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VERS. GUISE

contre lui. Mais le jeune Henri , qui n'avait pas encore seize ans accomplis, quoiqu'il eût déjà fait une campagne contre les Turcs, trouva moyen de se dispenser de prendre part à cette réconciliation , et le duc d'Aumale en avait fait autant. Ainsi la rivalité des Guises et des Châtillons n'était que suspendue.

Pour qu'elle recommençât avec vivacité, il fallait laisser au jeune duc de Guise le temps de grandir et de s'illustrer. La valeur guerrière dont ce prince fit preuve en Hongrie, contre les Turcs; à Jarnac, à Moncontour, contre les huguenots, promettait qu'il serait le digne héritier de son père. En 15G9 , lorsqu'on eut appris que Coligny allait assiéger Poitiers, le duc de Guise et le duc de Mayenne son frère se jetèrent dans cette place avec un grand nombre de gentilshommes. « Ces grandes cites , (lisait l'amiral , sont les sépultures des armées. » Il avait raison : son armée fut obligée de quitter le siège après des pertes considérables. S'étant ainsi fait connaître, Henri annonça le projet de prendre la direction du pnrti catholique, et de rendre à sa maison l'inlluence qu'elle semblait avoir perdue. Quoique inférieur à son père pour la grandeur de l'ambition et pour la fermeté dans les vues, il possédait beaucoup de ses brillantes qualités. « Les avantages qui, même séparés, faisaient aimer chacun des princes lorrains, le duc de Guise les réunissait tous en lui seul : air de dignité, belle taille, traits réguliers, port majestueux, regard doux quoique perçant, manières polies et insinuantes, enïin ce qui rendrait un grand l'idole de la nation , n'eût-il que ces qualités extérieures; mais Guise y joignait une bravoure à toute épreuve , et le talent rare de faire valoir ses exploits sans forfanterie ; l'esprit du commandement ; la discrétion sous l'air de franchise; l'art de se faire croire trop retenu , lors même qu'il agissait sans ménagement , et de taire penser qu'il n'était poussé que par le zèle de la religion, quand il n'allait qu'à ses intérêts ; aussi , pour me servir des termes d'un écrivain estimé, la France était folle de cet homme-là, car c'est trop peu dire amoureuse. Guise avait

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de plus , en vraies vertus , de la grandeur d'âme, beaucoup de patience, une Drudence jamais déconcertée par les événements, le coup d'œil de maître dans les affaires , et la facilité de se déterminer , quoique l'étendue de son génie lui montrât toutes les difficultés.

Point de lenteur , l'action allait chez lui comme la pensée. Le duc de Mayenne son frère l'exhortant un jour à peser quelques inconvénients avant que de prendre un parti : « Ce que je n'aurai , « pu résoudre en un quart d'heure, ré- « pondit-il, je ne le résoudrai pas en « toute ma vie (*).»

Tel fut l'homme que le catholicisme eut pour représentant dans les nouvelles guerres religieuses , et qui fut pour les Valois un sujet redoutable , un rival menaçant. Cependant , avant la Saint- Barthelemy, Charles IX n'était point encore dominé par les Guises. Ceux-ci même murmuraient de voir passer au prince de Béarn Marguerite , sœur du roi , à la main de laquelle Henri de Guise avait eu des prétentions. Le cardinal de Lorraine s'en était expliqué hautement à l'ambassadeur de Portugal qui la demandait pour son maître.

« Vaiiiê de ma maison , dit-il en par- « lant du duc de Lorraine, a eu l'aînée, « le cadet aura la cadette. » Cette arrogante prédiction ne se vériûa pas. Le roi , qui en fut averti , entra dans une grande colère , et le duc de Guise , qui craignait les éclats des terribles emportements de Charles IX , épousa précipitamment Catherine de Cleves. Ensuite se prépara le sombre drame de la Saint- Barthélemy. (Voyez ce mot.) Le mécontentement des Guises était au comble de voir les Bourbons et Coligny reçus à la cour et conquérir la faveur royale.

