HUET
cantonnements occupés par les troupes du maréchal. Le 1er octobre , une colonne composée de 2,000 hommes d'infanterie et de 300 chevaux vint assaillir à Timproviste le poste d'Huescar , que défendaient une compagnie du 43" régiment de ligne et 50 dragons du 12e régiment. Les Espagnols avaient manoeuvré de façon à envelopper notre faible détachement, et à lui couper la retraite sur Velez-el-Rubio, celui de nos autres postes qui était le moins éloigné ; mais le chef d'escadron Lenournt exécuta une charge si habile et si brillante que les assaillants furent contraints de se replier en désordre sur Lorca , après avoir perdu au moins 300 des leurs, tués ou blessés.
Huet (Paul), paysagiste, est né à Paris le 8 octobre 1806. Élève de Guérin et de Gros, il n'a cependant pas adopté le genre de peinture auquel semblaient l'appeler les leçons de ces maîtres.
Porté par son goût et son caractère à la contemplation des grands spectacles de la nature , il chercha à les reproduire sur la toile.Toutefois maître de son pinceau , il ne voulut pas faire de nouvelles études sous un professeur spécial , et pensa que la nature était le meilleur guide qui lui convînt; il crut même pouvoir ouvrir pour le paysage une voie nouvelle, danslaquelle 1 ont suivi beaucoup de jeunes peintres de nos jours.
Il avait vingt et un ans lorsqu'il exposa pour la première fois au salon de 1827, mielques tableaux qui ne passèrent pas inaperçus. Quatre ans après, car à cette époque les expositions n'étaient pas annuelles, au salon de 1831, M. Huet donna, avec plusieurs autres tableaux, une vue de Rouen qui lui valut une grande médaille. Ilavaitaussi exécute avec M. Colin les tableaux du Diorama Montesquieu.
Ses ouvrages sont presque tous des paysages composés, et l'on y trouve, avec une heureuse imitation de la nature, une teinte remarquable de mélancolie. Nous citerons entre autres, outre la vue de Rouen dont nous avons déjà parlé , une Soirée d'automne et une Matinée de printemps : les Environs d'Honfleur, paysage ou la marine tient une place importante ; un Torrent en Italie; Souvenirs d'Auvergne ; plusieurs intérieurs de forêts.
On doit aussi à cet artiste quelques collections de lithographies et plusieurs gravures à l'eau-forte, d'une grande dimension et d'un travail I très-remarquable.
Huet (Pierre Daniel) , évéque d'Avranches , naquit à Caen en 1630. Mathématicien habile, philosophe et théologien, savant philologue, élégant poète latin , peu d'hommes ont joui au dixseptième siècle d'une réputation plus haute et plus étendue. A vingt-deux ans il fit avec Bochart , son compatriote et son guide en érudition , le voyage de Suède , et il en rapporta une copie des commentaires inédits d'Origène sur l'Écriture sainte. A son retour il s'occupa de la traduction de ces commentaires, qui parut en 1668. Deux ans plus tard, la place de précepteur de Charles-Gustave, successeur de Christine, lui fut offerte en Suède, mais il refusa. En 1670, Bossuet ayant été chargé de l'éducation du Dauphin, Huet fut choisi pour l'assister dans cette tâche, avec le titre de sous- précepteur. Il conçut alors, d'après une idée du duc de Montausier, le plan de ces belles éditions des classiques latins , dont le titre (ad usum Delphini) indique la destination , et ce fut lui qui en dirigea; l'exécution. Il fut reçu a l'Académie française en 1674. Quoique âgé de quarante-six ans , il n'était encore que tonsuré en 1676; il prit alors les ordres sacrés , et deux ans plus tard, en récompense de ses services, Louis XIV lui donna l'abbaye d'Aulnay, près de Caen. En 1685 il fut nommé évêque de S issons; mais avant que les bulles fussent expédiées, une permutation lui donna , au lieu de ce siège , celui d'Avranches, qu'il préférait. Après environ sept ans d'exercice, déjà atteint par quelques infirmités , et sentant qu'il ne pouvait concilier son goût pour l'étude avec les devoirs de 1 épiscopat , il se démit de cet évéché et obtint en échange l'abbaye de Fontenay , où il se retira ;
Ïiuis , fatigué des procès qui l'y assailirent, il vint se fixer à Pans dans la maison professe des Jésuites. C'est là qu'il passa les vingt dernières années de sa vie, tout entier à l'étude, pour laquelle il conserva jusqu'à sa mort la même passion. Il mourut, âgé de 91 ans. le 26 janvier 1721.
