‹ FranceChapitre 127 sur 378 · GUISE L'UNIVERS. GUISE · texte numérisé non relu

GUISE L'UNIVERS. GUISE

cle. Mais ce qu'il fout remarquer dans la carrière de ce premier duc de Guise, que ses descendants ont fait oublier, c'est qu'il jeta les fondements de leur grandeur, en leur ouvrant la voie qu'ils devaient si glorieusement parcourir, et en commençant la popularité de sa maison. Ainsi, son frère Antoine lui-avant demandé son secours contre les bandes de paysans que la réforme avait soulevés , et qui ravageaient toutes les provinces du Rhin, Claude les combattit et les écrasa avec un zèle et une rigueur barbares, commençant ainsi la lutte des siens contre la réforme, et leur alliance avec l'Église romaine (voyez Boures).

En 1544, Charles-Quint ayant pénétré en France, s'empara de Saint-Dizier, d'Épernay et de Château-Thierry. Déjà Paris était menacé, et l'effroi régnait dans ses murs, lorsque François 1er ordonna au duc Claude d'aller à Paris rassurer les habitants , empêcher leur désertion, et prendre des mesures pour leur sûreté. Claude s'acquitta de ce soin avec tant d'habileté , que le nom de Guise commença à devenir cher à la population. Fra'nçois Ier, pour reconnaître les services de Claude, érigea, en janvier 1527, le comté de Guise en duché-pairie, et en février 1544, la baronnie de Mayenne, avec Sablé et la Ferté- Bernard, en marquisat. Claude 1er, duc de Guise , fut pair et grand veneur de France, comte d'Aumale, marquis de Mayenne et d'KIbeuf, baron de Joinville , gouverneur de Champagne , de Brie et de Bourgogne. Sous Henri II, il conserva la même faveur, et il en usa largement pour accroître sa fortune, et mettre en état sa nombreuse famille.

Vieilleville, dans ses Mémoires, s'élève contre l'avidité du duc de Guise, « Ils étoient quatre, dit-il, qui le (le roi) dévoroîent comme un lion sa proie, jusqu'à lui ravir ce qu'il avoit donné à ses domestiques pour en pourvoir les leurs, savoir : le duc de Guise, Claude, qui avoit six enfants, qu'il fit très grands ; le connétable avec les siens ; la duchesse de Valentinois, avec ses filles et gendres ; et le maréchal de Saint -André, etc. »

Jeande Lorraine, cardinal, archevêque de Reims et de Lyon , frère de Claude, était aussi un des premiers per-

sonnages du royaume. Les deux frères étaient protégés par la duchesse de Valentinois. Aimés de Henri II, leur influence sur l'État allait devenir grande dans une cour où il n'y avait que des ambitieux vulgaires et pas de vrais politiques; mais Claude et Jean moururent en 1550, le duc au mois d'avril, le cardinal au mois de mai. Claude avait épousé, en 1513, Antoinette de Bourbon , fille aînée de François de Bourbon, bisaïeul de Henri IV.

François de Lorraine , duc d'Aumale , succéda dans le titre de duc de Guise à son père Claude; et Charles son frère, cardinal de Guise, prit le titre de cardinal de Lorraine, qu'avait porté son oncle, dont il recueillit presque tous les riches bénéfices. Le troisième frère, Claude, gendre de Diane fie Poitiers, prit le titrededucd'Aumale.Trois autres frères furent , l'un arehev êque de Sens et cardinal de Guise, l'autre, grand prieur et général des galères de France, et le dernier, marquis d'Elbt-uf. C'est de René, marquis d'KIbeuf, que vinrent les branches d'Armagnac, de Brionne, de Lillebonne, d'Harcourt, de Marsan, de Pons , et les princes de Lambesc.

Ainsi , d'un seul tronc sortait une féconde végétation d'habiles et de vaillants hommes qui, remplissant la cour, l'armée et l'église , y devinrent dominants, et arrivèrent par des tentatives hardies à deux pas du trône. De plus, une fille de Claude, Marie, avait épousé Jacques Stuart , roi d'Écosse, et fut la mère de Marie Stuart. Ainsi la race des Guises s'alliait avec les familles royales avant de chercher à se ranger parmi elles.

François de Lorraine, deuxième duc de Guise, était né au château de Bar, le 17 février 1519. N'étant que duc d'Aumale , François s'était distingué par son courage et son habileté. Peudant l'invasion de Charles-Quint, il défendit Stenay, que les Impériaux ne purent prendre. Brave, généreux, nobk; et imposant de taille et de figure , il exerçait sur tous un ascendant irrésistible. Son ambition était aussi grande que ses talents; non content d'être I homme supérieur du royaume , il voulut être le maître de l'État, et travailla pendant 13 ans à le devenir. Forts de

guise fra:

leur créditées Guises, en 1550, débutèrent par la disgrâce de Pierre Lizet, premier président du parlement de Paris , qui les avait offenses en leur refusant le titre de prince; car, disait-il, ils pouvaient être princes lorrains, mais le parlement ne reconnaissait que des princes français. Lizet fut donc renvoyé, une créature des Guises mise à sa place, et le parlement assoupli par ce changement. Tous les anciens ministres de François 1er avaient été écartés du pouvoir; il ne restait que le chancelier Olivier, dont l'influence était diminuée de jour en jour , en sorte que les Guises avaient le champ libre. Les services signalés rendus à la France par le duc de Guise, dans la nouvelle lutte qu'elle eut à soutenir contre Charles-Quint, Grent sa renommée aussi grande que son ambition. Henri H s'était emparé de Metz , et avait contribué au succès de Maurice de Saxe et de la ligue protestante d'Allemagne, qui avait enfin abaissé Charles-Quint et obtenu la liberté religieuse. Mais par une lâche perfidie, leschers protestants abandonnèrent Henri II à la vengeance du vieil empereur, qui vint encore une fois tenter la fortune, et menacer la France d'une dernière invasion. Henri II , pénétrant les projets de son adversaire, confia la défense, de Metz , sa nouvelle conquête , à la bravoure et aux talents de François de Lorraine, qui vint s'enfermer dans cette ville le 17 août, suivi d'une nombreuse noblesse, jalouse de se signaler sous les yeux d'un favori qui était en même temps un habile général. Le duc de Guise commença par compléter les fortifications de la ville , et il en éleva de nouvelles. Pierre Strozzi et Camille Morini dirigeaient les travaux. Guise donnait l'exemple de l'activité ; souvent il portait lui-même la hotte , et le marquis d'Elbeuf , Biron , la Rochefoucauld, Randan, Nemours, Gonnor, Martigues et le vidame de Chartres suivaient son exemple. Il fit démolir tout ce qui pouvait nuire à la défense, et tout était prêt lorsque Charles-Qumt mit son armée en mouvement. Le 19 octobre, le duc d'Albe vint investir la place, tandis que l'Empereur était forcé, à cause de sa mauvaise santé, de s'arrêter à Thionville, d'où,

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