Ils se retirèrent brusquement. « C'é- « toit , disaient-ils , une chose odieuse « qu'une famille qui avoit rendu de si « grands services lût si peu considérée, « et que , loin de venger la mort d'un « homme qui s'étoit sacrifié pour la re- « ligion et pour l'État , on affectât d'ac- « câbler de bienfaits ses ennemis et ses « assassins (1571). » Le duc de Guise alla dans ses domaines , le cardinal de

(*) Anquetil, Es'prit de la ligue liv. v, t. II, p. 3i5.

Lorraine à Rome, et le duc de Mayenne à Venise. Mais Charles IX, qui ne voulait pas se livrer entièrement à Coligny et à son parti, rappela le duc de Guise à la cour (1572), engageant les deux factions à ne pas se livrer à leurs projets de vengeance. Mais les sombres intrigues de cette cour sanglante se dénouèrent enfin par un horrible massacre. On y préluda par des attentats particuliers. Le meurtre était un des moyens politiques de ces tristes temps.

Il paraît que Catherine eut un moment l'idée de massacrer les chefs de tous les partis ; mais les Guises eurent l'art de tourner cette fureur contre ceux qu'ils détestaient. Un régiment des gardes étant entré dans Paris, « Charles IX, dit Davila, donna au duc de Guise commission d'exécuter ce qui avait été prémédité entre eux,» c'est-à-dire, qu'il l'autorisait à tuer Coligny, croyant seulement laisser un libre cours aux vengeances de famille, car Guise n'avait jamais déposé l'idée que c'était Coligny qui avait fait assassiner son père. Mais, dans l'intention des conspirateurs, le massacre de Coligny, avant tous les autres, était la conséquence d'une combinaison plus profonde. Ce coup devait être le signal du massacre de tous les

Rrotestants. On sait que Coligny fut •appé par Maurevel le 20 août 1572.

Il échappa , et les huguenots firent entendre des propos menaçants : Charles IX, irrité des insultes faites à son pouvoir, écouta sans répugnance les projets de ses conseillers. Dans le conciliabule de sang qui décida la Saint- Barthélémy, et où il y avait quatre Italiens , la reine mère , Nevers , Retz et Birago , le duc de Guise proposa de comprendre dans le massacre le roi de Navarre et le prince de Condé , son cousin ; mais on s'y opposa. Davila blâme cette indulgence comme ayant fait perdre tous les fruits d'une résolution qu'il regarde comme le chef-d'œuvre de l'habileté et de la hardiesse.

Le samedi soir , 23 août , Guise alla trouver Charron , président de la cour des aides , qui venait d'être nommé prévôt des marchands, et lui donna ordre, de la part du roi, de tenir prêts 2,000 bourgeois armés; les bourgeois, animés par le fanatisme et leur dé-

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vouement au duc de Guise, montrèrent la plus ferme résolution. Dès que le roi eut donné le signal , le matin du dimanche, 24 août, les ducs de Guise et d'Aumale, suivis d'environ 300 soldats, coururent à la maison de l'amiral. On sait la mort courageuse de Coligny, et la joie infernale du duc de Guise , qui , ayant assouvi sa haine, n'en continua pas moins à exciter ses soldats au meurtre des huguenots. Il alla même jusqu'à poursuivre ceux qui échappaient, et courut après eux jusqu'à Montfort-I'Amaury , d'où il revint chercher d'autres victimes. Un tel forfait, loin de nuire à ses auteurs, les éleva encore plus haut qu'ils n'étaient dans l'opinion des catholiques. Malgré tout ce que fit Charles IX, il ne put empêcher le duc de Guise d'en emporter toute la gloire, et d'être regardé des lors par les catholiques comme le sauveur, le vrai défenseur de la foi. ïl est vrai que la cour le repoussait comme trop dangereux, mais il n'en devenait que plus cher à la multitude. Dans la quatrième guerre civile qui éclata après la Saint - Barthélémy, Henri de Guise fut écarté du commandement, que l'on confia au duc d'Anjou. La conspiration des politiques, qui compliqua encore les dissensions du royaume , eut lieu sans la participation du duc de Guise, qui détestait le maréchal de Montmorency , un des personnages du complot.

