FRA
et en légende : fhancobvm bex ; au revers une croix latine, et au pourtour la légende six nomen , etc. Les deniers parisis avaient conservé leur ancien type ; on y lisait toujours,
FBA
comme du temps de Louis VII : j^^^,
au pourtour le nom du roi : kabolvs BEX, et au revers : parisivs civis.
Ces pièces étaient à la taille de vingthuit au marc , et à quatre deniers douze grains de fin. On ne sait pas au juste quelle était la taille et le degré de fin des tournois ; mais la valeur de ces pièces devait être proportionnelle à celle des parisis. Sur les doubles, on voyait au droit un k accosté de deux annelets , et couronné d'un large diadème fieurdelisé , avec la légende :
FBANCORVM BEX ; tt au rcvcrs , une croix, fleurdelisée aussi, et coupant les mots : BONCTA NOVA. Lcs tournois simples présentent, comme ceux de Philippe le Bel, au droit un débris de chûtel, avec le mot : tvbonvs civis; et au revers la légende : kabolvs F BEX, avec une croix dans le champ.
L'obole est semblable, si ce n'est qu'on y lit : OBOLVs civis au lieu de tvbo-
ïiVS CIVIS.
Charles le Bel rendit sur les monnaies plusieurs ordonnances dont les dispositions sont ple^pes de sagesse.
Mais la guerre ayant de nouveau éclaté avec l'Angleterre , il se trouva bientôt obligé , pour remplir son trésor épuiséj de continuer le déplorable système suivi par son père et par ses doux frères. Un seul fait suffit pour montrer jusqu'à quel point fut porté sous son règne l'abus de l'altération des monnaies :
le gros tournois , qui , à l'époque de son avènement, valait douze deniers parisis, en valait vingt en 1328.
Chables V, dit le Sage, fils du roi Jean et de Bonne de Luxembourg, naquit à Vincennes le 21 janvier 1337.
Lorsque les Anglais eurent emmené à Londres le roi Jean, qu'ils avaient fait captif, à la bataille de Poitiers , Charles s'empressa de saisir en France le pouvoir (1356), et de convoquer les états de la langue d'Oc et de la langue d'Oil, pour leur demander des levées et des subsides. Cette assemblée lui accorda les sommes qu'il lui avait demandées; mais il les dépensa en fêtes et en folles prodigalités, et se vit obligé, dès l'année suivante , de convoquer une nouvelle assemblée. Cette fois les états de la langue d'Oil, dirigés par Robert le Coq, evéque de Laon , et par le fameux Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris , exigèrent dos garanties. Ils obtinrent le droit de s'assembler deux fois par an, même sans avoir été convoqués, et celui de désigner trentesix connnissaires choisis à nombre égal dans la noblesse, le tiers état et le clergé, pour assister le régent dans le gouvernement du royaume. Mais ces commissaires n'eurent pas plutôt commencé leurs fonctions, que les maréchaux de Champagne et de Normandie excitèrent le jeune prince aies renvoyer. Étienne Marcel fit massacrer ces deux officiers en présence du dauphin, sur lequel leur sang rejaillit, et qui, pour échapper «i la fureur du peuple , fut forcé de se couvrir la tête d'un chaperon aux couleurs parisiennes (rouge et bleu) que lui présenta le prévôt des marchands. Charles sortit alors de Paris , et il eut Tiidresse de semer la désunion entre Étienne Marcel et le roi de ISavarre , Charles je
, Googl
m •FfU
Mauvais, qui jusqu'alors avatt soutenu le parti des bourgeois. Au sein même de Paris , le parti royaliste re- Is^ bientôt la tito; Etienne llaioêl périt assassiné et Charles rentra dans la capitale, appuyé sur le bras du meurtrier de ce magistrat. Ce fut alors qu'il signa ce funeste traité de Brétigny, par lequel la Fmct cédait aux Anglais les provinces de Guienne, Querci,Rouergue, Périgord, Agénois, Angoumois, Poitou, Saintong<^> pour les posséder, non plus à titn de fî^, mais à titre de souveraineté lilnre ^ indépendante. Elle de* vait en outre payer trois millions d'écus d'or pour la rançon du roi Jean.
Ce malheureux prince mourut quatre ans après , en ia64 , et Charles Y lui succéda.
