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GUILLOTIN

et de Pindécence des inhumations actuelles, paris, an vin ;-3° la Fontaine et tous les fabulistes.

Guillot-Gorju (Bertrand Harduin de Saint-Jacques, dit), né à Melun vers 1593 , quitta la profession de médecin pour monter sur les tréteaux , où il remplaça avec succès Gaultier-Garguille (voyez ce mot).

'Guillot-Gorju avait adopté pour rôle ordinaire la caricature du médecin , et il s'en acquittait parfaitement , devançant ainsi notre grand comique dans sa rancune contre la Faculté. -

Forcé par les tracasseries de ses camarades de renoncer au théâtre , il retourna à la médecine, et pratiqua quelque temps à Melun. Mais l'ennui et la mélancolie le gagnèrent bientôt , et il revint mourir à Paris en 1643, âgé de 50 ans. « C'était, dit Sauvai , un grand homme noir , fort laid , ne ressemblant pas mal à un singe , ce qui faisoit qu'il n'avoit pas besoin de masque quand il montoit sur le théâtre. »

Guillotin (Joseph-Ignace) , médecin que la tradition populaire regarde à tort comme l'inventeur et la victime de l'instrument de supplice qui porte son nom, naquit à Saintes en 1738.

Après avoir été pendant quelques années professeur au collège des Irlandais, à Bordeaux, alors dirigé par les jésuites, il vint étudier la médecine à Paris , et obtint une considération méritée par ses connaissances et ses travaux. Dors de la convocation des états généraux , son zèle pour le bien public lui inspira une éloquente brochure intitulée : Pétition des habitants domiciliés à Paris, dans laquelle il demandait particulièrement que la représentation du tiers état fût au moins égale en nombre à celle des deux autres ordres privilégiés pris ensemble. Le parlement lit mander à sa barre l'écrivain qui avait émis ces idées neuves et hardies , pour l'entendre développer ses motifs. Guillotin sortit honorablement de cette épreuve, et le peuple , qui l'attendait à la porte du parlement , récompensa son patriotisme par une ovation improvisée.

L'attention publique était ainsi appelée sur lui. Aussi fut-il, en 1789, élu député aux états généraux. Il prit part

à la rédaction de la Déclaration des droits de l'homme , présida la commission chargée d'organiser les écoles de médecine , de chirurgie et de pharmacie, et s'occupa de divers projets d'utilité publique. Quand l'Assemblée nationale songea à édifier un nouveau système pénal , Guillotin , animé par les plus louables motifs d'humanité , proposa d'établir pour tous les condamnés à mort une même peine, la décapitation, supplice réservé jusqu'alors pour les nobles , tandis que la roue , le bûcher , le gibet faisaient justice des roturiers. En même temps , il indiqua comme étant l'instrument le plus sûr et le moins douloureux , une machine qui existait depuis longtemps en Italie sous le nom de mannaia(*)%

On trouve dans les chroniques de Jean d'Autun (**) lesdétailscurieux d'une exécution faite à Gênes, le 13 mai 1507, avec une machine dont la guillotine n'offre qu'un perfectionnement. Louis XII était à Gênes. « Or, dedans les prisons du roy etoit lors un nommé Demetri Justinian , des plus gros du peuple de la ville de Gennes , lequel a voit mû le peuple à la sédition. » Le coupable fut condamné à mort. L'échafaud fut dressé « dedans une belle place près du môle; » le prévôt conduisit le patient, qui,- voyant l'appareil , « jetta un grand soupir a merveilles en levant les yeux à mont (en haut) , la face toute pâlie et blesme, les bras encroisés..., puis estendit le cou sur le chappus. Le bourreau print une corde à laquelle tençit attaché un gros bloc , a tout une doulouere tranchante hantée dedans, venant d'amont entre deux posteaux , et tira ladite corde, en manière que le bloc tranchant à celui Genevois tomba entre la teste et les épaules , si que la teste alla d'un côté et le corps tomba de l'autre. » Une des figures du livre des Symbolicse Quxstiones d'Alexandre Bocchi, figures dessinées par Giulio Bonasone , et retouchées par Aug. Carrache dans une édition de 1574, représente le fatal instrument et le supplice

(*) Voyez les Voyages du P. Labat en Italie, et les Symbol. Quœst'tones d'Achille Bocchi, i555 , iu-4°.

(**) Publiées en i835, par M.Paul Lacroix.

