‹ France (volume 5)Chapitre 47 sur 114 · OF · texte numérisé non relu

OF

nier de leurs meilleurs produits. L'heureux disciple d*Horace et d'Ovide s'éleva plus tard à des chants plus sérieux. Ses belles hymnes enrichissent le bréviaire de Pans, et la touche de sa plume se reconnaît dans divers passages de r Anti-Lucrèce, qu'il revit avec Crevier et Lebeau.

CoFFiNHAL (Jean-Baptiste), né en 17.54, à Aurillac, d'une famille honorable , mais sans fortune , embrassa avec ardeur la cause de la révolution, fiomme d'action avant tout, doué d'un caractère énergique et d'une grande force corporelle, il se distingua, par sa décision et par son courage, dans toutes les journées les plus périlleuses.

Malheureusement, il poussa quelquefois la fermeté jusqu'à l'excès^ et sa conduite envers Lavoisier le fit passer pour un homme cruel; reprocne en partie mérité, et d'autant plus fâcheux que , aussi bien que son patriotisme , sa probité est restée à l'aori des attaques de ses adversaires , et même de ses ennemis. Elle lui valut Ttstlme et l'amitié de Robespierre, qui cependant s'efforçait de modérer sa fougue. On le distinguait habituellement de ses deux frères par le surnom de Duhail.

Il commença par étudier la médecine ; mais il abandonna bientôt cette carrière pour suivre celle du barreau.

Dans ce but , il vint à Paris , où il acheta une charge de procureur au Châtelet. Dès que la révolution éclata, il se prépara à prendre les armes.

Dans la journée du 10 aoât, on le vit se battre avec vaillance contre les royalistes, et surtout contre les Suisses, leurs auxiliaires. Aussitôt après la prise des Tuileries, la commune le nomma vice-président du tribunal du 10 août, qui se ' montra impitoyable envers les contre-révolutionnaires. Les suffrages de la majorité le portèrent au fauteuil de la présidence, dans le sein du club des Jacobins. Lors de la création du tribunal révolutionnaire, il accepta les fonctions de juge , puis de vice-président de ce tribunal terrible. II prit part, en cette qualité, à un grand nombre de condamnations ; on lui repro(^ d'avoir traité quelques accusés

avec beaucoup de dureté. Lorsque Lavoisier demanda un sursis de quinase jours pour mettre la dernière main à une découverte qu'il croyait utile, Coffinhal s'y opposa , et ,' dans son mépris pour l'illustre savant, qu'il croyait sincèrement coupable de malversations, il s'oublia jusqu'à dire :

« La république n'a plus besoin de chimistes ; » paroles de colère d'autant

f^lus déplacées dans sa bouche, que ui-méme ne manquait pas d'instruction. Cependant il resta en grande partie étranger à ces exécutions nombreuses qui , sous le nom de grandes fournées, souillèrent les derniers temps de la terreur, jusqu'au 9 thermidor.

Partisan de Robespierre , il dut gémir comme lui de l'usage épouvantable qu'on faisait de la loi du 22 prairial , conçue dans une autre pensée , quoi qu'en aient pu dire les tnermidoriens et leurs défenseurs. [Voyez les Annales^ t. II , p. 314 et 399, et dans le Dictionnaire, l'art. PRAifiiAii (loi du 22).]

Coffinhal fut du petit nombre des révolutionnaires de cette époque qui comprirent que, si on ne songeait pas enfin à organiser la république, elle se flétrirait dans la démoralisation et finirait par périr sous les coups de l'anarchie. Ne voyant de remède au mal que dans une "dictature personnelle, il encouragea Robespierre à mettre à exécution ses projets de réforme. Celui-ci lui fit entendre que la république pouvait être sauvée autrement que par une usurpation de pouvoir , et en n'ayant recours qu'à des moyens légaux pour arriver à de sages améliorations. Mais , an 9 thermidor, lorsque Coffinhal vit les ennemis de Rob^* pierre déjouer par leur machiavélisme Je système de modération adopté par celui-ci, il revint à lui-même et voulut tout enlever par un visoureux coup de main. Ce fut lui qui, dans la soirée du 8 fflermidor, offrit d'aller à la tête de quelques hommes déterminés, s'emparer des membres du comité de salut public et de sûreté générale. Robespierre , aimant mieux succomber que d'avoir recours à la violance, s'opposa

Page 1