GRAMMAIRE
considérée comme le premier des sept arts libéraux. Elle formait , avec la rhétorique et la dialectique , le fameux trivium. Toutefois, elle se réduisait à l'étude des formes matérielles du latin, la seule langue que Ton crût alors digne d'être enseignée. L'idiome des Romains se modifiait cependant tous les jours par le mélange des races conquérantes et des races conquises. Dans le langage qui provenait de cette fusion, l'inversion disparaissait, les déclinaisons se confondaient entre elles, les conjugaisons avaient le même sort ; Ton voyait en même temps s'introduire de nouveaux éléments grammaticaux , l'article et les verbes auxiliaires. Dès le cinquième siècle, nous disent les laborieux bénédictins rédacteurs de l'Histoire littéraire de la France, le latin classique n'était plus étudié que comme une langue étrangère, et seulement par un petit nombre. Les lettres profanes commençaient à être regardées comme dangereuses, et la grammaire se trouvait embrassée dans l'espèce d'interdit qui les frappait. Elle se releva au siècle suivant; car nous la trouvons enseignée alors dans la plupart des écoles épiscopales. L'écrivain le plus remarquable de l'époque, cependant, Grégoire de Tours, dans les prolégomènes de son Histoire ecclésiastique des Francs, avoue ne pas connaître parfaitement lui-même les règles de la langue dont il se sert. C'est lui qui nous apprend que le roi Chilpéric voulut ajouter à l'alphabet dont on se servait de son temps les quatre lettres grecques n, H, z et v, ordonnant de corriger dans ce sens l'orthographe des anciens livres. Deux maîtres d'école , ajoute le récit , préférèrent se laisser couper les oreilles plutôt que de subir cette tyrannie grammaticale. Dans certaines écoles, il paraît
Sue l'on commençait à étendre le cercle e l'étude des langues, puisque Gontran, se trouvant à Orléans en 585, y fut harangué non-seulement en latin et en grec , mais encore en hébreu et en arabe. Au neuvième siècle, une nouvelle impulsion fut donnée aux études grammaticales. Alcuin écrivit un traité des sept arts, dans lequel il adopta pour la grammaire la forme d'un dialogue entre un Saxon et un Franc; quant au
fond, il l'emprunta tout entier à Cassiodore.
Smaragde, abbé de Saint -Mihel, et Liutbert, abbé d'Hirsange, écrivirent des commentaires sur Donat. On commença à composer des glossaires et des lexiques. Charlemagne lui-même rédigea une grammaire de la langue tudesque , laquelle est malheureusement perdue aujourd'hui. Dans les dixième et onzième siècles , la grammaire continua à être le fondement de Penseignenjent des écoles publiques.
Remi d'Auxerre commenta Priscien et Donat; et Rathier, quand il n'était encore que simple moine et précepteur d'un jeune gentilhomme provençal , composa un manuel de grammaire, qui eut quelque temps une grande vogue. Il l'avait intitulé : Spera dorsum , ou Serva dorsum, par allusion aux punitions que son emploi devait épargner aux écoliers. Un moine de Ponthierre, son contemporain, nommé Lambert, composa des notes grammaticales sur le psautier, et un traité de la quantité. Abbon , abbé de Fleuri , écrivit un rudiment latin {rudimenta puerilia)\ et Jean de Garlande, à la fois poète et grammairien , un dictionnaire des termes les plus en usage , une grammaire et un traité des synonymes. Pendant les douzième et treizième siècles , au témoignage de Guibert, abbé de Nogent , l'enseignement de la grammaire se popularisa au point de pénétrer jus-
3ue dans les villages. Le célèbre Jean e Salisbury l'enseigna à Paris trois ans. Il paraît, toutefois, que cette étude fut violemment attaquée par quelques adversaires, du reste, assez obscurs.
Elle trouva des défenseurs dans les Pères des conciles , qui , notamment à celui de Béziers, tenu en 1234 , se plaignirent, au contraire, de la négligence qu'on y apportait. Les écoles de grammaire commençaient , en effet , à être désertées pour celles de jurisprudence.
