‹ France (volume 5)Chapitre 32 sur 114 · GLÉ · texte numérisé non relu

GLÉ

tait en outre de fixer sa résidence à Avignon ; désornriais Rome ne devait plus être ia capitale du monde chrétien. Il y avait enfin une dernière condition, mais qui demeura secrète, et que Philippe le Bel se réservait de faire connaître quand les temps seraient venus ; c'était l'abolition de Tordre du Temple.

Bertrand de Goth consentit à tout et fut élu pape sous le nom de Clément Y. Il fut couronné à Lyon (1305), et fixa sa résidence à Avignon (1309), au grand étonnement de la chrétienté.

Alors commença cette captivité de la papauté €|ui amena le grand schisme, et par suite la réforme de Luther. Clément y, menacé d'être traité plus durement que ne l'avait été BonifaceVIII, obéit en tremblant à tous les ordres qu'il reçut du roi de France qui le tenait sous sa main. Il révoqua les bulles Clericis laïcos et Unam sanctam que Boniface VIII avait lancées contre Philippe le Bel ; il entendit des milliers de témoins qui vinrent déposer contre la mémoire de ce pontife, et si le roi lui permit plus tard de mettre fin à cette procédure odieuse, la mémoire de Boniface VIII n'en resta pas moins flétrie. Enfin, il consentit aux poursuites que Philippe le Bel dirigea contre les chevaliers de l'ordre du Temple, et il prononça la suppression de Tordre au concile de Vienne (1311), en présence des évéques consternés. Le grand maître Jacques, en montant sur son bâcher, le cita à comparaître devant le jugement de Dieu ; et il mourut en effet l'année même du -supplice du grand maître (1314).

Clément VI, élu pape en remplacement de Benoît XII, s'appelait auparavant Pierre Roger ^ et était originaire du Limousin. Il fut successivement abbé de Fécamp, évéque d'Arras, archevêque de Rouen, cardinal et proviseur de Sorbonne , et fut élu pape en 1342. Ce fut lui qui, par contrat du 9 juin 1348, acheta de la reine Jeanne de Naples la souveraineté d'Avignon , moyennant une somme de 80,000 florins qu'il ne paya jamais.

Son séjour dans cette ville causa de

nouveaux troubles dans Rome qu'agitait la faction de Rienzi. Clément VI prétendait que ses prédécesseurs n'avaient pas su être papes ; aussi fit-il tous ses efforts pour se mettre à l'abri d'un semblable reproche ; il mit tout en œuvre pour étendre son pouvoir temporel. Villani l'accuse de cupidité, d'impureté, d'orgueil, tandis que Pétrarque , jugeant plutôt en poète qu'en historien, loue sa générosité et ses lumières. Clément VI mourut à Villeneuve-d'Avignon en 1352.

Clément (dom François) , religieux bénédictin de la congrégation de Saint- Maur, naquit en 1714 à Bèze, près de Dijon , et prononça ses vœux à l'abbaye de Vendôme*, le 31 août 1731.

Passionné pour l'étude, il s'v livra avec un tel emportement qu'à l'âge de vingt-cinq ans le délabrement complet de sa santé le força de quitter ses livres , qu'il ne reprit sérieusement que vingt ans après. Ce fut alors que ses supérieurs lui confièrent la continuation de V Histoire littéraire de France, Dom Clément en acheva le onzième volume, rédigea entièrement le douzième, et classait les matériaux qui devaient entrer dans la composition du suivant, lorsque sa congrégation le chargea de continuer le Recueil des historiens de France^ en remplacement de dom Poirier , qui , avec dom Précieux et dom Etienne Housseau, se retirait de l'entreprise , après avoir publié deux volumes. Le savant et consciencieux écrivain , aidé de dom Brial , publia le douzième et le treizième volume de cette précieuse collection , dont il laissa la continuation à son collaborateur, pour donner une nouvelle édition de Y Art de vérifier les dates. Cette édition parut en 1770 et obtint un«grand succès ; mais l'auteur était loin d'en être aussi satisfait que le public ; il se mit à l'œuvre dans rintention d'en publier une troisième, et , après treize ans d'un travail sans relâche , il donna au public le premier volume, en 1783, le second, en 1784, le troisième en 1787, et conduisit ainsi à bonne fin le plus beau monument d'érudition du dix- huitième siècle.