Après la mort de Charles IX (1574), Catherine de Médicis, redevenue puissante, songea à travailler à l'abaissement des Guises et à inspirer cette résolution à Henri III ; et quand ce prince fut revenu de Pologne et qu'il eut concerté avec sa mère la conduite qu'ils devaient tenir à l'intérieur, le cardinal et le duc de Guise, admis au conseil pour la forme, s'aperçurent bien qu'ils n'étaient pas dans lè secret de la politique nouvelle. La mort du cardinal de Lorraine, qui eut lieu quelque temps après (29 décembre 1574), fut considérée d'abord comme ôtant à la faction des Guises l'ascendant qu'elle avait eu jusquelà. Mais le roi était tombé dans un souverain mépris a cause de l'infamie de sa conduite, et l'autorité royale ne se releva pas. Le duc d'Alençon , frère du roi , et tout l'ancien parti des politi-

ques, reprennent les armes. Une armée de rebelles marche sur la Champagne , dont le duc de Guise était gouverneur.

Thoré , qui la commande , se trouve bientôt enveloppé près de Château- Thierry par le duc de Guise , à la tête de forces supérieures. Jugeant toute retraite impossible, il attaque le premier, le 10 octobre 1575 , ceux qui lui fermaient le passage entre Damery et Dormans. Sa troupe est mise en déroute. ( Voyez Dobmans [combat de).] Ce fut là qu'un soldat huguenot lui ajusta dans le visage un coup d'arquebuse qui lui fracassa la mâchoire. Dès lors Henri, duc de Guise, porta, comme son père, le surnom de Balafré.

Cependant les efforts des catholiques restaient toujours inutiles : chaque défaite des huguenots était suivie d'une paix avantageuse. Le duc d^ Guise, reconnaissant dans ces résultats la politique de Catherine et de Henri III, résolut de les mettre hors d'état d'agir , en se plaçant à la tête d'un parti qui lui serait plus dévoué qu'au roi de France, et par lequel il serait roi lui-même. Dès lors (1576) commence l'organisation de la ligue. On prétend que le cardinal de Lorraine concerta la ligue après la bataille de Dreux dans le concile de Trente; mais s'il imagina quelque chose, l'exécution ne réussit pas alors , et s'il se forma de petites ligues particulières vers 1563 , le gouvernement put les réprimer. La vraie ligue date donc de 1576, et commence en Picardie. Le maréchal Il lumières, à l'instigation du duc de Guise , proposa une association aux catholiques de son gouvernement. Les jésuites en dressèrent le manifeste , et un jeune gentilhomme de la province, nommé Haplincourt, se chargea de la faire signer ; et au bout de quelques mois, cette association puissante put équiper 26,000 soldats et 5,000 cavaliers, tout prêts à répondre à l'appel du duc de Guise, le chef, l'âme de l'union.

Tandis que le dernier des Valois , plongé dans le mépris , et réduit à l'impuissance, laissait le pouvoir s'échapper de ses faibles mains, le duc de Guise ne se donnait plus la peine de dissimuler ses prétentions , et' s'apprêtait à réclamer pour lui l'héritage de Charlema-

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fie, dont il se prétendait le descendant, n mémoire adressé au pape Grégoire III, composé par un avocat du parlement de Paris nommé David , étant tombé entre les mains des protestants, fut publié par eux , et dévoila tous les projets des Guises, gue l'organisation de la ligue ne pouvait que faire soupçonner. Ce mémoire attribuait tous les malheurs de l'Église en France à Hugues Capet , sur lequel ne s'était point étendue la bénédiction accordée par le siège apostolique à Charlemagne et à ses descendants. « Les Capétiens , di- « sait-il, en cherchant à se rendre in- « dépendants des papes, avaient soutenu « cette erreur abominable qu'on nomme « en France les libertés de l'Église galli- « cane; ils avaient protégé tous les hé- « rétiques contre le glaive de l'Église; « ils avaient, par de lâches traités de « paix, rendu inutiles toutes lesvictoi- « res remportées sur la réforme. Aussi « la justice de Dieu avait frappé les des- « cendants de Hugues Cnpet; la bran- « che aînée , sans vertu , sans honneur, « sans talent, n'avait plus même assez « de vigueur pour vivre et se propager; « on voyait mourir les uns après les au- « très les fils de Henri II sans enfants; « la branche cadette s'était abandonnée « à l'hérésie ; e\\ey persistait avec obsti- « nation , et méritait ainsi l'exécration « des fidèles. Mais pendant ce temps , « la race de Charlemagne avait grandi ; « les ducs de Lorraine , descendants « de Charles, le dernier des Carlovin- « giens, étaient les vrais représentants « de ce grand monarque ; ils étaient « toujours couverts de la bénédiction « apostolique : ils avaient persisté dans « la foi et l'obéissance du saint-siége, < en même temps qu'ils brillaient de « toutes les vertus des chevafiers , et « la France ne serait heureuse que « quand ils remonteraient sur le trône, « auquel ils assureraient de nouveau la • bénédiction de l'Église (*). »

