HANOVRE L'UN
trième prince protestant, avait en recours à des intrigues où le nom de la France était principalement mêlé. Il avait proposé au feld- maréchal Schœning , qui gouvernait Jean-George IV , électeur de Saxe, la formation d'un tiers
f)arti dans l'Empire , parti neutre entre a France et l'Autriche, et qui, renforcé par l'accession de plusieurs maisons protestantes, obligerait les deux puissances à faire la paix. Le vaniteux feldmaréchal avait goûté ce projet et l'avait fait adopter. Des négociations furent entamées pour la formation d'une ligue, mais elles n'étaient que simulées de la part de l'ambassadeur hanovrien, qui , muni de pièces suffisantes pour prouver l'existence du plan , se rendit à Vienne et le révéla à l'Empereur, en lui persuadant que le meilleur moyen de traverser ce projet était de conclure avec la maison de Brunswick une union étroite dont la dignité électorale serait la récompense.
. L'électeur George rr, en même temps roi d'Angleterre , fut aussi hostile à la France que son père. George II commanda les troupes hanovriennes et anglaises à la bataille de Dettingen , perdue par la témérité du duc de Grammont , au moment où nos ennemis couraient à une perte certaine. Les désastres que son pays héréditaire eut à souffrir pendant la guerre de Sept ans furent la suite de son alliance avec Frédéric II. Soixante mille hommes passèrent le Rhin sous les ordres du maréchal d'Estréeset menacèrent l'électorat, après avoir battu le duc de Cumberland, Guillaume - Auguste , second fils de George, à la bataille de Hastenbeck (.1757). (Voyez l'article suivant.) Cependant , une cabale de cour donna Richelieu pour successeur à d'Kstrées. Richelieu (*) suivit les plans de campagne
(*) On sait quelles exaclions ce favori de la Pompadour commit daus le royaume, et quel usage il en lit. Un pavillon élégant et meublé avec une voluptueuse recherche fut construit au boul de son jardin (il se trouve aujourd lui î placé près d'un des boulevards de. Paris). Pour toute vengeance, le public lui donna le nom de Pavillon tt Hanovre, et cette épigramme a survécu.
Le maréchal de Richelieu était aimé des soldats parce qu'il leur permettait le pillage
fERS. HANOVRE
du maréchal, accula les Hanovriens près de Stade-sur-l'Elbe , et força Cumberland à signer la capitulation de Closterseven. Ce traité plaçait l'électorat entier sous la main de la France ; mais il ne fut pas ratifié par l'Angleterre. Dès le mois de novembre, le duc Ferdinand de Brunswick, qui se disait étranger à la capitulation, reparut à la tête des Hanovriens. Au bout de peu de semaines , cet habile capitaine eut forcé les Français, commandés par le comte de Clerrnont-Condé, à évacuer le Hanovre.
Broglie et Contades rentrèrent dans le pays, mais sans pouvoir s'y soutenir.
D'ailleurs la défense du Hanovre par Ferdinand fut moins remarquable par des affaires importantes que par la tactique habile du général en chef.
Uni intimement à l'Angleterre, le Hanovre fut, depuis le printemps de 1793, entraîné dans la guerre contre la France'; mais ses troupes étant soudoyées par l'Angleterre, il n'eut pas à supporter un trop lourd fardeau, et, au bout de deux ans, la Prusse s'étant retirée de la coalition , George accéda au traité de neutralité quant à ce qui concernait ses États héréditaires ( 17 mars 1795).
En 1801 , quand des contestations s'élevèrent entre le cabinet de Saint- James et les puissances du Nord , la Prusse refusa ae reconnaître la neutralité du Hanovre, et envoya 24,000 soldats, qui occupèrent le pays militairement jusqu'à la paix d'Amiens.
Ce dernier traité n'était encore qu'une suspension d'armes. Après sa rupture, une armée française, sous les ordres du maréchal Mortier, marcha sur le Hanovre. La résistance était impossible ; une députation des habitants conclut d'abord une convention par laquelle les troupes hanovriennes devaient évacuer le pays jusqu'à l'Elbe; mais cet arrangement ayant été rejeté à Londres , Mortier s'avança .contre le comte de Walmoden , qui commandait les Hanovriens et qui s'était retiré dans le duché de Lauenbourg. Celui-ci fut obligé de signer le traité d'Artlenbourg, en vertu duquel tout le Hanovre tomba au pouvoir des Français. Les soldats et les
et leur en donnait lui-même l'exemple. Ils
l'appelaient le petit père la Maraude.
HANOVRE FRJ
officiers , mécontents et impatients de combattre, cherchèrent peu a peu à gagner le sol de l'Angleterre, et formèrent une légion célèbre, qui porta les armes dans toutes les parties du monde où l'Angleterre possédait des colonies et avait des guerres à soutenir. Cette occupation coûta cher au pays, dont les pertes, dès la première année, furent évaluées à 14 millions de florins.
Au mois de juin 1804, Mortier fut remplacé par Bernadotte, qui s'efforça de modérer les charges de la guerre, sans pouvoir empêcher que les dépenses ne s'élevassent à 26 millions de florins en deux ans et demi. Bientôt la guerre d'Autriche fit une diversion qui rétablit à peu près les choses dans leur ancien état; toutes les troupes de Bernadotte furent d'abord dirigées sur Wurtzbourg, afin de faire leur jonction avec les Bavarois, puis appelées à combattre dans les champs d'Austerlitz, et une année russo-suédoise s'avança pour soutenir les droits de l'ancienne maison de Lunebourg. Mais après la célèbre bataille du 2 décembre, la Prusse se retourna vers le vainqueur, et comme Napoléon , pour accomplir ses vastes desseins, avait besoin de dissimuler son mécontentement, elle obtint (15 décembre) le Hanovre en échange d'Anspach , de Neufchâtel et de Clèves (*).
Cet état de choses ne dura pas longtemps. La Prusse, se croyant seule appelée à triompher du vainqueur de l'Europe, entra en lice avec Napoléon et se vit en quelques jours humiliée et conquise. Alors le Hanovre fut de nouveau inondé de troupes françaises. Après la
(*) D'abord la possession du Hanovre séduisit Frédéric; mais quand il fallut signer, sa pudeur hésita; il ne voulut accepter cette province qu'à demi et comme un dépôt. Napoléon ne put concevoir une politique si timide. « Ce prince, s'écria-t-il , « n'ose donc faire ni la paix ni la guerre ? « Me préfère-t-il les Anglais? Est-ce encore « une coalition cjui se prépare? Méprise-t-on « mon alliance? » Celte supposition l'indigne, et, par un nouveau traité, il force Frédéric à déclarer la guerre à l'Angleterre , a s'emparer du Hanovre et à recevoir des garnisons françaises dans "Wesel et dans Hameln. » Ségur , Histoire Je Napoléon pendant l'année x8n, t. I, p. i5.