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porté à considérer le concordat de 1516 comme une conception détestable, et de nature à donner une bien petite idée du génie de François V, Ce serait aller beaucoup trop loin , suivant nous ; et , pour 1 apprécier à sa juste valeur, il est nécessaire de se rappeler les circonstances qui raccompagnèrent et le but dans lequel il fut signé. Ce but était surtout, et on peut même dire exclusivement politique. A ce point de vue, le concordat de 1516, quoique suivi de résultats assez médiocres, apparaît comme une conception qui pouvait avoir deâ conséquences d une grande portée , dans Tordre matériel.
Pour être mieux compris, disons d'abord un mot de la politique du seizième siècle, cette époque si brillante, mais si agitée, où une carrière immense était ouverte à l'ambition de tant de princes. La plupart des grands peuples dont se compose la république européenne, étaient enfin parvenus, sous la protection du gouvernement monarchique, à jeter les bases de leur puissance nationale.
Le moyen âge avait péri sans retour, avec sa féodalitjé et la double dictature de ses papes et de ses empereurs. Sur les ruines de la monarchie carlovingienne et de la monarchie sacerdotale qui l'avait remplacée, s'étaient élevées une foule de puissances indépendantes , reconnaissant le pape pour chef de l'Église chrétienne, mais ne voulant pas plus relever de lui que de l'empereur d'Allemagne ; fières , en un mot , de leur souveraineté. Telles étaient surtout la France, l'Angleterre et ['£spagne , qui avait purgé son sol de a présence des Mahométans. L'empire l'Allemagne , formé de plusieurs peuples momentanément associés plutôt |ue fondus ensemble , avait perdu son incienne prépondérance et ne figurait ilus qu'au même titre que les autres lations. L'ère moderne avait comuencé. Mais il s'en fallait encore de «aucoup que le monde européen eût rouvé les bases de son organisation Liture ; loin d'être d'accord, les nations laissantes, ou, pour mieux dire, les •rinces qui les gouvernaient, étaient
animés de sentiments de défiance et nourrissaient des arrière-pensées de convoitise. Au sortir du chaos , tout se trouvait encore en suspens. Allaiton à un nouvel ordre de choses , où l'on verrait un grand nombre de nations florissant en même temps sur le sol de l'Europe , et vivant entre elles sur le pied de l'égalité? Retournait-on à l'unité de la conquête , comme à l'époque de l'ancien monde romain? Voilà ce qu'on ignorait. Dans le doute, presque tous les princes inclinèrent pour la conquête,* qui avait l'avantage de flatter leurs passions , et qui leur offrait la perspective de placer leur nom dans l'histoire, à côté de ceux de Charlemagne, d'Alexandre et de César, sans compter le malin plaisir d'humilier des rivaux. Les. idées de puissance et de civilisation mondaine qui domir naient alors , l'antiquité grecque et romaine renaissant dans les livres des savants de l'époque , le paganisme se réveillant plus beau que jamais aprè$ un long sommeil , les sentiments d'unité matérielle qu'avait entretenus le souvenir de Charlemagne, et qui, ne s'étaient jamais effacés, même au sein du moyen âge, un immense désir ^'aventures , dernier reste des temps de la chevalerie, tout se réunissait pour exciter les aiïibitieux à des entreprises audacieuses. La papauté ellemême, oubliant ce qui s'était passé depuis le douzième et le treizième siècle, et abusée par le développement qu'avait pris sa '^puissance séculière , rêvait de nouveau la monarchie universelle à son profit. Les papes du seizième siècle ont cela de particulier, qu'ils furent des princes politiques beaucoup plus gue des pontifes ; imprudents, qui s'imaginèrent que la diplomatie, même aidée du machiavélisme , pourrait être utile au développement d'une puissance toute morale.
La reconstruction de l'empire romain, tel fut le mobile des actions de la plupart des souverains de cette époque , principalement à Rome , en France et en Espagne. La monarchie universelle né fut pas seulement l'utopie de François I" et de Charles-Quint ; elle fut
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L'UiaVERS.
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9U8si le rêve des Jules n, des Léon X, et des Sixte-Ûuint, car, au seizième Cfiècle, tout , oepuis la civilisation jusqu'au christianisme, tendait à se matérialiser; et les esprits ne s'étaient pas encore élevés à la conception de l'équilibre qui devait servir de base à la politique moderne.
Pour arriver à la monarchie universelle, il fallait d'abord être prépondérant. Or, en 1516, la prépondérance appartenait évidemment à François P**, àont le règne s'était annoncé sous de si brillants auspices# Il venait de gaffner la bataille de Marignan ; le nord de l'Italie subissait déjà sa loi , et il méditait de nouvelles conquêtes sur cette belle terre, qui fut si longtemps le centre du monde occidental. Le hasard de la naissance n'avait pas encore réuni la couronne d'Autriche et la couronne d'Espagne sur la tête de ce Charles-Quint , oestiné , en outre , à devenir empereur d'Allemagne ; l'archiduc Chartes n'était alors qu'un jeune prince qui recherchait l'amitié du roi de France , objet de son admi^ ration, de son envie, peut-être. François X'*' n'était pas sans entrevoir le ' jour où il se présenterait pour lui une occasion de mettre la main sur le sceptre impérial. Dans tous les cas, il avait besom de se ménager l'amitié du pape pour conijuérir l'Italie et pour consolider sa prépondérance sur les autres nations. Maître du Milanais, ne prévoyant pas que bientôt l'Espagne Je supplanterait dans la péninsule italienne, il ne voyait aucun danger à faire quelques concessions à la cour de Home. Ces concessions même avaient un moyen de l'attacher à sa propre cause; quitte à rompre avec elle, quand le moment serait venu de se partager les dépouilles des autres peuples. En attendant, il consentit à un premier partage dpnt les libertés de l'Église gallicane firent tous les frais. La question ainsi posée, on doit convenir qu'il ne conclut pas un trop mauvais marché. Cessant de contester au pape une infaillibilité problématiqift qu'il espérait d'ailleurs faire servir à ses desseins, il ^cbc^ta, pa? quelques con-
cessions fiscales, la faculté de nommer lui-même les évoques et les abbés de son royaume ;' faculté précieuse, qui le rapprochait de cette puissance absoioe dont ne saurait se passer un prince qui a des arrière-pensées de conquête Voilà très-probablement dans quel esprit fut conçu le concordat de 1516.
Par malheur, ces prévisions flat teuses ne se réalisèrent pas ; la for tune , après avoir souri à ses débuts se tourna brusguement contre lui , et prodigua ses faveurs à cet arcbidoc Charles , qui eut le mérite d'en profiter. Alors le jeune prince franMisent la douleur de le voir passer à Cnaries* Puint le rôle qu'il avait ambitionné; il sentit revivre en lui ce Charlemagne, cet Alexandre et ce César , qu'il a^ Voulu prendre pour modèles. AloRi ses projets ayant échoué, les sacrifices auxquels il avait souscrit dans le concordat se tournèrent contre lui, etb France, privée des compensations qu'A avait rêvées pour elle , ne recueillit dt cet acte rien autre chose que la perte des libertés de son Église.
Mais il n'en est pas moins vrai qat, dans l'ordre politique, le concordat de 1516 était une innovation profonde.
Comment en douter, lorsqu'on voit Charles-Quint lui-même se substitos à François I*% en suivant une poUfr que analogue à celle du monarp français ; politique de concessions envers le saint-siége , parce que , Rotf étant le siège de la puissance (noté, il fallait obtenir sa sanction pourcoB* solider les fruits de la victoire et de la conquête? Outre la satisfaction dV voir sauvée la France du démembit' ment qui la menaçait, ce qui dut encori consoler les mânes de François Tt c'est que Charles-Qu\nt , malgré n* série de brillants succès, ne fut eo définitive guère plus heureux que ni' Une fois prépondérant, Charlcs-Q»*' pe put jamais franchir l'abîme qu^ pare la monarchie universelle de f prépondérance politique ; ^^ i V^f avoir poursuivi inutilement un v* tome insaisissable, il se vit forcédei^ connaître que ce qu'il avait de pj* grand à £sure , c'était d'abdiqua. ^
FHÀNOE,
papauté TQDlsjit \i\en accepter ]6 rôle d'auxiliaire, mais elle dédaignait cielui d'instrument , et elle ne manquait pc|S qe moyeps pour s'y soustraire. En opposant au monarque espagnol tantôt J'Angieterre, tantôt la France, elle préludait à ce système d'équilibre qui était destiné à remplacer le système brutal de la conquête, essayant ses dernières armes avant d'expirer pour toujours.
Ainsi donc, au point de vue politique, un des principaux caractères du concordat de François I^', c'est de marquer l'époque où la France du sei- . zième siècle, pleine de confiance dans sa vigueur monarchique , songea un moment à reconstruire l'ancien en^-
Î)ire de Charlemagne, et à étendre SMr 'Europe une domination semblable à celle que Rome exerça dans l'antiquité.
Mais cet écart d'ambition , comme tant d'autres bien plus brillants, a porté malheur à notre pays ; et l'exemple de François P', de Louis XIV et de Napoléon' est là pour prouver que Je secret de sa puissance réside dans son esprit civilisateur bien plus encore que dans la force de ses armes.
— Le concordat de^Japoléon, analogue à celui de François I*"' sous plus d'un rapport , en diuère beaucoup cependant , par suite des circonstances tout exceptionnelles qui lui ont donné naissance. Une brouille passagère, un simple conflit d'autorité avait précédé le concordat de 1516 ; le concordat de iSOX vint mettre un terme à un divorce de presque dix années. U rendit a la France le haut rang qu'elle avait toujours occupé dans la communion chrétienne , d'oii elle n'était sortie que par un malentendu déplorable. Voilà pourquoi il fut accueilli par des transports d'allégresse, et reçu, pour ainsi dire, comme un présent du ciel. Depuis longtemps, la France était lasse d'une séparation qui semblait l'avoir mise au ban des nations chrétiennes, et pendant laquelle tant d'orages l'avaient assaillie et mise plusieurs fois à jeux doigts de sa peite , comme si Dieu avait voulu la punir d'avoir un lostant séparé sa cause de celle du
christianisme. Le divorce était plqs apparent que réel ; car les dpctrmes des révolutionnaires reflétaient l'esprit sublime de l'Évangile bien plus que les doctrines de la coalition ; maiis enfin le divorce existait. Tout ce qui devait le faire cesser parut un bien , et, lorsqu'on en eut la nouvelle , le concordat de 1801 reçut autant d'éloges que celui de 1516 avait soulevé de pro-^ testations« Jamais aete n'eut mieqx l'apparence d'une récpnciliation ; la
joie de l'Église n'était pas moindre; elle ouvrait les bras avec un bonheur tout maternel , pour recevoir l'enfant
. prodigue rentrant enfin à la maison.
