GUILL. DE POITIERS L'UNIVERS. GUILLAUME DE TYR
qui donne Tannée 1211 pour la date de sa composition. Entre les animaux qu'il décrit, sont le phénix et les sirènes. La belette, suivant lui , conçoit et enfante par l'oreille; l'aigle, pour se rajeunir, va se brûler aux rayons du soleil et se plonge dans une fontaine de Jouvence; on ne prend la licorne qu'en faisant marcher contre elle une pucelle attrayante, etc. On peut consulter le tome V des Notices des manuscrits , sur ce livre curieux, qui est très-propre à donner une idée des croyances populaires en histoire naturelle, à l'époque ou vivait Guillaume.
Dans un troisième poème , intitulé le Besant de Dieu, Guillaume attaque énergiquement les rois, les princes et le clergé; on y trouve quelques tirades vigoureuses contre la guerre des Albigeois et contre Louis VIII, à qui, dit le poète , de toutes les grandes terres qu'il possédait, et de toutes celles qu'il voulait acquérir, il n'est resté que les six pieds de sa tombe.
Guillaume est encore l'auteur de deux fabliaux : la Malle iroute , allégorie assez insignifiante, et le Prêtre et Alison, conte fort licencieux (*).
Guillaume de Put tiers , historien de Guillaume le Conquérant, naquit vers l'an 1020, à Préaux, près de Pont- Audemer, eu Normandie, mais il étudia a la célèbre école de Poiliers , d'où le surnom qui lui resta. Après avoir suivi d'abord la carrière des armes, il entra dans l'Église . devint chapelain du duc Guillaume, depuis roi d'Angleterre, puis enlin archidiacre de révéclié de Lisieux. On ignore l'époque de sa mort; seulement, on est certain qu'il survécut à Guillaume. Il avait commencé , pendant la vie de ce prince , à écrire ses Gesta. Son récit est , il est vrai , trèspartial, mais il contient des détails curieux sur la conquête. Comme écrivain, Guillaume est l'un des plus distingués de nos anciens chroniqueurs. Il connaissait les auteurs latins, et on retrouve quelquefois chez lui la précision et ( énergie de Salluste , auquel Orderic Vital et ses contemporains l'ont comparé.
O Voyex France littéraire , t. XIX, p. 654 et miv.
Les premières et les dernières années de la vie du roi Guillaume manquent dans tous les manuscrits, dont le plus complet est celui de la bibliothèque Cottonienne. C'est celui sur lequel Duchesne a publié l'édition de notre chroniqueur. Son récit commence en 1035 et s'arrête en 1070. Guillaume de Poitiers a été traduit dans le tom. XXIX de la collection des Mémoires relatifs à C histoire de France , de M. Guizot.
Guill4UME de Tyb , chroniqueur, surnommé avec raison le prince des historiens des croisades , naquit , non pas en France ni en Allemagne, comme quelques auteurs l'ont soutenu, mais en Syrie; car, dans la préface de son livre, il dit qu'il a été moins entraîné à composer son ouvrage par le sentiment de ses forces que par l'amour du sol natal, et dans plusieurs autres endroits de son livre , il parle de la terre sainte comme de sa patrie. L'un de ses continuateurs le fait naître à Jérusalem, et Étienne de Lusignan , dans son Histoire de Chypre, le dit parent des rois de Palestine.
Le peu de renseignements que nous possédons sur Guillaume de Tyr, nous les devons à lui-même. Nous voyons dans son ouvrage qu'il était enfant vers 1140, et qu'en 1162, au moment du divorce du roi Amaury et d'Agnès d'Édesse, il étudiait les lettres en Occident, probablement à Paris. De retour à Jérusalem, il obtint la faveur d'Amaurjr, et dut à sa protection, en 1167, l'archidiaconat de la métropole de Tyr, ce qui n'empêcha pas le prince de l'envoyer, dans le cours de la même année, en ambassade à Constantinople, auprès de M.muel Comnène, pour conclure une alliance avec ce prince contre le sultan d'Égypte. Guillaume se rendit à Rome, en 1169 , pour faire juger par le pape quelques différends qu'il avait eus avec Frédéric, archevêque de Tyr. A son retour, le roi Amaury lui confia l'éducation de son fils Baudouin, alors âge de 9 ans. A l'avènement de ce dernier, en 1173, Guillaume vit encore son crédit s'accroître. Il fut nommé , cette même année, chancelier du royaume, à la
!)lace de Rodolphe , évéque de Bethéem, et, au mois de mai 1174, les suffrages du clergé et du peuple relevèrent,
avec l'assentiment du roi , à l'archevêché de Tyr. Il prit dès lors une part importante aux affaires publiques , et sut défendre avec fermeté le pouvoir du roi contre l'ambition des seigneurs. En 1178, il se rendit à Rome, pour assister au concile de Latran, et, avant de revenir en Palestine, il lit à Constantinople un séjour de sept mois, qui fut, dit-il. grandement utile aux intérêts dont il était chargé.
