GOBI
le bétail, enfin tout ce quMUy trour yeraient. »
La situation du Midi était encore plus déplorable. Le Languedoc et la Provence ayant moins souffert de la guerre que les autres provinces, payaient alors ce privilège par une terrible compensation. L'espoir d'un butin plus abondant y avait attiré la plupart des grandes compagnies, pour lesquelles le voisinage d'Avignon, et la perspective de pouvoir rançonner les riches prélats qui composnient la cour du saint -père, étaient d'ailleurs un puissant appât.
Urbain V , effrayé , frappa d'anathème, en 1364, les compagnies et tous ceux qui les favorisaient ou leur fournissaient des armes et des vivres , et il prêcha contire eux une sorte de croisade.
Un moyen assuré de se débarrassar ie ces brigands eût été de donner des airnaes au peuple ; mais le souvenir de l'insurrection des Capudés (Voyez ce mot) n'était pas effacé ; et la noblesse redoutait moins les brigands dont elle partageait les profits que le peuple irmé , qui , dans la Flandre surtout , savait faire valoir ses droits aux dépens de tous les privilèges.
Il fallut songer à un autre expédient : le roi Jean avait pris l'engagemeni de faire une croisade contre les Musulmans. Ce projet, qu'il n'avait pu poursuivre , venait de recevoir un commencement d'exécution de la part îu roi de Chypre, qui, ayec 10,000 [gommes et 1,400 chevaux, avait pris ît pillé Alexandrie. L'empereur d AIemagne , Charles IV , qui se trouvait jiors à Avignon, promit de livrer pasmge à travers ses États jusqu'à Venise, iu¥ grandes compagnies qui partiraient pour la croisade, et de les défrayer pendant la route. Charles V jliercîia en conséquence à pousser vers Î^Allemagoe les grandes compagnies.
Celle oue cpmmandait Tarcni prêtre Arnaud de Cervoles (Voy. Cebvoles) fut la première à partir, et elle s'arança à travers la Lorraine; mais elle f commit de tiels dégâts , que les paysans allemands se soulevèrent pour
lui fermer le passage. Arnaud leur livra bataille : il fut vaincu , et forcé de rentrer en France, où il fut tué quelque temps après par un de ses soldats. Cet exemple n'était pas de nature à encourager les autres compagnies, et tous les efforts qu'on put faire pour les conduire à la croisade furent inutiles.
Une autre expédition fut alors proposée pour les employer. Henri de Transtamare était venu demander au roi des secours contre son frère , Pierre le Cruel [Voyez Càstille (rel.
avec la)]. Charles V saisit avec em-
S ressèment cette occasion de se défaire e ces hôtes incommodes, et en même temps de venger sa belle-sœur, Blanche de Bourbon (Voyez ce mot), empoisonnée par le roi de CastîIIe. TOu Guesclin ûit désigné pour commander, ^ sous le nom de Jean de Bourbon, comte de la Marche, l'armée, dont le rendez-vOus fut fixé à Châlons-sur- Saône. Le roi lui fournit des sommes considérables pour acheter les services des principaux capitaines des compagnies, et en effet, il compta bientôt sous ses drapeaux Robert Briquet, Jean Carsuelley Naudon de Bageran^ Lamitj le petit Mesquin y les bâtards Camus j de l*Espare, de Breteuil, Espiote, Perrot de Savoie y et beaucoup d'autres, qui , à la tête des principales bandes , s'étaient depuis longtemps rendus célèbres par leurs bngandages*
De Châlons , du Guesclin se dirigea sur Avignon , oii il obtint du pape la levée de l'excommunication qui avait été lancée contre les compagnies , et un subside de deux cent mille francs d'or, dont le pontife se dédommagea en imposant une décime sur le clergé de France. L'armée se rendit ensuite à Montpellier, où elle séjourna quelque temps pour attendre le reste dés compagnies. Puis elle prit la roule du Roussillon, et entra, le r*" janvier 1366, à Barcelone, où l'attendait Henri de Transtamare.
Cette armée était forte de 30,Oâro combattants; elle traversa l'Èbre à Alfaro, et de là se dirigea sur Ca-
COM
L'UNIVERS
cosf
iahorra^ où Henri se fit prodamer roi.
Ce prince entra ensuite à Burgos , où il se fit couronner de nouveau. Sa marche fut presque un triomphe ; les Castillans se soulevaient à son approche , contre don Pedro , dont les soldats eux-mêmes désertaient pour venir se joindre à ceux que commandait du Guesclin. Au bout de trois mois, Henri avait conquis toute Ja Castille, et don Pedro , forcé de fuir , était réduit à aller demander à Bordeaux un asile et des secours au prince de Galles.
Les grandes compagnies furent alors congédiées, à l'exception de 1,500 hommes d'armes qui restèrent au service du nouveau roi de Castille. Les autres rentrèrent en France; mais ils ne tardèrent pas à retourner en Espagne, combattre pour une autre cause.
