent et lixerent à la forme en est modifiée par le goût et la fan-

000 Mftie des ailes qu'on lui avait taisie. On âibrique, pour les voituriers

dottows dès le temps de François T', et les marins, des cnapeauz de bourre

pour garantir de la pluie et du soleil, ou de laine commune, que l'on revêt

Quand le chapeau fut enfin devenu de plusieurs couehes ue vernis qui

une coiffure nationale, et qu'on l'eut leur donnent de l'éclat, de la duree^

•&it porter aux soldats, on s'anerçut .et les rendent impénétrables à la pluie,

que ses bords étendus Paient gênants Sainte-Palaye pense que Tusage de

pour le maniement des armes; alors quitter son chapeau quand on entre

on imagina pour les troupes le cha- et qu'on reste dans une éç^liseou dans

peau à trois cornes, qui est la coiffure une maison étrangère, vient de celui

militaire, et la eoifAire d'étiquette dans qui était adopté oans le temps de la

les hauts rangs de la société. Sous le mi- chevalerie, de quitter le heaume eii

nistère du comte de Saint-Germain, pareille circonstance,

on s'avisa de coiffer les brigadiers de Chapel de coton. — C'est ainsi

cavalerie de chapeaux à quatre cornes ; qu'on appelait le bonnet de coton,

mais cet usage ne dura pas. Depuis dans le temps oi^ l'on donnait le nom

un peu plus de trente ans, les troupes de chapel à toute espèce de coiffure,

ont quitté le chapeau pour le bonnet La profession de chapelier de coton

à poil, le shako ou le casque, quand était libre et ne s'achetait point du

elles sont sous les armes. Dans le roi. Celui qui voulait l'exercer, était

monde, la ooiffiire générale des ci- cependant tenu de jurer de l'exer-

toyens est aujourd'hui le chapeau oer avec loyauté. Le prévôt de Pa-

rond de couleur noire; celle des tonc- ris devait faire saisir et brûler les

tionnaires, dans les cérémonies pu- marchandises de mauvaise qualité , et bliques, est le chapeau noir à cornes, . cette punition était accompagnée d'une

orné de plaines. Gelie des militaires amende de cinq sous, au profit du roi.

en petite tenue est le même chapeau, Les chapeliers de coton ayant ensuite

avec ou sans plumes, suivant le grade, obtenu la faculté d'otwrer en laine.

Les ecclésiastiques portent aussi le prirent le titre de chapeliers de hon^

chapeau à trois cornes, mais lui don- nets et de gants de coton et de laine,

nent une forme particulière. L'adop- Ils ont pris depuis celui de bonnetiers

tion générale du chapeau néce<«sita qu'ils portent encore aujourd'hui,

l'établissement de grandes fabri- Chapel de fleubs.— Une des pa«

gufls, BotaBumeot à t^oa et à Pa* rures les plus coquettes du moyen 4ge

sa.

GHA

L*imiVERS.

CHA

c*était les chapels on chapelets de fleurs naturelles ou de verdure , que

fabriquaient les herbiers , appelés aussi chapeliers de fleurs. Ces artisans cultivaient dans des courtils les fleurs qui , dans la belle saison , leur servaient à confectionner ces ooififores élégantes , qu*aiinaient également les deux sexes , et à joncher les appartements à la place de la paille que Ton V étendait en hiver. L'industrie qui nibriquait les chapels de fleurs était francoe , c'est-à-dire , ne faisait point partie des métiers dont on devait acheter du roi le libre exercice. Les chapeliers de fleurs pouvaient travailler de Jour et de nuit , ne payaient rien à rentrée et à la sortie de Paris pour leurs marchandises , et n'étaient point tenus de faire le guet , parce que, dit le registre d'Étienuc Boileau, « leur mestier est frans et qu'il fii <t establi pour servir les gentiia hou- « ynes. » On trouve dans les romans , fabliaux et chansons, un grand nombre de passages uù il est fait mention des chapels de fleurs. Non-seulement les herbiers , mais encore les prsonnes de noble race, les jongleurs, les pastourelles, se plaisaient à en tresser , et se faisaient honneur de réussir ea cette occupation galante.

Dans une chanson du treizième siècle , un chevalier raconte qu'ayant aperçu une bergère en son chemin, il s'arrêta, niit pied à terre, attacha son cheval à un rainsel (à un arbre), s'assit sous la ramée près de la fillette, puis dit, en parlant de lui :

Clin|MîI fis De la flor qui blanchoic. *

Dans le fabliau des Deux bordeors ribaus, qui est une dispute entre deux jongleurs , Tun des concurrents , en disant rénumération un peu vani-* teose de ses talents , dit qu'il sait donner des conseils aux amoureux,

£t faire cbapelez de 6ors.

Les chapels de fleurs figuraient dans toutes les solennités , comme parure ou récompense. C'était le prix que re- . cevaient, des mains de la beauté , les ' tiouTères vainqueun dans les luttes

poétiques. Dans les banquets, chaque convive en portait un, et on en coo»

ronnait même , à la manière des anciens, les vases qui contenaient les boissons et les coupes qui servaient à boire. Le produit le plus recherché de rindustrie du chapelier de fleurs était le chapel de roses, qu'un seigneur imposait quelquefois comme redevance à son vassal , et qui faisait partie du revenu de sa terre. Une fille noble ne recevait souvent en mariage qu'un de ces chapels, et quand elle était ainsi dotée , elle perdait tout droit à la succession de son père et de sa mère. Il est question dans le iMi du Trot de ouatrevingts pastourelles , parées cnacune d'un chapel de roses. Les jeunes gens, à qui les chapels de fleurs convenaient si bien, les tirent servir à exprimer leurs sentiments, en attachant un sens mystérieux à chacune des fleurs qui entraient dans leur composition, imitant en cela ces bouquets emblématiues appelés selam, dont les croisaes avaient apporté le secret en Ood* dent, et dans lesquels les amaoto rendent , en Orient, visible aux yeux de celles qu'ils aiment , ce qu'ils n'osent ou ne peuvent leur dire de vive voix. Ucist a présumer que Tmage des chapels de lieurs se perdit Icwsque l'opulence, dédaignant une parure que tout le monde pouvait se procurer à peu de frais , y substitua des couronnes ornées de rubans, de bandes d*or ou d'argent et de pierreries. Dès le quatorzième siècle, il n'est plus parlé, dans les ordonnances, des chapeliers en fleurs; ce qui donne lieu de penser que leur métier était devenu sans impor« tance. Il ne nous en . reste plus aujourd'hui que les couronnes, dont on pare , au village , les statues de la Vierge et des saints , les jours consacrés à solenniser leur féte ; celles qu'au théâtre on jette aux comédiennes: les couronnes de feuillage qu'on distribue aux écoliers dans les collèges, en leur remettant les prix qu'ils ont obtenus ; celles de bluets « que Ton tresse en été pour les enfants enfio , les couronnes d*immortiUei,

CUA FRANCE.

CHA

que la douleur et la piété déposent sur les tombes, et suspendent aux monuments funèbres.

< Ghapel de paon. •'Ce chapel était une couronne ornée quelquefois de broderies , de dorures , et surmontée de plumes de paon. La fabrication de cette parure était libre comme celle des chapel s de fleurs. Le chapelier de paon ne pa> ait à Paria aucun droit d'entrée m de sortie pour ses marchandises. Il n'était point appelé pour faire le guet , à moins qu*à sa profession il n'en joignit une autre qui Vy assujettit. Il pouvait traTailler de nuit comme de jour, et devait le faire avec lovauté. « Se cli;ippelliersde paon, dit * ïe Registre des métiers , met seur « chapeau de paon estainsdoré, liquex « estains n'est pas seur-argentés avant « qu'il ne soit dorés, Tuevre est fause « et doit estre arse (brûlée) et cil sur « qui cele ouevre est trouvée sera à « V s. d'amende à poiier au roy. »

Les troubadours et les trouvères, vainqueurs dan s les jeux-partis, étaient couronnés ordinairement d'un chapel de fleurs, mais quelquefois aussi aun chapel de paon , qu ils portaient tant que durait le jour de leur triomphe, et le conservaient ensuite avec soin en mémoire de leur victoire. On ignore quand n cessé d'être employée cette ricne coiffure , dont il ne reste que le souvenir aujourd'hui.

Chapelain. — Selon du Gange, les premiers clercs appelés de ce nom furent ceux qui étaient chargés de garder la chape de saint Martin et de la por-

. ter aux armées. ISous avons vu {*) que cette chape n'était rien autre chose que ce que nous appelons aujourd'hui une châsse. On donnait aussi aux gardiens des châsses qui contenaient les reliques des autres saints , les noms de eapeUaniy ou mariyrariiy custodes martyrum et cubicularii. Enfin , on appelait encore chapelains, les prêtres qui assistaient les evéques dans la célébration des offices religieux.

Un eapitulaire de Charlemagne, an* née 769, qui défend aux serviteurs de

O Art. Cbaps os »ai»t Maetih.

Dieu de porter les armes et de combattre, semble faire, eu faveur des chapelains , une exception que nous n'avons vue signalée encore nulle part.

Voici le passage : SenU Dei per omnia omnibus armatiiram portare, vel pugnare , aut in exercUum et in hostem pergere omnino proUibemus, tM mis taniummodo qui , propter dMnunt ministerium, missarumsci^ licet solemnia adimplenda , et sanctorum patrocinia portancla, ad hoc eiecti sunt , idest, wium vel duospre' sbyteros cum capelianis presbyteris.

Cette disposition s'explique par Tusa^e où Ton était alors de porter, à la suite des armées, les reliques des saints, et par la nécessité dans laquelle pouvaient se trouver les chapelains de défendre le dépôt précieux qui leur était confié.