GUIMARD L'UNIVERS. OUIMABD

d'un condamné. Enfin les Mémoires de Puyséîiur, publiés par Duchesneen 1G90, racontent ainsi (p. 107) la décapitation de Montmorency à Toulouse , dans la cour du Cnpitole , en 1632 : a 14 se lit jeter une corde sur les bras , et s'en alla à son échafaud , sur lequel il entra par une fenêtre... En cepays-là, on se sert d'une doloire qui est entre deux morceaux de bois , et quand on a la tête posée sur le bloc, on lâche la corde, et cela descend et sépare la tête du corps y etc. »

Ce fut le 20 mars 1792, sur le rapport de Carlier, et d'après l'avis motivé du docteur Louis, que le projet de Guillotin fut adopté. Le décret de l'Assemblée législative, sanctionné le 25 par le roi , décida que tout condamné à la peine de mort aurait la tête tranchée suivant le mode indiqué par la consultation signée du secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie. Un mécanicien allemand nommé Schmidt, facteur de clavecins , lit confectioner la machine sous la direction du chirurgien Louis.

La conscience de Guillotin lui dit sans doute qu'il avait fait acte de bon citoyen. Mais une circonstance fatale dut lui causer bien de l'amertume, c'est que cette machine, d'abord appelée Louisette ou la petite Louison, odieuse plaisanterie fondée sur le nom du chirurgien Louis qui avait été chargé de faire une consultation sur son emploi, garda définitivement le nom de son prétendu inventeur. Ainsi le souvenir d'un philanthrope éclairé , d'un citoyen justement estimé pour son patriotisme dévoué , ses talents et ses moeurs douces et pures, était pour toujours condamné à un hideux rapprochement. Guillotin, emprisonné pendant la terreur , sortit de prison après le 9 thermidor. Dès lors il se retira de la carrière politique, où il avait subi tant de dégoûts , et se consacra entièrement à l'exercice de sa profession , honoré de l'estime de ses concitoyens , et aimé de tous ceux qui le connurent. 11 mourut le 26 mai 1814, âgé de 76 ans.

Guimard (Marie-Madeleine), danseuse de l'Opéra, naquit en 1743, et débuta des l'Age de 18 ans à l'Académie rovale de musique et de danse, où elle effaça bientôt mademoiselle Àllard.

Elle était charmante dans tous les genres, depuis la Chercheuse d'esprit jusqu'à la Créuse de Médée inclusivement.

Malgré tant de succès, ses appoi ntements ne furent pendant longtemps que de 600 livres ; mais il faut dire aussi qu'elle se montra audacieusement vénale dans ses relations de galanterie , ce qui , du reste , n'était pas une exception à cette époque. On dit qu'elle recevait à la fois une pension d'un prince (Soubise), d'un financier (Laborde) . et d'un prélat (Jarente, évêque d'Orléans). Les largesses de ces trois libertins , aussi dégradés qu'elle, la mirent en état d'élever dans la Chaussée-d'Antin un somptueux palais que Fragonard , puis David, alors encore à son début , décorèrent de peinture (voyez David), un palais que ses flatteurs nommaient le temple de Terpsychore , et qui a été plus justement appelé le temple de Venus vénale. C'est dans cet hôtel que furent jouées sur un petit théâtre les pièces grivoises de Collé et beaucoup d'autres du même genre, et aussi les jolis proverbes de Carmontel et la Partie de chasse de Henri If.

Malgré les scandales de sa conduite, mademoiselle Guimard se vit souvent appelée auprès de Marie- Antoinette.

Qu'avait à faire la courtisane effrontée chez la reine de France? Elle y venait comme membre de ce conseil de toilette auquel siégeaient mesdemoiselles Bertin et Montansier; on lui demandait les secrets d'une coquetterie qui , dans aucun cas, ne pouvait, ne devait être celle d'une reine.

Mademoiselle Guimard devint madame Despréaux en 1789. Son mari était un chorégraphe distingué. Les 46 ans de la danseuse lui commandaient impérieusement de quitter la galanterie en même temps que l'Opéra , dont elle se retirait avec une pension de 6,000 livres. Elle vendit donc son hôtel de la Chaussée-d'Antin, pour s'en faire construire un plus modeste ; les petites comédies de Collé firent place a des réunions dansantes, interrompues pendant la terreur, mais qui reprirent avec fureur sous le Directoire. Les faciles beautés du jour ne dédaignèrent pas de se rendre aux soirées dansantes ae madame Despréaux qu'on trouvait des plus

