HISTORIOGRAPHES L'UNIVERS. HISTORIOGRAPHES
modernes. Charles-Quint, rêvant la conquête de la France, en 1536, recommanda à Paul Jove de se munir de plumes et d'encre , pour transmettre à fa postérité le récit de ses hauts faits. Venise elle-même avait son historiographe, et c'était un noble du sénat qui remplissait cette fonction dans la république. En France, Éginhard, Nithard, Joinville, Froissart, les religieux de Saint-Denis, Alain Chartier, Nicole Gilles, Philippe de Comines, peuvent, sous plusieurs rapports, recevoir le nom d historiographes de France. On voit dans les lettres de Louis XI , que ses notaires, ses secrétaires, étaient particulièrement institués pour rédiger en bon style l'histoire des nobles et louables faits qui pouvaient se passer dans le royaume. Enfin, Jean d'Auton et Denys Sauvage ont pris la quai i té d'historiographes, et comme tels ont reçu des bienfaits de plusieurs rois, dépendant il n'existait point encore de charge fixe d'historiographe donnant droit à des appointements déterminés ; c'est sous Charles IX seulement que le brevet décerné par les rois conféra aux historiens appointés par la cour le titre et la charge d'historiographes de France.
Charles Sorel, qui a fait précéder l'histoire de Louis XIII , par Charles Bernard, de quelques pages sur les historiographes de France , établit une distinction très-tranchée entre ces dignitaires et les historiographes du roi.
La première charge est unique, dit-il, et bien que ceux qui en sont revêtus n'aient aucune autorité sur leurs confrères , il n'en est pas moins vrai qu'ils sont beaucoup au-dessus d'eux. 11 reconnaît ainsi comme se succédant à la place d'historiographes de France du Haillan, Pierre Mathieu et Ch. Bernard. Malheureusement pour ce système , les trois écrivains que nous venons de nommer ne sont pas les seuls qui prennent dans leurs livres ou auxquels les documents contemporains donnent le titre d'historiographes de France pendant qu'ils exerçaient encore leur charge; quelques historiographes sont appelés indistinctement historiographes du roi et historiographes de France. Le titre de conseiller d'État que l'on croyait exclusivement attaché à cette
dernière qualité, accompagne souvent celle d'historiographe du roi. Enfin, les appointements réservés à ces deux prétendues fonctions ne sont pas plus élevés pour celle qu'on regarde comme la plus importante que pour l'autre.
Nous allons essayer de donner une liste aussi complète que possible des historiographes de France et du roi, parmi lesquels on compte plusieurs de nos plus illustres écrivains.
Me Pierre Pascal, né en 1522, figure dans les registres de l'épargne à la chambre des comptes, en 1561, 1563 et 1564, pour une somme annuelle de 1200 liv. de pension qu'il recevait comme historiographe de France. « Il « sut, dit Duverdier, tirer de l'espargne « 1200 liv. de gages chacun an, pour « faire l'histoire de France, et pour en « tirer bonne espérance , semoit de pe- « tits billets portant ces mots : P. Pas- « chalii liber quartus rerum a Fran- « cis gestarum : jaçoit qu'il n'en eût « pas fait seulement six feuillets lors- « qu'il mourut.» Sa mort arriva en 1565.
François de Belle fobest, né en 1530, mourut en 1583. Son ouvrage intitulé .- ■■■ Histoire des neuf rois de « France qui ont eu le nom de Charles, » lui valut de Charles IX la place d'historiographe de France. Belleforest, dans ses Grandes annales et histoire générale de France (1579), prend le titre $ Annaliste du roi.
Bernard de Girard, seigneur du Haillan, historiographe de France, secrétaire du duc d'Anjou frère du roi, et généalogiste de l'ordre du Saint- Esprit. Charles Sorel, dans le petit traité cité plus haut, le donne comme le premier historiographe de France ; ce serait même pour lui , suivant du Haillan lui-même, que cette charge aurait été érigée en titre d'office. Il est porté, de 1571 à 1576, dans les comptes de l'épargne, pour 1200 liv. de pension; nommé plus tard secrétaire du roi et de ses finances, il reçut 600 écus et même 1200. Du Haillan , né vers 1537, mourut en 1610. II a composé, entre autres ouvrages , une Histoire de France depuis Pharamond jusqu'à ta mort de Charles /'//, un livre sur Y État et succès des affaires de France, et un Traité des devoirs de l homme,
recueilli en forme ctEpitome des cm- — De la noblesse , ancienneté, remar-
vers de Cicéron. ques et mérites d'honneur de la troi-
/ea»BEBNABD,pensionnéàl200livM sième maison de France (1587). — Les
était chroniqueur et historiographe du fastes des anciens Hébreux, Grecs et
roy es langues angloise et galoise, Romains. — La Bibliothèque historiale
islandoise etécossoise, en 1572, 1573 (1588). — Recueil de l'histoire de l'É-
et 1574 • glise(1601).
