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demi pour regarder ceux qui le suivoient, fut tout soudain saisi au brns par le sieur de Montsery, l'aîné , qui étoitprès de la cheminée, sur l'opinion qu'il eut que le duc vouloit se reculer pour se mettre en défense ; et tout d'un temps est par lui-même frappé d'un coup de poignard dans le sein, disant : « An traître , tu en mourras ! » Et en même temps, le sieur des Effranats se jette à ses jambes, et le sieur de Saint- Malmes lui porte par le derrière un grand coup de poignard près de la gorge , dans la poitrine, et le sieur de Laignac un coup d'épée dans les reins. Et, bien qu'il edt son épée engagée de son manteau , et les jambes saisies, il ne laissa pas pourtant (tant il étoit puissant) de les entraîner d'un bout de la chambre à l'autre , jusqu'au pied du lit du roy où il tomba , lequel étant dans son cabinet, leur ayant demandé s'ils avoient fait , en sortit , et donna un coup de pied par le visage à ce pauvre mort, tout ainsi que ledit duc de Guise en avoit donné au feu amiral : chose remarquable, avec une, que le roi l'ayant un peu contemplé, dit tout bas : « Mon « Dieu qu'il est grand ! il paroît encore « plus grand mort que vivant. »
« Le sieur de Beaulieu apercevant à ce corps quelque petit mouvement, il lui dit : « Monsieur , cependant qu'il « vous reste quelque peu de vie, de- « mandez pardon à Dieu et au roi. »
Alors , sans pouvoir parler, jetant un grand et profond soupir, comme d'une voix enrouée, il rendit l'âme, fut couvert d'un manteau gris , et au-dessus mis une croix de paille. Il demeura bien doux heures durant en cette façon, puis fut livré entre les mains du Heur de Richelieu, gr.md prévost de France, lequel, par le commandement du roy, fit briller le corps par son exécuteur en cette première salle, qui est en bas, à la main droite en entrant dans le château, et à la lin jeter les cendres à la rivière (*). » Le lendemain, le cardinal de Guise fut assassiné par des hallebardiers, les quarante-cinq n'avantpas osé frapper un prince de l'Église.
(*) Relation de la mort du duc et du cardinal de Guise, par le sieur Mil on , médecin du roi Henri III. XLV vol. de la Collection des mémoire*.
La maison de Guise ne fut pas anéantie par ce coup. Henri de Guise avait quatre fils, parmi lesquels nous nommerons Ch arlesy qui était l'aîné, et Claudey le quatrième, qui, en 1G12, fut créé pair de France et duc de Chevreuse. Mais le rôle politique de la maison de Guise est terminé. Elle rentre dès lors dans la foule des familles illustres qui entourent le trône , dont les chefs s'agitent dans mille petites intrigues de cour, sans étendre leur action au delà.
Pour les Guises, c'était étrangement déchoir, eux qui avaient été longtemps les chefs populaires d'une grande partie de la France, eux dont le nom avait agité profondément les esprits, soit par la haine, soit par l'enthousiasme qu'ils inspiraient ; eux qui avaient combattu, gouverné, versé tant de sang sur les champs de bataille, sur les échafauds, dans les rues; eux enfin qui avaient été plus que rois, et qui s'étaient vus au moment de conquérir ce titre. Ce n'est point là une destinée vulgaire, et l'histoire de la maison de Guise présente une grandeur imposante. Mais que faut-il penser de cette grandeur? Leur a-t-elle été donnée pour le mal ou pour le bien delà France?
Il faut le reconnaître, les services rendus par les Guises n'égalent pas les maux qu'ils ont faits. Illustres par de nobles combats pour l'indépendance nationale, dans la lutte contre la maison d'Autriche, ils étaient devenus les héros de la France. Mais dès que la paix laisse aux partis le loisir des guerres civiles, les Guises excitent, animent, provoquent, frappent, et accumulent les perfidieset les violences pour atteindre le but d'une coupable ambition. On leur a fait honneur d'avoir organisé la résistance catholique et arrête les progrès du calvinisme ; mais cette guerre religieuse aurait été inutile sans le zèle fanatique qu'ils déployèrent contre les huguenots , sans leurs projets d'inquisition , sans les rriesures qu'ils inspirèrent à Henri III, sans les flots de sang qu'ils versèrent, sans le massacre de Vassy, sans la Saint- Barthélemy. Les essais de tolérance tentés par l'Hôpital, pratiqués plus tard avec succès par Heuri IV, ils les ont renversés , détruits , ivres qu'ils étaient de politique italienne et espa-
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gnole; ils ont voulu la guerre pour s'élever par elle; il ne faut donc pas les louer d'avoir su la soutenir, mais les condamner pour l'avoir rendue nécessaire.