amusantes, ce mai voulait beaucoup dire «elle Clairon ; que celle-ci prit si bien alors. Mademoiselle Guimard mourut à les intérêts du poète , que la pièce fut Paris en 1816. reçue peu de temps après sans correc- Guimon d de la. Todchb (Claude) , tion. Au commencement de la repréfut pendant quatorze ans jésuite , et sentation , Guimond était en proie à remplit en cette qualité les fonctions de une inquiétude si vive , que pour l'emprofesseur dans différents établisse- pécher de perdre connaissance , il fallut ments, puis rompit avec cet ordre, pa- lui faire respirer des liqueurs spiritueurut dans le monde, où il se fit une répu- ses. Bientôt les applaudissements lui tation brillante par ses talents , et rem- rendirent le courage. A la fin de la porta dans la carrière dramatique un pièce, le public le fit venir sur la scène, succès remarquable, auquel il en aurait et le combla de démonstrations si flatjoint sans doute d'autres plus grands teuses , qu'il s'évanouit de joie en se encore, s'il n'avait été surpris par la retirant. Cet honneur, que plus tard mort à I'â?ede43 ans. Sa pièce ftlphi- on prodigua à plus d'une médiocrité, génie en Tauride, la seule qu'il ait fait n'avait encore été décerné qu'au seul représenter, est restée au théâtre. Cette Voltaire. Voltaire apprit dans sa retragédie est mal écrite, mais le plan en traite de Ferney l'enthousiasme excité est bien conçu, la conduite en est heu- par l'apparition d'Iphiyénle. Il paraît reuse. L'autêur a compris ce que n'a- avoir conçu de l'humeur à la vue du vait pas vu Lagrange-Chartcel en traf- succès de ce nouveau venu dans une tant le même sujet, gu'il ne fallait carrière où il ne voulait point avoir de point introduire d'épisode d'amour rivaux. Il témoigne cette espèce de jadans Phistoire simple et touchante du lousie dans plusieurs lettres à d'Argenpéril que court en Tauride le fils a" A- tal : « Il faut, lui dit-il quelque part,gamemnon, exposé à périr de la main laisser dégorger Iphigénie en Crimée, de sa sœur : il a inventé des ressorts Par ma foi, vous autres Parisiens, vous naturels pour prolonger jusqu'au bout n'avez pas le sens commun. » Guimond l'erreur a'Iphigénie, sur laquelle re- préparait une tragédie de Régulus , pose toute la pièce; il a établi entre lorsqu'il mourut d'une fluxion de poi- Oreste et Pylade un combat de dévoue- trine. Cet auteur avait adopté , avant ment qu'Euripide n'avait fait qu'indi- même d'entrer dans le monde , et au quer , et dont le développement produit sein de la retraite qu'il occupait chez les effets les plus pathétiques. Il a été, les jésuites , la plupart des plus hardis dans plusieurs scènes , aussi heureuse- principes de la philosophie du dix hulment inspiré pour l'expression que pour tième siècle. La contrainte que faisaient l'invention. Tous ces mérites, qu'on ne peser sur lui les règles de la vie rellsaurait lui contester, demandent bien gieuse, son dégoût pour les pratiques grâce pour des vers faibles ou durs, du culte, son amour vif et énergique pour des tirades déclamatoires, pour pour l'indépendance de la pensée, sont des lieux communs philosophiques subs- exprimés dans une pièce fort curieuse titués parfois à l'expression du senti- gu'il avait composée jeune encore au ment. C'est ainsi qu'en a jugé la Harpe, fond de sa cellule, et qui parut après sa et cette appréciation a été confirmée mort sous ce titre déclamatoire : les d'ailleurs par le succès qu'a toujours Soupirs du cloitre ou le Triomphe du obtenu cette œuvre toutes les fois fanatisme. Né en 1717, à Châteauroux, qu'elle a été reprise au théâtre. On rà- en Berry, Guimond mourut en 1760. conte que Guimond de la Touche qui , Guindé. Au combat de Saalfeld, lià son entrée dans le monde , était em- vré dans la campagne de Prusse , en barrassé , timide, et inexpérimenté 1806, Guindé, maréchal des logis au comme un homme qui avait vécu jus- 10e hussards, combattit, avec son réque-là dans les couvents et les collèges, giment, contre la cavalerie prussienne, ne savait quel moyen prendre pour ar- commandée par le prince Louis de river à faire représenter son Iphigénie; Prusse. Pendant la déroute des escaque madame de Grafligny, qu'il connais- drons prussiens , le prince Louis fut sait, le mit en rapport avec mademoi- attaqué par Guindé, qui lui cria de se

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rendre. Le prince fit volte-face , et engagea le combat contre son adversaire.