En effet, don Pedro n'avait pas re-^ nonce à recouvrer son royaume ; il parvint à déterminer le prince de Galles à lui porter assistance. Une armée anglaise, composée en grande partie de soldatâ des grandes compagnies , passa les Pyrénées; mais ces mercenaires n'obtinrent pas les succès qui avaient signalé l'expédition commandée par du Guesclin ; ils n'avaient plus les Castillans pour auxiliaires , et ils comptaient d'ailleurs une multitude des leurs dans les rangs opposés. Un grand nombre périrent de part et d'autre dans cette expédition; ceux qui repassèrent les Pyrénées trouvèrent la mort dans la guerre qui ne tarda pas à éclater de nouveau entre la France et l'Angleterre.
Les compagnies qui n'avaient point, pris part à la guerre. de Castille, s'étaient rendues en Italie , où l'appât d'un riche butin , et le retentissement . de la guerre civile, les avaient appelées. Elles s'y maintinrent longtemps , s'y recrutèrent, et, dans le quinzième siècle , elles eurent presque exclusivement , sous le nom de condottieri , le Srivilége de composer les armées des ifférentes républiques dans lesquelles se partageait alors le territoire de la Péninsule.
Compagnies d'ordonnance,— ^ous
avons, à l'article Abmeb, fait connaître l'organisation de ces corps formés {)ar Charles Vil, et qui furent, avec es francs archers, institués à la même époque, le premier essai fait en France d'une armée régulière et permanente.
Tîous avons vu que ces corps étaient composés de plusieurs espèces de troupes ; la principale , les hommes d'armes , en formait la véritable force, et passa longtemns pour une des plus Draves milices au monde. Les hommes d'armes ou gens d^armes donnèrent leur nom aux compagnies d'ordonnance, qui, nommées ainsi de l'ordonnance qui les avait créées , et modifiées presque à leur origine par divers décrets de Louis XI , de Louis XH et François 1'% quittèrent bientôt lenr prehifère dénominatioa pour prendre celle de gendarmerie ^ sous laquelle elles subsistèrent jusqu'au temps de Louis XIV. C'est a ce mot que nous ferons l'histoire de cette institution, l'une de celles qui ont joué le plus beau rôle dans notre histoire militaire. Voy. Gendahmebie.
Compagnon, facteur de la Compagnie française du Sénégal , fut le premier Français qui visita les royaumes de Bambouk et de Galam , et les fameuses mines d'or de Tamba-Aoura et de IVetteko. Il obtint, dans un voyage qu'il fit dans ces contrées vers 1716, des échantillons de la terre dont on tirait l'or, et en envoya à Brue, qui les fit passer à Paris. De retour en France, il se fit architecte , et mourut vers le milieu du dix-huitième siècle. Le réeft de son expédition se trouve dans h Relation de P Afrique occidentale, par Labat.
Compagnon ou Gkos i>k Flas- DBE. — Les deniers tournois ayant ai depuis saint Louis un très-grand sikces dans toute l'Europe, le systèoe adopté pour ces pièces finit par ébe adopté généralement. Les gros et Flandre, frappés d'après ce système, et portant d'un côté le nonà du comte, et de l'autre celui de la province, oat eu en France , au quatorzième siède, à cause de leur bon aloi, un cours fort considérable. Ils étaient alors connus
cont
FRANCEi
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600S le nom de compagnons. Voyez fÏÂNDRE (monnaie de).
Compagnonnage. «Depuis un temps immémorial, dit M. de Mangourît dans son Histoire de la fondation du Grand Orient de France. les charpentiers, les chapeliers, les tailleurs d'habits, les selliers, les maçons constructeurs, les tailleurs de pierre, et, en général, presque tous ceux qui exercent des métiers de ce genre , sont dans Tusa^e de se réunir sous des formes mystérieuses pour recevoir compagnons les garçons qui ont fini leur apprentissage. Ils ont adopté un mode d'initiation dont robjet est de former un lien universel , et de réunir en une grande famille les ouvriers de chaque corps d'état. Ils sont secourus par leurs camarades, dans quelqtîe partie du monde qu'ils soient jetés par le sort ; on leur procure du pain et du travail dans un pays , lorsqu'ils n'en trouvent point dans un autre. »
Quoique le compagnonnage soit trèsancien , il ne fut découvert comme existant en France que vers le milieu du dix-septième siècle. « Le 21 septembre 1645 , dit Dulaure ( Histoire de Paris), les compagnons cordonniers, appelés compagnons du devoir , furent dénoncés à la faculté de théologie de Paris, à cause des pratiques de l'initiation d'un apprenti au grade de compagnon. » Voici le détail de ces prajques. Ces artisans s'assemblaient dans ine maisbn où ils occupaient deux chambres cbutiguës. L'aspirant recerait d'abord lé baptême avec les cérénonies en usage dans les mystères l'Eleusis ou dans les églises des chréiens. On lui donnait un parrain et ne marraine ; et on lui faisait prêter erment sur sa foi, sur sa part de paadis, sur le saint chrême, de ne jalais révéler ce qu'il voyait faire et ensiMtait dire. Toutes ces pratiques fuent condamnées comme impies par la iculté de théologie. L'offîcial de PaHs, ar sentence du 30 mai 1648, et le ailli du Temple , par une autre sensnce du 11 septembre 1651, les prosri virent, et firent promettre aux maîres cordonniers de n'en plus souffrir usage.