Les chapelains étaient en même temps chargés de célébrer, sur des autels portaLils, ou sur les châsses de leurs saints , la messe pour le roi, quand il était à l'armée , et qu'il ne se trouvait point dans le voisinage d'une église où il pût l'entendre. La faculté de remplir ses devoirs religieux sans se déranger , et de faire venir Dieu à soi, au lieu d'aller à lui, ayant ensuite paru fort commode aux rois, ils érigèrent dans leurs palais des chapelles pour eux , leur famille , leurs grands officiers , et y attachèrent un clergé. Alors le chapelain, qui fut le chef de ce clergé , devint un personnage considérable. Il fut chargé de veiller à ce que le clerc célébrât, les jours ordinaires . i'oflice dans la chapelle du roi, et lui, qui était toujours un haut dignitaire de l'Église, un évéque ou un abbé , n'officiait que dans les occasions solennelles. Il ut partie de la maison du roi , eut bouche à cour, reçut des gages, et tint tous les ecclésiastiques du palais sous sa juridiction. Les grands vassaux imitèrent le roi , les vassaux de second ordre imitèrent leurs suzerains , et le nombre des chapelles et des chapelaini s'accrut rai^dement.

" Riais ces ecclésiastiques qvii, en vertu de leurs fonctions, habita eot despa*

lais ou des châteaux , et M trouTaient toute la journée en la compasnie des rois et des grands, excitèrent bientôt, à un haut degré, la jalousie de leurs confrères, et Wala, abbé de Gorbie , leur reprocha de n'appartenir en rien à l'Église , de ne servir que pour la parade , de n'avoir en vue que le lucre et les vanités du monde, de ne vi- TTe ni sous la règle monastique, ni sous l^ïutorité épîsoopale. Quoi qu'il en • soit, fondés ou non , ces reproches ne détournèrent personne d'une carrière qui conduisait aux dignités religieuses quand on ne les possédait pas , et au pouvoir temporel quand on n*avaitplus rien à attendre de l'Église.

Les chapelains tinrent longtemps à honneur de faire usage du privilège qui leur a?ait été accordé par Charlemagne de porter les armes; et, dans les cérémonies importnntes , encore qu'ils n'eussent point de reliques à défendre contre 1 ennemi, ils ne manqoaient pas de s*en prévaloir. Voici une anecdote qui le prouvera :

Depuis un temps innnémorial , il était d'usage à Toulouse de faire soufileter un juif par uo chrétien , le dimanche de Pâques , sous le porche de la cathédrale , en punition des outrages que ses ancêtres avaient faits à Jésus-Christ. L'an 1018, le vicomte Aimery de llochechouart étant venu faire ses pâques à Toulouse , le clergé toulousain délégua par civilité à Hugues, chapelain de ce seigneur, l'office de souffleter le juif : Hugues s'en acquitta avec tant de dévotion et de vigueur. qu*il fit sauter, avec son oanielet aefir*le6 yeux et la cervelle du patient, et le renversa loide mort sur le pavé.

Les chapelains , jusqu'au milieu du quatorzième siècle, ftirent chargés de la garde des reliques. >Iais quand on oessa de les porter à la tête des armées , leurs fonctions perdirent de leur importance. Le chapelain du roi lui-même perdit de la considération dont il avait joui jusqu'alors ; il lut remplacé par l'aumônier, et tomba dans les rangs du clergé subalterne, dont jusqu'alors il avait été le chef..

On appelle chapelains aujourd'hui ,

des ecclésiastiques qui desservent des chapelles publiques ou privées, dans lesquelles on ne peut célébrer ni baptêmes, ni mariages, ni en* ferrements, sans l'autorisation du curé de la paroisse dans la circonscription de laquelle elles se trouvent.

Chap£la.in (Jeau), critique et poète, Van des premiers membres de FAes* démie française et de celle des inscriptions et belles-lettres , naquit à Paris, le 4 décembre 1595. Son père, qui était notaire au Châtelet, lui destinait sa charge ; mais sa mère am* bidonnait pour lui les palmes de Ronsard. Au sortir du colIéi;e deCalvi, oii il avait fait ses études de latin et de grec, il parut un moment douter de sa vocation, et il se mit à étudier la médecine. Mais il quitta bientôt cette étude pour enseigner l'espagnol, et entra enfin chez le marquis de la Trousse , grand prévôt de France , en qualité d'instituteur des fils de ce seigneur. Leur éducation terminée au nout de dix-sept ans, il fut chargé de la gestion des affaires de la famille, et écrivit, au milieu de ces soins, une traduction du roman espagnol de Gusman d Alfarache, Le cavalier TNInrini vint, en 1623, faire imprimer à Paris son poème de VJdone ; Chapelain fut charj^é d'en composer la préface. Ce morceau, qui le fit connaître de Richelieu, est, du reste, assez £iible, écrit d'un style ampoulé, et rempli d'eloges sans restriction , que n'a point sanctionnés le jugement de la postérité. Gbapelaiii était pourtant nomme de sens , sinon homme de génie, et il contribua par ses efforts à raniener les auteurs français <à une plus stricte observance des règles de la littérature dramatique. Il fut un des premiers membres de cette société d'hommes de lettres qui, plus tard , devint TAcadémie fran<j;aise; et ce fut lui, suivant Pélisson, qui détermina ses collègues à accepter les propositions du cardinal. Dans 1 opinion qu'il rédigea lorsqu'il s'agit d'ériger la. société en corps , il exposa « que « i objet (|e travaux M^v^it ^re

« de travailler à la pureté de no-

« tre langue, et de la rendre capa-

« ble de la plus grande éloquence ; que, « pour cet effet,' il fallait premièrement » en régler les termes et les phrases « par un ample dictiohnaire et une « grammaire fort exacte. » Quelques traits du plan qu'il traça du premier de ces deux ouvrages nous seinbleiit assez remarquables pour être indiqués en passant. Il proposait de grouper après chaque mot simple, c'est-à-dire radical , tous ses composés , ses dérivés , ses diminutifs , etc. Une table alphabétique devait être placée à la On

t>our la facilité des recherchés. Il vouait encore au'on ôtât de Torthograplie toutes les superfluités qui pouvaient en être retranchées sans conséquence, et conseillait de compléter, par une rliétorii|ue et une poétique, la série des publications de r Académie* Quaiid qelle-ci eut été déGnitivement instituée, il prit la plus grande part à la rédaction de ses statuts. Plus tard, il se prouva l'un des commissai- ' tes chargés de Texamen du dd, et ce fut lui qui écrivit les sentiments de l'Académie sur l'œuvre de Corneille.

Tout entier aux lettres, il refusa, en 1632, le poste de secrétaire d'ambassade, que lui proposa le comté de IVoailleSy ambassadeur à Rome. Il en fut dédommagé par le cardiiuil, qui lui assigna, avec le titre de conseiller du roi en ses conseils , une pension de mille écus. Chapelain, de son côté, se montra reconnaissant de ces faveurs ; il composa à la louange de son protecteur une ode dans laquelle Boileau voyait, dit-on, quelques beautés, et qui ne nous parait remarquable que par une flatterie sans mesure, et un style alternativement bas et ampoulé. Quoi qu'il en soit, il devint bientôt l'oracle des écrivains. Racine, qui Quelquefois le consulta, obtint par lui une pension de six cents livres. Chapelain mit vingt ans à travailler son f^rand poëfne de la Pucelle , ou la France délivrée. liC plan en prose en avait paru fort beau. Prôné longtemps d'avance comme un chef-d'ceuyre, roavrage vit enfin le jour en 1656, et,

rCB. . OIA M

malgré les six édftionrquH eut èd dix-nuit mois , causa bien ètt d^ap^

pointemcnts. Les épigrammes assaillirent de toutes parts le poète. Boileau et ses amis imaginèrent de s'imposer la pénitence de lire quelques pages de fa Pucelle , chaque fôis qu'il teué échapperait une faute de français.

Pour consoler le pauvre auteur", le duc de Longueville, qui avait accepté la dédicace de son poëme, doubla la pension de mille écus qu*il lui avait f;tite pendant toute la durée du travail. Chapelain n'a fait paraître (pie douze chants , c'est-à-dire , la moitié seulement de son œuvre. On peut voir à la bibliothèque royale le manuscrit dei douze autres. Dans la préface de cett^ seconde partie, il se plaint fort amè* rement des critiques dont sa poésie a été Tobjet , et unit en déclinant à peu près le jugement de ses contem^ orams. Cette préface Inédite est peuttre ce que Chapelain a jamais écrit d9 mieux.

Au milieu des sentiments fades , des expressions barbares, des fatigantes descriptions , qui ont fait condamner la Jeanne d'Arc de Chapelain, on est étonné de rencontrer çà et là de véritables inspirations. Il rend de la manière la plus heureuse Teffet de I'é< loignenient progressif du paysage derrière une barque qui descend la Loire;

« Cliinon haïsse, tlécmisf,

S't»li<igiie, se Lia iichll, s'efface et dis jia rois t.»

Il lui échappe même parfois de courte^ tirades qui ne manquent ni de vervt ni de nombre. Nous citerons son io^

vocation:

« Ames des jweniiers corps, pères de l'harmaiiict Messagers des déerels de l'essence iafiaie. Légion qui >uyv( s l'éternel estendard, '' Et qui, dans ce grand œuvre, eusles si grand* parti Célébrés, iiTec moi, la fuerriAr» hoid«tt«» I-aites prendre à ma voix l'érlnt de la trom|>ette( Escbauffés mou esprit, dispusés mon projet, Bc rendés mon holaim dgaw à non Mqct. »

La mission que Chapelain reçut en 166îi de Colhert, de dresser la liste deâ savants et des littérateurs, tant étrangers que nationaux, qui devaient avoir

λart aux libéralités au roi , augmenta e nombre de ses ennemis. A Taputil ' de sa liste, il présenta à son Mécemi

CHA

L'UNIVERS

CHA

de curieuses notices, qui nous ont été conservées dans un volume de Mélanges de littérature tirés de ses lettres tnanu$criteg, et publié en 1726. Corneille y obtrent quelques éloges entre Scudéri et Cnssaigne ! Quant aux faveurs dont il jouissait lui-même, elles lui avaient été accordées comme « au « plus grand poëte qui eût jamais été, • et du plus solide jugement^ » Chapelain joignait, chose assez ^ange, a un grand fonds d'obligeanceun amour excessif deTargent. On le voyait, pour cacher le mauvais état de son habit, porter un manteau au cœur de Tété.