C'est , toutefois , à cette époque qu'un franciscain breton, Alexandre de Villedieu , composa , sur le traité de Priscien, un doctrinal en vers dont on se servit dans les écoles jusqu'à la publication de la grammaire du Flamand Despautère, c'est-à-dire, jusqu'au commencement du seizième siècle.
CKAJtMAinF
Malgré lè développement que prirent la langue romane et la langue française dans tes chants des troubadours et sous la plume des chroniqueurs, durant les trois siècles qui précédèrent la renaissance , ces deux idiomes, avec leur caractère parasite et leurs formes indécises , ne pouvaient encore fournir matière aux travaux des grammairiens , dont la tâche est seulement de déduire les principes quand un assez long usage a poli la langue. Cependant , dès le treizième siède , Hugues Faidit et Raymond Vidal avaient publiés, l'un sous le titre de Donatus provinciale, l'autre sous celui de la Dreita maniera de trobar, deux grammaires romanes, dont M. Guessard a dans ces derniers temps donné une savante anab"se (*)• Au quatorzième siècle, fut composé à Toulouse, sous le nom de Leys d'amor, un recueil qui contenait uné grammaire, une poétique et une rhétorique fort étendu es. L'imitation desthéories latines est un descaractè. es saillants de ces ouvrages. Quoi qu'il en soit, la basse latinité des siècles précédents continuait à être la langue des savants de toutes les nations du rit latin , et l'on paraissait même avoir abandonné le peu de culture qu'on avait un moment consacré au grec et à l'hébreu.
L'époque de la renaissance fut brillamment marquée, dans les annales de la grammaire , par les travaux de Budée sur la langue grecque, ceux des deux Scaliger , des deux Estienne , de Théodore de Bèze , sur les langues grecque , latine et française. Mnis la première grammaire française écrite en français fut celle de Geoffroy Tory, de Bourges, imprimée en 1529 avec ce titre : Le champ Jleury auquel est contenu l'art et la science de la deùe et vraye proportion des lettres attiques , qu'on ait aultrement lettres antiques et vulgairement lettres romaines proportionnées suivant le visaige et le corps humain. Ramus, dans une grammaire française qu'il dédia à Catherine de Médicis en 1562, proposa diverses réformes orthographiques dont une partie a été adoptée depuis , notamment la
(*) Bibliothèque de Ucole des chartes, 1. 1, p. ia5 et suiv.
L'UMTtfRS. oitAflftftiAlltfe
distinction dés lettres U et K l\ avait été précédé par de plus hardis novateurs , tels que Jacques Dubois OU Sylvius, auteur d'une grammaire qui vit le jour en 1531 ; Pelletier, du Mans; mais surtout Louis Meigret , de Lyon , dont on peut juger ïe système orthographique sur le titre de son livre publie en 1550, le Tretté de la grammere françoeze,fetparLoys Meigret, Lionoês{4).
Honorât Rambaud, qui vint 30 ans plus tard , ne resta pas en arrière de ses devanciers.
£u dix-septième siècle , quand fa langue, péniblement élaborée dans les siècles précédents, allait se fixer par tant de chefs-d'œuvre, nous voyons paraître la première grammaire générale , sous le titre d' Eschantillon de la grammatosophie. Elle est de François de Douchy, et porte la date de 1605. Trente ans plus tard , la fondation de l'Académie française donnait pour ainsi dire aux études grammaticales une importance officielle. Aussi les grammairiens se multiplièrent-ils rapidement ; mais, secs et pédants, ils s'attirèrent souvent les sarcasmes de leurs spirituels contemporains , qui les accusaient de ne sentir ni la délicatesse des sentiments, ni la justesse des pensées. Il est pourtant juste de dire que les travaux dé Vaugelas , de Patru , de Thomas Corneille , de Ménage , ont puissamment concouru au perfectionnement de la langue française. Nous ne devons pas oublier Chapelain qui , en rédigeant le programme des travaux de l'Académie, y avait placé en première ligne la composition d'une grammaire nationale , projet qui est, comme on sait , encore a exécuter. Antoine de Montmeran donna, en 1645, les premiers synonymes français, et en 1649 parut la première grammaire française à l'usage des écoles, composée sur'le plan du Rudiment de Despautère. Mais les gram-
(*) On voit que ces grammairiens voulaient que l'orthographe française se conformât à la prononciation. Quelques-unes de leurs réformes furent adoptées; mais la logique absolue n'est pas applicable aux modifications des langues, où d'ailleurs elle est combattue par la science unie à l'usage. Voilà pourquoi trois cents ans plus tard une pareille tentative a rencontre une pareille répulsion.