* Rendez-vous, » crie encore Guindé au prince, qu'il prenait pour un simple officier. Le prince lui répondit par un coup de sabre sur la figure. Guindé riposta par un coup de pointe qui tua roide le prince Louis. On trouva, dans la dépouille du prince, des lettres fort importantes.Napoléon fit entrer Guindé dans les grenadiers à cheval de sa garde, où il se distingua à chaque nouvelle affaire. Ce brave mourut à la bataille de Hanau, en 1813, capitaine et ofiicier de la Légion d." honneur.

Guinée ( établissements français à la). « La plus commune opinion a donné, jusqu'à présent, cet avantage aux Portugais d'avoir, les premiers , découvert et habité ces costes; mais c'est une vieille erreur qui a pris sa naissance et son accroissement dans la longue possession qu'ils en ont eue , et le grand pouvoir qu'ils s'estoient donné parmi ces . peuples. Cette gloire est due aux François, et surtout aux Dieppois , qui y ont navigué (depuis le 28e jusqu'au 5e degré de latitude nord ) plus de 60 ans avant que les Portugais en eussent eu connoissance.

« Sous Charles V, les Dieppois se résolurent de passer les Canaries et de costoyer l'Afrique. Pour cet effet , ils équipèrent, au mois de novembre 13G4, deux vaisseaux de 100 tonneaux, qui arrivèrent vers Noël au cap Vert... De là, ils coururent le sud-est, et arrivèrent à Sierra-Leone, et enfin ils s'arrêtèrent près de liio-Sestos , où est un village qu'ils nommèrent le Petit-Dieppe , à cause de la ressemblance du havre et du village situés entre les deux costeaux ; là, ils achevèrent de prendre leurs charges d'ivoire , et de ce poivre appelé Malaguette (ce nom est resté à une partie de la coste de Guinée). La quantité d'ivoire qu'ils apportèrent de ces costes, donna cœur aux Dieppois d'y travailler, qui, depuis ce temps, ont si bien réussi, qu'aujourd'huy ils se peuvent vanter d'estre les meilleurs tourneurs du monde en fait d'ivoire.

« Au mois de septembre suivant, les marchands de Rouen s'associèrent avec ceux de Dieppe, et firent partir quatre vaisseaux. L'un s'arresta au Grand-

Sestrè , sur la coste dite Malaguette , y trouvant une grande quantité de ce

Soivre. Ils appelèrent ce lieu Paris. Les eux autres, cependant , faisoient leur charge sur ces costes , où ils avoient déjà esté. Le quatrième vaisseau passa la coste des Dents, et poussa jusqu'à celle de l'Or, d'où il en rapporta quelque peu , mais quantité d'ivoire. Les marchands se bornèrent ensuite au Petit-Dieppe et au GrandSestre, ou Paris , où ils continuèrent d'envoyer , les années suivantes , même une colonie, d'où vient qu'encore aujourd'huy le peu de langage qu'on entend de ces peuples est francois (*).

« Le grand profit qui se trouva dans le débit de ce poivre , donna envie aux estrangers de faire ces voyages ; c'est pourquoi, environ l'an 1375, ils commencèrent d'y traiter ; mais, voyant que les François y avoient partout des loges, comme h cap Vert, Sierra-Leone, cap de Moule j Petit-Dieppe, et Grand- Sestre, et que les Mores les aimoient, de sorte qu'ils ne pouvoient souffrir les autres, ils quittèrent le commerce, qu'ils reprirent par après.

« En Tan 1380 , ils équipèrent à Rouen un vaisseau de 150 tonneaux, qui arriva , vers la fin de septembre, à la rade des lieux où, seize ans auparavant, ils avoient esté, et retourna, neuf mois après, à Dieppe, richement chargé:

ce fut lui qui commença à faire fleurir le commerce à Rouen. ,

« L'année suivante, ils y envoyèrent jusqu'à trois vaisseaux, qui partirent de Dieppe le 28 septembre, et traitèrent : au premier lieu qu'on avoit découvert (qu ils appelèrent la Mine, pour la quantité d'or qui s'y apportoit); à cap Corse et Mouré, au-dessous de la Mine, et jusques au Akara, à Fantin, Sabon et Cormentin, etc.

« En 1383, ils envoyèrent trois vaisseaux , et, estant à la Mine , ils firent une petite loge , où ils laissèrent dix à

(*) « Ils n'appellent pas le poivre sextos à la portugaise , ni grain à la hollandaise , mais malaguette ; et lorsqu'un vaisseau aborde , s'ils en ont, après le salut ils crient : Malguette tout plein, tout plein ! tant à terre de malguctte ; qui est le peu de langage qu'ils ont retenu de nous. « Villa ud de Bellefond, p. i5o-i6o.

