GUYARD L'UNIVERS. GUYON
exposé dans la grande galerie de Versailles. Le roi l'ayant aperçu, en fit l'éloge, et il fut question d'enlever l'exécution de la statue à Bouchardon, pour la donner à Guyard; mais il paya cher ce succès , que Bouchardon et M. de Marigny ne lui pardonnèrent pas.
Quand son temps fut terminé à Rome, il ne lui fut pas permis de revenir en France. Par suite de plusieurs infidélités, il sévit réduit au dénûment le plus complet, et il avait résolu de se laisser mourir de faim , quand une femme, qu'il aimait, vint lui prodiguer des consolations et des secours , a l'aide desquels il put revoir sa patrie. Il s'empressa d'exécuter, pour se faire recevoir de l'Académie, une figure représentant Mars en repos. Sa figure était bonne, mais l'influence de M. de Marigny la fît refuser. Guyard écrivit contre ses juges une diatribe qui lui ferma pour toujours les portes de l'Académie. A cette époque, Ferdinand, duc de Parme, l'appela dans ses États, le combla d'honneurs, et le chargea même de négociations importantes avec la cour de Rome.
Ce fut là le port où Guyard fut désormais à l'abri. Les académies de Bologne, de Padoue et de Parme le reçurent avec empressement. Après douze ans de séjour en Italie, il se rendit à Clairvaux^en 1782, et y passa une année entière à composer un modèle d'un monument que l'abbé voulait élèvera saint Bernard. De retour en Italie, il travailla avec ardeur pendant plusieurs années, et déjà quelques figures étaient terminées et envoyées à Clairvaux, lorsque la mort le surprit à Carrare, en 1788. On cite, parmi ses ouvrages, le mausolée de la princesse de Gotha, qu'il fit à Paris, avant son départ pour Parme. Le caractère de son talent est le sentiment et l'expression plutôt que la correction.
Guyon (Claude-Marie) , littérateur, historien , né à Lons-le-Saulnier en 1669, mort en 1771, fut l'un des collaborateurs de l'abbé Desfontaines (voyez ce nom). On a de lui : Continuation de ^histoire romaine (de Laurent Kchard) depuis Constantin jusqu'à la prise de Constantinople , Paris, 1736, 10 volumes in- 12 (on dit que Desfontaines avait revu les manuscrits) ; Histoire des em-
pires et des républiques depuis le déluge jusqu'à Jésus Christ, ibid., 1736, 12 vol. in-12; traduit en anglais, 1737; Histoire des Amazones anciennes et modernes, ibid., 1740, 2 vol. in-12; Bruxelles , 1741 , in-8° ; traduit en allemand par J. G. Krunitz, Berlin, 1763, in-8° ; Histoire des Indes, ibid. , 1744, 3 vol. in-12; traduit en allemand , Copenhague, 1749. On lui attribue Y Apologie des jésuites convaincus d'attentat contre les lois divines et humaines, 1763, 3 parties in 12 (voyez Dictionnaire des Anon., n° 1061). On connaît encore, de Guyon Y Oracle des nouveaux philosophes Berne, 1759-1760, 2 parties in-8° , fortement attaqué par Voltaire, etc.
Guyon (Jeanne Bouvier de la Motte, madame), à qui son mysticisme enthousiaste fit une grande célébrité au milieu des querelles religieuses qui s'élevèrent vers la fin du règne de Louis XIV, naquit à Montargisen 1648. Cette exaltation ascétique , source des malheurs de sa vie , s'était révélée en elle dès son enfance , et s'accrut avec les années.