La France était alors ravagée par les compagnies. C'étaient les soldats d Edouard III, licenciés après le traité deBrétigny, et forcés, pour vivre, de diereher dans lea brigandages des ressources que la guerre ne leur offrait plus. Charles V les prit à sa solde pour en délivrer le pays , et les envoya , sous la conduite de du Guesclln, détrôner le Mi de Castille, Pierre le Cruel, coupable du meurtre de Blanche de Bourbon. Pierre le Cruel fut vaincu sans combat; mais il fut bientôt ramené par les Anglais, oreii, ioua la eo^doitè du prince de Gallea, remportèrent la victoire de Najara, et firent prisonnier du Guesclin. Cependant, les Gascons, mécontents de la domination des Anglais, gai établissaient sans oesse de npu-»
•mm impôts, s'adressèrent à Cbarles V, comme h leur ancien suzerain, pour obtenir justice, ajoutant, avec leur vivacité méridionale, que, s'ils ne 1 obtenaient pas de lear aeigneitr naturel, ils s'adresseraient à ui| antM, (Uiavles V hésita longtemps; mais enfin , il apprit que le prince de Galles était retenu [naïade dans sou lit, que les médecins anglais lui recomniandaient d'aller respirer les brouillards de son pays natal, et que, d'un autre côté, Pierre le Cruel, vaincu à Montiel, avait été poignardé paj; »QSk
\C&% tm a4S.
frère, Henri de Transtamarre; alor»
il accueillit ouvertement les réclamations des Gascons ; c'était contrevenir au traité de Brétigny, et déclarer la guerre aux Ang^.
Cette fois on ne leur livra pas de bataille rangée. La guerre fut purement défensive de la part de la France. Cbarlee Y défondit esmseément à ses généraux d'attendre fennemi en raie campagne. Il leur commanda de s'enfermer dans les places fortes et d'abandonner les plaines aux ennemis.
Ceuy el dévastèeent en effet tout, le pliait pays. Bientôt il ne resta pUlS une maison debout depuis Laon jusqu'à la frontière d'Allemagne. Mais ils ne tardèrent pas à éprouver eux-mêmes les conséquences de leurs dévasr tations ; le pays qu'ils avaient changé en désert ne leur fournit plus de subsistances, et bientôt les populations entières se levèrent en masse contrq çes incendiaires , <iui se disaient les soldats du roi légitime. Charles V pro«. fita de leur détresse, et, poussant devant lui les débris de leurs armées, il reprit le Poitou , la Saintonge , la Guienne, et ne leur laissa que Calais»
Bojrdeaux et Bavonne.
Charles Y n*etait ni aimé ni estimé du peuple lorsqu'il monta sur le trône^ Les soldats et la noblesse lui reprochaient d'avoir montré ^ à Poitiers, une lÉobeté qui a«all eauié la perte de I9 bataille, k captivité de son père, et ledanger, presque la ruine du royaume.
Les bourgeois avaient été trompés et sacrifiés par lui; enfin, les paysans avaient prouvé par sa faute ^utes lea.
ealamitée de lé guerre , et ils avaient pu croire , lors de la Jacquerie (voyez ce mot} , qu'il désirait leur extermination. Cependant Cbarles V es^ connu de la postérité sous le non) de Charies le Sage, et son règne, plaoé entre deux des époques les plus malheureuses de l'histoire de France, présente , si ce n'est une période de prospérité, du moins un retour asse^ marqué, au dedans, vers raffermisse^ ment de l'ordre; au dehors, vers le rétablissement de la puissance. Les 4é8asUes que son père et sop aï^
CHA L'UNIVERS
avaient attirés sur la Fronce furent à peu près réjjarés pendant son règne de seize ans ; et ou lui a tenu compte iion*8eitleinent de tout le bien qu*il BYaît fait , et de tout celui qui , de son temps, s*était fait de soi-même, mais encore de tout le mal que s'étaient fait ses adversaires.
Charles Y fut surnommé par ses contemporains plutôt le savant, «opiens, que le sage , parce qu'il avait reçu une éducation plus littéraire que les* princes auxquels on le comparait.