Il mourut en 1674, à l'âge de soixante et dix-neuf ans, d'une oppression de poitrine, suite d'un refroidissement.

On trouva entassés chez lui cinquante mille écus. Aux ouvrages que nous avons indiqués , il faut ajouter quelques odes et une paraphrase du Mise' rere imprimée en 1636.

. Chapblet. — Suivant VHistaire teéUHasUque de Fleury , les moines furent , au onzième siècle , les inventeurs du chapelet. Lorsqu'on attacha des frères lais ou laïques au service des maisons religieuses, on les assujettit à réciter, à chacune des heures canom'cales , un certain nombre de pater. Pour qu'ils s'en souvinssent , on imagina de leur faire porter une suite de grains enfilés qui devaient lenrrappeler ce devoir, et le nombre de fois qu'ils avaient à le remplir dans la journée.Cette origine du chapelet n'est pas cependant teilement admise, que d'autres écrivains ne Tattriboent au célèbre Pierre THermite , prédicateur de la première croisade. Quoi qu'il en soit de ces deux versions, il est défait que l'usage de porter et de réciter le diapelet, dont les hommes d*église furent certainement les auteurs et qu'ils empruntèrent peut-être à l'Orient, passa de ceux-ci aux gens du monde, et donna naissance à la profession des patenôtriers , qu'Étienne Boileau soumit à des règlements. Les uns et les autres portaient leurs chapelets pendus à la ceinture. Ceux des religieux étaient simples , ceux des personnes du monde étaient d'or, d'argent, de

corail, de perles, de jais, etc. , ce que le prédicateur Olivier Maillard censurait amèrement, comme chose de luxe bien plus que de dévotion. Les prostituées portaient elles-mêmes des chapelets cie prix , que les agents du prévôt (le Paris ne manquaient pas de leur saisir, avec les ceintures auxquelles ils étaientsuspendas, quand çelles-ct étaient dorées, argentées ou brodées, en infraction aux ordonnances. En 1 150 , on saisit sur une femme publique d'extraction noble, avec un Jgmis bd d'argent et des Aeiires à femmes^ un Pater noster (un chapelet) en corail. I

A partir de la réforme, le chapelet devint le signe de reconnaissance des catholiçfues. Dans le tem|»s de la ligue , les jésuites de la rue Saint-Jacques à Paris , qui en étaient les partisans les plus zélés, avaient fait de leur maison un foyer de fanatisme et de sédition , et y attiraient les hommes crédules et ignorants, dont ils faisaient des instruments de trouble.

A cet effet , ils avaient institué une confrérie ou congrégation , dont chaque affilié était tenu de réciter journellement les prières indiquées par son chapelet , et de le porter au cou. Ce sjgne extérieur servait aux confrères a se reconnaître. Tous les dimanches, les seize chefis de quartier qui gouvernaient alors Paris , l'ambassadeur d'Espagne , le légat du pape , les curés et les religieux les plus exaltés, se réunissaient, dansunechapeiiehautd de la maison des jésuites, aux hommes du peuple qu*ils avaient séduits; là, il se prononçait un discours dans lequel était accuniulé tout ce qui pouvait avoir pour résultat de maintenir le public dans un état d'exaltation fanatique. Après ce discours, le peuple était congédié, et les chefs, parmi lesquels était le curé François Pigenat, qui , le 14 février 1669 , figura dans une procession tout nu , et sans autre voile qu'une guilbe (guimpe) de toile blanche , discutaient les anairesde la sainte ligue.

Le pape prodigua aux confrères du chapelet les trésors inépuisables dont

CHA

il dispose ; il les gratifia de neuf vingt mille ans et nevf vingt mille quarantaines d'indulgences , et de la rémission de tous leurs péchés au motneni de la mort Tout bon ligueur devait être de cette eonfrérie , et porter ostensiblement son chapelet en giiise de coiiier, témoin ces deux vers du temps :

Qui n'a de chapelets aa coa Mérile d'y avoir un lîcon.

Henri III et ses mignons, afin de prouver ostensiblement leur attachement à la Yéritable doctrine, portaieot • a la ceinture des chapelets ornés de petites tt^tes de mort sculptées en ivoire. Le dimanche 20 septembre 1621, des protestants qui revenaient de Gbarenton , où ils avaient été asiister^ au prêche , furent assaillis^ sous prétexte de religion, par une troupe de vacabonds et de voleurs armes, qui, dépouillant violemment les hommes de leurs manteaux , sous prétexte de s'assurer s'ils portaient des clwpelets et étaient catholiques , leur enlevaient leurs bourses. La même année, un nommé Fontenay, pendant une guerre contre les protestants, proposa à Louis XIII un moyen inlaillible, selon lui, de prendre les places de la Rochelle et Montauban , que ceux-ci possédaient. Ce moyen consistait à affilier toute Tarmée royale à la confrérie du Rosaire, à obliger cliaque officier et chaque soldat de porter un chapelet bénit par un religieux jacobin, et d'en réciter les prières. L'auteur de cette belle invention, dont jamais général d'armée ne s'était avisé jusque-là, voulait que les chapelets des officiers fussent plus riches que ceux des soldats ; à tout seigneur , tout honneur; « il seroit a propos, di- « sait-il, que Votre Maiesté fit donner « à chaque soldat un diapelet de deux « sous, enfilé de fil ciré ou de corde à « boyau ; et aux chefs et qualifiés , « Votre Majesté en donneroit de sa « propre main qui seroieot de plus « haut prix. » Jamais on ne croirait à une pareille extravagance , si elle n'avait été imprimée sous le titre de :

Jdvis au roi pour J'acilemerU pren^

dre Montauban, la Rochelle tt auùre»

villes, Paris, 1622, pag. 10.

L'usage de porter des chapelets se perdit insensiblement chez les laïques; mais lise maintint chez les religieux.

Les sœurs de charité et les membres de quelques congrégations de femmes le portent encore aujourd'hui. Les gens de la campagne, particulièrement us femmes et les vieillards , ont aussi constamment un chapelet dans leur

f)oche, afin d'en réciter les prières à 'église , quand ils ne savent pas lire, ou le long de leur chemin , lorsqu'ils font seuls, à pied, une marcha de quelque durée. Ils appellent encore cette occupation pieuse, dire ses patenôtres. Lorsque le pape Pie VU vint à Paris ell 1803 pour sacrer l'empereur Napoléon, uif homme bien avisé acheta à bas prix tous les chapelets qui étaient alors relégués dans les greniers des marchands bimbelotiers , et les revendit eusuite aux dévots , avec uo ^nd bénéfice, comme ayant été bénits par le saint-père. Le 'chapelet entoure encore l'eçusson de plusieurs prélats et gens d'Église, comme signe de leur dignité.

Il existe encore dans quelques villages des confréries du chapelet ; mais elles n'ont plus le caractère séditieux des confréries de la ligue, car les temps ont changé et les jésuites ne les président plus.

Chapelier (voy. le Chapelier).

Chapeliers de fkutre. — Quand l'Assemblée constituante abolit les jurandes et les maîtrises , la communauté des chapeliers de feutre , ou simplement des chapeliers , datait déjà de 1578. Ses statuts furent plusieurs fois modifiés; et, au moment de la révolution , elle était gouvernée par quatre jurés. Pour être admis à la maîtrise, il fallait avoir fait cinq ans d'apprentissage , quatre ans de compagnonage , et présenter un chef-d'œuvre , formalité dont les fils de maître étaient seuls exempts. Les .

chapeliers se divisaient à Paris en quatre classes . ne formant toutefois qu'une seule corporation , et vivant sous le même régime. Ces quatre clas-

€06 CHA' LUNUrSIS. CHA

ses étaient celles des maîtres fabricants , des maîtres teinturiers , des maîtres marchands en neuf , et des maîtres marchands en vieux. Quand f usage des dhapeaux liit général^ It chapellerie deTÎat MM branche d*ii>dustrie et de commerce fort importante, notamment à Paris et à Lyon.

Pour en favoriser l^accroissement , et m tirer quelque revenu* dont profitât le trésor royal , un arrêt du conseil ^ en date du 18 avril 1734, fixa un droit d'entrée sur les chapeaux venant de Tétranger, et un droit de sortie pour tes chapeaux de fabrique française.

Aujourd'hui la profession de chapelier est libre comme toutes les autres, et elle se divise encore en quatre branches, qui sont à peu de chose près celles d'autrefois.

Chapelle du boi. — Depuis la fin de la première race, les rois de France ont toujours eu auprès de leur personne des ecclésiastiques cbarf^és de célébrer pour eux l'office divin. Ces ecclésiastiques portaient le titre de cha* pelains , et composaient ce qu'on appelait la rhnp''l!e du roi. Sous la deuxième race, leur chef prit le litre d'archichapelain ; son autorite était la même , pour le spirituel , que celle du comte au palais pour le temporel ; et l'on peut juger de Tiinportaiire de cette charge par le rang des personnages qui l'occupèrent. Rien n'est plus ordinaire que de ^oir dans des chartes ou des diplômes du eommencement dé la troisième rare , le nom de l'arcliichapelain du roi parmi ceux des plus grands seigneurs du royaume.

Dans un état de la maison de Philippe le Bel , de Tan 1286 , les chapelains sont compris , avec le grand maître d'hôtel , le maître de in chnml)re aux deniers, le confesseur et Taumunier, au nombre des grands officiers qui avaient droit à un fogement dans rhôtel du roi.

