‹ FranceChapitre 168 sur 378 · HARLAY L'UNIVERS. H AU LA Y · texte numérisé non relu

HARLAY L'UNIVERS. H AU LA Y

se termina cette vie militaire distinguée par un grand talent de tacticien que rehausse une brillante bravoure.

Le général Harispe, après avoir figuré pendant quelques années, durant la restauration, sur la liste des lieutenants généraux disponibles , fut mis à la retraite.

Hablay (famille de). L'origine de cette maison, l'une des plus illustres de l'ancienne magistrature, est contestée.

Les uns la font venir de la Franche- Comté, où se trouve effectivement une ville et baron nie du nom de Harlay, aujourd'hui Arlay , dans le département du Jura , arrondissement de Lons-le- Saulnier; selon d'autres, elle serait venue d'Angleterre. Quoi qu'il en soit , c'est en 1397 que l'existence de cette famille est constatée pour la première fois dans la personne de Gautnier de Harlay, sergent d'armes du roi Charles VI et huissier de la chambre de la reine , * lequel allant devers le duc dé Bavière, près la reine, fut pris et détenu prisonnier neuf mois et demi, en grande pauvreté, misère et affaiblissement de son corps , de sa santé et puissance corporelle, et y soutint de très-grandes pertes et dommages. »

Jean de Harlay , petit-fils de Gauthier, est investi en 1441 de l'office de chevalier du guet, en considération de ses vaillances , prouesses et priuthomie.

Louis de Harlay , fils de Jean, épousa en 1493 Germaine Cœur, fille de Geoffroi Cœur , seigneur de la Chaussée , échanson du roi, et au moyen de ce mariage, devint seigneur de Montglas, Cési, Sancy, Champvallon, etc.

Christophe de Harlay, seigneur de Beaumont, fils du précèdent, remplit avec tant de distinction la charge de conseiller au parlement, qu'il mérita les éloges du chancelier l'Hôpital. Henri II lui accorda une charge de président à mortier en 1555. Il mourut en 1572.

Achille de Harlay fils de Christophe, naquit en 1536. C'est à lui que la maison de Harlay doit la plus grande part de son illustration. Ce n'était point seulement un magistrat savant et intègre, c'était un homme profondément nourri des lettres antiques , et dont la vie surtout semble formée sur les plus

beaux modèles de l'antiquité. Gendre de Christophe de Thou, premier président au parlement de Paris, il lui succéda en 1582. C'étaient les temps de la ligue, et il traversa ces jours difficiles avec une héroïque constance. Tolérant au milieu des luttes religieuses, résistant aux excès des deux partis, inexorablement-attaché à la ligne du plus austère devoir, l'histoire a gardé le souvenir des paroles courageuses qu'il prononça en différentes occasions. Lors de la fameuse journée des barricades (1588) , tandis

?ue le peuple soulevé était maître de aris, le duc de Guise alla trouver le premier président, sous prétexte de l'engager à unir ses efforts aux siens pour le rétablissement de l'ordre. « Il le trouva, dit Jacques de la Vallée, qui se pourmenoit dans son jardin, lequel s'étonna si peu de leur venue, qu'il ne daigna seulement pas tourner la tête ni discontinuer la pourmenade commencée; et étant au bout de son allée , il retourna, et en retournant, il vit le duc de Guise (pii venoit à lui. Alors haussant la voix, il lui dit : « C'est grand pitié quand le va- « let chasse le maître; au reste, mon « âme est à Dieu, mon cœur est à mon « roi , et mon corps est entre les mains « des méchants, qu'on en fasse ce qu'on « voudra. >» Un autre jour, les ligueurs le menaçant : « Je n'ai ni tête , ni vie , « leur dit-il , que je préfère à l'amour « que je dois à Dieu , au service que je « dois au roi , et au bien que je dois à « ma patrie. » Plus tard, il fut mis à la Bastille, d'où il ne sortit qu'après la mort de Henri III , et moyeunaut une rançon de 10,000 écus.

Rendu à la liberté, il alla rejoindre Henri IV à Tours, et se dévoua à sa fortune. Henri IV, établi sur le trône, érigea en comté sa seigneurie de Beaumont.