Esprit plus étendu que profond, Huet à Nancy, s'engagea à 14 ans comme fut surtout un érudit aimable et un élé- simple soldat , et fut nommé officier gant écrivain. Il se recommanda à la en 1790. Il parcourut la série entière reconnaissance des théologiens et des des guerres de la révolution , et se savants par ses beaux travaux sur On- signala d'une manière brillante sur le gène. Les littérateurs citent surtout de Rhin , en Vendée , et sur le Danube, lui sa Lettre sur l'origine des romans, Simple chef de bataillon au combat de destinée à être mise en tête de Zaïde. Caldiéro en Italie, il sauva l'armée En philosophie, après avoir embrassé française, un moment repoussée, de la avec ardeur les principes de Descartes , nécessité de repasser l'Adige, et conil s'en montra plus tard l'adversaire dé- tribua ainsi puissamment au succès de claré. Ce fut pourtant le doute métho- cette journée. Il passa ensuite au service dique de Descartes qui devint la base de de Joseph Bonaparte , alors roi de Nason propre système; il érigea ce doute pies, et ce fut lui qui détruisit les bonen scepticisme radical, définitif, et pré- des redoutables du fameux brigand Fra tendit asseoir sur ce fondement le Diavolo. En récompense de ses services, dogme de l'infaillibilité de la foi. Cette il fut nommé colonel, maréchal du padoctrine, qu'il développa surtout dans lais et chef militaire de la province d Ason Traite sur la faiblesse de l'esprit veline.
humain, l'un de ses derniers ouvrages, Joseph ayant été ensuite transféré fut vivement combattue par Arnaud, et, en Espagne, le colonel Hugo l'y suivit prise sans doute à contre-sens , elle fit, et y rendit encore des services signalés, au dix-huitième siècle , suspecter la sin- Nommé général et gouverneur des procérité de sa foi. Parmi ses nombreux vinces centrales d'Avila, deSégovie, de ouvrages, dont plusieurs ont encore au- Soria, puis de Guadalaxara, etc.. il jourd'nui une haute valeur, nous ci- guerroya trois ans contre le célèbre terons : de Interpretatione libri Empécinado , le battit en trenle-deux duo y etc., Paris, 1661; Lettre sur rencontres, et parvint ainsi à délivrer l'origine des romans, Paris, 1670 et tout le cours du Tage des guérillas qui 1772, etc.; Démons tratio evangelica , l'infestaient et à rétablir les communi- 1679; Censura philosophie carte- cations entre les divers corps de l'armée sianœ, ib., 1689; Ouœstiones alue- française. En 1812 il fut nommé au tanœ, Caen, 1690; de la Situation du commandement de la place de Madrid, Paradis terrestre , Paris, 1691 , et en et il commanda l'arrière-garde lorsque, latin, Amsterdam, 1698; Nouveau peu de temps après , les Français dumémoire pour servir à l'histoire du rent évacuer cette ville. Dans cette recartésiasnisme , 1692, Amsterdam, traite désastreuse il sauva plusieurs 1698; Carmina, Utrecht, 1700; His- milliers de Français, et peut-être le roi toire du commerce et de la naviga- lui-même, en arrêtant les Anglais à la tion des anciens, Lyon , 1763 ; Traité hauteur d'Alagria. philosophique de la faiblesse de l'esprit En 1813 l'empereur le nomma au humain, Amsterdam, 1723; Origines commandement de Thionville, où, avec de Caen, 2* édit., Rouen, 1706; un ro- une faible garnison et des munitions man de Diane de Castro , ou le Faux insuffisantes, il soutint pendant quatre- /«cas(sans nom d'auteur), 1728. L'abbé vingt-huit jours nn blocus très-serré, d'Olivet, ami de Huet, a publié le auquel mit fin la déchéance de Napo- Huetiana, 1722. On trouve à la biblio- léon. Durant les cent jours, il défendit thèque du roi 2 vol. in-4° mss. con- de nouveau cette place que les alliés tenant 300 Lettres latines de Huet prétendaient démanteler. Mis à la réécrites de 1660 à 1714). Ce précieux traite (par l'ordonnance de 1824), il se recueil fut découvert en 1696 par retira a Blois, où il s'occupa de plu- M. A.-A. Barbier. On a aussi décou- sieurs ouvrages. On a de lui : 1° (sous vert à Caen, en 1825, quelques mss. le pseudonyme de Genti) Mémoires sur de Huet. les moyens de suppléer à la traite des Hugo (Joseph -Léopold-Sigisbert, nègres par des individus libres, etc., comte) , lieutenant général , né en 1774 Blois , 1818 ; 2° Journal historique du
502 M7GO L'UNIVERS
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blocus de Thionville , en 1814, et des sièges de cette vil/e, deSierck et Rodemack,en 1815, Blois, 1 s i 9 ; %° Mémoires du général Hugo, Paris, 1826.
