HARFLEUR
HARIMAXM
réponse fut que d'Estonteville devait te reposer sur la sagesse du roi , qui ferait sans doute , quand il en serait temps , tout ce qui serait convenable.
La sagesse du roi ne fit rien du tout. Toutefois, il paraît qu'une partie de la garnison se refusa à exécuter la capitulation, et que ce fut le motif pour lequel les Anglais traitèrent la ville fort cruellement. Les chevaliers et les plus riches bourgeois furent mis à rançon ; les autres forcés à sortir de la vilfe et à se retirer à Rouen, sans fardeaux ni charrettes. Tout ce qui restait à Harlleur fut lirré au pillage.
Les Français avaient reconquis la place , lorsque , vers la fin d'avril 1440, 600 Anglais, commandés par le duc de Sommer^et, vinrent l'assiéger de nouveau. Jean d'Estonteville, avec une garnison de 400 hommes, se défendit encore vaillamment pendant quatre mois : cependant les vivres commençaient à lui manquer, et il demandait inutilement des secours au roi , occupé de la praguerie. Enfin les comtes d'Eu et de Dunois vinrent à son secours avec 4,000 combattant* ; mais il était trop tard : on ne put ni forcer les assiégeants dans leurs lignes, ni les en faire sortir. Au bout de huit jours, les Français se retirèrent, et la garnison capitula.
Les maux de la ville n'étaient pas finis : Dunois l'investit le 8 décembre 1449 , avec 10,000 hommes ; 25 navires fermaient son port. Charles VII y vint en personne pour juger de l'effet des 16 grosses bombardes fondues par les frères Bureau. La garnison , composée de 2,000 Anglais , se rendit le 24.
Les huguenots s'emparèrent de Harlleur et ^saccagèrent. En 1562, toutes ses chartes contenant les dons , octrois et confirmations de privilèges, furent ou pillées ou brûlées, de mé'me que tous ses autres titres. Quatre ans après, Charles IX donna des lettres patentes qui permettaient aux bourgeois de faire informer de la teneur de leurs franchises. Par suite de cette enquête, ils obtinrent du roi la confirmation de leurs privilèges, en juillet 1568. D'autres chartes leur donnèrent l'exemption des gabelles et le droit de franc-salé. Henri III, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV ( 1643 ) , confirmèrent ces privïlé-
8 es , et ce ne fut qu'en 1710 que Hareur fut soumise à la taille.
Cette ville perdit de son importance à mesure que le Havre grandit et prospéra. Ses murailles et ses fortifications furent rasées, et son port, jadis si fréquenté , se combla au point de ne pouvoir plus recevoir que des barques ou des bâtiments d'un léger tonnage.
La population actuelle de Harfleur est de 1,450 habitants. Avant 1789, cette ville comptait 21 feux privilégiés et 350 feux taiilables. Elle possédait un bailliage, une vicomte, une amirauté, une mairie , etc.
H abimanni , Arimanni. Ce nom, très - usité sous les Mérovingiens et les Carlovingiens , servait à désigner les simples guerriers, les bourgeois libres des villes. Il était employé non-seulement chez les Francs , mais aussi chez les Lombards, et on le retrouve à chaque instant dans les lois lombardes et les monuments italiens du septième au douzième siècle.
Les leudes et les vassaux d'un seigneur étaient appelés aussi harimanni.