CLE

1)om Clément faisait partie d'une commission chargée par le roi de recueillir et de publier les diplômes, chartes, et autres actes relatifs à notre histoire; il était de plus associé libre résidant de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres, lorsque la révolution le força de quitter sa retraite studieuse et chérie. Ayant trouvé un asile et des soins chez son neveu , M. Duboy-Laverne , directeur de Timprimerie' nationale , il reprit la suite de ses travaux avec autant de confiance et d'ardeur que si les temps eussent été aussi tranquilles qu'autrefois , et prépara des matériaux pour Vy4rt de vérifier les dates aimnt Jésus-Christ, La première partie de ce nouvel ouvrage était rédigée , la seconde fort avancée, lorsqu'une attaque d'apoplexie le frappa de mort le 29 mars 1793. Ses manuscrits sont restés en partie entre les mainsde M. Duboy-Laverne, son petitneveu , et en partie entre celles de dom Brial.

Clément (Jacques), assassin du roi Henri III , était natif de Sorbonne, au diocèse de Sens. Le roi de France et le roi de Navarre s'étaient rapprochés et assiégeaient ensemble Paris; cette réconciliation avait frappé la ligue de terreur. Le duc de Mayenne, la Châtre, Villeroi, et les autres principaux ligueurs, étaient réunis et délibéraient sur les moyens de se défaire de Henri III, lorsque Bourgoing, prieur des jacobins de Paris , se présenta à eux et leur offrit le bras d'un de ses moines, qu'on était parvenu à décider à tuer le roi; c'était Jacques Clément. Pour exalter ce misérable, qui était à la fois jeune, ardent, libertin, dévot et visionnaire, on avait eu recours, dit-on, à toutes sortes de manœuvres. Pendant Jft jour, on ne cessait de présenter à son imitation l'exemple de Judith délivrant sa patrie par le meurtre d'Holopherne ; pendant la nuit , ses supérieurs se présentaient à lui sous la forme de fantômes, et, lui parlant dans l'obscurité, troublaient sa tête déjà échauffée par le jeûne et la superstition; si bien que le malheureux était convaincu qu'un ange lui était apparu,

lui présentant une épée nue, et lui ordonnant de tuer le tyran. Des contemporains ajoutent que la duchesse de Montpensier était l'âme de cette machination infernale , et qu'elle s'était prostituée à Jacques Clément pour le déterminer au parricide. L'otlre de Boursoing fut acceptée avec joie; mais la difficulté était de faire pénétrer Clément jusqu'au roi : une lettre d'Achille de Harlay, tombée entre les mains de Mayenne-, en fournit le moyen. Le 31 juillet 1589, Clément jeûne, se confesse et communie , puis il part pour Saint-Cloud, où se trouvait Henri III.

Le lendemain, il se présente au palais pour remettre la lettre dont il était porteur. Pendant que le roi la lit, ce fanatique tire un couteau caché sous ses vêtements, et le lui plonge dans le flanc. Henri s'écrie \ Ànî le méchani moine, il m* a tué, qu'on le tue. Aussitôt cent épées immolent l'assassin sous les yeux du roi. Henri III mourut le lendemain. Jacques Clément fut loué à Rome en pleine chaire; à Paris, on mit son portrait sur les autels .avec l'Eucharistie; on l'honora comme un martyr, et il fut rangé au nombre des saints.

Clément (Jean-Marie-Bernard), le plus célèbre critique du siècle dernier, naquit à Dijon , en 1742. Destiné par sa famille à la carrière du barreau, il se sentit attiré vers celle des lettres par un goût irrésistible , et demanda fort jeune encore une chaire de professeur au collège de Dijon, qu'il quitta bientôt après pour se rendre à Paris.

Après quelques débuts dans la poésie , qui ne furent pas très-heureux, il se livra tout entier à la critique littéraire, et se fît bientôt en ce genre une réputation méritée. Choqué des éloges exagérés que l'on donnait à la traduction des Géorgiques de Virgile, par l'abbé Delille, il publia un volume d'observations où il fît remarquer toutes les fautes qui avaient échappé au poète y mais où il négligea d'analyser également les beautés qui ont fait survivre cette traduction à sa critique, d'ailleurs exacte, quoique d'une sévérité excessive.