Malheureusement, cette réconciliation , toute sincère qu'elle fût de la part du peuple français , n'eut pas les neureuses ^ conséquences qu'on s'en était promises : les esprits éclairés , qui s'attendaient à voir le cbristia> nisme , retrempé par le contact de la
* révolution , s'élancer dans une nouvelle ère de jeunesse et de progrès , furent bientôt cruellement détrompés.. Le même désenchantement ne tarda pas à s'emparer de ceux qui , moins préoccupés du perfectionnement de rinstitution chrétienne , avaient borné leurs espérances à voir l'union régner désormais entre le pape et le chef politique du gouvernement français. L'ancienne querelle, un moment assoupie, se réveilla tout à coup, non moins violente , quoique sous une forme diplomatique. Il n'y eut rien de changé, si ce n'est que le dissentiment fut moins grandiose; au lieu d'être général comme auparavant, il devint individuel. Ce ne fut plus la lutte d'un grand peuple parlant au nom du progrès et de la grande Église répondant au nom du passé, ce fut la lutte de deux individus : le pape et l'empereur ; on aurait dit que le moyen âge allait recommencer. Ce qui est certain, c'est qu'il y avait dans l'un des deux concurrents l'étoffe d'un Charlemagne, et que le pontife romain, quelque loin qu'il fût de ressembler aux Grégoire VII ou aux Innocent III, avait, pour appuyer sa résistance, des auxiliaires qui ne manquaient pas d«
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ressources. On sait comment se termina cette malheareuse division ; mais on ne connaît pas aussi bien les causes qui Tengenarèrent.
Faisons orabord une courte analyse des principales dispositions de ce concordat célèbre, conclu, le 15 juillet 1801 , entre le premier consul de la république française et le pape Pie VU.
Les ratifications en furent échangées le 23 fructidor an ix (10 septembre 1801 ) ; mais il ne fut mis à exécution qu'au mois d'avril 1802. Le préambule en est concis, et mérite d'être cité :
« Le gouvernement de la république française reconnaît que la religion catholique , apostolique et romaine , est la religion de la grande majorité des citoyens français.
« Sa Sainteté reconnaît également que cette religion a retiré et attend encore en ce moment le plus grand bien et le plus grand éclat de rétablissement du culte catholique en France , et de la profession particulière qu'en font les consuls de la république.
« En conséquence , d'après cette reconnaissance mutuelle , tant pour le bien de la religion gue pour le maintien de la tranquillité intérieure , ils sont convenus de ce qui suit :
Art. 1er. La religion catholique , apostolique et romaine, sera librement exercée en France. Son culte sera public, en se conformant aux règlements de police que le gouvernement jugera nécessaires pour la tranquillité publique. »
En vertu des articles 4 et 5 , les nominations aux évéchés devaient être faites par le premier consul , et Tinstitution canonique devait être donnée par le saint-si^e, suivant les formes établies par rapport à la France avant le changement de gouvernement , en d'autres termes , avant la révolution.
L'article 6 imposait aux évéques l'obligation de prêter directement entre les mains du premier consul le serment de fidélité qui était en usage avant le changement de gouvernement , serment exprimé en ces termes : « Je jure ft et promets à Dieu , sur ces saints
« Évangiles , de garder obéissanoe et « fidélité au gouvernement établi fv « la constUt^on de la réftmpt « française. Je-promets aussi de nV « voir aucune intelligence , de n'asû- « ter à aucun conseil, de n'entretenir « aucune ligue, soit au dedans, soit au « dehors , qui soit contraire à iatran- « quillité publique ; et si , dans mon « aiocèse ou ailleurs , j'apprends qQli « se trame quelque chose au préjudice « de l'État , je le ferai savoir au çoo- « vernement. » L'article 10 conférait aux évêques le droit de nommer les curés , sous la réserve que les ministres de leur choix seraient agréés par le gouvernement. L'article 13 mettait lesi)iens nationaux à couvert eootn toute répétition ultérieure; il était conçu en ces termes : « Sa Sainteté, « pour le bien de la paix et rheaiw « rétablissement de la religion catlKh «lique, déclare que ni elle, ni sa « successeurs ne troubleront en an* « cune manière les acquéreurs da « biens ecclésiastiques aliénés, et qa'eo « conséquence , la propriété de ee( « mêmes biens , les droits et mwa « y attachés, demeureront incommota* « blés entre leurs mains ou celles de « leurs ayants cause. »
Comme on le voit, le concordat de 1801 , aussi bien que celui de ih% avait été conçu par le gouvemcnwt français dans un but politique beancoup plus que dans un but rëï^ Le premier consul, en proie aux rév0 d'avenir les plus ambitieux , ne voyait dans la religion qu'un moyen de goa* vernement comme un autre, unpa plus élevé , il est vrai , mais d'autant plus utile qu'il était plus vénérable.
Et l'entraînement de la France versk christianisme, et l'entraînement de h papauté vers une réconciliation vtt le peuple très-chrétien , il e^^ tout à son profit. Par les curés, ii^ pérait dominer les fidèles ; par leséif ques , qu'il transformait en ofiiôcn
Ï)ublies, il dominait les curés ;tooie a communion chrétienne, enrégioKf tée comme une armée, devait recette des évêques les ordres supérieurs dPy général en chef, et ce général en dni
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c'était lui-même. Sous prétexte de prévenir les envahissements de la cour de Rome, qui alors étaient fort peu à craindre , il avait ainsi placé le clergé sous sa domination personnelle. Dans son ambition dévorante, il ne demandait rien autre chose au christianisme que de lui servir d'abord de marchepied pour monter jusqu'au trône , et . ensuite de bouclier pour s'y défendre et s'y maintenir. La suite des événements ne permit guère d*en douter ; mais ce qui prouve que telle était déjà sa pensée, c'est le texte de l'article 13 du concordat: « Sa Sainteté reconnaît, « dans le premier consul de la républi- « que française , les mêmes droits et « prérogatives dont jouissait tancien '« gouvernement. » Avec quel art il saisissait une si belle occasion de préparer les esprits au rétablissement de l'ancien gouvernement, en assimilant ses prérogatives à celles des descendants de de saint Louis ! C'était d'autant plus habile , qu'en apparence ces paroles avaient seulement pour objet de garantir l'indépendance au pays.
Bu reste , il faut rendre cette justice au premier consul, que s'il ne s'était pas oublié lui-même dans le concordat , il y avait également pris soin des intérêts de la France. Non-seulement les acquéreurs de biens nationaux avaient obtenu un gage de sécurité , mais les articles organiques ajoutés au corps du traité garantissaient la liberté des cultes , faisaient une large part à l'esprit de tolérance , et sanctionnaient la plupart des changements utiles introduits par l'Assem- Dlée constituante. Ils prévoyaient les tentatives que pourrait faire le clergé [)our s'empar^^r de nouveau des regis- ;res de l'état civil , et s'y opposaient brmellement. Ils confirmaient les lois [ui avaient supprimé les ordres molastiques ; ils maintenaient le prin- Ipe de la rétribution du clergé par État , et assignaient un traitement de 5.000 fr. aux archevêques, de 10,000 ux évéques, de 1,500 aux curés de remière classe, et de 1,200 aux curés e seconde classe.
Cette analyse serait incomplète , si
nous ne citions pas quelques autres dispositions des articles organiques.
Conformément à l'article 2 du concordat, stipulant qu'il serait fait par le saint-siége, de concert avec le gouvernement , une nouvelle circonscription des diocèses français , le nombre des archevêchés ou métropoles fut fixé à dix, celui des évêchés à cinquante (yoy. Abghevéghés) , et il dut y avoir au moins une paroisse dans chaque justice de paix. L'article 11 portait que les archevêques et évêques pourraient, avec l'autorisation du gouvernement, établir dans leurs diocèses des chapitres cathédraux et des séminaires, mais que tout autre établissement serait supprimé. L'administration du culte protestant était réglée par des dispositions à part, portant également le titre d'articles organiques.
Malgré tout ce qu'il renfermait de bon , le concordat de 1801 reposait sur les bases les plus fragiles. Son principal vice était d'attenter à l'indépendance morale du clergé. Pour s'en convaincre, il suffit de lire le titre 1*' des articles organiques. Il y était dit que les décrets des synodes étrangers, mênje ceux des conciles généraux , ne pourraient être publiés en France avant que le gouvernement en eût examiné la forme , leur conformité avec les ' lois, droits et franchises de la république française , et tout ce qui , dans leur publication-, pourrait altérer ou intéresser la tranquillité publique. Ainsi ce n'était plus l'Église gallicane, représentée par un concile national , qui, d'accord avec le gouvernement, était juge dans les matières religieuses, c'était le gouvernement lui-même.
François P' et Louis XIV n'avaient pas osé aller si loin ; ils avaient respecté, au moins en principe, les droits des conciles nationaux. L'Église se trouvait réduite au rôle de simple instrument.
Aussi , qu'arriva-t-il ? Tant que Napoléon fut le plus fort, le clergé rongea son frein ; mais il se redressa aussitôt que la fortune parut devoir changer.
Les archevêques et les évêques firent un peu comme les maréchaux de l'em-
T. Y. 33* livraison, (Digt. bngygl., btg.)
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Etre : ils touraèrent contre lé mattr« s armes qu'il ne leur avait données que pour le défendre. Convoqués en concile national, Tannée 1811, ils refusèrent d'obéir h ses ordres, quand il voulut leur faire déclarer que l'institution canonique n'était pas absolument nécessaire. De son côté, le pape opposait à ses prétentions une résistance qui l'irritait encore davantage.
Dès lors, il arriva le contraire de ce qu'il avait espéré : loin de servir à 1 accomplissement de ses projets , 1a religion devint pour lui un embarras formidable qui accéléra sa chute.
Il en eût été autrement s'il avait su la comprendre d'une manière plus grandiose et plus profonde; si, au lieu de la rapetisser aux dimensions d'un rouage politique, il s'était aperçu qu'elle est le plus puissant moyen de civilisation qui existe. Ce qu'il devait exiger du pape , ce n'était pas qu'il consentît à jouer auprès de lui le rôle de complaisant : c'était qu'il s'occupât de porter la réforme dans les abus qui avaient amené la décadence du catholicisme. A la place de cette assemblée de prélats , reunie en 1811 , dans un but mesquin, si l'empereur avait exigé le rétablissement des conciles généraux , comme il avait le droit et la puissance de le faire , croit-on que le pape se fût opposé à ce retour aux anciens usages de l'église chrétienne?