« Un homme veut se placer sous la foi du roi , se déclarer son fidèle , son vassal, il vient, dit une formule de Marculfe, cum arimannia sua , c'est-àdire , suivi de ses guerriers. Voilà donc des ahrimans qui sont déjà les leudes , les vassaux d'un homme, et vont dévenir les arrière-vassaux du roi. Ils n'en demeureront pas moins des ahrimans, c'est-à-dire des hommes libres, car c'est là tout ce que veut dire ce mot ; il désigne la liberté en général , et non une condition sociale distincte de celle des leudes, des vassaux. Dans un diplôme du dixième siècle, l'empereur Otton Ier donne à un couvent une forteresse « avec les hommes libres , vulgairement dits ahrimans. » Au onzième siècle, l'empereur Henri IV fait à un autre monastère une donation semblable , et les ahrimans qui habitent le domaine y sont également compris. Les concessions de ce genre étaient depuis longtemps usitées; plusieurs documents le prouvent, et un concile du dixième siècle avait défendu aux comtes de donner en bénéfice à leurs hommes les ahrimans de leur comté. Les comtes n'avaient en effet, originairement du moins , et à ce titre
seul, aucun droit de disposer des terres plus belle réputation militaire, soit par
de leur comté ni des hommes libres qui la direction habile qu'A sut donner aux
les habitaient; c'était à ceux-ci de choisir colonnes fr.tneaises qui pénétrèrent
eux-mêmes le supérieur auquel ils vou- dans le royaume de Valence, soit par
laient s'attacher. La qualité d'ahriman la valeur et les talents qu'il déploya
n'excluait donc pas celle de leude, de contre de vieux soldats à la tétede ces
vassal ; les ahrimans étaient les leudes colonnes composées presque entière-
de l'homme sur les terres duquel ils ha- ment de jeunes conscrits. Il assista à la
bitaient; et quand ces terres étaient bataille de Tudela, au siège de Sara-
données en bénéfices , ils devenaient les gosse , au combat d'Alcanitz. Peu de
leudes des bénéfices (*). » temps après, il prit à l'armée d'Aragon,
On écrivait indifféremment erimannU pendant le siège de Lérida, un service eremanni , haremanni, karimanni, plus actif. C'est à son courage et à ses herimanni, hermanni , variations qui talents militaires que Suchet confia proviennent surtout de la difficulté l'attaque de 18 tête du pont sur la gaud'exprimer les sons de la langue teuto- che de la Segre ; mission dont il s'acnique. Suivant les uns , ce mot vient de quitta glorieusement. Nommé général heer , armée, guerre, et de mann, de division la même année, il se dishomme. Suivant d'autres, il dérive de tingua de nouveau sous les murs de Tarare , honneur, et désigne les hommes ragone. Il contribua puissamment, en libres par excellence, les cives optimo 181 1 , à la conquête du royaume de Vajure du droit romain. Mais la première lence. Sa division se montra de la ma^opinion nous paraît de beaucoup la plus nière la plus honorable à la bataille de probable. S.igonte, puis à Castalla et à Tibi, où
A dater du dixième siècle, le mot les Espagnols, commandés par O'Don-
arimannia a reçu des acceptions fort nel, perdirent près de 4,000 hommes,
différentes; il désigne dans plusieurs A Ycila, en 1813, il surprit lecantonne-
monuments , tantôt certains impôts , ment espagnol et lui enleva 500 prison-
tantôt une certaine espèce de propriété niers. Employé au commencement de
territoriale. 1814 sous le maréchal Soult, il défen-
Harispe (Jean-Isidore , comte), lieu- dit pied à pied le terrain, lorsque Partenant général, né en 1768, à Saint- mée commença sa marche rétrograde. Étienne ( Bnsses-Pyrénées ) , servit d'à- Avec sa division seule, affaiblie par des bord en qualité de volontaire. Élevé, en pertes nombreuses, il résista, pendant 1793, au commandement d'une com- sa retraite de la Bidassoa, à toute l'arpagnie franche recrutée chez les Bas- mée anglaise. Après avoir chassé les ques, il prit la part la plus glorieuse Anglo-Espagnols de Saint-Jean-Pied de atix succès de l'armée d Espagne. En Port et deBaygorry, il se jeta dans les 1800, le colonel Harispe fut appelé en Pyrénées, excita le patriotisme des ha- Italie , et avec les chasseurs basques, bitants, se mit à leur tête, et repoussa devenus 16' demi- brigade d'infanterie plusieurs fois avec succès les tentatives légère , il fit la campagne de 1806. d'invasion. Le général Harispe contint Biessé grièvement à la bataille d'Iéna , une division portugaise , le 27 février , il obtint trois mois après le grade de au glorieux quoique malheureux combat général de brigade. A la grande armée, d'Ôrthez; il assista, le 20 mars, à ceil combattit, sous les ordres du général lui de Tarbes. Le 10 avril, à la bataille Lannes, à Gudstadt, Heilsberg et Fried- de Toulouse , le général Harispe eut le land , où il fut atteint d'un coup de pied fracassé par un boulet , ce qui némitraille. Nommé ensuite chef de l'é- cessita l'amputation d'une partie du lat-major général du maréchal Moncey, pied ; en sorte qu'il resta prisonnier à il entra en Espagne au commencennut Toulouse, où les généraux ennemis, le de 1808, et n'en sortit que l'un des der- duc de Wellington entre autres , lui niers. Il y acquit presque aussitôt la donnèrent toutes les marques de la plus
haute considération. Au retour de l'em-
(*) Guizot, Essais sur l'histoire de Frauce, pereur , le général Harispe fut encore
p. a4o et suiv. chargé de la défense des Pyrénées. Là