CUÈ

L'UNîVEE».

Mi^ «eux de ses ouygra^es ^i«£ffe&t le phts de bruit sont >ceux: qu'il écrivit contre Voltaire, ^epeadant il js'était d'abord jnontré admirateur sipcère du grand p«éte; n)ai$ un vers de d'Aleao^ bert, qui ie mettait au-dessus de Ea*^ cine et de Corneilie, les brouilla» Cié<<ment voulut soutenir les droits des cbefs de notre littérature classique ; et "de là naquit une querelle dans le cours de laquelle Clénaent publia .contre Voltaire trois volumes de lettres et ub Traité de la tragédie^ pour fatre suite à ces lettres^ en 2 vol. in-8°. Voltaire hir répondit en lui donnant le surnom de Clément l' Inclément, qui lui est resté; mais d'Alembert poussa plus loin la vengeance, et le ût enfermer à la Bastille, d'où le gouvernement , forcé par Topinion publique , fut obligé de le faire sortir au bout de 4rois jours. Toute la vie de Clément fut d'ailleurs occupée de querelles et de tracasseries , que lui suscita toujours l'âpreté de sa critique. Il mourut à Paris en tSV2. Les meilleurs de ses ouvrages sont le Traité de la tragédie, que nous avons déjà cité, et un Essai sur Ja manière de traduire les poêles en vers, 1 vol. in- 8**.

Glémenï i>E BoissY (Athanase- Alexandre), conseiller à la chambre des comptes, né à Créteil, en 1716, mort à Sainte-Palaye , en 1798, passa une partie de sa vie à former un Recueil ele la juridiction et de la jurisprudence de la chambre des comptes, qui forme quatre-vingts cartons in-iolio, et est actuel lem«nt à la bibliothèque du roi. La table des pièces dont est composé ce précieux recueil a été imprimée en 1787, in-4''. On doit en outre à Clément de Boiss^^ plusieurs ouvrages historiques ou religieux dont •quelques-uns ne sont pas sans mérite.

Clément ]>£ Rcs (le comte Dominique), né, en 1750, à Paris, était avocat en 1789, fit partie, en 1793 et If 94 , de la commission à laquelle la France dut l'école normale. II. donua «a démission en 1796 ; mais le gouvernement consulaire alla le chercher dans «a retiraite pour l'élever à la dignité ' de sénateur. Ce fut au mois de septem-

|»re 1800 que lui arriva r;aventup# siingalière qui donna lieu à tant d^ conjectures et de fables. Enlevé en plein jour par un parti de chouans, il lut enferme dans un souterrain , et ne ait rendu à la liberté qu'après une captivité de dix-neuf jours. Peu de temps après , M. Clément de Bk fut Appelé à la préture du sénat, rfommé pair de France en 1814, maintenu dans xsette dignité pendant les cent jours , il se vit , par l'ordonnance royale du 24juillet 1816, exclu de la chambre, oii il rentra en 1819. Il est morteo

Clément -Desoames, professeur de chimie industrielle au conservatoire des arts et métiers , né à Dijon , flt ses premières études dans cette ville , et vint ensuite à Paris , chez un de ses oncles qui était notaire , et chez lequel il fut placé en qualité de clerc. Mais il abandonna une carrière qui ne fournissait pas assez d'éléments à son activité. Son goût pour les sciences s'était déjà jévélé ; dans les courses qu'il faisait pour son patron, il trouvait le temps de courir aux bibliothèques publiques; il y puisa de premières connaissances qui augmentèrentencore son ardeur pour les études scientifiques- Bientôt il put , à l'aide de ses économies , acheter des livres; il abandonna la carrière du notariat et se livra entièrement à l'étude de la chimie. Lie avec des savants distingués , il reçut de Mongolfier et de Gu-yton de Morveau des conseils utiles , et compléta ses études dans les laboratoires de ces chimistes. Les travaux publiés par Clément Désormes, dans divers recueils scientifiques, sont très-nombreux et ont fourni , pour la plupart , d'utiles applications ; et ses leçons , au Conservatoire des arts et métiers, JBuivies par un très-grand nombre d'auditeurs, ont eu la plus heureuse influence sur le développement de Tindustrie.