Hctor-Marie Hugo , Ois du précédent, est né à Besançon en 1802. Ses premières années se passèrent tantôt èn France, tantôt en Italie , son père se faisant suivre de sa famille dans ses changements de garnison. Ramené à Taris en 1809, à l'âge de huit ans, il commença ses études sous les yeux de sa mère et sous la direction du général Lahorie, qui, poursuivi par Ja police impériale comme suspect d'avoir trempé dans l'affaire de Moreau , était venu demander un asile à madame Hugo, et vivait ignoré dans une petite chambre du logement qu'elle occupait au fond de l'impasse solitaire des Feuillantines. L'enfant recevait avec plaisir et ardeur les leçons du proscrit, et courait chaque jour ex-
filtquer avec lui les annales de Tacite ou 'entendre lire une traduction de Polybe. Mais on découvrit la retraite de Lahorie , et la famille qui l'avait couvert d'une si généreuse protection le vit avec douleur arrêté, et jeté dans le cachot d'où il ne devait sortir que
Sour aller tomber aux côtés de Mallet ans la plaine de Grenelle. Quelques mois après, le jeune Victor Hugo alla rejoindre son père en Espagne. Il passa un an à Madrid dans le séminaire des nobles , et dut à ce séjour une connaissance prompte et familière de la langue espagnole.
De retour à Paris en 1812, de nouveau retiré avec sa mère dans la solitude de l'impasse des Feuillantines, Il acheva ses études classiques avec un vieux prêtre, ami de la famille. Déjà, dans ses moments de loisir, il cherchait à réaliser les rêves de sa jeune imagina* tion et s'essayait à faire des vers. Il avait treize ans quand revinrent les Bourbons. A cette époque, de fâcheux dissentiments s'élevèrent entre le général Hugo et sa femme : ces troubles domestiques, encore aigris par une vive dissidence d'opinions politiques, finirent par amener entre eux une séparation presque complète. Le général, usant de ses droits de père , fit placer ses fils dans une institution où ils du-
rent se préparer aux examens de l'école polytechnique.
Le jeune Victor avait une singulière facilité pour les mathématiques et réussissait tort bien dans ce genre d'étude. Mais il préférait en secret la poésie, et réservait à la muse toutes ses heures de loisir. Animé d'une sympathie chevaleresque pour les Bourbons, que sa mère, fille de la Vendée, lui avait appris à aimer, il composa dans sa chambre d'écolier une tragédie classique intitulée Irtamène, où il célébrait symboliquement le retour de Louis XVilJ. Cet essai resta enfoui dans ses papiers :
mais une pièce de vers sur les avan* tages de l'étude, sujet mis au concours par l'Académie française, fut envoyée aux Quarante, et attira sur lui une vive attention. La pièce parut spirituelle et brillante, et elle eût même remporté le prix si elle ne s'était terminée par ces vers :
Moi , tf ni toujours fuyant les cités et les cnnrs De trois lustres à petite ai tu finir le cours.
On ne voulut pas croire qu'un talent déjà si distingué appartint à un poète de quinze ans ; les juges s'irritèrent de ce qu'ils prirent pour une mystification, et la pièce n'obtint qu'une simple mention. Après la distribution, le jeune poète, instruit de ce qui avait empêché son succès, alla porter son extrait de naissance aux académiciens;" la méprise ne put être réparée, mais cette aventure se répandit partout, et tout le monde admira cette rare et singulière précocité.
£n 1818, le jeune poète obtint de son père la grâce de ne pas se pré»
senter à l'école polytechnique ; il put dès lors se livrer tout entier à son penchant, et il usa de nouveau du moyen que les concours académiques offrent aux poètes débutants pour se faire connaitre. Une ode sur ta statue de Henri IPy une autre sur les vierges de Verdun, une troisième intitulée Moïse sur le Nil, furent couronnées par l'Académie des jeux floraux de Toulouse : la troisième lui valut le grade de maître èsjeux floraux.