GRAMMAIRE ftlAME. àllAlàWtiTM te
mairiens dont les travaux contribuèrent le plus alors aux progrès de la science du langage , furent sans contredit les savant* Solitaires dé Port-Royal, Armuld. Nicole , Lancelot. Leurs méthodes grecque, latine, italienne, espagnole, ét surtout leur grammaire générale, rendirent un immense service à la jeunesse des collèges. A eux le mérite d'avoir démontré que c'est en français que les langues mortes doivent s'enseigner à des Français. Après leurs travaux se placent ceux de Richelet , du P. Lami , de Bouhours. La première publication grammaticale de quelque importance, au dit-huitième siècle, fut la grammaire de Régnier Desmarais, composée principalement d'après les décisions de l'Académie. Quelques années après, parurent les Synonymes de l'abbé Girard et le Traité des tropes de Dumarsais, ouvrages qui contribuèrent puissamment à renverser l'édifice gothique des anciens grammairiens. Ils furent presque immédiatement suivis des grammaires de Restaut et de Ruffier. En 1740, l'abbé d'Olivet ramena l'attention vers l'étude d'un genre de considérations trep négligé, la prosodie française. Maupertuis et Turgot firent de savantes recherches sur l'origine des langues et l'histoire des formes grammaticales.
Enfin parut l'Encyclopédie. On y distingua particulièrement les articles consacrés a la grammaire , et fournis par Beauzée et Dumarsais. On vit ensuite paraître successivement le Mécanisme det langues de l'abbé Pluche, plein d'idées ingénieuses sur la manière de les enseigner ; les précieuses notes de Duclos sur la grammaire de Port-Royal ; les grammaires de Wailly et deBeauzée, dont la dernière , malgré ses imperfections, contribua a élever le caractère des études grammaticales en France ; lé Traité de la formation des langues du président de Brosses , ouvrage qui si-
Enala l'importance de la science étymo- >gique, fort en discrédit avant lui ; les hardies spéculations de Court de Gebe- Hn sur la langue primitive, et les lumineux principes de Condillac sur la philosophie du langage. L'esprit indépendant de la philosophie du dix-huitième siècle exerça son influence sur la grammaire:
Voltaire réclama la réforme orthogra-
phique qui à pris son nom. Dans les dernières années de ce siècle fécond en nouveautés , le néologisme fit de prodigieux progrès. Champion de la grammaire , Domergue , pour lutter contre l'invasion du barbarisme, créa une académie grammaticale.
Notre siècle a été fécond en publications Sur toutes les branches de -la grammaire. L'étude comparée des lanues a immensément élargi le domaine e la science. Nous avons dû à l'étude de la philologie orientale et à celle de l'idéologie, les deux grammaires générales de Sylvestre de Sacy et de Destut de Tracy. LeTelliér, Lemare, Girault-Du- Vivier, Noël , Chapsal , Boniface , etc., ont contribué à simplifier et à populariser les principes delà grammaire nationale; Lhomond, Guéroult, Burnouf, Ad.
Régnier, Longueville, etc. , ont aplani à la jeunesse des écoles les difficultés des langues classiques ; l'abbé de la Rue, Raynouard , Gustave Fallût, et F. Guessard, ont reconstruit dans leurs savants travaux les idiomes français du moyen âge; Abel deRémusatet son savant successeur Stanislas Julien ont mis dans tout son jour la simplicité de la langue de la Chine; deChézy nous a initiés aux savantes formes de la langue des brahmes ; Champoliion le jeune nous a dévoilé les secrets de l'écriture des Pharaons ; E. Burnouf retrouve la langue de Zoroastre et nous en révèle la grammaire; Klaproth et Eichhoff nous font toucher le lien oui réunit tous les idiomes ; et Ch. Nodier, dans quelques pages pleines d'esprit , essaye de populariser enfin chez nous la linguistique , la plus haute branche des études grammaticales.