Clément- Mebseau, de Dreux, construisit avec Jean Thiriau, maître maçon de Paris, la digue, que le cardinal de Richelieu fit élever pour fermer l'entrée du port de la Kocbell^

eut

FKLMCE.

Mr

aux Anglais, pendant le siège de cette vJJJe.Oe fntle 10 décembre 1638 qu'ils ooromencèrent cette digue si fameuse dans Tbistoire de nos guerres civiies : elle fut farte avec des vaisseaux remplis de pierres et de maçonnerie, qu'on flt eouler à fond. Elle avait treize pieds de hauteur^ dix-huit de largeur en as* siette conduite en talus , et unissait par une plate-forme de cinq pieds.

Traversée par le canal des Fascines, elle ne laissait passage que pour un vaisseau. La mer la dégrada en quel»

ques endroits; mais réparée par les soins de Clément et de Thiriau , die résista heureusement au choc des flots.

A la fin du dix-huitième, siècle 9 elle existait encore presque entièrement.

N'oublions pas de dire qu'avant ces architectes, Pompée Targon, ingénieur italien , avait échoué complètement dans une tentative du ménie genre :

il avait voulu former ladigueau moyen d'estacad^ç de tonneaux remplis de bois et de terre, et reposant sur des machines flottantes. Mats l'essai de ce procédé , d'ailleurs ingénieux , avait occasionné de grandes dépenses sans donner aucun résultat satisfaisant.

Clémont ou Clefmont, ancienne baronnie de Champagne, aujourd'bui clief-lieu de canton du département de la Haute-Marne.

Clébambault ( Louis - Nicolas ) ^ compositeur de musique, naquit a* Paris en 1676. Il fut successivement organiste de plusieurs églises de Paris et de la maison royale de Saint-Cyr.

Louis Xiy y ayant entendu l'une de ses cantates , en fut si content, qu'il le chargea d'en composer plusieurs pour le service de sa chambre , et le nomma suriniendant de la musique particulière de madame de Maintenon.

Ciérambault a publié cinq livres de cantates , et a «cquis une grande renommée dans ce genre. On cite surtout sa cantate d Orphée» Il est mort en 1749.

Clebc (Antoine-Margqerite ) s'engagea comme simple soldat en 1790.; Il se distingua surtout à Bellune, où ii pénétra, lui cinquième, dans le quartier générai ennemi , et fit trois cents

prisonniers. A la bataîHe d.'Ulm, il chargea , à la tête de cent chasseurs , une colonne russe, et lui enleva huit pièces de canon. Nommé ensuite colonel du l*'^ régiment de cuirassiers, Il conduisit ce corps en Russie et en Saxe, fut atteint, à Hanau, d'un éclat d'obus, et n'en fit pas moins la cam-

Eagne de France. Il fut de nouveau léssésoos les mursde Paris, et promu au grade de marédial de camp le 2S août 1814. Il fut nommé comte en

Clbic (Laurent), né en 1785, à la Balme , avec la double privation de l'ouïe et de l'odorat, fut confié, à l'âge de douze. ans, aux soins de l'abbé Sicard, et partagea bientôt avec Massieu , son aîné , les honneurs de ces exercices publics qui portèrent si haut la réputatim) de l'instituteur des sourdsmuets de Paris. Il y avait près de dix ans qu'il secondait' son maitre dans réducation de ses frères d'infortune , lorsqu'en 18i6 il alla porter aux États* Unis la connaissanciB de ces principes de la fécondité desquels il était luimême un exemple vivant. Après avoir puissamment contribué à la fondation des institutions de Hartford et de Phi« ladelphie, il épousa une de ses élèves, et quatre enfants doués de leurs sens furent le fruit de cette union. Il n'a pas l'originalité d'esprit souvent si piquante de Massieu, mais, d'un autre coté, il possède un style plus correct q.»e celui de son célèbre condisciple.

Ses idées sur les choses de la vie réelle sent en outre beaucoup {)lus justes.

On a de lui un discours fort remarquable qu'il composa en anglais dans les premières années de son séjour aux États-Unis, à l'oocasion d'un exa* men public de ses élèves.

