‹ FranceChapitre 18 sur 378 · GRAIN VILLE · texte numérisé non relu

GRAIN VILLE

les côtes de la Manche , que le? macreuses (espèce d'oiseaux de mer) naissent dans des coquilles, nommées pour cette raison conques anatifères , ou sont produites par du hois pourri.

Gbainvillk ( Jean - Baptiste - François-Xavier, Cousin de), né, en 1746, au Havre. Destwié à l'état ecclésiastique, ainsi que son frère aîné, qui parvint à Fépiscopat, il achevait, au séminaire de Saint-Sulpice, de brillantes études lorsqu'il concourut pour cette question posée par l'académie de Besançon :

« Quelle a été l'influence de la philosophie sur le dix-huitième siècle? » et obtint le prix. Bientôt il vit le triomphe de cet esprit du siècle contre lequel il avait déclamé non sans talent. Son zèle religieux se ralentit , et il abandonna la chaire, dont ses premiers pas dans la carrière dramatique l'éloignèrent assez brusquement. Il eût été curieux de voir sur la scène le Jugement de Paris, ouuaged'un prédicateur, reçu auThéatre- 1 ram ais. Le clergé parvint à en empêcher la représentation. Cependant Grainville tourna de nouveau ses regards vers h: ministère qu'il avait déjà exercé honorablement. Mais ses opinions le (irait i uquicter; alors, privé de sa pension comme ecclésiastique, il se crut obligé de renoncer à cette professiou. Dans l'éducation des enfants à laquelle il voulut se vouer à Amiens, il retrouva les entraves presque inséparables de sa réputation. On reconnaissait sou mérite comme instituteur; mais, comme hcunme d'église enclin à fronder son siècle, il, excitait la défiance, et n'avait qu'un très-petit nombre d'élèves. Dans ce^te pénible situation , que nulle espérance même ne semblait adoucir, il mposa son Dernier honune, ouvrage ilout l'idée était éminemment épique.

Le travail d'esprit, dans le malheur, tst une puissante consolation, uia^s peut-être aussi une grande cause d'épuient. Lorsque le poète eut à peu près terminé sou travail , il fut attçint d'une mélancolie qui dégénéra en fièvre accompagnée de délire. Au milieu d'un de ces funestes accès, il courut se précipiter dans la Somme, presque sous ses fenêtres , longtemps avant le jour, ■ ' par un temps très-froid; il périt ainsi le (y février 1805. Le chevalier Croft

celui qui le premier aussi distingua le mérite du malheureux Chatterton , vint résider à Amiens quelques jours après la mort de Grain ville, et eut connaissance de la belle composition qui l'avait longtemps occupé. La regardant comme une magnifique ébauche , digne d'être transmise aux générations futures, aussi bien que V Iliade même ou le Paradis perdu, il regrettait amèrement de n'avoir pas été instruit plus lot de l'existence et du génie d'un homme dont il eût été facile de soulager les peines.

Bernardin de Saint- Pierre, dont cet infortuné était l'allié, manifesta sur son poème une approbation d'après laquelle le libraire Déterviile le publia. Cependant il fut peu lu; il serait retombé dans un entier oubli sans l'enthousiasme de Croft, exprimé dans ses Remarques sur Horace, en 1810. L'année suivante, M. Nodier donna une seconde édition du Dernier homme ; aussitôt plusieurs journaux en rendirent compte, comme d'une épopée très-imposante. Daus les observations placées en tête du livre, on voit que Grainville s'était occupé, en 1805, de versifier son travail, et qu'il avait même terminé le premier chant.

Néanmoins l'éditeur n'a cité de lui aucun vers : mais il paraît tenté de mettre Grainville fort près de Klopstock. On n'en sera pas surpris si même, sans pouvoir juger du mérite de l'exécution, on considère la grandeur dramatique et originale de ce tableau des derniers jours des humains. Après de longs siècles accordés à notre postérité, après les développements prodigieux d'une industrie progressive, Omégare, le personnage principal, se trouve l'arbitre des destinées ultérieures de toute l'espèce des hommes. Aimé de Siderie, il peut s'unir à elle, sous les auspices et selon les désirs du Génie terrestre, qui ne serait plus rien si l'homme Guissait. Mais Adam qui, par une fiction sublime, et sans équivalent même chez le Dante, reste condamné à voir successivement tomber dans les enfers 1rs innombrables victimes de son premier pèche, Adam sollicite éloquemmeut son petit-fils de mettre eufiu un terme a tant de souffrances. Ce sujet, à peine indiqué par les traditions orientales que M il ton a suiviçs, cette fable, si lieureuse, devait

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