On suppliait donc le pape d'accorder son appui au duc de Guise pour interrompre la succession des Capétiens. Le duc, chef de la ligue, devait diriger la convocation et les délibérations des états généraux, y poursuivre la con- (*) Sistnondi , Histoire des Franç. , t. XIX, p. 38g.

damnation du frère du roi, uni anx hérétiques , « et l'exemple très-saint et

* pientissime du roi catholique , en

• l'endroit de son propre (ils unique , « seroit suivi. Au même jour paraîtront « les forces de la ligue pour se saisir , « tant du frère du roi que de tous ceux « qui l'auront accompagné dans sa mal- « heureuse entreprise... Chacun en son « ressort courra sus aux hérétiques , « lesquels ils passeront au fil de l'épée, « et s'empareront de leurs biens pour « être employés aux frais de la guerre... « Et finalement, par l'avis et permission « de Sa Sainteté . le duc de Guise fera « enfermer le roi et la reine dans un « monastère , comme Pépin son ancêtre « fit à Childéric. »

Henri III ne douta plus du danger qui menaçait son trône ; il se réveilla un instant, et montra quelques talents dans la lutte difficile qu'il soutint à Blois contre des états généraux composés de ligueurs ou de catholiques dévoués aux Guises. Il jura et signa la sainte ligue , espérant y balancer l'influence du duc de Guise, et rallier le parti autour du trône, puis il la proscrivit dans l'édit de Bergerac ou de Poitiers , qui terminait la sixième guerre civile , après avoir reconnu qu'il ne trouvait dans les ligueurs que des ennemis. Les partisans du duc de Guise cherchèrent à maintenir la ligue proscrite par l'édit de Poitiers, tandis que Henri III retenait autour de lui une partie des seigneurs en les faisant entrer dans l'association royale de l'ordre du Saint-Esprit, qu'il créa le 31 décembre 1578. Mais la faiblesse de son gouvernement, la honte de sa vie privée , l'absence de toute vigueur , de toute prudence , de toute nonne foi, assuraient lesuccèsde la ligue, qui se répandit dans toutes les classes de la société , même là où elle avait été rejetée d'abord. En 1581 , la ligue fit les plus grands progrès : « Beaucoup de sujets du roi , dit un contemporain , étoient agités par le vent de la ligue , qui, secrètement et par sous main , ouraissoit toujours son fuseau; ils tendoient comme à la rébellion, s'y laissant transporter par ies charges qu'on leur mettoit sus (*). » La mort du duc d'Anjou,

(*) Lestoile, p. ni , édit. Michaud.

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dernier fils de Catherine de Médicis, vint encore améliorer la position du duc de Guise, en le débarrassant d'un prince catholique , héritier légitime du trône, et en donnant pour successeur à Henri III un hérétique, le roi de Navarre. Il devenait plus facile à Guise de dégrader Henri III comme favorable aux hérétiques, et d'écarter un héritier huguenot.

Ensuite le chemin du trône lui était ouvert.