Malgré ces noms et ces travaux , il reste encore beaucoup à faire, surtout dans l'étude de notre grammaire nationale. C'est un Champ où le nombre des travailleurs n'est pas en proportion avec les richesses qui y sont enfouies.
Grammont (famille de). Cette maison , essentiellement distincte de celle de Gramont , est une branche de la famille des hauts barons de Granges, au comté de Bourgogne. Elle a pris son nom d'un château fort situé entre Vesoul et Montbéliard et ruiné par Louis XI. Cette seigneurie fut achetée au treizième siècle par un fils du sire de
GRAMMONT L'UNIVERS. GRÀMMONT
Granges, et érigée en comté en 1656 par le roi Philippe IV; car les Grammont ne servirent la France qu'après avoir servi les comtes de Montbéliard , les ducs de Bourgogne, et enfin l'Espagne, jusqu'à la conquête de la Franche- Comté. La terre de Villersexel touchant à celle de Grammont , et devenue le séjour du chef de la famille , fut érigée en marquisat en 1718 , pour Michel de Grammont, mort doyen des lieutenants généraux comme son fils Pierre (1795).
Les frères aînés de Michel étaient François-Joseph, archevêque de Besançon, mort en 1717 , et Ferdinand, mort en 1728, commandant de la Franche-Comté, et père d'Antoine- Pierre II, qui fut d'abord mestre de camp de cavalerie, puis archevêque de Besançon (1735). Un autre Grammont , Antoine- Pierre Ier , avait occupé le même siège métropolitain jusqu'à sa mort, en 1698; et c'est à ces trois prélats que la famille doit surtout sa popularité, son illustration dans la province ; car le grand hôpital Saint- Jacques à Besançon, l'archevêché, le grand séminaire, et beaucoup d'autres monuments et fondations de piété ou de bienfaisance , leur doivent leur origine.
Alexandre - Thêodule , marquis de Grammont, a été, depuis 1815, député de la Haute-Saône pour l'arrondissement de Lure, où est située la terre de Villersexel. Beau-frère de la Fayette, il partageait ses principes politiques.
Les armes des Grammont sont : De gueules à la croix de Saint- André, au sautoir dyor écartelé de trois têtes couronnées d'or à trois pointes. On raconte , pour expliquer cet emblème , aue Gui, sire de Granges, reçut en 1 162, à leur passage , les rameuses reliques des trois rois mages, que Frédéric Barberousse envoyait de Milan à Cologne, fut préposé à leur garde, et obtint alors des armoiries rappelant cette glorieuse fonction. De là aussi la devise de ses descendants : Dieu aide au gardien des rois. De là enfin le privilège qu'ils partageaient avec les princes souverains, d'entrer avec l'épée au côté dans la chapelle de la cathédrale de Cologne où sont déposés les trois corps , privilège dont ils usèrent encore au dernier siècle.
Grammont ou Gbandmont , flibustier célèbre , servit d'abord dans la marine , se distingua par sa bravoure et son intelligence , et fut chargé du commandement d'un bâtiment armé en course, avec lequel il s'empara d'une fltlte hollandaise de la valeur de 400,000 f. Ayant dissipé cette somme en débauches, il s'enfuit à Saint-Domingue, se joignit aux flibustiers, et s'empara en 1685 de la ville de Campêche. (Voyez Campéche [prise de] et Flibustiers.) En récompense de cette action , Grammont reçut le titre de lieutenant du roi. II partit en 1686 avec 180 hommes sur un seul bâtiment, pour tenter de nouvelles expéditions ; mais depuis cette époque on n'entendit plus parler de lui.
Grammontins. Dans la seconde moitié du onzième siècle, le fils d'un vicomte de Thiers en Auvergne, nommé Etienne, s'était retiré sur la montagne de Muret en Limousin, pour y vivre dans la mortification de la prière. Des prosélytes nombreux se réunirent autour de lui , et en 1076, Grégoire VII lui accorda une bulle pour la fondation d'un ordre monastique de la règle de Saint-Benoît.
