HÉBERT
H K lit: HT
la guerre fut en même temps dévoilé , ainsi que les excès de l'armée révolutionnaire. Par ordre de la Convention , Ronsin, Vincent, Maillard furent arrêtes.
Cependant hors de l'Assemblée la lutte entre les modérés et les contrerévolutionnaires en était venue à son dernier degré de violence. Clootz avait été chassé des jacobins à la demande de Robespierre. Le 5 janvier , Hébert dénonça aux jacobins je cinquième numéro du Vieux Cordelier qui venait de paraître; il voulut se justifier, mais l'assemblée ne daigna pas l'entendre. Nous citerons les passages suivants du Vieux Cordelier :
« Est-ce toi qui oses parler de ma fortune, toi qui, sans culotte et sous une méchante perruque de crin , dans ta feuille hypocrite, dans ta maison loges aussi luxurieusement qu'un homme suspect, reçois 120,000 livres de traitement du ministre Bouchotte pour soutenir des motions des Clootz, des Proly, de ton journal officiellement contre-révolutionnaire, comme jeté le prouverai?
« Cent vingt mille livres à ce pauvre sans-culotte Hébert pour calomnier Danton , Lindet , Cambon , Thuriot , Lacroix, Philippeaux, Bourdon de l'Oise, d'Églantine , Fréron, Legendre, Camille Desmoulins et presque tous les commissaires de la Convention ! pour inonder la France de ses écrits, si propres à former l'esprit et le cœur...
« Y a-t-il rien de plus dégoûtant, de
S lus odieuxque la plupart de tes feuilles? fe sais tu donc pas, Hébert, que quand les tyrans d'Europe veulent avilir la république, quand ils veulent faire croire a leurs esclaves que la France est couverte des ténèbres de la barbarie ; ne sais-tu pas , malheureux , que ce sont des lambeaux de tes feuilles qu'ils insèrent dans leurs gazettes , comme si le peuple était aussi bête, aussi ignorant que tu voudrais le faire croire à M. Pitt; comme si on ne pouvait lui parler qu'un langage aussi grossier; comme si c'était là le langage de la Convention et du comité de salut public ; comme si tes saletés étaient celles de la nation ; comme si un égout de Paris était la Seine (*)?»
(*) Le Vieux Cordelier, n° V.
Le comité de salut public surveillait cette lutte. Déjà, comme on l'a vu, les hébertistes avaient été réprimés. Toutefois, le moment n'était pas encore venu de frapper un coup décisif. En effet, sur quelle base fonder l'accusation? Ériger en crime leurs excès révolutionnaires était impossible. Us eussent eu trop de complices , et des complices trop puissants. Leur athéisme ! mais la majorité de la Convention y avait trempé et eût été compromise. A la nouvelle de l'arrestation de Ronsin , Collotd'Herbois , se sentant menacé indirectement , était accouru le défendre. Il fut élargi le 2 février, ainsi que Vincent.
Pour frapper les hébertistes, il fallait un prétexte qui les isolât. Leur imprudence , accrue par le danger , ne tarda pas à le fournir. A peine libres, Vincent et Ronsin se répandirent en injures et en menaces contre la Convention. Leur hostilité prit peu à peu la forme d' un véritable complot. Ils voulaient que le Gouvernement fût réduit à un tribunal suprême présidé par un grand juge, et à un conseil militaire présidé par un généralissime. Ils avaient déjà leur grand juge : c'était Pache. Une disette de viande les favorisait. La faction disposait d'ailleurs de moyens matériels assez puissants. La Commune , le club des cordeliers et les commis de la guerre, un grand nombre de sections étaient pour eux ; de plus , 4,000 hommes de l'armée révolutionnaire étaient à Paris; mais la force morale lui manquait. Que pouvait un parti sans but avoué ni avouable? « L'autorité actuelle donnait trop peu de prise à leurs attaques. Ceux qui l'attaquaient et promettaient une habileté ou une énergie supérieure à la sienne , étaient des intrigants qui agissaient évidemment dans un but de desordre ou d'ambition. Telle était la conviction publique (*). »
I* comité les observait. Le 5 février, Robespierre lit à la Convention un rapport sur les principes de morale politique, rapport dirigé contre les factions en général , mais surtout contre eux.
Le 26, rapport de SaintrJust dans le même sens (**).
(*)Thiers, Histoire delà révolution, t. V. (**) « Tout le inonde, dit Robespierre,