‹ FranceChapitre 166 sur 378 · H AR FLEUR · texte numérisé non relu

H AR FLEUR

encore commencée ; on avait réglé que les hommes d'armes ne descendraient point de cheval. Cet ordre ne convint pas aux Écossais ; ils refusèrent de s'y soumettre ; eux et leurs capitaines mirent pied à terre. Le bâtard d'Orléans, Xaintrailles, la Hire et tous ceux de la garnison d'Orléans suivirent cet exemple.

« Le combat commença avec désordre, sans nulle obéissance. Avant que le comte de Clermont fût à portée de seconder l'attaque, avant que les coulevrines eussent suffisamment rompu le rempart des ennemis , les Écossais se lancèrent en toute hâte, et vinrent tomber en grand nombre sous les traits serrés des archers anglais, couverts par leurs chariots et leurs pieux. Pendant ce temps, les Gascons, gui étaient restés à cheval, se lancèrent à toute course contre les arbalétriers parisiens , mais sans pouvoir pénétrer dans leur enceinte; ils furent repoussés après un vif combat. Le trouble s'étant mis ainsi parmi l'armée de France, sir Jean Falstaff , capitaine des Anglais, commanda à ses gens de faire une sortie hors de leur enceinte. Alors commença le carnage. Le bâtard d'Orléans avait déjà été blessé , et fut à grand'peine tiré de la presse. Jean Stuart, connétable des Écossais, Guillaume son frère, furent tués près l'un de l'autre, avec beaucoup de leurs gens. Les sires de Rochechouart , Guillaume d'Albret, de Chabot , et d'autres vaillants chevaliers y périrent aussi.

« Les attaques des Gascons n'avaient pas mieux réussi; la milice de Paris, sous le commandement de Simon Morhier, que les Anglais avaient fait prévôt, avait continué à tenir ferme, bien qu'elle fît de grandes pertes.

« Cependant , le comte de Clermont était arrivé avec le gros de son armée. L'on s'attendait qu'il allait faire quelque prouesse pour sauver l'honneur des Français ; mais il vit, sans y porter nul secours, la déroute et le carnage.

« On avait désobéi à ses commandements; l'attaque avait commencé avant son arrivée; on avait combattu à pied, et non point achevai, ainsi qu'il l'avait voulu. Courroucé de ce désordre, il ne se risqua poiut à en réparer le triste ef-

fet; il reprit sa route vers Orléans, où sa conduite fut jugée bien peu honorable par tant de braves gens qui se défendaient avec un tel courage. Il resta même peu de jours avec eux , et les laissa, leur promettant, pour les apaiser, des secours en vivres et en munitions, qui même n'arrivèrent pas.

« Cette bataille de Rouvrav, qu'on appela aussi la Journée des harengs, parce que le convoi des Anglais était en grande partie composé de barils de poisson sale, pour nourrir leur armée durant le carême (*), fut un nouveau sujet de honte et de désespoir pour le royaume. Une armée de 8,000 hommes s'était laissé vaincre par 1,500 Anglais , et s'était dispersée devant eux. Ce fut pour le coup qu'on crut tout perdu , et qu'il fut question , plus que jamais, d'emmener le roi dans les provinces du Midi (**). »

Harfleur, Harejlotum, Harisjlorium, ancienne petite ville maritime, aujourd'hui comprise dans le département de la Seine-Inférieure , arrondissement du Havre. Henri V, roi d'Angleterre, débarqué le 14 août 1415 en Normandie, fit investir aussitôt Harfleur, cité marchande et l'une des plus importantes de la province. Estouteville et Gaucourt s'y tenaient renfermés avec 400 gendarmes et plusieurs chevaliers.

Le 22, les Anglais commencèrent à lancer sur la ville d'énormes boulets de pierre qui renversaient les maisons et causaient un grand effroi aux bourgeois. Cependant la garnison se défendait bravement; elle espéra en vain des secours de l'armée royale rassemblée à Vernon.

Il lui fallut capituler et s'engager à livrer la ville le 22 septembre , si avant ce jour le roi ou le dauphin ne venait pas en personne délivrer Harfleur avec une armée suffisante.

Le sire d'Kstouteville ayant obtenu un sauf-conduit pour aller faire connaître sa capitulation au roi, qui se trouvait à Vernon , il eut beaucoup de peine à parvenir jusqu'à Charles VI.

Celui-ci chargea, comme de coutume, son chancelier de répondre pour lui. La

(*) La bataille fut livrée le samedi ia février 1429.

(*') Baraule, Hist. des ducs deBourgogue.

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