CE. GUISE
sans écouter les représentations de ses généraux sur les dangers d'un siège si tardif, il pressait l'attaque de Metz. Le duc d'Albe en dirigea les opérations avec ardeur (*). Sa nombreuse artillerie ouvrit de larges brèches dans les murailles; mais derrière elles, de nouveaux remparts avaient été élevés d'avance sous les ordres du duc de Guise. Quelquefois les assauts étaient repoussés avec perte, et le découragement des Impériaux devint tel, qu'on ne pouvait plus les décider à attaquer. Le 20 novembre, l'Empereur se fit porter dans son camp, pour exciter ses troupes par sa présence; mais Enghien, Condé, les deux fils de Montmorency, et d'autres encore parmi les seigneurs de la cour, étaient venus joindre les assiégés, et dirigeaient les sorties. La défense prévalut enfin sur l'attaque , et après avoir tiré onze mille coups de canon, Charles, désespérant de vaincre , voyant ses soldats enfoncés dans la fange glacée , et moissonnés par les maladies qui, s'il faut en croire les historiens contemporains, lui avaient enlevé trente mille hommes, se résolut, le 1er janvier 1553 , à lever le siège. Guise ajouta à l'éclat de sa victoire par son humanité. Les malades abandonnés par le duc d'Albe , dans la précipitation d'une retraite désastreuse , furent charitablement recueillis et soignés par le duc et par toute la noblesse, à son exemple. « M. le duc, dit Vincent Carloix, secrétaire de Vieille\ ille, en fit porter plus de soixante à l'hôpital, pour les faire traiter et guérir ; et à son exemple, les princes et seigneurs firent de semblables actions, si bien qu'il en fut tiré plus de trois cents de cette horrible misère'; mais à la plupart il falloit couper les jambes , car elles étoient mortes et gelées. » Le duc de Guise se distingua encore dans cette guerre ; au combat de Renti , il répara , a la tête de la cavalerie , un échec que les Français venaient d'éprouver, et rétablit la bataille par une charge impétueuse où il écrasa les reitres et les lansquenets impériaux.
Après ces exploits, le duc de Guise se crut assez grand pour aspirer à une
(*) Voyex la relation du stége de Mcti, par Bertrand de Salignac de la Motte Féiielon.
CITISE
L'UNIVERS
GUISE
couronne. C'est le sort des cadets des maisons souveraines, quand ils ont du génie et de l'ambition, de se sentir humiliés de leur condition inférieure, et de chercher à réparer l'injustice de la naissance par la gloire et les entreprises aventureuses. Les Guises songèrent à représenter la seconde maison d'Anjou, dont ils descendaient par les femmes; ils élevaient des prétentions tant sur la Provence que le royaume de Naples , et ils s'étaient alliés au duc de Ferrare, dans l'espoir de faire valoir leurs droits sur le royaume des Deux-Siciles. Ils avaient ensuite contracté une étroite union avec les Caraffa, neveux du pape Paul IV, dans l'espoir que l'un d'eux, le cardinal de Lorraine, succéderait à ce vieux pontife, et que l'autre, avec l'appui du saint-siége , monterait sur le trône de Naples. En même temps , ils affectaient un zèle outré contre l'hérésie, et n'entretenaient tour à tour Paul IV et Henri II que des moyens d'introduire l'inquisition en France. Le vieux connétable de Montmorency, jaloux de la grandeur naissante de François de Guise, ne s'opposa pas à ses desseins en Italie, dont il croyait qu'il ne se tirerait pas avec honneur. La trêve de Vaucelles n'interrompit la guerre que pour en préparer une nouvelle. Diane de Poitiers seconda les projets des Guises, et la guerre fut résolue de nouveau dans le conseil du roi, le 31 juillet 1556.
Le duc de Guise prit congé du roi à Saint-Germain, le 17 novembre 1556, et au commencement de janvier 1557 seulement , il était entré en Piémont.
Son armée ne s'élevait pas en tout à quinze mille hommes, dont plus de la moitié étaient des Suisses. Quoique cette armée parût bien faible pour aller conquérir un royaume à l'extrémité de l'Italie , l'épuisement était tel de part et d'autre, qu'elle inspira une grande terreur. Le cardinal de Trente , gouverneur de Milan, rendit aux Milanais des armes que la jalousie soupçonneuse des Espagnols leur avait enlevées, espérant les intéresser à la défense. Guise s'annonçait comme le libérateur de l'Italie ; mais au lieu de chasser de la Lombardie les Allemands et les Espagnols , plus pressé d'atteindre le but de son
ambition que de réaliser ses promesses, il marcha rapidement vers les États de l'Église, tandis que le pape, encouragé par son approche, déclarait la guerre à Philippe II, qui comptait sur le duc d'Albe pour défendre le royaume menacé. Mais le zèle de Paul IV était impuissant , et ses neveux les Caraffa ne pouvaient remplir envers le chef français les engagements qu'ils avaient contractés. Les vivres, les munitions qu'ils avaient promis n'arrivaient pas, les soldats pontificaux reçulaient, les Abruzzes restaient tranquilles. Guise cependant passa la frontière (15 avril 1557), et le 24, il vint assiéger Civitella. Pendant le siège, le duc d'Âlbe rassemblait son armée à Giulia-Nova, et venait inquiéter les soldats du duc de Guise. Chaque jour on annonçait une attaque, et la position des Français devenait de plus en plus difficile. Enfin le défenseur de Metz fut obligé de lever le siège de Civitella, et eut la honte d'échouer devant une bicoque. Dans son dépit, il s'en prit aux neveux du pape. Un jour qu'il était à table avec Antonio Caraffa, marquis de Montebello , la dispute s'échauffa tellement entre eux, que, selon les uns, il l'accusa d'avoir volé ses soldats , selon d'autres, il lui jeta son assiette à la tête. Mais cette querelle ne pouvait amener une rupture, car Paul IV avait besoin de François de Guise pour repousser le duc d'Albe , qui menaçait ses États. Pendant qu'il guerroyait contre le duc d'Albe, François de Guise reçut une lettre de Henri II, qui lui annonçait le désastre de Saint-Quentin, et qui le rappelait avec son armée pour venir sauver la France. « Partez donc, « lui dit le pape, après de vains efforts « pour le retenir, partez donc; aussi « bien avez-vous fait peu de chose pour « le service de votre roi , moins encore « pour l'Église , et rien du tout pour « votre honneur. »