Cette découverte en amena d'autres, dit toujours Dulaure ; on fut informé que les ouvriers chapeliers , tailleurs d'habits et selliers , en élevant les apprentis de leurs métiers au grade de compagnons , observaient des cérémonies semblables.
Les chapeliers se réunissaient dans deux chambres contiguës. Dans l'une était une table sur laquelle ils plaçaient une croix et tous les instruments de la passion ; sous la cheminée ils dressaient des fonts baptismaux. L'aspirant, après s''étre choisi narmî les assistants un parrain et une marraine, était introduit dans la chambre du mystère ; là , il jurait sur le Hvre des Évangiles , qu'il ne révélerait pas, même dans la confession, ce qu'il allait faire , ni le mot de.guet dont se servaient les compagnons pour se reconnaître entre eux ; après quoi , le récipiendaire était assujetti à plusieurs cérémonies qui ne sont pas décrites ; niais on sait que le sacrement de baptême lui était administré avee le rite • adopté par KÉglise.
Les compagnons tailleurs se réunissaient également dans deux chambres contiguès. Sur une table couverte d'une nappe mise à l'envers , étaient étalés une salière, un pain, une tasse à trois pieds à demi pleine , trois pièces de monnaie, trois aiguilles, et le livre des Évangiles, sur lequel l'aspirant, après avoir choisi un parrain et une marraine , prononçait un serment semblable à celui des chapeliers. Puis on lui faisait le récit des trois premiers compagnons , lequel avait rapport aux ' objets mystérieux placés dans la chambre ou posés sur la table.
Les compagnons selliers observaient 'dans l'initiation des pratiques à peu près semblables ; et , après le serment prêté par le récipiendaire, ils dressaient un autel sur lequel l'un d'eux célébrait le sacrifice de la messe sans en rien omettre.
Un décret de la faculté de théologie, du 14 mars 1655, condamna ces pratiques, qui offraient en effet des formes {)areilles à celles des initiations de 'antiquité. On y trouvait un secret, des
vumYWàs.
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sermentf; , des signes et des mots de reconnaissance ; 1 initié était purifié, et il arrivait à un état meilleur ; enfin, on lui contait une fable , comme on en débitait dans les initiations antiques, et le sujet principal de cette fable était toujours un événement malheureux, une persécution , un attentat ou une mort.
Telle est la trace que le comf)agnonnage a laissée dans notre histoire. Cejjendant cette grande association avait depuis longtemps donné signe d'existence. Lorsqu'aux onzième et douzième siècles , Fart se fut déplacé et passa des mains des moines dans celles des Jaïques , ees derniers , à l'exemple de leurs devanciers, liés entre eux, dans tous les pays , par une confraternité qui leur assurait aide et secours, ou bien encore' à l'imitation des artistes byzantins et arabes, qui avaient continué les corporations romaines, s'unirent, formèrent une confrérie qui se reconnaissait à certains signes , et cachait au vulgaire les règles de son art. En Allemagne , cette asso-dation , déjà commencée par les architectes de la cathédrale de Cologne , ne se répandit généralement que du temp;s d'Ërvf^in de Steinbach , à la fin du treizième siècle. Les membres qui la composaient se divisaient en maîtres et en compagnons, et se donnaient (e nom de francs-maçons, à cause de certains privilèges dont jouissait le métier de maçon. Cette association se divisait à son tour en associatioms particulières qui portaient le titre de loges, du nom donné à l'habitation de l'architecte près de chaque édifice* en, construction. Les Statuts de la franc-maçonnerie étaient tenus secrets; avant d'être reçus ^ les frères s'engageaient sous serment à l'obéissance, et à garder un silence absolu sur tout ee qui concernait leur union. Les maximes de l'art ne devaient jamais être écrites; elles étaient exprimées par des figores symboliques , empruntées à la géométrie ou bien aux instruments d'architecture et de maçonnage ; et la connaissance de ces symboles n'était ^KUDWiquée qu'aux^seuls ini-
tiés. Cette absencç de toute leçon écrite avait le double avantage de cotserver l'art , comme une chose sacrée, au-dessus de la portée du vulgaire, qui l'eât profané et affaibli , et de forcer à l'apprentissage f)ratique tous ceux qui voulaient devenir artistes. On n'était reçu franc-maçon qu'après les preuves de maîtrise dans un exameo d'autant plus sévère et d'autant plos scrupuleux , que la confrérie répondait du talent aie &&& membres, désignant souvent les maîtres , les conducteurs, les compagnons qui devaient entre-
{)rendre un édifice; les encourageant, es réprimandant et les punissant 8^ Ion le mérite de leur ouvrage. L'esprit mathématique des architectes da moyen âge , ne voyant le bien et le l)eau de l ensemble que dans la symétrie, l'ordre et l'harmonie des parties, avisa de soumettre à des règles inviolables non -seulement la conduite des artistes , mais encore la oonquite morale des francs* maçons. La vie de chacun devait être religieuse , honnête et tranquille. Un règlement maconniquet fait à Torgau en 1462, par les maltio de Magdebourg, d'Halberstadt , d'fiSidesheim , et conservé de nos joon à Kochlitz (*) , est resté corame un curieux monument des statuts de Tassttçiation. Les ranports les plus impo^ tants, comme les plus insignîQantseï apparence, des architeetes et des ouvriers, y sont stricteiuent réglés SMS menace incessante de puDitioa; «t cette punition n'étaft riepi moins, ee plusieurs cas , que de se voir exj^im de la confrérie comme mauvais sê^ ou déclaré sans honneur, Jje napsonge,la calomnie, l'envie, uoevieibaucbée, étaient, chez les compapMai»
punis par le renvoi ; et tout poiH ^ croire qu'une pareille cofidaiiuiatMi les privait de leur onétier; ehnlv maîtres , ces mêmes fautes inummat le même résultat : ils étaient aioasàit clarés sans honneur. La nuHiidre wk gligence dans le travail , et j dans l'entretien des instruments
{*) Stiq^itz, Pièee$ relaliYSs à l'ki de Tarchitecture.