Une pédante, ûlle de son astrologue, Christine de Pisan, nous a laissé son |ian^yri(|ue : c*est an écrit où il est aussi difhcile de trouver un trait caractéristique du prince qui en est l'objet, qu'un sentiment vrai, une pensée digne d'éloges dans Tjiuteur. Christine de Pisan mérite cependant d'être crue quand elle parle de l'érudition du roi qu'elle célèbre. « La sage adniinistra- «tration de son père le lit, dit-elle, «introduire en lettres, moult suffi- « samment, et tant que complètement «entendoit son latm , et suffisam- « ment sa voit les règles de grammaire; « laquelle chose plût à Dieu que ainsi « fût accoutumée entre les princes. »
En effet , Charles V fut le premier de nos rois qui comprit l'influence lente, mais certaine, des livres sur l'esprit public. Il en amassa une collection fort considérable pour son temps (voyez rartiele Bibliothèques) , 6t traduire la Bible en langue vulgaire , et augmenta la juridiction et les privilèges de rUniversiie. Dès qu'il eut commencé de régner, « il fit en tous pays, ajoute « Chnstine de Pisan, guerre et cher- « cher et appeler à soi , clercs solem- «nels, philosophes fondés en sciences « mathématiques et spéculatives. »
Toutefois, ce n'est pas à cause de la confiance qu*il accorda aux astrologues, ou des progrès qn*il fit lui-même en astrologie, que la postérité lui a contirmé le nom de sage. Elle a été frappée du contraste que présentent son immobilité et ses conquêtes. U était lÎBiible, maladif, d'un caractère peureux ; il ne parut plus dans les armées après la bataiile de Poitiers ;
dans son palais même , îl vécut caché en quelque sorte ; il n'attira l'attention par aucune action brillante; il ne laissa ni dans les lois, ni dans les actes diplomatiques, aucune trace signalée; et cependant il regagna presque toutes les provinces que les Anglais avaient enlevées à son père.
Au reste, le sentiment qu'inspire Charles Y par les succès constants de son règne est mêlé d*étonnement et presque de terreur, jamais de sympathie. II se dérobe si soigneusement à tous les regards, qu'on oublie presque ses qualités personnelles, et qu'on no remarque qu'une puissance occulte qui frappe l'un après l'autre ses ennemis.
Implacable dans sa haine, il attend cependant des années avant d'exercer ses vengeances ; mais aucun pardon v Aucune réconciliation, aucunes promesses ne peuvent sauver ceux qui en sont les objets. Il relève la puissance de la France , sans pardonner jamais au peuple qui Ta humilié et fait trem« bler comme dauphin; lorsque ce peuplo souffre, il ne ressent pour lui aucune pitié; dans l'incendie des maisons du pauvre, il ne voit que des tumécs qui ne le chasseront pas de son héritage.
« La i ssez - 1 es aller » , répond-il à ses généraux , lorsqu'ils veulent mettre un terme aux dévastations des Anglais ; « par fuinières , ne peuvent venir à « notre héritage. H leur ennuiera , et . « iront tous à néant. Quoique un orage « et une tempête se appert à la fois en . « un pays , si se départ depuis et se « dégaste de seizième , ainsi advien- « dra-t-il de ces gens anglais (*). «
Crables V (monnaies de). — On connaît quatre monnaies d'or frappées sous le règne de Charles V : ce sont des francs à cheval , des francs à pied, ou fleurs de lis , des florins et des royaiix. Le firanc à pied était d'or fin , à la taille de soixante-quatre pièces au marc, et valait 20 sous; il était ainsi appelé , parce que le roi y
(*) Voyez M. de Sismondi , Èisttnre tUê Fhmfaù, t XI. Nous avons beaucoup emprunté à son fivre pour la rédactioii de cal Artifile*
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Hnt représenté debout, dans un
champ semé de fleurs de lis , sous une arcade gotiiique, tenant une main de justice et un sceptre; le re« vers et les légendes étaient a peu près les mêmes que sur les monnaies de Charles IV. Le franc à cheval ne différait du Iranc à pied que parce que le roi y était représenté sur un cheval au galop, répée à la main, le casque et la couronne en tête. Il avait d'ailleurs le même poids , le même titre et la même valeur. Les royaux n'étaient que de 63 au marc ; on n'en frappa que pendant la première année du règne de Charles V; plus tard , cette mon* naie fut remplacée parcelle des francs à pied. Le florin^ fnhriquésur le modèle des florins de Florence, présentait au droit l'image de saint Jean-Baptiste, avec la légende : s. ichaihissb , et an revers une Aetir de lis épanouie, avec le mot FBANTTA. On cessa bientôt d'ailleurs d'en fabriquer.