L'histoire de Guillaume de Tyr s'arrête en 1183, et, à partir de cette épo-
3 ne, nous ne recueillons sur sa vie que es renseignements contradictoires. D'après l'un de «es continuateurs, il eut de violents débats avec le patriarche de Jérusalem, Héraclius, dont il avait combattu l'élection, et dont il refusait de reconnaître l'autorité. Guillaume se rendit à Rome pour faire juger sa querelle, et il v fut si bien accueilli du pape et des cardinaux, uu'Héraclius,craignant
Sue son rival n'obtînt sa déposition, le t empoisonner par un médecin, envoyé dans ce but à Rome. Dans le cas où ce fait serait vrai, on ne pourrait le placer que vers 1184. Mais ce qui vient l'infirmer, c'est qu'on trouve , en 1188, un Guillaume, archevêque de Tyr, prêchant la croisade aux rois de France et d'Angleterre. Il est très - probable que ce Guillaume est celui dont nous nous occupons ici. Quoi qu'il en soit, c'est là la dernière trace de sou existence. On est seulement certain qu'il était mort avant 1 193, car une charte de cette époque nous apprend qu'un aitfre prélat occupait alors le siège de Tyr.
G uillaumede Tyr a composé plusieurs ouvrages ; l'un est l' Histoire au concile de Latran, qu'il avait, comme il le raconte lui-même, soigneusement rédigée, à la demande des saints Pères de cette assemblée , et qu'il avait déposée dans les archives de l'église de Tyr. Il entretreprit deux autres grands ouvrages , à la sollicitation du roi Amaury. Le premier comprenait Y Histoire des Arabes, depuis la venue de Mahomet jusqu'en 1184. Cet ouvrage important n'a jamais été publié. On ne sait ce qu'il est devenu. Le second a pour titre : Hi$~ toria rerum in partibus transmarinis gestarum a tempore successorum Mahometis usque ad annum Domini 1184.
11 est divisé en 23 livres. Les quinze premiers vont jusqu'en 1142; les 8 autres renferment I histoire des événements dont Guillaume de Tyr a été témoin, et dans lesquels, comme nous l'avons vu , il a joué un assez grand rôle.
L'histoire de Guillaume a été publiée pour la première fois à Bâle , en 1649, in-fol., par Philibert Poyssenot de Dole, puis réimprimée dans la même ville, en 1564, par Henri Pantaléon. L'éditeur y joignit l'un des continuateurs de l'historien, Hérald. Enfin , fiongars, après en avoir revu le texte sur plusieurs manuscrits, l'inséra dans le tome II de ses Cesta Dei per Francos. Elle forme le premier volume de la collection in-fol.
des historiens des croisades, entreprise
{)ar l'Académie des inscriptions; ce vourne, où elle est accompagnée d'une traduction française , à peu près contemporaine , et enrichie de notes, de variantes et de commentaires, est terminé, et va paraître incessamment. Il existe une traduction française de cette chronique, donnée en 1573, à Paris, par G. Dupréau, sous le titre de Franciade ' orientale. Il en existe aussi deux versions italiennes, publiées à Venise, in-4°, l'une en 1562, l'autre en 1610.
Elle a été aussi traduite dans la collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France publiée par M. Guizot.
Guillaume le Breton , historien et poète célèbre , naquit vers 1 165 , en Bretagne, dans le diocèse de Léon. A
12 ans, il fut envoyé à Nantes pour y terminer ses études, entra ensuite dans les ordres , et fut appelé , en qualité de chapelain , à la cour de Philippe-Auguste, dont il obtint toute la confiance, et qui l'envoya plusieurs fois à Rome, dans le but de faire approuver par le pape son divorce avec la reine Ingelburge. Guillaume fut en outre chargé de l'éducation de Pierre Charlet, fils naturel de Philippe. Il accompagna le roi dans la plupart deses expéditions militaires, et assista à la bataille de Bouvines. Parmi les biens qu'il dut posséder, on ne peut citer qu'un canonicat au chapitre de Notre-Dame de Senlis, place qui lui fut conférée par PévêqueGuérin, en 1219. On ignore aussi l'époque de sa mort; on sait seulement qu il survécut à Louis VIII, mort en 1226. Les deux