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F&ÂlfCE.
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ootHs, était égatement puBki ie peines déterminées. Deux tribunaux , Fun supérieur, Tautre inférieur, connaissaient âss débits, et jugeaient tous les diffé^ rends. Le premier de ces tribunaux siégeait, tous les trois ans, daos le cheflieu de chaque confrérie particulière.
Le second se tenait dans la loge de Tarcbiteote , quçilifîée de lieu sacré; enfin, la grande loge de Strasbourg
{>rononçait en dernier ressort sur toutes es causes. Au dix-8eptiènf>e siècle, lorsque Strasbourg fut incorporée à la France , une décision de la diète inipériale rompit les relations des loges de rAllemagne avec la loge de cette ville. La tradition nous a aussi conservé, sur le compagnonnage, d'autres détails, qui ont été, dans ces derniers temps, recueillis et publiés par M. Agricol PerdiguierC). Nous puisons dans le Livre du compagnonnage ceux de ceâ détails qui nous ont paru dignes d'être ra-is sous les yeux dé nos lecteurs.
C'est dan 9 Tantiquité orientale <}ue les compagnons vont chercher Torigme de leur société . Formées dans la Judée , en Syrie, en Egypte, à Timitation des grandes associations religieuses des Ësseniens et des initiés aux mystères, puis fortifiées de l'esprit d'union des corporations romaines, les assoeiations d'ouYriers furent apportées en Occi* dent par les artisans qui avaient accompagné les croisés dans leurs premières expéditions.
. Elles s'étendirent rapidement, et ce furent elles qui construisirent tous les grands monuments du moyen âge. On connaît les noms de deux de leurs chefs : maître Bon-CËil, qui, après avoir achevé Notre-Dame de Paris , partit en 1370 pour Upsal en Suède, avec des compagnons et des bacheliers , et saint Benezet, qui, à la tête des frères pontifes, ou faiseurs de ponts, construisit, en 1180, le pont d'Avignon.
JionB avons vu que les ouvriers al* «nfiands nrirent, en se réunissant en société , le nom de francs-maçons.
(^ Dam son excellent petit livre intitulé t^^ Livre de compagnonnage, Paris, 1941, % TOl. in-3a.
Les tailleurs ^^ pierre , qui tormèrent en Franèe la première association de compagnonnage, prirent lenomdecoTTipagnons étrangers ou de loups; les menuisiers et les serruriers ^ les premiers qui les imitèrent, prîreftt celui de compagnons libres ou de gavots.
Ces deux sociétés, qui prétendent faire remonter leur origine à la construction du temple de' Jérusalem , regardent Salomon comme leur premier fondateur.
Dans la suite, de graves dissensions éclatèrent dans leur sein; une partie des maçons se séparèrent des autres, et formèrent une société nouvelle sous le nom de compagnons-passants ou loups-garoiix y et li en fut de même chez les menuisiers et les serruriers, où les dissidents prirent le tom de compagnons du devoir ou de dévorants. Ces deux sociétés reconnaissent pour fondateui^ un nommé maître Jacques; suivant les uns, conducteur des travaux du temple de Jérusalem ; suivant d'autres', grand maître de l'ordre des Tenapliers, et le même personnage (|uf le fameux Jacqjues de Molay*
Les charpentiers, qui se désignent par les expressions cle compagnons' passants-charpentiers oO de arilles, se donnent la même origine, et attribuent la rédaction de leurs statuts à un religieux de Vordre de Saint-Benoît , nommmé le P. Soubise.
«Le compagnon nage fut alors partagé en trois catégories bien distinctes, dont l'une marehait sous la bannière de Salomon ; la seconde , sous celle de maître Jacques, et la troisième, sous celle du P. Soubise. Quoique d*origines diverses, elles se ressemblaient néanmoins sous beaucoup de rapports, et avaient toutes un certain mélange de paganisme , de judaïsme et de chris* lianisme dans les formes, mais dans le fond un but louable. Elles ne tardèrent pas à initier d'autres corps d'états. V Le tableau suivant, que nous empruntons au Livre du compagnonnage, fera connaître4e rang que ces corps d'états occupent entre eux dany €ette grande association, et Tép^que oii, suivant la tradition, chacun d'ewf. y fut initié ;
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L'UNIVERS
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At. J. C.
Ap. J.G.
x4io.
xSoo.
x6oi.
Tail1«an de pierre.