Au temps où les rois de France se bornaient à entendre , les jours ordinaires , une messe basse dans leur oratoire , ils ne manquaient jamais d'assister, les dimauebes et les fêtes, à i'ofûce divin que l'on célébrait dans

leur chapelle. Pour donner à k o<14

bration de cet office plus de pompe et de majesté , François établit , en 1543, un corps de musique et un corp« 4» plahi*ehant, placés mcim aous m chef différent, appelé, le premier, maître de la chapelle-musique, et le second, maître de la chapelle-plainchant. Ce dernier ayant été supprimé en 1585 par le roi Henri III, le corps de plain<icbant fut réuni au corps dé musique , qui , par là , se trouva composé des chantres, des musiciens, et des ecclésiastiques destinés à célébrer rofQce ou à servir à l'autel. La charge de maître de la chapelle -musiqtie ayant été pareillement supprimée par é8it du mois d'aoïlt 17(51 , tous les chantres et musiciens lurent mis sous les ordres des premiers gentilshommes de la chamme , et assimilés ainsi aux comédiens. Quant aux ecclésiastiques destinés h célébrer l'office ou à servir à l'autel, ils passèrent sous ceux du grand aumônier, qui eut , de plus, autorité sur les diantres et musiciens, les jours que l'on appelait de grande chapelle, c'est-à-dire, les jours où l'office auquel le roi assistait était ciianté en musique.

Cette institution éprouva eneort dans la suite plusieurs modifications t enfin , en 1772, la chapelle du roi se composait du grand aumônier de France qui en était le chef, de huit aumdniers de quartier, d*un aumônier ordinahre, de huit chapelains de quor tier, d'un chapelain onlinaire, de huit clercs de chapelle par quartier, et d'u!i clerc de chapelle ordinaire. Louis XV ( réduisit, par esprit d'économie, le nombre de ces officiers , qui furent enfin supprimés à la révolution avec le reste de la maison du roi.

^iapoléon , devenu empereur , se créa aussi une chapelle ; mais les officiers qui la composaient étaient en petit nombre : c'étaient le grand aumônier , six aumôniers ordinaires , dont un portait le titre de premier aumônier, deux chapelains et un maître de cérémonies, iionis XVIII rendit à la chapelle du roi son ancienne splendeur ; ii la reconstitua telle qu'eU«

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MllUil en 1779, et y ncMm un pro*

mier aumônier, un confesseur et deux sacristains. Tout ce personnel se dispersa à la révolution de juillet, et de-

Buis il ne s'est plus réam , Loiiis*Phi-« ppe n'ayant point encore formé d« ftba pelle.

Outre la chapelle du roi , il y avait encore à la cour , avant la révolution , une autre chapelle destinée aux effi* eien du palais. Les prêtres qui corn* posaient cette chapelle étaient le confesseur et le prédicateur de la maison du roi^ et les chapelains de Saint - Roch au nombre de quatre, appelés aussi anmôniers du commun, des divers ecclésiastiques étaient payés au moyen d'une retenue faite sur les gages des ofOciers du palais , et ils avaient en outre bouche à la oour. Les charges des chapelains de Saint-Roch étaient vénales ; supprimées à la révolution , elles ne furent point rétablies sous la restauration.

Cmasvmm la. Reine (la), ancienne •eigneurie du Gatinais français (aujourd'hui département de Seine-et- Marne), à 16 kil.de Fontainebleau, érigée en marquisat en 1680.

ChapbUiB- ( Claude - Emmanuel Lhuillier) naquit au village de la Chapelle Saint-Denis, près Paris, d'où lui vint le surnom qu'il a gardé. C'était le ills naturel de François Lhuillier, maître des requêtes à Paris et conseiller au parlement de INIetz, qui le fit légitimer en 1G42, et Téleva comme son héritier. Gassendi, qui fréquentait lu maison du conseiller, donna au Jeune homme des leçons de philosophie auxquelles prirent part Molière et Bernier. A la mort de son père, arrivée en 1652, Chapelle se trouva à la tête d'une fortune considérable, et se livra sans réserve à son penchant pour le plaisir et l'indépendance, deux passions qui formaient le fond de son caractère. Le grand monde Taccueillit bien , de grands seigneurs le recherchèrent; mais il ne put famais sacrifier à ses engagements avec la haute société une heure du plaisir qu'il trouyai\ ^Yfc ^es égaux ou ses inférieurs.

Vivement pressé par le due de Brissac d'aller passer quelque temps avec lui à Brissac, sur les bords de la Loire, Chapelle y consent, et part avec lui.

En passant à Angers, il va demander il dtner àun chanoine de ses amis. Là, en feuilletant un vieux Plutarque, il tombe sur un chapitre intitule : Qui suU les grands, serf devient. Il court aoiaîtdt chez le duc de Brissac pour •'excuser de l'accompagner plus foin ^ et, mettant Plutarque en avant, il parvient à se dégager sans rompre^.

Une autre fois , le prince de Condé riuTila à dtner. £n attendant rfaenn da Mpas, Chapelle £ut un tour de promenade et rencontre des joueurs de mail qui le prennent pour arbitre sur un coup douteux. 11 prononce, et satisniit tellement loua k» joueurs, quMIs le retiennent et l'invitent à dîner. Cette invitation lui fait oublier celle du prince," près duquel il s'excusa ainsi : « En « vérité, monseigneur, dit>il« c'étaient « de bien bonnes gens, et bien avisés à n vivre, que ceux qui m'ont donné à sou- « per. « Chapelle fut ami de Racine , à qui il donna plusieurs fois d'excellents conseils. Il le fut aussi de Molière, son ancien condisciple, qu'il aida dans la composition de quelques-unes de ses comédies. Cette collaboration, toutefois, était assez bornée, et ne dura pas longtemps , s'il faut en croire le trait suivant. Molière , pressé pour sa pièce des Fâcheux, chargea Chapelle de lui faire la scène de Caritidès. Celle qu'il apporta était si mauvaise, que Molière le menaça de la montrer à tout le monde, s'il laissait encore croire qu'il travaillait à ses pièces. En effet, la composition d'une scène devait être au-dessus de Chapelle. Un trait joyeux, une situation bouffonne, Vj»ilà tout ce qu'il pouvait offrir au grand écrivain. Ses qualités propres, il les a réunies dans l'œuvre qu'il a faite avec Bachaumont (voy. ce nom), fils, comme lui, d'un homme de robe ; oeuvre, dit Voltaire, pleine de naturel, de facilité, d'enjouement et d'esprit y

Qui du plus charmant badiiiagt £»t plus chutoaule lecoo.

€HA

L'UlttVERS.

Entièrement livré au niaisir. Chapelle ne pouvait traiter la littérature plus sérieusement qu'il ne l'a fait dans son Foyage. Lu jour Loileau, le rencontrant dans la rue, le priait de mettre au moins dans les vers où il chantait le plaisir, du respect humain.

«J'ai résolu de me corriger, dit Cha- « pelle; je sais la force de vos raisons; « pour achever de me persuader , en- « irons ici , vous me parlerez plus à « votre aise. » Il le fait en même temps entrer dans un cabaret, demande une bouteille de vin, puis une autre, et Boileau , toujours préchant , toujours buvant , finit par s enivrer lui-même.

Au reste, la grande affaire pour Chapelle fut de bien vivre; et il a donné assez bien Tidée et l'exemple de son genre de talent dans ces petits vers adressés par lui à Boileau, qui lui avait reproché sa négligence :

Tout bon fainéant du Marais Fait des vers qui ne coûtent gaèrti.

Pour tnoï c'est ainsi que j'en AiS} £t li je Ici touIu* mieux fati«, Je les ferais bien plat mauvais.

M. lis pour notre ami Despréatix 11 cil compose des plus beaux.

Il mourut à Paris en 1686, âgé d'environ 70 ans. Ses poésies ont été recueillies avec celles de Bachaumont.

Chapbbon, vêtement et coiffure.

La partie supérieure de la chape se composait, dans l'origine, d'un capuchon qu'on rabattait pour se garantir du froid ou de Thumidité. Plus tard, on diminua de beaucoup la largeur et Pampleur du manteau auquel était attaché le chaperon, et on en fit un vêtement distinct de la chape, destiné à couvrir la tête et les épaules. Plus tard encore, on retrancha du chaperon ce qu'on y avait laissé de la chape, et on le réduisit à ne plus être qu'une coiffure, que dans la suite on appela chapeau. Après sa première transformation, ce vêtement était de velours ou de drap , suivant les conditions. Le chaperon des personnes titrées était large, garni de fourrures et orné de broderies; celui aue portaient les gens du peuple était étroit, sans fourrures et sans broderies. La couleur et les ornements servaient» en temps de

commotions populaires , à distinguer

les partis. (Voy. Capuciès et Chaperons BLANCS). Quelquefois cette coiffure était de couleurs variées. On ht dans Pasquter, que « Charles Y, pen- « dantla prison du roi Jean, son père, « étant régent sur la France, eut peine « à se garantir de la fureur des Pari- « siens , pour un décrit des monnaies « qu*il avait fait fiire , et quMl eust € esté en très-grand danger de sa per- « sonne, sans un chaperon mi-parti de « pers et rou2;e que Marcel, lors prevost « des marchands, lui mit sur la teste.» Le chaperon, d^endu en 1415 et en 1410 aux femmes de mauvaise vie, continua à être en usage jusqu'au temps de Charles VII. Ce prmce ayant, en 1449, repris la ville de Rouen sur les Anglais, ordonna que les hommes de toutes classes portassent sur la robe ou le chaperon , la croix blanche qu'il avait rait récemment broder sur ses enseignes. Les grands seigneurs et le

I)euple portaient alors des chaperons à ongue queue, semblables à ceux que Ton vit jusqu'à la révolution de 1789 dans les cloîtres , et tels que les aumusses dont les ecclésiastiques se revêtent encore de nos jours dans quel-

aues cérémonies religieuses. Cepenant Tusa^e des bonnets et des chapeaux, qui devint insensiblement plus général, fit enfin disparaître le chaperon ; et l'on ne tîouserva de cette coiffure que la queue, qui se jetait sur les épaules, que Ton quittàitet reprenait à volonté, et qui loniztemps garda mal à propos son ancien nom. Du temps de Pasquier, les gens du palais et les maîtres ès arts portaient, avec leurs bonnets ronds sur la tête, le nouveau chaperon sur les épaules, lis l'ont quitté depuis, et il n'est plus 'question nulle part aujourd hui de ce vêtement, qui date de si loin, et qui a eu tant defor** tunes diverses.