Après sa mort, arrivée en 1124, ses disciples , prenant avec eux le corps de leur saint fondateur , quittèrent aussi Muret pour s'établir à Grand -Mont (Grandimontium), localité située aussi dans la Marehe limousine , à une lieue de Muret, dans les montagnes et au milieu des bois. Henri 1er, Henri II, Richard Cœur de lion, et Henri III d'Angleterre , bâtirent leur église et leur couvent ; plusieurs papes les reconnurent, et ils obtinrent d'être immédiatement soumis au saint-siége. Ils eurent des prieurs jusqu'en 1318, et, à partir de cette époque, des abbés électifs exerçant la justice du lieu pour le temporel.
La règle du monastère était fort rigoureuse. On prétend que les grammontins furent les premiers à user de la flagellation. Cet ordre fut supprimé en 1769.
Au pied de l'abbaye s'était formée une petite ville qui en prit le nom.
Grandmont, aujourd'hui située dans le département de la Haute-Vienne , était autrefois comprise dans la Marche. Au dix-huitième siècle, elle comptait 1,100
habitants. Cette population est doublée , aujourd'hui (2,239 hab.) 1
Gramont (famille de). — La généaloçie de cette maison , dont le nom s'écrit improprement Grammont, commence a Sanche Oarcic d'Jure, auteur de la branche d'Eure. Ce personnage, vicomte d'Arboust, seigneur de Montalban et de Salles , etc. , rendit hommage de ses fiefs, en 1381 , au comte de Foix. Ses descendants acquirent aussi, en 1490, le vicomte d'ester en Bigorre , et en conservèrent la qualification.
Quant au nom de Gramont , il leur vient d'un bourg de l'ancienne basse Navarre au pays de Labour, entre Saint- Palais et Bidache.
On trouve parmi eux des illustrations a divers titres. Roger de Gramont, sieur de Bidache, fut ambassadeur à Rome sous Louis XII. Deux de ses fils devinrent, l'un archevêque de Bordeaux, l'autre cardinal. Ce dernier portait le prénom de Gabriel. François Ier le chargea de plusieurs missions délicates, dont il s'acquitta avec habileté; mais il échoua dans son ambassade auprès de Henri VIII; et, après avoir conseillé le divorce de ce prince dans l'espoir de lui faire épouser la duchesse d'Alençon , il vit Anne de Boulen monter sur le trône. Ses efforts, toutefois, et ses services furent récompensés par le titre d'ambassadeur du roi à Rome, par l'évêché de Poitiers, et ensuite par l'archevêché de Toulouse. Il mourut dans son château de Balma , près de cette dernière ville, en 1534.
La petite- fille de Roger, devenue héritière de la maison, épousa, en 1525, MenaudcTAure, vicomte d'Aster, et ce fut le fils issu de ce mariage , Antoine dAure, qui fut substitué aux nom et armes de Gramont. Il servit Henri II et Henri III , de même que son père avait servi François Ier. Philibert de Gramont, comte de Guiche, épousa Diane d'Andouins, la belle Corisandre, qui fut m u'tresse de Henri IV. Ainsi le nom de Gramont était fort avili à cette époque; car il avait aussi figuré à côté de ceux des mignons Quélus, Maugiron , Livarot, etc., et dune manière tout aussi peu honorable.
On sait que madame de Gramont, comtesse de Guiche, eut la satisfaction
T. ix. 5* Uvraison. (Dict. rncyc
de voir le Béarnais déposer à ses genoux les dépouilles et les drapeaux qu'il venait de prendre à la bataille de Coutras.
« Ce fut un grand mécontentement à tous les capitaines réformés, quand le roi de Navarre, n'ayant donné que le lendemain à voir son gain, méprisa les villes de Saintonge et de Poitou qui ne lui pouvoient manquer, ou, selon le désir de plusieurs , d'aller tendre la main à son armée étrangère, qui dès lors approchoit la rivière de Loire. Il donna toutes ces paroles au vent, et sa victoire à l'amour; car, avec une troupe de cavalerie, il perça toute la Gascogne, pour aller porter vingt-deux drapeaux d'ordonnance et quelques autres à la comtesse de Gramont, alors en Béarn. »
Tel est le récit de d'Aubigné(*).