Charpentiers d^haatei faUies.
Menuisiers. ■
Serruriers.
Tanneurs.
Teinturiers.
CordJers.
Vanniers.
'Chapeliers.
BlancherS'icbaaoiaettrt.
Fondeurs.
Épingliers.
Fori^eroBS.
Tondeurs en drapa et tourneurs.
Vitriers.
Selliers.
Poéliera.
Doleurs.
Couteliers
Ferblantiers.
Bourreliers. *
Charrons.
Cl ou tiers.
Couvreurs.
Toiliers.
Maréchaux ferrants.
Plâtriers.
Le compagnonnage, interrompu pen* dant la révolution, époque où l'on n'eût point osé se réunir en assemblées se^ crêtes, renaquit sans bruit, tel qu'il était autrefois, sous le Consulat, et se propagea mystérieusement durant l'Empire et la Restauration , puis se remontra au^ grand jour après la révolution de juillet.
Le passade suivant de l'ouvrage de M. Perdiguier pourra donner une idée de l'importance que peut avoir aujourd'hui le compagnonnage. «Beaucoupde sens ont cru que les compagnons étaient des hommes qui n'avaient ni feu ni lieu , et menaient une vie toujours vagabonde , toujours insouciante.
Ceux-là n'ont point connu le compagnonnage.
«Le compagnonnage actif qui peuple les villes de devoir^ telles que Lyon, Avignon, Marseille, ISîmes, Montpellier, Toulouse, Bordeanx, Nantes, Paris, etc., et tant d'autres villes, se compose, en grande partie, d'ouvriers de dix-huit à vingt-cinq ans. Il se renouvelle sans cesse; c'est une filière, c'est un moule par oh la classe ouvrière passe sans interruption; les formes Donnes ou mauvaises qu'elle contracte là ne s'effacent jamais entièrement ; elles sont portées en partie , par ceux qui les ont prises, dans leç
familles , dans les ateliers , et dans tous les coins de la France.
« La jeunesse qui se retire du compagnonnage actif, non de cœur, mais corporellement, est remplacée par une nouvelle jeunesse qui vient continuer la tradition et les formes anciennes.
Le compagnonnage est l'armée de rio* dustrie. Si rarméefrançaise des champs de bataille se compose en temps ordinaire de trois cent mille soldats, Tar* mée française des ateliers s'élève, quoique là les congés soient volontaires et par conséquent beaucoup plus courts, au moins a cent mille hommes. Ainsi, tous les trois ans , cent mille ouvriers passent par cette filière. »
Si le compagnonnage ne s'éeartait jamais de l'esprit de son institution, elle aurait un but d'utilité philanthropique , en ne formant qu'une seule famille de tous les ouvriers de la même profession , et en assurant des secours aux indigents, aux malades, aux infirmes et aux voyageurs. Il n'en est pas ainsi ; il devient une occasion fréquente de rixes , de querelles , suivies quelquefois de meurtres , entre geos de {>rofessions différentes , et même entre es schismatiques et les orthodoxes de professions semblables; car lescoiB' pagnons ont des dissidents parmi eux.
Espérons qu'il n'en serapastoujoiffsde même , et que les compagnons finiront par se rendre aux sages conseils qn'on de leurs frères, M. Agricol Perdiguier, leur donne dans son remarquable ouvrage.
Compagnons. — Au temps ou ecr^ vait Ammien-Marcellin y et même a temps de Tacite, les nations germaniques, au nombre desquelles nous n^ésitons pas à placer les Francs, avaient des chefs particuliers que les Romaint appelèrent reges, principes regaki^ reguliy suivant la nature et l'étendoe de leur puissance. Ces chefs supréoies de chaque peuple avaient sous eux <l0 grands d'ordre secondaire, nommés en latin subreguliy procereSy optioftes y primatesy et c'était de la ûéè^ de ces grands que dépendait toute U force des rois, à une époque où d»
cun ne cultivant de terre que ce
Ct>M
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lui en fallait pour faire subsister sa famille, n'était soumis à aucun tribut et à aucune redevance servi ie au profit du clief de TÉtat. Ces seigneurs , comme on les appela plus tard, ne
f>ouvaient traiter en leur nom avec es puissances étrangères , ni se rendre leurs clients ; mais ^ à cela près , ils étaient presque indépendants dans leurs cantons. Ils étaient toujours compris dans les traités ; et le roi , à qui ils devaient fidélité et non pas dé* vouement, ne pouvait entreprendre légitimement une guerre sans leur avis et consentement. C'était parmi eux que les chefs suprêmes choisissaient leurs ambassadeurs quand ils voulaient négocier avec une puissance ennemie, et c'étaient leurs enfants que Ton donnait en otage pour garantie de l'exécution des conventions arrêtées.