Quand même il l'aurait essayé, il ne l'aurait pas pu , parce que la convocation d'un concile général était la meilleure manière de rétablir l'équilibre entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel , la meilleure manière de régénérer la sublime institution du diristianisme. Au nom des doctrines de l'église gallicane et de celles de toute la chrétienté , Napoléon l'aurait forcé de consentir à une mesure qui devait rendre au catholicisme lui-même l'ancien éclat qu'il avait perdu. £t, pour cela . il n y aurait pas eu besoin de sortir aes limites de la légalité, car un des articles organiques remettait en vigueur la déclaration faite par le clergé de France en 1682, déclaration qui, comme on sait, proclamait la né-
cessité dea coDciloi généraux. Mais, au lieu d'élargir ainsi Tborizon, Tïapoléon se renferma dans une spbén toujours de plus en plus étroite; il prétendit tout mener par lui-même, U religion aussi bien que la politiqoe.
Charlemagne, il est vrai, avait donoé l'exemple d'une pareille tentative ; mais l'église d'Occident , n'avait pas encoie pris, à cette époque, le dév.elopponeat qu'elle prit dans la suite ; mais, « Charlemagne avait beaucoup d'ambition, il avait encore plus de ici, tandi* qu'on ne peut pas en dire autant de son glorieux émule. D'ailleurs, loin de redouter les grandes assemblées,comme Napoléon, Charlemagne fit un fort W emploi de l'institution des conciles- Sous ce rapport, et pour les idées reF gieuses, l'empereur du huitième siècle l'emporte de beaucoup sur l'cmperettï du dix-neuvième siècle , homme de génie plus que de cœur , qui avait, en outre , le désavantage de vivre à une époque de scepticisme général, mais dont la grande figure , pour ce qui ne. touche pas à la religion^ nepft* lit devant aucun genre de parallèle.
Cependant, il faut en convenir, le despotisme de Napoléon n'empêcha pas seul la réconciliation d'être durable. L'éloignement de l'église catholique pour toutes les réformes réd^ mées par le progrès des lumières ne s'y opposait pas moins. Elle n'avait consenti à quelques concessions dans le concordat qu'avec l'espérance de les retirer peu à peu et de se rappwcher le plus possible des errements de l'ancien régime. Déjà cependant, J début de la révolution , son refus * marcher avec l'esprit du siècle ava»
eu les plus funestes résultats ; car fl la Constituante avait pris des mesui^ sévères, c'était l'aversion du cfefp pour toute espèce de réformes et tft* méliorations qiii en avait été lacw* Voyant que la papauté encouragea* les prêtres dans leur résistance, rAjj semblée nationale avait été obli|^^ recourir aux movens extrêmes , à0 ses décrets sur la constitution «^ du clerçé. Sans doute , cjle av»H é»
trop loin en cherchant à le séfii^
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complètement de la papauté, centre naturel de la communion chrétienne ; mais comment ne pas dépasser le but, dans un temps de crise, et lorsque la cour de Rome , ne voulant entendre à aucune;proposition conciliatrice, épousait ouvertement la cause des privilèges de la naissance? La Constituante n^aurait pas accueilli les doctrines presbytériennes avec autant de faveur, elle n'aurait pas porté atteinte à la puissance morale du pape , si ce dernier avait prêté l'assistance de son autorité à la cause du progrès. Sous la Convention même, au moment où la révolution manifesta les sentiments les plus hostiles au catholicisme, on aurait tort de croire que l'irréligion fât ia seule cause de cette hostilité. Ce n^étaient point des impies, tous ces montagnards qui avaient pris pour symbole le discours de Jésus-Christ sur la montagne ; ils le prouvèrent, en préchant la fraternité et en terrassant ' le monstre de l'athéisme. Leur éloignement pour le catholicisme venait uniquement de ce que le pape et le clergé , au lieu de bénir la démocratie naissante et de diriger ses premiers pas, lançaient contre elle toutes les foudres de l'Église. La montagne brava fièrement ces anathèmes , et finit par triompher, parce que Tesprit du christianisme était bien mieux compris dans ses rangs (pa dans ceux de la coalition des rois. De même , sous l'empire , la papauté aurait eu beaucoup moins d'humiliations à souffrir du chef de l'Ëtat, si , abandonnant des tendances rétrogrades pour devenir civilisatrice et populaire, comme aux beaax siècles de sa puissance, elle avait su le rappeler à Tordre au nom des principes démocratiques du christianisme. En persévérant dans son ancien système, elle se priva de ses plus ^andes ressources, et elle fut réduite, >our échapper à une ruine complète , le rentrer dans la coalition des rois : uneste pensée, car, si elle conserva 3s apparences du triomphe, en réalité.
Ile ne fut pas moins vaincue que empire. La restauration des papes n% jt guère plus heureuse que la restau-
ration des Bourbons; les uns et les autres devinrent les çscfaves de leurs libérateurs.
Ainsi donc les torts sont partagés : soit à Rome , soit à Paris , on s'est créé de graves difficultés , pour n'avoir pas compris le christianisme d'une manière plus large et plus généreuse ; des deux côtés, on a compromis le succès de la réconciliation, nui s'annonçait cependant sous de si brillants auspices. Les tentatives de rapprochement qui avaient eu Heu à i époque du directoire auraient peut-être eu plus d'avenir, si le clergé français, plusieurs fois réuni en assemblées générales , avait pu s'entendre avec le pape; dans cette hypothèse, au moins, la réconciliation eût été plus religieuse que politique, et par conséquent plus franche. Mais toutes les négociations échouèrent, et l'honneur de conclure la paix avec le saint-siége était réservé au premier consul. Loin de convoquer un grand concile national pour prendre ses conseils et s'éclairer de ses lumières, Napoléon traita la question lui-même comme s'il se fût agi d'une simple affaire de chancellerie. La manière dont il posa les bases de son concordat mérite d'autant plus d'attention qu'elle prouva que son parti était définitivement arrêté. l\ devenait évident qu'il penchait pour l'absolutisme et que, non content d'avoir rétabli l'ordlre et donné de la stabilité an gouvernement par l'institution du consulat, il allait déclarer ouvertement la guerre à la liberté , puisqu'il ne respectait même pas Tindépendance du clergé gallican. A ce point de vue le concordat doit être considéré comme une des mesures qui décida de son avenir. Bien des succès ont pu l'abuser longtemps , mais , à la fin , alors même qu'il eut fait souscrire au pape Pie VII, enfermé à Fontainebleau, un nouveau concordat (1813) encore plus arbitraire que le premier, il dut reconnaître que son amoition l'avait induit en erreur.
Après la chute de l'empereur, les rôles changèrent : ce ne fut plus le gouvernement français qui se montra trop exigeant envers la papauté , ce
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fut, au contraire, le clergé qui devint enyahissant et qui prit sa revanche sur la révolution et Tempire. La restauration ne se borna pas à revenir sur les dispositions humiliantes pour le pape , elle voulut encore sacrifier tout ce qu'il y avait de sage, d'éclairé et de tolérant dans le concordat de 1801. Le 11 juillet 1817, Louis XVIII conclut à Rome avec le pape Pie VU un nouveau concordat qui faisait revivre celui de François P'. Dès le début, la restauration reculait de trois siècles en arrière. Le concordat de 1801 , avec tous ses articles organiques, était annulé; quarante-deux arcnevéchés et évêchés devaient être ajoutés aux anciens ; tous les abus du passé allaient renaître, les sinécures , les dotations fastueuses, l'augmentation du haut clergé; un article spécial , l'article 10, donnait au clergé une espèce de pouvoir discrétionnaire pour triompher des obstacles qui s'opposeraient au bien-être de la religion. Mais l'opinion publique accueillit cette convention avec une réprobation générale, qui trouva des interprètes jusque dans les deux chambres, et les ministres se virent obligés de renoncer à l'espoir d'obtenir pour elle la sanction légale.
Le concordat de 1801 n'en fut pas plus respecté pour cela, et la France ne tarda pas à voir revenir les congrégations de moines et même les jésuites.
(Pour plus de détails, voyez les Quatre Concordats^ par dePradt, 3 vol., Paris, 1818 ; Appréciation du projet de loi relatif aux trois concordats, pRr Lanjuinais, cinquième édition , Paris, 1818 ; Essai historique sur les libertés de Véglise gallicane^ par l'abbé Grégoire, Paris, 1818.) Le concordat de 1817, comme celui de 1813, n'ayant jamais eu force de loi , nous n'avons dû entrer dans quelques développements oue sur ceux de 1516 et de 1801 , les deux seuls qui aient une grande importance dans l'histoire.
CONCOUBS. .— Il faudrait remonter à l'origine des sociétés pour découvrir celle des concours; car on les retrouve toujours sous quelque forme dans l'histoire de toutes les races et de tous
les pays. Les premiers ne furent, il est vrai , que des luttes fort peu intellectuelles où se déployaient seulement la force et l'adresse physiques. Nous voyons cependant des les premières olympiades les Grecs venir, dans des concours publics, disputer avec le prix du ceste celui des vers et des compositions littéraires. La Grèce œ transmit point à Rome le goût de ces luttes où se développaient a la fois les forces du corps et les facultés de l'intelligence. Mais plus tard au moyfo âge, lorsque le monde romain eut fait son temps, et surtout lorsque les croisades eurent ramené chez nous la tradition des mœurs de la Grèce et de l'Orient, aux assauts chevaleresques des tournois commencèrent à se mêler les concours poétiques des cours d'amour. Dès 1323, le collège du gai savoir, de Toulouse, invitait tous les poètes de la langue d'oc a venir disputer ce prix de la violette d'or, que rétablit plus tard Clémence Isaure eu fondant les jeux floraux.
Les académies qui se sont créées depuis ont presque toutes adopté hsage de mettre périodiquement au concours la discussion de quelque question scientiGque ou le développement de quelque sujet de compositioD littéraire. Toutes nos écoles à peu près ont des concours dans lesquels se disputent des prix annuels. JNous retrouvons encore des concours artistiquesou industriels dans ces expositions publiques que terminent des distributiousde médailles. Enfin, nous avons introduit dans plusieurs de nos villes du !iord les concours de musique de la Belgiqsc et de l'Allemagne.
La voie du concours n'est pas employée seulement pour donner te distinctions à accorder au talent; elk sert aussi à décider le choix entre les candidats à certaines fonctions. I^ concours était dans rancienne université le mode ordinaire de nomination aux chaires. La nouvelle l's successivement admis dans la plupart de ses branches. Elle a des concours
Î)our les chaires de ses facultés et pour 'agrégation. L'admission aux écoks
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spéciales du gouvernement se décide également par la voie du concours.
C est par la même voie que s'obtiennent les places du service de santé dans nos hôpitaux. Enfin , nous mettons au concours, comme le faisaient les Grecs, au rapport de Pline, l'exécution de nos grands monuments d'art. Si , dans certains cas, la rapide épreuve d'un concours n'est pas le moyen le plus sûr pour découvrir le canoidat le plus digne, elle a du moins l'avantage d'éloigner ceux qui sont tout à fait incapables.
