‹ FranceChapitre 129 sur 378 · GUISE L'UNIVERS. GUISE · texte numérisé non relu

GUISE L'UNIVERS. GUISE

sions , ou la liberté de conscience. La conspiration d'Amboise fut organisée.

Les chefs, Coligny et Condé, se dissimulèrent derrière un agent actif, instrument utile et dévoue de leur ambition, qui parut Pâme de toute l'entreprise. Le complot échoua devant Amboise(mars 1560). Les Guises exterminèrent ceux qui tombèrent entre leurs mains, immolèrent une foule d'obscures victimes, n'osant pas encore s'en prendre aux véritables chefs , et ajournant avec prudence l'abaissement définitif des maisons de Bourbon et de Châtillon.

Cette tentative ayant échoué, ne servit qu'à rendre le duc de Guise plus puissant que jamais. Le malheur du temps était que la royauté s'effaçait de plus en plus, et que les partis prenaient sa place. Sous un roi majeur, le duc de Guise se fit déclarer lieutenant général du royaume, et se fit déférer la puissance des anciens maires du palais. Il proposa ensuite à son frère d'établir l'inquisition, non telle que Henri II l'avait introduite , avec des restrictions capables de paralyser son action , mais avec l'extension " terrible qu'elle avait reçue en Espagne. On résolut d'anéantir les réformés , en ne leur laissant d'autre alternative que l'abjuration ou la mort. L'Hôpital essaya en vain de combattre les mesures du parti lorrain; les factions furent plus fortes , et écartant tous les obstacles, se trouvèrent de nouveau en présence. Les Bourbons et Montmorency , avec l'assentiment de Catherine , négligée par les Guises , arrêtèrent d'enlever Poitiers et Tours, de soulever Paris, la Picardie, la Bretagne, la Provence, de tuer les Guises et de se saisir du gouvernement. Poussés par Condé, les huguenots se révoltèrent en diverses provinces, et firent une tentative sur Lyon. Les Guises, de leur côté, corrompirent les électeurs, et obtinrent aux états généraux d'Orléans , décrétés par l'assemblée de Fontainebleau , une majorité dévouée d'avance à leurs intérêts, et, au besoin, à leurs crimes. Les princes de la maison de Bourbon furent attirés à Orléans, sur la parole du roi qu'ils y seraient en sûreté. Ils y vinrent en lôéo, le 29 octobre. Après une réception plus que froide , le roi , poussé

par le duc et le cardinal de Guise , ordonna l'arrestation de Condé et du roi de Navarre. Apres un tel éclat, les Guises ne pouvaient s'arrêter. Ils nommèrentunecommission pour jugerle prince de Condé; et le duc de Guise, irrité des retards que le prince savait susciter, s'écria un jour : « Il ne faut pas souffrir u qu'un petit galant, pour prince qu'il « soit , fasse de telles bravades. » Le pouvoir des Guises était devenu si grand, que rien, même les crimes, ne pouvait plus leur coûter pour le conserver. Aussi , quand le jeune roi François II , qui n'avait fait que languir sur le trône , eut été atteint d'une maladie que l'on jugea mortelle, ils osèrent proposer à la reine Catherine de s'associer à eux pour consommer la perte du prince de Condé et du roi de Navarre; mais Catherine, prévoyant que les Guises resteraient ses maîtres, aima mieux suivre les conseils modérés de l'Hôpital , et signa même un traité secret avec les Bourbons. Enfin, le 5 décembre 1660, François II mourut.

Catherine devint régente au nom de Charles IX, et les Guises se trouvèrent confondus avec les autres partis de la cour, le roi de Navarre, Montmorency, Saint-André; ce qui était une défaite après tant de grandeur. Aussi le cardinal de Lorraine se retira-t-il à Reims.

Le duc de Guise resta à la cour pour lutter contre le roi de Navarre, qui avait définitivement pris le dessus; et, oubliant ses anciennes inimitiés , il forma avec le connétable et le maréchal de Saint-André la liaue appelée le triumvirat (1661), pour contre-halancer les Bourbons et arrêter les réformes de la nouvelle administration. En effet, les factions, qui vivaient des désordres de l'État, voyaient avec crainte les résultats des s.iges et patriotiques mesures de l'Hôpital , qui relevait le pouvoir royal , et préparait insensiblement le rapprochement des deux religions , en faisant triompher les principes de la tolérance. L'édit de janvier 1562 parut à tous ceux qui avaient intérêt à voir les deux religions aux prises , soit une funeste indulgence, soit une insuffisante concession. Condé, les armes à la main, se préparait à établir le culte protestant dans Paris même, et le triumvirat

guise FRANCE. euisE

alarmé , auquel le roi de Navarre avait fini par se joindre , rappela le duc de Guise, qui depuis quelques mois était en Lorraine ou en Alsace, agissant dans l'attente d'une guerre civile.

Son retour devait en donner le signal. Le dimanche, 1er mars, eut lieu le massacre de Vassy. (Voyez ce mot.) A la nouvelle de cet attentat^ tout fut en feu d'un bout à l'autre du royaume, et le signal de la guerre civile fut donné. Le pouvoir royal , sans argent , sans armée , ne put retenir les deux partis. Guise et Montmorency se mettent à la tête des catholiques. Les triumvirs, désormais les maîtres, se saisissent de la personne de Catherine de Médicis et de celle du roi , les forcent à quitter Fontainebleau et à venir à Paris appuyer leurs actes de la sanction royale. En vain Catherine tend les bras au prince de Condé, qui , se voyant appuyé par près de la moitié des villes du royaume, propose la paix à condition que le gouvernement passera entre ses mains. La cour, sous l'influence du duc de Guise, rejette ses propositions, et le déclare criminel de lèse-majesté. 11 tient bon , prétendant que le roi n'est pas libre.