Il suit de ce qui précède que les rois germains étaient , par les grands qui rormaient leur conseil , et dont l'adhésion leur était nécessaire , tenus dans les liens d'une tutelle quelquefois fort
§énante. Pour échapper à l'action 'hommes orgueilleux et jaloux , qui avaient le pouvoir de les contredire et le droit ae refuser leur concours à une expédition militaire que la nation n'avait point ordonnée, ou que ne nécessitait point le besoin de défendre le pays , ces rois imaginèrent de choiiir parmi eux une troupe d'élite, composée de guerriers jeunes et aventureux, dont ils payaient les services lar des banquets, des armes de guerre >u de chasse , des chevaux de prix , ;tc. 9 et dont ils exigèrent , outre le erment de fidélité, celui du dévouenent le plus absolu. Ces guerriers , lue Ton appela les compagnons (voy. ^i.2LBMAGNE , tomc I, page 46), fuent, parmi les Germains, les premiers lOnimes libres qui consentirent à aliéler leur indépendance et devinrent assaux.
Une fois environnés de cette milice ermanente , les rois germains furent eauGOup moins contrariés dans leurs rojets par les grands dont la puisbalançait la leur, et la paralysait
même quand ils se liguaient entre eux pour faire prévaloir leur opinion.
Aussi , ils comblèrent de marques d'estime les hommes intrépides qui s'attachaient à leur fortune , qui consentaient à leur prêter le serment de dévouement. De leur côté , les compagnons se piquaient de remplir ce serment dans toute son étendue. Au premier appel , ils prenaient leurs armes, se rangeaient sous leurs enseignes, et, sans demander pourquoi, s'élançaient sur le peuple désigné à leurs coups.
Si leur roi rencontrait la mort dans une bataille , ils se faisaient tous tuer jusqu'au dernier sur son cadavre ; s'il était fait prisonnier , ils se rendaient sur le champ pour partager sa captivité ; car c'eût été un opprobre pour eux de rentrer sans lui dans leurs tribus.
Les grands, en se dévouant au roi, faisaient corps avec le peuple auquel il commandait , et perdaient réellement une partie de leur indépendance ; mais ils n'aliénaient point l'autorité qu'ils avaient sur leurs cantons ; de plus, ils nese plaçaient point sous sa protection , et ne se faisaient point ses hommes , comme les Antrustions. Ils s'associaient volontairement à lui , à la condition d'avoir part «à la gloire et au butin. Ils possédaient le droit de prendre des compagnons parmi leurs sujets et même parmi ceux du. roi , qui ne pouvait voir avec ombrage qu'un des siens se dévouât à un chef dont luimême avait reçu le serment de dévouement.
On se faisait le compagnon du roi pour la vie, ou pour le temps que devait durer une expédition déterminée, après laquelle on redevenait indépendant. Comme aucune loi n'obligeait de se donner, soit d'une manière , soit de l'autre, il s'ensuit que quand on l'avait fait, on était tenu de suivre son chef avec docilité, de lui obéir aveuglément et de ne jamais l'abandonner, sous peine d'être puni comme déserteur ou parjure. Du reste, l'engagement était rompu à la mort de celui avec qui on l'avait contracté, et un roi n'héritait d'aucun droit sur
T. Y. SO*" Livraison. (Digt. bngyglop., etc.)
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CAJH
les compagnons de son prédécesseur.
Malgré les avantages dont jouissaient les compagnons, ils ne furent jamais très-nombreux i parce que beaucoup d'hommes libres préférèrent leur fière et sauvage indépendance aux profits que pouvait leur valoir ce qu'ils regardaient comme une servitude.
Quand Glovis se convertit à la religion chrétienne, il n'en comptait pas plus de trois mille, qui, croyant devoir à leur chef le sacrifice de leurs croyances religieuses, reçurent le baptême avec lui. Il y ajouta plus tard ceux des pe*' tits rois de sa jfamille qu'il détrôna, mit à mort, et auxquels il se substitua. Quand sa monarchie fut assise sur des bases solides et s'étendit sur un vaste territoire, ce fut parmi ses compagnons qu'il choisit les officiers dont il composa sa maison , ainsi que les ducs et les comtes chargés du gouverne* ment des provinces; ce fut à eux qu'il distribua les bénéfices militaires et les terres fiscales dont il dépouilla les Komains, en se réservant les droits qu'il avait au dévouement des nouveaux dignitaires et possesseurs. Alors, ouand on vit que le dévouement concluisait à la puissance et à la richesse, l'ambition et l'avarice imposèrent silence à l'orgueil ; tous les grands restés libres jusque-là offrirent de se dévouer, et bientôt il n'y eut plus de compagnons parce que tout le monde le fut, a l'exception de ceux qui , en raison de l'infériorité de leur condition, ne purent point se recommander pour un bénéfice. (Voyez Recommandation.)
Il résulta de cet arrangement un nouvel ordre de choses qui consolida le pouvoir royal, mais pour un temps fort court. Le traité d Andlau, entre les fils de Glovis, en rendant héréditaires des concessions qui n'avaient été faites que pour un nombre d'années limité, avec faculté de retrait en cas de félonie, lui porta une première atteinte, qu'aggrava encore une mesure semblable prise forcément, plus tard»
Ïiar Charles le Chauve. Alors, toutes es entraves d'autrefois reparurent, et la féodalité tint la royauté courbée
sous un joug si solide, qu'il fallut ï celle-ci onze siècles pour s'eo délivrer entièren^ent.
