HARCOURT L'UNIVERS. HARCOURT
jour le comte vintirendre visite au comte trahison semblable à celle dont Jean Jacques à Aumale, « et le conte luy ttst d'Harcourt avait été victime, devait, sur grant chière, dit Pierre de Fenin en ses ces entrefaites , lui tourner à mal , et Mémoires (année 1418) , et après plu- terminer diunement sa carrière, sieurs parolles et recognoissance, mes- « Quant il eut mis le Crotoi en comsire Jacques, qui avoit induit aucuns de posicion, et qu'il eut baillé hostages de ses gens de ce qu'il voulloit faire faire, le rendre au jour, il lessa ses gens demist luy de sa personne la main au conte dens, et s'en alla pour quérir secours de Harecourt, et luy dist : « Monsei- devers le roy Charles, comme il donnoit « gneur, je vous fais prisonnier du roy.» à entendre a ses gens. Mais il fist tout Lors fut le conte bien esbahy et cour- le contraire, car il s'en alla voier le seichié(*),etdist : «Biaucousin, que vouliez- gneur de Partenay, son bel-oncle (on- « vous faire ?» Et messire Jacques res- cle de sa femme) , lequel luy (ist grant pondy : « Monseigneur, ne vousdesplaise, chière et grant honneur. Il avisa que ce « je ay charge du roy de vous mener vers seigneur avoit une puissante forteresse, «luv, » et list messire Jacques prendre et qu'elle luy seroit bonne s'il en pouledit seigneur de Harecourt par aucuns voit finer. Lors il se pensa qu'il feroit dè ses gens, et le Gt mener au Crotoi, tant qu'il l'airoit , et print conclusion et là le tinst grant temps prisonnier et avec aucuns de ses gens , de prendre le en plusieurs aultres places , et mist gar- seigneur de Partenay de par le roy Charnison de par luy à Aumarle; etavecquez les, et luy oster sa maison. Il revint à ce priust tous les biens dudit conte de Partenay voier son oncle, lequel luy fist Harecourt à son prouffit ; et disoient ancoire grant chière. Mais ce seigneur aucuns que c'estoit du consentement avoit esté averti du malvais tour que du fils au conte de Harecourt (Jean de messire Jacques luy vouloit faire, etpour Harcourt, capitaine général de Norman- ce , se pourvei de gens pour résister à die , né en 1396 , mort en 1424) ; car il rencontre, et les mist en lieu secret dene mist point de pourchas de ravoir son dens son chastelC*).» Jacques fit comme père. Ainssi tinst messire Jacques de avec son cousin ; il mit la main sur le Harecourt prisonnier le conte de Hare- vieillard, en lui disant : * Bel oncle, je court dempuis ce temps jusquez a ce que vous fais prisonnier du roi; » mais ici, messire Jean fût mort. » à un signal donné, les gens du seigneur Quant à Jacques d'Harcourt, il con- de Parthenay « saillirent tout armés sur tinua à mener une existence fort aven- messire Jacques et sur ses gens, et finatureuse et turbulente. A la tête d'une blement les tuèrent tous. Ainsyfinamestroupe nombreuse, il alla, peu de temps sire Jacques de Harecourt sa vie, donc après cet infâme guet-apens, attaquer il fut peu plaint. » les Anglais au siège de Rouen, fut battu, La branche issue du second fils de et se tint ensuite au Crotoi , d'où il Jean V d'Harcourt s'éteignit avec le guerroya contre les Anglais. En 1420, petit-fils de son auteur. Ses biens pasil abandonna le parti de Philippe, duc sèrent dans la maison de Longueville de Bourgogne, dont il avait été un des par l'union de Marie d'Harcourt avec amis les plus dévoués , parce que Henri Jean d'Orléans, comte de Dunois et de d'Angleterre, allié de ce prince, rete- Longueville.
nait les terres du comté de Tancarville. La troisième se subdivisa en deux
« 11 se tourna du parti au doffin (ceiui rameaux : Harcourt d'Olonde et Har-
aui avait fait assassiner Jean sans Peur court- Reuvron. Plusieurs membres de
à Montereau), et avec lui se tournèrent la famille s'étaient distingués au moyen
moult de gentilz-hommes de Vimeu, de âge dans la carrière- ecclésiastique.
Ponthieu et d'ailleurs. » Jacques d'Har- Tels lurent Robert d Harcourt, évéque
court lit une rude guerre aux Anglais de Coutances en 1293, mort en 1316;
et aux Bourguignons , jusqu'à ce qu'il Raoul, son frère, chanoine de Notre-
fût assiégé dans sou château du Crotoi Dame, à Paris, archidiacre des églises
(voyez ce mot) par les troupes qu'y en- de Rouen et de Coutances, chancelier
voya le duc de Bedford (1423). Une de celle de Bayeux, conseiller de Phi-
(•) Courroucé.