Le duc de Guise se trouvait, par ses talents et son influence, le chef naturel du parti catholique. Sans avoir été nommé général , il dirigea l'armée royale contre Rouen, et en quatre jours il emporta la place ; mais il faillit y périr sous le poignard d'un protestant. C'est alors que le duc de Guise, faisant grâce à son meurtrier, lui adressa ces nobles paroles, en faveur desquelles bien des choses peuvent lui être pardonnées :

« Je veux vous monstrer combien la re- « ligion que je tiens est plus douce que « celle de quoi vous faites profession ; « la vostre vous a conseillé de me tuer « sans m'ouïr, n'ayant reçu de moi au- « cune offense, et la mienne commande <• que je vous pardonne, tout convaincu « que vous êtes de m'avoir voulu tuer « sans raison. » Bientôt les deux armées furent en présence dans la plaine de Dreux. Les réformés se crurent vainqueurs d'abord, le connétable étant prisonnier. Le maréchal de Saint-André venait de périr, quand le duc de Guise accourut avec quelques troupes

d'arrière-garde et rétablit le combat.

Un des chefs huguenots dit en le voyant paraître : « Voiià une queue que nous aurons de la peine à écorcher. » Après un choc sanglant, l'armée protestante fit retraite. Le duc de Guise avait déclaré d'abord qu'il ne combattrait que comme capitaine de ses gardes. La victoire de Dreux l'éleva plus haut que jamais ; Montmorency était entre les mains des protestants, Condé entre celles des catholiques; Guise était vainqueur du parti opposé, et grandissait par les pertes du sien. Il fut nommé pour la troisième fois lieutenant général du royaume, et il résolut d'abattre d'un coup la faction des huguenots, en assiégeant Orléans , le centre de leur puissance (février 1563). Malgré le courage de Dandelot qui la défendait, la place allait succomber , lorsqu'un nouveau fanatique , Jean Poltrot de Merly,

Gentilhomme de l'Angoumois , résolut e sauver son parti par un crime. Dans la journée du 18 février, il se prépara par la prière à l'assassinat. Le soir, ayant en main un cheval d'Espagne qu'il avait acheté avec l'argent de Coligny, il attendit Guise au coin d'un bois, près du château de Corney, où le duo était logé; il l'ajusta à six pas de distance, d'un coup de pistolet au défaut de la cuirasse, près de raisselle, et le blessa mortellement. François de Lorraine , duc de Guise, expira le 24 février 1563, emportant la réputation du plus grand homme de guerre de son temps. Sa mort fut un malheur pour la France, car il est probable que sa grande supériorité personnelle eût assuré promptement à son parti une victoire décisive. Guise, devenu le maître, aurait peutêtre renoncé à son zèle outré pour la foi catholique, et compris la nécessité de tolérer la réforme ; mais il n'en vint jamais là , et au lieu d'avoir été l'arbitre et le modérateur des partis, il fut le provocateur des guerres civiles.

François de Guise avait épousé, le 4 décembre 1549, Anne d'Esté, lille d'Hercule II d'Esté, duc de Ferrare, laquelle se remaria en 1566 à Jacques de S.tvoie, duc de Nemours, et mourut le 17 mai 1607. Cette princesse joua un grand rôle dans les affaires de ce temps , et conserva une haine furieuse contre Co.

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ligny, qui probablement n'avait point été étranger à l'assassinat du duc de Guise. De ce mariage, il naquit plusieurs enfants : Henri , qui fut duc de Guise après son père; Charles, qui fonda la branche de Mayenne; Louis, qui succéda à son oncle le cardinal de Lorraine dans l'archevêché de Reims , en 1574, et fut créé cardinal sous le nom de Guise, par Grégoire XIII, le 21 février 1578 : il périt avec le duc son frère aux états généraux de 1588; Catherine, mariée à Louis de Bourbon , duc de Montpensier, et qui se signala par ses fureurs dans le temps de la ligue.

En 1552, Henri II avait érigé, en faveur de François de Guise, la baronnie de Joinville en principauté.

Henri /er, troisième duc de Guise , n'avait que treize ans quand son père fut assassiné. La duchesse sa mère présenta au roi une requête pour demander que Coligny fût mis en jugement. De son côté, l'amiral arriva avec une forte escorte ; mais on imposa silence aux deux partis. D'ailleurs les Guises ne pouvaient pas grand' chose : le cardinal étant au concile de Trente , la famille n'avait pas son plus ferme appui. Quand Charles IX eut été déclaré majeur, les requêtes recommencèrent. Antoinette de Bourbon, mère des Guises, et Anne d'Esté, veuve de François, se présentèrent au roi en longs 'habits de deuil. Elles étaient suivies par les enfants du duc , par des femmes voilées qui faisaient retentir l'air de leurs cris et de leurs gémissements , et enfin par tous les parents et amis de la famille, également en deuil. Les deux duchesses se jetèrent à genoux aux pieds du roi , en criant Justice! Le roi déclara se réserver la connaissance de cette grande cause, et ordonna en même temps que la décision en serait suspendue pour le terme de trois ans. Mais cette justice si différée ne fut jamais rendue , et les Guises , dans leur implacable désir de vengeance , répondirent à l'assassinat par l'assassinat. Trois ans après, l'assemblée des notables de Moulins travailla à rapprocher les deux maisons.

Ses efforts amenèrent une réconciliation mensongère , dans laquelle Anne et le cardinal embrassèrent l'amiral , Rengageant à oublier tout ressentiment

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