Gabriel Chàppuis succéda à Belle- Jean de Serbes, auteur du Vèriforest dans sa place d'historiographe table inventaire de l'histoire de France, de France. En 1591 il recevait 1000 écus publié pour la première fois en 1597 , de gages comme annaliste et garde de prend dans cet ouvrage le titre iïhistola librairie du roy. Henri IV le nomma, riographe de France. Ministre protesen 1596, son secrétaire interprète pour tant, il fut obligé de se retirer a Laula langue espagnole , et sa pension fut sanne après la Saint-Barthélemy. On alors élevée à 2,000 écus. Chàppuis lui doit une vie latine de l'amiral de mourut en 1611. Le P. Nicéron donne Coligny , et des Mémoires de la troiles titres de soixante-huit ouvrages sième guerre civile et des troubles de composés par lui, et la Biographie uni- l Etat de France depuis le 23 mars 1568 verselle augmente cette liste de plus de jusqu'au 4 mai 1569. 11 mourut, ditneuf autres, on, empoisonné en 1598, à l'âge de
Nicolas Vignier, né en 1530, se re- cinquante ans. tira en Allemagne pour y professer en Claude Fauchet, né en 1529, a puliberté la religion calviniste persécutée blié, en 1579, ses Antiquités gauloises. dans sa patrie. Après avoir exercé la Quelques vers adressés à Henri IV, qui médecine à l'étranger, il se convertit avait fait exécuter en marbre le buste au catholicisme, rentra en France, et de Fauchet et en parlait à cet écrivain Henri III le nomma son historiographe comme d'une récompense honorable et son médecin. Le brevet est du 5 de ses travaux, lui valurent, dit-on, septembre 1585; il fut confirmé en 1594, une pension de 600 écus et le titre avec arrêt de vérification de la chambre d'historiographe. Il mourut en 1601. du 27 octobre de la môme année. On Pierre Mathieu , qui a laissé un lit dans le compte de 1595 : « A Nicolas grand nombre d'ouvrages de toute na- « Vignier, historiographe du roy, ture, des poésies, des tragédies, des « 500 escus sol. sur et en déduction livresdedroitcanonique, d'histoire, etc., « de la somme de 2800 escus sol. que naquit en 1564. Il ne fut appelé, suivant « le roy , par ses lettres patentes, don- quelques auteurs, à la charge d'histo- « nées à Paris le 18 octobre 1594 , a riographe de France qu'après la mort « ordonnées pour sept années de ses de du Haillan (1610). Mais il en prend « gaigexes et pensions qui lui estoient la qualité dès l'an 1606 , dans l'épître « dues à raison de 400 escus par an qui dédicatoire de son histoire de France. « lui avoient été cy devant accordés par On voit d'ailleurs , par les comptes de « le feu roy dernier décédé, icelle somme la chambre, qu'il recevait 2,400 liv. de « à luy ordonnée en considération mes- pension de Henri IV, et que Louis XIII «• mement des bons, fidels et laborieux augmenta seulement cette somme de « services qu'il a cy devant faits aux 1,800 liv. prélevées sur celle que rece- • feux roys et encour maintenant près vait du Haillan comme historiographe « de sa ditte majesté à la recherche de de France.
« plusieurs bons et rares livres et im- Nicolas Prou, seigneur des Car-
« pressions d'iceulx, et pour luy donner mana> fut pourvu le 10 avril 1611 de
«plus de moien de continuer ses dits la charge d'historiographe latin, va-
« services et de mettre en lumière plu- cante par la mort de M. George Crit-
« sieurs autres livres qu'il avoit prêt de ton, à raison de 600 liv. de pension,
n faire imprimer. » Les principaux ou- Cette somme fut portée plus tard jus-
vrages de Vignier sont : lierum Bur~ qu'à 1,200 liv.
gundiorum chronicum (1575). — Som- Julien Pellens, avocat en parlemaire de l'histoire des François (1579). ment, historiographe du roi, par brevet
T. ix. 28e Livraison. (Dict. bncycx., etc.) 28
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du 3 mars 164 J, finit par avoir, comme riographe lui fut accorde à la mort de
son collègue Nicolas Prou, une pension Pierre Mathieu, par brevet du 15 oc-
de 1,200 liv. tobre 1621.