Le nom de CoMPAanoif s a encore eu une autne acception daos les premiers temps de notre histoire. Vers la fin de la domination romaine, on nommait cornes, comte ou compagnon, im assesseur qui accompagnait un niagis^ trat dans sa province , et le déchargeait des détails dans lesquels il ne pouvait entrer lui-même. Quand les comtes furent devenus des magistrats investis i de fonctions civiles et militaires, ils eurent à leur .tour des compagnoos pour préparer les affaires et jugei celles qui avaient peu d'importance.
Les Francs maintinrent dans les Gau> les les institutions qu'ils y trouvèrent établies, et qui régissaient les hooioies vivant sous la loi romaine. Les compagnons furent donc conservés par eux pendant tout le temps de la pr& mière race et le commencement de ia seconde. Lorsque sous Charles le Chauve les fiefs et bénéfices furent (l^ venus entre les mains de leurs possesseurs des seigneuries héréditaires, et que le droit de rendre la justice fit partie de la souveraineté, les seigoeun curent des compagnons différents de leurs vassaux pour les assister daoi leurs plaids , et formant leur cooseii particulier.
Ces compagnons, pour qui Tassis^ tance aux plaids ou assises n'était point un devoir féodal , comme œioi que remplissaient les vassaux, ^^ vaient de leur suzerain des gages ei argent, vêtements ou denrées. UneW somptuaire de 1224 nous apprend ^ les comtes, barons et coevaliersi avaient encore des compagnoss aux* quels ils ne pouvaient donner pins de deux robes par an; le don de ces robcf se nommait livraison^ de là vient it nom et l'usage des livrées. Les cotf* pagnouSi. attachés spécialement à 11
{personne du maître , se livraient daH 'intérieur de son hôtel à divers soi»
domestiques, et ils jouissaient d'ail considération supérieure à celle quw tenaient même les 01s du seigoetf auquel ils appartenaient» Aunlèuff*
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d'eux étaient les éeuyers qui se véUUeni de leur propre y et dans un rang de beaucoup inférieur, les écuyem domestiques. On ne peut pas fixer Tépoonie précise où les seigneurs cessèrent a'avoir des compagnons.
GoMPANS, ancienne seigneurie de la Brie champenoise, aujourd'hui département de Seine-et-Marne, à 6 kilom.
de Dammartin, érigée en comté, en 1670, en faveur de Louis Boucherat, depuis chancelier de France.
CoM^ÂNS (Jean-Dominique, comte), lieutenant général, pair de France, naquit en 1760, à Salière, départe* ment de la Haute-Garonne. Il partit pour la frontière, en 1792, comme capitaine dans le 3* bataillon des gardes nationales de son département; se distingua aux armées des Alpes, d'Italie et des Pyrénées-Orientales.
Devenu, en 1798, dief d'état-major de Tarmée d'Italie, Il se signala dans plusieurs occasions contre les Autrichiens, contre les Russes , et mérita le grade de général de brigade. Ce brave (officier, que Tïapoléon regardait avec raison comme run de ses meilleurs
généraux, fut chargé, après la bataille 'léna, de commander une division. Il prit part à tous les succès de nos armées , et il n'est guère de bulletin dans lequel son nom n'ait été honorablement cité. Il fit des prodiges de valeur pendant la campagne qui suivit la retraite de Russie. Après la retraite, à Lutzen, il empêcha les Russes de déborder l'armée française; à Bautzen, à Waehau, à Leipzig, il fit les plus héroïlues efforts; dans cette dernière bataille , il fut couvert de blessures ; mais es dangers de la France le retinrent 90US les drapeaux; et, en 1814, il fut lu nombre des braves qui disputèrent >ied à pied le sol de la patrie aux arnées étrangères. Il vint ensuite prenire position à la butte de Beauregard, H*ès de Belleville, et y fit tout ce qui iépendait de lui pour retarder la né* »ssité d'une capitulation. Napoléon ijant abdiqué, Gompans, dont Vhabiété et le savoir égalent la bravoure, îàt nommé membre de la commission lu contentieux de la guerre, et appelé
aa conseil de la guerre. Pendant les cent jours, il reprit les armes, et fut. fait prisonnier a Waterioo : peu de jours après, Il revint en France, et fiit créé pair le 17 aodt 1818.
GoHPAHi. (combat de). *^ Battu à Arcole les 16, 16 et 17 novembre 1796, car cette mémorable bataille dura trois jours 1^ le maréchal Alvinzi voulait, ea se retirant sur Montebeilo, marrher jusqu'à Vicence, et rejoindre son lieutenant Davidowich par les gorges de la Brenta; mais, dès le 18, Bonaparte avait pris ses mesures pour fondre sans délai, avec ses troupes réunies, sur celles de Davidowich qui étaient cantonnées à Castel-Novo et à Pacengo, non loin de Vérone. Le plan de Bonaparte était si habilement combiné, qu'il entraînait la perte de la division Davidowich. Par malheur, ce général* apprit le 19 la défaite d'Alvinzi, et lorsque, ce jour-là, les colonnes françaises s'ébranlèrent pour rattaquer»
sentant tout le péril de sa position, il était déjà en marche pour regagner les montages. Néanmoms, la tête des Français atteignit l'arrière-garde autrichienne à Compara. Les régiments d'Ehrbach et de Lattermann éprouvèrent de grandes pertes, spécialement le premier, dont tout un bataillon fut coupé et contraint de se rendre. Un autre détachement de trois ou quatre cents hommes, qui espérait se sauver en traversant l'Adige, se noya presque entièrement.