Chaperon (Nicolas), peintre et graveur, né à Ch.^tenudun en 1596, étudia d'abord la peinture, dans l'atelier de Vouet, puis se livra à la pratique de la gravure et se rendit à Rome, où il grava et publia, sous le titre de Bille de Baphael, les loges du Yaâ-

CHA FRANGE

CHA

can. S'il ne sut point donner à ses Ggures toute la beauté qu'on remarque dans les originaux, il mérita «m moins Testime des connaisseurs par un grand travail, une belle exécution et un dessin assez correct.

De retour à Paris, Cbaperon continua à se livrer à la |»ratique de son art, et il publia successivement plusieurs gravures qui sont justement appréciées des connaisseurs. Il mourut a Paris en

Chapbbohs blancs.— Le chaperon blanc était regardé, au quatorzième siècle, ainsi que le fnt , à la fin du dixhuitième, le bonnet rouge, comme un symbole d'affrancbissement. Les Flamands, révoltés contre leur comte, avaient adopté cette coiffure pour çîjgne de ralliement. Aussi sont-ils oruinairement désignés chez les historiens du temps, ::uxquels nous devons le sécit de la guerre qu'ils soutinrent . pour le maintien de leur indépendance , par Tex pression de blancs chaperons.

Les Parisiens les imitèrent lorsqu'ils se soulevèrent, en 1382, pour résister aux exactions des oncles de Charles VI ; et l'on arauss! donné quelquefois le nom Rechaperons blancs à ceux qui prirent part à ce soulèvement. Mais la dénomination de maillotins est celle sous . laquelle ils sont le plus généralement connus. (Voyez Maillotins )

Enfin, on a encore désigné quelquefois par Tex pression de chaperons blancs la faction des eaboehêim ou des Bourguignons, qui fut toute-puissante à Pans pendant la démence de Charles VI. Les membres de cette faction sortaient en effet, comme signe de ralliement , l'ancien symbole de la liberté, le chaperon blanc, dont ils revêtirent le roi lui-même, le 18 mai 1413, pendant une procession qu'il avait ordonnée, pour le rétablissement de^sa santé, durant un de ces intervalles lucides que lui laissait quelquefois sa folie.

Les confrères de la paix y dont nous avons parlé à l'article Capuciès, et qui, vers 1183, formèrent en Auvergne une association qui avait pour but

de s'opposer aux horribles brigandages

exercés par les routiers dans le Midi de la i^rance, sont quelquefois appelés chaperons Mânes y parce qu'ils portaient sur leurs vêtements un large surtout blanc , taillé à la façon des scapulaires des moines, et auquel on donnait indifféremment les noms de capuce on chaperon;

Chapitre , eapÊhtbÊm. — Ce nom , qui a plusieurs acceptions, ne peut être lîOnsioéré ici cjue sous une seule, celle où il signifie 1 assemblée des différents membres d*une congrégation ou d*nQ ordre religieux. Ces assemblées sont ou temporaires ou permanentes ; dans la première de ces deux catégories , se placent naturellement les chapitres des différents ordres monastiques, lesquels se réunissent périodi^ement et à des époques plus ou moins rapprochées, pour traiter de leurs affaires les plus importantes , et procéder à Télection de leurs principanx dignitai* res. Ces assemblées , oui étaient assez fréquentes avant la révolution, et qui , à cause du grand nombre des personnes qui y assistaient, étaient toujours un événement important, sont rares aujourd'hui , et n^exdtent plus l'attention publique.

Les chapitres permanents sont ceux des églises cathédrales et collégiales, et leurs membres sont connus sons le nom de chanoines. Il fallait autrefois réunir certaines conditions pour être admis dans ces chapitres; et l'on ne pouvait être reçu dans quelques-uns ' sans faire preuve dîme noblesse trèsancienne ; tels étaient ceux de Strasbourg et de Lyon.

Tous ces chaf)itres furent supprimés

fiar la constitution civile du clergé ; et ors de la réorganisation du culte catholique en France, on ne rétablit que les chapitres des cathédrales pour la splendeur du culte et pour le gouver- * nement des diocèses , pendant la vacance du siège épiscopal.

Quant aux chapitres des églises collégiales , dont Boileau disait , au siède de Louis XIV ,

Ces picQK fainéant» faisaient dianter nutinM , VcillaiMt à btai 4ln«r, et teiiMiMt «o tew liM ▲ te duurtn» g»g4» 1« Ida S* ptiir DiM •

L*umv£R&

€HA

n'ont point été rétablis, et il n'en

existe plus en France, à moins que 1 on ne considère comme chapitre de collégiale le chapitre royal de Saint- JDeuis.

Chapon (vol du]. — On appelait ainsi, dans l'ancienne jurisprudence, une certaine étendue de terre située autour d'un manoir féodal ou maison Boble, et qui égalait à peu près la por? té0 du Tol- d'un chapon. C était , avee* le manoir, ce qui revenait de droit, dans le partage des biens, à l'aîné de la famille.

Châppe (Claude), né, en 1765, dans le département de la Sarthe. La découverte de Tart télégraphique est, s<ms contredit, l'une des plus ingénieuses des temps modernes. La première idée du télégraphe appartient au célèbre physicien Amontons; mais cette idée était encore à l'état dé théorie, et elle était loin d'être réalisée , lorsque Chappe parvint à la mettre en pratique. Plusieurs savants s'étaient vainenient occupés de la soistion do problème. Chappe ne se laissa pas effrayer par l'inutilité de leurs eiforts; et il trouva enfin, après de longues recherches, son ingénieux qFStème* Ije premier essai qu'on en fit se trouve lié, dans l'histoire de la révolution , à un fait d'armes glorieux pour la France : la reprise de la ville de Condé sur les Autrichiens en 1793.

La Convention était en séance lorfqne, quelques instants après cet heureux événement , elle en reçut la nouvelle par le moyen du télégraphe. Dans sa reconnaissance , elle donna aussitôt h rinventeur de ce moven de communicatioii si rapide le titre d'ingénieur télégraphe. Cliappe eut ensuite à défendre ses droits au titre d'inventeur du télégraphe, contre les réclamations de Breguet et Bétbanooort. Depuis, ses titres ont été de nouveau' constatés; et l'on ne peut plus désormais lui refuser la iïloire d'avoir fait cette belle découverte. Mais la douleur qu'il éprouva en se la voyant contestée fut SI vive qu'elle le conduisit au tombeau le 25 janvier 1805. La Convention i'avait chargé de construire trois Ugnes^

télégraphiques. Deux de ses frères

qui avaient travaillé avec lui lui succédèrent; l'un avait été, en 1791, député à l'Assemblée nationale; l'autre est aujourd'hui inspecteur général des télégraphes. (Voyez Télégbaphb.)

Chappes , petit village situé sur la rive gauehe de la Seine, à 8 kil. dë Bar-sur-Seine ( dép. de l'Aube ), est mentionné dans l'nistoire dès l'année 752; et saint Loup, abbé de Ferrlères, nous apprend, dans une de ses lettres, que, vers 870, il fut obligé de fuir devant les Normands qui menar.iient de remonter la Seine jusqu'à Chappes.

Les anciens seigneurs de Chappes étaient les plus puissants de la province; membres du conseil des comtes de Champagne, ils siégeaient, aux assemblées des grands Jours , à coté des sires de Joinville et de Brienne.

En 1439, le château, alors possédé par Jacques d'Aumont, allié des Anglais, soutint un slv'^e à la suite duauel il fut pris et détruit par le duc de Bar. Quelque temps après, Chappes fut repris par les Anglais, qui en furent déloges une seconde fois par Barberey en 1431.

Chappes (combat de). — En 1430 , le brave Barbazan^ nommé par Char<> les Vn capitaine de la province de

Champagne, enleva successivement aux Bourguignons , Sens , Villeneuve - le- Roi, Pont-sur - Seine, et vint mettre le siège devant la forteresse de Chappes. Le sire d'Aumont s'v maintint vaillamment pendant plusieurs semaines ; enfin il envoya demander des secours au conseil de Bourgogne ; et le maréchal de Toulongeon vint à son aide avec la fleur de la noblesse de cette province. Barbazaii ayant, après de longs délais , trouvé une occasion favorable , engagea la bataille et mit les ennemis en déroute.

La garnison tenta inutilement de les secourir. T.e sire d'Aumont lui-nM!me fut pris, et le château tomba aux mains de Barbazan.

Chappbonaye (J. Chenel , siearde* la), gentilhomme breton, né vers la fin du seizième siècle, descendait du oéièbre Jean de J^eaumanoir. Il visita

OiA

«ne partie de FËtirope , et , à iOti

tour en France , il <it imprimer : les Révélations de C ermite sur l'état de In France, 1617, in-S**, <ig. , rare. Ce livre est très-singulier: l'auteur y prétend réformer l'usage du duel ; et , pour parfeoir à ce but , il propose rétablis* srment d'un ordre de chevalerie dont tous les membres, bons gentilshommes , braves et adroits aux armes , feraient vœu de ne jamais accepter de cartel , et de poursuivre les duellistes connus. Louis XllI lui permit de porter îa marque distinctive de cet ordre, qui consistait en une croix émaillée de rouge , représentant , d*un côté , Teffigie de saint Louis, et, de l'autre, celle de sainte Madeleine. « J'offre le « combat , disait au roi le fondateur, « contre celui qui voudra tenir le parti «t du duel (seul à seul , les armes à la « main , en la place qu'il vous plaira «nous ordonner), aun de maintenir «que le duel est une action indigne «d'un homme de bien et d'honneirr, « d'un iîdèle François et d'un homme « de courage. » Les statuts de cet ordre, dont la Cliappronaye parait avoir été le seul membre , ont été Imprimés à TSantes en 1G14.

r Chappuis (Claude), poète du sei- Kiime siècle, miet de oiambre, puis bibliothécaire de Fhmçqis I*', passa sa vie à la cour de ce prince et de ses premiers successeurs. Il consacra son talent pour la poésie à faire l'éloge de ses proteeteura , auxquels il ftil peol* être redevable de là réputation dont il jouit, aussi bien que de sa fortune.