- Outre ces pièces d'or, Charles V lit «Dssi Êibriquer des gro9 tournois ^ des blancs en argent et de menaes espèces de billou. Il conserva au gros tournois sa valeur ordinaire et son empreinte accoutumée ; mais il Ut fabriquer aussi des^spèees qui portaient le même nom, et dont Tempreinte était différente. Ainsi nous avons de lui un gros dargeiit, marqué d'un K a)uronné . accosté de deux fleurs de us, avec la légende : dsi gbàcia, et . un semis de fleurs de lis au pourtour; Je revers en est d'ailleurs semblable à celui des gros tournois ordinaires.
Il faut aussi attribuer à Charles Y, et non à Charles Yl , à qui le Blanc Ta donné a tort , un tournois marqué de trois fleurs de lis couronnées d*un se* mis de fleurs de lis au pourtour, et de la légende : gbossvs tvronvs.
Quant aux petits tournois de Charles Y, ils présentent le u ne ordinaire des tournois , mais dènguré et altéré.
Avant son avènement au trône, Charles avait fait frapper eu Daupbiné, en qualité de dauphin, des espèces tellea que des florins qui n'étaient que des imitations des. espèces fitbriquées par les
T. iT. 85* UbraUm, (Digt. sn<
anciens daophlns* Devenu roi, il ne fit
pas cesser ce monnayage, et nous avons^ de lui des francs à cheval, des florins, des gros tournois et des doubles tournois marqués de ses deui titres de roi et de dauphin. L'empreinte de ces monnaies est ordinairement la même que celle des monnaies ordinaires de France; cependant il en est quelquesunes qui ont une empreint» dif« Ifirente : ainsi noos trouvons un gros qui n'est autre qu'une imitation des gros frappés par les anciens souverains du Dauphiné, et qui re()résente le roi assis entre deux dau* phins; sur un autre, le châtel tournois e.st remplacé par un dauphin qui occupe tout le champ ; enfin , un double tournois présente une losange écartelée où ligurent au premier et au
Suatrième carrés un dauphin, an euxième et au troisième , une fleur de lis.
Instruit par les malheurs du règne de son père, Charles s'appliqua surtout à bien régler les monnaies; sous son règne elles forent toujours a un haut titre ; à mesure qu'il s'emparait des villes occupées par les Anglais, il y établissait des ateliers monétaires, et rony devait iTap|>er des es^èces.semblables à celles qui se fabriquaient à Paris. Il prit aussi tous les moyens possibles pour réprimer le brigandage des petits souverains voisins de la France , qui s'arrogeaient le droit de contrefaire la monnaie du royaume.
Il fit lancer contre eu^ les foudres de l'Église, et les réprima quelquefois par des moyens plus efîicaces : c'est amsi qu'il ordonna à son baiUi de Mâcon de saisir ponr ce délit les biens de Tabbé de Saint-Oyain de Jou. Il eut des démêlés sérieux avec les évêques de Genève, les princes d'Orange et le comte de Lyon , qui s'étaient rendus coupables des mêmes crimes.
Charles YL — Charles YI , fils de Charles V, monta sur le trône à l'âge de onze ans ( 1380 ). Ses trois oncles, les ducs d'Anjou, de Berri et de Bourgogne, s'emparèrent du pouvoir et gouvernèrent pendant sa minorité. Le duc d*Anjoi4 pilla, la
CLOP., B1C.) 95
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Trnnce pour conquérir 1 Italie, où il trouva la mort. Le duc de Berri fit de grands préparatifs contre les Anglais, Mtfémilr teulenMntà les inquiéter.