Répétons-le : la famille des Guises ne
Souvait plus que descendre. Les derniers ucs qui la représentent sont ou des princes obscurs ou des héros de théâtre. Charles /pr, fils aîné de Henri Ier et de Catherine de Clèvesj naquit le 20 août 1571. Il avait accompagne son père aux états de Blois en 1578. Aussitôt que Henri III eut fait assassiner Henri de Guise, il s'assura de la personnedu jeune Charles, et le lit enfermer au château de Tours. Pendant ce temps, l'oncle du captif, le duc de Mayenne, s'était mis à la tête du parti de la ligue, et paraissait sur le point de réalisera son protities projets de son frère. On sait la fureur des Parisiens à la mort du duc de Guise, le soulèvement de cette capitale, le siège de Paris par Henri III, réconcilié avec son héritier, le roi de Navarre, l'assassinat de Henri III par Jacques Clément.
Tous ces événements perpétuaient l'anarchie et favorisaient l'extension de la ligue. Mayenne , la duchesse de Montpensier, le duc d'Aumale, s'acharnèrent à la ruine du Béarnais, devenu roi depuis le crime de Jacques Clément.
L'incendie se propageait, loin de s'éteindre, et l'esprit des Guises semblait tout animer. Pendant le fort de cette dernière guerre , le jeune Charles de Guise s'enfuit en 1591 du château de Tours, où il était renfermé, et alla à Bourges. Henri IV parut peu inquiet de cette évasion. Il comprenait que la présence du jeune due dans le parti de la li-
fie n'apporterait pas de nouvelles forces ses ennemis et ne ferait que les diviser de plus en plus. Il avait raison. Charles de Guise n'était rien par lui-même, mais le souvenir de son pere le rendait cher aux ligueurs , et le duc de Mayenne en prit de l'ombrage. En effet, les ligueurs ayant voulu le faire élire roi de France dans les états de Paris , en lui donnant pour femme l'infante d'Espagne, ce projet échoua par les intrigues de Mayenne , qui songeait à se faire donner la couronne. Au reste , le jeune prince était dépourvu d'ambition, et il se conforma (Tassez bonne grâce aux
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vues de son oncle. Il ne semblait pas fait par la nature pour aspirer à un trône , et pour être comme son père l'idole de la multitude: les satires du temps le raillent sur sa mine chétive et ses dehors peu avantageux. Il combattit Henri IV dans les armées de la ligue et de l'Espagne, et ne fut pas toujours heureux. Ainsi, au siège de Houen, où Charles de Guise commandait l'avantgarde sous le duc de Parme , son quartier faillit être enlevé par Henri IV, qui lui tua 200 hommes et lui prit ses bagages.
Quand le parti de Henri IV eut acquis une supériorité décidée, le duc de Guise se détermina sans peine à se soumettre. Son lieutenant dans le gouvernement de Champagne , le maréchal de Saint- Pol, vieux et détermine ligueur, voyant son chef tergiverser, méditait de livrer la place de Reims aux Espagnols. Le duc de Guise fit au maréchal des représentations sur sa conduite. Saint-Pol brava le prince dans sa réponse, et alla jusqu'à lui dire qu'il démentait son père. A ces mots, le fils du Balafré tira son épée et l'enfonça dans la poitrine du vieux maréchal. Quelques jours après, il lit sa soumission à Henri IV, et lui livra Reims et les autres places en sou pouvoir. Il obtint le gouvernement de Provence au lieu de celui de Champagne ; et, aidé de Lesdiguières, que le roi lui avait donné pour lieutenant, il soumit plusieurs villes que le duc d'Épernon défendait au nom de la ligue. Il força, en 1596 , la ville de Marseille à rentrer sous l'autorité du roi. En prenant possession de cette place, il parcourut les rues en criant : « Bons Français, bons catholiques , criez Vive le «roi! C'est le duc de Guise qui vous « parle ; voyez par mon exemple si le « roi sait pardonner. » Dès lors , fidèle serviteur de la cause royale , il fut chargé, en 1617, du commandement de l'armée de Champagne contre les princes ligués , et il leur prit quelques places. Le 18 octobre 1622 , il battit les Roeliellois dans une rencontre navale.
L'attachement que le duc de Guise montra constamment pour la reine Marie de Médicis lui attira la haine du cardinal de Richelieu, qui le fit tomber dans la disgrâce du roi, et l'obligea à se retirer,