Une des applications les plus remar-
âuabies qui aient été faites du principe u concours, est l'établissement du concours général des collèges. Cette 'institution compte aujourd'hui un siècle et plus d'existence. L'historien Louis Legendre, chanoine de Notre-Dame, avait, par testament du 4 février 1733 , destine une rente annuelle de deux mille quatre cents livres à la fondation d'un concours de poésie et de musique, sorte d* olympiades françaises qui devaient avoir lieu à Paris tous les quatre ans. Le testateur déférait le jugement de ce concours à ses confrères du chapitre métropolitain, ou, à leur défaut, aux cordeliers du grand couvent. Ni les uns ni les autres n'ayant accepté Thonneur qu'il leur faisait, le parlement, par arrêt du 1*' juillet 1744, décida que les fonds du legs de Legendre seraient employés à la création de prix annuels à partager par voie de concours entre les élèves des trois classes de rhétorique , de seconde et de troisième des collèges de l'université de Paris. La faculté des arts vota l'adoption de ce concours le 7 septembre. Ce vote fut sanctionné par un nouvel arrêt du parlement, le 8 mars 1746, et la première distribution eut lieu à la Sorbonne , le 23 août 1747, en présence d'une députation de conseillers en robes rouges. Le latin eut tous les honneurs de la séance; car non-seulement le discours d'apparat était écrit dans cette langue, mais encore on ne couronna que des compositions latines, et les nominations furent proclamées en latin. Deux ans plus
tard, le recteur Charles Coffîn fonda pour la classe de seconde ùexrst prix de version latine, auxquels il affecta une rente de cinquante livres. En 1754, J.-B. Coignard, imprimeur du roi et ancien élève de l'université, affecta de son côté une rente de trois cents livres à la fondation d'un prix d'éloquence latine pour les maîtres es arts. Enfin, Bernard CoUot, chanoine et professeur émérite, légua, en 1757, a l'université une rente de quatre cent vingt livres pour la fondation d*un grand prix de grec, lequel devait être disputé par les élèves réunis des trois classes supérieures ; disposition bizarre qui fut annulée par arrêt du parlement du 29 mai 1758. Au prix de grec furent , substitués des prix de thème et de version latine pour toutes les classes jusqu'à la sixième inclusivement. On rappelait à chaque distribution générale des prix, dans l'ancienne université^ le nom des auteurs de ces diverses fondations.
Les prix cessèrent, en 1789, d'être proclamés en latin. En 1793, ce fut aux Jacobins de la rue Saint-Honoré , dans la salle des amis de la liberté et de l'égalité, qu'eut lieu la distribution. Le discours latin fut remplacé par une allocution du président du département. Depuis cette époque, le concours général fut interrompu jusqu'en 1801. Il reparut avec l'établissement des écoles centrales. Cette année-là , les élèves qui avaient obtenu les prix furent couronnés une seconde fois, et harangués au Louvre par Arnault de l'Institut. Le concours de 1805 s'ouvrit entre les quatre lycées qui venaient d'être organisés à Paris, et pour la première fois tes sciences et l'histoire ' figurèrent au programme. En 1810, on rétablit la harangue latine; puis vint 1815, et l'absence de la solennité du concours cette année-là ajouta, contrairement sans doute aux intentions des auteurs de la mesure, un deuil de plus à la douleur publique.
Un cinquième concurrent, le collège de Versailles, entra dans la lice en 1818, et un sixième, le collège Saint- Louis, en 1820. Un seul prix jouissait
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vimïwss.
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encore de la dénomination spéciale de prix d'honneur, c'était celui au'oh accordait au discours latin de rhétorique . En 1822, on en. créa un second pour la philosophie. Ce prix, attaché d'aoord à Fa dissertation latine, est, depuiç 1831 , donné à la dissertation française. Deux nouveaux établissements furent admis au concours en 1832, les coU léges communaux de Stanislas et de ftollin. En 1836, les science^ eurent aussi leur prix d'honneur, qu'on affecta au cours ae mathématiques spéciales.
Les privilèges attachés à ces trois granas prix sont, avec l'exemption du iservice militaire, celle des frais d'ins* cHption et des droits d'examen et de diplôme dans toutes les facultés.
En 1838, M. de Salvandi , alors ministre de l'instruction publique , essaya d'étendre le bénéfice ou concours aux collèges royaut des départements, du moins pour les classes de mathématiques spéciales, de philosobhie et de rhétorique. Les vainqueurs furent nommés; mais ce fut, malheureusement pour eux, tout ce quMis obtinrent, et l'essai ne fut pas renouvelé. Cette même année pourtant , l'université prélevait plus de vingt mille francs sur son budget pour le concours général des huit collèges de Paris.
Aucun fait intéressant ne se présente plus à partir de cette époque dans l'histoire de l'institution. Tous les ans, dans le courant du mois de juillet, chacun des collèges rivaux envoie au concours l'élite de ses classes. Chaque composition est jugée à huis clos par une commission spéciale de membres de l'université; puis a lieu, du 15 au 20 août, la distribution solennelle dans laquelle le ministre, entouré de tous les corps savants de Paris, remet aux jeunes vainqueurs les palmes qu'ils ont conquises.
On a Deaucoup dit pour et contre l'institution du concours. Ce n'est point ici le lieu d'en discuter les avantages et les inconvénients; mais nous omettrions la partie la plus intéressante peut-être ae l'histoire de cette Institution, si nous n'ajoutions pas que sur la liste des prix a*honneur on
distingue les noms de Thomas ea 1749, de Delilte en 1755, de la Harpe èa 1756 et 1757, de Noël en m, dé Faucompret en 1786, de le Maiic en 1787, de Burnouf en 1792, de te det en 1804 , de Victor Lecierc en 1806 et 1807, de Cousin en 1810, d'Adrieo de Jussieii en 1814, d'Alhred etài Gustave de Wailly en 1817 et 18)1.
nous ne pouvons terminer cet artià sans homoier au moins \e Livre ctlmr neur, cet annuaire d'émulatioo, oè M. Jarry de Mancy, pendant les deiil années qu'il en a dirigé la publicatioo, complétait pour ainsi dire le concours, et qu'il enrichissait de détails si précieux pour l'histoire de l'institutioa.
Concubinage. — tous les rois de |a première race ont eu des coogh* bines, et la célèbre Frédégonde ftt longtemps celle de Chiipèric, roi de Soissons, avant d*étre son épouse légitime. Il en fut de même sous la seconde dynastie, malgré les défeDses des conciles; et Charlemagne lui-méaie, qui cherchait tant à réformer lesmœun de ses sujets, eut plusieurs concubines Ou'il choisissait dans ses gynécées.
Cependant , avec le temps, le concubinage finit par être regardé comme une débauche contraire au respect dâ u sacrement de mariage. Il aeviot alon Im délit, non-seulement quand il i^ commis par des clercs, mais encore quand des laïques s'en rendirent cou* pables. Un grand nombre de coutumes, entre autres celles de Touraine,l> dunois, Anjou, Perche, Maine, Ox^ brai , etc. , essayèrent de réprimer es désordre, en dépouillant les conçu»
naires d'une partie des droits ciw dont jouissaient les personnes légifr mement mariées , et en déclarant nul»
les libéralités faites en concMbinaje- Celles de Normandie allèrent plus loifii elles frappèrent de nullité les araii^ ces accoraés aux bâtards. L'article w de l'ordonnance rendue par Louis 111»
en 1629 voulût aussi que les donatiotf entre concubinaires fussent ^^^^^i de nul effet, et cette jurisprudence W appliquée par un grand nombre à^^ rets. Cependant, quand les libérau»
ne passaient pas les bornes d'une fi'
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$ion aliiDentaire et n'étaient point en disproportion avec la fortune au donateur, elles étaient assez ordinairement maintenues.
Les hommes qui, par profession, devaient donner rexemple de la régularité et des bonnes mœiirs , offrirent souvent eux-mêmes celui de IMaconduite, en vivant çubiiouemënt en concubinage. Il serait dimcile de S6 faire une idée du nombre de près- . criptions qu'il a fallu pour rappejer , sous ce rapport , les prêtres ?i Taustérité de leurs devoirs et à la sainteté de leur ministère. Il n*y a peutêtre pas eu de concile ou Ton n*att rédigé uiieiques canons ayant poiir but de réformer Sur ce poitit la conduite des clercs. Au treizième siècle, les évéques permettaient, moyennant payement , aux prêtres et aux clercs de vivre en concubinage. Un concile, tenu à Paris en 1211î, frappa ce désordre dé Censure, mais n'y apporta point de remède; car le célèbre Olivier Maillard , qui prononça, de 1494 à 1508, un grand nombre de sermons dans les églises de Saint- Jean en Grève, reprochait aux ecclésiastiques de son temps d'entretenir des concubines, et même des femnies publiques à pain et à pot, et de dilapider ainsi des biens destinés à un autre usage. Voyez Batabd et BÀ-
TÀB0ISE.
CoN DAT ou CoNDÉ. — Ce mot , dans ja langue celtique, signifiait cotifluentj^ et se disait du point de jonction de deux rivières ou de deux ruisseaux.
Ainsi , ie plus ancien nom de Tabbaye de Saint-Clauae fut Condat, parce qu'elle était au confluent de la Bienne et du Lison. Condé en Flandre est à la jonction de TEscaut et de la Haisne:
Condé-sur-Noireau à celle de TOrrie et du Noireau; enfin un grand nombre de lieux ont porté et portent encore en France lie nom de Condé.
Nous, ne savons auquel de ces endroits il faut attribuer le triens et le denier dont la description va suivre.
coNDATEVico, bustcdc face. — aydo* îdVNDVSMONiTA, croix haumée, cantonnée au premier et au troisième canton d'un nesant, au deuxième d'un
A, et au Quatrième d'un w. — con- DATOMÔNETA , crotx à branches égales , monogramme de Charles. — gba- TiA Di BEX. Ce dernier appartient â Charles le Chauve.
M. Cartier attribue le triens 9 Condés y petit village deTouraine, où mourut saint Martin. Quant au denier.
MM. FôUger et Combrouse pensent que Ton doit l'attribuer à Cosne; mais bien d'autres localités, telles que Condé* Sur-Noireau, Condé en Flandre, etc., y auraient autant de dîroits.
CoND^, Condatum, Condamm, — Cette ville de l'ancien Hainaut , aujourd'hui chef-lieu de canton du dép.
du Nord, est fort ancienne. Les Normands s'en emparèrent en 882. Philippe d'Alsace la ruina en 1174. Elle fut rebâtie quelque temps après , et , en 1326, il s'y tint un célèbre tournoi, Louis XI , après l'avoir assiégée san^ succès en 1477, la prit en 1478, malgré une vigoureuse résistance ; mais il fut obligé de l'abandonner , à la nouvelle de l'approche de l'archiduc Maximijien. Les Français ne la quittèrent qu'après l'avoir pillée et incendiée.