Jacob de la Baudouèbe figure dans Nicolas Rénouabd. Ce personnage,
les comptes de 1613 et 1614 pour qui figure dans les comptes de l'épargne
1,200 liv. tourn. de pension. comme historiographe, depuis 1621
Jérémie Ffbbieb, né à Nîmes dans jusqu'en 1628, n'est point nommé dans
le milieu du seizième siècle , se con- la biographie universelle. Il en est de
vertjt à la religion catholique , après même , au reste , de plusieurs de ceux
avoir été ministre protestant , devint de ces dignitaires que nous avons ins-
historiographe du roi à 600 liv. de pen- crits dans notre liste, comme Jean
sion, et mourut en 1626. Il a publié Bernard, Nie. Prou, Julien Pellens,
le Catholique d'État , ou Discours po- Jacob de Baudouère, Gollefer, de Bré-
litique des alliances du roi très-chré- ville, Auger, Billon, elc.
tien contre les calomnies des enneiAis Jean-Louis Guez , seigneur de Bax-
politiques de son État (1625). zac , membre de l'Académie française,
André Duchesne, né en 1584, au- naquit à Angoulême en 1594, et reçut
teur de la première collection des histo- de Richelieu une pension de 2,000 liv.,
riens de France, fut géographe et his- avec le brevet de conseiller d'état. Il
toriographe du roi. Il mourut, en 1640, était historiographe du roi dès l'année
écrasé par une charrette. 1627. Sa mort arriva en 1655.
Scèvoleet Louis de Sainte-Mabthe, Gollefeb. On lit dans le compte de
frères jumeaux et fils puînés du célèbre l'épargne de 1630 : « Au sieur Gollefer,
Scévole de Sainte-Marthe, naquirent en « historiographe du roy , 3,000 liv. de
1571 , et furent tous deux historiogra- « pension. »
phes de France et conseillers du roi. Théodore Godefboy , fils du juris-
Ils sont inscrits aux comptes de l'épar- consulte G odefroy, né à Genève le 17 juil-
gne, depuis 1520 jusqu'en 1543, comme let 1580, lut gratifié du titre d'historio-
recevant chacun, pour leur charge d'Iris- graphe du rui, par brevet du 28 fé-
toriographes , 1,500 liv. de pension. A vrier 1632, et de 3,600 liv. de pension
vjngt-six ans ils avaient commencé leur par lettres du 4 mai de la même année,
histoire généalogique de la maison de II est l'auteur, entre autres ouvrages,
France qui fut publiée en 1619. Ils fi- des Statuta Galliœ, juxta Franco-
rent paraître aussi l'histoire généalo- rww, Bu rgundionum , Gothorum et
gique de la maison de Beauveau, et yinglorum in ea dominantium (Franc-
avancèrent beaucoup le Gallia chris- fort). Godefroy mourut en 1652.
tiana, qui fut terminé par Pierre Abel Jean Sihmond , neveu du savant jé-
et Nicolas de Sainte-Marthe, fils de suite Jacques Sirmond, né à Riom vers
Scévole, et mis au jour en 1556. 1589, obtint le titre d'historiographe
D. Denys de Sainte-Marthe a donné une du roi, avec un traitement de 1,200
partie de la seconde édition de cet im- écus, en récompense du zèle qu'il avait
portant ouvrage. montré à répondre aux pamphlets des
Scipion Dupleix, né en 1569, est ennemis de Richelieu. Il fut admis à
l'auteur des Mémoires des Gaules de- l'Académie en 1634, et, après la mort
puis le déluge jusqu'à l'établissement de Richelieu, se retira en Auvergne où
de la monarchie française. Il fut il mourut (1649). Il a laissé plusieurs
nommé, sous Louis XÎII, historio- ouvrages historiques et politiques,
graphe de France et conseiller d'État, De Bbéville. Cet historiographe
et mourut au mois de mars 1661. figure dans le compte de 1638, comme
Charles Bebnabd, conseiller du roi, ayant reçu 1,000 livres pour reste de
son lecteur ordinaire, historiographe sa pension de cette année.