Guise travaille désormais sans hésitation, sans incertitude, à atteindre ce but : il traite avec Philippe II par l'entremise de Taxis, et en obtient de l'argent (1585). Aux consultations qu'il adresse au pape Grégoire XIII , il obtient pour réponse qu'il est permis de faire la guerre, même au roi, pour maintenir la religion catholique. Les prédicateurs en chaire (*) , les prêtres dans le tribunal de la pénitence , travaillent pour lui et excitent le peuple contre le roi de Navarre. Pour couvrir ses projets et ne point effaroucher les esprits qu'une usurpation révolterait, il oppose d'abord aux droits de Henri de Béarn, les prétentions de son oncle, le vieux cardinal de Bourbon. Le cardinal date de Péronne un manifeste où il revendique le trône pour lui , se déclare chef de la ligue, s'appuie sur l'alliance de; l'Espagne et de plusieurs autres puissances étrangères , et déclame contre les abus du règne de Henri III. A couvert derrière le nom du vieux cardinal , le duc de Guise marche à son but. Retiré en Lorraine, il lève 12,000 hommes, s'empare de Toul, Verdun, Châlons, soulève la Champagne par lui-même , la Picardie par son frère , et fait déclarer en sa faveur, Lyon , Bourges , Orléans , Angers. A Paris , il affermit la ligue, et habitue les citoyens à prendre les armes contre leur souverain. Henri de Béarn s'apprête à se défendre et organise les huguenots; deux ligues se partagent le royaume; la royauté ne dirige ni l'une ni l'autre , et celle pour laquelle Henri III doit se déclarer le dominera. En effet , Henri s'unit à la li^ue par le traité de Nemours, qui semble un acte souverain imposé

(*) Voir le Mémoire de M. Labitlc sur les prédicateurs de la ligue.

par la ligue et le duc de Guise au roi et a la France. Le duc de Guise obtenait pour places de sûreté , Verdun , Toul et Saint-Dizier; Soissons était donné au cardinal de Bourbon ; des grades , de l'argent, tout était accordé aux ligueurs par ce déplorable traité. Après avoir enlevé au roi une partie de son autorité, le duc de Guise l'arme contre son héritier : la guerre se prépare contre Henri de Navarre; Rome l'excommunie; Marguerite, sa femme, l'abandonne; les Seize s'organisent à Paris ; tout conspire au succès des vues du duc de Guise. La guerre, conséquence inévitable du traité de Nemours , commença enfin (1585). C'est la guerre des trois' Henris. Henri de Valois épuisait ses ressources à lever des armées qu'il savait devoir combattre pour les Guises plutôt que pour lui. Il ne pouvait se dispenser de leur en donner le commandement; aussi, malgré ses répugnances, il envoya Lansac auprès du duc de Guise pour lui demander quelle était l'armée dont il voulait le commandement. Guise répondit qu'il désirait être opposé aux luthériens d'Allemagne , pour défendre la Champagne et la Lorraine, et il exi-

f;ea pour son frère le commandement de 'armée qui devait combattre Henri de Navarre. Le roi voulut en vain entraver leur autorité et les entourer d'obstacles, le duc de Guise se couvrit de gloire et n'en fut que plus redoutable.

Le 22 août 1587, le baron de Dohna entra, à la tête de l'armée allemande, en Lorraine, et en Champagne, le 18 septembre. Ils étaient plus de 40,000 hommes; la faible troupe du duc de Guise leur tint tête cependant. Henri de Guise opposa l'excès de l'audace à la grandeur du péril. Il surprit les Allemands à Vimaury, au moment où ils étaient accablés par le vin et par le sommeil, leur fit éprouver une grande perte et les rejeta vers la Loire. Quelque temps après , il surprit encore l'ennemi au bourg de d'Auneau, près de Chartres, et en fit un horrible massacre. Comme à Vimaury, de Dohna s'ouvrit un passage au travers des ennemis. Il traversa un étang à la nage, et, parvenu au milieu de ses Suisses, il les supplia vainement d'attaquer le duc de Guise. Après ces deux victoires , la puissante armée

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luthérienne se dissipa ; Paris était dans dats des fenêtres de leurs maisons , en l'allégresse. « Les prédicateurs crioient tuent une partie, désarment les autres, que sans la prouesse et constance du et tiennent le roi prisonnier dans le

duc de Guise, l'arche seroit tombée Louvre (12 mai 1588).