Elle tomba de nouveau ^ en 1049 , au pouvoir des Français, qui l'évacuèrent peu de teinps après. Turenne s'en rendit maître en 1655 ; le prince de Condé la reprit Tannée suivante^ à la tête de l'armée espagnole. Elle tomba en 1676 au pouvoir de Louis XIV, et le traité çle Nimègue en assura la possession à la France. Bloquée , le 9 avril 1793 , par les Autrichiens , cette ville fut obligée de se rendre, le 12 juillet 1794; mais elle ne resta pas longtemps au pouvoir des ennemis. (Voyez Condb [sièges de.1) Défendue vaillamment en 1814 par l'intrépide Daumesnil , elle fut de nouveau assiégée en 1815 , et ne se rendit qu'avec les honneurs de la guerre.
La ville de Condé , avec àes dépendances , avait appartenu d'abord à la maison d'Avesnes, puis à celle de Châtilloh-Saint-Pol. Elle passa, à la fin du quinzième siècle, à la maison de Bourbon, à laquelle Charles-Quint l'enleva, pour la donner aux de Lalain, des mains aesquels elle passsl à la maison de
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LUNIVERS.
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CroySolre. Cette maison la possédait encore au dernier siècle , sous la souveraineté de la France.
CoNDE (combats et sièges de). — Condé était une des plus fortes places du Hainaut. Le 11 avril 1676, Louis XIV vint en personne en faire lesié^e, avec une armée de trinquante mille hommes. Le prince d'Orange se mit aussitôt en marche pour la secourir.
La communication entre les quartiers de l'armée française était difucile , à cause de Tinonaation : ses lignes embrassaient une si grande étendue de terrain, qu'il n'était pas possible de les défendre. Il fallait donc ou marcher au-devant de Tennemi, ou presser trèsvivement le siège. « Un jour de plus ou de moins, dit Pélisson, était de la plus grande conséquence. Aussi les nôtres avaient-ils Tordre de ne se point arrêter que tout ne filt emporté. »
« Le roi fit attaquer les dehors pendant la nuit du *2S, Le maréchal d Humière commandoit à la droite, le maréchal de Lorges à la gauche; enfin une troisième attaque devoit être dirigée par le maréchal de Créqui. Le signal ayant été donné par la décharge ae toutes les batteries , tous les dehors furent emportés en peu de temps, ce qui jeta l'épouvante dans, la ville, et obligea la garnison de capituler et de se rendre prisonnière (*). »
— Placée sur l'extrême frontière de la France et des Pays-Bas autrichiens, la place de Condé devait être, et fut en effet, en 1792, le théâtre de continuels combats , jusqu'à ce que l'ennemi eût été éloigné des limites de la France.
Le 9 mai 1792, un détachement composé de plus de cent huUans se présente au poste extérieur de Marcou.
Une escouade de- huit jeunes recrues, commandée par le sergent Rousselot, gardait cet ouvrage. Peu effrayé du nombre des ennemis , Rousselot s'adresse rà sa petite troupe : Si je recule, dit-il, tuez-moi; si quelqu'un de vous recule , je le tue. Il se bat quelques instants dans son poste, puis com-
(*) Histoire de Louis XIV, par Limiers, t. II, p. Srg. -^■•
mence sa retraite, en faisant on fea continueK Rousselot seul brûle plus de quarante cartouches, et reçoit plus de vin^ balles dans son cliapeau et ses habits. Un de ses soldats, se sentant blessé, lui dit : Mon sergent^ /^J^ crois y la cuisse cassée. — Marches'i»
encore f — Otd,— VUe^ vite, recharge ton arme. Ainsi ces braves rentrèrent dans Condé. Il n'y en eut que trois de blessés.
—Vingt jours après, deux mille cinq cents Autrichiens se présentèrent aox avant-postes à quatre heures du nutin. Le capitaine Gastine s'y défendit vigoureusement; mais le nombre de ses ennemis le contraignit à £3iire sa retraite sur la ville, dont l'artillerie fit essuyer une grande perte à Tune des colonnes autrichiennes qui s'étaittrop avancée. Au premier avis, le maréchal Luckner s'approcha de Condé ; mais les Autrichiens ne l'ayant pas attenda^ ses troupes rentrèrent dans le camp de Famars.
— Après la défection de Dumouriez, l'armée des coalisés entra sûr le terri* toire français, menaçant à la fois Lille, Condé et ^Maubeuge. Tous les avantpostes de Condé furent repoussés le 9 avril , et la ville fut exactement inTestie par l'armée de Cobourg. Quatre mille soldats, commandés par le général Chancel , ^'y défendirent vaitlamment ; mais leurs efforts furent continuellement repoussés. Le eénéral Dampierre essaya en vain de les se courir. Pendant près de trois moiSt cette brave garnison supporta les privations et les fatigues les plus erodles. Réduite depuis six semaines à one ration journalière de dix onces de pain , deux onces de cheval , une onoe de riz et un tiers d'once de suif ptf homme, et ne recevant aucune solde, elle n'avait plus de vivres que foet deux jours , lorsqu'elle céda enfin à la nécessité , et capitula , le 12 juillet
—Les victoires d'Hondtschooteetde Fleurus avaient mis d'immenses es-
Eaces entre les places du Nord ennies par les Autrichiens et les Anglais, et les armées destinées à les soutenir.
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Aussi les troupes républicaines , marchant de victoire en victoire, d^abord dans la Flandre, puis dans la Hollande, ne firent aucun mouvement pour s'en .emparer. La Convention nationale décréta que les garnisons qui ne se ren* draient pas vingt-quatre heures après la sommation seraient passées au fil de Pépée. Le commandant autrichien de Condé, privé de toute espérance de secours, environné d*une armée nombreuse, se rendit à discrétion (30 août 1794), abandonnant 161 bouches à feu, 6000 fusils, 100,000 boulets, et des vivres pour six mois.
Condé (maison de) , branche collatérale de la maison de Bourbon {*). Le premier prince de Condé fut Louis P' de Bourbon, cinquième et dernier fils de Charles de Bourbon , duc de Vendôme, et frère cadet d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre.
Ce prince, l'un des plus braves capitaines du seizième siècle, était né en 1530. Bien qu'il fût de sang royal, il avait , comme un autre , son chemin à faire ; car sa fortune était loin de répondre à l'éclat de sa naissance. Il était le cadet d'une maison nombreuse ; aussi , quand il parut à la cour , son modeste équipage y fît sourire ; il n'y pouvait faire grande figure , n'ayant guère, comme on le disait, que la cape etrépée. Après de brillants faits d'armes enTiémont , où il servit comme volontaire sous le maréchal de Brissac, après s'être distingué à la bataille de Saint-Quentip , où il rassembla les débris de l'armée, il sollicita un gouvernement de province , qu'il ne put obtenir. Comme ses frères alors , il embrassa la réforme, dont l'esprit austère contrastait cependant avec son humeur pétulante et son penchant pour les plaisirs. Les humiliations qu'il avait essuyées , l'espoir d'attacher sa fortune aux chances de triomphe que la réforme pouvait offrir , et surtout le sentiment de rivalité qui poussait les Bourbons à lutter contre la maison de Lorraine, eurent peut-être plus
(*) Voyez BouRBOv (maison de) , tableaux j-énéaiogiques , n» Y III.
de part à cette détermination que les convictions religieuses. Quoi qu'il en soit , il fut le chef le plus actif et le plus valeureux du parti ; et la part secrète qu'il prit à la conjuration d'Amboise faillit lui coûter la vie. Arrêté sous un autre prétexte cependant , il essaya vainement de se disculper des charges qui pesaient contre lui , et fut condamné à perdre la tête , le 26 novembre 1560. Mais le jeune roi François II mourut fort à propos pour lui, quelques Jours après.
' A l'avènement de Charles IX , une autre politique prévalut , et le prince de Condé fut remis en liberté. Replacé aussitôt à la tête de son parti , et mécontent de la part que l'on avait faite aux protestants , il se jeta avec une sorte de fureur dans la guerre religieuse. Toutes ses campagnes furent marquées par des preuves d'une bravoure éclatante. Cependant il fut fait prisonnier à la bataille de Dreux , en 1562 , et eut le même sort à celle de Saint-Denis, en 1567. A en juger par les résultats de la plupart de ses expéditions , la valeur du chevalier l'emportait chez lui sur les talents du général. Une sorte de fatalité s'attachait à lui sur le champ de bataille. A Jarnac, il avait déjà le bras fracassé, quand, au moment de charger l'ennemi, le cheval du comte de la Rochefoucauld, son beau -frère, lui cassa la jambe : « Vous voyez , lui dit-il tran- « quillement, que les chevaux fougueux c nuisent plus qu'ils ne servent dans « une armée. » Puis il ajouta : « Avec « un bras en écharpe et une jambe c cassée, le prince de Condé ne craint « pas de donner la' bataille , puisque « vous le suivez. » Bientôt couvert de blessures, et ne pouvant plus soutenir ses armes , il se rendit. « Alors , dit Brantôme , un très-brave et très-honnête gentilhomme , capitaine des gardes du duc d'Anjou , nommé Montesquiou, fondit sur lui en criant : « Tuez, mordieu, tuez, » et le renversa d'un coup de pistolet dans la tête (15 décembre 1569).
Le fait suivant peut donner une idée du dévouement de sa petite ar-
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VXmJYEBA.
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inée« II manquait d'ar^eot le plus sou* vent pour acquitter la soldé. Un joui* lesreitres, auxiliaires allemands, menacèrent de Tabandonner. Alors il proposa aux siens, qu*il ne payait pas non pliis , de solder eux - mêmes les étrangers , et tous se cotisèrent aussitôt. Ce prinee était de cbétive appa* fence , petit et bossu , mais spirituel et aimable autant que courageux. Ses mœurs étaient loin de répondre à Taustèi*e religion qu'il avait embrassée ; et les pièges où Catherine de Médicis le fit tomber plus d'une fois compromis rent gravement son parti. « Le bon prince, dit Brantôme, était bien aussi mondain qu'un autre , et aimoit au-
iant la femme d'àutrui aue la sienne, enant fort du naturel de ceux de la race de Bourbon , qui ont tous été de h)rt amoureuse complexion. » Condé eut de son mariage avec Èléonore de Jloye , sa première femme : Henri , prince de Condé, François, çrjncede Côriti , qui mourut sans postérité , et Charles , cardinal de Vendôme. De sa seconde femme, Fi'ançoise d'Orléans- Longueviile, il eut un quatrième fils, Charles de Bourbon , qui fut là tige de là branché de Soissons.