Veuve à 28 ans , avec tous les dons de la nature et de la fortune, elle sacrifia son repos, ses biens, à ce qu'elle appelait sa mission. Après cinq années de courses et d'aventures en Dauphiné, en Piémont , etc , pendant lesquelles elle composa plusieurs écrits , tels que les Torrents et le Moyen court et facile pour l'oraison, elle revint à Paris en 1686. L'archevêque Harlay de Chanvalon ne l'y laissa point paisiblement prêcher sa doctrine , dont l'essence était la contemplation intérieure et l'amour pur et désintéressé de la Divinité, mais qui se fondait aussi sur les plus extravagantes interprétations de l'Écriture sainte. Il la fit enfermer dans un couvent, rigueur qui ne servit qu'à la rendre plus célèbre. Madame de Maintenon ayant demandé à la voir , elle sortit triomphante de l'entrevue, et obtint même de la fondatrice de Saint-Cyr l'entrée de cette maison. Soutenue par une aussi puissante protection, secondée par Fénelon , dont l'âme faite pour aimer s'était laissée entraîner au torrent du pur amour, elle se forma bientôt un petit troupeau d'adeptes. Mais les progrès de sa doctrine extraordi-
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naire inquiétèrent Godet - Desmarais , évéque de Chartres, diocésain de Saint- Cyr et directeur de madame de Maintenon. Celui-ci excite les scrupules de sa pénitente, que Fénelon tâche en vain de rassurer. Tout à coup madame Guyon est chassée de Saint-Cyr; les théologiens , les casuistes condamnent ses livres : quelques-uns même attaquent sa morale et ses intentions. Alors une commission d'ecclésiastiques s'assemble pour la juger, et ouvre ses conférences en 1694 , sous le nom de conférences d'Issy. L'illustre Bossuet, le dictateur du clergé de France, y domina bientôt la discussion , et ce fut dans cette. controverse que, selon les expressions de M. de Bausset, « il se laissa entraîner à se montrer homme une fois dans sa vie. »
Cependant, avant que cet examen fût terminé, M. de Harlay se hâta de condamner les livres et les maximes de la prophétesse (1695), et Fénelon, récemment nommé à l'archevêché de Cambray, dut signer avec elle les articles de censure. Peu de mois après , la persévérance de l'esprit de prosélytisme de madame Guyon la fit renfermer à Vincennes, et de là à la Bastille, d'où elle sortit au mois d'août 1696. En vain l'archevêque de Cambra v fit paraître, en 1697 , pour la défense de son amie , YExplication des maximes des saints sur la vie intérieure, dont, il faut l'avouer, les principes touchaient de bien près à l'hétérodoxie. Les vives réclamations que souleva ce livre attirèrent l'attention et ia colère de Louis XIV. Fénelon, accablé par son puissant adversaire, fut renvoyé dans son diocèse, madame Guyon remise à la Bastille, un de ses fils chassé du régiment des gardes françaises, où il servait avec distinction, et tous ses amis frappes de disgrâce. La pauvre femme resta assez longtemps prisonnière, comme si elle eût été bien dangereuse pour l'État. Enfin , libérée en 1701 ou 1703, elle fut exilée chez son fils aîné, à Diziers, près Blois. Elle prit une maison dans cette dernière ville, et y passa dans la retraite quinze années, uniquement vouée à des œuvres de piété et de charité , sans se plaindre jamais des auteurs de ses maux, et sans revenir, dit-on, à ses vaines et funestes
rêveries. Elle mourut en 1717, à l'âge de 69 ans. Ses ouvrages, tous relatifs à sa doctrine , forment en tout 39 volumes qui, après avoir divisé, agité la cour et la ville, et mis aux prises deux illustres prélats, n'offrent plus aujourd'hui qu'un intérêt de curiosité.
Guyot (Thomas), plus connu sous le nom de le Bachelier, était, en 1646, professeur dans les petites écoles de Port-Royal, et s'attacha depuis, comme maître ès arts , à l'université de Paris. Il a, de 1665 à 1678, publié , sous les initiales de son nom et de son pseudonyme, T. G. L. B., plusieurs traductions qui méritent d'être sauvées de l'oubli : 1° Lettres morales et politiques de Cicéron à son ami Attique, sur le parti qu'il devait prendre entre César et Pompée y Paris, 1665, in- 12 ; 2° Nouvelle traduction des Bucoliques de Virgile, Paris, 1666, in- 12; 3° Nouvelle traduction des Captifs de Plaute, Paris , 1666; 4° Nouvelle traduction d'un nouveau recueil des plus belles lettres que Cicéron écrit à ses amis, Paris, 1666, in- 12; 5° Billets que Cicéron a écrits tant à ses amis communs qu%à Attique, son ami particulier, Paris, 1667, précédé d'une Méthode, en forme de préface, pour conduire un écolier dans les lettres humaines ; 6° les Fleurs morales etépigrammatiques, tant des anciens que des nouveaux auteurs , Paris , 1669 , in- 12 ; 7° Lettre politique de Cicéron à son frère Quintus touchant le gouvernement de l'Asie, et le songe de Scipiwi, du même auteur , avec divers avis touchant la conduite des enfants , Paris, 1670, in- 12 ; 8° Nouvelle traduction des Géorgiques de Virgile, Paris, 1678, in-12. Toutes ces traductions sont exécutées dans le système qui prédominait alors , et qui consistait à donner une physionomie française à la pensée plutôt qu'à suivre pas à pas son auteur, et à conserver le mouvement et la couleur de son style. Mais ce qui paraît appartenir en propre à Guyot , c'est l'idée singulière de franciser les nomsianciens, et de les faire précéder des mots monsieur , madame , mademoiselle , et de transformer de cette manière en seigneurs de la cour de Louis XIV, les grands personnages des derniers temps