Clerc, nom que l'on doQuait, dès le temps de la primitive église, aux ministres des autels, parce que, comme les lévites dans Israël , ils devaient avoir pour unique part des biens de ce monde, le service du Seigneur. Le mot dere^ du grec xX^îpoc, dont on a' &it en latin clmAS. et clericus, signifie en effet part ou portion héréditaire. Les ecclesiastigiÙBS ayaat seuls cob*

CLB

L'UNIVERS

CLE

serve, peodant le moyen âge, quelques restes d'instruction et de science, et tout ce qui n'appartenait pas au clergé étant plongé dans une profonde ignorance, c/erc devint alors synonyme de savant; et quand les ténèbres cpmniencèrent à se dissiper, on continua à donner ce nom aux hommes qui exerçaient des fonctions qui supposaient un certain degré d'instruction.

Ainsi la dénomination de clerc, appli-

Suée d'abord aux officiers chargés 'aider et de suppléer le chancelier (Voyez Glebgs du secret) , fut ensuite généralement donnée à tous les greffiers des cours et tribunaux et des corporations, et bientôt après aux secrétaires desofficiers ministériels. Tels furent les clercs des commissaires du roi, ou du parlement, dont il est question dans une ordonnance rendue par Philippe de Valois en 1344; les clercs du Chàtelet de Paris, et ceux des baillis, sénéchaux et prévôts, mentionnés dans des lettres données par Charles V, en 1357, et par le roi Jean, en 1361 et 1363* les clercs des villes de commune f mentionnés dans une ordonnance rendue par saint Louis en 1256 ; le clerc du guet, qui était chargé, à Paris , de tenir les écritures nécessitées par l'institution du guet; enfin, les clercs des avocats, des avoués, des notaires et des huissiers. Ceux-ci formaient , à Paris el dans plusieurs autres grandes villes , des corporations connues sous le nom de Basoches.

(Voyez ce mot.)

Clebgs du segbet. — Au commencement de la troisième race , le chancelier remplissait auprès du roi les fonctions oes notaires et des secrétaires. Frère Guérin, chevalier de Saint- Jean de Jérusalem , évéque de Senlis et chancelier de France de 1223 à 1228, ayant augmenté considérablement l'importance de sa charge, et ne pouvant entrer dans les détails, abandonna le secrétariat aux notaires et aux secrétaires du roi, se réservant seulement la direction et inspection de leurs travaux. Ces secrétaires, qui avaient l'avantage d'approcher du souverain, devinrent des personnages con-

sidérables à leur tour, et le roi en dis* tingua quelques-uns auxquels il communiqua les affaires même les plus délicates de l'État, et qui furent nommés clercs du secret. Une ordonnance rendue en 1309, par Philippe IV, en nomme trois sous ce titre, et leur soumet vingt-sept clercs ou secrétaires nommés après eux. Avec le temps, les clercs du secret perdirent ce premier titre, etdevinrent les secrétaires d'État.

ClERGS-RiBÀUDS ou GOUILLABDS,

sorte de bouffons assez nombreux au moyen âge , ainsi nommés parce qu'ils portaient la tonsure ecclésiastique, et qu'ils parcouraient les villes et les campagnes en chantant et en faisant des vers pour ceux qui les payaient oa leur donnaient à boire. Plusieurs eonciles s'efforcèrent de les réprimer; ceux de Rouen et de Château-Gontier, eh 1231, ordonnèrent qu'on leur raserait entièrement la tête, afin de faire disparaître la tonsure, qu'ils déshonoraient.

CLEBoé , dénomination sous laquelle on comprend l'ensemble des clercs, dans l'acception primitive de ce mot, et par extension , tous les indÎTi* dus de 1 un et de l'autre sexe qui se sont voués d'une manière particulière à la vie religieuse et au service des autels.

Les premiers apdtres de la Gaule ftirent des Romains , des Italiens , et surtout des Grecs; et il s'écoula sans doute un certain temps avant qu'ils pussent se recruter parmi les hommes qu'ils avaient convertis à la foi nouvelle. Ces saints missionnaires durent donc, pendant longtemps, composer, avec les auxiliaires qu'ils faisaient venir de temps en temps des lieux qui avaient été le berceau du christianisme, tout le clergé de la Gaule. Peu à peu ce[/èndant les idées qu'ils avaient mission de répandre pénétrèrent dans les ihasses , et furent adoptées par les grands; les crovances s'affermirent, les traditions se formèrent , et les Gallo-Romains , devenus à leur tour des chrétiens éclairés et fervents , purent fournir non-seulement des prêtres, mais même des évé-

CLE

CLE

ques en suffisante quantité pour en composer une société ecclésiastique.