Le cardinal de Fendômey qui prit le nom de cardinal de Bourbon a la mort de son oncle, cet autre cardinal de Bourbon que les ligueurs, après l'assassinat de Henri III , proclamèrent roi de France sous le nom de Charles X, crut pou voir jouer le même rôle , et conserva toujours , après la conversion de Henri ÎV , l'espoir de monter sur le trône. Les mécontents, les factieux et les fanatiques, que l'abjuration du roi n'avait point désarmés, surent habilement profiter de l'ambition de son parent , et en firent le chef de leur parti. Le cardinal crut un instant qu'il allait. être couronné; mais la conspiration fut découverte , et les projets des conspirateurs déjoués, II en tomba malade de chagrin. Henri IV alla le voir, et lui dit , pour toute vengeance : « Mon cousin, prenez bon a courage; il est vrai que vous n'êtes « pas encore roi, mais le serez possi- <( oie après moi. » Le cardinal de Bour-
bon mourut peu de temps après, le 30
juillet 1594.
Henri /*""., hé à la Ferté-soùs-Jôùarre, le 9 décembre 1552, fut, suivant une expression du temps, la vrak àmk son père. Il fît de bonne heure l'apprentissage de la guerre avec son cousin Henri de Navarre , depuis Henri IV, sous les ordres de l'amiral de Coligriy. Tous deux firent leurs premières armes aii combat de Laroche-l' Abeille, en 1570. Les deux, princes, faillireat péril* à la Saint-Barthélémy, et ne Sauvèrent leur vie qu'éri sacrifiant leur religion. Condé fît cependant en cette occasion une plus longue et plus digne résistance que son cousin. Char* lés IX les fit comparaître tous deiH devant lui pendant le massacre de là Saint -Barthélémy, et leur laissa le choix entre la mort et ta messe. Heon de Bourbon ii'osa résister ; mais Condé répondit : « Que Sa Majesté « ordonnait comme ilTui plaisait oe sa ft tête et de ses biens , qu'ils étaient à « sa disposition ; mais que , pour sa « religion, il n'en devait rendre compte a qu'a Dieu seul , duquel il en avait « reçu la Connaissance. » Cependant il promit ensuite d'abjurer ; mais aussitôt qu'il fut débarrassé de ses gardes, il s'enfuit en Allemagne, et parvint à y réunir quelques troupes , à la tête desciuelles il rentra en France et se rendit au camp d'Alençon , où il fol élu généralissime des protestants. H mourut empoisonné. , en 1588. Sa femme , Catherine de là Trémouillef fut poursuivie cdmmeauteur ducrime; mais Henri IV, devenu roi de France, mit fin aux poursuites, et annula te témoignages accablants qui ne manquaient pas contre la veuve de so»
parent. Les historiens jugent et eï* pliqùent diversement le fond de cette affaire, qui est resté fort ténébreux. Henri II, fils posthume du précèdent , naquit à Saint Jean-d'Angcl^i en 1588. Ayant épousé, en 1609, Cjuj; lotte de Montmorency, dont Henri 1»
était épris, il fut obligé de prendre U fuite pour mettre sa jeune femme a Tabri des poursuites du roi. Il ««* f^ugia à Bruxelles, puis en Italie, ^^
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revint en Franee if ue sous la régence de Marie de Médicis, qu'il troubb par ses intrigues et son ambition. Sa première révolte, qui date de l*an 1614, se termina la niénae année par le traité de Sainte-^lenehould. Mais ses pré-* tentions ii^ayant fait que grossir par les concessions qu'il avait obtenues de la reine, il reprit les arnies , et ne les déposa qu'au traité de Loudun. Une troisième tentative le fit enfermer à la Bastille, puis à Vînoennes. Mais il plia devant Richelieu , et se soumit enOn.
Rien ne saurait justifier ses entreprises , où Ton ne trouve guère qu'une ambition vulgaire, et qui ne furent pas inéme colorées a'une afjparence de conviction. Le zèle fanatique dont il s'était épris pour la cause catholique ^ était peu smcère , puisqu'il menaça plus d une fois la cour de se faire huguenot.
Son seul titre à la gloire fut , selon le mot de Voltaire , d'avoir donné le jour au grand Condé. Son second fils, Armand de Bourbon, prince de Conti, fut la tige de la famille de ce nom.
Louis Uy surnommé le Grand Condé, naquit à Paris le 8 septembre 162t, et porta , jusqu'à la mort de son père (1646), le nom de duc d'Ënghien.
Il parut pour la première fois à la cour en 1638 , et y attira bientôt tous les regards. « Je viens d'avoir, disait à a quelque temps de là le cardinal de Ria chelieu à l'un de ses confidents, avec « M. le duc, une conversation de deux a heures sur la religion , la guerre et « les intérêts des princes : ce sera le a plus grand capitaine de l'Europe, le <c premier hoAme de son siècle , et « peut-être des siècles à venir. »
Le duc d'Ënghien fit ses premières armes au siège d'Arras, en 1640; il accoii)pagna , l'année suivante, le maréchal de la Meilleraye au siège d'Aire ; servit, en 1642, sous les yeux de Tu* renne, à l'armée du Roussitlon, et se fit remarquer, pendant toute la durée de cette campaane, aux sièges de Per-f
fu'gnan, de Collioure et de Salces. Il ut investi . en 1643 , du commandement en cnei^ des armées de Flandre et de Picardie. Toutefois, on jugea
convenable, afin de modérer la vivacité de son courage , de lui adjoindre le maréchal de mospital, homme de capacité et d'expérience. Les ËspagnoU venaient de mettre le siège devalit Ro* croi : la perte de cette place aurait dé* couvert les plaines de la Champagne, et ouvert ainsi à l'ennemi, vers l'inté* rieur du royaume, un passage facile et sans danger. Le duc a'Ëngnien com* prit qu'il devait faire tous ses efforts pour secourir la ville menacée, et livrer même au besoin une bataille sous ses tnurs. Il fallait, pour attaquer les Es* pagnols , passer, à la vue de leur armée, un défilé situé au milieu des bois et des marécages. Mélos avait néglieé de faire occuper ce point importance Le duc sut habilement profiter de cette négligence; pendant que son infanterie euectuait le passage, il se porta, avec une partie ae sa cavalerie, sur un tertre situé à une demi-portée de canon de la ligne ennemie. Le 18 mai, à six heures du soir, l'armée française avait franchi le défilé , et se trouvait en présence de l'ennemi. Une partie de * la nuit fut employée par le prince à ireconnaitre la position de l'armée es* pagnole, el à assurer ses dispositions pour la bataille du lendemain. Gassion, chargé de cette mission , vint lui ren-» dre compte des obstacles que la nature du terrain présentait à l'exécution de son projet. Le duc insista. « Mais^ lui dit Gassion , si nous perdons la bataille, que deviendrons-nou^f -^ Je ne m^en mets point en peiney répondit le duc , parce que je serai mort auparavant. » L armée espagnole s'élevait à 26,000 hommes, dont 8,000 de cavalerie; celle du prince ne comptait que lâ,000 hommes d'infan* terie et 7,000 chevaux. Cependant les Espagnols furent complètement bati; tus : 8,000 des leurs furent tués, 7,00û restèrent prisonniers; le prince leur prit leurs bagages, leur caisse, 24 bouches à feu, 200 drapeaux, 60 étendards et uu immense butin; il poursuivi!
ensuite ses succès, et s'empara en quatre mois des places d'Émery, de Rarlemont , de Maubeuge , de Binch , de Thionville et de Sierck.
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L'UNIVERS
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Ces premiers succès du jeune prince avaient fixé sur lui l'attention de la cour et de TËurope. L'armée d'Allemagne, commandée par Turenne, avait éprouvé, Tannée suivante, quelques revers aa'il importait de reparer. Le^ duc 'Enghien , qui venait d'être investi des gouvernements de la Champagne et de la Brie, reçut l'ordre de se réunir an vicomte et d'agir de concert avec lui. L'armée ennemie, commandée par Merci, occupait la plaine en avant de Fribourg , dans le Brisgau , et des redoutes échelonnées depuis le pied jusgu*au sommet de la montagne qui avoisine la ville. Les deux généraux français résolurent de lui livrer bataille. Tandis que Turenne attaquait la gauche de l'armée bavaroise , le duc d'Engbien se dirigeait vers les retranchements. Le 5 août, à cinq heures, les troupes arrivent en présence de cette lormidable position; elles s'avancent par un chemin rude et escarpé, couvert de vignes et de maçonnerie , et arrivent , malgré le feu le plus meurtrier, au pied d'une batterie défendue par 3,000 hommes.
Quelque hésitation se manifeste alors parmi elles; le prince s'en aperçoit, descend de cheval, marche le premier au milieu des balles, et jette son bâton de cohfimandement dans les lignes ennemies : elles furent en un instant enfoncées , et les Bavarois , forcés de chercher un abri dans-les bois, y furent poursuivis et massacrés. La bataille de Fribourg dura trois jours. Le succès de la première journée assura celui des deux autres. Merci abandonna le champ de bataille et perdit 9,000 hommes tués, blessés ou prisonniers. Cette victoire eut pour résultat immédiat la prise de trois villes importantes :
Spire, Philisbourg et Mayence; et, quelque temps après, la reddition des places deBerghen, Creuznach, Worms, Oppenheim et Landau.
Au commencement de l'année 1645, le cluc d'Engbien reÇut le commandement de l'armée chargée d'agir dans le Luxembourg. Peu de temps après , il alla porter des secours à Turenne , auquel Merci venait de faire éprouver
un échec à Mariendal. Dans cettecampagne, il s'empara de plusieurs places destinées à défendre le passage du Rhin, fît capituler Wimpfen,et,àia faveur d'une nuit obscure, enlevad'assaut le poste de Rotterberg.
La bataille de Nordlingen (3 août 1645), 011 l'ennemi perdit 4,000 hommes tués, 2,000 prisonniers, 15 pièces de canon et 40 étendards; la prise de Furnes et celle de Dunkerque, en septembre et octobre 1646, venaient de donner un nouveau lustre à la gloire du duc d'Engbien, lorsqu'une intrigoe de cour, suscitée par une basse jalousie , le fit envoyer en Catalogne.
Cependant le roi crut devoir tempérer cette espèce de disgrâce en le nommant gouverneur du Berri, grand maître de sa maison ^ puis vice-roi et commandant en chef de la Catalogne.
Ce nouveau théâtre ne lui fut pas favorable. Il échoua sous les murs de Lérida. Cependant , soit par présomption, soit pour se conformer à un ancien usage consacré en Espagne, il avait fait ouvrir la tranchée au sondes violons; cette fanfaronnade ne lui réussit pas, et il fut obligé de lever le siège de la place.