Les Économies royales de Sully ne jugent pas moins sévèrement cet acte de coupable vanité, ce coup de téte insensé. « Au bout de huit jours, tous les fruits espérés d'une si grande et si signalée victoire s'en allèrent en vent et en fumée. »
Ajoutons cependant que lorsque le roi de Navarre devint amoureux de Diane d'Andouins, elle était veuve depuis l'an 1580 (son mari était mort des suites d'une blessure reçue au siège de la Fère); que pour aider son amant elle vendit ses diamants, engagea ses biens, et lui envoya a diverses reprises des levées considérables de Gascons enrôlés à ses frais (**). Mais la reconnaissance n'était pas la plus grande vertu du Béarnais. La belle Corisandre perdit avec ses charmes tout l'amour de Henri, et mourut oubliée vers 1620. Avant de mourir, la comtesse avait au moins eu la consolation de se venger des mépris de Henri IV, en lui suscitant par ses intrigues une foule d'embarras. Le dépit en avait fait une ennemie dangereuse.
Les lettres que ce prince vert-galant lui écrivait sont aujourd'hui à la biblio-
(*) Tome III, liv. I, chap. i5.
(**) L'auteur de l'article Grammort, dans X Encyclopédie des gens du monde , a oublié de ci 1er ce fait parmi les services considérables que la bette Corisandre rendit au roi pendant les guerres de religion , et par lesquelles elle racheta sa faiblesse.
66 GHAMONT L'UNIVERS. GRAXCEY
thèque de l'Arsenal : elles ont été publiées dans le Mercure, année 1765 et suivantes.
Le comté de Gramont fut érigé en duché par brevet, en 1643, en faveur & Antoine //, vicomte d'Aster et de Louvigny. Antoine III, maréchal de France , vice-roi de Navarre, fils du précédent, fut compris au même brevet, et créé duc et pair pour ses hoirs mâles en 1648. Il mourut eu 1678, emportant la réputation d'un courtisan délié. On a de lui des Mémoires (2 vol. in- 12) publiés par son fils. Ils sont loin d'avoir le charme de ceux du comte son frère; mais ils contiennent des détails intéressants sur ses négociations en Allemagne et en Kspagne, et sur les faits militaires de l'époque.
Son frère était ce célèbre Philibert, comte de Gramont, celui dont Hamilton , son be»u-frère , a rédigé les mémoires. Il entra fort jeune au service, fit ses premières armes sous Condé et Turenne, et se signala par sa bravoure chevaleresque à plusieurs batailles et sièges mémorables, notamment à la journée des lignes d'Arras, à la conquête de la Franche-Comté et dans la guerre de Hollande.
On lit, dans une lettre de madame de Sévigné, qu'un jour chez le grand dauphin, en présence de Louis XIV, il exposa les chances qu'il avait eues pour appartenir à la famille royale, et en prit le roi lui-même à témoin , exprimant cette plaisante idée p>ut-étre un peu moins brusquement que dans ces lignes que lui prête Hamilton r « Moi, je ne « sais peut-être pas qu'il n'a tenu qu'à « mon père d'être (ils de Henri IV ! Le « roi voulait à toute force le recounaî- « tre, et jamais ce traître d'homme n'y « voulut consentir. Voyez un peu ce « que ce serait que les Gramont sans ce « beau travers ! Ils auraient le pas de- « vaut les Césars de Vendôme! »
Exile de la cour pour avoir osé disputer à Louis XIV le cœur de madame Lamotte Houdancour, Gramont se rendit en Angleterre, où sa gaieté, son amour du plaisir, son esprit, la légèreté de son caractère et de ses mœurs, et surtout son adresse au jeu, lui rendirent son exil très-agréable. Il mourut en 1707, âgé de quatre-vingt-six ans.
Saint-Évremont , Bussy-Rabutin , Hamilton , etc. , ont donné d'amples détails sur le caractère et les aventures de cet épicurien illustre.
Antoine IV de Gramont, petit-fils du duc Antoine, mort en 1678, rendit de meilleurs services à la guerre que dans la diplomatie. Sa confiance présomptueuse le fit échouer auprès de Philippe V et de la reine son épouse, et le força de revenir en France en 1705. Il mourut en 1725.