Le premier président lui témoigna sa reconnaissance comme il convenait au caractère de tous les deux, par une noble sévérité. C'est à Henri IV qu'il adressa ces paroles : « Si c'est une désobéissance « de bien servir, le parlement fait ordi- « nairemeut cette faute ; et quand il ■ trouve conflit entre la puissance abso- « lue du roi et le bien de son service , il «juge l'un préférable à l'autre, non par « désobéissance, mais par son devoir, à « la décharge de sa conscience. » Achille

IIARLAY FRANCK. HARLAY

de Harlay mourut plein de gloire et de jours en 1616. Nous avons de lui une Coutume d'Orléans, imprimée en

Christophe de Harlay , comte de Beaumont, (ils unique du précédent, fut gouverneur d'Orléans et bailli du palais sous Henri IV , puis ambassadeur en Angleterre, de 1602 à 1607. Il mourut en 1615.

Achille de Harlay II , comte de Beaumont , fils du précédent , fut conseiller d'État et procureur général du parlement. Il mourut Tan 1G71.

Achille de Harlay III , comte de Beaumont, fils du précédent, fut d'abord conseiller au parlement, puis procureur général , ensuite, en 1G8'J, premier président. Voici quelques traits du portrait que nous a laissé de lui Saint- Simon dans ses Mémoires : « Une austérité pharisaïque le rendoit redoutable par la vigueur des répréhensions qu'il adressoit aux gens qui lui étoient soumis. C'étoit un petit homme vigoureux et maigre, un visage en losange, un nez grand et aquilin, des yeux beaux, parlants, perçants, qui ne regardoient qu'à la dérobée, mais qui, fixés sur un client ou sur un magistrat , étoient pour le faire rentrer en terre. Des yeux de vautour, dit-il ailleurs, qui sembloient dévorer les objets et percer les murs. Un habit peu ample , un rabat presque ecclésiastique , des manchettes plates comme eux. Il se tenoit en marchant un peu courbé ; un air faux, plus humble que modeste , l'odeur hypocrite.

Chez le roi , il rasoit toujours' les murailles, n'avançoit qu'en courbettes, à force de révérences respectueuses et comme honteuses, à droite et à gauche; mais il avoit grand soin de regarder du coin de l'œil si on le remarquoit. »

Ces traits , bien qu'exagérés , sont trop vifs pour n'être pas pris sur la nature. Au fond , d'ailleurs, ils répondent à ce que l'histoire nous apprend de plus certain touchant le caractère et la vie du premier président de Harlay. Souple à l'égard de Louis XIV, docile à toutes ses volontés, il fut pour le parlement un chef sévère et despotique. Cette docilité aux volontés royales alla jusqu'au zèle le plus servile dans la mémorable affaire de la légitimation des

bâtards de Louis XIV. Hors ces complaisances coupables , et quoique cette austérité extérieure par laquelle il semblait vouloir rappeler l'héroïque vertu de ses ancêtres fût peut-être affectée , comme Saint-Simon le lui reproche , le premier président de Harlay n'en a pas moins été un magistrat intègre, et 1 un des plus savants qui aient honoré l'ancienne magistrature. D'après Saint-Simon lui-même, dont le témoignage n'est certes pas suspect, il avait une grande étendue d'esprit , une grande connaissance du monde , beaucoup de belleslettres , une merveilleuse promptitude de repartie, et l'attention toujours présente. « Il s'étoit tellement rendu maître du parlement, qu'il n'y avoit aucun de ce Corps qui ne fût devant lui comme un écolier, et que la grand'chambre et les enquêtes assemblées n'étoient que de petits garçons en sa présence. Il les dominoit et les tournoit comme il vouloit sans qu'ils s'en aperçussent , et quand ils le sentoient, sans qu'ils osassent branler devant lui. Et pour arriver à ce point d'autorité, il ne se donna jamais la peine de chercher à gagner aucun d'eux, en leur permettant la moindre liberté ni familiarité auprès de lui. Il étoit d'ailleurs simple dans ses habits, modeste dans ses ameublements et ses équipages , quoique magnifique dans l'occasion. »

On a conseiré du premier président de Harlay une foule de bons mots qui attestent la finesse et surtout l'extrême causticité de son esprit. Ils sont assez nombreux pour qu'on en ait formé un recueil sous le titre $ Harlxana. Il mourut en 1712, âgé de 73 ans. Dès l'an 1707, il s'était vu contraint par ses infirmités de se démettre de sa charge.

Outre cetle branche, qui est la principale , la maison de Harlay en a produit encore plusieurs autres que nous allons faire connaître.

Branche des seigneurs de Sancy.

Elle commence avec Robert de Harla y, troisième fils de Louis de Harlay, conseiller au parlement, l'an 1543. '

Nicolas de //ar/oy,seigneur de Sancy , fils du précédent, naquit en 1546. Il fut successivement conseiller au parlement, maître des requêtes , ambassadeur en Angleterre et en Allemagne , capitaine

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