Mais la fortune se lassa bientôt de lui être contraire. Il fut appelé, Tunée suivante (1648), au command^ ment de l'armée de Flandre. Le débol de cette campagne fut marqué par la prise d'Ypres. La reddition de cette , place força l'archiduc Léopold de lorraine à se jeter dans les plaines de Lens , oii le prince gagna sur loi ia sanglante bataille de cç nom. [Voytf Lens (bataille de)]. Cette victoire décida la paix avec l'Allemagne. Le prince reprit ensuite Furnes sur les Espagnols, et reçut, au siège de cette place, un coup de feu qui faillit lui casser la cuisse. Ses services furent alors re compensés par le don du paysàcOff* montois , que la reine mère lai concéda dans les termes les plus hooo-
^Rappelé à Paris en 1649, il ^ chargé du commandement des troupes destmées à combattre le parti de * Fronde, et parvint à ramener dans b
GON
CON
capitale la cour et le cardinal de Mazarin. Cependant, après un service aussi important, le prince de Condé se vit en butte aux persécutions du ministre. Mazarin, piqué de l'opposition du prince au mariage de sa nièce avec le duc de Mercœur, et de certaines railleries très-vives sur son administration , résolut de s'en venger en lui faisant perdre la faveur de la cour, et en le rendant suspect à tous les partis. Ce fut à la suite de ces sourdes menées qne le prince de Condé fut arrêté le 18 janvier 1650, avec le prince de Conti, son frère, et le duc de Longueville. Conduit d'abc^d à Vincennes, puis transféré à Marcoussi , et de la au Havre, il tie fut remis en liberté que le 13 février 1651. Il conçut de ce traitement le plus vif ressentiment, et jura aussi de s'en venger. « Je suis . entré dans cette prison le plus inno* cent de tous les hommesy disait-il plus tard à Bossuet,/en suis sorti le plus coupable. » Menacé , bientôt après , d'une nouvelle arrestation , il crut devoir s'y soustraire en se retirant à Saint-Maur le 6 juillet 1651. Bientôt une foule de partisans vinrent lui offrir leurs services. La froideur avec laauelle le roi le reçut dans une visite gu il vint lui faire, augmenta ses dénonces, et détermina sa resolution.il envoya aussitôt Sillery, son confident, à Bruxelles, pour traiter aveolecx)mte de Fuensaldagne , commandant des troupes espagnoles , souleva le Berri, puis se retira dans soii gouvernement de Guyenne , où il leva un corps de 10 à 12,000 hommes, et en quinze jours se rendit maître de l'A ngou mois, du Périgord , de la Saintonge et de la Guyenne. Cognac était la seule place de la Saintonge qui eût refusé de se déclarer pour lui ; il l'assiégea , et il allait s'en emparer, lorsqu'un débordement subit de la Charente , qui entraîna les ponts et sépara ses quartiers , le força de lever le siège. Le 24 janvier 1652, le duc d'Orléans traita avec lui de l'expulsion du cardinal, et joignit ses troupes à celles des Espagnols qui allaient se réunir à l'armée le Condé.*
L'armée royale se trouvait auprès de Gien; c«lle du prince campait à quelques lieues de la, sous les ordres des ducs de Nemours et de Beaufort.
Les rivalités de ces deux chefs allaient devenir funestes au parti. Déjà les soldats, qui (Savaient le prince à 100 lieues de distance , se croyaient perdus, lorsqu'au milieu de la nuit un courrier se présenta devant les grand'gardes. C'était le prince lui-même. Il avait quitté secrètement la ville d'Agen, et, déguisé, accompagné seulement de six personnes, il s'était rendu, à travers mille dangers, aux environs de Lori, où campait son armée, qu'il ne joignit gu'apres huit jours de marche et de fatigue. Sa présence excita parmi ses troupes une ardeur extraordinaire; il en profita pour attaquer le maréchal d'Hocquincourt avant que celui-ci eût opéré sa jonction avec l'armée de Turenne.
Le 6 avril il marche sur Montargis, dont il se rend maître par un coup de main, et de là il s'avance vers l'armée royale, campée dans les environs de Blesneau; il l'attaque au milieu d'une nuit obscure et la rejette au delà de ses positions. (Yoy. Blesnbàu [combat de.]) Ce combat, dans lequel le prince de Condé enleva cinq quartiers a l'armée royale, aurait eu des résultats avantageux pour son parti, sans l'arrivée du corps de Turenne, qui arrêta sa marche victorieuse. Les dispositions habiles de ce général sauvèrent le roi,qui était à Gien, et que leprince avait eu le projetd'enlever. Conde manœuvra ensuite sur Paris, où Turenne le suivit pour le combattre. Le prince espérait gagner Conflans et Charenton avant que son adversaire pût l'y atteindre. Mais les deux armées se rencontrèrent le 2 juillet, au faubourg Saint- Antoine, ou un combat sanglant s'engagea, et où toute la bravoure du prince échoua contre les savantes manœuvres de Turenne (Voy. Fauboubg Saint-Anîoine [combat du]). Sa perte eût été inévitable si les habitants de Paris ne lui eussent ouvert leurs portes. Il quitta cette ville le 16 octobre et alla se jeter dans les rangs des Espa*
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gnols, oà la fortune le suivit rarement. Cependant ii s'empara de Rethel le 30 octobre, de Sainte-Menehould le 14 novembre et reçut le 25 le titre de généralissime des troupes espagnoles. .
Ses opérations furent peu importantes pendant ia campagne de 1653; ses plus grands succès furent la capitulation de Rove et celle de Rocroi. Il chercha, Tannée suivante, à reprendre Arras pour les Espagnols; Turenne le força d'en lever le siège; mais il assura h retraite de Tarnlée espagnole, dont les fautes de ses collègues, l'archiduc d'Autriche et le comte de Fuen-
perdu et que Votre Altesse a tout réparé. »
La campagne de 1655 fut employée tout entière en marches et en contremarches; le 6 juillet 1656, il opéra sa jonction avec les troupes de Farchiduc»
et alla attaquer le maréchal de la Ferté devant Valencrennes. Il le fit prisonnier et lui prit 4,000 hommes. Ce combat obligea Turenne à lever le siège de cette place et décida la capitulation de celle de Condé. Le 22 mars 16^7,.
le prince se rendit maître de Saint- Guilain; le 1*' juin il se jeta avec 2,000 chevaux dans Cambrai, assiégé par Turenne, qui ftit forcé de se retirer.
Le 14 juin 1658, Farchiduc voulut, contre son avis, attacfiier Farmée avec laquelle Turenne faisait le siège de Dunkerque. Le prince s'était placé sur une éminence, d oà il pouvait observer les dispositions des deux armées :
« Vous êtes- vous jamais trouvé. à une bataille, dit-il au due d'York, qui se trouvait auprès de lui, et qui depuis fut roi d'Angleterre? — Non, répondit le duc. — Eh bien ! reprit Condé, dans une demi-heure, vous verrez comment on en perd une. » En effet, Farchiduc fut complètement battu. Pendant cette action, a laauelle on a donné le nom de bataille des Dunes (voy. ce mot), le prince avait obtenu quelques succès avec Faile qu'il commandait, et il allait peut-être pénétra dans la ville,
lorsque, entouré de toute part par des forces supérieures, il fut obligé de battre en retraite.
La paix des Pyrénées lui rouvrit, en 1659, les portes de la France. Une clause du traité stipulait son retour et sa réintégration dans ses places et dignités. Dans le mois de janvier 1660, il se rendit à Aix, où était la cour. | Le roi l'accueillit avec bonté et rassura qu'il avait tout oublié. Le 31 décembre . 1661 , il fut porté en tête d'one promotion de chevaliers de Fordre du Saint-Esorit. Toutefois, et malgré cette réconciliation apparente, i.l resta sans conmandement jusqu'en 1668, époque à laquelle Louvois le chargea de la conquête de la Franche- Comté, sous les ordres de Louis XIV.
Il s'empara, le 7 février, de la yilleet du château de Besançon , soumit ec peu de temps lespiaces^de Dôlç, Gray, Joux et Sainte-Anne, et il venait d'être appelé au commandement de Farmée sur la Sambre, lorsque le traité d'Aixla-Chapelle mit fin à la guerre. Maïs en 1672 eut lieu la guerre de Hollande, et Louis XIV entra dans les Pays-Bas avec une armée de 100,000 hommes, divisée en trois corps. Coudé, qui commandait celui du centre, prît Wesel, Emerrch et se signala au passage du Rhin à Toihuts : il y eut le poignet gauche cassé d'un coup de pistolet, et n'en continua pas moins de poursuivre Fennemi, qu'il rejeta à 2 Ireues de ses premières positions. La gravité de sa blessure le força cependant à résigner son «commandement ; mais on loi confia, l'année suivante, cehii de farmée du Bas-Rhin, chargée de conserver les conquêtes faites en Hollande et d'y contenir Fennemi.
L'année 1674 offrit au prince de Condé de nouvelles occasions d^acquérir de la gloire. Louis X^^ ahandoooé de tous ses alliés, attaqué par toutes les puissances de FEurope, se trouvait réduit à ses propres forces et obligé de défendre ses frontières. Quatre armées furent créées dans la Franche- Comté, en Allemagne, dans le Aoossillon et en Flandre. Condé reçoit h commandement de cette demiâre; if
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marche, |e M août , contre la prince d*Orange, qu'il rencontre près du village de Senef, entre Mons et Charleroi.
Il passe, à la tête de la maison du roî, un ruisseau qui le sépare de Tennemi, Fattaque avec son impétuosité ordinairc, l'enfonce et le met en déroute. A cet instant l'infanterie française, qui avait pénétré dans le village du Fay, éprouvait une vigoureuse résistance de la part de l'ennemi : Gondé se porte aussitôt sur ce point, devenu le théâtre du plus affreux carnage ; sa présence décide la victoire, et le prince d-Orange abandonne le champ de bataille, sur lequel le général français passe la nuit. (Voy. Senef [bataille de.]) Cette batailfe, l'une des plus sanglantes du règne de Louis XIV, fut cependant sans résultats ; les pertes y furent balancées et les deux armées s'attribuèrent réciproquement la victoire. Condé ' venait de s'emparer du Limbourg lorsqu'il reçut, en 1675, l'ordre d'aller remplacer le maréchal de Turenne, qui venait d'être tué au combat de Salzbach. Il fit lever à Montécuculli le siège de Hagueneau, s'empara de Saverne et força l'ennemi à évacuer FAIsace et à repasser le Rhin. Mais ce fut sa dernière campagne. Tourmenté depuis quelque temps par la goutte, il sollicita et obtint du roi la j)ermission de rentrer dans la vie privée. Depuis cette époque, il parut rarement à la cour et vécut paisiblement dans sa belle terre de Chantilly, dont il avait fait une habitation presque royale. Il mourut à Fontainebleau le 11 décembre 1686, à l'âge de 65 ans.