Sii6a li due Bourgogne conduisit le fOl en Flandre , pour y rétablir le comte son beau-pere , que ses sujets avaient chassé. Les Flamands lurent vaincus à la sanglante Journée de Ro* lêbecque ( IW) ; d'hoffiblef matta** IMS suivirent cette victoire. Enfîn lé joutie roi , après avoir assisté à toutes ees scènes de carnage , retourna à Paris , et punit, par la perte de presque tous leurs privilèges, les habitants de esHS ville, qui avaient ftit des Yoeox jWlir les Flamands.
Au bout de huit ans, Charles reprit les anciens conseillers de son père, presque tons de la petite noblesse, ou même rotoriers. Ses oncles tes désl-« gnèrent par le sobriquet de marmousets. Ils en voulaient surtout à l'un d*eux, Ciisson, qui exerçait un grand ascendant sur Tesprit du jeune roi, et Us résolurent de le fiiire assassiner. La tentative échoua. L'assassin, Pierre de Craon , se réfugia en Bretagne , et Charles VI se mit à la tête d'une armée pour le poursuivre. Sa folie n'était déjà plus on seeret pour ceux qai rapprochaient. Ce fUrent sans doute ses oncles oui lui ménagèrent cette apparition d un fantôme dans la forêt du Mans , afin que sa folie éclatât au grand jour , et qu'elle leur fournit on prétexte pour ressaisir le pouToir. Ils ne réussirent que trop , et depuis ce moment, Charles VI ne fut plus qu'un jouet entre les mains des ambitieux âui se disputaient le pouvoir. La latte m d'abord entre le duc d'Oriéans, frère de roi , et le duc de Bourgogne , Philippe le Hardi. !\îais les deux partis ne se dessinèrent bien nettement qu'aprés la mort de Philippe de Bourgoene. Son successeur, Jeao sans Peur, fit assassiner (1417) le duc d'Orléans, dont le fils alla chercher un asile dans le midi de la France, où il épousa une fille du comte d'Armagnac. Alors éolata te guerre ei^ile entre la faetion des Bourguignons et celle des Arma« giaes. £ftle âit marquée de pnrt et
d'autre par des actes d'atrocité dignes des temps de barbarie d'où la France semblait sortie depuis plusieurs siècles. Les Anglais profitèrent de ces dissensions funestes : Henri Y débar* qua en Normandie , remporta la vio> toired'Azincourt(141G), et prit Rouen.
Le duc de Bourgogne résolut alors de se réconcilier à tout prix avec les Armagnacs pour sauver la patrie ; Il leur demanda une entrevue, et périt assassiné sur le pont de Montereau-sur- Yonne ( 1419 ). Son fils , Philippe le Bon , se trouva des lors dans une po^ sition très>nette ; il n'avait plus de mé^ nagement à garder envers le dauphin, quiavait assisté au meurtre de son père. Il traita avec les Anglais et leur livra Paris (1420)(voy.TBAiTÉ dk Tboyes).
Benii V épousa la fille de Charles VI, et régna en son nom. Mais il mourut deux ans après, et son beau-père, l'infortuné Charles VI , le suivit de près au tombeau. Il avait vécu pendant ses dernières années dans un état si complet de démence , que sa mort fut à peine remarquée , et qu'elle passa comme un événement inaperçu (1422).
Charles VI (monnaies de). — On continua à frapper sous Charlss YI les Monnaies d*or qui avaient eu coure sotts le règne précédent, telles que les royaux ou deniers d'or aux /leurs de lis, les moutons, les chaises ou doubles d'or et les francs a cheval, Voyejj Chaisxs 9*01 et Châbii» V (bioih Baies de). Mais on en créa aussi dc nouvelles, telles que les écus a la coih ronne , les écus heaumés et les saluts.
L'émission des écus à la couronne f nommés par Froissard couron9ies et couronneideFroÊiée ^ fut ordonnée par lettres patentes du 1 1 mars 1384. CeS pièces étaient d'or tin, et avaient cours pour vingt-deux sous six deniers tournois. On en taillait soixante au mare.
liS nom d*écu leur avait été donné ,
Çarce qu'elles représentaient Técu de 'ranre , surmonté d'une grande couronne , et accosté de deux petites couronnes. iSous consacrerons à cette momiaie «n tftiele spécial (voyez Éov d'ob).