(*) Pierre de Fenin, année i4a3.
lippe le Bel et fondateur, en 1280, du 1801, sans laisser depostérité masculine.
collège d'Harcourt , à Paris. Le second fils du maréchal d'Har-
Les personnages dece nom, les plus il- court, Anne- François , né en 1727,
lustres dans les annales militaires de la lieuteuant-général en 1776, duc à bre-
Francemoderne,sontsortisde la branche vet en 1783 , sous le titre de duc de
d'Harcourt- Beuvron. Pierre, baron de Beuvron, mourut à Amiens en 1796.
Beuvron, mort en 1627, avait obtenu Son fils, Marie-François, né en 1755,
en 1593 l'érection des baronnies de La- fut successivement commandant des
motlie, Thury, Cléville et Varaville, en chevaliers de la couronne (dans l'ar-
marquisat, sous le nom de Lamothe- niée de Condé), gentilhomme de la
Harcourt. En novembre 1700, ce mar- chambre du duc de Berri , duc d'Har-
quisat fut érigé en duché en faveur de court après la mort de son oncle, et
Henri d'Harcourt. Celui-ci , entré au pair de France jusqu'en 1830 qu'il per-
service de bonne heure, se signala aux dit ce titre pour refus de serment,
combats de Sintsheim et de Turkheim; Mort en 1839, il a laissé quatre enfants,
aux sièges de Valenciennes , de Cam- dont le second a été élevé à la pairie
brai, de Fribourg; eut le commande- en 1837.
ment de la province de Luxembourg, INous avons dit plus haut que Chéri-
en 1690, fut envoyé en 1697 comme am- tière de Jean VII d'Harcourt épousa
bassadeur en Espagne. Lorsque Phi- Antoine de Lorraine , comte de Vau-
lippe Val la prendre possession du trône demont; cette femme héroïque, née
d Espagne, le duc d'Harcourt l'y con- vers 1398, prit part à presque toutes
duisit, et y resta de nouveau comme les expéditions de son mari. Un jour
ambassadeur extraordinaire jusqu'à ce leur château de Vaudemont ayant été
?ue sa santé l'obligea de revenir en assiégé en l'absence du comte, et quand
rance. Il avait eu beaucoup d'influence elle-même relevait de couche, la corn -
sur le testament de Charles II. Il mou- tesse Marie encouragea plusieurs sei-
rut en 1718, à 64 ans, après avoir reçu gnenrs qui se trouvaient autour d'elle,
le bâton de maréchal de France en et montant à cheval à leur tête, re-
1703, le collier des ordres du roi en poussa glorieusement les ennemis. Elle
1705, et avoir été fait pair en 1709. Son mourut en 1476 dans la soixante-dix*
ambassade d'Espagne lui valut à bon huitième année de son âge.
droit la réputation de fin diplomate, Claude de Lorraine, fils puîné du duc
Quoiqu'il eût toujours été moins homme René II, ayant eu les comtés d'Har-
de cour qu'homme de guerre. Il eut court et d'Aumale avec les seigneuries
entre autres eufants de Marie-Anne- de Guise et de Joinville, ily eutd'autres
Claude de Brulard, son épouse : 1° Fran- comtes d'Harcourt tout différents des
cois, duc d'Harcourt, pair et maréchal précédents.
ae France, capitaine des gardes du Le plus célèbre d'entre eux fut Henri
corps, mort en 1750, à 61 ans ; 2° Louis* de Lorraine, comte d'Harcourt, d'Ar-
Abraham, doyen honoraire de l'église maguac et de Brione, vicomte de Mar-
de Paris, et abbédeSigny et de Preuilly, san , grand écuyer de France, de la
mort en 1750, à 56 ans; 3° Henri- maison de Guise, fils de Charles de
Claude, lieutenant-général des armées Lorraine, 1er du nom comme duc d'EI-
du roi, mort en 1769, à 62 ans, à qui beuf, né en 1601. Après s'être signalé
sa veuve fit élever en 1776 un magni- à la bataille de Prague, en 1620, le
fique tombeau dans l'église de Notre- comte d'Harcourt, surnommé Cadet la
Dame à Paris; 4° et Anne -Pierre, Perle (*), servit en qualité de volon-
gouverneur de Sedan , comme l'avait taire dans la guerre contre les hugue-
été son frère aîné ; gouverneur de nots. 11 se distingua aux sièges de
Normandie en 1764, et maréchal de Saint- Jean-d'Angely, de Montauban,
France en 1775. L'aîné des fils de de l'île de Ré et de la Rochelle, et
ce dernier, François- Henri, né en en 1629, à l'attaque du Pas de Suze. 1726, lieutenant 'général en 1762 ,
éfijigra , fut chargé des affaires de Mon- (*) Guiiot, Essais sur l'histoire de France,
sieur, et mourut en Angleterre en p. »4o et suiv.
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