INé avec un caractère impérieux, emporté, dur et colère, ce pnnce supportait difficilement les contrariétés, et amais il ne souffrit que ses inférieurs oî fissent la mpindre observation. Il if mait cependant à rendre justice au ^rai mérite ; ainsi , il fit rendre les lonneurs funèbres, même dans les •angs ennemis, au général Merci, qui ut trouvé parmi les morts après la baaille de Nordlingen; il marqua luitiSme le lieu de son tombeau et dicta et^te épigraphe : 5to, viator; heroem Y3&iccLS' (Passant, arrête; tu fouies
sous tes pieds les cendres d'un héros.) Il se montra le protecteur éclairé des lettres; admirateur passionné du grand Corneille, il ne fut point injuste envers Racine, dont il encouragea les
Î)remiers essais, et qu'il soutint contre es cabales de ses ennemis* fioileau et Molière furent aussi toujours aceueillis par lui avec la plus grande bien* veillanoe.
Du reste, Condé n'avait aucune des qualités qui constituent l'homme d'Ë* tat. Malgré la prédiction de Richelieu, et contrairement à l'opinion de Voltaire» il n'aurait jotté qu'un rôle fort secondaire dans le maniement des affaires, si les événements l'y eussent appelé. Pendant la fronde, il em* brassa et quitta tour à tour les deux partis, et il ne sut jamais profiter des circonstances qui pouvaient lui être favorables.
En résumé , la vie privée du prinee
de Condé n'a pas toujours été à l'abri
du reproche, et l'histoire ne lui par-
, donnera jamais d'avoir , pendant huit
ans, porté les armes contre son pays.
Sa vie militaire, que nous avons rapidement esquissée, a été brillante.
Pendant le cours de ses campagnes, il ne reçut gu'une blessure sérieuse , et pourtant il ne fut jamais moins- prodigue de son sang que de celui de ses soldats. « Il était né général , a dit Voltaire; l'art de la guerre était en lui un instinct naturel. » Et cependant, il faut bien le dire, il dut souvent la victoire à l'opiniâtreté de son caractère, et rarement aux inspirations du génie.
A la i^n de sa carrfèiie, il perdit tout à coup son courage et ses facultés. « Ké plus agile que robuste, dit Voltaire , il éprouva la caducité avant le temps; et son esprit s'afïlalblissant avec son corps, il ne resta rien du grand Condé les deux dernières années de sa vie. » Bossuet prononça son oraison funèbre. Ce fut le che'fd*œuvre et le dernier ouvrage du grand orateur.
Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé, fils du grand Gondé, s'annonoi d'une manière brillante dans la seule
Goir
LUNIVERS.
carrière où sa maison se soit illustrée; il combattit aux côtés de son père à la bataille de Senef, et lui sauva la vie en aidant le comte d'Ostain à le replacer sur son cheval. Mais il n'eut point le bonheur de rencontrer d'autres occasions semblables, et les souvenirs que son nom réveille y ne sont pas tous d'une nature héroïque. La bizarrerie de son humeur, son avarice, ses vapeurs, et les attentions ridicules .qu^ii donnait à sa santé , le rendirent la fable de la cour. On peut consulter, à son sujet , les Mémoires du duc de Saint-Simon , qui donne les détails les plus étranges sur la vie privée de ce prince, qui « alloit jusqu'à peser tout ce qui sortoit de son corps. » Il mourut en 1709, laissant, de son mariage avec Anne de Bavière , princesse palatine ,
Louis m, né en 1668. Celui-ci se comporta avec distinction aux sièges de Mons et de Namur , montra de la valeur et de l'intelligence, et mourut à Paris d'un mal subit en 1710, après une vie désordonnée. La violence de son caractère était extrême. Voici l'étrange portrait que le duc de Saint- Simon nous donne de ce petit-fils du grand Coudé :
> « C'étoit un homme très-considérablement plus petit que les plus petits hommes , qui , sans être gras , étoit gros de partout; la tête grosse à surprendre, et un visage qui faisoit peur.
On disoit qu'un nain de madame la princesse en étoit cause. Il étoit d'un jaune livide, l'air presque toujours furieux; mais en tout temps si fier, si audacieux , qu'on avoit peine à s'accoutumer à lui. Il avoit ae l'esprit, de la lecture , des restes d'une excellente éducation, de la politesse et des grâces même quand il vouloit ; mais il vouloit très - rarement. Il n'avoit ni l'injustice, ni l'avarice, ni la bassesse de ses pères , mais il en avoit toute la valeur , et avoit montré de l'application et de l'intelligence à la guerre. Il en avoit aussi toute la maugnité et toutes les adresses pour accroître son rang par des usurpations fines, et plus d'audace et d'emportement qu eux
encore à embler. Ses mœurs perverses lui parurent une vertu , et d'étranges vengeances , qu'il exerça plus d'uoe fois, un apanage de sa grandeur. Sa férocité étoit extrême et se montroU en tout. C'étoit une mense toujours en l'air, et qui faisoit fuir devant elle, et dont ses amis n'étoient jamais eo sûreté, tantôt par des insultes extrêmes, tantôt par des plaisanteries cruelles en face, et des chansons qu'il savoit faire sur-le-champ qui emportoient la pièce et qui ne s'effaçoient jamais Les embarras domestiques^ les élans continuels de la plus furieuse jalousie , le vif piquant a'en sentir sans cesse l'inutilité , un contraste sans relâche d'amour et de rage conjugale, le déchirement de l'impuissance dans un homme si fougueux et si démesuré , le désespoir de la crainte du roi et de la préférence de M. le prince de Conti sur lui..., la rage du sang de M. le duc d'Orléans et de celui des bâtards, toutes ces furies le tourmentèrent sans relâche et le rendirent terrible comme ces animaux qui ne semblent nés que pour dévorer et faire la guerre au genre humain... Quiconque aura connu ce prince n'en trouvera pas ici le portrait chargé. » L'aîné de ses neuf enfants Hit:
Louis-Henri y qui était né en 1691 Il fut nommé chef du conseil de régence après la mort de Louis XIV, et devint , après celle du duc d'Orléans, premier ministre du jeune roi. Il hérita de l'humeur rapace de ses pères, puisa à pleines mains dans les caisses de l'État, se compromit dans les opérations financières de Law , plas tard s'associa aux manœuvres des frères Paris, et grossit, par toutes ces voies ténébreuses , sa fortune héréditaire.
La célèbre marquise de Prie , sa mat- ^tresse, exerça sur lui une influence qoi ne tourna ni au profit de sa gloire, ni à l'avantage de l'Etat. Le duc de Bom^ bon (car il conserva ce titre , et ne porta point celui de prince de Condë, qui lui appartenait de droit cependaitf} tut supplanté , en 1726 , comme premier ministre par le cardinal Fieaiy,
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qui le lit exiler de la cour, et dont la rancune le poursuivit longtemps. Retiré à Chantilly, il s'y livra avec passion à rétude de la chimie et de Thistoire naturelle, dont il forma de précieuses collections. Il y moturut en
Charles de Bourbon, comte de Cbarolais, second fil? de Louis III, naquit à Chantilly en 1700. Il n'avait que dix ans quand il perdit son père, dont il eut le caractère violent et emporté. Son éducation fut très-néglisée ; il fut de bonne heure abandonné a lui-rtiéme , et se livra avec fureur à ses passions désordonnées. Tout jeune, il se plaisait à torturer des animaux ; plus tard , il se montra cruel envers ses domestiques ; et Ton dit même gue ses débauches furent plus d'une lois ensanglantées. Il quitta secrètement la France, en 1717, et alla en Hongrie, servir ^omme volontaire, contre les Turcs , dans l'armée du prince Eugène. Il voyagea en Italie , puis en Bavière, revint en France , en 1720, fut admis aussitôt à faire partie du conseil de régence , et devint , la même année, gouverneur de la Touraine. Il persévéra dans les désordres de sa première jeunesse, et la tradition l'accuse d'avoir plus d'une fois tiré sur des couvreurs, pour avoir le plaisir de les Yoir tombei: du toit. Il mourut à Paris , en 1760 , sans avoir été marié.
Louis-Joseph de Bourbon y prince de Condé , fils de Louis-Henri duc de Bourbon, était né à Paris, le 9 mars 1736, et il ne s'était encore fait connaître que par des écarts et des désordres scandaleux , quand la guerre de sept ans éclata , et lui offrit Poccasion de mieux établir sa renommée. Il avait passé sa jeunesse sous la discipline du comte deCharolais son oncle, assez mauvais instituteur pour un jeune homme dont les passions étaient vives et bouillantes , et sur qui la corruption du temps pouvait avoir -prise si aisément. Le \T\nct de Conde obtint, dès son début, et selon le privilège de sa naissance, le titre de lieutenant général. Il servit sous le comnnandement du maréchal d'Estrées, et
se lit remarquer particulièrement à la journée de Hastenbeck. C'était le champ de bataille qu'il fallait aux hommes de cette maison , si pauvres , si mesquins dans la vie civile. C'était là seulement qu'il leur était donné de montrer ce qu'ils valaient. On rapporte qu'un officier invitant un jour le prince de Condé à reculer de quelques pas, pour éviter le feu d'une batterie : « Je « ne trouve pas, répondit-il, toutes ces « précautions dans l'histoire du grand « Condé. » On pourrait mentionner dans le cours de la guerre de sept ans d'autres rencontres oii ce prince prit une part glorieuse ; et l'on ne saurait lui refuser d'avoir contribué aux succès de la journée de Johannisberg. A rissue de la guerre, il se confina dans sa belle résidence de Chantilly. Les Condé avaient toujours admis dans leur commerce habituel les esprits distingués du temps. Le prince de Condé aimait particulièrement à recevoir à Chantilly Buffon et Marmontel.
D'Alembert, Diderot et quelques autres esprits d'une égale hardiesse, étaient aussi admise Chantilly, et il y avait même dans le mouvement d'opposition C[ui se manifestait alors, quelques points auxquels le prince de Condé ne craignait pas de se rallier.
Il présenta, par exemple, un mémoire au roi, protestation énergique contre l'édit du chancelier Maupeou , qui cassait les parlements ; mais ses dispositions changèrent complètement aux approches de la révolution, c[ui trouva en lui un adversaire aussi implacable qu'aveugle. Il fut le premier a sortir de France, et donna ainsi, de concert avec le comte d'Artois , avec lequel il sympathisait de tout point sous ce rapport, le signal de l'émigration. Enfin, il organisa, sur les bords du Rbin, le corps d'émigrés qui fut connu sous le nom d'armée de Condé. Après les défaites de la coalition et les dernières opérations du prince près de Constance, son corps d'armée fut licencié, et il alla rejoindre le comte d'Artois en Angleterre, où il gagna comme lui, par des intrigues et des menées secrètes, le pain qu'il tenait des larges-
T, V. 34* Uoraison. (Dict. engycl., etc.)