Les icut k9mtmé9 étuent tifisi umi»
« ptfce que la coaronne surr
montait l'écu y était remplacée par ua heaume avec ses lambrequins. Ces pièces étaient plus fortes que les écus à kâ caunmne; ellw étaient è la taille lie quarante-huit au marc, au titre de vingt- deux carats, et valaient quarante sous. On n'en frappa que sous le règne de Charles VI.
On coinilieDça seulemeot à frapper des êohii en 1421 , vers la fin du gne de ce prince. Ces pièces étaient d'or fin, à la taille de soixante-trois au marc, et elles valaient vingt-cinq sous. On les nommait saluts , parce que réco de Fraoee y était accom** pagné d'une représentation de la sa> lutation angéiique , ainsi figurée : au haut se trouvait une gloire, en dessous une bandelette portant le mot AfÉ ; Dîna , d*un c^té de réeu « un angë, •ft derMre, la Vier|^ agenouillée. Le revers représentait une croix latine , accostée de deux fleurs de lis , et audessous un K. Quant aux légendes , elles étaient les BéoMS qtfe eales des écus d'or , des éeiit hemanés, et db toutes lee moiinaies â*or aiom en usage.
Les monnaies d'argent frappées sous lerèene de OMmytwMMgtos, des demi-gros el des quarté dê ^
le gros valait quarante deniers tournois, le demi-gros vingt deniers, le quart de
gros dix deniers ; des blancs de dix eniers, des démUbkmcs de cinq deniers, des Uœrds de quatre deniers; des doubles tournois, des doubles parisis, des deniers et ées inailles. Le poids et la loi de ces différentes espèces varièrent souvent ; car les maliieurs des temps et la pénurie du trésor faêcèrent plus d'une fbis le gouvernement à altérer les monnaies ; fâcheux expédient qui fut toujours funeste aux fortunes des particuliers, sans jamais re- Jercr les finanees de rÉtat.
A partit dv règne de Charles VI, le chàtel tournois , (^ui avait constamment servi de type a la monnaie royale ' d^argent , disparut pour toujours , et ftit remplacé pa^ des flem die Hs.- Les §ras^ nommé» mm floret^es ^ ainsi oM rapfMd MeMMlet, pré*
séntaient d'un côté trois fleuri de lis, simples ou couronnées , avec la lé»gende : karolys fbài^cobvm bex ; au revers une croix fleurdelisée, quelquefois oantomiée de fleurs de lis oé i» couronnes, avec ces mots : bit HOMEN DNi BENEDiCTTM. Leblanc avoue qu'il is^nore pourquoi ces monnaies prenaient le nom de Jloret" teSf et personne- après lui n*a etaeivdie à deviner le motif de cette dénomînntion. Ce motif était cependant facile à trouver ; et il faut sans doute le voir dans les fleurs de lis dont ces monnaiës étalent marquéee» L'eAipreinte des denn-gros était la méine que celle des gros , dont ils ne différaient que par leur légende, oii on lisait au droit : kl faancobtm bbx,
et an revers le mot — b^t
partagé par une ^ande croix, les fclancs portaient l'écu de France au droit , la croix cantonnée de couronnes ou de fleurs de lis au revers, avec la même légende que les gros. Le type des doubles toornois, au droit et au revers, était analogue aux précédents ; la légende du droit était la même, mais au revers on lisait : mo-
NETA DVPLEX OU DYPLEX TVBOiWS
FRANGIB. Les deniers parisfs ne portaient que ta légende : sit nomeiv; leur type était d'ailleurs semblable aux précédents.
r^ous parlerons ailleurs des liardsy qm* n'ont été fabriqoéài que dans In Bauphiné (voyez LlABiffi et DAtJPHiNB [monnaies de]). Nous ne nous étendrons pas non plus sur les deniers tournois et parisis , les oboles et les mailles, qui ne diffèrent guère des e^ pèces précédentes que par les l^endes et par quelques signes peu importants.
Enfin, nous dirons en terminant, qu'à la fin du règne de Charles VI, lorsqu'on augmenta la valeur des mortnates, on frappa des doubles tournois, qui pnrent le nom de niquefs, et étirent cours seulement pendnnt trois ans. C'est encore Monstrelct qui nous apprend cette particularité.