Alors enfin ils eurent un clergé national.

Au commencement du cinquième siècle, le corps des évéques de la Gaule était composé de deux classes d'hommes bien distinctes. Les uns sortaient de la vie monastique ; les autres avaient été pris dans les hautes classes de la société. Il n'existait alors que deux monastères dans la Gaule; c'étaient ceux de Lerins et de Saint-Victor de Marseille. « A voir, de la plage d'Antibes , dit M. Fauriel , ce petit îlot de Lerins, avec son aride campagne et ses grêles bouquets de pins , on est loin de soupçonner le rôle glorieux que cette motte de terre a joué dans l'histoire du christianisme gaulois. Ce fut là que, vers l'an 410, ou un peu plus tôt , saint Honorât fonda une retraite qui ne fut d'abord qu'un ermitage , mais qui , prenant des accroissements rapides , devint bientôt un monastère considérable. A peine fondé , ce monastère fut une école célèbre de théologie et de philosophie chrétiennes^ où se for nièrent les hommes d'église les plus distingués de la Gaule entière

fiar le talent et le savoir. Presque tous es abbé§ de ce monastère , en même temps chefs de cette école, devinrent d'illustres évéques qui apportèrent à l'Église gauloise la science et les doctrines dont elle avait besoin, et qui ne lui Seraient point venues d'ailleurs. De ce nombre furent saint Hilaire , saint Kucher, Principius, Antiolius, Fauste, Vincent , Loup , et plusieurs autres , parmi lesquels on peut comprendre Salvien, qui passa aussi plusieurs an« nées à Lerins. Ce furent ces évéques ou ces prêtres qui formèrent la partie érudite et savante du clergé gallo-romain, auquel ils devaient concilier une si grande considération morale (*). »

Quant aux évéques que l'on prenait dans les hautes classes d^ la société , c'étaient ordinairement des hommes très-riches , qui consacraient dès lors

(*) Voyez l'Histoire de ta Gaule méridiopak , par M. Fauriel , t. I , p. 4o3.

T, V. 14« livraison, (Dict. encycl., etc.)

leur fortune aux devoirs de leur nouveau ministère, faisaient bâtir de nouveaux temples , décoraient ceux qui existaient déjà , et les dotaient des revenus nécessaires pour en assurer le service. L'éclat attaché à leur nom et à leur rang dans la société civile se réfléchissait en outre sur leurs églises et sur le clergé en général ; et leur fortune, qui leur permettait de faire de grandes aumônes et de soulager beaucoup de misères privées , les mettait même quelquefois en état d'adoucir les misères publiques , et d'agir dans ce monde comme les lieutenants et les représentants de la Providence.

Telle était la constitution du clergé gallo-romain au commencement du cinquième siècle, à cette époque oii les barbares, faisant de toutes parts irruption dans l'empire , vinrent en achever la décompositio'n. Depuis longtemps le clergé formait une corporation fortement constituée; bientôt cette corporation resta seule debout au milieu de là désorganisation générale, et son pouvoir n'était pas uniquement moral et religieux : dès le temps de Constantin , les évéques avaient pris une part considérable de l'autorité judiciaire ; ils étaient devenus les supérieurs des magistrats ordinaires. Ces privilèges , d'abord mal définis , furent ensuite déterminés par plusieurs lois successives , et considérablement étendus. Voici quelquesunes des dispositions de ces lois :

Indépendamment de la part que les évéques avaient au jugement des affaires civiles , ils > furent chargés de surveiller et de dénoncer les juges ordinaires , pour èause de négligence dans leurs fonctions.

On leur abandonna la poursuite de certains actes réputés délits , des jeux de hasard , par exemple.

Ils furent appelés à concourir à la plupart des fonctions de l'autorité municipale , à l'administration des fonds , à la perception de l'impôt , à la direction des travaux d'utilité publique.