En 1822 , il fit paraître un volume d'odes et de ballades qui le plaça décidément parmi les célébrités* littéraires de notre temps. 11 avait vingt et
un ans. Un roman qu'il publia quelque temps après, Han dislande, n'obtint qu'un succès contesté. En 1823, il reçut une pension de Louis XVIII. Il n'avait rien fait pour appeler sur lui cette faveur; il avait chanté les Bourbons , mais comme un poète ému aux souvenirs du passé , touché de l'antiquité vénérable et glorieuse des fleurs de lis; comme un artiste désintéressé, et non comme un homme de parti. On raconte d'ailleurs que ce ne fut pas seulement la lecture des odes et ballades qui détermina Louis XVIII à lui accorder cette pension. Un camarade de M. Victor Hugo, Delon, condamné à mort aurès la conspiration de Saumur, se cachait à Paris et courait risque à chaque instant d'être découvert. M. Victor Hugo avait alors deux modestes logements sous son nom; il écrivit à la mère de Delon pour lui en offrir un; sou fils s'y caclierait, « et, ajoutait-il, je suis trop royaliste pour qu'on s'avise de venir le chercher dans ma chambre. »
Cette lettre, arrêtée par la police, fut décachetée et mise sous les yeux du roi, avant de parvenir à sa destination.
Louis XVIII, après l'avoir lue, dit :
« Je connais ce jeune homme; il se « conduit en ceci avec honneur. Je lui « donne la prochaine pension qui va- « quera.» La pension vint en effet à M. Victor Hugo, qui fut deux ans sans en connaître l'origine. Pour Delon, il n'avait pas, heureusement, répondu à une offre qui lui aurait été fatale, et s'était réfugié dans un lieu sûr.
Cette même année , M. Victor Hugo se maria avec une belle jeune fille , aimée depuis l'enfance , et pour laquelle sa passion avait toujours grandi, combattue par les calculs intéressés de sa famille. Des succès poétiques de plus en plus brillants vinrent se joindre aux douceurs d'une telle union, et lui faire une existence heureuse et enviée. En 1824, il publia un second volume A' odes et ballades; en 1826, le roman de BugJargal et un troisième volume d'odes. En 1827, il fit son début dans le genre dramatique par le roman-drame de Cromwell, précédé de cette fameuse préface qui établissait tout un nouveau système poétique sur les ruines des anciennes
irègles , et qui fut comme le signal de la guerre acharnée des classiques et des romantiques. En 1828 parut le recueil des Orientales , et en 1829, le récit intitulé Les derniers jours dun condamné.
En 1830, le 26 février, M. Victor Hugo se produisit enfin sur la scène dramatique qu'il avait déjà révolutionnée par sa préface. Il fit représenter cet Hernani , objet de tant de contestations violentes et de si furieuses mêlées littéraires. On sait que l'Académie, oubliant qu'on ne pouvait tyranniser la pensée, même au nom de la raison et du goût , eut le tort d'aller demander à Charles X la répression des témérités impies du jeune novateur, et que le monarque repondit spirituellement : « En fait d'art , je n'ai d'autre «droit que ma place au parterre. »
Depuis, M. Victor Hugo n'a pas cessé de livrer de nouveaux combats et quelques-uns ont été pour lui l'occasion de légitimes triomphes. Dans le genre lyrique, il a ajouté à ses premiers essais, les Feuilles d'automne, les Voix intérieures , les ChanU du crépuscule, les Rayons et les ombres; dans le roman , il a écrit Notre-Dame de Paris; dans le drame, il a composé Marion Delorme, le Roi s'amuse, dont les représentations furent aussitôt suspendues par arrêté ministériel , Lucrèce Borgia, Marie Tudor, Angelo, Ruy-Blas. En 1840, il brigua les suffrages de l'Académie : mais beaucoup des membres de ce corps, conservateurs zélés des anciens dogmes littéraires , crurent combattre pro arts et focis en fermant les portes du sanctuaire à celui dont toutes les innovations leur paraissaient autant de sacrilèges. M. Victor Hugo se vit préférer M. Flourens, ''un des secrétaires perpétuels de l'Académie des sciences.
Une seconde tentative lui a mieux réussi l'année dernière.
La solennité de sa réception avait attiré une foule considérable : on s'attendait à trouver dans son discours de réception une exposition et une discussion nouvelle de ses principes; on se demandait avec une vive curiosité comment il se tirerait de cette épreuve délicate, et comment il braverait l'Académie en la