Le duc de Gramont, dont la coupable désobéissance nous valut, en 1743, la défaite de Dettingen (et ce n'est pas la seule bataille que nous ait fait perdre la trahison ou l'ineptie d'un Gramont (*) ! ), était Louis y lieutenant général, colonel des gardes françaises et gouverneur de Navarre (**). Il expia du moins sa faute sur le champ de bataille de Fontenoi , où il fut tué d'un coup de canon. Les ducs ou comtes issus de Louis ont continué à suivre la carrière militaire. Le dernier pair de France du nom de Gramont était lieutenant général, capitaine des gardes du corps de Charles X. Il est mort en 1836.
Grancey (famille de ).— La seigneurie de Grancey-le-Châtel ayant passé par mariage au comte de Montrevel, Joachiui , fils de ce gentilhomme, obtint de Henri II l'érection de Grancey et de Château-Villain en comté. L'unique héritière de Joachim mourut sans postérité; alors le comté échut à sa tante, mariée en secondes noces à Jean de Hautemer, seigneur de Fervaques, dont le fils, le fameux Fervaques, ami de Henri IV ( voyez son article ) , vit ériger son comté en duché-pairie par lettres non enregistrées de l'année 1611.
Fervaques, maréchal de France, mourut sans postérité mâle en 1613, laissant le comté à une de ses filles, mariée à Pierre Rouxel , baron de Médavy. De ce mariage naquit Jacques , comte de Grancey, devenu maréchal en 1651, et dont le petit-fils fut promu à la même
(*) Voye* Fostar a b i e (balaillede) et HhkifEcouRT (bataille de).
(**) V Encyclopédie des gens du monde le cite néanmoins parmi les Gramont qui ont Jeté le plus d'éclat sur la pairie française et se sont le plus distingués dans la carrière des armes.
GRAVDCHAMP FRAI
dignité en 1724. La maison de Grancey s'éteignit en 1729 avec l'oncle de ce dernier.
Mademoiselle de Grancey, fille du maréchal, ne se maria point. « Elle avoit été fort galante, dit Saint-Simon , et avoit longtemps gouverné le Palais- Royal sous le stérile personnage de maîtresse de Monsieur, qui avoit d'autres goûts qu'il crut longtemps masquer par là; mais elle gouvernoit en effet par le pouvoir entier qu'elle avoit, toujours eu sur le chevalier de Lorraine. Monsieur, pour la faire appeler madame, l'avoit faite dame d'atours de la reine d' Espagne, sa fille. » La princesse Palatine * mère du régent, complète ainsi ce portrait dans ses Mémoires. « Cette femme tiroit profit de toute ma maison , et personne n'achetoit une charge chez nous sans être obligé de payer un potde-vin a la Grancey. Elle n'a voit jamais rien ftit que jouer avec ses amants jusqu'à cinq ou six heures du matin , se régaler, fumer du tabac, et puis suivre ses goûts habituels , etc. »
Gbancey-le-Chatel, qui a donné son nom à la famille dont il est question dans l'article précédent, est une jolie petite ville située dans le département de la Côte-d'Or, sur les conlins de la Haute-Marne. Elle est encore dominée par son château. Sa population s'élève a 650 habitants.
Grand aumônier ; — Baillt; — Bouteiller; — Chambellan; — Chancelier; — Échanson;- Écuyer; Fauconnier ; — Forestier ; — Panetieb;— Pbévôt; — Queux; — Sénéchal; - Veneur. Voyez Aumônier, Bailli , etc.
Gband'chambre; — Conseil. Voy.
Chambre et Conseil.
Gbandchamp (combats de). — L'arrestation de Cormatin (*) , au moment
(*) Cet homme qui s'appelait Dezoteux et prenait le titre de baron de Cormatin, étant employé comme officier d'étal -major, sous les ordres de Rouillé, à Metz , travailla à faciliter ievasion de Louis XVI, et émigra quelque temps après. Rentré en France, on le nomma lieutenant de la garde constitu- {•onnelledu roi; mais, après le io août 179a, •I émigra de nouveau. En 1794.il était major général de la Puisaye , chef des insurgés sur la droite de la Loire; et, en celle qualité