de France, naquit a Paris le 25 décem- Pierre Dupuy , né en 1582. La fa-
bre 1571 , et mourut en 1640. Il con- mille des Dupuy a été féconde en hom-
sacra une partie de sa vie à des travaux mes de mérite : "Claude , élève de Cujas ,
sur l'histoire de France (voyez sur cet et conseiller au parlement ; Christophe,
écrivain les mémoires du P. Nicéron , 6on fils, auteur du Perronia?ia, procu-
t. xxvm, p. 326). La charge d'histo- reur général des chartreux ; Pierre , qui
fut conseiller du roi, garde de la bibliothèque et historiographe. C'est à lui que s'applique le passage suivant des comptes de l'épargne : « Aux sieurs Dupuy et Godetroy, historiographes de Sa Majesté, la somme de 5,400 livres pour trois quartiers de leurs appointei nens. »
Pierre Scévole de Ste-Marthe , fils de l'historiographe Scévole de Ste-Marthe, fut historiographe comme son père et maître d'hôtel du roi, et mourut en 1690. Il a publié en 1649 la Table généalogique de la maison de France.
— En 1670 , Y État des cours de t Europe et particulièrement de la France.
— En 1673, un Traité historique des armes de France et de Navarre, et de leur origine. — Et en 1685 , V Europe vivante , ou Vétat des rois et princes souverains et autres personnages vivons en 1685.
Brisacier. Ce personnage est appelé historiographe du roi dans un compte de 1643 , et historiographe de France dans celui de 1646. Trois membres de la famille Brisacier sont connus : Jean, né en 1603, jésuite et recteur du collège de Clermont à Paris ; Jacques-Charles et Nicol.is.
Jean Puget de la Sebbe naquit à Toulouse vers 1600. Il acquit de puissants protecteurs en ad ressant aux grands des éloges exagérés, et Gaston d'Orléans le nomma son bibliothécaire. Il fut nommé , peu de temps après , conseiller d'État et historiographe. Il mourut en 1665. On a de lui plusieurs tragédies. Il avait annoncé, peu de temps avant sa mort, la publication d'un journal littéraire intitulé le Mercure.
Baltazar , mentionné comme historiographe du roi dans le compte de 1647, est peut-être le même que Christophe Baltazar, avocat du roi à Auxerre, né en 1588, qui a publié plusieurs traités sur les droits de la France en Espagne et à l'Empire.
De Billon, historiographe deFrance et conseiller d'État, recevait, en 1646, 1,200 livres pour son entretenement.
l^a Biographie universelle ne parle que d'un François de Billon qui vivait au seizième siècle, et auquel on doit un ouvrage intitulé : Le fort inexpugnable de V honneur du sexe féminin.
Pierre Costar qu Coustabt , historiographe du roi .naquit en 1603 et mourut en 1660. Chapelle et Bachaumont mentionnent en ces termes, dans leur rouage, les opinions littéraires des précieuses de Montauban :
Les unes disoieut que Ménage Avait l'air et l'esprit galant , Que Chapelain n'étoil pas sage, Que Costar n'étoit pas pédant.
Henri de Valois , seigneur dOrcè, naquit à Paris le 10 septembre 1603, obtint la faveur de Mazarin , et devint historiographe du roi. Il mourut en 1676, après avoir publié des extraits de Polybe et de Diodore de Sicile, Ammien Marcellin, Eusèbe, Socrate, Sozomène, Théodoret, Évagre, et des traités de critique.
Adrien de Valois , le célèbre auteur des Cesta Francorum seu rerum Francicarum , et de la Notifia Galliarum ordiue litterarum digesta , était frère de Henri dont il vient d'être parlé, et fut aussi nommé historiographe à 1,200 livres de pension.
Denys Godefboy , fils de Théodore, né à Paris le 24 août 1615, fut fait historiographe du roi Louis XIII, le 27 mai 1640, aux appointements de 360 livres , pour en jouir en survivance de son père. En 1650, sa pension se montait a 2,000 livres.
Augeb ou Oger est porté dans les comptes de l'épargne de 1649, comme historiographe du roi , et comme recevant en cette qualité 600 livres de pension.
André Félibien , né à Chartres en 1619 , était secrétaire d'ambassade en 1647. Il fut appelé à la cour par Colbert , et devint historiographe du roi , et membre ue l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Son ûls, Michel Félibien, est l'auteur de l'histoire de Paris terminée par D. Lobineau-
Duchesne , fils d'André Duchesne , était, en 1657, historiographe du roi à 2,400 livres de pension. On le trouve à cette époque mentionné avec Costar dans les comptes de l'épargne.
François-Eudes de Mézeray naquit en 1610, et fit paraître, très-jeune encore, les premiers volumes de son Histoire de France. Le chancelier Séguîer lui avait fait donner une pension et un