L'impression que produisit cet échec éprouvé dans une expédition lointaine, fut bientôt effacée par l'éclat nouveau dont le duc de Guise se couvrit à son retour en France. Pour relever sa gloire et l'honneur du pays, il conçut une entreprise vraiment nationale, et l'exécuta avec un rare bonheur. Marie , reine d'Angleterre et épouse de
GUISE FKANCE. ' GUISE
Philippe II , avait contribué aux désastres de la France, Guise résolut de l'en punir en enlevant aux Anglais la ville de Calais, qu'ils possédaient depuis la bataille de Crécy. Le ltr janvier 1558, il se présenta inopinément devant le pont de àNieullay , à mille pas de Calais, et s'en empara d'emblée. Le 4 , une large brèche fut ouverte près de la porte de la rivière. Le 5 , la vieille citadelle fut emportée d'assaut, et le 8, la ville capitula, et fut livrée le lendemain. Lord Grey, qui commandait dans Guines, se rendit le 20 janvier , et la garnison de Ham s'enfuit précipitamment. Les Anglais ne possédaient plus un pouce de terrain dans le royaume. Après ces heureuses entreprises, qui achevaient de rendre le duc de Guise cher à la nation, ce prince consolida son crédit à la cour en faisant conclure le mariage de sa nièce , Marie d'Écosse , avec le dauphin François. Quelque temps après, le cardinal de Lorraine eut avec Granvelle une entrevue dans laquelle ils se lièrent d'une amitié intime, et jetèrent les fondements de cette alliance des Guises avec la maison d'Espagne qui dura pendant tout le cours des guerres civiles.
Les hostilités ayant recommencé, Guise s'empara de Thionville, et quand , grâce à ses exploits , la France eut été relevée de la honte de Saint-Quentin , il fut permis à Henri II de conclure la paix lionorable de Cateau-Cambrésis(1559).
A la mort de Henri II , la faiblesse de François II livra le gouvernement aux mains des Guises. Dès lors, renonçant à leurs proiets de grandeur au deïiors, ils s'attachèrent exclusivement, à s'affermir à l'intérieur, et à devenir les maîtres de la France. Le duc et le cardinal , les deux chefs de la maison de Guise, se voyaient tout-puissants et entourés de solides appuis. Leur nièce était reine de France ; leur sœur était reine régente d'Écosse ; leur neveu , beau-frère du roi , était duc de Lorraine ; deux des frères étaient cardinaux , un autre était grand prieur de Malte; une alliance intime avait été formée entre eux et le cabinet d'Espagne ; enfin ils s'annonçaient comme les chefs du catholicisme, se désignant par là comme les représentants d'un des deux partis dont la lutte allait déchirer
la France. Catherine de Médicis, qui voulait prendre part au pouvoir, s'attacha au parti des Guises, qui disposèrent des hautes fonctions de l'État. Le cardinal prit l'administration des finances, le duc de Guise se chargea du département de la guerre ; le reste fut donné à leurs partisans, à l'exclusion des Bourbons , des Chàti lions , des Montmorencys. Raconter complètement l'histoire des Guises à cette 'époque , ce serait faire l'histoire générale de la France pendant les troubles civils et religieux qui éclatèrent après la mort de Henri II. Il faut donc seulement indiquer la suite des événements, sans entrer dans les détails , afin de faire comprendre l'influence des Guises sur les destinées du royaume, et nour montrer la part qui leur revient au bien ou du mal de cette triste époque.
La réforme avait brisé l'unité religieuse du moyen âge. Presque tous les Etats européens, pénétrés par l'influence des idées nouvelles , se voyaient divisés en deux partis , dont l'un persécutait l'autre quand les forces étaient inégales , ou qui se préparaient à une lutte sanglante là où celui qui était attaqué pouvait se défendre. En France, les deux partis étaient en présence. Les protestants formaient la minorité ; mais ils avaient pour eux l'avantage de la richesse, l'appui politique des grandes familles rivales des Guises, l'ardeur d'une conviction nouvelle , et la nécessité de vaincre pour conquérir le droit de croire comme ils l'entendaient. Ce parti était formé surtout de la petite noblesse et de quelques villes du Midi et de l'Ouest. Les villes populeuses du royaume étaient restées catholiques , et Paris , la plus grande de toutes, était le centre que les Guises avaient choisi pour leurs opérations. Quand on les vit à la tête des affaires, tous ceux qu'ils en avaient exclus se réunirent, et avant d'en appeler à la guerre civile , ils eurent recours aux complots pour les renverser. Les ambitieux de cour et les huguenots , qu'avait irrités le supplice d'Anne Dubourg , résolurent de s'emparer de la personne du roi , d'usurper à main armée l'autorité royale, et d'obtenir, selon les dessins de chacun, le gouvernement de l'État , les dignités et les pen-