Saûl en avoit tué 1,000 et David « homme ; car il faut estre César ou rien

10,000, dont le roi fut fort mal con- <■ du tout. » Guise ne fit pas usage de

tent(*). » cette énergique et profonde maxime

Philippe II voyait avec une vive d'un de ses contemporains. Le roi lui

satisfaction l'agitation intérieure du échappa , lui abandonnant sa capitale,

royaume. Par ses relations avec la ligue mais restant encore roi. La rusée Ca-

et les Guises, il exerçait une fatale in- therine vint trouver le duc dans l'ivresse

fluence sur les affaires de France, cher- du triomphe, et, tandis qu'elle l'amuse

chant à amener la dissolution de la deux heures par de captieuses paroles,

monarchie par la liçue, et à se faire re- le roi quittait le Louvre, laissant le duc

connaître comme chef de la confédéra- de Guise régner à Paris. Le duc s'y con-

tion aristocratique qui devait se parta- duisit en souverain, changea les magis-

ger la France. Ses relations avec le duc trats municipaux , nomma pour prévôt

de Guise étaient très-fréquentes et très- des marchands l'un des Seize. Ensuite

actives. M. Capefigue a donné plusieurs il essaya , mais en vain, d'entraîner le

extraits de sa correspondance avec don parlement dans ses intérêts : il échoua

Bernardin de Mendoza , son ambassa- devant l'inflexible loyauté du président

deur à Paris , et avec Guise , qui se ca- de Harlay. Le malheureux Henri III ,

chait sous le nom de Mucius(**). On y fugitif dans son royaume , et poursuivi

voit que Philippe insistait pour que par la toute-puissauce du duc de Guise,

Guise conservât sous ses ordres et à sa fut forcé de mettre le comble à sa honte

paye les troupes de la ligue, au lieu de en signant l'édit d'Union (juillet 1588),

les remettre au roi ; il le félicitait de ses qui accordait l'amnistie de ce qui s'était

victoires, etc. passé aux barricades; promettait l'ex-

A près sa double victoire , le duc de tirpation de l'hérésie, et excluait le roi

Guise, de concert avec les ligueurs, de Navarre de la succession au trône;

veut imposer à Henri III de nouvelles enfin, il nomma Henri de Guise lieute-

mesures contre les huguenots. Henri III nant général du royaume et partagea

s'y refuse ; on organise la révolte. Le son autorité avec lui.

roi, pour contenir la ville de Paris, or- Arrivé si haut , le duc de Guise ne

donne à un corps de 6,000 soldats, com- pouvait plus monter sans renverser

posé en grande partie de Suisses, d'en- jlenri III : il résolut de consommer la

trer dans la capitale, et ordonne en perte du dernier Valois aux états géné-

méme temps au duc de Guise de s'en raux rassemblés à Blois , en septembre

tenir éloigné. Mais tel est le désordre 1588. Mais, cette fois , le roi , poussé à

de ses finances , que , n'ayant pas de bout, ne put se contenir; il eut recours

quoi payer la dépêche , il la met à la à un coup d'Ktat de politique italienne,

poste. Guise feint de ne pas avoir reçu et le duc de Guise fut assassiné, le 23

la lettre, et se rend à Paris, où les ha- décembre 1588. Le roi avait concerté

bitants le reçoivent avec les démonstra- ce meurtre avec les quarante-cinq gen-

tions de l'enthousiasme le plus exalté, tilshommes de sa garde ordinaire. Le

Henri fait alors entrer ses 6,000 soldats matin, le conseil s'assembla avant le

pour se défendre contre l'effervescence jour, mais le duc de Guise n'y arriva

populaire. Excités par Crucé , l'un des qu'à huit heures. Il paraissait pâle et

Seize, les bourgeois élèvent des barri- défait , il se plaignit d'un frisson. Ce-

cades dans les rues, assaillent les sol- pondant, il entre chez le roi. « Mais,

(*) Journal de l'Estoile. ainsi qu'il est à deux pas de la porte du

(**) D'après les Archives de Simancas, Ca- cabinet, prend sa barbe avec sa main

pefigue, t. IV, p. 34a. droite, et tourne le corps et la face à

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