CfiABLKS VU, flis de Glnfles VI , né le féffîér 1408, M proclamé
L'UNIVERS
CHA
roi à Melun-siir-Yèvre , suivant les les jours. En 1436 , Paris se rendit à
uns; suivant d'autres, à Espally près son roi légitime, et Charles VÏI y fut
du Puv. Les Anglais , maîtres de la reçu avec des acclanoatioos unanimes,
moitié de la France , et alliés avec Un changement remarauable s'opéra
le duc de Bourgogne, l'appelèrent dès lors dans son caraotere , et il oom-
-par dérision le roi de Bourges. Clinr- menca à montrer une énergie, une
les VU faisait sa résidence dans activité , un esprit de suite, qu'on ne
cette ville , oubliant au milieu des lui avait pas encore connus , et qui
•plaisirs et des fêtes la perte de son contribuèrent puissamment à ses noa-
•royaome. « On ne saurait perdre plus veaux succès. La défaîte de Formigny
gaiement un royaume, » lui dit un acheva de détruire le prestige qui
jour un de ses capitaines. Charles VII était resté attaché jusque-là aux ar-
dansait, et sa maîtresse, Agnès Sorel, mes des Anglais; ils perdirent en 1450
lui faisait oublier ses devoirs. Les An- Rouen et la IVormandie ; trois ans
dais cependant continuaient à faire après , Bordeaux et toute la Goîeitne
des progrès. Vainaueurs à Crevant et se soumirent , après que le vieux Tal-
àVerneuil, ils s avancèrent bientôt bot eut trouvé sur le cbamp de bataille
jusqu'aux bords de la Loire ; six mille de Castillon une mort glorieuse, mais
Français lurent défaits par quinze inutile à sa patrie. Les Anglaiç ne
cents Anglais à l'ignoble journée des oonserrèrent plus alors en France que
Harengs ; et il ne restait aux ennenns la ville de Calais , qui leur fut enlevée
qu'à s'emparer d'Orléans , pour domi- un siècle plus tard par le du€ François
ner le cours de la Loire et conquérir de Guise.
le midi de la France. • Tels furent les grands événements Charles VII semblait |)erdu. Les du règne de Charles YII, qu'on a surhabitants, réduits aux dernières extré- nommé le Victorieux. DIb grandes rémités . songeaient à se rendre. C'est formes furent opérées en outre par ce alors qu'un miracle sauva la France, prince. 1! est le premier roi qui ait or- Jeanne d'Arc sut communiquer aux canisé une armée permanente ( voyez Français un courage nouveau et un fbancs abghbbs et Compagnibs élan qui les rendît invincibles. La dé- D'oBDONNAifCB), et qui ait établi des livrance d'Orléans , la victoire de Pa- impôts sans le concours des états ; metay , le sacre du roi à Reims , tels fu- sure que Ton peut excuser, peut-être, rent les principaux effets du courage après les longs déchirements intérieurs de la jeune héroïne. Peu après, elle pé- de la fin du quatorzièinesiècle. Il rendit rit à Rouen ; mais l'élan qu'elle avait viagères les charges de jodicature, fit imprimé à la nation lui survécut, et rédiger les anciennes coutumes; et, par toute l'indolence de Charles VII , qui la pragmatique sanction de Bourges s était retiré de nouveau à Chinon (1433) , il assura de nouvelles libertés avec ses favoris , ne parvint pas à le à l'Église gallicane, ralentir. De vaillants chefs de parti- Les dernières années de son règne sans, les Dunois, les la Hire , les furent troublées par les intrigues du Xaintrailles , les Barbazan , rempor- dauphin , qui prétait sans le savoir talent chaque jour de nouvelles vie- l'appui de son nom aux mécontents, tuires , et reprenaient aux Anglais On dit même que Charles VII se laissa consternés les provinces qu'ils avaient mourir de faim , de crainte d'être emconquises. Plusieurs de ces capitaines poisonné par son (ils. Il mourut après serv aient le roi malgré lui , par patrio- un règne de trente-neuf ans, à Meluatisme et par haine pour les envahis- sur-Yèvre, dans le Berri , en 1461. seurs. De ce nombre fut Richemont, « Quoique Charles VII m manquât
des services, en réconciliant le duc de il n'avait aucun goût pour la guerre , Bourgogne avec son roi. Dès lors, les parce qu'elle obligeait à trop de fatiafiÎBires des Anglais empirèrent tous gue et de corps et d'esprit. b6& ditfpo-