GoHPÈBB et CoifitàRjs. — Au moyen âge, ces noms, consacrés par la religion, et marquant une espèce de parenté snirituelle , étaient des titres honorables , et non pas , comme aujourd'hui , des qualificatioBS railleuses et triviales. D'un autre côté, le lien qui unissait le parrain et la marraine fut longtemps considéré par l'Église comme un empêchement au mariage, et cet empêchement fut souvent exploité dans l'intérêt de la politique et dans celui des passions. Il rautvoir, dans Grégoire de Tours , avec quelle adresse perfide Frédégonde, lorsqu'elle était encore au nombre des servantes de la reine Audovère, sut faire tourner
L'UNIVERS
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cette loi eodësiastîqueau profit de son ambition.
Chilpéric venait de partir pour une expédition au delà du Rhin, contre les Saxons, laissant sa femme enceinte de plusieurs mois. Avant son retour, elle accoucha d'une fille , et consulta Fré* d^onde pour savoir si elle devait la faire baptiser en l'absence d^ son mari : « Madame , répondit la rusée suivante, lorsque le roi mon seigneur reviendra victorieux, pourrait^il voir sa fille avec plaisir , si elle n'était pas baptisée C) ?» La reine prit ce conseil en bonne part , et Frédégonde se mit à préparer le piégé où elle voulait la faire tomber. Ouand le jour du baptême fut venu, à rheure indiquée pour la cérémonie, le baptistère était orné de tentures et de guirlandes; Tévéque, en habit pontificaux , était présent; mais la marraine n'arrivait pas , et on Tattendit en vain. La reine ne savait que résoudre, quand Frédégonde , qui se tenait près d'elle , lui dit : « Qu'y « a-t-il besoin de s'inquiéter d'une « marraine? Aucune dame ne vous « vaut pour tenir votre fille sur les « fonts ; si vous m'en croyez , tenez- « la vous-même. » L'évéque , probablement gagné d'avance, accomplit les rites du baptême, et la reine se retira sans comprendre de quelle conséquence était pour elle l'acte religieux qu'elle venait de faire.
Au retour du roi, toutes les jeunes filles du domaine royal allèrent à sa rencontre, portant des fleurs et chantant des vers à sa louange. Frédégonde, en l'abordant, lui dit : « Dieu • soit loué de ce que le roi notre sei- « gneur a remporté la victoire sur ses « ennemis, et de ce qu'une fille lui est « née 1 Mais avec qui mon seigneur « dormira-t-il cette nuit? car la reine, « ma maîtresse, est aujourd'hui sa "^XA commère et marraine de sa fille Hil- «deswinde. — £h bien! répondit le « roi , si je ne puis dormir avec elle , ft je dormirai avec toi. » Sous le portique du palais, Chilpéric trouva Au-
dovère, tenant entre ses bras son en« faut , qu'elle vint lui présenter avec une joie mêlée d'orgueil ; mais le roi, affectant un air de r^ret, lui dit:
« Femme , dans ta simplicité , tu as « fait une chose criminelle ; désormais, « tu ne peux plus être mon épouse. »
— En rigide observateur des lois ecclésiastiques, le roi punit par Texii l'évéque qui avait baptisé sa fille, vt il engagea Audovère à se séparer de lui sur-le-champ, et à prendre, comme veuve, le rôle de religieuse (*). «Queljques iours après cette répudiation, Chilpéric épousa Frédégonde.
!Nos annales of&ent encore ane astre circonstance où cette parenté fictive, conférée par les cérémonies du baptême, servit de voile à 4a perfidie et a l'ambition : ce fiit quand la cour de Rome lança ses foudres contre le pieux Robert et contre sa femme, parce que le roi avait servi de parrain a l'un des enfants de Berthe et du comte Eudes son premier mari. (Voy> Berthe et Robert.)
L'Église s'est relâchée depuis de ces rigueurs; cependant elle ne permet encore le mariage entre compères et commères que moyennant dispenses.
CoMPiÈGNE , Compendium , yi^ fort ancienne d^: duché de Valois, asjourd'hui cheC^f^u de sous-préfecbire du département de TOise. On a attribué, sans fondement , la fondation de Compiègne à Jules César ; cependant, les médailles et les antiquités que Foo trouve fréquemment dans les environs sont une preuve que Compiègne avait déjà quelque importance à l'époque de la domination romaine. Quoi qu'il eo soit , dès le règne des premiers vM de France, on y voyait une njaisoi royale où presque tous les princes à la première et de la seconde race publièrent des actes importants. Cbaiw le Chauve, en 876 , agrandit et embei' lit la ville de Compiègne, et lui dooBi le nom de Carlopolis. Il fit aussi Utf dans les environs deux châteaux, dont l'un a subsisté jusqu'à saint hv^)
(*) Gesta reg. Franc, apitd script, ren galU tt franc, II, 56 1.
(♦) Aug. Thierry, Récits méropingi^i t. I, p. 33i.
FRANCE (louis XJl)