Quoi qu'il en soit, les éloges de Marot n'ont pu garantir ses ouvrages de FouMi où ils sont maintenant pion* eés, et dont il faut avouer qu'ils sont dignes à tous égards.

Chaptal ( Jean -Antoine-Claude) , comte de Chanteloup , né, en 175G, à lïojaret , département de la Lozère , se nt un beau nom dans la science et dans la politique. Non-seulement il fut Tun des plus grands ciiimistes et l'un des plus habiles administrateurs qui aient honoré la France, mais il sut encore, par la loyauté de son cara«* tère, ae cooctlier rosifaiie 4» toM lei

nartis; privilège bien rare, surtout à

l'époque où il vécut.

Après avoir achevé ses études classiques aux collèges de Mende et de Rhodez , le jeune Chaptal fut envoyé dhei nn de ses oncles , qui exerçait la médecine à Montpellier. Peyre enseignait alors la chimie au jardin des plantes de cette ville; ce fut à ses leçons que Chaptal puisa les premières notions de cette science qni devint dès lors un des objets ftivoris de ses éttt«> des. Reçu docteur en 1777, il vint bientôt a[)rè's à Paris, où la société de Lemiere, Roucher, Cabanis, Delille, Fantanes , etc. , réveilla en lui , sans diminuer sa passion pour les sciences naturelles , le goût de la littérature et de la philosophie. Il retourna , en 1781, à Montpellier, où une cliaire de chimie fut fondée pour lui par les états du Languedoc. Il y développa avec un grand talent la théorie de Lavoisier, qui commençait dès lors à s'élever sur les ruines du système de Stabl; et il s'attacha surtout à donner à son COUPS une utilité pratioue, en indiquant une foule aappucatioM de la chimie aux diverses branches de I industrie et des arts; et il acquit bientôt une telJe réputation , que toutes les fois qu'il s'agissait de commerce, d*afts ou d'agriculture, les états du Languedoc le consultaient toujours comme la seule autorité compétente.

lAmiftiê la réfoltttion éclata , Cbap* tal en adopta les principes avec enthousiasme. Toutefois, la partialité qu'il montra en faveur des girondins dans un écrit intitulé : Diaiogue entre tm mmtagimrd et un ^ronèmi, le (it arrêter après le 81 mai; mais il fut bientôt délivré par ses amis, et vint à Paris, où la Convention avait besoin de ses talents. Le comité de salut public le fit appeler, en 1793, pour le consulter sur la fabrication du salpêtre et de la poudre à canon. Nommé directeur de l'établissement de Grenelle, il y rendit d'éminents services en simplillant les procédei» de fc^ricatiou , et an imprimant à la manufiM^ture dei pMdcet UM tstta aetinté gue l'M par«

liai, en peu de temps, non-seulement des choses au*il avait faites, fut

à pourvoir à tous les besoins du mo- accompagnée des regrets de toute la

ment , mais encore à approvisionner France. Depuis ce temps, Cliaptal oc*

les arsenaux [tout l'avenir. Chaptal cupa encore de hauts emplois et rem-

figura ensuite avec les Mooge, les plit des fonctions importantes; mais

Fourcroy, les Guy ton de Morveau , et son rôle politique ne nit plus que se-

autres savants illustres, au nombre condaire.

des premiers professeurs de l'école En 1805, il fut nommé grand offi-

e^lytechnique ; puis, il retourna à cier de la Légion dlionneur , puis

ontpellier, lorsqu'il pensa que Ton membre et trâoHer dti sénat. Quel-

pouvait se passer de ses services à Pa- ques années après, il fut créé comte

ris. IMais il revint s'y fixer délinitive- de l'empire, et sa terre de Chante-

ment vers Tannée 1797; et, l'année loup fut érigée en majorât. En 1813

suivante, il devint membre de Tins- et 1814, l'empereur l'envoya à Lyon en

titut. qualité de commissaire extraordinaire

La carrière politique de Chaptal ne pour y organiser la résistance contre

commença sérieusement qu'après le l'étranger. Pendant les cent jours,

coup d'État du 18 brumaire; mais Chaptal accepta le ministère du coni-

elle fut brillante dès le début. iNommé merce et des manufactures; à cette

d'abord conseiller d'État, il fut ensuite époque, comme en 1793, il montra ce

appelé au ministère de Tintérieur, que que peut la science pour la défense du

Lucien Bonaparte venait de quitter sol de la patrie. A la seconde restau-

pour se rendre en Espagne en qualité ration , Louis XVIII lui enleva son

d'ambassadeur. Dans ce poste élevé , titre de pair de France , qui lui fut

qu'il ne conserva que trois ans , le cependant rendu en 1819.

nouveau ministre déploya une acti* Les travaux de Chaptal , comme

?ité incroyable. Sous son administra- chimiste, lui ont mérité Testime du.

tion, l'agriculture , le commerce et monde savant autant que la recon-

l'industrie semblèrent renaître comme naissance de ses compatriotes. Avant

par enchantement. 11 serait impossible lui, aucun chimiste n'avait fait une

d*énumérer ici toutes les grandes en- aussi heureuse application de la

treprises auxquelles Chaptal attacha science à l'industrie. Il simplifia les .

son nom ; qu'il suffise de relater ici procédés de la fabrication de l'acide

l'embellissement et l'assainissement sulfurique , et trouva le moyen dR

de Paris , l'établissementdes chambres composer i alun arliliciel, si répandu

de commerce les encouragements aujourd'hui dans le commerce. Il ap-.

donnés aux arts et à l'industrie , la pnt aux ingénieurs à remplacer les

mnltiplication des manufactures, l'ex- pouzzolanes d'Italie par les terres ^

tension donnée à la culture de la ochreuses calcinées. On lui doit en-

pour les procédés nouveaux ouvert au nombre d'ouvrages, parmi lesquels il

Conservatoire des arts etmétiers, éta- faut distinguer surtout sa Chimie ap*

blissement qui dut en outre à Chaptal pliquée aux arU, 1806, 4 vol. in-8";

de précieuses collections, le perfection- un Trtdté sur la cuUurê de la vigne;

nement des voies de communication, l'Àrt de gouverner les vins ; CAH du

la formation de la société de vaccine , teinturier ; PJrt du d(' graisseur ; un

la protection accordée à l'instruction Essai sur le blanchiment ; un Essai

publique, etc. Cependant , Chaptal sor- sur le perfectionnement des art^ chi-

tit , en 1804, du ministère de l'inté- ndques en France; un grand nombre

rieur,oùllfoUemplacéparChanipagny. d'articles dans les Annales de chU

fita disgrâce, ou plutôt sa retraite, car nde , la Revue encyclopédique et

Fampereur n'oublia jamais les gran< autres journaux scientifiques ; enfin ,

FEAIiCE.

Iê Chimie appliquie à tagrieut' tmre , son denuer ouvrage « 1838, 3 ¥0l. in-S".

Nous terminerons cet article en citant un passage du discours au'il prononça lorsque, après la bataille d'Ans* terlitz, tous les corps de i'Êtat votèrent l'érection de la colonne Vendôme pour consacrer la gloire de Napoléon.

Ces quelques mots renferment toute la pensée, et on peut dire tout le sys* tdme politique de Chaptal : « Quelques « générations se sont à peine écou- « lées, dit-il, et Therbea couvert cette « colonne d Ivry, élevée à la mémoire « d'un monarque Tainqueur des dis* « cordes civiles et des ligues étrangè- « res; sa statue ne frappe pins nos re- « gards au sein de nos cités ; tandis « que le vœu qu'il forma pour le la- « boureor restera éternellement gravé « dans le cœur reconnaissant du peu- « pie français. » Chaptal mourut le 80 juillet 1832.

Chapuis (Gabriel), né à Amboise , en 1546, succéda à Belleforest dans la place d'bistoriographe de France , et mourut à Paris vers lOll. Le nombre de ses ouvrages s'élève à près de soixante et quinze : nous citerons seulement les plus importants : HU" ioire de Primcuéon de Grèce, traduit de l'espagnol, Paris, 1572-83, in-8*; j4madis de Gaule, traduit aussi de l'espagnol, Lyon, 1075-81 , 21 vol.

in-16; les Mondes célestes, terrestres et infernaux, etc.,... augmentés du Monde des comus , etc. Lyon,

1583, in-8^

Chapuiseubs (Corporation des).— On appelait autrefois chapuis C) la charpente en bois des bâts ou des selles qui étaient alors si lourdes et si massives. Les chapuiseurs , comme nous rapprend le Registre des métiers (titre LXXIX) , laçonnaient donc ou charpentaieht les chapuis, que les blazenniers ou blasonniers recouvraient eusuite avec du cuir. C'est

(*) Le mut eapuxa est encore en usage daù le patois du Midi pour ngnifier défroMÛr uamonMO de hoti.

dans les statuts de cette eorpofstioift

nue Ton trouve la première mention

au chef-d'œuvre imposé à l'apprenti pour passer à la maîtrise , bien que probablement les chaj^^uiseurs n'aient pas été les premiers m les seuls soumis à cette coutume , introduite plus tard dans toutes les corporations :

« Se li aprentis, dit le livre d'Étieniie « Boiieau , set faire un chief-d'œvre, « tout sus, ses mestres puet prendre « j autre aprentiz , pour la reson de « ce que quant j aprentis set faire son « cliief-d'œvre , il est reson qu'il se « tiegne au mestier , et soit en Tou- « vroir, et est reson que on l'oneure > et déporte plus que celui qui ne le « set faire, sf que ses mestres ne l'ena voit mie en la vile quère son pain « et son vin ausi comme j garçon, etc.»

Les chapuiseurs, comme les divers métiers qui employaient le cuir, reconnaissaient pour chef je cordvuanier du roy. On voit par le rôle de la taille de Paris , sous Philippe le Bel, en 1393, qu'il y avait à cette époque à Paris douze chapuiseurs. Ce métier dut , plus tard , se fondre dans celui des selliers; mais nous ignorons à quelle époque se fit cette fusion.