pas de courage , dit M. de SIsmondi, '
au
CHA
sittons étaient bienveillantes, et il eut plus d'une fois Toccasion de montrer
que ses affections et ses compassions pouvaient s'étendre des individus âux masses, en sorte qu'il répandit ses bienfaits snr les peuples, comme il les avait répandus d^abord sur les courtisans ; mais pendant longtemps sa douceur ne parut procéder que de faiblesse et de nonchalance. Cédant moins à Va»
mitié c|u*à Thabitude, il s*abandonnait à un favori par qui il se laissait gouverner, à qui il ne savait rien refuser, et qu'il ne paraissait cependant pas regretter un seul jour quand il le perdait. Longtemps exilé de sa capitale, il ne chercha point à la remplacer par quelqu'une des autres grandes villes de ses États. 11 évitait toutes les villes, il iixait son séjour dans quelque château, dans quelque site champêtre ; il s*y dérobait autant qu*il le pouvait avec ses maîtresses , aux yeux de sa noblesse, a ceux des bourjjjeois, à ceux des soldats, et il y oubliait les affaires publiques et les troubles de son royaume (*). » Cette indolence deCharles VII fut longtemps le plus grand obstacle aux succès de ses armes , et ses mauvaises mœurs choquèrent toujours l'opinion publique. On peut en juger par le passage suivant <run auteur contemporain : « Cliarles , ains « qu'il eut paix au duc de Bourgogne, « menoit moult sainte vie , et disoit
« quainta d'une jeune femme venue de « petit lieu nommé Agnès , laquelle , « depuis , fut appelée la belle Agnès , « laquelle menoit un plus grand état « que la reine de France ; et se tenoit « peu ou néant ladite reine Marie « avec le roi Charles, combien qu'elle fdt moult bonne et très-humble « dame , et , comme on disoit , moult « sainte femme. . . . Apr^ laquelle « belle Agnès morte , le roi Charles « acquainta en son lieu la nièce de la- « dite belle Agnès, laquelle etoit femme « mariée au seigneur de Villequier, et
« se tenoit son mari avec eUe; et elle
« étoit bien aussi belle que sa tante ; « avoit aussi cinq ou six demoiselles « des plus belles du royaume, de petit « lieu , lesquelles suivoient ledit roi « Charles partout où il alloit , et étoient « vêtues comme reines (*). »
Charles VII (monnaies de). — Les monnaies de Charles VII sont toutes semblables à celles de Charles VI; ce sont des icu» <f or, desy^ones à cAeval^ des royaux, des moutûns, des chaires, des gros, des hlaîics , des iournoiSy des poieux, des iiards, etc., ce qui fait qu'il est fort difficile de savoir auquâ de ces deux princes il faut attribuer les espèces du quinzième siècle, marquées du nom de Charles.
Nous ne reviendrons pas ici sur les espèces d'or du rè&nt de Charles VII; nous en avons parlé avec assez de détail dans rarticie que nous avons consacré aux monnaies de Charles VI, Nous nous contenterons de dire ici quelques mots des espèces d'argent et de bdion.
Outre les blancs marqués de trois fleurs de lis et de Técu de France , couronnés ou non, on attribue encore à Charles VII des pièces marquées d'un K, accosté de fleurs de lis et surmonté d*un diadème, d'unécossou de France placé entre trois demi* compas, et accosté de trois couronnes ou d'une couronne et de deux briquets.
Sur d'autres est figurée une grande croix, dont l'intérieur est orne d'une fleur de lis, et qui est contournée des lettres f b a c. Ces dernières pièces furent fabrinuées à Tournay au commencement du règne de Charles VII , à l'imitation des plaques de Philippe le Bon, qui avaient cours en Flandre. Les petits tournois présentent tantôt des fleurs de lis et un K , tantôt trois fleurs de lis et une couronne , et d'autres combinaisons du même genre.
Charles VII, n'étant encore que dauphin, fit frapper des monnaies au nom de son père, et afin de les distinguer, il faisait mettre à la fin de .la
O JEMrv du Frmtfais^ t Xm, p. lo. (*) Jacq. du derq, t Xiy,c «9, p. zSi,