Ils intervinrent dans la nomination des tuteurs ou curateurs , et eurent le

L'ÎJNlVERg.

Ci.p

droit ito odnMfver dans leurs ^gU«e« les actes de cea nominations.

Ils présidèrent au choix de divera agents municipaux , tels que les ofH»

eiers qui > sous le titre de curateurs , étaient chargés de tout ce qui avait rapport à l'achat et à la distributioa des subsistances.

Bientôt enfin , ils devinrent les vé«ritables cheh de la cité , titre que la loi leur conféra et qu'elle ne reconnut qu'à eux seuls (^).

Une fois transformé en une magistrature aussi importante, Tépiscopat fut avidement recherché , et , au temps des premières invasions des barbares, il devint l'objet dô brigues et d'efforts, tels ^e jamais aucun pouvoir, aucune magistrature n'en a jamais excité.

« Hitaire , archevêque d'Arles , 'écarta plusieurs éviques, contre toutes les règles, en^ordonna d'autres de la manière la plus indécente , contre le vœu «t malgré le refus formel des habitant$ des cités ; et comme ceux qui avaient été ainsi nommés ne pouvaient se faire recevoir de bonne grâce par les citoyens qui ne les avaient pas élus , ils rassemUaient des bandes de gens armés , avec lesquelles ils allaient ûorome des ennemis les assiéger ou les bloquer , et c'était les armes à la main que le ministre de la paix envahissait le siège où il devait la prêcher (**)- »

' L'établissement des barbares dans les Gaules ne fit qu'accroître la puiasainee du clergé. Presque immédiatement après la conquête, les évéques et les abbés prirent place parmi les leudes du roi. « On a beaucoup parlé, dit M. Guizot (***), des avantages que valut au clergé la conversion des conquérants, et Ton ne peut en effet contester l'ascendant qu^acquit rapidement la religion chrétienne sur l'esprit des barbares. Ce fut là certainement la première source du pouvoir de l'Église.

Mais des causes d'une autre sorte contribu^ent aussi à ses progrès , et sa

(*) Voyez M. Fauriel, ouvrage cité, p. 877. (**) donc. La»»., t. III, col. 1401.

(**") EBMisfurrhi&toiredef^raiieeyp.axft.

grandeur pnt racine ailleurs gue dam?

es croyances. Si le clergé avait besoin des conquérants , les conquérants , à leur tour, avaient grand besoin du clergé. Tout était dissous, détruit dans l'empire ; tout tombait, disparaissait, fuyait devant les désastres de l'invasion et les désordres de l'établissement. Point de magistrats qui se crussent responsables du sort du peuple et chargés de parier ou d'agir en son nom ; point de peuple même qui se présentât comme un corps vivant et constitué , capable , sinon de résister , du moins ae faire reconnaître et admettre son existence. Les vainaueurs parcouraient le pays , chassant devant eux des individus épars , et ne trouvant presque en aucun lieu avec m traiter, s'entendre, contracter enfin quelque apparence de société. Il fallait pourtant que la société commençât , qu'il s'établît quelques rapports entre les deux populations; car l'une, en devenant propriétaire, renonçait à la vie errante, et l'autre ne pouvait être eiterminée. Ce fut là l'œuvre du'clergé... Les évéques , les supérieurs des monastères conversaient et correspondaient avec les rois barbares ; iU entraient dans les assemblées des leudes, et en même temps la population romaine se groupait autour d'eux dans les cités. Par les bénéfices, les legs, les donations de tout genre, ils acquéraient des biens immenses , prenaient place dans l'aristocratie des conquérants, et en même temps ils retenaient dans leurs terres l'yisage des lois romaines , et les immunités qu'elles obtenaient tournaient au profit des cultivateurs romains. Ils formaient ainsi la seule classe du peuple ancien qui edt crédit auprès du peuple nouveau, la seule portion de l'aristocratie nouvelle qui fût étroitement liée au peuple ancien ; ils devinrent le lien des deux peuples , et leur puissance fut une nécessité sociale pour les vainqueurs comme pour les vaincus.

« Aussi fut-elle acceptée dès les premiers moments , et ne cessa-t-elle de goitre. C'était aux évéques que s'adressaient les proviaoea , les cités ,

Page 1