CHABAsCMoîse), né à Uzès, en 1618, étudia la chimie à Orange , vint ensuite à Paris, et fut nommé bientôt après démonstrateur de chimie au Jardin du roi. Mais son attachement pour la religion réformée lui fit quitter cet emploi ; et, peu de temps avant la révocation de l'édit de Kantes, il abandonna la France pour se retirer en Angleterre , où le roi l'accueillit avec umté. Il se rendit ensuite en Hollande , et exerça la médecine à Amsterdam avec tant de succès , que l'envoyé d'Espagne le sollirita de se rendre à Madrid pour y donner ses soins au roi Charles II , dont la santé était depuis longtemps chancelante.' Chnrns craignant l'inquisition , s'y re^ fusa d'abord ; il céda ensuite. Mais ses craintes ne tardèrent pas à se réaliser : les médecins de la cour , jaloux de ses succès, le dénoncèrent à ce

terrible tribunal , et raocuçèfent d'à- T. ly. 88* iàoraiêan. (Digt. bnctckop., btc) 88

♦ôfr ftit MIT les vipères un travail qui ^mXt détruit une croyance supersti* tieiise des habitants âe Tolède ; ces malheureux s'étaient jusqu'alors exposés volontairement à la morsure de tes reptiles , parce qu'un de Jeurs archevêques leur avait assuré que danft line étendue de douze h'eues autour de leur ville, les vipères qui nnrnicnt !ine fois jeté leur venin en seraient privées pour toujours. Charas fut donc enfermé, el il eât été coudamné à être brûlé vif, si, au bout de quatre mois, il n'eilt abjuré le protestantisme. Il revint alors en France, et Louis XIV, i)0ur lui témoigner la satisfaction que lui causait sa conversion , agréa , en IM, sa nomination à rAcadémie des sciences. Charas mourut le 17 janvier 1698 , âgé de quatre - vingts ans. Il a laissé plusieurs ouvrages estimés.

Chabbonnei. (J. g. J.)> lieutenant général d'aytillene , né à Dijon , eri 1776 , fit ses premières armes aux sièges de T>yon et de Toulon, etgagna, devant celte dernière place , le grade de capitaine. Cité avec éloges pour les services qu*il avait rendus à la prise de Luxembourg, il assista ensuite m siège d'Khrenbreitstein , puis au passage du Rhin , qui s'effectua près de pieuwied , et il fut désigné pour faire

Î|artie de l'expédition d'Egypte. Il fut ait chef de bataillon sur le champ de bataille des Pyramides , et charge du commandement de l'artillerie du Caire.

Après avoir armé le château , et mis èn état de défense les bouches du Nil, jÔharbonnel fut atteint, à Rosette, aune ophthalmie qui l'obligea de revenir en Kurope. Dans la traversée, il fut pris et conduit à Janina, dont l'air ftalubre lui rendit bientét Tusage de la Tue. Le fameux Ali voulut le retenir â son service, et s'aida de ses lumières dans deux expéditions; mais Charhonnel trouva le moyen de s'évader, et i^nla à Corfott. Malheureusement il ne put édiapper à la surveillance du

?' ouvernenr turc. Il fut arrêté et mené Constantinople , d'où il regagna la France,après quatre nioisde détention.

Il fût noftmié , presque auasitdtaprès

son retour, colonel du 6^ régiment d'ar<* tillerié légère, et assista mt diverses

affaires de la campagne de 1805. II

passa l'année suivante en Prusse , et se distingua à léna, nu passage de l'Oder, et à ceux de la V istule , de la Narrew et du Bug. En Prusse, en Pologne, en Espagne, en Russie, partout enfin où il fut oppelé , il donna des preuves de courage et d'habileté.

Psommé général de division à la suite des sages mesures qu'il sut prendre après la désastreuse retraite demoscou, il prit part aux batailles de Lutzen, de Bautzen, et combattit sur la Bober, à Goriitz et à Leipzig. Il fit ensuite la campagne de France, et, à Favénement des Bourbons, il devint inspecteur général d'artillerie. 11 figure aujourd'hui parmi les membres du comité de l'artillerie. •

Chabbonnebie. (Voyez Cabbo-

IIABI).

CiiAEBONNiEB (Louis) , lieutenant général, né à Clamecy en 1754, entra au service, comme simple soldat, ea 1780. Il fit SOUS Bumouriez les cam* pagnes de Belgiaue , et commanda en chef, en 1793, I armée des Ardennes.

La fortune , qui lui avait été favorable à Bossut et à Aussov, sembla l'abandonner sur le^ bords de la Sambre ; mais il répara ses échecs sous leâ murs de Charleroy. Néanmoins Charbonnier, qui n'avait guère d'autre mérite qu'un ardent patriotisme et une valeur à toute épreuve , resta depuis dans line espèce de disgrâce. Il obtint seulement quelques commandements de places, entre autres celui de iNfnëstricht, où il se trouvait encore en 1814. Mis à la retraite à la restauration, il se retira à Givet, où il mourut quelques aimées avant la révolu* tion de juillet.

Chabbonmebs. La corporation des charbonniers jouissait autrefois de privilèges assez remarquables , qui dataient peut-être de Taventure si connue de François égaré à la chasse. A une époque où la monarchie ne donnait pas souvent la main au prolétaire, les charbonniers partA*

Çeaient avec les dames de la halle Tayantage d'être admis à la cour , pour V présenter leurs félicitations et leurs harangues , lors des mariages ou des

naissances des princes de la faniille royale. Bien que la restaurntion ait essayé dans deux ou trois circonstances de ressusciter cet antique usage , il n'a jamais repris faveur , et 11 a disparu sans doute pour toujours, depuis les événements de juillet 1830.

A? ec les représentations gratuites des tliéltres , a encore dis^raru un antre privilège des charbonniers « celui d!y occuper avec les poissardes les deux grandes loges de Tavant-scène dites du roi et de la reine.

Parmi les charbonniers , les uns étaient mattres créés en titre d'ofQee, et ainsi officiers de ville ; les autres servaient sous eux comme valets , et étaient appelés plumets ou garçons de la pelle.

Chabcot CHippolyte),néà Vîrîeuxle-Grand , dép. de l'Ain, en 1792, entra en 1812 comme volontaire dans le 96*" régiment d'infanterie de ligne. Dès 1814, Cbarcot était sous-lieutenant, etil faisait partie, en 1815, delà garnison de ^ïetz. Le conseil de défense de cette place forma alors unecompajznie d'éclaireurs composée des hommes de la

Éamîflon les plus renommés pour leur ravoure et pour leur sang-Troid. Le commandement de cette élite de braves fut donné au capitaine Métivier, auquel on adjoignit le lieutenant Uacmil et le sous-lieutenant Charcot.

Parmi les traits d'une audacieuse intrépidité par lesquels se signala cette compagnie, nous citerons le suivant:

le 7 juulel, à neuf heures du soir, le capitaine Métivier reçut Tordre de sortir de la place , et de pousser une connaissance jusqu'au village de Gravelotte , où cinquante dragons russes s'étaient établis depuis quelques jours.

Le capitaine Métivier partit avec quarante-cinq hommes, parmi lesquels sè ttouvaient Hacmil et Charcot. La marche fut rapide ; mais, arrivée près du village, la petite troupe apprit que quatre-vingts cavaliers, détachés d'une

brigade qui bivouaquait à peu de distance, étaient venus renforcer le poste

Jifetle allait attaquer. Ce surcroît 'ennemis n'intimiaa point ces intrépides soldats ; ils s'avancèrent avec audace contre des forces trois fois plus nombreuses , et qui pouvaient augmenter encore d'un moment à Tau* tre , à cause de la proximité des M- •youacs. Ils étaient à peine à une portée de fusil du villaize, que les vedettes ennemies les ayant reconnus , firent feu sur eux etdonnériint ratarme. Les éclaireurs, leurs officiers en téte, s'élancent aussitôt , la baïonnette eh avant , entrent dans le village au pas de course , se précipitent sur un piquet de dragons , leeulbateut* le dispersent, et tuent le commandant.

Les autres cavaliers russes, rassemblés dans une écurie, s'apprêtent à venir au secours de leurs camarades ; mais à' kftir sortie ils sont éccueiliis par une fbsillade meurtrière.

Le combat s'engage avec acharnement.

Enfin , après une lutte acharnée , les Eusses sont enfoncés , et se réfugient dans récurie , où ils se disposent à f a i r e une v i go u reusc défense. Le capitaiiie !\!étivier et le sous-lieutenant Charcot, suivis seulement de quelques éciaireurs, enfoncent la porte, et se précipitent dans l'intérieur lesalHre à la main. La mêlée devient terrible , le carnage est effroyable. Bientôt cinquante dragons ont succombé, les autres mettent bas les armes et se rendent à discrétion. Plusieurs détachements russes, accourus au secours du poste de Gravelotte, essayent vainement de couper la retraite à nos intré[)ides éciaireurs, ceux-ci renversent tout ce qui s'oppose à leur passage , et rentrent triomphants dans Metz, avec vingt-sept prisonniers et trentedeux chevaux. Le sous -lieutenant Charcot se distingua surtout dans eette brillante affaire. Il re(^ut les élo* m du lieutenant général oomte Bel« fiart, commandant en chef l'armée de la Moselle ; son nom fut proclamé dans un ordre du jour do l'armée , et la croii de la Légion d'honneur fut

616 eu IiUNIYfiRâ* CHA

demandée ponr lai. Mais les désastres

du mont Saint -Jean retardèrent le

moment de la justice , et Charcot ne reçut que longtemps après l'étoile des braves qu'il avait si bien méritée.

Licencié en 1815, Charcot fit ensuite partie de la légion du Cantal, et passa en 1820 dans le 8e régiment d'infanterie de ligne. Il est aujourd'hui capitaine de grenadiers dians ce régiment..