Gt iniik FRANCE. GUINES 253

douze hommes. Cette nouvelle'habitation, en quatre ans, s'augmenta si fort,

£ar la grande colonie qui alla s'y étalir, qu'ils y bastirent une église , que l'on y voit encore aujourd'huy (1666).

« Les guerres civiles ayant commencé en 1410 , le commerce dépérit, et enfin se perdit tout à fait. Cependant, les Portugais commencèrent de vouloir s'establir aussi bien que les François à la coste d'Or, etc.

« En 1433, leurs caravelles s'avancèrent jusques à la Mine (que nous avions abandonnée vingt ans auparavant, n'en ayant joui que trente ans, à cause des guerres), etc.

« Cependant, les François , qui cornmençoient un peu à respirer au commencement du règne de Henri III, reprirent ces voyages. Mais les Portugais couloient à fond nos vaisseaux, tuoient nos gens, et faisoient des prisonniers... C'est pourquoi tout ceci , joint aux guerres civiles des temps de Henri III et Henri IV, fut cause que nous abandonnâmes tout, et non-seulement la coste d'Or, mais aussi les autres.

« Or, par ce que dessus je conclus que les François ont les premiers habité ces terres , qu'ils les ont connues avant les Portugais , et que les Dieppois doivent avoir cet avantage. »

C'est ainsi que s'explique le voyageur Villaud de Bellefond , à la fin de sa Relation des costes d'Afrique, dans un récit intitulé : Remarques sur les costes d'Afrique , pour justifier que les François y ont esté longtemps auparavant les autres nations. Le sieur d'Elbée , dans le journal de son voyage à la Guinée, en 1669 et 1670 (*), parie aussi d'un château (Axim), sur les portes duquel les Hollandais avaient effacé les armes de France, depuis huit à dix ans. Le voyageur hollandais Dapper (1686) mentionne le Fort de la Mine, où l'on trouva, dit-il, gravées des dates du quatorzième siècle. Enfin, les For-

(*) Imprimé à Paris en 1671 , sous le titre de Journal du voyage du sieur d'Elbée, commissaire général de la marine , aux îles et à ta côte de Guinée. Voyez aussi une Dissertation de M. Estancelin sur les découvertes des Dieppois , et ses Recherches sur les navigateurs normands , et l'Histoire de Dieppe , par M. Vitet.

tugais, les Anglais et les Hollandais, ont conservé longtemps les dénominations de Petit-Dieppe, Petit -Paris, Grand- Sestre , Baie de France , etc., marquées sur toutes les cartes du dixseptième siècle; et ces derniers témoignages sont tout-puissants pour assurer aux Dieppois l'honneur d'une navi- % gation pour laquelle il fallait , au quatorzième siècle , beaucoup de témérité, d'exaltation, de constance, puisque, en 1431 , un navigateur vénitten appelait encore la Guinée , luoghi incogniti e spaventosi a tutti i marinari.

Ce ne sont pas, du reste , les seuls voyages de découverte entrepris par les Dieppois. Nous avons déjà eu plusieurs occasions de parler des établissements coloniaux de ces hardis marins en diverses contrées lointaines. (Voyez BÉ-

THENCOUBT, FLORIDE, ÉNAMBUC, FLI- BUSTIERS , GÉOGBAPHIE , PABMEN-

tieb, etc.)

Un seul établissement nous resta en Guinée, celui d'Ouidah. Nous avons dit ailleurs (voyez Colonies, t. V, p. 308) comment lé pavillon tricolore flotte en core sur ses ruines.

Guinegate. Ce village , situé dans le département du Pas-de-Calais , près de Thérouenne , est célèbre par deux batailles.

La première eut lieu 7 le août 1479, entre l'armée de Louis XI et celle de Maximilien. Nous ne reviendrons pas ici sur les longs détails que nous en avons donnés dans nos Annales (t. I, p. 241 et 242). Cette sanglante journée resta indécise, par suite de l'imprudente ardeur de Philippe de Crèvecœur, baron d'Esquerdes (voy. ce mot), qui commandait les Français.

La seconde bataille de Guinegate , livrée en 1513, est communément désignée sous le nom de Journée des éperons. (Voyez Éperons [journée des].)

Guines , Guisnx , ancienne petite ville du ci-devant Calaisis, en Picardie, aujourd'hui du département du Pas-de- Calais , arrondissement de Boulogne.

Dès le dixième siècle, c'était une forteresse importante, bâtie par un capitaine de pirates danois (920) ; cette forteresse devint ensuite la résidence des puissants comtes de Guines. ( Voyez Annales, t. I, p. 102, et l'art, suivant.

L'UMVERS.

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