CffARCUTiERS (corporation des). — Le débit de la chair de porc fut longtemps, ainsi que celui des grosses viandes, entre les mains des bouchers, qui la Tendaient fraîche ou salée , mais toujours crue. Lorsque les rôtisseurs furent établis en communauté , ils en étalèrent aussi chez eux , mais ils ne la vendaient que rôtie. Enfin quelquesunes de ces personnes dont la profes* sion est de donner à boire et a manger, s'avisèrent, pour la plus grande commodité du public , de vendre du porc cuit, et de joindre à ce petit commerce celui des saucisses toutes faites. Le débit de ces deux articles les fit nommer chaircuitiers ou saucissiers. Bientôt cette profession devint si luerative , et il y eut tant de gens qui l'embrassèrent ou la cumulèrent avec la leur , que le parlement fitt obligé de limiter le nombre de ceux qui pouvaient l'exercer. II l'interdit en enet, par un règlement de 1419 , aux chandeliers et aux oorroyeurs, dont le métier n'était pas assez propre pour qu'ils pussent y joindre le commerce des comestibles. £nljn, eu 1475, les cliarcutiers furent réunis en communauté , et ils reçurent des mains du prévôt de Paris des statuts qui furent confirmés par un édit du roi. Par ces statuts , la vente du porc cuit leur fut attribuée ; mais cette vente devait cesser pendant le carême , et alors ils pouTaient la remplacer par celle du tareng salé et du poisson de mer. On leur permit en outre, en 1513, de vendre du porc Irais ; mais les bouchers continuèrent à jouir, concurremnenlavecm» de ce privil^e, qui

. leur fut confirmé par les statuts que leur donna Henri IlL Toutefois , ils

l'abandonnèrent ensuite peu à peu , et enfin des lettres patentes, publiées en 1705 , attribuèrent exclusivement aux charcutiers le droit de vendre la chair du porc, quel que fût le degré de préparation qu'elle eût subi. Quant aux saucisses , que depuis longtemps ils pouvaient seuls débiter , la vente lenr en ftat intcnrdite depuis le carême jusqu'au 15 septembre, parce qu'en été la chaleur aurait pu les corrom* pre.

La communauté des charcutiers , supprimée , avec quelques autres corporations , vers le milieu du dix-huitième siècle , fut rétablie nar un édit du mois d'août 1776; et elle reçut, le 26 août 1 783, les nouveaux règlements par lesquels elle était gouvernée à Tépoque de Tabolition des jurandes et des maîtrises.

Aujourd'hui la profession de charcutier , sans être limitée comme autrefois , est soumise , dans chaque localité, ainsi que celles des bouchers et des boulangers, à des règlements éma* nés de l'autorité municipale, et dont le but est de prévenir les falsifications et les fraudes dont Teffet pourrait être nuisible à la santé publique. Suivant un relevé fait par Lavoisier, il était entré à Paris , en 1789 , 35,000 porcs- Il en est entré 87,000 en 1835. Le nombre des charcutiers de Paris , qui s'aocrott ré§[ulièrement de deux ou trois par an, était de S84 au commencement de 1836.

CiiABDiN (Jean) , célèbre voyageur, était fils d'un bijoutier protestant de Paris. Il naquit le 16 novembre 1643, et n'avait que vingt-deux ans , lorsque son père l'envoya dans les Indes orientales, pour quelques opérations relatives au commerce des diamants. Il se rendit à Surate, en traversant la Perse. Mais son séjour 3^ fut de courte durée, et il revint bientôt après a ïs[)ahan, où il demeura six ans. Nommé marchand du shah, il se trouva en relation avec les hommes les plus puissants du paya et profita de cet avantage pour recueil-

lir une foule de renseignements sur le gooTernement , les mœurs et les ttsaoes de la Perse.

Il revint à Paris, en IG70, avec l'intention de s'y fixer; mais il reconnut bientôt ^ue sa religion , à laquelle il ne voulait pas renoncer, Texposerait à des persécutioDs , et il repartit , en 1671 , pour la Perse et les Indes, où il séjourna encore dix ans. Il en revint en 1681 par le cap de Bonne- Espérance ; et , après avoir abordé en . France , mais sans s'y arrêter , il alla se fixer à Londres, oii il épousa bientôt après une Française , que sa religion avait également forcée de quitter sajpatrie.

• Chardin travailla ensuite à la relation de ses voyages , et il en publia la première partie en 1686, en 1 vol. inlol. , orné de dix-huit belles gravures. Les autres parties allaient suivra celle-ci , lorsqu'il fut nommé plénipotentiaire du roi d'Angleterre, et agent de la compagnie anglaise des Indes orientales auprès des États de Hollande.

On ne sait pas précisément à quelle

époque il revint en Angleterre ; mais il y mourut en 1713, à l'âge de soixanteueuf ans. Il avait achevé, pendant son séjour en Hollande , la publication de son voyage, dont deux éditions paru* rent en 1711.

CHA.BDON (chevaliers du).— L'ordre militaire des chevaliers du Chardon fut institué en 1370 , par Louis II, duc de Bourbon, lors de son mariage avec Anne , fille de Béraud II , eomte de Clermont et dauphin d'Auvergne.

Les insignes de cet ordre étaient une large ceinture de velours bleu, doublée de satin rouge , bordée d'or, et fermant au moyen de boucles et d'ardillons d'or , ébarbillonnés et déchiquetés avec rémail vert , comme la téte d'un chardon ; les chevahers portaient, en outre , un manteau de velours bleu oéleste , doublé de satin rouge, et un collier d'or, composé de losanges et de demi -losanges à double orle , émaillées de vert , percées à Jour, remplies de fleurs de lis d*or , et où on lisait le mot Espérance* A ce

collier était attaché un médaillon qui pendait sur la poitrine , et sur lequel était peinte Timagede la sainte Vierge, entourée d'un soîeil d'or et couronnée de douze étoiles, avec un croissant sous ses pieds et une téte de chardon éroailléede vert.Enfin, la coiffure des chevaliers était un bonnet de velours vert, rebrassé de panne cramoisie , et orné d'un écu d'or.Les ducs de Bourbon étaient les chefs de cet ordre, dont les membres devaient être aa nombre de vingt -six , tous gentilshommes et sans reproche : mais on croit qu'il ne subsista pas fort longtemps.

GHABSOlf 1>1 LA ROCHBTTB ( Si*

mon), savant philologue et bibliographe, naquit en 1753, dans le Gévaudan, et se fit remarquer de bonne heure comme habile helléniste. Un voyage qu*il fit , en 1773 , pour visiter les bibliothèques d'Italie, lui valut Tamitié de plusieurs savants étrangers; Tun d'eux même, le célèbre Amaduzzi, lui proposa d'être l'éditeur de deux nouveaux chapitres de Théophraste qu*il venait de découvrir. Mais Chardon qui venait de se procurer à graud'peine et à grands frais une copie du fameux manuscrit palatin de V Jntfiologie, ne put accepter cette offre, et revint à Paris oii il forma , avec d'Ansse de Villoison, une liaison que la mort put seule interrompre. A l'époque de la révolution , Chardon de la Rochette fiit nommé inspecteur des bibliothèques nouvellement créées dans les départements; il devint ensuite l'un des principaux collaborateurs du Magasin encyclopédique de IMillin, et eut quelque part a la publication de la Biblio» Aéque des romtnu grecs , qui parut en 1797. U se disposait , en 1808 , à

f)ublier son grand travail sur l'antho- Oi^ie, travail qui devait former 9 vol. grand in -8", et contenir, outre le texte du manuscrit palatin, avec une ver* siott latine , de nombreuses notes et variantes , et la bibliographie complète de tous les poètes mentionnés dans ce recueil. Malheureusement cette entreprise Ait enoora ijouméei et Chardon de la Eocbette mounU sa

1814, avant qu'elle eût même reçu un «oiitiiiefiMnient4'ffitéeutidn.Ilafnt|ia<«

Mié CO ni m e a 1 1 1 e 1 1 r d es «fe Ofl«

tique et de ph ilohxjic , 1 8 1 2 , 3 vol . î n - 8'; et comme éditeur, l ' une nouvelle édition de SéméUon , histoire véritable du miùrquii de Bette''Ms, 1807, tqm Inan trè^lictenoienx ; 2o une Histoire Éecrète du cardinal de Richelieu, 1808; S'» une Histoire de la vie et des ouvrages de la Fontaine, par Marais* Chardon de la Rochette a laissé en outre vn grand nofnbre de mann»»

èrits.

Charente. — Ce fleuve, qui donne son nom à deux départements , prend sa source dans le département de la Hàiite*Tienne, au petit bdilrg de Ghé^ it)hnac f arrondissement de Rochethouart. Après avoir suivi d'abord une ligne parallèle au cours de la Vienne, il se dirige du sud au nord vers la Loire, ma» à GIvray (département de |a Vienne) un plateau tieré le force à rétrograder. Après un cours de 30,000 mètres dans le département de la Vienne, il entre dans celui de la Clmrente, et coule du nord ausad foeque pvès d*Angouléme. Là , il feit tito coude vers l'ouest , traverse la Saintonge et l'Aimis , et se jette dans Ja mer a 12 kil. au-dessous de Roche- Ibrt Dans une longueur totale de 1S4 kil. il arrose quatre départements, savoir ceux de In Fîaute-Vienne, de îa Vienne , de la Charente et de la Charente-Inférieure. La marée s'y fait sentir jusqu'à Saintes , c'est-à-dire , à 48,000 mètres de la mer. De Cognac à la mer, la Charente est naturellement navitçable, et, au moyen de quelques travaux réclamés par Turgot en 1776, sa navigation s'est étendue jusqu'à llontignae, au-dessus d'AngouMme.

Chabbiitb (département de la). — Ce département , formé de l'ancien Angoumois , d'une partie de la Saintonge et du Limousin , et d'une faible portion du Poitou , est situé dans la région occidentale de la France. II est borné au nord par le département de la Vienne, au nord-ouest |)ar celui des Deux-Sèvres , à l'ouest par ia Cba- Mjt0-lJiftfie«rO| au sud et an sud-est

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